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Loisirs

  • Le "Portage de charges céphalique" en Bretagne

    Ramassage des pommes. Musée de Bretagne. 216.jpg     Le "Portage de charges céphalique" (1) est un titrage attribué par certains universitaires-chercheurs en biomécanique humaine à la technique de portage et de transport sur la tête de charges diverses. Pratiquée dans toutes les régions du monde cette technique de portage "à tête" remonte à la nuit des temps. Actuellement, elle est surtout pratiquée en Afrique et dans de nombreux pays d'Orient et d'Asie, mais on en trouve encore aussi quelques traces dans les 35 pays du Continent américain et en Europe, Brûleuses de Goémon, Ile-de-Sein. 07.pngentre autres en Espagne, Italie, Grèce, Angleterre et surtout au Portugal. Et en France, au stade actuel de mes recherches, dans les DOM-TOM, les Hautes-Pyrénées, en Corse, au Pays Basque et en Bretagne, mon pays natal.  

         Les charges étaient ainsi transportées sur la tête dans des paniers divers, des jarres et cruches en terre cuite (buires/buies), parfois en métal (début XIXe siècle), et des baquets/augets (gèbes) en bois. Ces charges étaient de tous types : linge, sel, eau et lait, beurre et œufs, pain, fruits, légumes et fleurs, poissons et coquillages, goémon et pains de soude, pierres et briques, gravats, etc.,. Les fagots de bois et fascines de branchages, les gerbes de céréales diverses ou de roseaux, les bottes de paille et de foin et même d'asperges, les balles et ballots de chanvre, étaient posés directement sur le cuir chevelu ou la coiffure en chignon, généralement sans anneau de portage.  

         Dans toutes les régions du monde  la coutume domestique -corvées quotidiennes- du "Portage de charges céphalique"  pouvait devenir semi-professionnelle voire, rarement, "artisanale-commerçante" à temps complet. Elle était une pratique essentiellement féminine, les hommes portant principalement "à l'épaule", "à dos" ou "à bout de bras", et parfois seulement, notamment pour les paniers de poissons et de gravats, "sur la tête".

         Ainsi donc, au fil des années et des périodes historiques, en toutes saisons et par tous les temps, ces femmes pluri-actives allaient et revenaient quitidiennement sur plusieurs dizaines de kilomètres. Elles suivaient les longs chemins plats ou pentus, tortueux, pierreux, sablonneux, terreux et souvent boueux, marchant pieds nus, en sabots ou chaussures basses, en portant sur leur tête des charges, solides ou liquides, de 5, 30 et parfois même 45 kilos !!Brûleuses de goémon, île de sein..png

    Selon l'historien et anthropologue R.Huysecom (2), le sabot, "Boutou Coat" pour les Bretons, n'est apparu que vers les XVe et XVI siècles, entre 1480 et 1520, et son emploi populaire n'a pris un réel essor que du temps de la Duchesse Anne de Bretagne, deux fois Reine de France", surnommée d'après Gilbert Duflos (3), par les impertinents Parisiens : "La Duchesse aux sabots". L'apparition du sabot n'est en fait que très postérieure à la sandale (solea), au soulier en cuir (subtelaris), au brodequin à guêtres et à la galoche (gallicea) !!

    Environs de Lorient , Vannes (56). Musée Breton. 21.jpg

    Boutok sur la tête. Pêcheuses de Kerhor, retour de pêche à pied des coquillages sur les rivages de la rade de Brest. 09.jpgPorteuses d'huitres, Perros-Guirec (22). 146.jpg

    Pêcheuse de Carantec tenant un panier à la main gauche. 138.png

          

     

     

     

     

     

     

     

     

    L'étude des images collectées fait apparaitre le plus souvent des paires de sabots traditionnels dit "couverts", sans "bride", peut-être en peuplier (qui avait la faveur des marins-pêcheurs), ou bien en saule ou en hêtre, certains noircis à la fumée et les plus nombreux en "bois nu". La "bride" est une pièce de cuir placée au contact du "cou-de-pied", elle n'apparaît qu'au début du XXe siècle. Plus rarement que les sabots, on découvre aussi des chaussures basses en cuir, couvrantes (dessus-dessous, côtés et talon). Moins confortables et plus chères que les sabots les chaussures compriment le pied, elles pouvaient donc provoquer des échauffements et générer des cors douloureux (œil-de-perdrix), voire favoriser l'apparition de bursites de l'orteil (oignons). Il est assez facile de comprendre la préférence des porteuses pour les sabots ou la marche pieds nus !

         Placés en équilibre au sommet du crane des porteuses, les contenants (paniers, gèbes, buies/buires, augets) étaient posés sur un petit coussin en forme d'anneau/couronne. Suivant les sociolectes territoriaux, celui-ci était appelé en Bretagne, "An dorchen" (Relecq-Kerhuon, 29) ; "Torche" (Guérande, 44) ; "Kern" ; parfois lacé sous le menton (jugulaire) et installé au-dessus de la petite coiffe de travail nommé "Koef bléo" (bonnet de cheveux), "Koulouten", "Chikoloden", "Capot ribot", Chubilinen", elle-même épinglée ou nouée sur les cheveux tournés en chignon; Les mouchoirs ou foulards de cou, assez répandus alors, servaient souvent pour cet usage particulier; Il suffisait de les torsader et de les anneler. Partout ailleurs dans le monde on trouve la même pratique des anneaux de portage céphalique, certains en paille tressée. Dans l'aristocratie européenne existait un couvre-chef féminin en forme d'anneau, typique de la Renaissance italienne, le "Balzo", dont la traduction "Rebond" illustre parfaitement la fonction technique d'amortisseur pour le portage sur la tête. On imagine mal, évidemment, le port d'un panier ou d'une buire sur les belles coiffes traditionnelles et folkloriques actuelles du pays Bigouden ou du Pays de l'Aven ou je suis né !!

         Pour le "Portage de charges céphalique", les pots en terre cuite et parfois en tôle, "bues/buires", "padelles", "Ribottes", "Houlons" ou "Jattes" suivant les utilisations, étaient fabriquées et adaptés à chaque usage particulier par les artisans locaux. De même pour les menuiseries des "Augets" ou "Gèbes" des paludières et les vanneries Bretonnes de type "Sklissen" ou "Baskoden" '(4) que l'on trouve en grand nombre sur la côte du Finistère (Le Relecq-Kerhuon, St Pol-de-Léon, île de sein), d'Ille et Vilaine (Cancale), du Morbihan (Lorient, Hennebont, Belle-île-en-mer), de Loire-Atlantique (Guérande, Batz-sur-mer). Dans les Côtes d'Armor mes recherches n'ont pas encore données de résultats probants. A noter que j'ai récemment découvert deux peintures Bretonnes de porteuses de poissons, l'une de l'île de sein, l'autre de Belle-île-en-mer utilisant des paniers longs (1 mètre environ) assez ressemblant au type de vannerie Basque "Santurtzi" (5). Comme protection des écoulements poissonniers, les "Sklissen" ou "Baskoden" étaient parfois posés solidairement dans une forme de "bassine" basse et plate en zinc, ou doublés au fond, par-dessous, d'une toile de chanvre cirée cousue. Les pots en terre cuite, généralement de couleur brun-rouge, signifiant une cuisson traditionnelle suivant la technique dit "du gros sel' ou 'grès au sel", qui accroît l'imperméabilité, ne comportant ni bec verseur ni anse sommitale non adaptée au portage céphalique, étaient généralement flanqués de deux anses latérales. Les pots étaient habituellement vendus  sur les marchés locaux, comme les paniers, mais ils pouvaient aussi être fabriqués à la demande et personnalisés, ce qui vaut, en fait, pourles femmes et la fleur de sel dans les marais salants. 95,.jpg toutes les fabrications artisanales.

         A ces époques le premier instrument de travail était le corps, dans toutes les activités celui-ci était constamment sollicité et très souvent contraint de prendre, à partir de la position debout, des postures penchées, "Pliées en deux" ou accroupies pour les ramassages divers, le sarclage, le binages, etc... Et à genoux, notamment au lavoir... Les femmes du monde urbain, rural et maritime de Bretagne et d'ailleurs, pluri-actives, cumulaient ces multiples contraintes quotidiennes et au plan médical, biomécanique et physiologique, les conséquences pouvaient être extrêmement douloureuses. Aux contraintes posturales précédentes s'ajoutaient celles, spécifiques, du "Portage de charges céphalique" avec son cortège de pathologies traumatiques de la cheville et du pied, du genou, de la cuisse et de l'os-Coxal-Hanche, du bras et de l'épaule, ses déformations de la colonne vertébrale (Scoliose, Lardose, Cyphose), ses tassements de vertèbres et lésions sévères affectant parfois le rachis thoracique et lombaire et pouvant compromettre le pronostic fonctionnel et parfois vital. Nous ne disposons évidemment pas de témoignages directs !!

         Comment était-on soigné aux XVIIIe et XIXe siècles ?? La Bretagne était peu médicalisée alors et le monde rural ou maritime se soignait surtout par lui-même, d'une manière non institutionalisée et basée sur une tradition orale et un savoir empirique conforté par l'expérience. Les "Livrets de santé" qui circulaient à l'époque n'atteignaient qu'une infime partie de la population, surtout les nobles, notables, curés et religieux hospitaliers, la plupart des autres étaient analphabètes. On se soignait donc comme les anciens, pragmatiques, le faisaient toujours au cœur des terroirs et "se débrouillaient" pour se soigner et lutter contre la maladie, la souffrance et les douleurs physiques. Le recours quasi systématique aux "rebouteux" et "guérisseurs", "Louzaouer", "Gwellaer", "Yac'heaer", était le lot commun pour tout le monde. A l'extrême, restait l'imploration des très nombreux saints Bretons aux vertus thaumaturges !! A noter qu'au XIXe siècle la souffrance physique était à l'origine d'un nombre extrêmement important de suicides…

         Aujourd'hui, nous ne savons presque rien sur ces "Porteuses de charges céphaliques" dont le labeur acharné avant la mécanisation systématique du monde rural et maritime, faisait partie intégrante de la vie économique locale. Quel que soit le département, la région, le pays européen, cette thématique est très peu et fort mal documentée, voir totalement négligée. Ainsi, par exemple, nous ne savons rien sur l'apprentissage de cette technique particulière qui implique pourtant un véritable "savoir-faire corporel". On peu juste supposer qu'il commençait très tôt dans l'enfance… Pour s'en rendre "un peu" plus compte et en comprendre les difficultés, il suffit simplement de tenter soi-même l'expérience à la maison; On raconte que la Reine d'Angleterre, Elisabeth II, s'entrainait autrefois au port de sa couronne d'apparat, qui pèse environ 1 kilo 1/2, en pratiquant régulièrement des exercices avec des sachets de farine !!

        Vieux Morlaix, lavoir Colobert.. 189.jpg Au stade actuel de mes recherches, les "Porteuses de charges céphalique" repérées dans l'iconographie restent d'illustres travailleuses inconnues. Aussi, je mène également une prospection généalogique dans l'espoir d'en identifier quelques-unes, cette quête est ardue et la collaboration de généalogistes passionnés, amateurs ou professionnels, me serait bien utile… Sur le site de généalogie Geneanet, auquel j'adhère, j'ai relevé plus de 150 noms de Porteuses et de Porteurs, sans précision concernant le type de portage. Des adéquations nominatives avec mon collectage iconographique, environ 200 images diverses à ce jour, sont potentiellement envisageables, et une investigation auprès d'éventuels descendants des profils généalogiques ainsi relevés pourrait également être productive. 

    En conclusion de ce nouvel article "maison" j'invite chacune et chacun à la lecture édifiante et magnifique du petit ouvrage "Esquisses Martiniquaises" de l'écrivain Irlandais Lafcadio Hearn (1850-1904) (6). Cet auteur prit la nationalité japonaise sous le nom de Yakumo Koizumi. Dans son récit le chapitre "Les Porteuses" constitue un rare écrit sur ces femmes courageuses et magnifiques dont voici, en avant-goût poétique, un trop court extrait : "Lorsqu'elle marchent seules elles sont rarement silencieuses, elles se parlent à elles-mêmes ou aux choses inanimées… aux arbres, aux fleurs, aux hauts nuages, aux pics lointains, aux couleurs changeantes, au soleil couchant". Souffrir en s'émerveillant encore !!

         Une autre piste de lecture est la fable de Jean de la Fontaine, "Perrette et le pot au lait" (Livre 7, 1678), non pas pour la morale qu'elle illustre, mais plutôt parce que, admise par l'auteur lui-même, elle tient sa source d'inspiration dans le "Panchatantra", un ouvrage indien du IIIe siècle avant J-C dont les multiples traductions (arabe, latin, grec, espagnol, français, etc...) et adaptations régionales témoignent modestement de la constance temporelle, de l'ancienneté et de l'universalité du "Portage céphalique".

         En Martinique, Lafcadio Hearn côtoya Paul Gauguin qui y séjourna en 1887 et réalisa plusieurs beaux tableaux représentant des "Porteuses à tête" locales. De même, Emile Bernard réalisa quelques tableaux de ce genre durant sa période égyptienne de 1893 à 1904. Mais ils n'ont, me semble-t-il, jamais exploré ce thème en Bretagne, contrairement à leur camarade de la célèbre école Pontaveniste, Paul Sérusier. Trois célèbres peintres qui intéressent ici le natif de Pont-Aven que je suis !! De nombreux autres artistes peintres-plasticiens, plus ou moins connus, ont représenté les "Porteuses de charges céphalique" Bretonnes. pour n'en citer que quelques-uns : Hyppolyte Lalaisse ; Mathurin Meheut ; Jules Breton ; Camille Corot ; Théophile Louis Deyrolle ; Eugène Boudin ; William Bouguereau ; Frédéric Sorieu. Beaucoup d'oeuvres restent vraisemblablement encore à découvrir. Depuis bien avant la "Cartopolisation" (Jacques Derrida, 1980), par le regard affûté qu'ils portent et leur (s) approche (s) esthétique (s), les artistes peintres-plasticiens s'inspirent et témoignent du quotidien de leur époque et leurs oeuvres ouvrent donc des possibilités de "mises en miroir" de scènes photographiées plus récentes, et donc un décryptage plus avancé des manières vestimentaires et des pratiques du portage.

         Danse aux pots de fleurs, Guerlesquin, 1935, Coll. B. Lasbleiz. 11.jpgAprès la lecture poétique de Leafcadio Hearn et l'écoute sur YouTube du titre "Porteuse d'eau" d'Anne Sylvestre, je vous propose d'aller danser, lors d'un "Fest Noz" (Fête de nuit), et d'entrer sur un "Pas de Bal" ou de "Passepied" (pour les hommes) dans la "Dans ar Podou Fleur" (Danse aux pots de fleurs), signalée en 1831 et 1836, par les collecteurs Jacques Boucher de Perthe (1788-1868), François Marie Guillaume Habasque (1788-1855) et Théodore Hersart de la Villemarqué (1815-1895), et qui pourrait bien remonter au XVe siècle. Cette danse traditionnelle bretonne, spectaculaire et ludique, que les jeunes filles ouvraient avec des pots de lait ou de fleurs posés sur la tête et, se tenant par la main, allaient en ronde traditionnelle, mille fois applaudies lorsqu'elles "ne faisaient pas de casse" (D'après un texte original de F.M.G Habasque). Selon Mr Pierre Chamoin (dansesbretonnes@gwalarn.org), il s'agit de la quatrième partie d'une suite de la "Gavotte des montagnes", encore pratiquée par les jeunes générations, mais sans les pots sur la tête !! Je dispose de trois rares photos communiquées par l'association "Dastum" (7) dont l'une prise à Guerlesquin (29) en 1935, qui témoignent clairement d'une pratique ludique récente. Reste à établir le relation historique entre cette pratique ludique et le transport coutumier quotidien de charges sur la tête.

         Je me suis pris de passion pour cette recherche et, par cette présentation quelque peu "Synthétique", le retraité que je suis désormais espère sensibiliser le plus largement possible sur la thématique du "Portage de charges céphalique". Chaque aspect abordé ici mérite un travail foncier, une exploration plus approfondie, et il importe de découvrir encore de nouveaux documents iconographiques et, enfin, des éléments textuels, voire des témoignages vivants via la prospection généalogique. Pour moi le "Portage de charges céphalique" est "d'intérêt Patrimonial Culturel Immatériel"... 

         Avis aux passionnés qui voudront bien consacrer bénévolement un peu de leur temps à cette recherche. Par avance, je leur adresse un grand "Trugarez" (merci)…

         Kenavo ar Wech all (au revoir et à bientôt) !!

         Francis Louis Le Garrec

     

    (1) Céphalique : relatif à la tête, du bas latin Cephalicus, du grec Kephalikos...

    (2) Robert Huysecom, "En passant par l'Ardenne avec mes sabots", 1982. Musée du sabot de Porcheresse, Daverdisse, Belgique

    (3) Gilbert Duflos, "Esclops et sabots", première partie, in "pour les amis d'Allègre", 2014

    (4) Roger Hérisset, "La vannerie en Bretagne", Presses Universitaires de Rennes, 2014... Voir également "Le Lien Créatif" n° 21, septembre 2017

    (5) Bernard Bertrand, "Les sardineras de santurtzi et leurs ânières à poissons", in "Le Lien Créatif" n°21, septembre 2017

    (6) Lafcadio Hearn, "Esquisses Martiniquaises", 1929, Mercure de France, Paris. Ouvrage présenté en ligne par jean marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi, Canada.

    (7) "Dabses du Trégor. les collecteurs du XIXe siècle, 2e partie", p. 26 à 28, novembre-décembre 200-. revue Bretonne. Dastum, https://dastum.bzh

    Les cartes postales présentées ici proviennent de sources diverses : Le "Musée de Bretagne" à Rennes (35) ; "Cartopolis-Le Carton Voyageur" à Baud (56) ; Les Archives Départementales du Morbihan ; les Archives Départementales de Loire-Atlantique ;" Dastum" à Rennes (que je remercie vivement !) ; et Pinterest (consultation libre)...

     

     

     

     

  • A Pont Aven, l'Oseille sauvage et 6 fruits buissonniers...

                   Je  vais écrire ici un temps que les adolescents ne peuvent pas connaitre aujourd'hui sauf, peut-être, quelques-uns, ceux de la campagne profonde et de la "rase campagne"... Une campagne profonde dans laquelle les chemins de traverse ne sont pas banalisés selon un plan de randonnée et dans laquelle on peut encore évoluer dans un désordre naturel... celui foisonnant des taillis et des buissons épineux, des hautes herbes, des orties "urticantes" et des ronces griffues qui lacèrent la peau... celle des talus éboulés et des pierres levées... la campagne des courses folles à travers les champs et les bois jusqu'à la tombée du jour, et même un peu plus... celle de toutes les conquêtes et des aventures au bout du monde, au bout de soi... au fond de soi... celle de l'émergence des rêves au milieu des fleurs... celle de mon enfance buissonnière et sérendipitiste, pré-beatnick, pré-hippie... celle natale à laquelle je me réfère le plus souvent, à partir de laquelle je lis les ailleurs, tous les ailleurs... celle d'un territoire, au fond d'une vallée, dans laquelle se niche la ville de renom, aux 14 moulins et 15 maisons, célèbre pour ses galettes "Traou Mad", son Musée Gauguin, sa pléiade d'artistes peintres et ses multiples autres illustres... Ainsi le barde Théodore Botrel (1868-1925), inventeur de la "Fête des fleurs d'ajoncs" première des "manifestations" folkloriques bretonnes en 1905... et le chansonnier Emile Cueff (1895-1952), dit Kaner Léon, ami et interprète de Th. Botrel, natif de Saint-Pol-de-Léon, marié à une Pontaveniste, Janedik, avec laquelle il a chanté un peu partout en Europe et au Canada Français pendant l'entre-deux guerres (14-18/39-45)... Un ménage qui a consacré tous ses instants à la Bretagne et qui mériterait bien que l'on raconte son histoire...

    Adolphe Piriou et sa famille

    Mais encore aussi Adolphe Piriou 1878-1964, originaire de Morlaix, ici en famille sur la photo, violoniste, auteur-compositeur de musique classique, que l'on redécouvre aujourd'hui et qui résidait régulièrement dans sa maison parentale "Parc ann Déro", voisine de celle des Botrel... Plus anciennement encore, pour les "initiés" et les natifs, le Vicomte Hersart de la Villemarqué (1815-1895), dit Kermarker, auteur du "Barzaz Breiz, Chants populaires de la Bretagne", première édition en 1839, dédicacé à sa mère initiatrice du collectage oral et des écritures "poético-légendaires", Marie-Ursule-Claude-Henriette Feydeau de Vaugien du Plessix-Nizon (Plessis est une francisation), Comtesse de la Villemarqué (1776-1847)... Ici chaque Breton pourra sourire du rapprochement, plutôt du face-à-face, "Botrel-La Villemarqué" !! Et j'invite chaque Pontaveniste à méditer une telle confrontation devant l'état ruineux du "Château de Rustéphan" (De La Villemarqué) et celui presque luxueux de "Ker-Botrel" (Théodore Botrel) sur la rive gauche de l'Aven...

    Xavier GrallDans les années 70-80, on croisait dans les rues de Pont Aven l'immense poète, écrivain et journaliste Xavier Grall (1930-1981), alias Saint Herbot, auteur, entre autres, de "Cheval couché", publié en 1977, en réponse critique au "Cheval d'orgueil" de Per Jakez Hélias (1914-1985), paru en 1975... Encore un face-à-face piquant... Et d'autres encore, de grande notoriété, qui, sur un plan différent de lecture et "d'influence", ont également contribué à établir ce territoire finistérien côtier comme havre d'artistes...

    Jean Emmanuel Conil, alias Alain Page

    Ainsi Jean Emmanuel Conil, alias Alain Page/Alain Ray, scénariste, écrivain et réalisateur auquel on doit les scénarios des films "La piscine" en 1968, et "Tchao pantin'" en 1982, avec "Coluche"...                                                       

    Et aussi...

    Benoite GroultBenoîte Groult, née en 1920, journaliste, femme de lettres-écrivaine et militante féministe, compagne de Paul Guimard (1921-2004), écrivain, journaliste et animateur TV, passionné par la mer... J'ai eu l'honneur de parler avec cette dame que m'avait présenté Lysane Garel, ma voisine antiquaire et souvent mon employeur… Le couple "descendait en ville" faire ses courses, et souvent stationnait "chez Nicole Corelleau-Le Floch" ou passait saluer Mme Guillerm... La liste est ainsi très longue des résidents, sédentaires ou saisonniers, qui ont tricoté une partie de leur histoire de vie à Pont Aven, faisant de leur séjour dans la cité, dite des artistes, comme un "rite de passage"...

    Alfred JarryTrop jeune pour l'avoir connu, car il ne traînait évidemment pas dans "nos rues et nos campagnes" à mon époque, il me plait de citer, parmi les "oubliés du Musée Gauguin" et autres galeristes "Gauguinisés", l'immense Alfred Jarry (1873-1907), poète, écrivain, romancier, dramaturge et dessinateur-graveur, auteur en 1888 du magnifique "Père Ubu", et génial inventeur de la "Pataphysique", (1) qui séjourna chez "Marie Jeanne Gloanec" au cours de l'été 1894... et composa sur le livre d'or, trois poèmes consacrés à la célébration des tableaux haïtiens de Paul Gauguin qu'il admirait beaucoup : "L'homme à la hache", "La Orana Maria", "La manao tupapau"... Sur la "Pataphysique", à laquelle j'adhère complètement, Gilles Deleuze a développé l'idée, dans "Critique et clinique" (1993), "L'île déserte et autres textes" (1953, 1974), qu'en la créant Alfred Jarry a ouvert la voie à la Phénoménologie !! Et de cet avis, que j'ai découvert très récemment, j'en suis heureux... car, entre autres, "Phénoménologie de la perception" de Maurice Merleau-Ponty (1945), et "Phénoménologie matérielle" de Michel Henry (1990), sont des ouvrages auxquels je me réfère assez souvent pour décrypter ma vie buissonnière dans l' "écologie pataphysicienne Pontaveniste", et l'influence de celle-ci sur mes agissements de tous les jours... Plus près de mon temps actuel, dans le fil de mon adolescence, je dois aussi citer le tonitruant visiteur Glenmor, de son vrai nom Milig Ar Skanv (1931-1996), poète-chanteur-militant Breton, un habitué des lieux que l'on rencontrait souvent, comme Xavier Grall, parfois ensemble, souvent en compagnie du photographe Michel Thersiquel, originaire de Bannalec mais installé à Pont-Aven (pour lequel j'ai posé de très nombreuses fois !!), chez "Nicole Corelleau-Le Floch" ou chez "Madame Guillerm" qui nous servait le "Chouchen Lozachmeur" (de Baye !!)... A boire chaud ou froid !
    Michel Thersiquel

    Glenmor

    Léo Ferré et GlenmorAussi Léo Ferré (1916-1993) qui, lors de ses tournées chansonnières régionales, profitait souvent, et discrètement, d'une "relâche" pour y passer boire un "godet"... J'ai encore en mémoire "au fond du gosier" certaines des "largesses bistrotières" de ces loustics là, tout comme quelques-uns de mes amis d'alors s'en souviennent aussi, Jean François Cutulic (Guitariste), Gérard Naour, dit "Gégé Trompette", Jean Burel (magnifique cuisinier, désormais conservateur artisanal de poissons, Ets. "Océane", à Concarneau), Philippe Doré (Comédien, prof. de Théatre), Jean-jacques Le Grill , dit "Dadi" (Guitariste), Michel Colin (électricien)...

    Jean Burel

     

    Jean Burel devant l'une de ses boutiques... Fidèle ami d'enfance, natif de Pont Aven...

     

     

    Philippe Doré

     

     

    Philippe Doré, comédien et Professeur de Théatre...

     

     

    Sur le balcon, votre serviteur au centre, J.J Le Grill à droite, J.J Colin à gauche

     

     

    Sur le balcon ci-dessus, votre serviteur au centre, à droite Jean Jacques Le Grill, dit "Dadi", avec sa guitare et, à gauche Jean Jacques Colin, dessinateur de B.D, frère du très regretté Michel Colin...

     

    Chriastiane Rochefort

     

    Je me souviens encore, avec Philippe Doré, avoir croisé sur le pont, un jour d'été des années 70-80, la très féministe Christiane Rochefort (1917-1998)) dans une belle décapotable "américaine" blanche !! Elle résidait alors à Concarneau... son ouvrage "C'est bizarre l'écriture". date de cette période... et peut-être avait-elle déjà commencé la rédaction foisonnante de l'immense "Archaos ou le jardin étincelant", bouquin magnifique, publié en 1973, qui a particulièrement imprégné ma façon d'appréhender la vie (2)...

    André Even

     

    Et comment ne pas citer quelque-uns de ceux qui partageaient une part de notre quotidien d'adolescent un peu "secoués", à savoir André Even, surnommé "Dédé la Braguette" (1918-1987),Lange  Yves (1926-2001), et son éternel chapeau texan (voir l'autoportrait ci-dessous), Guy Hénard (décédé "pauvre comme Job", après un passage à la Maison d'Arrêt de Bois d'Arcy)... Marcel Gonzales (1928-2001), ci-dessous en 1970 (Je ne suis par sûr que le présent accolement aurait fait plaisir à l'un et à l'autre !!)... tous artistes peintres qui tentaient "l'accomplissement du désir de reconnaissance" !!

    Yves LangeMarcel GonzalesMais encore, un ami sincère, Georges Oriot (1928-2004), un céramiste magnifique, de tout premier plan, mais tellement méconnu... très injustement oublié, et c'est peu dire, du "Musée Gauguin"...

    Cette "partie de campagne" bretonne, profonde et spirituelle, "avait", ainsi, un parfum spécial, comme un "je ne sais quoi et presque rien" (V. Jankélévitch) d'une émanation, d'une transpiration, légèrement libertaire... celle d'une composition identitaire territoriale humaine, toujours particulière, dominée par les activités meunières et usinières (conserveries de légumes et de poissons), le commerce maritime (ostréicole, sablier, cabotage...), l'artisanat (tournerie sur bois, saboterie, etc...), l'agriculture et la culture vivrière, le tout arrosé de "productions picturales", de disputes poétiques existentielles et de chamailleries philosophico-artistiques adjuvées de "négoce effréné", sur un sol Breton Finistérien "palimpseste" qui, selon Jean Marc Bresse (3), est "porteur de toute une superposition de passés... une construction historique"... Et pour Silvio Guindani (4), une identité territoriale qui "résulte du profit culturel de la collectivité (et) reflète aussi une série d'autres paramètres en constante interaction qui se conditionnent naturellement... par exemple, la nature et le paysage, ainsi que le patrimoine bâti..."... Et sur ce sol là, celui sur lequel je suis né, est venue se poser et croître, une multitude étrange... et dans cette composition humaine là se sont diffusées, comme les rumeurs, des cogitations complexes "d'ailleurs et d'autrements", de tumultueuses pensées immodérées d'artistes provocateurs, anars-libertaires, révocateurs, innovateurs... Une analyse approfondie de cet "ambiancement" localisé ferait apparaître quelques incongruités dans le comportement individuel et collectif actuel, ou du moins celui des années 50 à 80, des "Pontavenistes natifs", une acquisition inconsciente, ou, plutôt, une "imprégnation", au sens de Konrad Lorenz (1903-1989)... trans-générationnelle, et originale... Et comme nul enfant ne peut échapper à la pression de son environnement je considère ici bien fondé, pour ce qui me concerne, de référer à ce que Lev Vygotski (1896-1934) nomme la "Zone Proximale de Développement"...  Tout comme nos anciens, celui que je suis, avec mes amis d'enfance et mes copains d'école, sommes donc "signés" et avons "signé" Pont-Aven, ville de renom aux 14 moulins et 15 maisons, commune non commune du Finistère... Sur les rives de l'Aven, dans cet "écrin de verdure" chanté par Th. Botrel et peint de tant de manières différentes par la "multitude artistique", dans cette lumière/luminosité particulière, exprimée par Paul Gauguin, qui enveloppe et "impressionne" le tout et révèle au fil des jours et des saisons les chanteaux colorés, multicolores, toujours différents, de l'environnement, chaque natif est ainsi imprégné "à vie"... Une imprégnation polycentrique !! Mais Pont Aven ne se réduit pas à Gauguin et Gauguin n'est pas Pont Aven, loin de là !!

              Il y a quelques mois, en mai 2018, je suis retourné à Pont Aven, et j'ai été vraiment très peiné, entre autres, de ne plus y trouver sa luminosité particulière... Quelque chose d'essentiel avait disparu, quelque chose de la nature... quelque chose pourtant encore "en vie" dans ma mémoire perceptive, celle développée dans mon enfance... Et dans la rue, les personnes croisées étaient des "hors mouture locale" (!!), un très grand nombre de non-sédentaires, beaucoup de saisonniers de tous types, principalement axés sur le commerce touristique et la marchandisation de l'art... Il ne s'agit pas ici de nationalisme, de régionalisme ou de localisme primaire, rejetant ce qui est autre, différent, ni d'un passéisme maladif. Rien de tout cela, malgré une certaine forme de nostalgie.  Mon chagrin était, et encore aujourd'hui, autrement motivé, avec un peu-beaucoup de romantisme à la clé, et quelques larmes versées... Durant ces tristes jours de mai il m'a fallu admettre le passage du temps, de mon temps passé en d'autres lieux, et tenter d'accepter les multiples changements dans l'ordre paysager de mon enfance à Pont Aven, et notamment dans celui du patrimoine bâti avec ses diverses incidences malheureuses sur celui de la nature... De mon point de vue les décideurs, aménageurs, urbanistes et ruralistes, n'ont pas "réfléchi" la luminosité particulière saisie par l'illustre Gauguin, ses condisciples et ses prédécesseurs, et ont négligé complètement de garantir la mémoire des lieux, l'âme du site... La multiplication des constructions sur les coteaux de l'Aven et les éclaircies forestières et arbustives conséquentes, étendues par quelques tempêtes, a dé-composé cette luminosité naturelle particulière. Faute de la préservation du cadre de verdure elle est devenue blanche... Une lumineuse blancheur vide, malade, réverbérée par la cimenterie des façades et autres ouvrages bétonnés... Une lumière "touristique", lissée, banalisée, qui n'inspire pas, ou plus, et qui "baigne" sans histoire les bateaux et les promeneurs... Et si l'on considère les analyses de Jean-Marc Besse (3), il apparaît bien que depuis une quarantaine d'années, voire plus longtemps encore, les décideurs et les prétendus développeurs de l'économie et de la vie locale, pas forcément des natifs, ont assez nettement négligé la dimension "affectante", "imprégnante", de la "construction historique" et de la "superposition de passés" divers, cette "série de paramètres en interaction qui se conditionnent naturellement"... Tout ce qui "faisait" qu'être de Pont Aven c'était être un peu particulier, dans une mouvance Bretonne traditionaliste... Et je ne suis pas convaincu que Gauguin et ses condisciples auraient accepté de s'installer et de vivre dans une commune dont la lumière a été baissée, artificialisée par des logisticiens de l'expansion "économico-touristique"...

                  Ces jours de mai à Pont Aven j'ai cherché mes anciens chemins dans la campagne et sur les rives de l'Aven... J'ai beaucoup marché, et souvent, devant les clôturages des nouvelles propriétés privées, il m'a fallu revenir sur mes pas... Et sur le bitume fondant des nouveaux tracés mes pieds ont regretté la pierraille des chemins creux... Et les derniers de ces chemins pierreux d'alors étaient devenus comme des cendrées aux bordures dégagées... aucune foulure à craindre, aucune griffure non plus... Au pied des balisages réglementaires d'une guidance formatée, quasiment où que j'aille dans la campagne de mon enfance, au fil des paysages et de mes refuges d'autrefois, je me suis senti gommé, effacé... Et, de fait, mon histoire, comme celle d'autres Pontavenistes, a ainsi été dé-naturée, et les contenus de mes apprentissages et de mon vécu en ce lieu là, niés... Dans ce cadre globalement aseptisé et banalisé ma mémoire extéroceptive-proprioceptive (somesthésique) est presque restée sans écho... Presque, parce que, tout de même, à certains moments et endroits, j'ai ressenti quelques picotements nostalgiques et encore versé quelques larmes... ce qui, d'un certain point de vue, est assez heureux. Ainsi, à "Rozambidou" et du côté de Keramperchec, puis à l'entré de "bois de Kerviguelen" sur la rive droite de l'Aven, sur la "passerelle" et la "cale Sinquin" ou l'on pêchait les mulets au "grappin" et, sur l'autre rive, près de la "Roche Forme" ou "Sabot de Gargantua", j'ai retrouvé quelques vestiges de "ma" nature sauvage...

    Oseille Sauvage

    En ce temps là, sur les bords de presque tous les chemins, on trouvait encore de l'Oseille, une plante Herbacée Dicotylédone de la famille des Polygonacées dans laquelle on trouve aussi la Rhubarbe et le Sarazin... J'adorais en manger... son acidité me faisait grimacer mais je me gavais de feuilles et adorais sucer sa tige et ses nervures... Lorsque je courais les champs et les bois, quand je faisais "l'école des buissons", pour assouvir mes petites faims et mes petites soifs, je prélevais les plus tendres feuilles sur les tiges fleuries, ou, bien avant la formation de la hampe florale, ou "montaison", et le fleurissement, que "j'embouchais" par poignées... Il m'est arrivé quelquefois de confondre l'Oseille avec une autre plante, urticante et traîtresse, qui mettait ma bouche en feu... Les tiges les plus vieilles sont ligneuses, pauvres en sève, et donc ne sont pas "bonnes"... Il y a au moins trois sortes d'Oseille : 1) Rumex Acetosa. L, ou Oseille commune, ou Oseille des près, ou Surette, qui pousse au ras du sol et dont les feuilles un peu arrondies, comme celles des épinards, montent jusqu'à environ 15 centimètres. Elle a une tige généralement dressée qui se ramifie en son sommet. Comme tous les Rumex les feuilles de sa base sont vert foncé, disposées en rosette. Sa floraison est entre mai et août, ses petites fleurs sont rougeâtres... 2) Rumex Obtusifolius. L, ou Rumex à feuilles obtuses, qui peut atteindre 50 à 120 centimètres de haut, avec des inflorescences de couleur vert pâle à rouge vif... 3) Rumex Crispus. L, ou Rumex Crépu, qui peut atteindre 50 à 150 centimètres... Le plus souvent on les trouve toutes sur les talus lorsque la terre est acide et riche en nitrates... Toutes ces Oseilles sont rafraîchissantes et apéritives... Elles contiennent de la vitamine C, environ 125mg pour 100 gr, de la vitamine E. Les oligoéléments font aussi la richesse de ses feuilles, notamment le fer, environ 3mg pour 100gr, le magnésium, le cuivre et le zinc... On y trouve aussi, en quantité assez importante, de puissants anti-oxydants tels que les caroténoïdes. Mais elles contiennent également de l'acide oxalique qui peut former avec le calcium des sels insolubles, non assimilables par la muqueuse intestinale... Selon les anciens, lorsque l'on était piqué par un insecte ou des orties, pour arrêter la démangeaison il suffisait de frotter une feuille sur la peau !! On l'utilisait aussi, et encore aujourd'hui, pour faire des soupes, garnir les salades, et dans les omelettes... On peut aussi la manger cuite, à la romaine... Au plan "Agricole" le développement des Rumex est fortement inhibé par les cultures de seigle, d'avoine, de luzerne, de trèfle ou de crucifères...

              L'usage alimentaire de l'Oseille est attesté par de nombreux et divers écrits... Elle faisait, et fait toujours partie, de la cuisine traditionnelle Egyptienne mais, selon Plaute, elle n'était pas très aimée des Romains... Selon Jacques Heurgon, (5) "Lapathum, c'est-à-dire la "Patience ou l'Oseille", aurait fait son apparition entre Caton, qui l'ignore, et Laelius qui, végétarien par Pythagorisme, en faisait l'éloge dans les vers de Lucilius (1235M)"... Lapathum viendrait du grec Amollir, évacuer... Lapathum sauvage ou Oxalide, autrement Lapathum Cantherinum ou Rumex... Le célèbre médecin, pharmacologue et botaniste grec Pedanius Dioscoride (né vers 40 Ap. J-C-dcd vers 90 Ap. J-C), médecin, pharmacologue et botaniste grec, dans son Traité "De Materia Médica", rédigé vers 60 Ap. J-C, range l'Oxalis, ou Oxalida, appelé par quelques personnes Anaxarida, avec ses Lapathon... Oxalis, vient d'un mot grec qui signifie Acide... L'Acide particulier que l'Oseille contient est nommé Acide Oxalique, ou Oxalate de Potasse... qui conduit au sel d'Omseille réalisé surtout avec l'Oxalide Oseille, ou "Pain à coucou", ou Oseille à 3 feuilles, ou "Oseille de bûcheron", ou Alleluia, etc... Selon Pline l'Ancien (6), ou Gaius Plinius Secundus (né vers 23 Ap. J-C-dcd en 79 Ap. J-C), écrivain naturaliste romain, "il y a un Lapathum sauvage que quelques auteurs grecs appellent Oxalis et les latins Rumex... Son goût approche celui du Lapathum cultivé... Toutes ces espèces ont une vertu singulière contre les piqûres des scorpions, il suffit d'en porter sur soi pour être à l'abri de ces accidents !!... La décoction de leur racine dans du vinaigre soulage le mal de dents, si l'on s'en lave la bouche... Prise en potion, elle est bonne pour la jaunisse... La graine guérit les maux d'estomac les plus opiniâtres... Quand au Lapathum cultivé, on l'applique sur le front pour les fluxions des yeux. Sa racine guérit les darles (e) et la lèpre... Bouillie dans du vin elle est bonne pour les écrouelles (a), les parotides (b), et la gravelle (c)... Prise dans du vin, comme boisson, elle guérit le flux de ventre, la dysenterie et la ténesme (d) prise de la meme manière, ou appliquée à l'extérieur, elle dissipe les obstructions de la rate... Selon les "Mémoires de la Société de Médecine" de 1779 (7),  "les sucs de beaucoup de végétaux sont d'excellents anti-septiques : l'Oseille, l'épinard, la carotte, le panais, les raves, les radis, oignons, etc... doivent beaucoup dans leur régime (celui des soldats)". Dans son ouvrage "Pseudolus", publié vers 810-825, le poète comique latin Plaute, ou Maccius Plautus, ou encore Maccus Plautus (né vers 254-dcd vers 184 Av J-C), rapporte avec humour un diner romain : "Moi je ne vous assaisonne pas un diner comme les autres cuisiniers qui vous servent tout un pré en assaisonnements de leurs plats ; qui prennent leurs convives pour des boeufs et leur présentent des herbes, herbes qu'ils accommodent avec d'autres herbes. Ils y mettent de la coriandre, du fenouil, de l'ail, du persil ; ils y ajoutent de l'Oseille, du chou, de la poirée et des blettes ; ils y délayent une livre entière de "Suc de Silphium" (f) ; on pile de la moutarde, affreuse drogue qui ne se laisse pas piler sans faire pleurer les yeux des marmitons. Quand ces gens là font cuire les harpies capables de vous dévorer les entrailles des convives tout vivants. Et puis qu'on s'étonne que la vie soit si courte quand les gens se collent dans le ventre des herbes de cette nature qui font frémir facilement à les nommer : Jugez quand on les mange !! des herbes que les bêtes ne mangent pas, on les fait manger aux hommes !!"... Les Harpies, issues de la mythologie grecque et romaine, sont des divinités de la dévastation et de la vengeance divine, plus rapides que le vent, invulnérables, caquetantes, qui dévorent tout, ne laissant que leurs excréments... ou Harpyres, filles de Thaumas et de l'Océanide Electre... elles sont généralement trois : Aello (bourrasque), qui est parfois nommée Nicothée (pieds agiles) ; Ocypètes (volte-face) ; et Podarge (pieds-légers), qui est parfois nommée Céléno (obscures)... Le Caius Laëlius cité ici par J. Heurgon (5), est soit A) Caius Laelius (né vers 235- dcd vers 170 Av. J-C), Consul Romain... Ami de Scipion l'Africain, ou Publius Cornelius Scipio Africanus Major, général et homme d'état romain (né en 235-dcd en 183 Av. J-C), Caius Laëlius fut l'informateur de l'historien Grec Polybe (né vers 185-dcd vers 126 Av. J-C), pour les campagnes militaires "deliuses Scipions". Soit B) l'autre, son fils Caius Laelius Sapiens (né vers 185-dcd vers 115 Av. J-C), qui fut aussi Consul, orateur, ami de Polybe, du poête comique latin d'origine berbère Terence (né vers 190-dcd vers 159 Av. J-C), ou Publius Terentius Afer, et de Scipion Emilien, aussi dit "Le second Africain" (né vers 185-dcd en 129 Av. J-C), petit-fils adoptif de Scipion Africanus Major...  Caius Laetius, est, dans le dialogue de Cicéron "De Amicitia", un des interlocuteurs de Scipion Emilien... Scipion Africanus Major avait autour de lui le "Cercle des Scipions" qui comprenait, entre autres et outre lui-mëme, son petit-fils adoptif, Caius Laelius Sapiens, Lucius Furtus Philus, Publius Terentius Afer, Caius Lucilius, etc... Caton L'Ancien (né en 234 Av. J-C-dcd en 149 Av. J-C), ou Marcus Porcius Cato Major, ou Caton le Censeur (Cato Censorius), a réalisé un célèbre Traité agricole "De Agricultura", ou De Agri Cultura, ou De Rustica, écrit en latin vers 160 Av. J-C... Ainsi donc, selon ma lecture et suivant Jacques Heurgon, l'Oseille serait apparue dans l'alimentation romaine entre l'An 234 Av. J-C (Caton l'ancien) et l'An 115 Av. J-C (Caius Laelius Sapiens)...

             Dans l'extrait "Histoire Naturelle", rapporté ci-dessus, Pline l'Ancien parle des traitements guérisseurs phytothérapiques de : a) l'Ecrouelle ; b) la Parotide ; c) la Gravelle ; d) la Tenesme ; e) les Darles, où , sans doute, Dartres, ou dartes... Autant de problématiques médicales inconnues de moi... Intrigué j'ai mené quelques recherches dont je livre ici une part des résultats... Idem pour le "Suc de Siphium" (f) cité par l'écrivain et auteur comique Plaute, ou Titus Maccius Plautus (né vers 254 Av. J-C-dcd en 184 Av. J-C), dans "Pseudolus"... Ce "Suc de Silphium" aussi appelé, selon Suzanne Amigues, page 191 (8), "Suc de Cyrénaïque" (de la ville Cyrène) est une plante du type de la Fécule commune, autrement dit une ombellifère, dont toutes les parties renfermaient un suc fortement aromatique qui se coagulait en une  masse résineuse, après incision de la racine ou de la tige...". La ville de Cyrène a été fondée en Libye par les Grecs, en 631 Av. J-C selon certains auteurs et en 631 par d'autres, dans la Vallée du Djebel Akhbar. Sa principale exportation à travers son histoire était le Silphium, ou Silphion... Cette plante, que l'on trouvait et commerçait donc en Libye, avait, d'après Suzanne Amigues (8), page 204 "une racine volumineuse et grosse, longue d'une coudée (44 cm) ou un peu plus... environ 30 centimètres de haut... une gomme-résine translucide... qui se coagule à l'air et au soleil et s'altère vite à l'état brut... exceptée son écorce noire, qu'on enlève, la racine est comestible... elle se mange coupée en tranches fraîches et confite au vinaigre".. Selon Théophraste (né vers 371 Av. J-C- dcd vers 288 Av. J-C), philosophe de la Grèce Antique, botaniste, naturaliste, alchimiste et polygraphe (9), étudié par Suzanne Amigues (8), page 205, le Silphium "est une espèce à tige annuelle comme la fécule, autrement dit à racines vivaces et parties aériennes annuelles. Au printemps les feuilles poussent de la racine... Les moutons sont friands de ce fourrage riche en principes aromatiques qui se communiquent à leur chair et ont une action dépurative généralement salutaire au bétail... La tige se mange bouillie ou en purée... elle est aussi dépurative... La feuille est d'une couleur jaune d'or", et page 206, toujours selon Théophraste (9), "la feuille de Silphium a un goût agréable et de même son fruit, quand il est tendre, à cause de l'eau qu'ils renferment, car le principe âcre s'y trouve dans une juste mesure, tempéré par l'élément aqueux, et il produit une certaine saveur, mais en cours de dissécation, l'âcreté s'accentue encore d'avantage... puis page 222, "Le Silphium s'accomode de tout sol maigre et sec, en l'occurrence, des rocailles calcaires et des sables maritimes... ou sur des sols diétritiques acides"... Suzanne Amigues (8) signale aussi la ressemblance du l'Arroche potagère avec le "Suc de Silphium"... En conclusion de son "Etat de la question" elle présente la plante "Margotia Gummifera comme l'espèce actuelle la plus proche du Silphium cité par Plaute, mais non qu'elle est le Silphium" p. 225... L'écrouelle a) citée par Pline l'Ancien, est le nom désuet d'une maladie d'origine tuberculeuse provoquant des fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou... La Parotide  b) est une tumeur, une inflammation/infection des glandes salivaires connues comme étant les glandes parotides... situées derrière la tranche montante de la mandibule (maxillaire inférieur), sous l'oreille... La Gravelle c) est le nom donné à de petits corps granuleux semblables à du sable ou à du gravier qu'on trouve réunis au fond du vase dans lequel l'urine de certaines personnes s'est refroidit. Maladie qui consiste en des urines chargées de cette gravelle devenue assez grosse pour causer des douleurs vives à mesure qu'elle va des reins à la vessie... Dans un second sens c'est un des noms de la petite tumeur des paupières plus communément appelé Grêle ou Chalazion... Et dans un troisième sens c'est le nom donné à la lie de vin desséché... La Tenesme d) est une tension douloureuse au niveau de l'anus ou du col de la vessie avant ou après l'évacuation du rectum ou de la vessie... avec sensation de brûlure et envie d'aller à la selle ou d'uriner... On retrouve ce symptôme dans les inflammations du rectum ou de la vessie, d'origine infectieuse, parasitaire ou tumorale... Concernant les Darles, où Dartres, ou Dartes e), au pluriel, sont des maladies généralement chroniques de la peau... dont l'une  est 'en forme de croûte, qui rend la peau galeuse et farineuse, une maladie "du cuir"... Par ailleurs, c'est aussi un terme utilisé pour une  "maladie" qui démange et ulcère, et apparaît à l'encolure des chevaux...

            Curieusement jamais ma mène ne cuisinait l'Oseille, pas même en salade... Je m'en "gavais" donc uniquement lors de mes "sorties" dans la campagne, et uniquement l'Oseille dite sauvage, ce n'est que bien plus tard que j'ai découvert et goûté l'oseille cultivée que j'ai trouvé un peu fade... Ces cueillettes au fil de mes activités enrichissaient  mon quotidien alimentaire, pratiquement toute l'année il en était ainsi... Au coeur de l'hiver mon père rapportait à la maison divers fruits et légumes que ses employeurs paysans-cultivateurs lui offraient (voir mes publications précédentes pour plus d'informations sur sa carrière professionnelle)... Nous parvenions ainsi à compléter et équilibrer nos menus familiaux... Mais souvent nous n'avions pas grand chose à nous mettre sous la dent, et c'est peu dire... Mes cueillettes étaient sauvages, je ne "grapillais" pas, ni ne "glanais et je ne "ratelais" pas non plus... Ces trois pratiques étaient réglementées, et le sont encore... Ainsi un Edit Royal du 02 novembre 1554 stipule que le "Glanage" est autorisé aux pauvres, aux malheureux, aux gens défavorisés, aux personnes âgées, aux estropiés et aux petits enfants... Ce texte est toujours en vigueur, mais on se réfère plutôt à l'Art. 520 du Code Civil et à l'Art. R 26 du Code Pénal pour établir le cadre juridique. On distingue  le "Glanage", qui est un "Droit d'usage" sur la production agricole et qui consiste à ramasser ce qui reste au sol après la récolte, du "Grapillage", qui consiste à cueillir ce qui reste sur les arbres ou dans les vignes, après la récolte ou les ceps après la cueillette... Et le "Ratelage", qui consiste à utiliser un instrument est considéré comme une récolte, est donc interdit... Le "Glanage" doit se dérouler après le lever du soleil et avant son coucher, donc durant la journée, sauf Arrêté Municipal contraire (Art. 19 de la Loi du 09 juillet 1888). Il s'exerce sur le terrain d'autrui, exclusivement avec la main, sans l'aide d'un instrument-outil, en application de l'Edit Royal toujours en vigueur... Mais il est interdit sur un terrain clôturé. Dans les faits, il est préférable de demander systématiquement la permission de "Glaner" aux propriétaires... Selon un Arrêt du 21 juin 2007 de la Cour d'Appel de Montpellier., le "Glanage est étroitement lié aux coutumes locales et n'est admis que dans ce cadre-là, ce qui donc qualifie et recadre le Droit d'Usage... Le "Grapillage", lui aussi, est donc licite, dans les mêmes conditions, mais on l'assimile fréquemment au Maraudage, donc au vol... Il importe de considérer que les récoltes "sur pied" sont des Biens Immobiliers, et les fruits tombés et restes de la récolte sont donc des Meubles... Sur cette thématique j'invite les lecteurs de ce blog à voir le film "Les glaneurs et la glaneuse", d'Agnès Varda, en 1999, Prix documentaire 2001... Sur les bords des chemins mes cueillettes d'Oseille sauvage étaient apparemment bien en dehors du cadre de ces réglementations... et je crois cela aussi pour les 6 fruits sauvages  qui suivent...

    Les Polosses

    Le premier de ces 6 fruits sauvages de mon enfance, et pour lequel j'ai une particulière "tendresse du ventre", est la "Polosse", ainsi appelée par mon père, donc dans le Finistère... mais aussi en Artois... ou "Bolosse" en Normandie et "Belosse" en Savoie... et selon certaines sources "Bulos" en Irlandais et "Bwalas" en Galois... Au fil de mes recherches j'ai également trouvé  : Pelossier, Epinette Belossay, Créquier, Fourdinier, Fourdaine, et j'en passe quelques autres... Selon le dialectologue, médiéviste et historien de la langue française Jacques Chauran (1924-2009), "partant de "Prunelle et Beloce", on trouve aussi en Thiérache, "Baloce" (10), qui indique en général, des prunes. On y distingue les "Baloces à cochons", des petites prunes qui poussent au bord du chemin... La Thierache est une région naturelle qui regroupe des régions de France et de Belgique où l'on trouve des traits paysagers et architecturaux similaires : présence de bocage, de l'herbage, de terrains vallonnés, un habitat dispersé, des maisons individuelles construites en terre ou en briques, des toitures en ardoises, etc... Située au Nord-Est du département de l'Aisne, la Thiérache déborde sur le département du Nord des Ardennes et des  provinces Belges de Namur et du Hainaut. Elle correspond globalement aux contreforts occidentaux du Massif Ardennais (Nord-pas-de-Calais, Picardie, Champagne, Hainaut, Namur)..." Quel que soit la région ce fruit est une petite prune verte virant au bleuâtre, puis au noir-bleuté quand elle est très mûre... de la famille des Rosaceae... fruit de l'Epine noire ou Prunellier sauvage "Prunus Spinosa"... de 0,50 cm à 3 mètres de haut avec des rameaux très épineux et une écorce brune, foncée, noirâtre, assez brillante. Il porte des petites feuilles caduques, ovales, finement dentées et ses fleurs blanches, mellifères, apparaissent en mars-avril-mai. Elles sont pour la plupart solitaires (parfois 2-4) portées par un pédoncule de 3-6 mm... Ses drupes, à un seul noyau presque lisse, appelées prunelles, font 6 à 15 mm maxi de diamètre, moins qu'un pois-chiche, sont astringentes et très âpres mais riches en tanin, en vitamine C et en acides organiques... Les racines, les feuilles, les fleurs et les fruits servaient autrefois, et peut-être même encore maintenant, à confectionner des infusions, des décoctions et autres breuvages médicinaux, diurétiques, laxatifs, et toniques. On prête aussi au Prunus Spinosa des vertus antispasmodiques... Ces fruits sauvages servaient également, et toujours en 2014, pour la fabrication d'une liqueur réputée - le Patxaran-, et l'élaboration de l'eau-de-vie... Le Patxaran, ou Parachan, est une liqueur Basque fabriquée à partir de la macération dans de l'alcool anisé des prunelles sauvages, "mes" fameuses polosses finistériennes... Selon certains le nom Basque Patxaran, populairement employé en Navarre depuis la fin du XIXème siècle, est composé de Paitar, ou Pattar, liqueur et Aran, prunellier... Il est devenu, en Castillan, la marque labellisée "Pacharan Navarro"... Mais il est dit également que le Patxaran remontrait au Moyen-âge, époque où les moines de l'Abbaye de San Salvadore de Leyre, fondée au début du XIème siècle près du lac de Yesa en Navarre, appelés au chevet du Roi de Navarre en la ville d'Olite, auraient offert au souverain un breuvage d'une couleur rouge sombre dont les vertus magiques auraient fait leur réputation dans la guérison des maux du système digestif... Aujourd'hui la labellisation indique que le Patxaran doit être rouge ou rosé intense... On raconte encore qu'il fut servi au mariage de Gonofre de Navarra (1394-1428), fils naturel du Roi Charles III de Navarre, dit Charles III le Noble (1361-1425), avec Teresa De Arellano en 1415... Gonofre de Navarra "fruit" de la liaison extra-conjugale du souverain avec Maria Miguel de Esparza (née en 1370)... Et encore, on sait que la Reine Blanche 1ère de Navarre (1386-1441) prit du Patxaran pour ses propriétés médicinales quand elle fut malade au Monastère de Santa Maria de Nieva en 1441... Au Pays Basque et La Rioja, ou il est surtout consommé, chaque famille possède "sa" recette de Patxaran. Voici deux d'entre-elles : a) 1 litre d'alcool anisé (48°) plus autant d'eau ; 300 grammes de sucre en poudre ou, directement, 1 bidon de 3 litres de sirop anisé à 24° ; 250 gr. de prunelles ; 1 gousse de vanille ; 1 bâton de cannelle ; 5 grains de café ; cueillir les prunelles après les premières gelées. Astuce, on peut aussi les faire geler au congélateur, puis les dégeler en les mettant à sécher au soleil ou en les passant légèrement au four ; casser ou fendre tous les noyaux ; placer l'ensemble des ingrédients dans un grand récipient bouché (jerrican, par ex...) ; mettre le récipient au soleil, à macérer pendant 2 à 3 mois. Les noyaux prennent alors un goût d'amande et celui âpre de la pulpe s'élimine ; passer au tamis, puis patienter encore 2 mois avant la mise en bouteille... Ce Patxaran a un degré d'alcool situé entre 25° et 30°... Et voici la seconde recette b) : 350 gr. de prunelles ; 3 litres d'alcool anisé (24% Vol.) ; 1 bâton de cannelle ; 5 grains de café ; 3 fleurs de camomille ; et, enfin, un bon verre d'eau de vie... La cueillette des drupes de "Prunus Spinosa" après les premières gelées réduit l'astringence... Depuis les années 1997 on a commencé la culture domestiquée de Prunus Spinosa dans la géographie Navarraise, selon certains auteurs on le trouvait à l'état sauvage dans toute l'Europe... Si certains utilisaient aussi son bois pour fabriquer des cannes, moi j'en faisais des épées et des poignards, ou des fourches pour mes "lance-pierres" !! A Pont Aven j'en trouvais sur le talus gauche du chemin douanier surplombant la rivière, à l'entrée du "bois de Kerviguelen", sur la rive droite, et aussi près de la "Roche forme", ou "Sabot de Gargantua", non loin de la "Passerelle", sur la rive gauche de l'Aven... Et encore à "Kerscaff", non loin du moulin à marée du "Hénant" (commune de Névez)... et aussi sur un talus du "Champ Ligeour", au-dessus de "Rozambidou"... En fait, tous ces  "Polossiers", que d'autres nomment aussi "Epinettes sauvages", étaient bien implantés sur des talus de propriétés privées ou municipales, mais jamais je n'ai eu le moindre problème. Cette tolérance était au-delà du "Droit d'usage", et nous n'étions vraiment pas très nombreux à cueillir et à consommer ainsi les "Polosses"... Je ne cite ici que les lieux les plus habituels de mes pérégrinations buissonnières et de mes cueillettes, il y en avait un peu partout, le Prunus Spinosa étant une espèce assez envahissante des friches et de certaines pâtures. De plus, du fait de ses épines, jusqu'à 2 centimètres, et de sa tendance à drageonner, le Prunus Spinoza était beaucoup utilisé pour former des haies infranchissables par le bétail... J'aimais tellement croquer ces "Polosses" qui me faisaient grimacer que je les mangeais aussi bien vertes que très mûres... Je restais parfois longtemps dans ces taillis pour me gaver, puis je me remplissais les poches et continuais mon chemin en "picorant" et en crachant les noyaux à distance, façon "semailles olympiennes"... Dans de nombreuses régions de France on fabrique aussi du "Vin d'épines", une production essentiellement artisanale, locale et familiale, malgré quelques tentatives d'industrialisation systématique... J'étais loin de me douter de toutes les qualités du Prunus Spinosa et des "Polosses", de Pont Aven ou d'ailleurs, lorsque je m'en gavais, et cela valait sans doute pour d'autres... Et des épines qui me déchiraient la peau et les vêtements j'ignorais totalement que l'on puisse fabriquer de la liqueur !! En Vendée et dans le Poitou cette liqueur est appelée "Trouspinette" ou "Troussepinette", ce qui démontre aussi, bien sûr, l'implantation  relativement ancienne du Prunus Spinosa dans ces deux zones géographiques.. Voici l'une des recettes du "Vin d'épines" Vendée/Poitou : Cueillir une poignée d'épines tendres de Prunus Spinosa sur les jeunes pousses de l'année ; couper des morceaux de 10 mm maxi dans les bouts de ces tige tendres ; après lavage à l'eau claire, mettre l'ensemble à macérer dans un mélange de vin et d'eau-de-vie pendant 2 à 3 semaines, voire 4 ; filtrer cette macération ; ajouter du sucre, bien mélanger ; mettre en bouteilles et bouchonner ; réserver à l'ombre dans un endroit sec ; retourner régulièrement les bouteilles pour faciliter la dissolution du sucre... La liqueur en bouteilles bouchonnées se conserve parfaitement. Pour la macération certains utilisent du vin rosé... et parfois du vin blanc... et même du Cognac !! Selon les familles les mélanges varient, toutes n'en font pas... Les quantités d'ingrédients varient également : 1 belle poignée d'épines cueillies de préférence en mai, soit 180 à 200 grammes, voire 800 grammes !! ; 4 à 5 litres de vin  rouge assez corsé, minimum 12° en ordinaire  (ou rosé, ou vin blanc) ; 1 litre d'eau-de-vie à 40° (ou Cognac) ; 500 à 700 grammes de sucre... Le titrage de cette "Troussepinette" est de 17° Vol., minimum... On la sert, de préférence dans des verres "Tulipe", fraîche en été, entre  5°C à 6°C, en apéritif ou en vin de dessert... aussi en hiver, en vin chaud avec du pain... A consommer avec modération..

    PRUNUS cESARUSPrunus Avium

               Le second des 6 fruits sauvages  est une Cerise... Une petite cerise, presque sans goût, peu charnue, rouge-jaune clair, plutôt rouge clair quand elle est mûre... et que je grignotais en juin-juillet-août. Peut-être une variété entre Prunus Cerasus, le griottier, produisant des drupes acides, et Prunus Avium, ou cerisier des bois, ou encore "Guignier sauvage", le merisier donnant des cerises douces... Quand je dis presque sans goût c'est bien parce que ces cerises là étaient assez sèches, ne produisaient que très peu de jus, avec une pulpe peu épaisse qui couvrait tout juste chaque noyau unique de chaque drupe... une cerise "chiche" qui ne donnait rien de son histoire et ne cherchait pas à plaire aux palais et aux papilles... pas même à nourrir. Ces cerises là n'intéressaient peut-être les oiseaux que pour les noyaux... et quelques grands-mères qui les utilisaient pour "épaissir" leurs liqueurs... et moi, pour mes grignotements "coupe-faim" particuliers, presque psychologiques, mais il fallait que j'en ingurgite une très grande quantité car elles étaient bien moins nourrissantes que les Polosses... Le Prunus Cerasus est un petit arbre, dépassant rarement les 8 mètres de haut, qui drageonne facilement. A l'état sauvage c'est un arbrisseau formant des buissons dans les haies, les lisières des bois clairs et sur les talus. Ses branches, plus faibles que celles du merisier, sont étalées ou pendantes... Le Prunus Avium, ou merisier, ou Cerisier des oiseaux, est un arbre présent en Europe dès l'époque du  néolithique et, provenant des rivages de la Mer Caspienne, cette espèce s'est répandue. Seul arbre de sa famille à ne pas être cultivé il s'est adapté naturellement... On le trouve également en Afrique du Nord... Prunus Cerasus et Prunus Avium sont du genre des Rosaceae, comme Prunus Spinosa... Prunus Avium,  le merisier, peut monter jusqu'à 15 ou 35 mètres et se développer tout seul dans les friches, c''est un arbre vigoureux à port légèrement pyramidal, avec un tronc étroit et une écorce rugueuse et brillante... Il peut vivre une centaine d'années... Au XVIème siècle, une Ordonnance Royale met fin à sa prolifération en France, une préférence étant alors accordée à l'extension du chêne... Ses fleurs sont petites et blanches, la floraison va de mai à juillet et son feuillage est caduc. Ses fruits, ou drupes, les merises, sont pendues au bout d'un long pédoncule, la queue de merise/cerise. Celle-ci a des propriétés diurétiques... Aucun des  deux cerisiers dans lesquels je grimpais ne correspond strictement, bien que de la même famille, aux descriptions "botanistiques" rigoureuses des Prunus Avium et Prunus Cesarus... Mes cerisiers sauvages étaient beaucoup plus rachitiques, beaucoup moins productifs, moins "nourriciers... une "cousinade" de rejetons sur un pauvre sol caillouteux régulièrement arrosé d'eau saumâtre, notamment les deux près de la "Roche Forme"... Certains auteurs, botanistes,  considèrent le merisier comme le compartiment sauvage de Prunus Avium, à partir duquel  a été  développé un compartiment cultivé de cerisiers doux sélectionnés pour leurs plus gros fruits... La culture du merisier pour ses fruits remonterait au IVème siècle avant notre ère, d'après les traces archéologiques trouvés en Asie Mineure (Caucase, Anatolie). Les premières cultures seraient grecques puis romaines... Selon Pline l'Ancien, toujours lui, c'est le général romain Lucius Licinius Luculus (né en 115 Av. J-C-dcd vers 57 Av. J-C) qui, lors de sa campagne militaire de 71 Av. J-C contre Mithridate VI Eupator, ou Mithriade le Grand (né vers 132 Av. J-C-dcd en 63 Av. J-C), Roi du Pont, sur la côte sud de la Mer Noire, aurait découvert et apprécié les cerises de la Ville de Cearus (actuellement la ville turque de Giresun) et les aurait ramené à Rome en 68 avant notre ère... Le médecin Grec Dioscoride Pedanius d'Anazarbe (né vers 40 Ap. J-C-dcd vers 90 Ap. J-C) mentionne dans son "De Matéria Médicas" des Kerasia qui, consommées fraîches, sont bonnes pour l'intestin... Le Kerasia est le fruit du merisier ou le merisier lui-même... Pour V. A Evreinoff (11) "il n'y a pas de doute que l'homme primitif récoltait dans les bois ses fruits sauvages... il est de même probable que l'homme de cette époque reculée multipliait les meilleures formes du merisier sauvage qu'il rencontrait"... Les premières indications sur le merisier nous sont données par Théophraste au IV siècle Avant J-C... Le médecin Diphilius Siphimus (IIIème siècle Av. J-C) mentionne que Keraisa (nom qu'il donne au merisier) est riche en jus et utilisé avec succès contre les maladies infectieuses... ce même auteur mentionne deux variétés en culture : "Merise rouge" et "Merise de Milet"... Dioscoride parle même de cette espèce en termes élogieux... Pline l'Ancien décrit déjà 10 variétés de cerisier et de merisier"... "Mes" deux arbres étaient plantés rive gauche de l'Aven, sur le talus à quelques mètres de "La Roche Forme" ou "Soulier de Gargantua"... et à leurs pieds, entre eux, il y avait "Mes" Prunus Spinosa !! Je pouvais donc varier, relativement, à cet endroit là, mes "menus" fruitiers... En vérité, dans la campagne Pontaveniste, j'avais accès à d'autres cerisiers plus chargés de fruits charnus, cultivés, mais j'aimais ces deux cerisiers sauvages là... j'adorais y grimper mais pas seulement pour "grignoter"... J'avais mes petites habitudes et c'était un super poste d'observation au pied de la "Montagne Sainte Marguerite", avec vue panoramique sur le port... Une étape saisonnière dans mon cheminement de découverte du monde... "L'analyse génétique et morphologique des noyaux de Prunus retrouvés dans l'eau lors des fouilles du Site Romain Vicus Tasgetium, à Eschenz, près du Lac de Constance en Suisse (de - 100 à + 3) ont permis d'établir que sur les 3500 noyaux de Prunus, 90% venaient de cerises de P. Avium/Cerasus et le reste était constitué de prunelles P. Spinosa, de Prunéoliers P. Insititia et de prunes P. Domestica" (12).... Il me plait de penser  l'émergence du "Moi", mon "Moi", par une part de Prunus de l'inconscient collectif, tel que celui-ci est appréhendé par Carl Gustav Jung (1875-1961) !!... Et, pour clore ce paragraphe sur la cerise, alors que je réside actuellement à Strasbourg, je me dois de citer le Kirsch, une eau-de-vie très appréciée dans l'Est, obtenue par une double distillation de jus fermentés de cerises. Le Mot Kirsch vient de L'Allemand Kirsche, cerise... Une navigation sur le web vous en dira plus... 

    La Roche-Forme ou le Soulier de Gargantua

    La "Roche Forme", ou le "Soulier de Gargantua", une forme de sabot retourné... J'en parlerais sûrement encore dans mes prochaines publications sur ce blog... Comme de nombreux copains d'enfance j'a passé de longs moments assis sur sa semelle... Une légende raconte que si la côte Bretonne est si découpée, "fractalisée", c'est à cause de Gargantua... Lorsque le géant se disputait avec sa femme et tapait du pied à Pont Aven pour lui tenir tête, un morceau se détachait de la côte. C'est pourquoi le littoral de la Bretagne est si découpé, et la raison de la formation des nombreux îlots et îles... Cette légende dit aussi que, depuis le "Bois d'amour" jusqu'à la "Passerelle", zone peuplée de Korrigans, les nombreux rochers qui parsèment l'Aven sont, en fait,, les graviers qui sortaient du soulier de Gargantua lorsque celui-ci se déchaussait... Et, par ailleurs, d'après Jacques de Vitry (1160 ou 1170-dcd en 1240), "On appelait le "Bain de pied de Gargantua" un trou arrondi, profond d'un mètre et large d'autant, que l'on remarquait sur un gros bloc avant la construction du nouveau quai"... de Pont Aven. De nombreuses histoires sont racontées sur ce sabot !!

    Mures sauvages

               Le troisième des 6 fruits sauvages de mon enfance est la Mûre, mûron (rubus nigrum) ou mûre sauvage, fruit de la Ronce, ou Rubus Fruticosus (Linné, 1753), de la famille des Rosacées... Ronce des bois, Ronce des haies, mais également appelée "Murier du renard", "Murier sauvage"... L'espèce est originaire du continent formé par l'Europe et l'Asie, c'est-à-dire l'Eurasie... En fait, on trouve la ronce vivace à épines un peu partout, dans tous les pays et toutes les régions, elle s'installe sans difficulté sur tous les terrains et ses capacités à marcotter favorisent son développement avec une redoutable efficacité... L'étymologie du latin Fruticosus, donnée par des auteurs anciens, est : plein de rejetons, ou plein de buissons, ou plein d'arbrisseaux, ou ombragé... ce qui semble bien signifier l'aptitude envahissante de cette plante... Rubus Fruticosus, qui a des fleurs blanches, est d'abord le signe du monde sauvage... C'est un arbrisseau nitrophile, vivace par ses tiges souterraines qui produisent chaque année de nouvelles tiges aériennes sarmenteuses qui peuvent dépasser les 4 mètres d'envergure, mais ne fructifient que la seconde année... La flroraison est au printemps et les fruits, qui murissent en Aoüt/Septembre, prennent successivement la couleur verte, puis rouge et enfin bleu noir ou noir violacé... Son feuillage est caduc... J'ai croqué d'innombrables mûres noires, j'aimais presque autant les rouges, plus acides, mais je me nourrissais aussi avec les vertes... A Pont Aven, comme ailleurs, il n'était guère difficile de trouver des ronciers, ou ronceraies (1ère apparition de ce mot en 1771)... et j'avais quelques "coins" favoris où trouver des mûres, ainsi, encore, le "champ Ligeour" et les terrains près de "Kerscaff", mais aussi les alentours du "château de Rustéphan", les chemins du "Bourgneuf", du "Guérig", de "Kéramperchec", et quelques autres sites de cueillettes estivales qui "parsemaient" mes pérégrinations buissonnières... Je n'ai jamais rapporté de mûres à la maison, je me "gavais" sur place !! Ma mère ne fabriquait jamais de confitures... Le mot Ronce est tiré du latin Rumicem, -is, accusatif de Rumex, épine, il est attesté au IXème siècle au sens de Ronce chez Marcellus Empiricus, surnommé L'Empirique ou Marcellus de Bordeaux (né vers le milieu du IVème siècle), qui était un aristocrate, haut fonctionnaire impérial et Philiatre (amateur éclairé de médecine) et auteur d'un Traité médical "De Médicamentis", en 36 chapitres, sans doute rédigé au début du Vème siècle, postérieurement à 408, date de l'avènement de Théodose II (né en 401-dcd en 450), Empereur Romain d'Orient... La naissance et la mort de Marcellus, d'origine gauloise, sont difficiles à situer, aussi les chercheurs doivent-ils procéder par recoupements, et certains pensent qu'en 388 il était ami avec Lucain, ou Flavius Rufinus (335-395), Préfet du Prétoire d'Orient sous Théodose II... Son Traité "médical" a été beaucoup critiqué, et selon Antoine Thomas, si Marcellus Empiricus, qui fut Maître des Offices à la Cour de Théodose II, "n'a pas fait faire de progrès à la médecine, la Botanique lui doit, en revanche, une particulière connaissance"... Et selon l'expression des Professeurs-docteurs Maurice jacques Bariety et Charles Coury, Marcellus Empiricus a "fait connaitre aux Médecins Romains de la Décadence les ressources de la Flore gauloise"... Un Poême de 78 vers termine "De Medicamentis"... En 1770, selon Carl Von Linné (1707-1778), Rumex à d'abord désigné une sorte d'arme de jet... et une sorte d'Oseille, ou de Patience, ainsi nommée à cause de la forme de la feuille en fer de lance... Le mot mûre vient de l'ancien français Meure, issu du Bas-Latin Mora, pluriel devenu féminin, du substantif neutre Morum, désignant le fruit du mûrier, la mûre sauvage...  Traditionnellement, depuis Dioscoride, Claudius Galenus dit Galien (né vers 129 et dcd vers 200 ou 216), médecin grec de l'Antiquité, et Pline l'Ancien, on utilisait des décoctions des tiges, des broyats de feuilles, ou le jus de fruits, contre les ulcérations buccales (Herpes, Angines), pour arrêter le flux des ventres ou soigner les morsures d'un serpent nommé "Prester"... Selon le poête Stoîcien Marcus Annaeus Lucanus, dit Lucain (né en 39-dcd en 65), le serpent Prester est un "serpent de feu"... Lucain, dans son ouvrage "Pharsale", semble faire référence au Dragon mythologique... mais aussi aux douleurs insupportables du venin brûlant, la chaleur incendiaire d'une morsure de serpent venimeux !! Ce qui ne le caractérise guère !! Les feuilles de ronces, desséchées, sont astringentes et toniques, légèrement antibactériennes et s'emploient en gargarisme sous forme d'infusion de 2 grammes par litre d'eau... La mûre sauvage est moins riche en vitamines A, B, C, et E que la mûre cultivée, mais possède 3 fois plus de fibres... La ronce sauvage, comme la cultivée, est une excellente source d'antioxydants, elle contient aussi des minéraux, dont le potassium, le phosphore et le Magnésium, et des Oligo-éléments tels le cuivre, le zinc et le manganèse... Les fruits verts, si âpres au goût et que j'aime pourtant toujours autant, ont aussi et encore, la réputation d'être astringents et donc constipants... Il est dit aussi que les décoctions de ronce sont plus riches en principes actifs que les tisanes... Un "Vin de mûres", artisanal et familial, est fabriqué dans de nombreuses régions, je ne dispose pas, pour le moment, de recette à présenter ici... Une autre boisson alcoolisée, plus connue, la "Crème de mûre", dont la base est une variante du Kir, circule sur le net... Le Kir est une spécialité de Bourgogne, un apéritif baptisé à son nom par l'homme politique Français, prêtre séculier et chanoine Félix Adrien Kir (1876-1968) de Dijon, de 1945 à sa mort... A son époque le Kir était composé d'une crème de cassis à 20° avec 2/3 de Bourgogne aligoté, aujourd'hui c'est 1/5 de crème de cassis de Dijon à 20°, allongé de 4/5 de Bourgogne aligoté. Il existe même un Kir Breton (crème de cassis + cidre) et un Kir Celte (crème de cassis + muscadet ou Chouchen !) !!... L'écorce de la ronce peut être utilisée, taillée en lames ou en lanières, pour la vannerie... J'ai souvent eu l'occasion de subir la griffure profonde des ronces lors de mes cueillettes et de mes chutes dans les ronciers ou lorsque je travaillais, enfant ou adolescent, au débroussaillage des talus et des jardins... Lorsque je faisais équipe avec mon père dans les fermes des environs j'ai assez souvent utilisé, selon les contextes, une technique de laçage et de nouage des fagots de ronces avec de telles lanières d'écorces grossièrement "épinées"... Ces fagots servaient à la formation des litières pour les bestiaux... une technique paternelle de fagotage notamment employée, lorsque l'on manquait de fil de fer, pour les fagots de lande destinés aux parcs à moules et à huîtres... Les tiges les plus anciennes et les plus grosses du roncier servent également en ébénisterie de luxe, on dit que lorsqu'on les tranche elles parfument... Je viens aussi de découvrir que les Grecs appelaient la ronce, plutôt ses fruits, "Le sang des Titans", les enfants d'Ouranos et de Gaïa, parce qu'ils étaient censés provenir du sang répandu par ceux-ci au cours de la lutte qu'ils durent soutenir contre les Dieux... et selon Ovide, ou Publius Ovidus Naso (43 Av. J-C- dcd en 17 ou 18 Ap. J-C), les mûres auraient rougi à la suite du suicide des deux amants Pyrame et Thisbé, qui  se rencontraient souvent sous ses rameaux... On soutient, encore aujourd'hui, que pour ne pas subir ce sort tragique, deux amoureux ne doivent pas se fixer rendez-vous sous un mûrier... Et sur cette belle légende il m'est impossible de résister ici au plaisir d'écrire cet extrait de la traduction du texte d'Ovide "Métamorphoses" par G. T Villenave... (13), c'est Thisbé qui clame : ""Ô, parents trop malheureux ! Vous, mon père, et Vous qui fûtes le sien, écoutez cette dernière prière ! Ne refusez pas un même tombeau à ceux qu'un même amour, un même trépas a voulu réunir ! Et toi, arbre fatal, qui de ton ombre couvres le corps de Pyrame, et vas bientôt couvrir le mien, conserve l'empreinte de notre sang. Porte désormais des fruits symboles de douleur et de larmes, sanglant témoignage du double sacrifice de deux amants !... Je note dans une autre traduction du même texte, celle de Louis Puget (14), ce qui me semble être le mûrissement du rouge au noir : "le fruit de l'arbre, arrivé à sa maturité, prend une couleur sombre, et leurs cendres (de Pyrame et Thisbé) reposent dans la même urne"... Dans la tradition latine le terme Pyraméa Arbor - Arbre de Pyrame - était aussi parfois employé pour désigner le mûrier... De nombreuses légendes et histoires magiques et religieuses circulent sur Rubus Fructicosus, la ronce, en voici quelques-unes, courtes amorces, tirées au hazard... Ainsi, selon Pline l'ancien, la récolte des rameaux, bourgeons ou fruits du mûrier, à usage magique devait, de préférence, se dérouler les nuits de pleine lune... Et, plus près de nous, en Angleterre, on raconte que l'on ne doit pas cueillir ses fruits après la date des Old Michaelmas (11 octobre) car c'est alors que Satan fut banni du Ciel et précépité dans un Roncier : il en maudit les fruits et on dit même qu'il cracha dessus !!... On dit aussi que l'arbuste présenté au Monastère Sainte Catherine du Sinaï comme le Buisson Ardent par Jonathan, Prince du Royaume d'Israel, fils de Saûlt de l'Evangile, est une Ronce Commune... On parle également beaucoup du mûrier dans la Bible (1er et second livre de Samuel de l'ancien testament)... Et sur un tel Buisson ne peut voleter qu'un joli papillon, "L'Argus vert", ou "L'Argus de la ronce", ou "Thecla de la ronce", le Callophrys Rubi Linnaeus (1758)... Mâle et femelle sont identiques, le dessous de leurs ailes est vert et le dessus brun-grisâtre... On le voit "papillonner" de mars à juin, parfois en juillet et août, plus rarement semble-t'il... C'est un papillon diurne, ou Rhopalocere, dit papillon de jour, avec deux antennes dont les extrémités sont comme des petites massues (Rhopalo, en grec, massue). Il se pose donc les ailes fermées et la couleur verte de celles-ci ne provient pas de pigments mais est due à la réflexion de la lumière par les écailles... Ce papillon Callophrys Rubi.L est sur la Liste Rouge Européenne de l'UICN (2010) et sur la Liste Rouge des Rhopalocères de France Métropolitaine (2012), ce qui signifie qu'il est en forte régression et donc en danger de disparition !! La raison peut être imputée à la prolifération des pesticides-insecticides-herbicides mais aussi aux techniques mécaniques de débroussaillage extrême et de fauchage systématique des ronciers et autres habitats habituels de ce papillon, et autres faunistiques... J'invite le lecteur à considérer aussi ici mes trois premiers paragraphes, particulièrement sur l'aseptisation de l'environnement pour favoriser, essentiellement, l'expansion "économico-touristique"... Le touriste ne devant pas risquer les griffures... quelles qu'elles soient !!

    Là, au pied de cet Immeuble, il y avait deux figuiers sauvages

              La FigueLa Figue sauvage est le quatrième 6 fruits "sauvages" de mon enfance  Pontaveniste...  En vérité je n'ai jamais vraiment mangé de figues sauvages à Pont Aven, chacun comprendra pourquoi ensuite, mais je tiens simplement à rapporter ici qu'il y avait aussi de tels figuiers sauvages dans le Finistère, sur les rives de l'Aven. Sur les hauteurs environnantes quelques figuiers "domestiqués" étaient plantés dans quelques propriétés privées, et certains avaient une assez grosse production, jamais je n'y suis allé "chaparder", et pourtant cela ne m'aurait pas été très difficile, et aurait parfois bien assouvi ma faim et celle de mes proches... Sur les rives de l'Aven j'ai le souvenir de 2 beaux arbres penchés sur l'eau, avec d'assez grandes feuilles (15 à 20 cm) toujours vertes, pas très haut, environ 3 à 4 mètres, au port étalé en voûte... L'un près du Pont, au centre ville, en amont, sur la rive gauche, près d'un petit lavoir, en face de l'ancien moulin Limbourg, un peu en amont de la "Chapelle" (qui en réalité était le wc public municipal). Désormais ce site est "surplombé" par une nouvelle passerelle en métal, que je déplore... L'autre, encore sur la rive gauche, vers le quai, non loin de la "cale Sinquin", à une centaine de mètres de la "Passerelle" en ciment rustique, au pied du pignon d'un immeuble bourgeois, en bas d'un petit escalier en pierres, accroché aux rochers d'un chaos de grosses pierres formant lavoir... Il y avait quelques autres figuiers sauvages plantés plus en amont, mais je ne fréquentais que très peu ces autres lieux là, ils n'étaient pas sur les circuits de mes "terrains de jeux-buissonniers" habituels et préférés... J'ai goûté de nombreuses fois les fruits toujours verts de ces deux arbres mythiques, ils étaient absolument immangeables !! Sous ces arbres, souvent le sol était tapissé de fruits tombés, et une myriade de moucherons noirs voletaient alentours... Mais l'été, sur le bord de l'eau, sous l'ombrage de ces figuiers sauvages il faisait bon et frais... En fait, le figuier sauvage  ne donne pas de fruits comestibles, il est appelé "Capri-Figuier", ou Capri-Ficus... Le nom générique Ficus est le nom latin du figuier, il est peut-être dérivé du Grec Syké d'origine Phénicienne, et Carica l'adjectif spécifique qui signifie originaire de la Carie, ancienne province d'Asie Mineure d'où, selon certains botanistes, le figuier est censé provenir, soit le Figuier Carica. L, de la famille des Moracées, aussi appelé "Arbre à Cariques"... L'existence du figuier en France au Quaternaire est prouvée par des empreintes de feuilles et de fruits frais découverts dans le Bassin Parisien... Le figuier commun à fruits comestibles, Ficus Carica, existe au moins depuis 4000 Av. J-C (les dernières découvertes archéologiques remontent plus loin encore) puisque, à cette époque, sa culture était déjà pratiquée au Moyen Orient, et ce sont les Phéniciens qui le firent connaitre en Méditerranée. Les Carthaginois, puis les Grecs étendirent sa culture et les Romains la propagèrent dans tout le Bassin Méditerranéen en généralisant sa plantation... Vers 100 Av. J-C, Pline l'Ancien évoquait déjà la culture de 29 variétés de figues différentes... Aujourd'hui on compte près de 700 variétés de figuiers... Si la figue était à la base du régime des athlètes en période olympique, elles étaient aussi un aliment de base pour toutes les populations, dans tous les milieux... Selon le Poète latin Horace, ou Quintus Horatius Flacus (né en 65 Av. J-C-dcd en 8 Ap. J-C), le figuier à donné son nom au foie, Ficatum, depuis qu'un éleveur nommé Agricus engraissa ses oies avec des figues pour obtenir un foie gras au goût particulièrement apprécié des nobles romains... En France, la figue connut un réel succès à partir du règne de Louis XIV, le Roi Soleil (1638-1715), et ce jusqu'à la fin du XIXème siècle. Le jardinier du Roi, Jean Baptiste de La Quintinie (1626-1688), lecteur de Pline l'Ancien et de Lucius Junius Moderatus Columelle (né sous le règne d'Auguste et de Tibère), l'auteur de "De Re Rustica" vers 60-65 Av. J-C, et "De Arboribus", fervent défenseur du figuier, en fit des plantations au Potager du Roi à Versailles, taillées en espalier contre des murs ensoleillés... Ensuite, puisque trop fragile pour être transportée, la figue a été produite au sortir de Paris, dans la commune d'Argenteuil. On y trouvait quelques 50 hectares de figuiers plantés sur des coteaux exposés plein sud. Et cette plantation "banlieusarde" donna son nom à de nombreuses nouvelles variétés comme la "Rouge de Montreuil", mieux connue sous le nom de "Dauphine"... Le figuier à longtemps gardé son secret jusqu'à sa découverte par les Egyptiens. Il était effectivement déjà aussi cultivé au temps de l'Egypte Pharaonique, et considéré comme un don des Dieux pour sa prodigalité. Les Egyptiens avaient en effet compris l'association de l'arbre et du Blastophage !!... Les figuiers mâles, dits aussi "Figuiers de bouc", ou Capri-Ficus, ne produisent que des Figues-Fleurs qui ne parviennent jamais à maturité... L'absence de fleurs apparentes chez le figuier est une particularité qui avait déjà été observée par le philosophe, logicien et scientifique Grec Aristote Le Stagirite (né vers 384 Av. J-C-dcd en 322 Av. J-C) et Théophraste dans le Livre V de son ouvrage sur l'histoire des plantes déjà cité ici plus haut... Les fleurs de figuiers, des centaines, invisibles à l'oeil nu car minuscules, et dont la floraison à lieu au printemps, sont "apétales", unisexuées... Elles sont enfermées, regroupées, dans un réceptacle floral creux et piriforme appelé Sycone ouvert à son extrémité par un petit orifice nommé "Oeil" ou Ostiole... Ce Sycone est donc, en fait, le réceptacle des fleurs dont la maturation, avec ou sans fécondation, donne une figue-fleurs... c'est la Parthénocarpie, du Grec Parthénos, vierge, et Karpos, fruit. Cette figue-fleurs est donc évidemment dépourvue de graines puisqu'elle n'a pas été pollinisée... Les vrais fruits sont les innombrables petits grains qui parsèment la chair de la figue, ce que les Botanistes appellent les akènes... Le figuier est considéré comme espèce dioique, c'est-à-dire que les pieds mâles et femelles sont séparés... et la pollinisation est obligatoirement entomophile car seul un insecte peut se déplacer du figuier mâle vers le figuier femelle... Et le mystère de cette pollinisation est le Blastophage, ou Blastophaga Psenes, un insecte totalement dépendant du figuier sauvage, ou Capri-Figuier, dans lequel il s'abrite durant l'hiver... En fait, les figuiers mâles, ou Capri-Ficus, ou Capri-Figuiers, portent en hiver des figues vertes à l'apparence desséchées, ce sont ces dernières qui abritent les larves de ces Blastophages (ponte d'automne) qui donnent naissance vers la mi-mai (printemps) à une première génération d'insectes... C'est un moucheron noir qui évolue et se reproduit dans les 3 générations florales annuelles, 3 sortes de figues-fleurs : 1) Les figues qui se développent au printemps (mi-mai/juin), et produisent des fleurs mâles et des fleurs femelles avec un "style" court. Le Blastophage a) va pondre et se couvrir de pollen ; 2) Les figues d'été (juillet/août.), qui possèdent des fleurs femelles à "Style" long seront fécondées par le pollen apporté par le Blastophage a) qui cherchera en vain à les parasiter. En juillet une nouvelle génération d'insectes b) voit le jour... ; 3) Les figues d'automne, qui possèdent un "Style" court permettent un parasitisme par l'insecte b)... Une nouvelle génération de Blastophages sera ainsi disponible pour le printemps suivant, et ainsi de suite, chaque année... Il est à noter que les Blastophages femelles sont ailées alors que les mâles non... Le Blastophage est donc indispensable à la reproduction sexuée et ne se développe pas dans les régions froides, comme, par exemple, dans le Nord de la France. Seules les fleurs provenant du Capri-Figuier sont productrices de pollen, donc utiles pour les figuiers du voisinage si ces derniers ont besoin d'être pollinisés. Attiré par le parfum des fleurs femelles le Blastophage sort de l'Ostiole, ou "Oeil" du Sycone du Capri-Figuier, et s'envole, en transportant sur son dos le pollen des fleurs pour aller féconder les fleurs femelles du figuier voisin, en "culture"... La fécondation printanière des fleurs des figuiers femelles donnera, au mois d'août et de septembre, des figues qui pourront être dégustées... Le figuier fructifie dès sa 4ème année et donne, selon les variétés 1, 2 ou 3 générations par an. Il atteint sa pleine maturité à 12 ans et cette fructification peut durer 12 années... La "peau" de la figue, en murissant, prend une couleur verte, puis vert-jaunâtre ou violette, parfois très sombre, pratiquement noire... Le Capri-Figuier vit plus longtemps que le figuier cultivé car la  production fruitière de ce dernier l'épuise... La figue est désormais considérée comme le plus  ancien fruit domestiqué depuis la découverte, en 2006, dans la Vallée du Jourdain en Palestine, de 9 figues Parthénocarpiques, c'est-à-dire ne produisant pas de graines, et dont la culture nécessite l'intervention de l'homme pour la mise en culture, par le bouturage. Ces figues seraient vieilles de 9400 à 9200 Av. J-C - soit un écart de 5400 ans avec celles du Moyen-Orient, citées ici plus haut - et donc de la même époque que la culture du riz en Asie, mais 1000 ans plus tôt avant celle du blé, de l'orge et des légumineuses. C'est donc peu dire lorsqu'on raconte que le figuier symbolise la volonté de survivre !! La figue fraîche ou sèche est très digeste et à une très grande valeur nutritive, surtout à l'état sec... Elle contient beaucoup de sucre, des protéines, des lipides, du potassium, du phosphore, du calcium, des Oligoéléments, des vitamines telles la vitamine A, B et beaucoup de vitamine C à l'état frais, et des fibres... Parmi les Oligoéléments on retrouve du fer, du zinc, du manganèse, du fluor et du sélénium... De ce fruit très riche un proverbe dit que " Pour qu'une figue soit bonne, elle doit porter un habit de pauvre (pellicule grisâtre et frippée), un oeil d'ivrogne (mouillée, avec une gouttelette perlant à l'Ostiole) et un cou de dévote (retombant, par rapport au pédoncule)"... Le figuier est aussi l'Abre de Dyonisos, Dieu de la fécondité dans la Mythologie Grecque et à Rome il est dédié au Dieu Mars...

    La NèfleLa nèfle

              Le cinquième des 6 fruits sauvages de mon enfance est la Nèfle... Ce nom semble provenir de l'ancien Français Mesle, comme on le dit aussi dans le Bocage Vendéen, lui-même sans doute dérivé, comme Mèle, du latin Mespilum, un mot emprunté au Grec Mespilon... qui serait formé des mots Grecs Mesos, milieu, et Pilos, balle, en référence à a forme hémisphérique de ce fruit d'hiver... De Mêle on fait également Meilleraie, un lieu planté de Mêliers... On retrouve ces mots, Mesle et Mêle, dans le "Dictionnaire Angevin et François" de Gabriel Joseph Du Pineau Ga, publié en 1746-1748, et dans Cormeau qui précise que le mot Melier (nèflier) figure chez le poête Ronsard (1924-1585). Selon Cormeau cet arbuste "est considéré dans les mauges et dans tout l'ouest comme une essence sacrée, ayant pouvoir de donner ou d'éloigner les sorts"... D'après Pierre-Louis Augereau (1962-) "les sorciers l'utilisaient pour fabriquer leur baguette magiques et les paysans en accrochaient ne branche dans leur étable pour protéger leur bétail du mauvais sort" (15)... J'aimais beaucoup ce fruit charnu là, et je trouvais assez facilement des Néfliers Communs -Mespilus Germanicus, de la famille des Rosacées- dans tous les "coins" de la campagne Pontaveniste... encore à "Keramperchec", à "Kergam", "kerviguélen", aux alentours du "Bourgneuf", du "Guérig", et toujours et encore sur le talus du "champ Ligeour", mais également sur les chemins vers le "Moulin à marée du Hénan" et "Kerdruc", et ailleurs encore.

    Moulin à marée du HénanLe néflier aime les terrains siliceux, la terre grasse et sablonneuse. Il supporte les terrains acides mais redoute les sols calcaires. Il résiste aux grands froids et on peut le trouver jusqu'à 800 à 900 mètres d'altitude, mais aussi au bord des ruisseaux. Il aime l'air tempéré... Le plus souvent je consommais la nèfle n'importe quand, qu'elle soit mûre ou non, c'était mon truc à moi... En fait je ne l'aimais pas lorsqu'elle était complètement "Blet"... Avant le "Blettissement" sa chair est très acide, assez dure, j'appréciais cette acidité... Je cueillais la nèfle et, sans épluchage, je la grignotais ou l'embouchais entièrement. Je suçotais lentement et longuement ses noyaux, je les avalais souvent... mais aussi je m'amusais à les cracher au loin, vers une cible réelle ou imaginaire... La nèfle est donc un fruit charnu, en forme de toupie déprimée au sommet, et surmontée des cinq dents persistantes du calice, le reste de 5 sépales, comme une petite couronne d'un fruit roi... Au centre de la partie déprimée, ou coupe, on peut voir les restes des étamines et des 5 styles de l'ovaire... C'est une fausse drupe, en fait un Piridion de 3 à 4 centimètres de diamètre... Sa chair entoure 5 noyaux qui contiennent de l'Acide Cyahydrique, ou Acide Prussique, des noyaux assez durs et étanches pour ne représenter aucun risque d'empoisonnement... Je témoigne que ces noyaux étaient durs, car après les avoir avalés, souvent en grand nombre, je les retrouvais dans mes selles, entiers et intacts, le lendemain. Jamais je n'ai été malade et jamais je n'ai eu le moindre malaise... Selon François Couplan (16) cet "Acide Cyahydrique" est très toxique en grande quantité, il produit des troubles respiratoires et nerveux pouvant entraîner la mort, spécialement chez les enfants les plus sensibles". Mais notre "corps peut cependant l'éliminer facilement s'il n'est présent qu'en petite quantité, et peut d'ailleurs avoir dans ce cas une action bénéfique sur l'organisme, puisqu'il se montre antispasmodique, sédatif et favorable à la respiration et à la digestion"... Plus la nèfle se rapproche du complet mûrissement, ou blettissement, plus elle a un goût légèrement vineux, un peu comme celui d'une pomme pourrie, et elle passe de la couleur brune à maturité à la couleur marron foncé... Le néflier est un  bel arbre à feuilles caduques, avec de jolies fleurs blanches assez semblables à celles du poirier. Il peut atteindre 3 à 4 mètres de haut, son bois est dur, à grain fin. Le néflier pousse de manière spontanée dans les forêts et les haies du sud-ouest de l'Europe. On le dit, selon les sources, soit originaire de Chine, soit du Nord de la Perse ou des Balkans, du Caucase et de l'Arménie, et il aurait été introduit en Europe au IIème siècle Av. J-C... où sa consommation est attestée depuis l'Antiquité jusqu'au moyen-âge. La nèfle est un fruit caractérisé par une forte teneur en vitamines, notamment A, en minéraux, en tanin, en acide citrique et en acide tartrique... Elle contient également du Potassium et du magnésium... Selon les croyances et les pratiques populaires elle peut également être utilisée pour lutter contre les troubles intestinaux, pour apaiser les douleurs diverses et calmer la nervosité, mais aussi contre la diarrhée si on la consomme crue et de préférence lorsque la chair est bien "blette"... On peut aussi l'accommoder en sirop ou en compote... Et voici une recette qui, dit-on, permet de lutter efficacement contre la goutte : on baigne longuement les graines, ou noyaux, de la nèfle dans du vin blanc, on les laisse mariner ainsi pendant quelques jours, puis on les croque régulièrement... Et encore, pour soigner les maux de gorge, lutter contre les aphtes et pour laver les plaies, il suffit de réaliser une décoction à base de feuilles de néflier... En menant mes recherches pour étoffer encore cet article j'ai trouvé un beau texte du Docteur Henri Leclerc (1870-1955), "La nèfle dans la thérapeutique d'Antan" (17) que je conseille fortement... dans lequel il décrit, page 338, ce fruit comme "verdâtre et globuleux dans sa jeunesse, (il) prend, en mûrissant, la teinte bistrée, la consistance molle et fluctuante, d'un inquiétant aposthume ; pour comble d'ironie, il porte un diadème formé par les dents persistantes du calice et rappelant assez le bonnet à pointes dont, au Moyen âge, on ceignait le Front des Fols"... Et il indique, p.339, que "la pulpe boueuse de la nèfle inspire à l'élégant poète Anglais Abraham Cowley (1618-1667) ce vers d'une énergie toute Virgilienne dans sa concision : "Mespilus et Fructum patern ambitiosa coronat", l'orgueilleux néflier veut que son fruit plein de pourriture porte une couronne...". Henri Leclerc cite aussi, p.342, une communication faite à l'Académie de médecine, en juin 1939, par le Professeur R. Sartory et ses collaborateurs, MM Weil et Aziz, sur la "composition chimique des fruits du néflier, travail basé sur de larges et minutieuses recherches, et dont il faut conclure qu'une heureuse association de matières pectiques, gommeuses, sucrées et tanniques fait de la nèfle un régulateur des fonctions intestinales, action qui ne peut être obtenue par l'emploi d'un quelconque de ses constituants, puisque le tanin à lui seul ne peut être que constituant"... Le monde médical, toujours selon Henri Leclerc, p.339,  "dès la plus haute Antiquité, lui attribua de nombreuses vertus... Instruits par Hippocrate  (né vers 460 Av. J-C-dcd vers 370 Av. J-C) qui en prônait l'usage chez les Febricitants lorsqu'ils ont le ventre échauffé et des selles brûlantes, les médecins Grecs et Romains l'utilisaient dans tous les cas où il est indiqué de modérer les sécrétions intestinales et, avec Dioscoride et Actuarius, la considéraient comme un puissant astringent". Au Moyen-âge la nèfle jouit d'une grande réputation et deux auteurs monastiques, Saint Albert Le grand (entre 1193 et 1206-dcd 1280) et Sainte Hildegarde (1098-1779), lui furent, précise H. Leclerc p.339, "ainsi qu'à l'arbre qui la porte, particulièrement favorables. Albert Le Grand vantait le bois du néflier comme un remède chaud et sec, capable de fortifier l'estomac... et aux malades atteints de fièvres quotidiennes, tierces ou quartes, Sainte Hildegarde prescrivait du vin chaud dans lequel avaient macéré la racine et les feuilles ; quant à la nèfle, elle estimait salutaire d'en manger tant et plus, qu'on fut malade ou bien portant, car elle faisait croître les chairs et purgeait le sang"... Actuarius, ou Johanness Acturius, ou Jean Zacharias, Jean, fis de Zacharias est sans doute né au XIVème siècle Av. J-C, et Konstantinos C. Gritzalis, Marianna Kara Manou et George Androutsos donnent sa naissance en 1275 et sa mort en 1328... C'est un médecin Byzantin auteur de plusieurs ouvrages dont "De Urinis" (trd. Sur les urines), et  "Sur le fonctionnement et les maladies de l'esprit psychique et le régime à lui prescrire", dont le second livre traite de diététique et d'hygiène, et encore "Methodus medendi" (trd. Méthode thérapeutique)... Le titre d'origine romaine Actuarius qui désignait sous l'Empire Romain un "secrétaire", un "comptable" ou un "intendant", fût porté à Byzance, à partir du XIIème siècle environ, par des médecins attachés à la Cour Impériale... Comme je l'ai indiqué plus haut l'article du Docteur H. Leclerc est riche d'informations sur l'histoire et les usages de la nèfle et de son porteur, je réitère donc mon invitation à le lire... Mais je ne résiste pas au plaisir de le citer à nouveau en rapportant encore l'anecdote qui suit, et chacun qui connait mes origines comprendra facilement pourquoi... H. Leclerc rapporte donc, p.342, la "remarquable étude de M. Mercier, médecin de l'Hôpital de Lorient qui, atteint lui-même d'une entérite et ayant constaté l'amélioration qu'il devait à la consommation de nèfles, publia en 1907, un article dans lequel il indiquait le moyen d'en préparer une conserve, joignant l'utile à l'agréable"... J'espère parvenir un jour à trouver cet ouvrage. et l'acquérir... A la même page il mentionne aussi un usage qu'il a lui-même conseillé de faire, pour traiter la diarrhée infantile, d'un  "sirop préparé avec des nèfles encore vertes et des feuilles fraîches de Pimprenelle"... Sirop dont son élève François Decaux, de la commune de Vittel, "à reproduit la formule dans un article très documenté qu'il a consacré aux fruits astringents". Un article encore à découvrir... Dans certaines régions les nèfles, après la récolte, c'est-à-dire après les premières gelées, sont disposées sur un lit de paille pendant une quinzaine de jours. Il se produit alors un ramollissement, une fermentation naturelle, c'est le "Blettissement".  Le fruit est sucré mais ne contient pas de saccharose, seulement un mélange de glucose et du levutose (sucre inverti) et un peu d'alcool. On peut en faire des compotes et des confitures... Je n'ai pas le souvenir de telles pratiques dans la région de Pont Aven et jamais je n'en ai entendu parler dans ma famille...  On dit aussi qu'il est possible de bien les conserver sur des claies une bonne partie de l'année...

    Poirillon de Pyrus Pyraster

              Le sixième des 6 fruits sauvages de mon enfance est une petite Poire, ou poirillon, ou poirion.  Poirier, du bas-latin Picarius, qui vient de Pirus, Pirum, Poire... On la trouve dans quasiment toutes les régions de France. Deux poiriers difficiles à distinguer sont concernés ici, le Pyrus Pyraster et le Pyrus Communis. L, sous-espèce

    Poirillons de Pyrus PyrasterFleurs de Pyrus Pyraster(subsp.) Pyraster... L'origine de ces fruitiers , de la famille des Rosacées, varie selon les documents consultés, il est ainsi dit que le Pyrus Pyraster était connu des populations européennes préhistoriques, venant d'Asie Mineure il aurait traversé le Détroit des Dardanelles (le poirier est nommé "Darda" en Albanais), puis serait passé dans les Balkans et ensuite dans le Péloponèse. Théophraste (371 av J.C-288 av J.C) l'appelait "Apion"... Le Pyrus Pyraster transite ensuite dans l'Empire Romain, où, au IIème Siècle avant J.C, Marcus Porcius Cato, dit Caton l'Ancien ou Caton le Censeur (234 av J.C-139 av J.C) mentionne 6 sortes de poires et deux siècles plus tard Pline l'Ancien (23 ap J.C-79) en dénombre plus d'une trentaine... Les petites poires du Pyrus Pyraster ne sont pas très bonnes, elles ont un goût très âcre, astringentes, et sont très dures à croquer, il est mieux d'attendre qu'elles soient bien mûres, vers septembre-octobre, ou bien "Blet", un peu avant le début du pourrissement et encore farineuses. Je les aimais ainsi... Leur grosseur est inférieure à une balle de Ping-Pong, tout juste 3 à 4 centimètres de diamètre... Selon, je les mangeais directement sur place ou, bien plus rarement, je les cueillais et les mettais à mûrir dans quelques cageots stockés au grenier. Ma mère ne les utilisait jamais, même pas pour en confiture et non plus, comme au Moyen-âge, cuites dans du vin... ou à l'hypocras, une boisson à base de vin, sucrée au miel et aromatisée dont on attribue l'invention au médecin grec Hippocrate (né vers 460 av J.C et dcd en 377 av J.C)... Selon l'école de  médecine de Salerne "La poire ne vaut rien sans vin. Si vous les mangez en compote, c'est un excellent antidote, mais la poire crue est un poison" !... A Pont Aven ces poiriers sauvages étaient sur le "coteau de Rozambidou", les deux encore dans le "champ Ligeour", le Pyrus Pyraster en "haie de terre agricole", au coeur d'un muret en pierres sèches, et le "Pyrus Communis.L, subsp. Pyraster en pleine terre au fond du champ... Assez curieusement mon préféré était le Pyrus Pyraster !!... Ce poirier sauvage est généralement considéré à l'origine de toutes les autres variétés fruitières de poires et, selon divers spécialistes, c'est un très bon "Porte-Greffe"... On le trouve sur les friches, dans les haies, dans des sols riches, calcaires, profonds, aérés et frais... Il porte des feuilles caduques rondes-ovales, plutôt glabres sur les deux faces, assez "racornies"... Ses fleurs sont blanches et hermaphrodites, la floraison est précoce, en avril-mai. Les tiges d'attache des poirillons sont plutôt longues, les rameaux sont courts et parsemés d'épines. Celui du "champ Ligeour" avait une taille d'au maximum trois mètres... L'autre poirier, Pyrus Communis. L. subs. Pyraster, était de plus grande taille, une dizaine mètres peut-être, et ses rameaux, plus verticaux, étaient moins épineux. C'était un bel arbre, isolé, assez majestueux et il est difficile de penser aujourd'hui qu'il provenait peut-être de l'autre spécimen... Dans la nature "sauvage" les hybridations de ces poiriers sont nombreuses. Certains autrefois cultivés, puis abandonnés, retrouvent leur nature originelle et épineuse... Je ne le "fréquentais" pas beaucoup, alors qu'il produisait le même genre de fruits avec lesquels on peut fabriquer le "Poiré"... Le bois de ces poiriers sauvages est généralement utilisé en "tranchages" pour les besoins de la marqueterie, de la lutherie, de l'ébénisterie et pour la gravure. Leur longévité est importante, il peuvent vivre de 200 à 300 ans. Mais ces poiriers sont désormais considérés en voie de disparition et différentes mesures pour leur protection commencent à être imposées à travers l'Europe...

    port de Kerdruc

             

    Le Port de Kedruc Nevez-Pont Aven... Vue de l'Aven... 

     

     

     

               A noter que tous les fruits sauvages cités ici, et qui attisaient mon appétit d'adolescent buissonnier, étaient armés contre les êtres humains et les animaux "prédateurs". 

             Les diverses photos que je présente ici le sont dans le respect du concept d' "Utilisation équitable" et selon un "Usage Loyal" tel qu'il est définit par le Code Américain sur le Droit d'Auteur au Titre 17, Chapitre 1, Section 107...

              Francis Louis Le Garrec                                                                                                                                    Sizig Loeis Ar Garreg

              Kenavo.

    Petite Bibliographie

    "Gauguin et l'école de Pont Aven", catalogue de l'exposition du 13/01 au O05/03/1989 à la BNF, Ed. Bibliothèque Nationale, Paris.... Voir http://gallica.bnf.fr

    (1) Sur la "Pataphysique", voir "Geste et opinions du Docteur Faustroll, Pataphysicien", A. Jarry, 1987

    (2) Sur Christiane Rochefort voir la très intéressante thèse de Shereen Kakisch, "Le personnage-enfant à la recherche de l'Utopie féminine", Programme de Maîtrise en études littéraires pour l'obtention du grade de Maître Es Arts (M.A), faculté de lettres, Université de Laval, Québec, 2007...

    (3) "Le paysage, entre le politique et le vernaculaire. Réflexions à partir de John Brincker Jackson", Jean Marc Besse, en ligne sur http://www.arches.ro/revue/no06/no06art02.htm

    (4) Silvio Guidani. Chargé d'enseignement. Institut Européen/Université de Genève.

    (5) Jacques Heurgon, P. 32, in "L'alimentation et la cuisine à Rome", de jacques André, in "Journal des savants", année 1963, Vol."1, n° 1, pp. 31-37

    (6) "Histoire naturelle", ou "Naturalis Historia", Pline, Livre XX, Tome treizième. Traduction par M. Ajasson de Grandsagne, Edité par CLF Panckoucke, 1829, 1833... Consultable sur http://gallica.bnf.fr/ark/1248/bpt6K580.. C'est une oeuvre en prose de 37 livres, publiée vers 77 Av. J-C, du vivant de son ami l'Empereur Vespasien.... Le 24 août 79 Ap. J-C, l'année de sa mort, il adopte son neveu qui prit le nom de Caius Plinius Caecillus Secundus, dit Pline le Jeune... "Histoire naturelle" de Pline l'Ancien est un collectage du savoir de son époque sur des sujets variés comme les sciences naturelles, l'astronomie, l'anthropologie, la psychologie ou la métallurgie..

    (7) "Mémoires de la Société de Médecine", p. 215, année 1779, Tome dixième, Seconde partie. Publication par l'école de médecine, Ed. Didot Le Jeune, imprimeur, Paris

    (8) "Le Silphium. Etat de la question", Suzanne Amigues, in "Journal des savants", n° 2, année 2004, vol. 2, pp. 191-226...  Je signale un autre ouvrage  de Suzanne Amigues, spécialiste incontestée de la botanique Grecque : "Théophraste. Recherche sur les plantes. A l'origine de la botanique", par Suzanne Amigues, Ed Belin, 2010, Paris 

    (9) Les publications de Théophastre sont nombreuses,  celles concernées sont : "Histoire des plantes", un Atlas de Botanique composé de 9 livres, écrit au cours du IVème siècle et IIIème siècle Av. J-C et paru sur plusieurs années à partir de  314 Av. J-C... et "Causes des plantes", ccomposé de 8 livres réalisés au cours du IIIème siècle...

    (10) "Revue internationale d'Onomastique", Jacques Chauran, Vol. 29, p. 156, Ed. d'Artrey, 1977... J. Chauran a été le Président de la Sté Française d'Onomastique et a dirigé la Revue de Linguistique Française "Le Français moderne"...

    (12) "Histoire et amélioration de 50 plantes cultivées", Claire Doré, Fabrice Varogaux, INRA/QUAE, 2006

    Voir aussi "Génétic relationships between diploid and allotetraploid cherry spieces", in "Heredity",  Vol. 93, M. Tavaud, A. Zanetto, J-L. David, F. Laigret et E. Dirlewander 2004

    (11) "Contribution à l'étude des ancêtres des cerisiers du monde", V. A. Evreinoff, p. 420, in "Journal d'agriculture tropicale et de Botanique appliquée", année 1956, Vol. 3, n°3-7-8.......... Voir sur www.Persee.fr 

    Voir aussi Jacques  de Vitry, "exempla", Ed. Crane, p. 89... et "Le folklore de la mère", Paul Sébillot, 1997, p. 96

    Voir aussi "Une nouvelle édition de Marcellus de Bordeaux", Antoine Thomas, in "Journal des savants", année 1920, Vol. 18, n°1, pp.15-21

    Voir aussi "Histoire de la médecine", J. Bariety et C. Coury, 1964, Fayard, Paris

    Voir aussi "Maerits/marcellus/medecine.htm....... "De la médecine. Poême". Traduction par M. Louis Baudet, Professeur, sur http://remacle.org/bloodwolf/erudits/marcellus/medecine.htm.fr

    Voir le très bel article sur la ronce du Doct Jean-Yves Cordier sur http://www.lavieb-aile.com/article-tristan-et-la-ronce-la-blanche-fleur-et-le-fruit-rouge-de-la-passion-1218516...... J-T Cordier cite aussi sur cette thématique Kim E. Hummer, http://www.ars-usda.gov/SP2UserFiles/person/2674/hummer%20rubus%pharmacology.pdf.... dont les textes sont en Anglais.

    (13) "Métamorphoses", Ovide, Livre 4, V. 55-166.... Traduction G. T Villenave...

    (14) Louis Puget, Th. Guiard, Chevriau et Fouquier, 1876, un peu différente de celle de G. Villenave... 

    (15) "le régal végétal : les plantes sauvages comestibles", François Couplan, 2009, Ed. Sang de la terre, Paris

    (16) "Les secrets des noms de communes et leiux-dits du Maine et loir", Pierre Louis Augureau, 2004, Ed. Coudray-Macouard.

    (17) "La nèfle dans la thérapeutique d'Antan", Docteur Henri Leclerc, pp.337-342, in "Revue d'histoire de la pharmacie", année 1952, Vo. 40, n°133

    Voir aussi "Petites histoires de Bretagne et d'ailleurs", par Emmanuel Holder...

     

        

        

  • Les pinces à linge en bois de ma mère lavandière à Pont Aven

    Pince à linge en boisPinces à linge en bois qu'utilisait ma mère        Qui a inventé la pince à linge en bois ??

          A ce jour je ne crois pas que quelqu'un soit en mesure de répondre avec certitude à cette question... Le plus souvent, sur les réseaux sociaux, est cité le nom de Jérémie-Victor Opdebec... un illustre, réel ou imaginé, chanté sur la musique de la symphonie n°5 de Beethoven par les "paroliers" Pierre Dac et Francis Blanche en 1949. Une chanson "loufoque", un tube de l'époque, "La pince à linge", que l'on trouve sur leur album 33 tours "Loufoqueries"...  Elle sera reprise en 1955 par "Les quatres barbus", un quatuor, que l'on dit anarchiste et proche de Jacques Prévert, formé en 1938 par Jacques Tisch (basse), Marcel Quinton (baryton), Pierre Janet (ténor) et un contre-ténor tenu successivement par Raymond Leibowitch, André Schlesser, Jean Marie Perisson, Michel Hamel, et enfin, de 1949 à 1969 (dissolution), Georges Thibaut... Ainsi, selon Pierre Dac et Francis Blanche, ce monsieur Opdebec serait, en 1887, l'inventeur de la pince à linge !!... ça sent l'humour grinçant... D'autres sources, semblant plus "sages", citent le suédois B.O.G Anderson, qui aurait perfectionné un modèle suisse afin qu'il ne pince pas les doigts, mais ne donnent aucune information sur le modèle suisse en question !... On nomme également l'américain David M. Smith, de Springfield, dans le Vermont, il aurait inventé le bel objet qui pince le linge en 1853 !!... Mais aussi, Solon E. Moore (??) en 1887, ou encore la manufacture américaine Brown, et même les Quakers !!! Bref, ce n'est pas clair du tout, pas concordant, et, en tous cas, pas convaincant...  Et, en conclusion partielle de mes recherches sur le sujet, je crois fondé de considérer la pince à linge en bois comme un "croisement de savoirs-faire artisanaux" et d'innovations... une "invention collective" !!    

         La pince à linge en bois de hètre (ou de bouleau !) est l'un des outils indispensables de la lavandière, au même titre que la brosse à chiendent, le savon de Marseille, le bleu Guimet, la lessiveuse, la caisse à laver... Un petit ensemble trois pièces : deux bûchettes de bois taillé et un ressort spiralé... à ne pas confondre avec son ancêtre, l'épingle à linge d'un seul tenant, fendue (encôchée) jusqu'au niveau des noeuds du bois et baguèe pour le  serrage... Je n'ai jamais vu ma mère utiliser cette dernière... On disposait d'un stock d'une centaine de pinces que l'on achetait par lot de 24 chez Marie Pichou, l'épicière de notre quartier, rue des meunières à Pont Aven Elles étaient vendues "pincées" sur une bande de carton souple... Au "fil" de l'usage et du temps les branches de certaines pouvaient casser et le ressort se "distendre", il fallait alors les remplacer ou les réparer... Nous disposions d'une petite réserve de "pièces détachées" (ressorts et branches) dans laquelle on puisait pour tenter le "re-montage" d'un "vieux" ressort sur de nouvelles branches ou inversement. J'ai le souvenir de mes épiques batailles pour placer les branches de la pince entre les courtes "épaules" du ressort... le truc est de commencer par monter le ressort sur l'une des branches puis de glisser, par son côté émincé et depuis l'arrière (côté machoires), la seconde branche sous l' "épaule" restée libre du ressort, le plus difficile étant le levage de cette "épaule" libre !! Pour aviver encore ma mémoire j'ai acheté chez "Mr Bricolage", il y a une semaine, un lot de pinces à linge en bois... made in PRC (République Populaire de Chine)... la présentation est la même que dans les années 60-70, mais celles d'alors étaient légèrement plus grandes... Et je n'ai évidemment pas manqué de les démonter et de les tester !! Le démontage est facile !! Je vous livre ici les caractéristiques de la pince traditionnelle que ma mère utilisait, j'en possède encore une usagée, une "ancienne" de 48 ans, un peu noircie... Longueur : 80mm ; Largeur arrière (côté machoires) : 10mm ; Largeur avant (côté pinces) : 15mm ; Largeur du chant : 10mm ; Ecartement extrème extérieur des machoires : 35mm ; Ecartement extrème intérieur des machoires : 20mm... En fait l'écartement intérieur est mesuré depuis les points de contact des machoires... Dans la partie centrale, entre les branches, un petit "ressort de torsion cylindrique hélicoîdal" de 3 grammes, hauteur 10 à 12 mm, selon la technique de formage (mécanique ou manuelle), 6 spires tréfilées enroulées dans le sens des aiguilles d'une montre, en acier au carbone (faible résistance à la corrosion), avec 2 branches de 22mm de long dont les extrémités sont appuyées, en épaulement rentrant, et agissent en sens opposé (elles s'écartent). Pour un tel ressort de torsion, dont le rôle est d'opposer un couple, de générer un "effet tournant" et de maintenir une pression de "courte distance", le fil d'acier, diamètre 1,2mm, se déforme et travaille en flexion... Et si l'on considère que c'est bien l'invention, ou plutôt la mise au point située, de ce petit objet métallique qui permet la création de la pince à linge en bois, du moins qui lui permet d'accéder au statut de pince, encore faut-il parvenir à déterminer la date de cette mise au point du ressort puis celle de sa combinaison particulière avec les éléments en bois !!

         Pour moi, pince et épingle à linge en bois racontent aussi une certaine verticalisation de l'habitat et une réduction de l'espace "à vivre"...  Dans les appartements empilés de la ville le séchage du linge implique un sèchoir filaire de fenêtre ou celui d'un étendoir "parapluie" de salle d'eau et, pour les locataires "chanceux", une corde à linge tendue sur le balcon ou la terrasse... Autrefois, lors de la grande lessive mensuelle, pour sècher et blanchir le linge (draps, torchons, chemiserie, etc) on l'étendait au soleil, de préférence sur l'herbe verte... les "couleurs" étaient généralement pinçées ou épinglées sur des cordes "à linge" tendues entre des perches ancrées... des méthodes qui ne s'excluaient pas... Aujourd'hui la campagne est "multipliée", l'étendue est morcelée, clôturée, murée... les étendages (ou pendages !) sont installés dans     les jardins privatifs des maisons de campagne ou des résidences secondaires... des jardins qui, progressivement, sont réduits jusqu'à la simple terrasse maçonnée... et l'étendage, alors, parfois, est monté sous les toits, dans un grenier... Mais, désormais, la lessive à une nouvelle périodicité, elle est quasi quotidienne, et donc plus petite, moins volumineuse... chacun, replié, retiré chez soi, est attaché à sa machine à laver... et le séchoir à tambour efface l'exposition au soleil et au souffle du vent... les autres vont à la laverie de quartier ou au pressing du coin de la rue... La réduction opère à deux niveaux !!  Dans l'espace réduit on n'étend plus, on suspend à l'aide de pinces.

         Au lavoir public Limbourg, à Pont Aven, il n'y avait pas de corde à linge... aussi, comme je l'ai déjà écrit dans une publication précédente ("Au Bleu Guimet ma mère lavandière à Pont Aven azurait le linge"), ma mère disposait des tréteaux en bois que mon père ou moi lui avions fabriqué, elle pouvait donc y poser à égoutter les plus lourdes pièces de linge : draps, couvertures, couettes, etc... Pour "mettre à sècher" le linge elle devait le transporter  mouillé, mais égoutté,  jusqu'à la courette de notre logement (je décrirais ce taudis du 14 rue des meunières, années 60-80, dans une prochaine note), soit environ 300 mètres de roulage avec une brouette ou de portage avec des bassines et des paniers. Dans cette courette, de 2 mètres maximum de large, nous avions installé une corde à linge, ou plutôt une drisse (terme de marine), de diamètre 4, d'environ 8 à 9 mètres, nouée à chaque bout sur un piton à crochet scellé dans la maçonnerie. Sur une telle longueur la charge du linge mouillé est très importante, aussi, comme soutien, pour éviter la casse, deux perches en bois de houx de 2,30m de long, fourchues "en bout", placées à 2 mètres l'une de l'autre, étaient nouées à la corde à linge, entre les "cornes" des fourches. La taille de ma mère, bras tendus, soit environ 2 mètres, servait de calibrage pour le placement en hauteur des fixations et donc de la corde tendue, elle devait parvenir à y placer, perches baissées, une couverture mouillée, l'étendre et la pincer... Et j'affirme que ce n'était pas un exercice facile ! Le pendage commençait toujours par les pièces les plus grandes, et donc les plus lourdes, les draps et couvertures étaient placés à "cheval" sur la corde puis étendus, 4 à 5 pinces suffisaient alors pour les tenir... les chemises et les vestes étaient pincées par le col, les pantalons et les caleçons longs par le bas des jambes... Les pièces les plus petites étaient "casées" en dernier. Chaque lavandière avait ses petites astuces de pendage, ainsi pour le pinçage des chaussettes, des slips et des culottes.... des variantes techniques spécifiques mais aussi signifiantes... une certaine pudeur déontologique obligeant un pendage "discret" qui continuait à fonctionner jusque derrière les murs aveugles de notre courette... un code lavandier de civilité !!  Lorsque ma mère mettait son linge à sècher elle portait à son cou une drisse de 0,60m, diamètre 4, fermée en boucle, qui formait ainsi un collier de 80 à 90 pinces à linge à portée immédiate de ses mains, elle pouvait alors suspendre "en continu". Souvent j'étais le fier porteur de ce collier ! A proximité il y avait toujours un stock de pinces dans l'un des paniers en noisetier fabriqués durant l'automne et l'hiver par mon père. Il était très rare que des épingles soient laissées sur la corde après le ramassage du linge sec... Le pendage terminé ma mère redressait les perches, le linge pouvait alors "battre au vent"... les perches suivaient le mouvement de balancement... Ci-dessus j'ai écrit que je possèdais encore l'une de ces pinces "familiales" un peu noircie, une noirceur de presque 5O ans ! En fait toutes ces pinces à linge en bois non traité noircissent, il s'agit d'un effet de l'humidité sur le bois qui favorise l'installation d'une sorte de lichen... et qui peut aussi verdir, ou même être de couleur orangée suivant les zones géographiques... Pour détruire ces micro-champignons et éviter qu'elles marquent le linge, ma mère les trempait régulièrement dans un bain d'eau tiède javellisée... Elle s'appliquait aussi à les "faire tourner"...

            J'ai le souvenir de mes jeux d'enfant avec ces pinces à linge en bois... Avec 3 pinces je créais des chevaux : 1 pour le corps, 1 pour la tête, et 2 pour les jambes... je les faisais galoper dans la forêt de Brocéliande, ils devenaient les fiers destriers des chevaliers de la Table ronde !! Des tours, des maisons, des ponts en épingles et toutes sortes de combinaisons "éphémères" réalisées sur la toile cirée de l'unique table de notre logement... Je me souviens aussi de la fabrication collée de dessous de pots et de plats, c'était plus rare et toujours avec des épingles à linge réformées, il était hors de question d'utiliser des neuves pour un tel usage !! Aujourd'hui on trouve sur le marché une multitude de telles créations ludiques et décoratives... De l'éphémère devenu  économiquement durable !! Dans cette "débauche" créative  il semble que les ressorts ne soient pas considérés... et pourtant !

           Si l'on considère que l'arc est "constitué essentiellement d'une pièce courbe flexible formant ressort, alors ce matériel peut être considéré comme inventé depuis plus de 10.000 ans" (http://www.meca.insa-toulouse.fr/paredes/ressorts/)... Et de cet "arc-ressort" de chasse ou de guerre au ressort "domestique" à torsion cylindrique hélicoïdal de la pince à linge il y a un long cheminement inventif et de perfectionnements divers... Ainsi, selon Bruno Belhoste : "l'origine de l'artillerie de jet remonte, semble-t'il, au début du IVème siècle avant JC... ". A cette époque "Denys l'Ancien" (431 av. JC - 367 av. JC),  tyran de Syracuse, rassemble un groupe remarquable de techniciens (Technitai, en grec), maîtres charpentiers et architectes de tout le monde grec, mais aussi de possessions Catharginoises, qui lui construisent de nombreuses machines de siège... L'artillerie de jet se perfectionne pendant la période Hellenistique, puis sous l'Empire Romain... Les premières machines de jet sont des arbalètes en matériau composites (Gastraphetès)... Puis viennent les lanceurs à torsion d'une efficacité redoutable, inventés (selon E.W Marsden) par les ingénieurs de Philippe de Macédoine (382 av. JC - 336 av. JC), qui lancent des flèches (Oxyboloi) ou des pierres (Petroboloi), ils utilisent comme moteurs deux ressorts à torsion, constitués chacun de faisceaux de cables montés sur un cadre de bois. La disposition des cadres, et leur inclinaison par rapport au fût de la machine de plus en plus perfectionnés, déterminent des types d'engins aux performances spécifiques, catapultes, scorpions, ballisstes au I siècle avant JC... Sous le régime de Trajan des machines de jet à un seul ressort, les onagres, complètent le parc d'artillerie des armées romaines"... Et B. Belhoste ajoute encore que "dès le IVème siècle avant JC... en Egypte, à l'initiative des Ptolémées (La dynastie pharaonique, issue du général Ptolémée Sôter, qui règna sur l'Egypte de 323 av. JC à 30 av. JC peut être comptée comme la XXXIIème Dynastie), (les) ingénieurs sont parvenus à formuler les proportions optimales à respecter, dans les lanceurs à torsions, entre le diamètre des ressorts et les caractéristiques des projectiles, la longueur des flèches ou le poids des boulets. Ces résultats, diffusés sous forme tabulée, seront utilisés couramment par les constructeurs d'engins jusqu'à la fin de l'Antiquité". Ainsi donc le principe de ces inventions a été répandu tous azimuts par les armées, les ingénieurs et les architectes. Ce qui conforte mon avis que, s'il ne semble pas sérieusement possible de déterminer la date précise de création de la pince à linge on peut lui attribuer/accorder une certaine charge universelle, l'épingle est devenue pince par le croisement des savoirs... et son ressort en est le coeur héritier de l'arc millénaire...

         Je n'ai pas prospecté pour établir le nombre précis de fabriques de pinces à linge qui existaient ou existent encore en France, je me contenterais ici de citer celles d'Aspet, Milhas et Soueich, des villages du Piémont central Pyrénéen. La commune d'Aspet est un chef lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Gaudens, dans la zone géographique dite du Comminges, au sud de la Haute-Garonne. Dans ces fabriques le bois de hètre était traditionnellement transformé en panneaux puis "réduit" en bûchettes qui étaient ensuite étuvées avant d'être rabotées et formées. Les ouvrières de ces usines glissaient les 2 branches (bûchettes façonnées) entre les "épaules" du ressort à l'aide d'un écarteur mécanique commandé "au pied". Ces ressorts étaient fabriqués artisanalement sur place...  Je n'en sais pas plus, et c'est bien dommage, il me semble qu'un travail de collectage ethno-historique serait intéressant à mener sur cette fabrication régionale.

          Ce soir de décembre 2013 j'ai fabriqué un collier de pinces en bois, et je l'ai suspendu sous une tablette de ma bibliothèque...

          Kenavo

          Francis Louis Le Garrec           

          Sizig Loeiz Ar Garreg


    Petite bibliographie

    "Voyage en pince à linge", Florence Rapinat-Gamard, exposition à Paris en octobre 2007

    "Pince à linge", Corinne Simon, 1990, à Moucherd, Jura

    http://mitcal.com/doc/springs/help/frspringstxt.htm

    http://broderiedemats.blogspot.fr/2012/11/constructions-en-pinces-linge.htm 

    www.lavoirsdefrance.com... http://france.lavoirs.free.fr/region/tarn-et-garonne

    www.unicaen.fr... Sources anciennes Multimédia

    J'invite mes lecteurs à découvrir Helen Paterson Allingham (1848-1926), artiste peintre anglaise de l'époque victorienne... notamment les tableaux "Drying clothes" et "The clothes line"...

    Et aussi, les sculptures de Claaes Oldenburg ; "Clothespin", 1976, Philadelp"hie, Penssylvanie ; et de Meehmet Ali Uysal, "Skin", 2008, Nicey-sur-Aire, Meuse et "Skin II", 2010, Chaudfontaine, Belgique.

    "La figure de l'architecte-ingénieur Antiaque", Bruno Belhoste, pp 6-9... http://www.inrp.fr

    "Essai sur la science et l'art de l'ingénieur aux premiers siècls de l'Empire Romain", Germain de Montauzun, 1908, Paris

    "Vitruve et la nomenclature des machines de jet romaines", Philippe Fleury, revue des études latines, tome LIX, 1981

    "Greek and roman artillery. Historial développement", E.W Marsden, 1969, Clarendon Press, Oxford

    "Greek and roman artillery. Technical treatises", E.W Marsden, 1971, Clarendon Press, Oxford

     

     

     

             

  • La caisse à laver de ma mère lavandière à Pont Aven

          Au fil de mes pérégrinations sur les réseaux sociaux et de mes lectures diverses j'ai appris que cette caisse à laver en bois dans laquelle ma mère lavandière s'agenouillait était aussi appelée, dans d'autres régions de France ; Carrosse ; Baquet ; Triolo ; Agenouilloir... A Pont Aven je n'ai jamais entendu nommer cet indispensable "matériel" ainsi, on disait simplement "la caisse"... Triolo me plait bien, l'humour grinçant porté par Carrosse aussi... mais Agenouilloir me convient mieux compte tenu de sa charge sémantique "multidirectionnelle"... servir dans et par la contrainte (vivre/survivre et subvenir aux besoins, être "l'obligé" d'autrui), en terre légendaire Celtique, religieuse (catholique) Bretonne... Hygiénisme et religiosité... Colonisation, christianisation, socialisation et surf-riding sur la mer celtique des croyances légendaires... Pour signifier mieux cette approche de ce que j'ose appeler ici "la symbolique de la Caisse à laver-Agenouilloir" j'écrirais dans quelques temps une petite note sur le monde mythique des lavandières... Je puiserais alors, entre autres, dans les collectages et publications de Georges Sand, Paul Sébillot, Stéphanie Bayle, Françoise Le Roux, Christian Guyonvarc'h, Emile Souvestre, Jean Cuisenier, Guy Betchel, Carlo Ginzburg, et aussi, forcément, le vicomte Hersart de la Villemarqué ("Barzaz Breiz"). En attendant, pour mettre l'eau (de mer/mère) à la bouche du lecteur, notez que selon une tradition "croyante" Bretonne ; "Qen na zui kristen salver, rede goêlc'hi hou licer, didan an earc'h ag an aêr", "jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur, il nous faut blanchir notre linceul, sous la neige et le vent"... Et ma mère lavandière à Pont Aven a beaucoup blanchi le sien pour blanchir les toiles et tissus des autres... et comme sauveur c'est l'Ankou (oberour ar vro, ouvrier de la mort) qui est trop tôt venu la chercher, vaincue par la tuberculose (la noirceur)... Historiquement la lavandière est devenue la blanchisseuse, et aujourd'hui la blanchisserie est le lieu du feu de la chimie, celui du nettoyage à sec au Pressing du coin de la rue...

        On peut désormais trouver des exemplaires de caisses à laver dans de nombreux écomusées français, mais j'aime préférer celle qu'utilisait ma mère ! Rien d'étonnant... et, humblement, je vais expliquer pourquoi ci-dessous.

          Des années 50 aux années 70 ma mère n'a utilisé que 4 ou 5 caisses à laver, et les  2 dernières ont été "fabriquées" par moi, selon un modèle réalisé par mon marin de père. Si donc on considère cette période de 25 années  la "carrière" d'une caisse à laver pouvait durer de 5 à 6,25 ans,,  environ... ce qui, compte tenu de l'usage, est une belle "vie" pour un matériel en bois de récupération... et encore, le changement de caisse à laver, sa réforme, n'était pas nécessairement dû au fait de l'usure, de la dégradation, de la casse... Je me souviens que celles que j'ai fabriqué l'ont été pour améliorer le "confort" en situation de travail de ma mère... Améliorations réalisées selon ses indications et d'après les observations de mon père ou les miennes, en principal celles concernant : A) le confort d'agenouillement ; B) la protection contre les projections d'eau et l'étanchéiité ; C) la prise d'appui des mains et la pose de travail des avants bras. Et aussi, complémentairement : la réduction (abattage) des angles aigus sortants, la résistance aux chocs et le poids. Ainsi, le descriptif qui suit révèle non seulement la charge de travail que nécessitait la fabrication de cette caisse mais aussi, autant, un art de vivre, une histoire de vie. Pour moi c'était bien plus qu'un simple assemblage de vieilles pièces de bois... Elle était l'expression matérialisée d'une collaboration familiale attentive, une présentation d'un "soi" familial symbiotique fort capabe au fil d'une simple vie de labeur et de misère, de barrer toutes les agressions. La première  "sortie" de la nouvelle caisse à laver était un évènement largement commenté au lavoir, une analyse critique, in situ, entre femmes de métier, admiratives, "louangeuses", jalouses et parfois aussi très "fielleuses"... La caisse à laver était en quelque sorte la vitrine d'un savoir-faire familia et, surtout, elle disait quelque chose des hommes de la maison ! Mon père et moi le savions bien, alors on soignait le mieux possible la construction... Et plus encore, au-delà de notre habileté technique, on s'appliquait pour que ma mère puisse être fière au milieu des autres... La fierté des "petits riens", celle qui nait des petits gestes domestiques quotidiens... une fierté "de niche" que les sociologues ont beaucoup de mal à appréhender... La fierté occasionnelle du pauvre, une fierté situationniste !! Je ne possède aucune photo de la caisse à laver de ma mère et celles que j'ai vu dans les Ecomusées, des "cousines" régionales, diffèrent en quelques points.  Le principe de montage est le même partout, et les différences sont plutôt dans les finitions et les dimensionnements. La caisse à laver, objet de la représentation familiale, était aussi "ergonomiquement personnalisée", adaptée à la morphologie de la lavandière... elle disait donc aussi quelque chose du physique de la personne... Tout celà était assez facile à constater par une observation postée attentive... Chaque caisse était donc facilement identifiable, et pourtant je me souviens avoir "signé" celle de ma mère avec un poinçon rougit au feu !! Mais il ne s'agissait là, vraisemblablement, que de l'expression de ma part de "frime" adolescente, en rapport Piagétien/Vygostkien avec ma quête de "Moi" et mon besoin de reconnaissance !!

         Je présente ci-dessous un descriptif de fabrication de la caisse à laver, il résulte de la plongée dans la marée de mes souvenirs d'enfance. En fait je ne crois plus que le mot souvenir convienne tant ces faits là sont ancrés vivants en moi, "au fond de mon äme, au bord de mes lèvres et aux bouts de mes doigts"... Si aujourd'hui on ne rencontre plus aucune lavandière professionnelle, on croise toujours des pauvres dans les rues des villes et sur les chemins de campagne, et ceux-là doivent aussi se débrouiller pour vivre un peu plus, et un peu mieux... le système vivrier du monde de la misère... Ainsi chaque bidonville, chaque camp de Roms, chaque cabane "bricolée" dans les  jardins familiaux, me rappelle un peu, beaucoup, presque passionnément, l'univers Pont Aveniste dans lequel j'ai été élevé, initié, éduqué... et humilié... "Au bord de mes lèvres il n'y a pas que des mots fleuris, des mots gentils, il y aussi de la rage et de la colère, un cri inachevé"... Et peut-être aussi un peu de vomissure !! Mais c'est par là que je suis devenu... par l'écorchure et le tourment... Et le Pont-Aveniste empathique que je suis se retrouve alors dans l'impressionnante oeuvre de l'artiste peintre Edvard Munch (1863-1944). et particulièrement dans ses tableaux de la série "La frise de la vie", entre autres : "Désespoir" (1892 et 1894) ; "Anxiété" (1894) ;  et le célèbrissime "Cri" de 1893 et 1895 (il en a peint 5 versions). Munch avait l'habitude de légender chacune de ses oeuvres en gravant sur chaque cadre en bois un poème, je m'autorise ici a extirper de celui écrit en lettres rouges pour la version 1895 du "Cri" la phrase suivante : "Et j'ai entendu un cri infini déchirer la nature"... Et aussi, extraite ailleurs de la prose lyrique Munchéenne, cette autre phrase : "Et j'ai senti la nature traversée par un long cri infini"... entendre et sentir... Tous ces extraits, dans la subtilité de leur sémantique spécifique, me touchent "personnellement", je m'empare de ce cri comme il s'empare de moi... et plus encore, tant ils me paraissent signifier l'état écologique problématique du monde...   permissif et perversif... En 2012, la version 1895 du "Cri" a été vendue aux enchères 119,9 millions de dollars (frais compris) chez Sotheby's, New York !!

          De 1889 à 1892 Edward Munch réside à Neeuilly puis à St-Cloud. Il découvre alors les oeuvres de Van Gogh et de Gauguin. Munch est considéré comme l'un des pionniers de l'expressionnisme dans la peinture moderne...

         En général, au terme d'un "quinquenat" il convenait d'envisager le renouvellement de la caisse à laver.... On en discutait alors familialement, le plus souvent à table, entre deux cuillérées de Yod Kerc'h (bouillie d'avoine) et de Laezh Ribod (lait baratté)... cette discussion déclenchait généralement la mise en chantier de la fabrication... Le principe de montage de la caisse était a peu près le même dans toutes les régions de France. Dans certaines les caisses étaient équipées, ainsi, par exemple, dans la vallée de la Creuse, une planche striée était fixée diagonalement sur la façade, un prolongement sur lequel la lavandière pouvait ainsi frotter et savonner directement le linge sans qu'une cale soit nécessaire. Pour la caisse de ma mère rien de tel, mon père et moi n'apportions que de menues modifications adaptées à sa manière de travailler et à sa morphologie. Voici donc les dimensionnements normalisés in situ de chaque élément en bois, avec quelques spécificités "maison" : 1) la largeur intérieure, qui devait permettre le passage de chaque main, entre chaque hanche et chaque face intérieure des "parois" latérales, soit 43 centimètres, environ ; 2) la longueur intérieure des parois voussées qui devait être prise depuis le devant des genoux jusqu'aux malléoles, de manière à ce que les pieds soient libres en dehors de la caisse, soit, au minimum, 45 centimètres. Le point de naissance de chaque voussure était placé à 30 ou 35 centimètres depuis le point angulaire intérieur de la façade ; 3) la hauteur de la façade, soit environ 30 centimètres, non compris l'appui-mains de 1,6 centimètres d'épaisseur ; 4) la hauteur des parois latérales, soit 30 centimètres, avec une réduction voussée jusqu'à l'extrémité arrière du fond de caisse ; 5) l'étanchéité du fond de caisse, soit 2 ou 3 planches de 46 centimètres de long montées parallèlement à la façade, donc perpendiculairement au fil de l'eau du canal de fuite. Il importait d'utiliser de larges planches afin de limiter le nombre de jointures et ainsi les pénétrations d'eau. En sous face du fond étaient fixés, au droit des parois latérales et perpendiculairement aux planches, deux liteaux rectangulaires (18mm x 35mm ou 30mm x 40mm). Ce liteaunage permettait la circulation d'eau sous la caisse ainsi surélevée et limitait les remontées par les jointures... Ce montage est une de mes trouvailles des années 1965 ou 1966, j'avais alors 14 ou 15 ans... j'en suis ému et encore fier aujourd'hui... 6) la longueur de la barre d'appui, soit 63 centimètres, y compris deux oreilles (9cm X 2). Appui constitué par une planche de 9 centimètres de large posée à plat sur le chant de la planche formant façade, arasée sur sur le devant et avec un retrait intérieur de 7,5 centimètres. Par oreille il faut comprendre deux formes que je dis ici "volutées à plat", rentrantes vers l'extérieur des parois latérales. Le point de naissance de chaque oreille étant l'aplomb extérieur angulaire de chaque paroi latérale. 

         Le lavoir du moulin  "Limbourg" que "fréquentait" ma mère, et que j'ai déjà partiellement décrit dans mes précédentes publications, était couvert, fermé sur trois côtés et placé au bord d'un bief, où, plutôt, du canal de fuite du moulin, donc à l'écart du courant de l'Aven, soit une zone d'eau calme, régulée par le dispositif technique de la meunerie... Ce canal de fuite, d'environ 2 mètres de large sur environ 30 mètres de long jusqu'à son affluence avec la, rivière, était régulièrement purgé, de nuit, par un "lacher" de trop plein d'eau. Les "lachers d'eau" étaient strictement règlementés selon, me semble t-il, une loi du 16/10/1919, qui, je crois, permettait des aménagements adaptés aux contextes locaux. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à cette opération de décharge hydraulique. Ce lavoir public couvert, qui pouvait accueillir cinq lavandières sur environ 9 mètres de long, était prolongé à l'extérieur, vers l'aval, par une cale non abritée, de 3 mètres linéaires à peu près, sur laquelle deux autres caisses à laver pouvaient être posées. Sept femmes, presque toujours les mêmes, souvent avec leurs enfants, pouvaient donc se retrouver là et travailler de "concert" (!!). Lorsque deux lavandières travaillaient face à face, l'écart entre elles était, au minima, de 1, 50 mètre, bras tendus elles pouvaient se toucher le bout des doigts...  La cale, ou surface de lavage, sur toute sa longueur, soit une douzaine de mètres, était maçonnée en pierres plates appareillées en légère pente (1%), à 10 centimètres au-dessus de l'eau, et scellées au mortier de ciment. La surface de lavage, ou cale, d'environ 60 à 70 centimètres de large, était surmontée sur toute sa longueur par une marche palière. Sous abri ce palier avait également 60 à 70 centimètres de large, on y accédait directement, depuis la courette pavée, par une porte à écharpes en bois, montée sur 3 gonds à pattes de scellement... Ce palier "intérieur" permettait la circulation technique des lavandières, la pose des paniers de linge et des bassines... et le stationnement surveillé des plus petits enfants !... A l'extérieur, c'est la courette qui formait, à la même altimétrie, ce palier... Chaque caisse à laver pouvait donc être posée bien à plat sur la cale, parallèlement au fil d'eau du canal de fuite...

         Pour la fabrication de cette caisse à laver il fallait évidemment des planches et des clous... Notre famille n'était pas riche du tout, alors on faisait de la récupération... On prospectait les décharges et les chantiers de démolition locaux à la recherche de planches en bois d'oeuvre de 15 mm d'épaisseur. On espérait trouver du chêne, du hêtre, du frène ou encore du châtaignier, les résineux étant exclus pour la caisse à laver, mais on n'avait pas toujours le choix, on se débrouillait avec ce que l'on trouvait... Chaque planche subissait une "inspection" rigoureuse, elle ne devait pas vriller et être sans noeud mort, sans "flashe", sans gerçure ni pourriture excessive. Pour récupérer des clous on extrayait ceux encore en place dans les planches usagées démontées, on les faisait "reculer" au marteau pour les sortir ensuite avec des tenailles ou un pied de biche... Plus tard on les redressait en utilisant comme enclume de fortune la surface plane d'un morceau de fer ou celle cimentée d'une marche ou d'un appui de fenetre, ou autre encore... On récoltait ainsi une multitude de clous de toutes longueurs et de diamètres variés. Les plus forts et les moins rouillés étaient stockés dans des boites métalliques, et arrosés d'un peu d'essence ou de gasoil. Losqu'on clouait les planches, il y avait une certaine "perte" car les clous usagés, écrouis (échauffés) par le redressement, se tordaient facilement... il fallait doser les coups de marteau, notamment les deux ou trois premières frapppes... Et celà pouvait s'avérer particulièrement difficile selon les essences de bois !! L'assembblage des divers éléments était réalisé, pour l'essentiel avec des clous de 60mm de long et 2,5 ou 2,7 de diamètre... quand la "récolte" permettait ce choix !! Lorsque l'on avait un peu de "monnaie" on achetait quelques livres de cloux neufs. 

         Les planches récupérées étaient nettoyées, éventuellement décapées, avant d'être débitées. Le débitage était réalisé avec une scie égoïne ou avec une scie à bûches, aussi appelée scie rouennaise ou scie savoyarde... Nous ne disposions pas toujours d'une scie égoïne. La coupe avec la scie à bûches n'était pas facile, notamment lorsqu'il fallait suivre un tracé. Les voussures des parois latérales étaient préalablement traçées, le plus souvent suivant notre "coup d'oeil", jamais au compas, parfois à l'aide d'un clou et d'une ficelle selon la technique dite "compas du jardinier"... Puis, suivant le trait de coupe voussé, on réalisait des "amorces", c'est-à-dire des coups de scie tous les 4 ou 5 mm environ, qu'il fallait ensuite découper perpendiculairement, au plus près du tracé... Le façonnage de la  voussure était effectué à la "plume", ou plane creuse de 37 centimètres... J'aimais travailler avec ce vieil outil de charpentier, idéal pour les parties courbes ou les arrondis. Autrefois il était très utilisé pour éplucher et former les manches d'outil... Pour parfaire la finition on utilisait une rape demi-ronde, piqûre moyenne d'abord puis piqûre fine... Selon l'état du bois nous remplacions parfois la rape par des morceaux de verre, des tessons de bouteilles par exemple, on s'en servait un peu à la manière des racloirs en métal... C'était une technique très efficace pour finir les affleurements... je me souviens aussi avoir utilisé mon couteau Pradel (le même que celui de mon père. Voir ma publication précédente sur ce thème) pour "éplucher" le chant des planches et les "rabattre en arrondi". Tous les angles sortants des planches et de la caisse à laver étaient ainsi rabattus. La  caisse était "adoucie", et ce n'était pas par souci d'esthétique... Un ponçage au papier de verre terminait l'ouvrage (grains P30, P40, P50, P1OO, P120, selon la nomenclature Iso 6344 actuelle). L'histoire de ce papier abrasif, dont le 1er exemple connu remonte à la Chine du XIIIème siècle, mériterait une publication prochaine. Il s'agissait d'un parchemin sur lequel des fragments de coquillages, de graines et/ou de sable étaient collés avec de la gomme naturelle, et c'est bien ce procédé qui a été amélioré jusqu'a la fabrication des bandes pour les ponçeuses électriques actuelles... L'appui-mains de la caisse à laver, droit avec ses deux oreilles, était façonné de la même manière. Travailler cette  pièce de bois était un gand bonheur pour moi, elle "demandait" un traitement soigneux, un travail "à façon", avec la "plume"... une gestuelle technique presque artistique, un "toucher" et un "coup d'oeil"... c'était la pièce sur laquelle ma mère allait poser ses mains, il y avait de la "préciosité" dans ce travail là... un amour de travail... "l'un des temps" de mes premiers "émois techniques", de mes premières sensations manuelles... le début de ma prise de conscience de mes 5 sens au travail, de mon corps actif, en activité, en mouvement... Ma prise de conscience de "mon pouvoir de faire des choses"...  Mon Lebenswelt (le monde vécu) et mon Umwelt (le monde environnant) au sens de Husserl... et ainsi la caisse à laver de ma mère devient aussi  le bel objet qui "parle" ces deux mondes...

         L'étape suivante était l'assemblage par clouage... et avec des clous rouillés ce n'était guère facile... un long chemin de clous !! Lorque l'on utilise des clous neufs il est conseillé de les "moucher" avant de les utiliser, il s'agit de donner un léger coup de marteau sur la pointe afin de limiter le risque de fendage du bois, notamment lorsqu'il est sec... Mais moucher un clou rouillé, écroui de surcroît, ne sert a rien, on l'utilisait donc tel quel. Pour l'enfoncer dans le bois c'est le "coup de patte" qui importe, poignet léger, frappe précise et retenue, sans précépitation... La tëte du clou doit être frappée pile par la partie axiale de l'enclume de la tête du marteau... Aucun clouage tordu ou dépassant n'était toléré dans le bois de la caisse à laver ! Nous n'utilisions que les clous acier à tête plate... Lorsque nous n'avions que des planches de chêne pour fabriquer la caisse, ce qui en vérité était rare, le clouage était une vraie galère, pour un clou enfoncé 5 ou 6 pliés, foirés, voire plus !! Les clous neufs "flambent" aussi lorsqu'ils ne sont pas frappés de la bonne manière, mais bien moins facilement et moins vite !! Le chëne est un très bon bois, chacun connait sa dureté. Compte tenu du mode d'assemblage des différents éléments toutes les planches devaient ëtre clouées sur le chant d'une autre... celles du fond sur le chant inférieur des parois latérales et de la façade, la façade elle-même contre les chants verticaux avant des parois latérales, l'appui-mains sur le chant de la façade et des parois latérales, il avait ainsi aussi une fonction de raidisseur...

        Autrefois, dans les campagnes bretonnes étaient organisés des concours, généralement dans le cadre de "Jeux Celtiques"... je me souviens de l'un d'entre eux qui faisait appel à la dextérité et à "l'expertise" de tous... Il s'agissait d'enfoncer un gros clou de 140 x 5,5 ; 150 x 5,5 ; 160 x 6,0 ; et même 180 x 6,5 dans une grosse bille de bois en un minimum de frappes... J'ai tenté ce jeu, mais, honnêtement je ne me souviens pas du résultat, et il me semble que c'était lors d'une kermesse au terrain de foot municipal... Il y a quelques jours j'ai découvert une recherche sur la modélisation d'un coup de marteau intitulée "Savez-vous planter des clous ??". Un travail de terminale S2, mené au lycée E. Branly de Boulogne-sur-Mer par 4 jeunes filles de 17 ans dans le cadre des "Olympiades de Physique" au Palais de la découverte à Paris. C'est bluffant !! Ces 4 étudiantes, Marjorie, Laurie, Pauline et Lucie, sont parvenues en finale le vendredi 2 février 2007. Le début de leur aventure est né de leur découverte d'un jeu idem à celui décrit ci-dessus, mais cette fois lors d'une émission TV de divertissement : "Fort Boyard" !! 

         Le ponçage intérieur/extérieur signait le terme de la fabrication de la caisse à laver. Il convenait ensuite de la tester au lavoir... Ma mère n'a jamais "réformée" une caisse fabriquée par l'un ou l'autre des deux hommes de sa maison, elle en était très fière, ça se voyait et ça s'entendait... au lavoir tout était dit !!... et bien dit !! L'ouverture d'un nouveau quinquennat...

         Le ON impersonnel que j'ai beaucoup utilisé dans ce texte  est un ON chargé de l'amour d'un père et de son fils pour  la petite dame de leur vie... la femme et la mère... la dernière lavandière de Pont Aven... Un ON impersonnel pour ne pas distinguer le père du fils... Le "JE" n'avait là sa place que subordonnée à l'expression technique familiale d'un savoir partagé...

          La prochaine fois j'écrirais sur les épingles à linge en bois...

          Et, pour la lectrice, ou le lecteur, qui souhaite en savoir plus et découvrir la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère, je conseille un séjour chez mon ami d'enfance Pierre Rosot... Il saura vous accueillir et vous guider dans la région de l'Aven et du Belon... 

    Pierre Rosot                                                                                                                                                                                            "Le Refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                                Lieu-dit Poultréau, 29300, Baye (non loin de Quimperlé, et donc de la gare SNCF)                                                                         Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                        Site Web : lerefugedelasalamandre.com

    KENAVO.                                                      SIZIG LOEIS AR GARREG

     

    Petite Bibliographie

     Je conseille une superbe exposition réalisée par les élèves de CE2 et CM2 de l'école primaire de Plestin-Les-Grèves. Elle a été présentée par l'inspection Académique du 06/11/2005 au 13/11/2005. Un bel exemple à suivre.................................. http://bro-plistin.pagesperso-orange.fr/lavoirs.htm 

    Musée de la Vallée de la Creuse à Eguzon.......... Ce musée présente une belle caisse à laver équipée d'un prolongement strié..... www.musee.regioncentre.fr.............. et http://webmuseo.ccom/ws/musee-eguzon

    www.moulindefrance.org 

          

     

                

  • Le Savon de Marseille de ma mère lavandière à Pont- Aven

         Dans mes précédentes publications j'ai peu parlé des baquets et des bassines dans lesquels ma mère faisait "tremper" le linge ; "trempage à la lessive", "trempage à l'eau de javel Lacroix", "trempage/azurage au Bleu Guimet"... Ormis la lessiveuse tous les récipients qu'elle utilisait alors étaient en Polyéthylène/caoutchouc/plastique (famille des polymères)... des verts, des jaunes, des bleus, des rouges, des carrés, des ronds, des rectangulaires que l'on pouvait empiler par encastrement et ainsi les ranger facilement... Je suppose qu'à ses débuts de lavandière, auprès de ma grand-mère, dans les années 25-40, à Elliant puis à Ergué-Gabéric (Finistère), elle utilisait des baquets en bois cerclé et des bassines en métal galvanisé (peut-être en zinc galvanisé !?). Ces baquets là étaient lourds et les bassines en métal, rondes ou ovales,  rouillaient malgré la galvanisation, notammnent aux jointures, aux pliures, aux points de soudure et par le dessous du fond, aux points de contact avec le sol... Les bassines en "plastique" résistantes aux produits chimiques (acides, bases, solvants), insensibles aux bactéries, champignons et parasites... et supportant l'eau très chaude, bouillante !!... légères (de moins de 1kg à 4,70kg maxi) et ne rouillant pas, ont succédé facilement, progressivement à partir des années 40, aux divers "conteneurs" en bois et en métal... Dans les années 60-70 (plus rarement aujourd'hui !!) on trouvait encore en vente dans les quincailleries ces bassines en métal galvanisé (Luigui Galvani 1737-1798). Selon différentes sources, des fiches techniques indiquent que les métaux galvanisés peuvent résister à la corrosion : 120 ans en milieu rural ; 85 ans en milieu suburbain ; 70 ans en milieu tropical et 65 ans en milieu industriel... D'autres sources précisent que la tenue dans le temps de "l'acier" galvanisé à chaud ou trempé est, en atmosphère à moyenne agressivité, en moyenne de 30 ans (en bord de mer celà peut etre différent). Je  témoigne qu'en Bretagne, dans le Finistère, à Pont-Aven... dans les années 60-70... la rouille pouvait mordre les bassines galvanisées, principalement aux points cités ci-avant !! J'ai souvent constaté, à cette époque, de telles morsures sur ce matériel qu'utilisaient encore certaines des "copines de lavoir" de ma mère... mais il m'est difficile aujourd'hui d'établir l'ancienneté de ces bassines d'alors... Quelques-unes, qui avaient été perçées, arboraient une "savante réparation bricolée" ; deux "piècettes" de zinc, l'une dedans l'autre dehors, serrées à travers le (s) trou (s) de la paroi par un  boulonnage coupé court, tête ronde en dedans... avec, parfois, des rondelles en cuir pour renforcer l'étanchéité... Le matériel des lavandières racontait ainsi, aussi, quelque chose d'autre de leur vie privée, indice par indice chacun (e) pouvait  composer, "à sa main", "dans sa langue" l'histoire de l'autre... et "commérer" ! Le lavoir comme lieu paien du baptème ! Le lieu où les surnoms sont attribués, distribués avec malice ! Commérer, Commére, du latin écclésiastique Commater , "mère avec", c'est-à-dire la seconde mère, qui renvoie à Commérage : Baptème ! Du lavoir et du lien social... Bientôt, je raconterais la lessiveuse "La Couronne" en métal galvanisé que ma mère utilisait pour "cuire le linge", effacer la "salissure" (Mary Douglas)... de Soi, des Autres... 

         Les bassines, les cuvettes, les brocs et les seaux en polyéthylène/plastique nous servaient aussi comme ustensiles de cuisine (lavage des légumes, nettoyage de la vaisselle, etc), mais également pour notre toilette (de la tête aux pieds !) et l'entretien ménager... et encore pour les travaux de "maintenance" de notre logement, dont le lessivage et le chaulage mural annuel... L'apparition du Polyéthylène, en 1933 (matière plastique résultant de la polymérisation de l'Ethylène), puis la mise au point de la première presse à injection entièrement automatisée en 1937, le développement des techniques de moulage sous vide, de soufflage ou d'extrusion, etc, générèrent une production massive d'ojets de toutes sortes ; jouets, brocs, bassines, cuvettes... On peut dire que, sur le plan technique, le "mieux être-vivre" professionnel et domestique de ma mère, comme de toutes les autres lavandières de France et de Navarre,, s'est installé au fil de l'évolution de la chimie et du développement de la mécanique industrielle.

         Les matières plastiques étant perméables aux pigments, la méthode la plus couramment utilisée par les mouleurs pour colorer chacun des objets fabriqués est celle dite du mélange "maître" ; des pigments concentrés sont dispersés dans une résine porteuse à base de polymères, et au cours du moulage ce mélange "maître" est coulé dans la résine naturelle lors de l'introduction dans la presse... et les coloristes/mouleurs obtiennent ainsi de nombreuses nuances de couleurs... A Pont-Aven, les jours de "buée", le lavoir Limbourg, aujourd'hui disparu et désormais "remplacé" par une EEEEnorrrmeeee agence du Crédit agricole, près du pont, avait une petite ressemblance, à une autre échelle évidemment, avec le souk des tanneurs de Fès et ses cuves de teintures multicolores... Bassines et cuvettes, rondes, carrées, rectangulaires, chargées de linge "couleurs" pour le trempage à la lessive, la javellisation ou l'azurage au "bleu Guimet", côte à côte, formaient comme un tableau "existentialiste"... dont je ne crois pas que beaucoup de pontavenistes aient perçu la "puissance" et l'humble beauté...

         Le mot "buée" employé ci-dessus s'appliquait à l'action de faire bouillir le linge, la "Bugata" en ancien provençal du XIIIème siècle, d'où "Bugade", puis la qualification de "Bugadière". Ainsi appelait-on les "mères courages" où buandières de Grabels, un petit village près de Montpellier... Le terme "Buée" a depuis été étendu à "journée de lessive"... En Poitou-Charentes on disait Bughée...

         Dans mes précédentes publications j'ai parlé des différents produits utilisés par ma mère lavandière : le Bleu Guimet, l'antirouille Rubigine, l'eau de javel Lacroix, les lessives Omo, Persil, Bonux, Paic et St-Marc... Un autre vient maintenant  compléter et fermer cette liste : le savon !! Ma mère utilisait essentiellement le savon de Marseille, des cubes de 300 grammes environ qu'elle achetait chez "Marie Pichou", l'épicière de la rue du quai, près de la "place royale", ou "place aux cochons" ou "place pigalle"... l'un des hauts lieux de mes jeux d'enfant sur lequel je raconterais bientôt quelques petites histoires... Les jours difficiles "Marie Pichou" et sa fille nous faisaient "kroum", c'est-à-dire qu'elles faisaient crédit à ma mère (c'est elle qui tenait les "cordons de la bourse")... parfois le paiement des factures d'achats trainaient et les relations se "tendaient" un peu, mais "nous" parvenions toujours à régulariser. J'ai vécu ce mode de fonctionnement durant de longues et nombreuses années...Et j'avoue que nous devons à "Marie Pichou" et à sa fille un grand et chaleureux merci !!

         Après sa cuisson le linge était jeté sur la cale de pierre plate du lavoir, devant la caisse à laver... Pour l'extirper bouillant de la lessiveuse ma mère utilisait un bâton en bois de houx d'environ 1m de longueur, que mon père ou moi avions taillé et épluché... Elle s'agenouillait ensuite sur le coussin de la caisse à laver (que je décrirais bientôt dans une nouvelle publication), plongeait le linge dans l'eau pour le refroidir, l'essorait puis l'étalait devant elle, le savonnait grassement et le brossait méthodiquement... le replongeait dans l'eau, l'essorait, jaugeait le travail et, selon, reprenait éventuellement le processus... Le traitement des draps était difficile et très épuisant... En fonction du dégré de salissure, les petites et moyennes pièces, tels que mouchoirs, torchons, serviettes, chemises, slips ou chaussettes, etc, en plus d'être savonnées et brossées à plat sur la pierre de la cale, étaient re-savonnées puis frottées, ou "foulées", vigoureusement entre les mains... ma mère insistait ainsi sur les cols et les poignets de chemises, sur les talons de chaussettes, sur toutes les parties fortement sollicitées par l'usage ou particulièrement exposées... Elle empilait d'un jet le linge essoré à sa gauche, un peu au-delà de la portée de son bras tendu... Ce geste, entre autres, conditionnait la placement de la caisse à laver... selon qu'elle était droitière ou gauchère chaque lavandière se devait de "fermer" sa place en arrivant la première au lavoir, ce qui générait parfois quelques bonnes et sévères  "prises de becs" ! Le linge rinçé/essoré était ainsi empilé "en attente" du trempage à l'eau de javel puis de l'azurage au bleu... Le savonnage n'a rien d'un geste anodin, il implique une bonne prise/tenue en main, un fort serrement des doigts et un poignet solide, une allonge et une souplesse de bras... L'une des maladies professionnelles de la lavandière est aussi celle des maçons-enduiseurs, des pongistes et des tennismen ; le tennis-elbow (Epicondylite) !! Je doute que des statistiques existent sur ce sujet concernant les lavandières, mais j'ai encore en mémoire les moments de vraie souffrance de ma mère... Lorsqu'elle utilisait un savon de Marseille neuf, le geste était plus lent, les doigts plus  écartés et plus "crispés" sur le cube de 300 grammes... Au fil du savonnage le cube "fond", le geste change, devient plus souple, plus rapide, les doigts se décrispent sur le savon, sont plus enveloppants, un peu plus repliés sur le dessous du morceau... alors ce sont les parties externes et les bouts des doigts qui prennent, ils frottent sur le linge, rougissent, de légères brûlures apparaissent parfois... De temps en temps  le savon "s'échappait" et tombait dans le bief, il fallait alors se mouiller pour le récupérer au fond de l'eau (1m environ). Pour éviter au mieux tout celà ma mère ne savonnait quasiment pas avec les cubes "fondus" au delà des trois quarts, elle conservait la portion restante et l'utilisait ensuite, en complément de la lessive, pour la cuisson du linge et aussi pour le lavage doux et délicat des lainages, des soies, des flanelles, etc... Parfois aussi elle composait, avec les petits morceaux et des "raclures" de savon, une bassinée d'eau tiède savonneuse dans laquelle elle faisait "tremper" ce linge délicat avant de le "fouler" doucement à la main, presque tendrement... une douceur sans Soupline !!

         Il est difficile de déterminer quel peuple a inventé le savon... autant de peuples, autant de prétentions, et une grande et longue histoire. On balance constamment entre l'origine du mot savon et l'invention du produit même. Il semble que l'on savait déjà fabriquer des savons dès 3000 ou 2800 av. J-C. Certaines sources datent de cette période, celui, fameux, du savon de la ville-citadelle d'Alep, en Syrie. Ce savon, fait avec de l'huile d'olives et de la cendre végétale, était particulièrement réputé pour ses propriétés désinfectantes, dues principalement à l'adjonction d'huile de baies de laurier (de 1% à 40%) lors de sa fabrication. Une matière ressemblant au savon a également été trouvée pendant l'excavation archéologique de la Baylone Antique (2325-2160) dont la fondation est attribuée aux Akkadiens  Selon certains le "Sabun" (al-sabun, le savon) Perse, avec ses 2000 ans d'histoire, pourrait aussi prétendre être à l'origine du savon, il s'agit d'un savon fabriqué avec de l'huile d'olives et de la Potasse. Et aussi, les fameux cylindres (A et B) de Gudea (2141-2122), souverain lettré de Lagash vers 2100 av. J-C, représentent un document littéraire et historique qui décrit la construction du temple de Ningirsu et l'intronisation du couple divin de Lagash. Le cylindre A concerne  la construction du temple et le cylindre B traite de l'installation du Dieu Enlil et de sa parèdre, la déesse Bau, dicte ses volontés et décrit sa future gloire.  Ce cylindre donne la description du rituel d'un festival annuel s'étendant sur 7 jours, et c'est dans cette description, que, selon les traducteurs, une simple petite phrase permet de comprendre qu'à cette époque déjà, les Sumériens utilisaient une préparatiion proche du savon que nous connaissons aujourd'hui : "ainsi il me purifie avec l'eau, ainsi il n'ettoie avec la potasse, ainsi se fait le mélange de l'huile pure et de la Potasse"... L'idée de mélanger des graisseset de la Potasse était donc déjà bien connue et mise en oeuvre de manière empirique par les Sumériens. Cette Potasse provenait des cendres végétales, et l'huile était sürement celle des graines de Sésame que les Sumériens importaient en grandes quantités de l'Indus au Pakistan. Le savon ainsi obtenu avait une texture molle et grasse et se présentait probablement sous la forme d'une pâte claire, riche en potasse et donc avec beaucoup de "mordant", une "dureté"... Des tablettes d'argile écrites en Sumérien ont été découvertes en Mésopotamie dans le sud de l'Irak actuel. Ces tablettes font référence à l'emploi d'une substance nettoyante pour laver la laine et sont encore plus anciennes que les cylindres de Gudéa, ils datent approximativement de 2500 av. J-C, ce qui qui conforte l'hypothèse selon laquelle les Sumériens savaient préparer le savon. Dans la version de ces tablettes le savon est préparé en mélangeant des cendres végétales, des graisses animales, de l'eau et de l'argile, et cette technique semble conduire à la préparation des premiers savons durs et notamment le savon d'Alep obtenu quelques siècles plus tard par les peuplades babyloniennes. Les sources qui donnent la naissance du savon d'Alep dès 3OOO ou 2800 av J-C semblent négliger cette possible antériorité Sumérienne !! Du fait de l'utilisation de la Potasse ce savon mou est aussi "appelé" savon noir. En Egypte Antique, sous le règne d'Amenhotep 1er (XVIème siècle) ou d'Amenhotep III (XIVème), l'un des plus anciens traités médicaux, le Papyrus d'Elbers, décrit comment on mélange des huiles animales et végétales avec des alcalins pour obtenir une espèce de savon utilisé pour le traitement des maladies cutanées, ainsi que pour se laver et laver.. La Soude, nécessaire, entre autres, à la fabrication du savon, était désignée en Egypte sous le nom de Nri, qui donnera le nom latin Natrum, puis Natron, puis le symbole Na pour désigner le Sodium. C'est un minéral que les Egyptiens tiraient des lacs salés asséchés de Basse Egypte, plus exactement le Désert de Nitrie, à l'Ouest du delta du Nil et du Caire. Pendant les périodes de sécheresse le sol se recouvrait de croûtes salines blanches (un peu comme à Guérande !), le Natron, constituées d'un mélange de sel marin et de Carbonate de Sodium dont la teneur exédait rarement 20%. L'Egypte ancienne était première productrice, utilisatrice et même exportatrice de Carbonate de Sodium (Natron), elle connaissait donc deux façons pour l'obtenir. Sous Ramses II (1284), la zone côtière "phénicienne" (le couloir phénicien) était sous contrôle Egyptien... Aujourd'hui encore de nombreux gisements de Natron sont exploités à travers le monde ; Etats-Unis, Turquie, Chine, Tanzanie, Tchad, Botswana, Kenya. La production mondiale 2012 a été de 13 millions de tonnes dont 10,9 millions aux Etats-Unis. Les principaux secteurs d'utilisation sont le verre, les produits chimiques, les savons et les lessives, le papier, la métallurgie, la désulfuration de la fonte et des minerais d'Uranium, mais également l'alimentaion animale, la pharmacie et la cosmétique, etc. Aux Etats-Unis le gisement principal est dans le Wyoming, à Big-Island, près de Green-River, il couvre près de 2600 km² sur une profondeur entre 120 et 1050 mètres. Ses réserves seraient de 22 milliards de tonnes. La technique d'extraction/production est celle inventée par le chimiste  belge Ernest Solvay. Ce type de gisement résulte de l'accumulation de sédiments, à l'Eocène, il y a 5O millions d'années... Au 1er siècle ap. J-C les Romains utilisaient un détersif mou appelé alors "Sapo", découvert, dit-on, grâce à leurs conquêtes des tribus Gauloises et Germaniques. Ainsi, selon Pline L'ancien (23-79 ap. J-C) le "Sapo" serait une invention des Celtes qui bouillaient des graisses auxquelles ils ajoutaient des cendres... Faute d'huile d'olives, ces tribus employaient de la graisse de chèvre et des cendres de hêtre (on cite aussi le bouleau) pour confectionner une sorte de pommade qu'ils employaient pour traiter leurs cheveux (on cite aussi l'urine !), ils appelaient cette pommade "Sapo" (un mot latin ?!). Selon une "légende" le mot savon -où plus précisément, la saponification- viendrait du nom d'une colline de Rome, la colline Sapo, sur laquelle des animaux étaient sacrifiés et brûlés. La graisse animale et les cendres du bûcher entrainées par la pluie qui ruisselait sur le mélange le long de la colline au sol argileux jusqu'au Tibre, formaient une espèce de suif utilisé par les femmes romaines qui constatèrent son efficacité pour le lavage de leur linge... D'après une autre version l'origine du mot savon viendrait du nom de la ville italienne de l'Etat de Gène, Savone, dans laquelle de grosses quantités de savon étaient fabriquées... Au moyen-âge (476-1453) le savon (cendre  et  graisse animale) servait essentiellement à laver les vêtements. Au 7ème siècle les commerçants Arabes firent, dit-on, découvrir les pains de savon aux peuples d'europe... Le célèbre "Savon de Marseille" tiendrait son origine du "Savon d'Alep", en Syrie, et serait arrivé à Marseille vers la fin du XVIème siècle, lors des Croisades, et en passant d'abord par l'Italie et l'Espagne... Mais il faut ici se souvenir des navigateurs et commerçants  Phéniciens (terme qui apparait au début de l'âge de fer, vers 1200 av. J-C) qui formaient un ensemble de Cités-Etats sous prédominance de Byblos, Tyr et Sidon, aujourd'hui cités Libanaises, dans une région du littoral Syro-palestinien, originellement occupée par les populations Cananéennes (du IIIème millénaire au XIIIème siècle av. J-C) qui effacèrent la tribu des Anakim, les enfants d'Anak, puis par les Araméens, les Hébreux et les Philistins... On raconte qu'en 7000 av. J-C, Byblos était déjà occupée (population néolithique) puis que sa région fût englobée dans l'Empire asiatique de l'Egypte au IIIème millénaire (Vers 2700 av. J-C). Les Phéniciens devinrent, par nécessité vitale, navigateurs et fondèrent de nombreux comptoirs et colonies sur le pourtour méditerranéen (dont Carthage, IXème siècle), qui tombèrent sous la tutelle des empires Assyriens et Babylonien, puis sous celle des Perses et des Grecs. Sur cette côte la ville-port de Phocée (aujourd'hui Foça, en Turquie) fut vraisemblablement fondée entre le Xème et le VIIIème siècle par des migrants Grecs venus des villes de Grèce continentale (2 migrations ??) d'Argolide, d'Attique et d'Eobée, et eut, dès le VIIème siècle av. J-C, une grande importance commerciale. En 546 av. J-C, après la prise de Phocée par Harpage, chef de l'armée Mède, lieutenant de Cyrus II (dit Cyrus le Grand, roi des Perses vers 559 av. J-C à 529 av. J-C) et nommé par celui-ci "Commandant des régions littorales", les Phocéens créent, au VIème siècle, le comptoir Corse d'Alalia (Aléria). En 535 av. J-C, après avoir été chassé d'Alalia par les Etrusques et les Cathaginois, ils fondent, dans le Delta du Rhône, Massalia, un nouveau comptoir... et successivement Agathe Tyché (Agde), Olbia (Hyères), Antipolis (Antibes), Nikaia (Nice), Agitna (Cannes), etc... La ville-citadelle d'Alep existait déjà au IIIème millénaire et on estime qu'elle a toujours été habitée depuis lors. Installée sur un plateau assez élevé qui sépare les deux bassins de l'Oronte (Nahir-al-asi : le fleuve rebelle) et de l'Euphrate, arrosée par le Koîk, elle était, depuis des millénaires, située sur un axe de passage des caravanes, notamment celles de la route de la soie chinoise, entre Palestine et Egypte. Les échanges commerciaux d'Alep s'effectuaient principalement par les ports d'Alexandrette et de Laodicé-sur-mer (appelé aussi Lattaquié, ou idem Lakatieh). Le 1er est éloigné d'Alep de 140 kms, le second de 160 kms. Les transports se faisaient à dos de mules et de chameaux. D'Alexandrette à Alep et sa citadelle il fallait, en hiver, 7 à 8 jours avec les chameaux et 5 à 6 seulement avec les mules. En été, la mëme course pouvait être faite en 5 à 6 jours avec les chameaux et en 4 à 5 jours avec les mules. De Laodicé-sur-mer à Alep, le voyage exigeait 3 jours de plus. Alexandrette (de Iskandar, signifiant Alexandre en Persan), dans la principauté d'Antioche (située aux flancs du Silpios, à 25 kms de la mer, à 9 kms à l'Ouest d'Alep) fut fondée par Alexandre Le Grand pour commémorer sa victoire à la bataille d'Issos en 333 av. J-C. Alep, réputée pour ses souffleurs de verre, exportait du tabac, de la soie, du coton, de la laine, des éponges, de la cire,  du savon et diverses matières d'argent et d'or. Son thym, comme son savon et son tabac, était aussi réputé. Au Moyen-âge les Vénitiens y tenaient 40 comptoirs de vente. Laodicé-sur-mer, port à 15 kms d'Ugarit (lieu de naissance de notre alphabet !!) dont il dépendait, a été fondée en 300 av. J-C par Séleucos 1er, roi de Syrie et de Babylonie, qui fut l'un des généraux d'Alexandre Le Grand. Laodicé était le prénom de la mère de Séleucos. Ses échanges commerciaux étaient pour l'essentiel les mêmes que ceux d'Alep augmentés de la fameuse résine Styrax, de son vin et de son huile d'olives. Le Styrax est une résine aromatique et médicinale récoltée par "gemmage" (encore aujourd'hui), des entailles dans le tronc d'arbre desquelles ruisselle l'Oléosine. Selon l'Encyclopédie Diderot et D'Alembert (article de Louis de Jaucourt) l'Oléorésine (ou Styrax) est "un suc résineux, d'une substance tenace et mielleuse, semblable à la Térébenthine, à demi transparent, brun, ou d'un brun rougeâtre, où d'un gris brun, d'odeur forte, qui s'approche un peu du Storax solide. Ce dernier, dans sa meilleure qualité dite Storax Calamite, est composé de grumeaux ou de miettes blanchâtres et roussâtres, d'un gout résineux, un peu âcre, agréable, et d'une odeur agréable, surtout lorsqu'on le jette au feu"; Il est utilisé en fumigation, comme l'encens. Les arbres traditionnellement "gemmés" sont les Pins (Pinus Brutia subst. Brutia), le Liquidambar d'orient (Liquidambar orientalis Miller, ou Liquidambar styraciflual), et l'Aliboufier (Styrax officinalis, dont les anciens tiraient aussi des javelots et des flêches). Les graines  de Pistachier (P. Mutica, P. Calibula et P. Kurddica), très riches en Lipides, notamment en acides gras insaturés (Oléique et Linoléique) et en Phytostérols, sont également utilisées pour la fabrication du Styrax... La cité/port maritime d'Ugarit échangeait avec Chypre, la Crète, Hattusha (capitale de l'Empire Hittites d'Anatolie) et le port de Byblos, ouvert sur l'Egypte. Certains chercheurs affirment que les ports de cette bande (ou couloir) maritime, assez naturellement équidistants, n'étaient éloignés les uns des autres que d'un jour de marche ou de navigation à la rame. Selon M.I Rostoutzeff, professeur à la Yale University New-Haven (Connecticut), les villes, "en Phénicie n'étaient que de façade, par derrière s'étendaient leurs vastes territoires, avec des centaines de villages, des jardins, des vignobles, des plantations d'oliviers. Cet hinterland s'enfonçait fort loin dans les Monts de Liban et de l'antiliban". En considérant l'importance des échanges commerciaux, la chaîne des relations commerciales, des proximités géographiques et de la chronologie des évènements et mouvements humains, il me semble fondé, en toute humilité, d'émettre l'hypothèse d'une entrée plus ancienne du fameux savon dit d'Alep en Corse, en Provence et alentours, au fil du découpage de la cöte méditerranéenne, et donc, y compris à Massilia (dès sa fondation vers le VIème siècle), soit au-delà du 7ème siècle et donc bien avant les Croisades !!  Sur ces territoires de la géographie antique de multiples civilisations se sont rencontrées, chacune a emprunté à l'autre, aux maitres de caravanes, aux navigateurs, aux négociants et aux courtiers, à l'intendance militaire...  Les Celtes aussi entretenaient, notamment pour l'étain (Bretagne insulaire, et ma Bretagne natale !!), des relations commerciales très étroites avec les Phocéens, et ont vraisemblablement appris d'eux leur savoir-faire en savonnerie... Dans le sud de la France les fabrications artisanales locales/régionales du savon se développèrent, et des fabricants se regroupèrent en guildes d'artisans pour protéger leurs secrets de fabrication... la production commença aussi à se différencier d'une zone géographique à une autre. Dans les pays méditerranéens, comme l'Italie, l'Espagne et le Sud de la France le savon était alors fabriqué avec de l'huile d'olives (+ Soude)... Dans les pays d'Europe du nord il était fabriqué avec des graisses animales, essentiellement du suif, et parfois mëme des huiles de poisson dans lesquelles on ajoutait des herbes aromatiques pour les parfumer... Au 9ème siècle, Marseille, Genève, Savone, dans l'Etat de Gène, et Venise deviennent des villes réputées pour leurs savonneries industrielles. Ces régions disposaient de grandes quantités d'huile d'olives et de soude (le Carbonate de Sodium, et non pas l'Hydroxyde de Sodium qui est la Soude caustique)... En France, au cours des 13ème et 16ème siècles la fabrication du savon commence à se spécialiser, il était jusque là encore, le plus souvent, fabriqué à partir du suif de chèvre et de cendres de bouleau (héritage Celte). En 1666 Colbert donne le monopole de la fabrication du savon à Toulon, c'est un échec... Le savon de Marseille-Alep revient à Marseille, et en octobre 1688 un Edit Royal (Roi soleil !!) donne aux savonneries marseillaises un cahier des charges très strict qui impose l'utilisation des huiles d'olives pures, sans mélange de graisse... La première fabrique marseillaise a été, dit-on, fondée en 1593 par Georges Prunemoyor... Mais une autre source attribue la production des premiers savons à Grescias Davin, alias Sabonerius, juif marseillais, qui le 1er, en 1371, les aurait fabriqué selon la tradition d'Alep et fut alors nommé 1er savonnier officiel de la ville. En 1660 Marseille compte 7 fabriques assurant la production annuelle de près de 20 000 tonnes de savon, en 1786, elle totalise 48 savonneries, en 1813, 62, voire 90 selon d'autres sources. Au 15ème siècle, dans la région de Marseille, la production de savon utilise l'huile d'olives locales et la Soude provient d'abord des cendres obtenues par la combustion des plantes Halophytes. Au 17ème siècle les savonneries Marseillaises doivent importer des matières premières de tous les pays du Bassin méditerranéen. Au début du 18ème siècle Marseille devient le centre Méditerranéen de production et de distribution de savon fabriqué avec de l'huile d'olives et de la Soude naturelle... Selon les savonniers la Soude artificielle avec de l'huile d'olives donne un savon trop dur et brisant. En 1820 de nouveaux composants exotiques sont utilisés pour la fabrication du savon : l'huile de palme, d'arachide ou de coco... et encore en 2012 !! 

        En 1877 les cylindres de Gudea furent découverts par Ernest De Sarzec alors vice-consul de France en exercice à  Bassorah en Irak. Il a été nommé à ce poste en 1875. En l'espace de 22 années De Sarzec a supervisé 11 campagnes de fouilles archéologiquess sur le site de Tello. En fait, né Gustave-Charles-Ernest Chocquin, le 11/08/1832 à Rennes, il prend le nom  De Sarzec après avoir acheté le château de Sarzec à Montamisé, dans le département de la Vienne, en Poitou-Charentes. Ingénieur civil, il a d'abord été directeur du gaz à la "Compagnie Lebon" d'Alexandrie en Egypte, entre 1864 et 1868. Diplomé de l'école Polytechnique en 1819, lieutenant d'artillerie, il a démissionné après la révolution de 1830 pour se retirer en Bretagne... Assez curieusement, alors que je "planche" sur  l'histoire du "savon de Marseille de ma mère lavandière à Pont-Aven" je découvre ce sieur de Sarzec "inventeur" des Cylindres de Gudea... qui donnent un indice, une référence Sumérienne sur la fabrication du savon !! Pour moi une découverte sérendipitiste (!!!) : 1) De sarzec est né en Bretagne, je suis Breton... ; 2) il à travaillé pour un établissement de la compagnie Lebon dans laquelle Jean Louis Le Corre, premier mari de ma mère a également travaillé comme chaudronnier à Quimper, de 1926 à 1937... Ma mère m'a souvent parlé de celà... et cette compagnie Lebon (compagnie centrale d'éclairage et de chauffage par le gaz) a été pionnière en Bretagne, dans le Finistère notamment (Morlaix, Quimper, et même Pont-Aven !!, etc). j'aime ces re-serrements, ces contractions de la petite histoire, "presque quelconque", de la vie des humains... Et raconter l'histoire de la compagnie Lebon c'est aussi raconter celle de Philippe Le Bon (1767-1804) dit Humbersin, ingénieur et chimiste, inventeur de l'éclairage et du chauffage au gaz par distillation du bois, procédé appelé Gaz Hydrogène Carburé, d'une Thermolampe et du premier moteur à exclusion !! La Compagnie Lebon avait des établissements, entre autres, en Algérie, en Espagne et en Egype : Alexandrie, Le Caire, Port Saïd. Dans les années 1860 de nombreuses bretonnes villes étaient encore éclairées par des lanternes à l'huile végétale de Colza... 

        Un chimiste Français, Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), dont les études constituent la base de la chimie des graisses et du savon, présente, en 1823, une théorie de la Saponification qui, avec le procédé Nicolas Leblanc (1742-1806), va révolutionner la fabrication du savon et favoriser son développement. 

        En 1780 Nicolas Leblanc est au service du Duc d'Orléans, le futur Philippe Egalité, en tant que médecin-chirurgien, mais dès 1784 il réfléchit à la possibilité d'extraire de la Soude à partir du sel marin. Son "patron", le Duc d'Orléans accepte de subventionner ses recherches à condition qu'il se place sous le contôle d'un expert incontestable : le chimiste Darcet. Leblanc accepte et commence ainsi son travail au Collège Royal de France, dans le labo de Jean Darcet (1724-1801), il est alors secondé par Jérôme Dizé (1764-1852). Jean Darcet est une célébrité, ancien précepteur des fils de Montesquieu, médecin en 1762, nommé professeur de chimie au Collège de France en 1774, directeur de la manufacture de Sèvres, inspecteur général des essais des monnaies, inspecteur des peintures des Gobelins, membre de l'Académie des Sciences, on lui doit l'art de fabriquer de la porcelaine et de la céramique française. Jérôme Dizé est  pharmacien en chef du 1er magasin général des pharmacies créé par la Convention en 1792 à Paris, on le dit co-concepteur du procédé Leblanc. En 1789, après une série d'expériences négatives, Leblanc trouve enfin la solution et parvient a transformer le Chlorure de Sodium (le sel de l'eau de mer) en Hydroxyde de Sodium (la soude)... En 1791 il installe la première usine de Soude artificielle sur 2 hectares environ, près du port de Saint-Denis (93), entre les rives de Seine et l'enceinte fortifiée de la ville, la Franciade à l'époque, soit sensiblement à la hauteur de la gare RER actuelle. L'un des actionnaires de Leblanc est le Duc d'Orléans. Le procédé décrit dans un acte déposé le 27 mars 1790, chez le notaire Brichard, à Paris, consiste à chauffer, dans un creuzet couvert, 100 parties de Sulfate de Soude, 50 parties de craie (Carbonate de Calcium) et 25 parties de charbon.. Lors de l'essai réussi, Leblanc, suivant les conseils de Darcet, opéra dans un creuzet réfractaire et non dans sa traditionnelle marmite en fonte... Ce n'est qu'en 1856, à titre posthume, que le titre d'inventeur de la Soude Artificielle lui sera attribué par le second Empire. Avant cette découverte le Carbonate de Sodium, en Europe, ne provenait que des cendres d'algues et de salicornes. Le Sulfure de Calcium, déchet issu du procédé Leblanc, trouve une application industrielle grâce au procédé de Claus qui permet d'en extraire le Soufre, vendu comme tel... Mais le procédé Leblanc sera détroné, à partir de 1870, par le procédé à l'Amoniac du chimiste belge (un wallon) Ernest Solvay (1838-1922). Par ce procédé Solvay invente, au milieu du XIXème siècle, la fabrication de Bicarbonate de Soude à partir d'un simple sel marin et de la craie. Procédé encore exploité en 2012. A l'époque, Solvay utilise l'ammoniac exédentaire des eaux ammoniacales des usines à gaz... Auparavant, dans les années 1790, l'ammoniac était obtenu par distillation sèche des matières animales. 

         Dès le Moyen-âge les Européens, imitant les Arabes, se mirent à fabriquer de la Soude Naturelle à partir de plantes. Les Arabes appelaient qâli, (al)qâli, un arbrisseau poussant sur les terrains salés et dont les cendres contenaient de la Soude. De là notre terme chimique Alcali, Alcalin, Alcalinité... Cet arbrisseau était aussi connu, entre autres, sur les rivages français sous le nom de Sode, qui donnera le mot Soude... Les plantes spécifiques du genre "Salsola Kali", "Soda Kali", "Salsola Tragus" sont regroupées dans la famille des Chenopodiacées, ce sont des halophytes (du Grec halos : sel et de phuton : plante) présentes sur les près salés des littoraux sablonneux, on parle aussi de plantes Sodifères. Toutes ces plantes contiennent du Sodium sous forme de sels organiques : Acetate, Oxalate et Tartrate, pour l'essentiel... et leurs cendres environ 30% de carbonate de Soude... Les plantes littorales donnent plus de Soude et les plantes continentales plus de Potasse... Le terme Potasse provient de l'anglais Pot Ash, littéralement "Cendre de pot", où du Néerlandais Potas ? "Salsola Soda", par exemple, était cultivée à grande échelle, en Espagne, dans les régions d'Alicante (très réputées), de Carthagène, de Malaga ou de Tortosa. Ces halophytes "espagnoles" étaient connues sous le nom de "Barilha", ou "Barilla"; d'où le nom de "barille" donné à la Soude que l'on en tirait. D'autres plantes venaient de Sicile... On en trouvait également sur les côtes du Languedoc-Roussillon, jusqu'en Camargue. Parmi elles la salicorne "Salicornia fructicosa", plante ligneuse qu'il ne faut pas confondre avec celle que l'on consomme... ou "Sueda Vera", toujours présente sur les rivages marins... Les Soudes se répartissent, comme les vins, en crus.. Il semble que le varech' (ou goémon) de Bretagne a surtout été utilisé pour la fabrication, entre autres, du verre....

         Deux théories de la saponification avaient été proposées à la fin du XVIIIème siècle. D'après l'une, exposée dans le "dictionnaire de Mecquer" (1778), le savon résulte de la combinaison de l'huile avec un alcali". Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), né à Angers d'une famille de médecins et chirurgiens, "monte" à Paris et devient l'élève et le préparateur de Louis-Nicolas Vauquelin (1763-1829) qui l'introduit au Muséum d'Histoire Naturelle, il lui succède comme professeur de chimie appliquée aux corps gras organiques en 1829. En 1823, il propose une théorie sur la Saponification qui démontre que les corps gras sont formés d'une combinaison entre Glycerol et Acides gras, et, avec Gay-Lussac, il fait breveter un procédé d'extraction des Acides gras du suif donnant naissance à une nouvelle matière première : l'Oléine. Les propriétés détergentes des molécules du savon sont dues à leur Amphiphilie, la molécule de savon se présente sous la forme d'une longue chaîne d'atomes dont une extrémité, polarisée négativement, est Hydrophile tandis que l'autre extrémité est Lipophile. Cette dernière se fixe donc facilement sur les graisses (Lipophiles), l'autre reste en contact avec l'eau de rinçage (Hydrophile). Le savon est donc une substance détersive qui émulsionne les corps gras, c'est-à-dire les réduits en fines goutelettes que le rinçage à l'eau entraine ensuite... Le 09/09/1824, Louis XVIII le nomme directeur de l'atelier des teintures aux Manufactures Royales de tapisseries et de tapis des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie. En 1826 il devient Membre de l'Académie des Sciences, et y demeure pendant 63 ans, il en sera président de 1839 à 1841 et de 1867 à 1869 (les présidents de cette Académie sont nommés pour deux ans). Il dirigea également le Muséum d'Histoire Naturelle de 1836 à 1879. Il est nominé à la Médaille Copley en 1857. Louis-Nicolas Vauquelin, ancien élève d'Antoine-François Fourcroy, était pharmacien/chimiste, inspecteur des mines et professeur à l'école des mines, il a découvert deux éléments chimiques ; le Chrome et le Bérylium. Michel-Eugène Chevreul est aussi reconnu comme théoricien de la couleur, de ce qu'on appelle aujourd'hui la Psychophysique des couleurs, leur métrologie... Il a beaucoup travaillé sur les phénomènes organoleptiques (couleurs et gastronomie, les propriètés odorantes, les saveurs, la compacité avec une couleur environnementale ou celle d'un objet !). Il découvre l'Indigotine, le colorant bleu de l'Indigo. En 1839, il publie un Cercle Chromatique de 72 tons qui rayonnent autour du blanc en dégradés de 10 ou 20 échelons... On lui doit aussi une "loi sur le "Contraste simultané des couleurs". A partir de 1878 ses travaux sur le "Contraste rotatif" et ceux de Joseph Plateau, qui réalisa le Phenakistiscope en 1833, ont permis la création des premières lanternes magiques, puis le cinématographe des frères Lumières... Seurat, Signac (fondateurs du néo-impressionnisme), Robert Delaunay, les "Pointillistes", ont appliqué les théories de Michel-Eugène Chevreul ... le "Pointillisme", ou "Mélange Optique par Points", est fondé sur les contrastes de ton, suivant des observations déduites de ces théories... Ainsi le tableau "Un dimanche après-midi à l'île de la grande jatte" (207 x 306), actuellement à l'Art Institute de Chicago, a été exécuté en 1833-1884 par Georges Seurat suivant les lois de Chevreul sur le "Contraste simultané des couleurs"... Selon Lionel Salem, in "La science de l'art", p.165, Chevreul se serait inspiré de Léonard de Vinci qui avait découvert que 2 couleurs placées côte à côte, en larges tâches ou aplats, se renforcent si elles sont complémentaires l'une de l'autre. Aujourd'hui, sur les gondoles des supermarchés et dans les boutiques de cosmétique on découvre une multitude de savons colorés... Il suffit de se reculer un peu pour avoir devant les yeux comme un tableau pointilliste, les points et les traits des savons alignés et empilés qui parfument les allées... du "Cercle chromatique" au "Contraste simultané des couleurs" et aux qualités "Organoleptiques" des savons... dans une mise en scène commerciale, des théories Chevreul !! Désormais on utilise aussi des pigments naturels fabriqués à partir de matières minérales, animales, végétales, ces pigments sont utilisés dans une proportion maximale de 0,3%... 

        De Sapo on tire savon, mais également Saponaire ou "herbe à savon", "herbe à foulon", "savon des fossés", "savon de fosse", et... "herbe à femme" !!. Le Saponaire ou Sabonanria Officinali L, est une plante riche en Saponine (Glucoside)  que l'on trouve à l'état sauvage, elle se rencontre en colonie au bord des talus, sur le bord des routes, des terrains vagues, des rivières, sur les sables... On utilisait tout de cette herbe, ses rhizomes blancs, mais aussi ses feuilles et ses tiges, en remplacement du savon, pour laver, dit-on, les vêtements délicats, susceptibles de se décolorer. Les rhizomes doivent être récoltées à 2 ou 3 ans et broyées, puis mise "à cuire", ou à bouillir, un peu comme le linge, et, pour finir, filtrées au travers d'une grosse toile. La Saponine, de la famille de la Ricine, de la Curcine et de l'Abrine, est une substance qui à la propriété de mousser par frottement, de  "faire mousser comme du savon", d'adoucir l'eau et de diluer les corps gras... Mélangée à de la Soude, elle pouvait dégraisser et blanchir, notamment, les laines et dentelles pâles, d'où son nom "herbe à foulon". Le Saponaire était aussi utilisé pour laver les tablier noirs (???)... Sêchées et nettoyées les racines pouvaient également servir dans la fabrication d'une poudre utilisée pour se laver les mains.

         Le savon d'Alep semble être l'ancêtre du savon de Marseille, je ne sais... et, d'une certaine façon, peu importe... Cette histoire de savon, le savon de ma mère lavandière... un petit cube de 300 grammes et presque 5000 ans d'histoire (3000 av. J-C + 2013 ap. J-C)... ça fait un drôle d'effet à l'aide lavandier que j'ai été...  et lorsque je ferme les yeux les images de ma mère affluent.... au pied du moulin Limbourg, dans le petit lavoir, elle lave le sale.... au milieu de ses bassines multicolores chargées de linge, près de sa lessiveuse fumante, elle foule manuellement des mouchoirs, ou peut-être des gants de toilette... ce qui me frappe c'est le jeu des couleurs sur le fond gris des murs du lavoir... une animation colorée sur un fond gris ciment... je suis assis, un peu en aval de la rivière, sur le parapet du pont... alentours les gens vont et viennent, vaquent à leurs habituelles occupations... mais le lavoir semble être figé, un peu en dehors du "temps des autres", seule la partie haute du corps de ma mère est doucement animée, au ralenti... j'ai une étrange impresion, une image un peu triste dans un paysage de tous les jours... une image de solitude.

       L'actualité est dure, je découvre les Phéniciens, Phocée, Alep... sur la piste du savon... mais aujourd'hui cette  piste est rouge sang... et il y a encore des chimistes qui opèrent, cette fois  ils n'honorent pas ! 

         Pour la lectrice ou le lecteur souhaitant découvrir la Bretagne, particulièrement le Finistère et, bien évidemment, en priorité Pont Aven malgré son étrange évolution "touristico-capitalistique", je conseille un séjour calme et paisible dans le gîte rural de mon ami d'enfance Pierre Rosot... Il saura vous accueillir et vous guider dans la région de l'Aven et du Belon...

    Pierre Rosot                                                                                                                                                                                       "Le Refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                          Lieu-dit Poultréau. 29300, Baye (à quelques kilomètres de Quimperlé et de la gare SNCF)                                                                                                           Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                          Site Web : lerefugedelasalamandre.com

    KENAVO                         SIZIG LOEIS AR GARREG 

    Petite bibliographie

    "L'homme et la terre", II/04, Tome II, pp.2-58, Elysée Reclus, librairie universelle, 1905... sur http://fr.wwwikissource.org         je conseille cette lecture...

    "Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale", Michel-Eugène Chevreul, Ed. FG Levrault, 1823, Paris, in -8°, XVI, 48.p et Pl.

    "La science dans l'art", Lionel Salem, 2000, O. Jacob, Paris.

    "La fin de Phocée" dans l' "Historial" d'Hérodote. Traduit par Jacques Laccarière et Guillaume Budé...

    "Le manuel du foyer domestique. Cours pratique d'économie domestique", Augusta Moll-Weiss, A. Colin, 1...., Paris;

    "Les débats de la grande industrie chimique", à la bibliothèque universitaire de Strasbourg (j'ai perdu la côte !!)

    "Leblanc et la soude artificielle", B. Bourdoncle, 2002... sur ours.courageux.pagesperso-orange.fr/leblanc.htm

    "Le savon de Marseille. La construction d'un produit authentique", Emmanuelle Dutertre, in Cahiers d'ethnologie de la France, n°13, Carrières d'objets, innovations et relance, Ed Maison des sciences de l'homme, Paris

    http://soyonssport.wordpress.com

    http://webcache.googlesercontent.com.....  "la Syrie romaine"

    http://fr.wikisource.org

    www.phéniciens.com............. super site

    www.arbre-celtique.com........... idem

    www.louvre.fr................. département des Antiquités Orientales : Mésopotamie.

    www.savonnerie.net

    www.satoriz.fr.................. pour la recette d'un savon bio d'Alep.

     

  • Eau de javel LACROIX, détachant RUBIGINE, les recettes de ma mère, lavandière à Pont Aven

         Encore des marques commerciales !! et des grandes marques... au sens de dominance sur le marché des produits de lavage du linge...  Je l'ai déjà écrit ailleurs, je ne reçois aucune dividende de ces grosses sociétés... Il m'est difficile de ne pas les citer tant elles "marquent" (!!!) l'univers lavandier de ma mère... et je crois bien, celui de toutes les lavandières du monde... Lors de mes plongées dans cet univers mémoriel je les rencontre "à chaque pas d'une pensée imagée"... elles "signifient" une époque, des façons de vivre et de travailler... elles "jalonnent" les longues et dures journées de labeur, s'inscrivent dans des processus et des méthodes de travail, disent quelque chose sur le "coup de main" de la lavandière.. J'ai écris ailleurs que ma mère n'avait pas toujours le choix des lessives du fait que, le plus souvent, celui-ci dépendait de ses maigres revenus. En fonction du contenu de son porte-monnaie elle optait, après un court temps d'hésitation, tel jour pour une marque et le lendemain pour une autre... une hésitation, le temps de trouver un compromis entre attachement "affectif" à une marque et validtion technique... je l'ai quelquefois vu, et entendu, hésiter entre deux paquets de lessive, "peser" le pour et le contre et commenter son cheminement vers le compromis... Argumentation technique basée sur son expérience et son analyse comparative de l'action des différentes lessives déjà utilisées... un peu sur le mode de la  "recherche-action"... , et "affection esthétique" liée à l'habitude et à l'accoutumance à l'un ou l'autre des paquets de lessive présentés par les marques commerciales... "Affection esthétique" aussi par la forme du paquet, ses couleurs et ses illustrations qui, "mine de rien", accrochaient et attachaient la lavandière... un objet/paquet de lessive dont l'absence l'inquiètait, l'énervait et la mettait parfois en colère, mais une douce petite colère, tellement il était incrusté au coeur de son espace de vie et, par imprégnation, dans celui de chaque membre de sa famille... Lorsque je circule dans les longues allées du supermarché, au rayon lessives, je réédite, quasiment à chaque fois, ce "cheminement vers le compromis". Préalablement à l'achat, au cours de ce cheminement nécessaire, technique et esthétique étaient ainsi appréciées par ma mère lavandière, sans que quiconque puisse exactement repérer celle qui avait alors finalement prédominée...  Je perçois mieux aujourd'hui ce mécanisme de "triturage" de la pensée, je n'ai jamais la "fièvre acheteuse" !!

        Pour l'eau de javel le problème du choix ne se posait pas puisque, dans les années 60-70, il n'y avait pas, à ma connanissance, d'autre marque que LACROIX... J'ai le souvenir des berlingots à 9,6% de Chloréactif, dont il fallait couper "l'oreille" avec des ciseaux pour les vider dans des bouteilles en verre... il y avait aussi des bidons de 2 litres, à 2,6% de Chloréactif (comme aujourd'hui), qui, une fois vidés, étaient "réalimentés" par les berlingots... Les berlingots  ont été mis sur le marché en 1957 et les bidons en 1966... Dans notre famille l'eau de javel ne servait pas exclusivement pour le blanchissage et la désinfection du linge... on l'utilisait également pour le nettoyage des planchers en bois de la pièce unique de notre logement et de son couloir d'accès... pour celui, quotidien, des seaux hygiéniques... Annuellement on s'en servait aussi pour "blanchir" les ustensiles de cuisine et les couverts... Lors du "nettoyage de printemps" on nettoyait tous les meubles, armoire, buffet et vaisselier, à l'eau de javel et on blanchissait les murs à la chaux blanche.  Jamais l'eau de javel n'était utilisée pure, sauf situation exceptionnelle (invasion de vermines, asticots, etc)...  

        La "Javelle", du latin populaire "Gabella", est un mot d'origine gauloise... il désignait "Ce qu'on rassemble par poignées"... des petits tas, ou brassées, de céréales coupées à la main ou par la "javeleuse", et qu'on liait ensuite en gerbes... Les lavandières battaient le linge avec cette "javelle", ce qui permettait d'extraire un maximum d'impuretés des textiles... a la "javelle" a succédé le batoir, jamais utilisé par ma mère.

         En 1784, dans le village de Javel, sur les bords de Seine, devenu depuis le XV arrondissement de Paris, est créée une manufacture de produits chimiques, près du "moulin de Javelle". Ce site était alors une propriété de nobles proches du Comte d'ARTOIS", frère de Louis XVI... A la suite du chimiste et pharmacien suédois SCHEELE (1742-1786) qui découvre et isole les propriétés du Chlore en 1776, Claude-Louis BERTHOLLET (1748-1822) découvre ses propriétés décolorantes. A Javel, Claude-Louis BERTHOLLET observe des lavandières qui blanchissent leur linge au soleil, il cherche alors a reproduire artificiellement l'action de l'oxygène de l'air, et découvre les propriétés blanchissantes de l'Hypochlorite : l'eau de javel est née, à cette époque on l'appelle "La lessive BERTHOLLET"... Au siècle suivant le pharmacien Antoine-Germain LABARRAQUE (1777-1850) découvre ses propriétés désinfectantes... Du point de vue chimique, l'eau de Javel est une solution d'Hypochlorite de Sodium et de Chlorure de Sodium (sel de table). Lorsqu'on la place en présence de matières sales ou contaminées elle se décompose en libérant son oxygène, celui-ci peut alors exercer ses effets : blanchir, désodoriser, désinfecter, détacher... L'eau de Javel fut largement distribué lors d'une épidémie de Choléra en 1832 et, en 1892, Albert Calmette (1863-1933) découvrit que le bacille de Koch (tuberculose) pouvait être détruit par l'eau de Javel... Ma mère (1912-1978), lavandière qui systématisait la désinfection à l'eau de Javel, est pourtant décédée, victime, pour une part, de cette maladie... Certaines sources d'informations affirment qu'aucune souche microbienne résistant au principe actif de l'eau de Javel n'a, à ce jour (2013), été trouvé !!

         En 1688 (ou 1866, selon les sources), deux ingénieurs, Cotelle et Foucher, installés Rue de la Croix Nivert à Paris, commencent la fabrication industrielle de l'eau de javel qu'ils baptisent Javel-Cotelle-LACROIX. A partir de 1904, cette eau de Javel est fabriquée a Rillieux-ion-Pape, dans le Rhône... En 1925, pour une production locale (Bretonne) d'eau de javel, leur société achète la propriété de l'Ordre des Capucins, 3ème branche de l'Ordre de Saint François, installé à Landerneau (29) en 1634, la première pierre de leur couvent fut posée en 1636... En 1964 une partie de ce domaine est acheté par Edouard Leclerc qui y installe son premier centre de 1755 m²... Ce site Leclerc a récemment été restauré pour y accueillir, entre autres, le "Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture"... En 1970, la société Cotelle et Foucher s'associe avec la société Lesieur du groupe Henkel... puis est totalement absorbée par Colgate-Palmolive en 1988...

         Je dois avouer ici aimer les cheminements sérendipitistes, depuis le matériel concret de ma mère lavandière, de ma famille bretonne (jusqu'en 1600 pour les deux lignées, agnatique et cognatique), j'investigue sans idée fixée, un peu au hasard des "rencontres"... et j'écris ce que je nomme "mes trouvailles d'ambiance Ethno-familiale"...

         Claude-Louis BERTHOLLET est un chimiste Savoyard, né en 1748 à Talloire, près d'Annecy, en territoire Piémontais. Il fait ses études à Chambéry puis, surtout, à Turin, où il fut reçu licencié et docteur en médecine en Janvier et Mai 1770. En 1772 il est à Paris et s'intéresse à la chimie en suivant, principalement, les cours de Pierre-Joseph Macquer (1718-1784), professeur au Jardin des Plantes et Jean-Baptiste-Michel Bucquet (1746-1780), professeur à la faculté de médecine. Naturalisé français en 1778, et il est reçu médecin à la faculté de Paris, en 1779. Grâce à la protection du médecin genévois Tronchin (1709-1781) -ami de Voltaire, Rousseau, Diderot et propagandiste de l'inoculation contre la variole-, Claude-Louis BERTHOLLET devient le "médecin ordinaire" de Mme De Montesson, épouse du Duc d'ORLEANS (dont les enfants sont inoculés contre la variole par Tronchin en 1756). En 1780 il est membre de l'Académie des sciences et directeur des teintures à la Manufacture Royale des Gobelins en 1784. Considéré comme l'un des fondateurs de l'école Polytechnique il y devient professeur en décembre 1794. Professeur de chimie à l'école Normale Supérieure en 1795 il fait partie du groupe de savants qui, en 1798, accompagne Bonaparte en Egypte. Napoléon 1er le fait nommer Sénateur en 1804, puis grand Officier de la Légion d'Honneur. Sous Empire (mai 1804-Septembre 1870) il est anobli avec le titre de Comte... On lui doit aussi, entre autres, la mise au point des explosifs Chloratés et l'énoncé des lois de la "Double décomposition des sels"...

         Pour la lavandière, l'eau de Javel est une alliée très performante. C'est un puissant oxydant particulièrement efficace sur les taches de café, de thé, de sang, de sauces diverses et autres "salissures" de tous types... En ce sens c'est un détachant, et non pas un agent de lavage... l'eau de Javel n'intervient qu'en phase terminale de la procédure de lavage, diluée dans l'eau froide pour le trempage du "Blanc". Mais je me souviens que, parfois, ma mère diluait Javel-LACROIX dans de l'eau tiède, pour un trempage complémentaire de certaines pièces... et notamment celles dont la charge de "salissures" était importante. Une forte charge de matières organiques limite considérablement l'action désinfectante, et je crois bien que, pour ma mère, cette seconde "trempe" était comme un renforcement de la désinfection et du  "Blanchissage" du linge. Pour le trempage à l'eau de Javel il fallait être attentif au moment du triage du linge, savoir distinguer les matières, ne pas les mélanger... les synthétiques étaient traités à part. et jamais à l'eau de Javel... J'ai le souvenir de décolorations accidentelles ; des éclaboussures qui auréolaient de taches jaunes/blanches les vétements "Couleurs" mal rangés, des trainées "destructrices" sur ceux qui avaient été mis à tremper par erreur, et même quelques pièces brûlés jusqu'au trouage... L'eau de javel doit ëtre manipulée avec précaution, elle peut provoquer des brûlures sur la peau et son inhalation peut générer une réaction respiratoire... On stockait les berlingots et les bidons bien fermés, au frais, dans le noir ou à l'ombre car, sinon, par "Effet de lumière" l'eau de Javel se détruit, une décomposition naturelle dépendant aussi de la température ambiante... ainsi une augmentation de 5° accélère la vitesse de la "Réaction de Décomposition" par 2... elle perd alors son efficacité ... 

         Comme détachant, plus précisément comme Anti-rouille, ma mère utilisait un produit spécifique apparu dans les années 60 : la RUBIGINE. Un produit mis sur le marché par la marque Idéal de la Société Louis Gonnet créée en 1907, reprise en 1942 par son fils Paul qui lui donne, en 1947, le nom de Gonnet et Cie. La RUBIGINE est un liquide, sans Javel, présenté dans un petit flacon, une burette de 100ml avec un capuchon vert à vis... Après le lavage, puis le trempage "à l'eau de Javel", lorsque des tâches de rouille persistaient, notamment celles autour des fermetures éclairs, et des boutons métalliques, ma mère versait quelques gouttes de RUBIGINE dessus et, entre ses mains serrées, frottait énérgiquement le tissu... j'étais souvent chargé de ce  frottage serré "ciblé", et je me souviens encore de mes douleurs aux pouces... la base charnue de ceux-ci servant de "table" pour le frottement énergique du tissu ou de la toile... Un rinçage à l'eau claire suivait ce traitement... Avant de frotter, on laissait la RUBIGINE "travailler" seule pendant au minimum 5 minutes...  Beaucoup de taches de rouille étaient récalcitrantes et l'opération pouvait alors être répétée 4 ou 5 fois... mais l'effacement total de la tache n'était pas toujours obtenu, souvent une légère trace un peu jaunie persistait, il n'y avait  alors plus rien à faire... sinon une nouvelle teinte !!  Insister avec la RUBIGINE s'était prendre le risque de faire un trou dans la toile ou le tissu... Certaines sources expliquent qu'il faut appliquer la RUBIGINE avant le lavage, je signale simplement ici que les taches de rouille ne sont pas toujours nettement visibles sur le linge "vraiment" sale... de plus la charge de matières atténue nettement l'efficacité de la RUBIGINE... Et, après le lavage, dans les années 60-70, pour le séchage et le blanchiment, le linge était étendu épinglé sur des fils de fer qui le marquaient souvent de rouille, il fallait alors le détacher... D'autres sources déconseillent le frottage, j'ai pourtant vu ma mère, pendant de longues et nombreuses années, agir ainsi... et je l'ai fait aussi... 

         Selon Odile Oxybel "la RUBIGINE est un produit à usage domestique utilisé par les particuliers comme détachant anti-rouille. Avant 1994 la composition de la RUBIGINE commercialisée sous le nom de RUBIGINE TIREL et présentée sous forme liquide en petits flacons comprenait 10% d'Acide FLUORHYDRIQUE, 10% de Bifluorure d'Amoniaque, 1% d'Oxalique et de l'eau... Cette composition hautement toxique du fait de la concentration en Acide Fluorhydrique a été l'origine de nombreux décès dans le cadre d'intoxication aigûe volontaire... Sa composition a été modifiée suite à un Décret/Arrété du 20/04/1994 dans le cadre d'une politique de santé publique... la RUBIGINE actuellement retrouvée sur le marché est une solution qui contient uniquement des Fluorures sous forme de Bifluorure d'Amonium (plus de 10% de la composition totale). Elle est moins toxique que les solutions existant avant 1994, mais reste dangereuse... Dans les Antilles Françaises des années 60 à 70 on retrouvait ce produit dans beaucoup de foyers Martiniquais car à cette époque le linge sèchait généralement sur des fils ou des clötures en fils de fer (note ArGarreg : même chose qu'en Bretagne !!), et était de ce fait souvent touché"... Bien évidemment, dans les années 60-70, aucun des utilisateurs de ce produit n'était informé des risques encourus, les lavandières sûrement pas... je n'ai découvert celà que récemment, dans le cadre de mes recherches "Ethno-techniques et familiales"... Le nombre de taches à traiter n'impliquait toute de même pas l'utilisation quotidienne systématique de la RUBIGiNE... La burette de produit était pourtant toujours à portée de main, et ma mère n'était pas contente lorsqu'on l'oubliait... J'ai écris ailleurs que ses mains étaient toujours blanches, entre l'utilisation de la lessive, du savon, de l'eau de javel et celle, moindre, de la RUBIGINE, rien d'étonnant !!.  Elle ne portait jamais de gants... Je me souviens de petites brûlures aux mains, mais elles résultaient surtout du frottage des tissus, de la friction entre eux et la peau...

        RUBIGINE vient de rubicula, altération du latin classique Robigo, -inis, de Robus = roux ; Rubigine vitiare : rouiller, enrouiller ; Rubigineux : plein de rouille, couvert de rouille, sujet de la rouille, dont la couleur est celle de la rouille. (voir le littré, 1880). De cette source on peut également tirer Rubescent : qui devient rouge... un peu rouge ; et aussi Rubiacées, du latin Rubia : famille de plantes dicotylédones gamopétales qui ont des propriétés tinctoriales ou médicinales, comme le quinquina et la garance... et rubis, du latin Ruber : rouge... et l'on retrouve Claude-Louis Berthollet !!

         Lorsque je fais le point sur les conditions de travail de ma mère lavandière, sur les risques encourus, je reste pantois mais autant impressionné par son courage, son abnégation quotidienne... Elle ne savait pas grand-chose sur la dangerosité des produits détergents, détachants, blanchissants,, et autres agents chimiques utilisés... nous ne savions pas beaucoup plus !! Et aujourd'hui, au pied de leur machine à laver, que savent les lavandières (et lavandiers) modernes ?? Dans ma prochaine publication je parlerais du savon de Marseille, celui que ma mère, comme ses amies lavandières pontavenistes, préféraient... C'est le seul type de savon que j'utilise aujourd'hui !... Cet univers là semble un peu moins "agressif"...

         En conclusion de cet article je vous recommande un séjour en Bretagne, dans le Finistère, à quelques kilomètres de Pont Aven, dans le gïte rural de mon ami d'enfance, Pierre Rosot, qui vraisemblablement pourra lui aussi vous raconter l'histoire de quelques autres lavandières ... Voici donc son contact :

    Pierre Rosot                                                                                                                                                                                          "Le refuge de la salamandre"                                                                                                                                                           Lieu-dit Poultréau, 29300, Baye (près de Quimperlé, et de la gare SNCF)                                                                                    Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                      Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com

                                                     KENAVO           SIZIG LOEIS AR GARREG.

    Petite bibliographie

    "Eléments de l'art de la teinture", Claude-Louis Berthollet, 1791                                                                                

    Chambre Syndicale de l'eau de Javel. http://www.eau_de_javel.pdf

    http://www.technicrobio.eu/ftp/securite/javel/eau-de-Javel.pdf

    www.javel-lacroix.com

    www.fonds-culturel-leclerc.fr

    "Tant qu'il y aura du linge à laver", Sylvette Denefle, 1995, Ed Arléa Courlet

    (1) "Caractéristiques et particularités des intoxications aigues graves en Martinique : toxiques incriminés et devenir", Odile Oxybel, thèse , présentée le 10 mai 2012 à la Faculté de médecine Hyacinthe Bastaraud des Antilles et de la Guyane. Voir hhtp://media.wic.com

    Voir aussi la CRAMIF, DTE 61, sur le nettoyage à sec...

    Voir "Le marché Flamand et les blanchisseuses", un tableau de Pieter Bruegel (1520-1569)

     

     

     

         

         

     

     

       

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Tabac à chiquer, casquette de marin drap de laine, véritable couteau Pradel

         Dans mes trois publications précédentes j'ai essentiellement parlé de mes recherches sur l'histoire maritime de mon père et, particulièrement, sur ses divers embarquements -pêche, marchande, royale-, la "matière" est riche et je suis bien loin d'en avoir exploré tous les aspects. Mon père était un "riche personnage", ma mère ne l'était pas moins, mais autrement... Ces parents là étaient des gens biens, c'étaient les miens. Le tricotage mentalisé de ma résilience, lorsque je me "retourne", je n'ai a constater que le non-dit d'un amour existant... Un amour de "taiseux", mais profondément réel... Du "su à l'insu", un cheminemeent sincère de renforcement mythopoîétique, pour que mon fils sache, et pour qu'ii puisse... se résilier aussi bien !!                                        

         De mon père je ne possède que trois photos : une photo d'identité ; une photo prise lors du mariage de l'une de mes cousines, à moélan sur mer ; et une photo prise à Pont-Aven, sur le dit pont. Sur celle-ci il pose en "tenue du dimanche", il est très souriant, la tête redressée, sa casquette en drap de laine légèrement repoussée sur la nuque... Il est fier comme "Artaban" et me tient fermement par la main, j'ai l'air renfrogné, presque boudeur... je porte un drôle de pantalon un peu bouffant, serré aux chevilles, et une paire de brodequins... Ce dimanche là était celui du Pardon de Pont-Aven... un jour de fête laîque et de pénitence chrétienne... Jour de confesse et de pochardise !!

         Je n'en suis pas trop sûr mais je crois bien qu'au fond de la poche gauche de son pantalon, enveloppée dans une sorte de papier sulfurisé, une "carotte de tabac à chiquer" était "remisée"... Lorsque l'on voulait faire plaisir à mon père il suffisait de lui offrir "ar garotez" (la carotte) ou "ar roll" (le rouleau) de tabac à chiquer. Il s'empressait alors d'en couper une rondelle avec son inséparable couteau, un "véritable Pradel", puis d'extraire discrètement de sa bouche le morceau usagé et de le ranger, "en attente", dans le revers de sa casquette, puis d' "emboucher" la rondelle en la calant entre la gencive et la joue, toujours du côté gauche...

         J'ai regardé, minitieusement, des milliers de fois, souvent même avec une loupe ! Et je les regarde encore ainsi ! A chaque plongée dans ces trois rectangles de pixels, empreintes de lumière sur une surface sensible, ce n'est plus alors simplement le "coup d'oeil" qui opère mais un flux de sensations intenses, une charge de sensorialité... Aussi une plongée dans le temps perceptif de qui se passait alors là-bas, une tentative de saisissement d'un espace perceptif localisé, presque personnalisé... J'étais là-bas avec mon père (et le photographe inconnu !), je suis ici près de mon fils...!  Cette approche résulte de mon interprétation des études sur "l'expérience sémiotique" de Jacques Fontanille (1) et de Jean-Marie Floch (2), du moins de ce que j'en ai compris, humblement...

         Le tabac à chiquer, la casquette de marin en drap de laine et le couteau "véritable Pradel" que mon père avait toujours sur lui, en toutes circonstances et en tous lieux. Sur la photo, comme le tabac à chiquer, le couteau n'apparait pas, mais il est certain qu'il se trouvait dans la poche droite de son pantalon, peut-être sous son mouchoir...

         En fait, le tabac à chiquer appelle le couteau puis  la casquette. Trois objets inséparables de mon Chouf de père (ou peut-être Crabe...). je n'ai malheureusement, pour le moment, aucun document officiel à ce sujet. Trois objets en quasi interaction. Il n'était pas rare de rencontrer mon père posté sur le bord du quai, légèrement cambré, casquette relevée, couteau main droite, carotte main gauche, le regard balayant la rivière Aven, crachant de temps en temps un long jet de salive marron dans l'eau saumatre (ou douce, selon les marées)... il tranchait un morceau de tabac à l'aide de son couteau qu'il fermait ensuite d'un claquement sec pour le ranger, puis "remisait" la vieille chique dans le revers de sa casquette qu'il calait ensuite sur sa tëte.... Satisfait il se déplaçait, les mains dans les poches, en se balançant doucement, comme en "roulis"... Cette démarche "en roulis" était toujours lente, tranquille... Sa marche pressée n'était jamais "en roulis". j'ai beaucoup marché avec mon père sur les chemins et les routes alentours de Pont-Aven, mais je n'ai jamais navigué avec lui... Marcher avec ce marin impliquait presque de "rouler" comme lui, ce n'était pas facile... et ça l'était encore moins lorsque, en plus, il "tanguait" !!

         "Le Masticatoire reste l'attribut des voiliers, à bord desquels il est interdit de fumer; la chique est aussi en usage à terre dans les usines et les ateliers où les incendies sont à craindre" (3). Je ne sais pas  quand mon père, qui a embarqué comme mousse alors qu'il avait à peine 13 ans, en 1918, a commencé à chiquer.. ni comment ! Mais selon ma cousine jeannine, qui m'a rapporté un avis de son père : dans ces années là, "les jeunes suivaient l'exemple des anciens" !. Une habitude transgénérationnelle, pour une accoutumance qui dure bien après avoir "posé la casquette" (quitter la marine/partir à la retraite).

         Avant la découverte de l'amérique par christophe Colomb, il y a un peu plus de 5 siècles, en 1492, chiquer ou fumer du tabac était totalement inconnu dans nos régions européennes. L'introduction du tabac en france date du milieu du XVI ème siècle. Il est bien connu que l'usage du tabac à priser étatit à la mode à la cour de Versailles au cours du XVIIème siècle..

         "Il paraitrait, au rapport de plusieurs auteurs anciens, que cet usage (masticatoire) fut primitivement contracté en Europe par des marins anglais qui l'auraient pris des Virginiens ou des Caroliniens. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à cette époque il fut de bon ton, à Londres, de chiquer ; pratique qui n'eut des sectaires dans le monde élégant que dans quelques parties de la Hollande et de l'Allemagne. S-G SCHULE nous assure que la princesse Caroline d'Angleterre, la patronne des arts et des Sciences, avait pris la coutume de mâcher quelques feuilles de Virginie pendant une demi-heure, le matin, en sortant du lit" (4)

         Je ne résiste pas à l'envie, presque farouche, d'écrire ici, par association d'idées, ce que chaque Breton doit, ou devrait, savoir : il n'y a pas si longtemps que celà, on trouvait au mur des écoles des pannonceaux sur lesquels était inscrit. l'ordre suivant "Il est défendu de parler Breton et de cracher par terre". Faut-il considérer qu'à l'époque on crachait beaucoup en bretagne, et plus qu'aujourd'hui ?? Et pourquoi donc alors crachait-t'on autant ?? J'ai été victime de cette tentative de liquidation de la langue bretonne...mais je n'ai jamais chiqué !!

         Dans mes publications suivantes je développerais encore ces trois thématiques : tabac-casquette-couteau... Puis je traiterais  l'histoire de ma mère... Un travail "etho-familial" en quelque sorte.

            Et je vous invite  à découvrir le gîte rural d'un ami d'enfance Pontaveniste :

    Pierre Rosot                                                                                                                                                                                                        "Le refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                                                    Liieu-dit Poultréau, 29300. Baye                                                                                                                                                      Tél : 06. 62. 48. 81. 10  Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com

         Trouvez ci-dessous quelques références bibliographiques et 2 sites que je vous invite à consulter.

    1) Jacques Fontanille, "Corps et sens", Puf, Paris, 2011

    2) Jean-Marie Floch, "Les formes de l'empreinte", Fanlac, Périgueux, 1987

    3) AFCAT, le bulletin, "Le tabac et les incendies en 1872", p.170

    4) G-A Henrieck, "Du tabac. Son influence sur l'homme",  Encyclopédie de l'Agora. Henrieck était un médecin français du XIXème siècle. http://agora.qc.ca/documents/tabac-du-tabac

    www.defense.gouv.fr............... pour le lexique marine (site officiel de la marine nationale)

    http://a.c.O.M.A.R.free.fr/histo_uniforme_marin6.htm

    Pierre Dubois, "L'étrange histoire du tabagisme", Fares, 2009

    L. Laurent, "Le tabac, sa culture, sa préparation", A; Challmel, 1901

    KENAVO     sizig Loeis ar Garreg              

  • Omo,Persil, Bonux, Ariel, Paic, les lessives de ma mère lavandière à Pont Aven

         Lorsque je cite ces marques de lessive, mais autant les autres produits divers que ma mère lavandière utilisait, ce n'est évidemment pas parce qu'en retour je perçois quelques dividendes des propriétaires de ces marques... mon souci est, en vérité, la contextualisation des activités... et, à ce stade de mes publications "Ethno-Familiales" celà vaut autant pour toutes mes autres citations... Ainsi j'aurais pû aussi titrer avec la lessive SAINT MARC que ma mère utilisait parfois pour "avoir" les linges les plus sales et graisseux, les "bleus de travail" par exemple.... Cette poudre que l'on utilisait également pour "lessiver" les murs avant le "chaulage", ou pour décrasser les vieux meubles, autant de techniques que j'ai pratiqué, et encore en usage actuellement... Celles-ci formeront sans doute la thèmatique d'une prochaine publication... 

         Selon le dictionnaire éthymologique Larousse (1971 et 1988) le terme Lessive, est donné en 1970 comme "dissolution de soude" et en 1850 comme "action de laver" et "linge lavé". Le petit Larousse illustré 1990 donne ; 1) solution alcaline servant à laver et à nettoyer, produit alcalin (poudre ou liquide qui entre dans cette solution) ; 2) solution alcaline ou saline servant à la fabrication du savon, et ; 3) action de laver le linge ; linge lavé, faire la lessive... Chacune de ces définitions dérivant du latin populaire Lixiva, de lix, -icis : cendre, lessive... D'autres sources étymologiques donnent aussi : laver, en 980, du latin lacvare ; lavage, au XVème siècle ; laverie au XVIème siècle, pour lavage ; lavandière au XIIème... On trouve aussi  lavande à la fin du XIIIème, de l'italien lavanda : "qui sert à laver", parce qu'elle parfume...

        Chaque jour ma mère "faisait" sa lessive, c'était une travailleuse indépendante qui, aujourd'hui,  pourrait bénéficier du statut d'auto-entrepreneur... Après l'école et pendant les vacances scolaires je l'accompagnais au lavoir, comme "assistant-lavandier"... A partir de mes 14 ans et après l'obtention de mon Certificat d'études Primaires, en 1966, j'étais un peu moins motivé par ce travail... un véritable travail !! Cette année là marque aussi le début de mes activités salariales (conserverie, boulangerie, plomberie sanitaire, maçonnerie, etc...). Ma reconstitution de carrière CNAV en témoigne. Auprès de ma mère, à peu près systématiquement, ma mission principale était l'allumage et l'entretien du feu pour la "cuisson" du linge... j'aimais bien faire celà... Auparavant, chaque jour, il fallait collecter des cageots et du gros bois que l'on stockait dans notre cour, rue des meunières... Au lavoir, le jour de la lesssive, on posait un trépied en fer forgé  au sol, toujours au même endroit, on y installait la lessiveuse que l'on chargeait de linge, à sec et toujours selon un ordre précis... en y ajoutant progressivement la lessive, puis l'eau puisée dans la rivière... Le feu, entre les "pattes du trépied", était ensuite allumé avec du papier journal froissé et du petit bois (cageots, brindilles de fagots, etc...). Cette installation avait, par certains aspects, quelque chose du cérémonial, toujours le même, méthodique. Un cérémonial respectueux des règles de l'art et qu'il convient ici de considérer selon les travaux de Gaston Bachelard, André Leroi-Gourhan et Mary Douglas. On utilisait les allumettes d'une boîte familiale SEITA, jamais un briquet... J'ai encore en mémoire cette petite cavité en forme de niche dans le mur de soutènement en pierres, on y rangeait la boite d'allumettes... et parfois, en fin de journée, on l'oubliait là... Il y avait comme ça, alentours, des supports, des crochets, des reposoirs pour le savon de Marseille (dont je parlerais bientôt), pour les sachets de bleu Guimet, le bidon et les berlingots d'eau de Javel Lacroix, la petite burette de Rubigine (détachant anti-rouille), le bâton-touilleur en bois de houx, les brosses de chiendent, etc... Des morceaux d'espace, clairement dédiés, et qu'il convenait de ne pas "déranger"... Toutes les particularités du site lavoir étaient "exploitées" ainsi ; les trous, les bosses, les fissures, les cassures... comme une composition fonctionnelle baroque, une "domestication" des particularités, accidents et désordres matériels locaux... Un univers sémiologique a la Prieto, un "grouillement informatif", le "bavardage des lieux de vie"... La phase de cuisson du linge, dans cet environnement, sera encore développée dans une prochaine publication.

        Ma mère n'avait pas de préférence pour une lessive, elle achetait chez l'épicière Marie Pichou, parfois à crédit, le paquet de poudre le moins cher... tantôt OMO, tantôt BONUX, PERSIL, PAIC, SAINT MARC, etc... Lorsqu'elle choisissait BONUX, c'était le plus souvent pour me faire plaisir car ce paquet de lessive contenait des jouets "miniatures"... et de tels cadeaux n'étaient pas nombreux dans ma famille quart-mondiste... ces gestes là étaient "aimants", ils suffiisaient alors à mon bonheur... et aujourd'hui ma plongée dans ce passé là me rend encore heureux... J'ai souvent entendu ma mère dire qu'il n'y avait pas beaucoup de différences "techniques" entre les marques présentes sur le marché... mais je ne sais pas bien sl, ni comment elle a fait évoluer sa "façon" de laver depuis l'apparition des lessives industrielles... 

         Ce n'est qu'à partir de 1930 que la lessive "moderne" fait son apparition. Avant cela, on utilisait des lessives 100% naturelles à base de cendre de bois. Les meilleures cendres étaient celles des arbres fruitiers, des charmes ou de l'orme. Ces cendres dites "blanches", car elles contiennent des sels minéraux (Potassium et Sodium), trempées dans de l'eau chaude se transforment en Alcalis, Carbonate de Potassium - qui est aussi un fongicide -,  et Carbonate de Soude, la base des lessives actuelles... Les cendres des chênes et des châtaigners étaient évitées du fait de leur forte teneur en tanin qui pouvait tacher le linge.  Toute l'année, les lavandières recueillaient les cendres qu'elles recuisaient pour les affiner et brûler les diverses brindilles de bois qui pouvaient jaunir le linge... La veille de la journée de lessive, si la quantité de cendres était insuffisante, elles en achetaient chez les boulangers ou les tuiliers... mais le temps des cendres est passé...

         Lessiver le linge, c'est le débarrasser de toutes les matières étrangères qui y sont fixées à l'usage et c'est aussi, quand la lessive est bien faite, le stériliser, c'est-à-dire détruire tous les germes qui peuvent le souiller... Dans cette double optique la première opération est le trempage... Selon l'importance des salissures et le type de matière textile (synthétique/naturelle) ma mère faisait tremper le linge, plus ou moins longuement, soit dans de l'eau froide, soit dans de l'eau tiédie, chaque trempage étant chargé de lessive... Les plus longs trempages duraient au maximum 8 à 10 heures et enlevaient environ 40 à 50% des impuretés, une plus longue durée n'augmente pas le décrassage... Ma mère organisait les trempages pour la nuit, les lessiveuses et les bassines encombraient alors notre cour et l'unique pièce de notre logement !! L'eau froide décolle les matières qui se sont fixées à la surface du linge et détrempe les autres, le fait de la tiédir favorise une meilleure dissolution des graisses... Les opérations suivantes, la cuisson puis, le trempage à l'eau de javel Lacroix après le lavage, réalisent la stérilisation. Ma mère traitait à part le linge fin et peu sali, le trempage éventuel était plus court, et il n'était pas "cuit"... Le linge souillé par du sang ou du mucus n'était trempé qu'à l'eau froide, l'eau chaude risquant de fixer les matières sur les tissus... Les machines à laver, dont le premier modèle a été inventé par Nathaniel Briggs, en 1797, dans le New Hampshire - la première machine "moderne" a été inventée en France, en 1830 -, sont programmées pour cette succession d'opérations mais, au lavoir, ma mère devait les réaliser toutes, successivement et manuellement !!... et je témoigne de son abnégation, de son souci de réaliser méthodiquement chaque étape. Ici, le lecteur, pour ne pas perdre le fil de la procédure suivie par ma mère lavandière, devra attendre mes prochaines publications en lisant les précédentes.

         "Les détergents synthétiques n'ont fait leur apparition que pendant la Première guerre mondiale. Jusqu'à la fin du 19ème siècle, on lavait encore son linge avec du savon en paillettes. Au cours des deux guerres mondiales, et en particulier la Seconde..., les recherches dans le domaine des détergents furent accélérées en raison des pénuries de graisses animales et végétales et du besoin des armées de nettoyer les uniformes dans de l'eau froide et calcaire... Le développement des détergents à usages multiples commença en 1946, lorsque les premiers... contenant des agents de surface et des adjuvants furent introduits en Amérique. Cette combinaison d'ingrédients donnait d'excellents résultats vu que les agents de surface enlevait la saleté et que les adjuvants renforçaient les propriétés des agents de surface... Les agents de surface synthétiques étaient beaucoup plus performants que le savon, dans l'eau froide et calcaire" (1). Quelques incohérences dans les dates apparaissent ici selon les sources consultées... 

         En 1906 Jules Ronchetti dépose à Marseille la marque de la première lessive Auto-Active dont la vente ne commence pas avant 1914. Le lancement commercial national français de ce produit ne se fera qu'en 1932. En 1907, les chimistes travaillant pour le groupe Henkel révolutionnent le marché de la lessive... ils combinent du Silicate et du Perbonate de sodium... PERSIL : PER pour Perbolate et SIL pour Silicate... Le Perbolate est un agent de blanchiment et le Silicate un agent lavant...  Selon certaines sources on pouvait acheter le Perbolate en pharmacie ! La première publicité pour ce produit PERSIL est publié le 06/06/1907 dans le journal de Dusseldorf  (Allemagne)... En 1922 la marque demande au célèbre dessinateur Allemand Kurt Heiligenstaedt de concevoir une affiche, il prend alors comme modèle sa compagne âgée de 18 ans. Il lui achète une robe blanche dans un magasin de mode et l'a fait poser coiffée d'un chapeau florentin et le fameux paquet de lessive PERSIL dans la main gauche... la "Weiss Dame" ou "Blanche Dame" est née... Ce dessin sera ensuite utilisé sur des insignes en émail, des affiches, des horloges et des pignons d'immeubles et pour toutes sortes de publicités. Les lavandières ne retrouvent cette marque qu'après la deuxième guerre mondiale, en 1950...

         La lessive OMO a été créée en 1952, elle appartient au groupe Unilever. Au début des années 50 cette marque invente le premier détergent de synthèse... la poudre de savon. En 1958 OMO devient le leader incontesté du marché des lessives, après la marque LEVER mais avant PERSIL et SUNIL... Les mascottes de cette marque sont des Chimpanzés... que l'on a beaucoup vu sur les écrans de télévision ces dernières années  !! Et pourtant : OMO = Old Mother Owl pour "Vieille maman chouette"... ((un oiseau ??).

         Début 1968, la lessive ARIEL  appartenant au groupe Procter et Gamble est lancée à l'échelon national... C'est la marque qui lave sans bouillir... Ma mère ne l'utilisait que rarement et surtout pour le lavage des  pièces de linge fin, parfois aussi pour les vêtements en laine...

         Lorsque ma mère utilisait ces produits, ces multiples lessives, elle ne tenait guère compte de ce qui était inscrit sur les paquets, et je dirais presque : "surtout pas"... elle essayait et adoptait ou rejetait... son sens pratique commandait mais je sais aussi que le moteur de ces choix était aussi, et peut-être surtout, financier !

         Pour clôre cette revue de marques de lessive je citerais encore BONUX et SAINT MARC... Et peut-être pas uniquement pour leurs performances de lessivage !! BONUX est une marque de lessive créée et distribuée en France, en 1958, par le groupe Américain Procter and Gamble. Cette marque à beaucoup profité du développement de la plasturgie à partir des années 60, ce qui lui à permis de fabriquer facilement et à très faible coût des petits objets en grand nombre. BONUX était aussi appelée la marque aux 1000 cadeaux... des petits cadeaux ensachés dans des pochettes enfouies dans la poudre et que tous les enfants découvraient en criant... Des jouets miniatures mais également des objets utilitaires : sifflet à roulette, dé à coudre, mètre ruban de couturière, couteau à beurre, etc... Historiquement le premier cadeau BONUX était un petit train en plastique... puis des billes en verre, une corde à sauter, un puzzle, etc... Il y en avait presque pour tous les goûts, pour les petits et pour les grands...

         En 1959 la marque BONUS demande au dessinateur belge Joseph Gillain (1914-1980), dit JiJè, de réaliser une histoire en 4 épisodes où le héros est un jeune garçon du nom de Bonus Boy qui réalise beaucoup de choses avec tous les cadeaux qu'il trouve dans les paquets de lessive. La signature d'artiste de Joseph Gillain est alors "Benoist". L'histoire qu'il invente est intitulée "Bonus Boy joue au corsaire". En 1960, BONUS devient BONUX et une nouvelle aventure de Bonux Boy (rebaptisé), en 6 planches, est publiée dans PILOTE et TINTIN : "La chasse au trésor".

         En 1922, Raoul Saint Marc, directeur technique de la "Blanchisserie à Vapeur de la Gironde" fondée en 1877 par un groupe d'exploitants forestiers des Landes, développe une poudre pour remplacer le savon. Il donne à cette poudre le nom de "Cendre-Lessive SAINT MARC". c'est un genre de savon-résine formulé à base des dérivés des essences naturelles de la sève du pin des Landes. Les Cristaux de Sodium qui composent également la lessive en poudre assurent le pouvoir saponifiant mangeur des tâches de graisses... La résine de pin, elle, aide à la dissolution des corps gras et parfume agréablement. C'est en 1950 que la Lessive SAINT MARC prend un essor formidable grace aux artisans peintres. Comme ils faisaient laver leurs combinaisons de travail à la Cendre-Lessive SAINT MARC, ils décident de la tester pour le lessivage des murs... et ça marche !!  Ainsi, aujourd'hui encore, cette poudre de lessive est appréciée autant pour ses qualités de lavage du linge que pour celles du décrassage des murs... Mais ma  mère n'utilisait la SAINT MARC que pour les grosses toiles, et comme recours lorsque les autres lessives ne donnaient pas les résultats escomptés... Parfois, sur la base de son expérience, elle optait directement pour cette lessive, notamment lorsqu'il s'agissait de traiter certains vêtements utilisés en mécanique... J'ai le souvenir des vëtements de mon père lorsqu'il travaillait à la manoeuvre de la grue de pont du sablier La Paulette (armement Le Ny, Pont Aven) et lorsqu'il tenait le poste de soudeur au plomb en tuyauterie de réseau pour l'entreprise Central Sanit (distribution d'eau et "Tout à l'égout". Pont Aven)... Cette lessive SAINT MARC, très mordante, attaquait durement le linge, la durée du trempage était donc nettement réduite... Jamais ma mère ne l'utilisait pour "cuire" le linge... Après le lavage le rinçage à l'eau claire était beaucoup plus poussé et "insistant"...  elle brulait aussi les mains, parfois assez sévèrement, notamment lorsque l'on "frictionnait" le linge...

         Le Petit Page Blanc ailé et auréolé que l'on trouve sur tous les paquets de lessive st Marc, en hommage à son fondateur, ne date que des années 70. C'est au lancement du nettoyant ménager liquide en 1979, toujours aux extraits de pin des Landes, que cet Ange fait son apparition...

           En 1893, une autre lessive  Saint Marc, créée par Maurice Dior (1873-1946) et son cousin Lucien Dior, est produite par la Société des Usines Saint Nicolas, rebaptisée Dior Fils et Cie en 1905. La famille Dior implante alors plusieurs établissements dans l'Ouest de la france notamment en Bretagne, à Landerneau et à Saint Marc, près de Brest (29). Maurice Dior est le père du célèbre couturier parisien Christian Dior. En 1923 l'entreprise change encore de nom et devient la Société Anonyme des Usines Dior. On dit que c'est l'usine basée à Saint Marc (29) qui a donné son nom à la lessive céée par la famille Dior. Je ne sais si cette lessive Saint Marc là était encore produite et distribuée dans les années 60, 70 et 80 mais, il n'y a aucun doute pour moi, ce n'est pas celle que ma mère lavandière utilisait...  je me souviens bien que "sa" lessive SAINT MARC était contenue dans des paquets tous porteurs du Petit Page Blanc ailé et auréolé... et qu'elle sentait fort l'essence de pin !!

          Les lessives PERSIL, BONUX et SAINT MARC, mais également ARIEL et PAIC, formaient la ronde des lessives utilisées par ma mère... avec, peut-être, une prédominance des trois premières... Au fil de l'écriture de quelques-unes de mes "Apnées Mémorielles" j'ai tenté de comprendre les motivations de ma mère dans le choix de "ses" lessives... Mes impressions ici sont celles d'un fils "assistant-lavandier-intermittent"... mais l'assistant n'est pas le maitre, loin s'en faut... Pour appréhender justement de telles motivations il me faudrait en savoir encore plus sur les règles de l'art de la lavandière, et il est évident que jamais je ne possèderais son vécu "technique"...

          Je tiens à faire ici un clin d'oeil au dessinateur Jean Jacques Colin, artiste Pont Aveniste  (natif), auteur de bandes dessinées et frère de mon ancien jeune compagnon de route dans les années 70...

    Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous invite à découvrir, il est tenu par un autre ami d'enfance, aussi Pontaveniste :

    Pierre Rosot                                                                                                                                                                                     "Le refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                         Lieu-dit Poultréau. 29300, Baye..... non loin de Quimperlé (Gare SNCF)                                                                                    Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                      www.lerefugedelasalamandre.com

     

    Petite Bibliographie :

    (1) "L'histoire du lavage",  http://www.scienceinthebox.com/fr.....lyc-stenhal-milan.ac-grenoble.fr (Morandin)

    "Le livre du foyer", Augusta Mol-Weiss (fondatrice et directrice de l'école de mères), 1919 et 1934 (7ème réédition), Ed. Armand Colin

    "Bonux, la lessive aux 1000 cadeaux", Francis ELZINGRE, 2009, Ed. du May

    www.persil.fr

    Voir aussi le site web de Procter And Gamble

     

    KENAVO                                  SIZIG LOEIS AR GARREG

         

     

     

     

         

     

     

     

               

  • Nomadisme et imprégnations patrimoniales et matrimoniales bretonnes

              "Tu as deux mains en Or"... disait ma mère lorsque je lui présentais mes fabrications "Maison" où lorsque je travaillais à ses côtés... Celà me remplissait de fierté et je ne manquais évidemment pas alors de me comporter comme un coquelet... Mon père parlait peu, et ne me complimentait quasiment jamais verbalement... mais quelque chose, changeait subtilement dans son comportement, c'est tout... Au lendemain de mon 62ème anniversaire, ce 1er mars 2014, à quelques mois de mon départ en retraite, je cogite encore et toujours ces temps de mon enfance et de mon adolescence... et de cette cogitation "mémorielle" ressort d'évidence un "apprentissage" par imprégnation genrée et frayage idem. "Ce que je sais", "ce que je sais-faire" et "ce que je sais faire-faire" aujourd'hui résultent ainsi du mixage genré... Mes "coups de patte", mes "tours de main", domestiques ou professionnels, expriment, en quelque sorte, une part patrimoniale (patrilinéaire/agnatique), héritage de mon père, et une part matrimoniale (matrilinéaire/cognatique), héritage de ma mère... Ces héritages ne se limitent pas aux "savoirs-faire" techniques, et je prétend qu'il m'est possible de les décliner en partie dans tous les compartiments de ma vie d'homme... A partir de mon dossier de reconstitution de carrière (prépa. retraite) et de mes souvenirs j'ai monté un tableau de mon itinérance professionnelle et semi-professionnelle. et ainsi établi avoir exercé 29 activités différentes, dont 20 salariées, de 1966 à ce jour de 2014, et 9 non déclarées de 1963 à 1966. Et je pourrais encore affiner cette approche en déclinant chacune d'entre-elles sur le mode "Théorie de l'activité", par action, par opération et par acte... En fait, ce listage de mon itinérance ne rend compte que des activités les plus saillantes et les plus normées, celles qui surgissent immédiatement lorsque je sollicite ma mémoire... mais l'exploration en profondeur révèle aussi une multitude de "bulles" quotidiennes multicolores, multi-référetielles, chacune chargée de minutes actives, aventureuses et découvreuses... un bouillonnement de "petits-pas de vie" dont chacun n'est pas forcément joyeux... Si mes souvenirs d'avant mes 11 ans (1963) sont moins nombreux, plus épars et plus effacés, ou plus enfouis, ils sont tout autant genrés... Aussi loin et profondément que j'introspecte ainsi, aussi loin que je tente l'analyse comparative, descriptive, critique, apparaîssent systématiquement et indéniablement, les empreintes, les signatures matrimoniales/patrimoniales... un héritage mixte et égalitaire = une dose de Matrimoine + une dose de Patrimoine (Françoise Birkui, mars 2012, asso. Idem, Univ. de Perpignan/département de sociologie)... et j'en suis fort aise !!

              A ce tableau d'itinérance professionnelle et semi-professionnelle j'ai accolé un tableau  d'itinérance géographique résidentielle. Ce dernier contient 22 adresses et 21 villes, de Pont Aven à Strasbourg, où je réside actuellement avant de retrouver ma Bretagne natale pour terminer mon cheminement. Il ne répertorie pas les résidences "routardes" de ma "période" beatnik-hippie (auto-stop), ni celles de mes escapades musicales (road-management), non plus celles dans le cadre de mes missions de  formation professionnelle labellisées Europe. Je n'ai comptabilisé que les résidences locatives baillées de plus d'un mois, à une seule exception près, lorsque je travaillais pour la famille Gouin, industriel forain propriétaire de Radios-Skooters (autos-tampons). J'étais alors logé, avec deux autres ouvriers, dans une caravane et nous "faisions" les fêtes des villes et villages du Finistère et du Morbihan. Je raconterais cette période foraine dans une prochaine publication. De cette itinérance géographique résidentielle je réfère un héritage patrimonial et culturel extirpé de l'étude de ma généalogie patrilinéaire Le Garrec (mon père), élargie à Pennnanguer (grand-père maternel), et de mes recherches pour la reconstitution des carrières de mes ancêtres marins/cultivateurs/agricultueurs. Je réfère également un héritage matrimonial extrait de ma généalogie matrilinéaire (par les femmes, avec pour bases ma mère Pennanguer à (29) Ergué-Gabéric et ma grand-mère paternelle Peron à (29) Moélan sur Mer, mais il m'est bien plus difficile d'établir, au fil des générations, les carrières de mes aïeules... Rarement sont indiqués les métiers de celles-ci sur les documents d'état civil, et mëme sur les recensements... Depuis 339 ans les hommes de ma lignée patrilinéaire Le Garrec sont déclarés marins et cultivateurs, tous nés à Kerglouanou, un lieu-dit de Moélan sur Mer (29), sur le littoral Breton... Celà est vrai également pour mes lignées agnatiques de proximité. Dans la lignée Pennanguer, depuis 394 ans, quasiment tous les hommes sont agriculteurs (mon grand-père était aussi ouvrier papetier !) à Elliant et Ergué-Gabéric... mais, sauf pour mes grands-mères (paternelle/maternelle), "à portée de voix", on ne peut, le plus souvent, que supposer l'activité professionnelle des femmes des générations précédentes. Le constat est le même pour mes lignées cogatiques de proximité. Des suppositions basées sur les traditions familiales, dont le mode patrilocal (résidence de la femme chez son mari) et le système traditionnel de l'économie littorale/rurale locale. Sur le littoral, en l'absence des hommes (père, frère, fils, conjoint), les femmes "tenaient" la maison, le foyer, élevaient les enfants, travaillaient la terre, soignaient les animaux, vendaient leurs productions au marché, et parfois encore pratiquaient la pêche côtière à pied ! Et je crois bien possible encore de nombreuses autres activités vivrières, pécuniaires... Dans le monde rural, "dans les terres", c'était la même chose, les activités de pêcheries en moins, mais avec des emplois complémentaires d'ouvrières et de services domestiques (usinier, couturier, ménager, lavandier, par ex.). Le plus souvent ces emplois féminins n'étaient pas déclarés, et, en conséquence, l'analyse des dossiers "Retraite/Reconstitution de carrière" ne produit généralement pas grand-chose sur ce thème. Parfois même de tels dossiers n'existent pas. Reste l'épluchage méthodique de toutes sortes d'autres documents archivés, une recherche par hypothèse (s)... J'aimerais pourtant parvenir à établir sur trois ou quatre générations autant de tableaux individuels d'itinérance professionnelle/semi-professionnelle et d'itinérance géographique résidentielle, mais les données sont difficiles à collecter. A ce jour mes ancrages terriens ancestraux sont tous Finistériens, Moélan sur Mer (1665), Elliant (1624) et Ergué-Gabéric (1785), avec une "bifurcation" matrilocale (résidence du mari chez sa femme) par Beuzec-Conq (29) en 1781... Ancrages terriens, y compris, évidemment, pour les marins... dont on peut, pour chacun, retracer l'itinérance maritime dans leur "Relevé des états de service" officiel. Ainsi, pour mon père, je note, de 1918 à 1953, une itinérance résidentielle économiquement obligée, soit 9, peut-être 10, ports "d'embarquements" réguliers : Doélan ; Bordeaux ; Le Havre ; Toulon ; Lorient ; Groix ; Concarneau ; Lorient ; (peut-être Brest) ; et, enfin, Pont-Aven... Du côté des femmes la sédentarisation terrienne était quasi obligatoire car elles étaient interdites de travail sur les navires !! Le plus souvent, lorsqu'une femme de marin quittait sa terre natale c'était pour accompagner son conjoint en résidence locative, ou de fonction, dans son port d'attache maritime. En vérité aucune n'avait d'autre choix que de suivre son mari (patrilocalisation) jusqu'à la résidence dernière, au terme de sa vie, au bout de leur vie !! La première femme de mon père, Jeanne, originaire de Plougasnou (29), l'a ainsi suivi du port du Havre, lieu du mariage, à celui de Toulon où elle est décédée. Il en a été ainsi pour plusieurs de mes tantes, dont Emma-Marguerite et Marie Josephe, qui, mariées et devenues mères, se sont sédentarisées en terre d'émigration, à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de naissance... Pour ma mère la reconstitution de carrière et l'itinérance résidentielle, avant 1951, est extrêmement difficile à établir mais je ne désespère pas... Je sais simplement qu'elle a travaillé comme ouvrière agricole, ménagère et ouvrière d'usine dans la région Quimpéroise, puis est "descendue" à Pont Aven où elle a été employée successivement comme "femme de ménage", puis aide de cuisine, chez Nicole Corelleau, où je l'ai souvent accompagné, et au Moulin de Rosmadec, haut lieu de la gastronomie bretonne, et enfin lavandière indépendante jusqu'à son décès en 1978. Après trois mariages et autant de veuvages ma mère s'est installée en union libre avec mon père, à Pont Aven, vers 1951... De leurs diverses unions son nés neuf enfants, une soeur et 4 frères utérins, et une soeur et deux frères consanguins... dont je suis, père d'un énième Guillaume, "Patrimonial", né en 1996 en région parisienne, à Bondy (93)... 

              De là où je suis aujourd'hui j'ai le sentiment d'avoir toujours cherché à établir ce qui, dans mon comportement social et ma gestuelle technique, professionnelle, domestique ou autre, pouvait être considéré comme traces patrimoniales (patrilinéaires/agnatiques) et/ou matrimoniales (matrilinéaires/cognatiques). Ce qui, dans le jeu de mes pratiques techniques  quotidiennes, dans mes "coups de patte", mes "tours de main" où ma créativité, pouvait être attribué au frayage et à l'imprégnation de l'héritage matrimonial et/ou patrimonial... être attribué à ma mère et/ou à mon père, aux femmes et aux hommes de mes lignées généalogiques !?. Un questionnement valant autant pour mes rapports à la matière (la pierre, le bois, les métaux, etc), qu'au matériel (notamment les outils) et à l'environnement global. C'est, entre autres, dans ce sens que j'ai pensé une approche par tableaux d'itinérance. Mes recherches généalogiques vont également, pour une part, dans cette direction, et, de même, mes tentatives de reconstructions de carrières... On dit souvent "tu as hérité ça de ta mère", "tu as reçu ça  de ton père", mais ce qui est hérité ou reçu n'est jamais très éclairé, il faut alors chercher "soi-même", pour "soi-meme", de quoi il s'agit... Par gestuelle technique je signifie les mouvements de mon corps au travail, en activité dans la vie quotidienne... Saisir les traces, les empreintes de vie genrée, nécessite l'analyse de l'activité, et sa déconstruction par actions et celles-ci par opérations. Cette procédure est valide pour toutes les activités, dans toutes les configurations. Ainsi, très schématiquement, pour un maçon, réaliser un enduit de chaux implique successivement la préparation du support, la fabrication d'un mortier (eau, chaux, sable), le "jetage" de ce mortier sur le mur, le dressage à la règle, puis le talochage. La préparation du support et la fabrication du mortier génèrent plusieurs diverses opérations enchaînées, ou embrayées, de même pour le dressage, le "jetage" et le talochage de l'enduit. Un maçon n'est pas forcément de même niveau à tous les stades de l'action, il peut avoir des forces et des faiblesses gestuelles locales, ainsi, par exemple, être super en "jetage" et moins doué en talochage, ou inversement. Il, ou elle, peut aussi avoir des préférences et des "affinités techniques"... Il en est ainsi dans toute activité, chaque action, chaque opération pouvant être plus ou moins genrée, suivant l'importance et la force du rapport avec le frayage et l'imprégnation (patrilinéaire/agnatique-matrilinéaire/cognatique), différent pour chaque individu. Chaque trace, matrimoniale ou patrimoniale, dépend ainsi de l'importance et de la profondeur de l'imprégnation et du frayage. La tendance de l'ouvrier, du maçon, est le plus souvent "naturellement" orientée, lorsqu'il en a le choix et la possibilité, vers "son" activité, "son" action, "son" opération de prédilection, chacune genrée. Cette tendance vaut évidemment autant pour les hommes que pour les femmes. Et, puisqu'il y a ainsi un héritage technique, social et culturel genré, on doit considérer qu'il y a transmission, même inconsciente, de ce qui a forcément été un jour défini et révélé par quelqu'un (e), à quelqu'un (e), en cours d'activité, en cours d'action, au fil du temps... On peut donc essayer l'identification des contenus, les nuancer, les comparer au vécu actuel, au ressenti individuel hic et nunc. Parfois cette identification apparaît, simplement, de manière détaillée comme une évidence. Mais, le plus souvent, une telle tentative de compréhension, de "remontée aux sources", impose une écoute de soi plus ciblée, plus attentive, qui tient compte de la gestuelle et des "réponses" de la matière et du matériel. Une écoute affutée, située, qui révèle, ou pas, une "accordance", une "résonnance affine", la qualifie et signifie les genres. Des milliers de fois, au boulot ou lors d'activités domestiques, je me suis ainsi mis "à l'écoute" et dans un état d'observation sensible de ma gestuelle technique... Une  écoute en cours d'emploi !!... Se mettre "à l'écoute", se rendre disponible pour que puisse s'opèrer dans l'action, au fil des opérations, quelque chose comme un "transfert dialogique tripartite et trivalent" entre la part féminine ou masculine de Soi, le matériel et la matière dite "brute"... Accomplir le bon et beau geste pour que l'outil puisse oeuvrer l'expression de la matière... Choisir le bon outil pour que le geste juste puisse s'accomplir... Suivre Hegel (1805, 1982), selon lequel "il faut postuler une activité propre de l'instrument : voir en lui quelque chose d'auto-actif", en postulant de même pour la matière... Et encore et toujours chercher à établir la liaison identificatrice avec l'héritage matrimonial et patrimonial, trouver  les traces... 

              Pour l'ancien maçon traditionnel et coffreur-boiseur que je suis, devant un mur à enduire, la fabrication, à la pelle, d'un mortier est plutôt genrée au masculin, patrimonialement, avec un zeste matrimonial, alors que le talochage d'un enduit est surtout genré au féminin, matrimonialement... Le jetage traditionnel d'un enduit à la chaux compte trois "passes" : 1) le gobetis ; 2) le corps d'enduit ; 3) l'enduit de finition. Le gobetis implique des "jeters" à la truelle, amples et secs, presque violents. Je le qualifie de masculin. Le corps d'enduit implique un jetage plus court, plus lourd, velouté, un peu retenu. Il est mixte. Le jetage de finition est plus fin, plus expert, rasant, presque carressant, plus léger, plus pointilliste. Je le considère plus féminin.  Le talochage est l'action de dresser et de resserrer l'enduit, il est réalisé avec un bouclier, ou taloche... Ce mouvement technique est circulaire, à plat, sur la surface de l'enduit. La tradition veut qu'il forme des 8 qui se croisent, il ressemble fortement à l'action de godiller (terme de marine). Le geste est appuyé avec mesure, plutôt doux et ferme, glissant, presque carressant, non raclant, ample, souple et décontracté, il épouse les formes, contourne les obstacles, efface les aspérités. C'est un geste d'une forte sensualité, un geste qui chante et fait chanter. Il est, pour moi, féminin. La maçonnerie traditionnelle comportait autrefois de nombreuses spécialités, ainsi entre autres, le briquetage ou appareillages millénaires de briques en terre cuite et  le coffrage-boisage, l'une de mes expertises. Lorsque l'on décortique la technique du briquetage, comme pour l'enduisage (aujourd'hui spécialité façadier), différentes actions et opérations peuvent aussi être considérées comme genrées au féminin. Ainsi, par exemple, la pose calpinée, qui doit etre précise, soignée, respectueuse, esthétique, et impose un bon sens des proportions et des assemblages esthétiques ; la pose au "bridou" qui nécessite un bon et fin "coup d'oeil" ; le jointoyage, ou jointoiement (garnissage des joints), qui exige un sens de la finition soignée, de la patience, un goût de l'esthétique... De même, il est possible de distinguer les deux genres (m/p) dans la spécialité de coffrage-boisage, qui est la fabrication de multiples et différents types de coffres de moulage, la construction en bois de blindages et de structures de soutènement pour l'élévation d'arcs (droit, angulaire, cintré, brisé, etc) et d'arches (génie civil), le tunnelage, la protection et la préservation d'ouvrages, etc. Pour moi cette spécialisation est mixte, masculin-féminin, donc genrée matrimo-patrimonialement. La réalisation d'un coffrage est autre chose que la manipulation et le positionnement des banches métalliques, c'est le travail du bois, "à façon", au croisement de la menuiserie et de la charpenterie. L'un de mes anciens maîtres disait : "un coffrage en bois doit être conforme, indéformable, stable et étanche". Si l'on considère la conformité, ce travail exige de la méthode, de la précision, une minutie dans le mesurage, le traçage, la découpe, un sens de l'assemblage et de l'ajustement en atelier ou "en place" sur chantier, de l'adresse, de la force, de la résistance et de l'opiniâtreté. Je considère que cette conformation implique une combinaison genrée, masculin-féminin. L'étanchéité est un aspect technique fondamental du métier de coffreur, un coffrage qui fuit peut être à l'origine de désordres et de malfaçons dans l'ouvrage. Réaliser cette étanchéité  implique aussi de la précision, de la méticulosité, également un sens de l'assemblage et de la finition. Selon moi elle fonctionne au féminin. Les deux autres règles de validation d'un coffrage, indéformabilité et stabilité dans l'espace, sont plutôt masculines, plus rudes dans la pratique, ainsi  l'étaiement, le contreventement, le calage, etc... En coffrage, comme en menuiserie et en charpenterie, travailler le bois fait appel à des qualités très précieuses. Puisque "c'est le bois qui commande", alors utiliser un outil pour le travailler convenablement implique de savoir écouter la matière répondre au chant du matériel, quel que soit celui-ci : la scie égoïne comme celle à chantourner, la gouge ou la rape et le râcloir et même les différents marteaux, etc... Chantourner une pièce en bois, râcler, gouger et poncer sont des opérations  que je considère au féminin, parcequ'elles demandent un rapport sensible, léger, doux, presque précieux, avec la matière. Chaque matière travaillée est spécifique et répond "à sa façon" au geste et à l'outil, se refuse, résiste, accepte, parfois même boude... Quelle qu'elle soit -bois, pierre, métal, etc- toujours elle sonne différemment sa "guidance"", et chante sa différence, à celui où celle qui sait écouter... De même, chaque matériel, chaque outil possède "son" caractère, genré lui aussi,  avec lequel l'ouvrier doit composer. Et celà vaut pour tous les outillages à main, y compris électroportatifs et pneumatiques, pour maçonner, briqueter, coffrer, menuiser, charpenter, etc... En vérité aucun des deux genres n'est jamais dominant, il s'agit, quasiment à chaque fois, d'une combinatoire...

               Matrimoine ou Patrimoine, chacun est un héritage culturel, celui d'une lignée de femmes ou d'une lignée d'hommes... Chaque héritage est particulier, chargé du vécu spécifique de l'ancêtre et ainsi, successivement, depuis le sommet de l'ascendance, génération après génération. Cette charge est aussi imprégnée, selon chaque époque, par l'environnement humain, géographique et naturel,  de chaque lieu de résidence, et par celui des divers métiers exercés par les unes et les autres, avec leurs petites et grandes histoires... Chaque niveau générationnel cristallise l'ensemble des connaissances et des vécus divers alors disponibles, cette cristallisation hétérogène saisit symbiotiquement celle précédente. Il ne s'agit donc  pas d'un simple empilement d'héritages, comme une pyramide de blocs hérités, ni d'une sommation, mais bien d'une cristallisation hétérogène et située qui s'amplifie en se complexifiant... comme une boule de neige dévale le cheminement en escalier de la "Descendance"... Elle fait sens de la totalité des héritages successifs, mais un sens toujours et encore à déchiffrer... Et chacun fouille à sa manière, déchiffre à sa façon... ainsi mes tableaux d'itinérance, ce blog même, mes plongées dans  l'univers particulier des recherches généalogiques, mes cogitations introspectives, etc. Puisque la cristallisation hétérogène s'amplifie et se complexifie à chaque niveau générationnel, il importe aussi de considérer, à chaque fois, sa distillation fractionnée dont la diffusion génère de nouveaux fonctionnements, de nouveaux comportements, de nouvelles manières d'être, de nouveaux états, dès la naissance de la nouvelle génération (ou en permanence ?). Ce mécanisme de cristallisation hétérogène est donc, au fil des générations, auto-amplificateur, jusqu'au dernier niveau... le mien, De Cujus... Et, puisque la diffusion du distillat provoque  l'émergence de la nouveauté - et le renouvellement ! -, alors qu'il résulte de l'extraction de la cristallisation hétérogène de la totalité historique transgénérationnelle, on doit admettre que ce mécanisme auto-amplificateur est positivement rétroactif (rétroaction positive). Ne dit-on pas que "la vie est un éternel recommencement", comme le cycle des marées bretonnes !!. Ce qui fait du De Cujus le réceptacle transitoire, ou dernier (?), de la cristallisation hétérogène comprenant aussi les dimensions structurelles de la psyché (conscient-inconscient collectif et individuel) et de l'archétypisme héréditaire (réf. JUNG). Selon la théorie psychanalytique les bases de presque toutes nos connaissances essentielles sont structurellement prédéterminées par les archétypes de l'inconscient collectif. Et c'est bien cet héritage global qui me taraude constamment... Au travail, souvent, très souvent, j'ai parlé, et même chanté, avec les pierres et le bois et élaboré d'innombrables et fantastiques sagas chevaleresques pour atténuer ma souffrance, soutenir mon corps et conduire mes gestes techniques, et tant d'autres choses encore... Souvent, très souvent, en cours d'ouvrage  j'ai raconté mes espoirs et mes rêves à l'outil en fer, des rêves d'ailleurs et d'autrement... Souvent, très souvent j'ai senti à mes côtés, où voulu sentir, des ancêtres apaisants... J'ai taillé la pierre et le bois presque comme celui des temps anciens raconté par André Leroi-Gourhan... Et de mon père et de ma mère j'ai imité les gestes artisanaux et domestiques et reçu silencieusement le substantiel héritage avec lequel j'ai cheminé jusqu'ici, "le corps en question",  "le corps à l'écoute", "le corps disponible"... Mais aussi "le corps senti, le corps représenté, le corps perçu, le corps pensé" (J.M Brohm, 2001). Un corps comme médiateur de nos "conversations" avec le monde... mais également un corps dont il faut se déprendre pour être libre d'Etre... J'ai frayé mon chemin dans l'étendue ancestrale et laissé toujours advenir, et autant que possible, l'objet du chant intérieur... Je n'ai pas marché en rêvant, ce sont mes milliers de rêves transgénérationnels qui ont conduit, et conduisent encore, mes pas.

               De mes tableaux d'itinérance  ressort le nomadisme, celui de mes résidences successives et celui de mes différents emplois... De l'analyse de la carrière de mon père apparait la même tendance, et je tiens sans doute de lui ce que certains nomment péjorativement "la bougeotte"... et ce que d'autres sinistres critiques prédicteurs commentent et raillent en affirmant sentencieusement : "36 métiers, 36 misères", "Bon à tout, bon à rien" !! Mais, loin de ces misères prétendues, presque souhaitées par ces mauvaises langues acerbes, le nomadisme n'est pas instabilité ni errance sans but... Il est le cheminement expressif, curieux et parfois génialement aventureux et expérimental, vers la réalisation de "Soi"... Par ma mère je tiens l'ancrage terrien, amont et aval à la fois, celui qui salue le départ et l'arrivée, le lieu du ressourcement à la croisée des chemins, le foyer... Mais d'elle je tiens aussi l'altruisme et la profondeur de l'empathie, et, comme pour mon père, mille choses encore du distillat matri-patrimonial... Et j'ai conscience, aujourd'hui encore plus qu'hier, d'être le De Cujus, réceptacle transitoire - puisqu'un fils "m'est né", mais le fait aurait été le même si l'enfant avait été une fille - chargé d'histoires de vie à dire, à offrir, à aimer et à vivre autrement, hic et nunc... J'ai encore beaucoup à découvrir du contenu de cette charge, il me reste à trouver et à identifier les multiples traces, et tenter  de  les mettre en lumière après me les être expliquées... Je fais pour le mieux possible avec mes découvertes... pour le reste "on verra"...

    Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous recommande, il est tenu par un ami d'enfance Pontaveniste :

    Pierre Rosot, "Le refuge de la Salamandre"

    Lieu-dit Poultréau... 29300, Baye.... Non loin de Quimperlé (Gare SNCF)

    Tél : O6. 62. 48. 81. 10      Site Weeb : lerefugedelasalamandre.com

    KENAVO                                           SIZIG LOEIS AR GARREG

  • Quelques-uns de mes jeux et apprentissages techniques buissonniers à Pont Aven

            Apprendre en jouant ou jouer en apprenant ?! Il y a fort longtemps j'ai repéré dans mes pratiques professionnelles et domestiques quotidiennes de nombreuses traces subtiles de mes cheminements buissonniers et de mes jeux divers de l'enfance... des "presque-rien" nichés au creux des gestes et des "manières de faire", comme incrustés... Une mémorisation incorporée, au fil du temps, "mine de rien", "sans y prendre garde", "sans y penser", sans calcul... Et celà vaut autant pour les expériences olfactives, auditives, tactiles et visuelles... Quelque chose comme un "état d'imprégnation perceptivo-motrice" (1) dans lequel un enfant peut se trouver plongé lorsqu'il assiste ou "prête attention aux objets ou aux spectacles qui l'intéressent" (1). Des traces subtiles qui ne se révèlent clairement qu'en cours d'action, lors de moments précieux d'auto-observation du corps en mouvement, d'écoute sélective et d'attention olfactive, tactile. Mais encore faut-il saisir le sens de ces signes révélés, repérer "l'invisible à travers le visible" (2). L'invisible ici est le non-présent immédiat. Un tel saisissement des traces n'est possible que par l'expérience accumulée, diversifiée. Donc, pour moi, assez tôt dans l'enfance... mais suffisamment à distance pour être autodidactiquement instruit sur le déchiffrage des signes "qui relient le visible et l'invisible" (2)... quelque chose du temps réel passé dans une reliance avec le temps réel présent qu'il importe de percevoir, voir, entendre, goûter, "vivre en son corps", pour, si possible, le faire devenir mieux encore, dans le sens de l'hexis corporelle (3) et (4)...

          Donc, il y a fort longtemps, très tôt dans l'enfance, et sans cesse depuis, j'ai attentivement commencé à m'introspecter, à "lire en moi, à m'écouter et à m'observer faire", comme un dédoublement de moi,-égo posté à mon côté, surveillant et commentant chacun de mes mouvements, empêchant ou guidant ma main et mon geste, m'engueulant parfois, me rappelant mes erreurs et mes ratages cuisants mais autant aussi mes petites et jouissives victoires, et tant de choses encore. Se voir, et se regarder, écouter et s'écouter faire ainsi, c'est, en pensées, travailler précisément sa gestuelle, presque la parfaire pour une application quasi immédiate dans l'action. C'est, toujours en pensées, articuler et désarticuler le corps, le discipliner, chercher la justesse et parvenir à composer, concrètement, une gestuelle harmonieuse pour la jouer en pratique "sur le terrain", "sur le métier". Une idéalisation. S'écouter faire et écouter ce qui se fait c'est aussi conduire la gestuelle par la discrimination des sons et des bruits, la visionner "par l'oreille" dans son rapport à l'outil et à la matière travaillée, "écouter chanter le bois et sonner la pierre", sentir et palper la matière, la jauger... Généralement alors chacun se réfère au bon geste du maître, imposé ou choisi, et au bel ouvrage, imposé ou choisi. Mais pour moi, ici et à ce stade de vie là, pas encore d'instruction par un "Maître de métier" auquel me référer... je suivais simplement, en situation, la guidance de mes intuitions et des membres de ma famille (père, mère, frères) selon les nécessités domestiques et vivrières.  Le reste du temps était celui d'une errance d'enfant, des cheminements buissonniers, bucoliques et sérendipitistes, et diverses activités ludiques dont certaines un peu plus "construites"... Et donc aussi une "imprégnation par l'ambiance" (1). Durant cette prériode de mon enfance pontaveniste, perméable et ouvert à la beauté diverse du monde j'absorbais et m'imprégnais de tout comme un buvard... et partout ailleurs qu'à l'école institutionnelle - laîque puis privée - où je ne trouvais pas de "matière pour mes pensées"... Ainsi l'école buissonnière était "mon institué à moi", le mien "perso", accolée à "mon" université familiale quart-mondiste, riche, si riche, du bouillonnement et du grouillement de cultures et de vies, dans le bruit des cris, des hurlements, des pleurs et des rires, dans la peine et la joie, le bonheur, l'amour et la haine. Un univers-foyer accélérateur de maturation résiliente et créative tous azimuts, un univers-monde générateur d'innovations frugales au sens du Jugaad développé par Navi Radjou (5); créativité, débrouillardise, adaptation, collaboration, solidarité... Après mes 14 ans (1966) ça s'est beaucoup plus "corsé", durçi, car pour gagner mon "casse-croute" il m'a fallu exercer différentes activités manuelles salariées, règlées (boulangerie, plomberie, maçonnerie, conserverie, etc, etc), et d'autres non déclarées (et pourtant légales !!). J'ai alors travaillé "sur le tas" avec différents professionnels auprès desquels j'ai beaucoup appris et validé mes premières acquisitions techniques autodidactes. Ce n'est que vers mes 25 ans que j'ai obtenu deux CAP après avoir successivement suivi, forcé, un cursus d'apprentissage accéléré de maçon puis de coffreur-boiseur, et donc appris selon les principes institués de l'enseignement "normé". Et c'est plus tard encore, en 1997, que je suis entré à l'université Paris 8-Saint Denis en sciences de l'éducation jusqu'au master de l'université de Strasbourg, après une bifurcation en ethnologie à l'université de Montpellier. Un parcours universitaire en cours d'emploi...    

             Il est difficile de lister ici toutes les imprégnations originelles qui ont durablement marqué mes "tours de main" et mes façons d'être et d'agir. Mes publications précédentes disent un peu quelques-unes d'entre-elles. Beaucoup sont encore décelables aujourd'hui dans un assez grand nombre de mes gestes quotidiens, les "habitus" d'un insoumis situationiste ! Ainsi, certaines, plus dominantes, apparaissent nettement lorsque je bricole à la maison: restauration ou montage d'un meuble; enduisages muraux et peinurage; carrelage.; menuiserie.; etc... et mëme lorsque je cuisine ! D'autres activités pourraient en révéler encore, ailleurs et autrement... A la croisée des cheminements buissonniers et des nécessités vivrières de mon enfance en voici donc quelques-unes...

             "Les galettes de Pont Aven", pour moi une très douloureuse blessure "culturelle", pour d'autres un très bon film... A Pont Aven j'habitais alors 14 rue des meunières. Dans la mëme rue, quelques maisons plus loin, étaient installées les deux célèbres fabriques de "Traou mad", les fameuses petites galettes de Pont Aven (Le Villain-Penven) dont le "fameux", ou fumeux, film ne dit rien. J'en parlerais dans une prochaine publication. A une quarantaine de mètres, dans la rue du quai, parallèle à la rue des meunières il y avait un "bistrot-crèperie" dans lequel officiait Jeanne B., une crépière au "rozell" magique... Elle fabriquait les meilleurs crèpes du monde et les servait aux enfants avec du "Laez Ribod" (petit lait de barate). J'ai beaucoup fréquenté cet endroit... Ma mère "tournait" aussi les crèpes, elles étaient évidemment excellentes, mais je préférais celles de Jeanne !. Et depuis, en tous lieux, ces crèpes là, sur le mode Proustien, ont étalonné toutes mes dégustations, jamais plus je n'en ai trouvé de meilleures... Le "Rozell" est un râteau en bois de hêtre, sans denture, utilisé pour tourner la pâte sur la Pilig (ou Bilig), une plaque métallique circulaire, en fonte d'acier. Le "Palikell" (ou Balikenn), aussi appelé Astell-Grampouez ou Sklisenn-Grampouezh dans d'autres localités bretonnes, est un couteau aussi en bois de hêtre (la spatule avec une lame en inox ne convient pas ici) utilisé pour retourner la crèpe sur elle-même,  d'une face sur l'autre, et la plier. Ce sont des outils qui ne s'usent pas beaucoup, ni vite,... mais on peut les casser ! Ainsi donc, pour ma mère, j'ai eu l'occasion d'en fabriquer quelquefois. Pour le premier "Rozell" et le premier "Palikell" j'ai appris seul d'après des modèles anciens (imitation/reproduction) et observation attentive de ceux de Jeanne, la crépière voisine. Et "mine de rien", pour l'enfant que j'étais, c'était un assez joli tour de main cognitivé. Pour ce travail il me fallait du bois de récupération et donc fouiller les décharges publiques et celles des chantiers de démolition ou de rénovation alentours. Ce qui occasionnait d'autres découvertes, diverses et très variées... Les dimensions d'un "Rozell" varient légèrement selon les crépiers; la traverse de râtissage de 18 à 22 cm de large; 4 à 5 cm de hauteur et 5 à 7 mm d'épaisseur en dos et 1 à 2 mm en fil... Le manche, rond, léger, qui à une longueur de 20 cm environ, pour un diamètre de 10 à 12 mm, est encastré à vif dans l'axial de la traverse de râtissage. Le "Palikell" est un peu plus simple à fabriquer, globalement il à l'allure d'un long poignard d'une longueur totale d'environ 3O cm, à deux tranchants avec un fil périmètrique de 1 à 2 mm maximum, hors poignée, et une âme centrale d'environ 1 cm... La poignée est façonnée, à plat ou arrondie, pour convenir le mieux possible à la main, elle est généralement trouée pour l'accrochage, en attente. Le hëtre était le bois préféré, mais, en vérité je faisais avec ce que je trouvais. Aujourd'hui l'utilisation du bois est réglementairement interdit au motif de l'hygiène alimentaire. La première opération de fabrication était généralement la découpe des bois de récupération avec une scie à bûche (aussi dite "suédoise"), au plus près des dimensions finales. Puis je travaillais au couteau, parfois aussi à la rape demi-ronde striée. La finition était réalisée au racloir ou, lorsqu'on n'en disposait pas, au fil du couteau, ou encore avec un tesson de bouteille (de cidre breton, évidemment), puis au papier abrasif pour affiner. Pour encastrer à vif le manche du "Rozell" et réaliser le trou pour "l'accroche" je devais percer le bois. A cette époque ma famille ne possédait pas les outils nécessaires (vilbrequin à cliquet, chignole manuelle, perçeuse électro-portative), je devais alors me débrouiller. Pour réaliser ces deux percements j'utilisais des pointes en fer que je chauffais "au rouge" dans la cuisinière "bois-charbon" de notre taudis. Je tenais le fer avec des tenailles et je l'appliquais fermement et rapidement sur le bois qui brulait suivant l'exacte forme de la pointe métallique. Compte tenu des dimenssionnements des pièces il me fallait ëtre précis. Une forte odeur de brûlé et un peu de fumée, variables selon la sécheresse du bois et selon  les essences, se dégageaient alors du bois. Les petites traces noires de brûlé étaient ensuite effacées avec le papier abrasif. Le manche, une branche de houx, épluchée et rapée au couteau, était alors introduit en force, "à vif" , dans le trou de la traverse de râtissage, généralement il dépassait un peu d'environ 4 ou 5 mm, soit je l'arasais, soit je le laissais ainsi. Lorsque le manche "flottait" un peu dans la traverse il suffisait de le pousser plus en force dans le trou d'encastrement et, avant usage, de mettre à tremper le "Rozell" dans de l'eau ou de le laisser baigner dans la bassinée de päte, et si nécessaire, changer le manche n'était guère difficile.

              Noêl, pour moi n'était pas le jour des cadeaux... c'était surtout le jour et la nuit des bons repas... pour les jouets je  "Jugaadais" (pardon Mr navi radjou !), je me débrouillais avec ce que j'avais sous la main... et très souvent je n'avais rien, alors je partais courrir dans les champs, les bois et sur les bords de l'Aven...  Un jour mon père m'a fabriqué une hélice avec une feuille de laurier-palme ("Prunus Laurocerasus causasica"/ou "Novita"). Il suffit de la placer devant soi, de découper, à partir de l'axe, la partie supérieure droite... puis, toujours à partir de l'axe, découper la partie inférieure gauche... planter une branchette de 3 ou 4 cm de long dans un petit carré réservé dans la partie centrale... faire un essai en courant, bras tendu, l'hélice bi-pales tenue au bout des doigts par la branchette centrale... et, selon, règler le système en découpant progressivement les parties restantes pour les équilibrer... Il faut présenter la sous face de la feuille contre le vent.  A partir de cette première il a attiré mon attention sur les girouettes et anémomètres posées sur le faîtage  des toitures, il avait cet habitus météorologique quotidien comme tous les marins. Un autre jour, c'est mon frère aîné Louis qui m'a présenté l'une de ses réalisations en bois, une girouette avec une hélice fixée sur une tige horizontale et installée librement dans un étui agrafée verticalement sur une perche. J'étais épaté... Alors j'ai tenté d'en fabriquer une, tout seul comme un grand... et je ne m'en suis pas trop mal tiré... Après cette petite victoire j'en ai fabriqué quelques autres. Et, comme pour le "Rozell" et le "Palikell", quasiment à chaque fois il me fallait récupérer du bois  de décharge, du hêtre de préférence, mais aussi bien du pin, en tous cas un bois léger. Je coupais ensuite un morceau d'environ 30 cm de long et 4 cm de large, sur lequel je réalisais un traçage au crayon à partir de l'axe, comme toujours. Au centre je délimitais l'oeil de l'hélice, un cercle de 35 mm environ de diamètre, et de part et d'autre les formes en feuilles de laurier des pales. Puis, au couteau, je taillais le bois suivant le traçage. C'était la partie la plus délicate car il fallait tailler en inversant les bords d'attaque arrondis et effiler les bords de fuite en gardant, pour chaque pale, la forme de feuille de laurier. Sur la face verso de la pale gauche la partie supérieure était arrondie progressivement en extrados pour former le bord d'attaque et la partie inférieure était effilée en "descendant", façon plage, pour former le bord de fuite. Inversement, sur la face recto de la pale droite c'était la partie inférieure qui était arrondie ainsi en extrados et la partie supérieure effilée. Pour chaque pale la face opposée restait plate en intrados (recto de la pale gauche et verso de la pale droite). Les bords de fuite étaient effilés jusqu'à environ 1 mm d'épaisseur. Un tel "façonnage" des pales permet le positionnement correct des bords d'attaque selon les lois de l'aérodynamique. Après la "grosse" taille les finitions étaient réalisées, comme pour l'outillage de crépier, au fil du couteau et au racloir ou au tesson de bouteille. Pour vérifier l'équilibrage l'hélice était posée sur la tranche de l'index, parfois, selon le "penchant", il me fallait retravailler le bois. en longueur ou en épaisseur, côté gauche ou cöté droit... Dans le centre de l'oeil il fallait ensuite percer le passage du moyeu fixe de l'hélice, j'opérais  comme pour le "Rozell" et le "Palikell", avec un fer "poussé au rouge". Ce moyeu était généralement une tige filetée de 6 ou 8 mm de diamètre pour 50 ou 60 cm de long, pliée en équerre. L'hélice était alors placée sur la branche de l'équerre formant moyeu, entre deux rondelles métalliques bloquées chacune par un écrou dont le serrage règlait la liberté de rotaion. L'autre branche de l'équerre était installée librement dans un étui fixé en hauteur sur un élément de charpente, sur une perche ou même dans un arbre. Cet étui pouvait aussi bien être un morceau de tuyau d'arrosage rigide fermé à une extrémité avec un bouchon de liège ou de bois ligaturé avec du fil de fer ou de cuivre, et mieux encore, un bout de bambou coupé juste au-dessous d'un noeud bas et juste au-dessous d'un noeud haut, la paroi interne du noeud bas fermant l'étui. Dans cet étui l'équerre pouvait tourner librement suivant le mouvement de la girouette qui dirigeait dans le vent, "face au vent", l'hélice qui lui était associée. La girouette en bois (hêtre, pin...), en forme d'avion, était également  fixée sur le moyeu, le nez plaqué contre l'écrou arrière de l'hélice. J'aimais beaucoup découper au couteau Pradel le profil de l'avion, avec une préférence pour le SpitFire du héros Anglais de bande dessinée, Battler Britton (6). Mon père, en bon marin, ancien quartier-maître chef gabier, était toujours attentif a la direction indiquée par une girouette ou par le "port en drapeau" d'un arbre, et, selon il se mettait "face au vent" pour établir ses prévisions météorologiques, en situant l'éventuelle dépression à sa main droite et l'anticyclone à sa main gauche (hémisphère nord). Chaque matin il tapotait aussi le baromètre accroché dans le couloir de la maison. Dehors, le nez en l'air, il écoutait le chant des mouettes et observait la hauteur de leur vol dans le ciel... Savez-vous que les mouettes chantent en Breton ?? .

          On dit que l'invention de l'hélice revient aux Chinois, mais il semble bien, selon divers auteurs, que c'est véritablement au mathématicien Suisse Daniel Bernouli (1700-1782) que l'on doit attribuer cette invention, car il publie, en 1738, un ouvrage "Hydrodynamica" exposant le théorème fondamental de la mécanique des fluides, ainsi qu'une solution mécanique pour propulser les navires de l'époque (voir aussi, pour la France, Frédéric Sauvage (1786-1857) et Augustin Normand (1792-1871). ). En météorologie, concernant les dépressions et les anticyclones il convient de se référer aux travaux du météorologiste Néerlandais Christoph Buys Ballot (1817-1890), et particulièrement sa note de 1857 qui a donné la "Loi de Buys-Ballot"... Et chacun connait l'echelle BeauFort et ses 13 degrés (de 0 à 12) de vitesse moyenne du vent sur une durée de 10 minutes. Elle est dûe aux travaux de l'amiral Francis BeauFort (1774-1857) publiés en 1805... Echelle que mon gabier de père connaissait bien, comme tous les marins...

                Pendant les vacances scolaires, qui pour moi n'étaient en fait que le prolongement de ma "scolarité" buissonnière, avec mes copains de la rive droite de l'Aven, nous jouions, le plus souvent, "à la petite guerre" dans la campagne environnante. Et le plus souvent aussi c'étaient des petites guerres de cow-boys et d'indiens - Kit Carson, Buck John, Davy Crockett le trappeur (7), Blek le Rock, les tuniques bleues, etc - ou de chevaliers - Thierry la Fronde, Ivanohé, Lancelot du lac et le Roi Arthur, Robin des bois -, et tous ces autres héros dont nous lisions les aventures dans les bandes dessinées et  que ceux dont les familles  possédaient les premiers postes de télévision pouvaient voir "en chair et en os". Vers 1963-1965 la majorité des enfants de ma rue des meunières pontaveniste se retrouvaient, avec ou sans leurs parents, au "Café du centre", devant le poste installé au coin du bar, pour suivre le programme de l'ORTF... Et tous les guerriers que nous étions étaient bien entendu équipés d'armes diverses et chevauchaient de splendides chevaux blancs ou noirs, que nous "habitions" et dont nous imitions physiquement, "à pied", les allures naturelles ou dressées : galop, pas, trot, arrêt, charge, piaffement, rebuffade et même chutes !...; sonorisations et bruitages bucaux/vocaux compris façon Monty Pithon ("Sacré Graal") - clataclop, clataclop, ou tagada, tagada -, et ordres divers, cris d'enthousiasmes et hennissements aussi... Une véritable pré-formation pour le théatre équestre ou pour le Cadre Noir de Saumur !... et même pour le métier de bruiteur !!... Pour mes batailles chevalières, mes armes habituelles étaient une longue et lourde épée en bois et une lance/javelot, et pour celles entre cow-boys et indiens, un arc avec ses flèches, un poignard et un révolver formé par les doigts de ma main droite : pouce levé pour le chien, index tendu pour le canon et la gächette, et les trois autres repliés pour la crosse. Mon épée, toujours ronde - une rapière façon fleuret ! -, mesurait 1 m à 1, 20 m pour un diamètre d'environ 29 ou 30 mm, elle était très lourde. Avec une telle arme je n'avais peur de rien et peu d'adversaires osaient s'aligner devant moi. J'ai taillé ainsi d'innombrales épées, soit en chätaigner pour les plus légères, mais le plus souvent en houx. Dans cette essence il était difficile de trouver des longueurs droites avec le bon diamètre, ce qui m'obligeait souvent à faire de longs parcours de recherche à travers bois. J'utilisais aussi les jeunes branches feuillues de houx pour nourrir nos lapins. Une fois la branche choisie épluchée, râpée, à la "plume" (outil ancien à deux poignées) ou  au couteau, et arrondie en bout, je la mettais au feu pour la durcir. Je réalisais ce brûlage lorsque ma mère, lavandière, cuisait le linge, je plaçais alors l'épée sous la lessiveuse, dans le feu entre les pattes du trépied. Il ne fallait pas la laisser bruler, juste dorer. Puis je la ponçais et la râclais à nouveau pour effacer le noir du brûlage. La poignée "à deux mains", sans garde ni coquille, était enveloppée de bandes de chaterton sur lesquelles j'enroulais de la ficelle pour une meilleure accroche des mains. Cette épée me servait aussi pour battre les ronces et les orties. Mon poignard était réalisé dans une planche de bois dur, presque toujours du chêne, que je trouvais facilement dans les décharges ou sur les chantiers de démolition. Sur cette planche je traçais d'abord le profil au crayon, puis je le découpais au couteau. La lame, à deux tranchants, était très pointue, et la poignée, avec une petite garde sculptée, était arrondie et, comme celle de l'épée, recouverte de chaterton (collant utilisé à l'époque pour les travaux électriques) et de ficelle. Pour les arrondis et les découpes particulières j'utilisais parfois, en complément, la râpe demi-ronde striée. Les finitions étaient réalisées au fil du couteau, au râcloir ou tesson de bouteille et au papier abrasif. En vérité je n'aimais pas trop cette arme qui m'encombrait plutöt. Ma lance/javelot mesurait 1, 50 m environ, taillée presque toujours dans une jeune perche de châtaignier. La partie basse était travaillée pour toujours se planter en bout de jet, comme les flèches. Elle était épluchée sur toute sa longueur, râpée avec le fil de mon fidèle Pradel, un vrai couteau "d'homme", et taillée en pointe. Parfois elle était décorée de rubans colorés. Mon autre arme, l'arc droit, demandait un travail plus pointu. Il mesurait généralement environ 1, 30 ou 1, 50 m pour un diamètre d'à peu près 25 à 28 mm. Je le taillais le plus souvent dans du bois de châtaignier, je l'épluchais totalement puis le râpais exclusivement sur le ventre, c'est-à-dire du côté intérieur, "face à soi". Ensuite je le mettais à sécher à la maison, très légèrement courbé par cintrage entre les barreaux de la rampe d'escalier, dans le couloir. Parfois j'accélérais le sèchage en le "flammant" au feu du lavoir. Le "flammage" est le passage rotatif du bois au-dessus des flammes, il ne doit pas brûler mais chauffer progressivement afin d'évacuer doucement l'humidité par évaporation, c'est rapide, alors qu'un bon sèchage classique, naturel, dure environ 6 mois. Les bois conseillés, entre autres, pour la fabrication d'un arc sont ceux de l'If, du frène ou de l'acacia, mais, ormis le frène, ces bois étaient rares dans le Finistère sud, en tous cas à Pont Aven. A chaque extrémité de la branche de l'arc je réalisais une petite encoche, une poupée haute et une poupée basse, pour le nouage de la corde. Ce nouage était ensuite ligaturé avec du fil de lin ou de la ficelle... La corde était une drisse d'environ 1 mm de diamètre, et parfois un fil pour la pêche "au gros", en fait je me débrouillais encore avec ce que je trouuvais alentours. Il était hors de question d'acheter quoi que ce soit pour de telles activités d'enfant. L'écart entre le "ventre" de la branche d'arc et la corde variait de 3 à 5 cm, selon la légère courbure de la branche. Pour la poignée de l'arc je procédais, comme pour les poignées de l'épée et du poignard, par enveloppage/laçage, mais seulement après divers essais de tir, réglage de la position de ma main et en fonction de mon "coup d'oeil", soit environ dans l'axe de la branche d'arc. Les flèches étaient fabriquées sur le mode de ma lance/javelot, et travaillées au couteau  pour que les pointes soient nettement plus lourdes  et puisse planter à chaque fois dans le sol. Je n'ai réussi que très rarement à réaliser et règler l'empennage plumé du talon des flèches. Si mes tirs étaient puissants, les flèches volaient  haut et loin, mais retombaient  "en cloche" toujours droites, plantées... ça impressionnait  et suffisait à ma "gloire" d'enfant... Par contre mes tirs tendus "à vue directe" étaient nuls, très courts, et quasiment jamais dans la cible !

            Après l'arc le lance-pierres... Celui-ci est arrivé un peu plus tard, vers mes 13 ou 14 ans... Comme une évolution dans l'art de jouer, de "projeter" et de fabriquer !!. Le lance-pierres n'est pas un jouet banal, il peut en fait être très dangereux... C'est en observant un copain s'en servir que j'ai décidé de fabriquer le mien. Et je me suis encore débrouillé tout seul. La première étape, comme d'habitude, était la recherche du bois. Un bois de houx évidemment ! Mais trouver une fourche en forme de Y, dont  la branche basse, verticale et droite, est adaptée à la largeur de la main de l'utilisateur, soit pour moi 10 cm, et un diamètre de 11 mm, n'est pas facile du tout..., c'est le moins que je puisse dire... La longueur de chacune des branches de la partie haute du Y varie de 6 à 8 cm selon les modèles, elles sont coupées également. Soit un lance-pierres d'une hauteur totale de 16 à 19 cm maximum. La seconde étape est l'épluchage et le ponçage-râpage du bois. Le berceau du V,  le "lit de la vallée", est large d'environ 10 mm, je le façonnais au couteau pour adoucir les angles et faciliter le passage de la pochette en cuir chargée. Puis je mettais le lance-pierres au feu pour le durcir, comme pour mon épée, mais, soit entre les pattes du trépied sous la lessiveuse de ma mère, soit dans le foyer de la cuisinière bois-charbon de notre "appartement". Puis je le ponçais une seconde fois pour effacer les traces du passage au feu. Je taillais ensuite une encoche au bout de chaque branche du V, sur 2 cm, cöté opposé extérieur, pour le "calage"-liigaturage de la gomme. Certains réalisaient l'encoche côté intérieur, "face à soi". Il fallait ensuite acheter la gomme carrée de 5x5 mm, noire, et pour réaliser cet achat  la "triche" avec les parents était obligatoire, en tous cas dans ma famille... et c'est par ma mère que je parvenais à réunir la somme nécessaire, "en douce" je transformais les bonbons en bande de gomme !! Si je me souviens bien, on la trouvait au bureau-tabac et dans les quincailleries. On pouvait l'acheter par rouleau de 5 mètres ou la faire couper, "à la demande", en fonction du type de lance-perres projeté. La longueur de la bande de gomme était établie dans le magasin, et souvent avec l'aide du commerçant, bras légèrement tendu, depuis le poing fermé jusqu'au creux du coude. La gomme devait être rangée à l'abri des UV, dans le noir, sinon elle se morcelait. Cette longueur était ensuite coupée en deux parties égales. La pochette pour le placement du projectile était réalisée dans un morceau de cuir, qu'il fallait trouver ! Alors je fouillais encore les décharges à la recherche de vieux sacs, vieilles ceintures ou chaussures abimées et diverses friperies (vestes, tabliers, coudières diverses, etc...). Le cuir adopté devait être souple, pas trop épais, plutôt de vache, mais encore une fois je faisais avec ce que je  trouvais. Un morceau de cuir de 8x4 cm, environ, parfois 6x4 cm, que je découpais en rectangle ou en ovale, et dans lequel, à chaque extrémité, je perçais à la pointe du couteau un petit trou, en croix, à 5 mm du bord, pour le passage de la bande de gomme carrée. L'une des extrémités de chaque bande de gomme, après le passage par le trou, était repliée sur le cuir, environ 3 ou 4 cm maxi, et ligaturée avec du fil de lin ou autre. Parfois, avant le ligaturage, j'enveloppais la partie plièe de la gomme avec une petite bande de tissu. La phase finale de la fabrication du lance-pierres était le montage ligaturé, sur 2 cm, et sans pliure, de chaque autre extrémité de la gomme dans l'encoche réalisée en haut de chaque branche du V. Après celà les tirs pouvaient commencer... Comme projectiles je choisissais des galets ronds, plus ou moins gros suivant la largeur et la profondeur de la pochette, mais il arrivait aussi que j'utilise (et "on" aussi !) des billes d'acier provenant des roulements de moteur et des morceaux de fonte, ce qui était nettement plus fou, plus dangereux... La puissance d'un lance-pierres est très loin d'être néglgeable, il  peut, dans une main ferme, propulser une bille ronde de 9 grammes à quasiment 75 mètres-seconde, ce qui donne une énergie d'approximativement 25 joules... Un fragment de fonte tiré par un lance-pierres pouvait pénétrer profondément dans le tronc d'un arbre ou une planche de coffrage... Pour débuter on visait des boites de conserve et des bouteilles posées en ligne sur un mur  ou un tronc d'arbre, puis sur les isolateurs en verre trempé montés sur les potences des poteaux électriques et téléphoniques (années 60-70) ou sur les vitres des maisons abandonnées... et, progressivement, sur les écureuils, les lièvres et les oiseaux... pour tuer !! J'ai aussi le souvenir de batailles durant lesquelles on se tirait dessus, heureusement sans accident, j'en suis encore étonné !! J'ai assez vite abandonné ce qui n'était plus un jouet, ce qui n'était plus du jeu... "l'espace où l'acteur expérimente et s'approprie, de façon protégée, de nouvelles façons de faire" (11)... mais les instrumentalisations et les manipulations par les plus grands, voire certains adultes (je pourrais en nommer !!)... dont j'avais heureusement pris conscience...

                Je n'ai ci-dessus raconté que quelques-uns de mes jeux et gestes techniques de l'enfance dont je considère qu'ils ont été de fortes  imprégnations buissonnières, perceptivo-motrices et d'ambiance... celles dont je constate qu'elles font encore traces dans ma vie quotidienne. Traces actives au sens où je les perçois en moi, subtilement opérantes... D'autres activités "influentes" ont été décrites dans mes précédentes publications, certaines seront encore présentées dans mes écritures à venir.... Ainsi, par exemple, l'utilisation du couteau pour couper, tailler, façonner, sculpter, percer, râper, etc..., dont chaque usage est spécifique et implique une grande variété de mouvements du corps, de "prises en main", de positions du poignet et du bras, de re-sentis tactiles, olfactifs, auditifs et visuels. La taille du bois "contient" bien qtout celà... Dans le cadre de mes travaux professionnels de maçon-coffreur-boiseur j'ai eu l'occasion, souvent, de pratiquer le coutelage pour le façonnage de pièces en bois, notamment lors de la réalisation, sur différents sites, de coffrages d'escaliers balancés et autres fabrications très spécialisées. Je pourrais encore détailler de très nombreuses autres pratiques de métier qui ont été  "inaugurées" lors de mes jeux d'enfant qui ont donc laissé leurs traces. Usages techniques outillés (manipulation de divers outils) qui résultent, à différents stades de l'enfance, d'un transfert par la guidance formelle d'un adulte, mais aussi d'un saisissement instinctif, presque inné, et de diverses imprégnations variées, directes, parfois intuitives, voire souvent accidentelles, en cours d'emploi, au fil des activités... Une "fusion avec l'objet... l'Einfühlung.... un état combiné de sensibilité et de mouvement sous la forme de l'attitude, dont c'est précisément le double caractère d'être simultanément ou alternativement préparation à l'acte et attente, prémouvement et préperception" (1). "L'Einfûhlung-l'empathie comprise comme une relation affective avec autrui, avec les animaux, avec les choses ou avec la nature" (9). Le transfert par la guidance étant corseté par les représentations et constructions sociales de l'adulte (3 et 4), il y a donc nécessairement combinaison de nature et de culture, un métissage (2), une adaptation, plutôt une accommodation ou une accordance contextuelle, une reliance situationiste, habile... et un secret  "Je-ne-sais-quoi" (8) persistant, enveloppant, impliquant un ad-venir... Ici, par "usages techniques" il faut considérer les "Habitus" (3) et les sens  éthymologiques des termes "Usage" : de l'ancien français  "Us", "se servir de"; et "Pratique" : "qui tend à l'action", du latin médiéval "Practicus"...

               Une grande partie de tout ce qui précède à un certain rapport avec cette "Protomémoire faite de "systèmes entiers de connaissances qui se réveillent automatiquement à un moment donné" (et qui) constitue le savoir et l'expérience les plus résistants et les mieux partagés par les membres d'un groupe ou d'une société... elle donne une forte vraisemblance à l'hypothèse d'une mémoire commune", dont parle Joel Candau (10), et avec ce qu'il nomme la "Métamémoire" qui "est d'une part la représentation que chacun se fait de sa propre mémoire et la connaissance qu'il en a et, d'autre part, ce qu'il en dit. Le niveau Métamémoriel est celui d'un regard réflexif sur les processus mémoriels qu'un individu est capable - ou croit être capable - de mobiliser dans l'accomplissement d'une tâche" (10)...  Mais je crois aussi en des expériences et des connaissances que l'on ne peut partager, que l'on ne peut, en conscience, transmettre ni mettre dans le pot commun d'un groupe ou d'une société... des connaissances en soi, au fond de soi, que l'on ne "sait" pas, que l'on ne "connait" pas... quelque chose de la profondeur du vécu intime, du fond diffus de l'intime, présent partout et dans toutes les directions (big bang), comme un Je-ne-sais-quoi de l'ad-venir que l'on ne peut jamais vraiment saisir mais qui, invisiblement, affecte en permanence, de différentes façons, le visible, ce que l'on voit et ce que l'on croit voir (parédolie), ce que l'on fait...  Ainsi, ce qui est partagé dans le groupe et en société est donc également cet "invisible personnel actif", avec ses qualités et ses défauts... L'en-jeu, l'en-je, l'entre-jeu, l'entre-je... jeux fonctionnels, jeux de fiction, jeux  d'acquisition, jeux de fabrication, jeux d'alternance (Wallon, 1941 et 1997)... de l'espace ludique dans les activités de l'enfance à l'espace des jeux dans les "situations professionnelles" (11) se jouent des "tours de mains et des "façons de faire, de penser, d'être et de dire"...

    Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous rcommande, celui d'un ami d'enfance pontaveniste :

    Pierre Rosot... "Le refuge de la Salamandre"

    Lieu-dit Poultréau. 29300, Baaye.... non loin de Quimperlé (Gare SNCF)

    Tél : 06. 62. 48. 81. 10      Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com

    KENAVO            SIZIG LOEIS AR GARREG

    Petite Bibliographie

    (1) Henri Wallon, 1970, "De l'acte à la pensée", Flammarion, Paris

    (2) Detienne. M et J.P Vernant, 1974, "Les ruses de l'intelligence. La métis des Grecs", Flammarion (O. Champs), Paris

    (3) Pierre bourdieu, 1979 (1978), "La distinction", Coll. le sens commun, Eds de Minuit, Paris 

    (4) Luc Boltanski, 1971, "Les usages sociaux du corps", Anales ESC, Volume 26.

    (5) Navi Radjou, avril 2013, "Innovation Jugaad.. Redevenons ingénieux", eds Diateino, Paris... Voir aussi les artcles de presse du "Monde économie", 15/04/2013; L'Express, 11/04/2013; les Echos, 19/04/2013... Cet ouvrage a obtenu le prix "Thinkers 50 india Innovation Award"... Pour l'acquérir  : Eyrolles.com ou Amazon.fr

    (6) Voir le site http://www.danslagueuleduloup.com et, aussi, les éditions Imperia. Il existe 471 numéros de cette BD petit format, de juillet 1958 à 1986...

    (7) Voir le site http://www.bedetheque.com et, aussi, les éditions de la Société Parisienne ou les éditions Vaillant. Nombreux numéros de 1954-57 à 1964... et peut-ëtre plus encore.

    (8) Vladimir Jankélévitch, 1980, "La manière et l'occasion", in "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", Vol. 1,Seuil, Paris

    (9) Maurice Elie, "L'empathie, la sympathie, le "sentir"; phénoménologie, éthique et esthétique", 2012, in "temporel" n° 14, sur http://De-l-einfûhlung-a-l-empathie.par... d'après Erwin Straus, 1989, "Du sens des sens, contribution à l'étude des fondements de la psychologie", Eds J. Millon, Grenoble

    (10) Joêl Candau,1998, "Mémoire et identité", Paris, PUF, p.11-14,  "Anthropologie de la mémoire", Paris, A. Colin, 2005,

    (11) Winnicot, 1971; Gaussot, 2002... cités par Marion Brunet et Jacques Riff in "L'intérêt des jeux et rires pour la compréhension et la transformation des activités de travail", octobre 2010, Activités, volume 7, numéro 2. http://www.activités.org/v7n2.pdf.

    Concernant les bandes de gomme, matière extraite de l'hivéa, voici une adresse : "Les trois connes" (!!), ZA sud, 5 rue de l'industrie. Guibray, 14700, Falaise. Tél : 02. 31. 90. 04.

  • Quinquina, Quintonine et apéritifs Banyuls, Byrrh, St Raphael, Dubonnet, Ambassadeur

     

                   Lorsque j'étais enfant, et je crois bien dès l'âge de 5 ans, au début de chaque printemps, ma mère me servait deux fois par jour, avant chaque repas, pendant une semaine environ, un demi verre de vin rouge auquel elle adjuvait une dose de QUINTONINE, une cuillérée à café, soit environ 4 ou 5 ml (4 ou 5 gr). A l'époque, dans les années 57-60 cet adjuvant était vendu 1,26 NF (nouveau francs) par flacon en pharmacie. La QUINTONINE était présentée comme solution buvable (sirop) réservée à l'adulte, dans une petite bouteille en verre incolore (haut 14 cm, diamètre 3,5 cm), une canette de 9 cl, dont le col était gravé au nom de la marque, fermée par un bouchon aluminium, à vis, muni d'un joint. Il me semble qu'il y avait aussi une solution pour enfant, j'ai un doute. Un achat sans ordonnance mais le plus souvent conseillé par le médecin de famille, voire le pharmacien, ou quelqu'autre "bien informé" de la commune... Le traitement était limité à 4 semaines maxi. J'ai ainsi eu droit à ma dose printanière, servie dans un verre gigogne Duralex de 16 cl (haut 6,9 cm, diamètre 7,1 cm), jusqu'à mes 13 ou 14 ans !! J'avalais donc quotidiennement environ 24 ou 26 cl de ce "breuvage"... Ma mère disait que c'était un fortifiant, un tonifiant, qui donnait de l'appétit et purifiait aussi le sang, elle n'en savait guère plus et faisait comme beaucoup d'autres mamans à travers la France...  Ce "breuvage" avait un petit goût amer, pharmaceutique, que j'aimais bien... Ce moment là avait aussi un parfum maternel bienveillant... Les principes actifs de la QUINTONINE étaient, pour 100 grammes, le quinquina (teinture, 0,967gr), l'orange amère (teinture, 2, 549gr), la cannelle (teinture), la gentiane (extrait aqueux, fluide de racines, 1, 110gr), le kola (teinture, 1, 492gr) et le quassia de la Jamaîque (extrait aqueux, fluide de bois, 0, 846gr), avec un titre alcoolique de 5%, soit 0, 6gr d'éthanol par cuillèrée à soupe. La cuillèrée à soupe fait environ 15 grammes, soit environ 15 ml. La QUINTONINE était présentée sur le marché pharmaceutique comme antiasthénique, contre l'Asthénie fonctionnelle... Compte tenu de mon hyper-activité de l'époque cette forme d'"auto-médication familiale" n'était vraisemblablement pas la plus indiquée... mais pour ma mère ce n'était qu'un "coup de pouce" saisonnier, "pour mon bien", et pas du tout un soin médical ! Chez moi, en Bretagne, à Pont Aven, on ne versait pas la "gnole", le "lambig", dans le biberon de lait du bébé mais oui, plus tard, ma mère me servait la QUINTONINE dans un demi-verre de rouge ordinaire, sans doute "La Grappe fleurie", "Sénéclauze", un vin d'Algérie commercialisé par des négociants de Quimper (29), "Margnat", un autre vin d'Algérie distribué par un négociant de Lorient (56), ou "Santa Rosa, l'ami de l'estomac", tous livrés dans des bouteilles "six étoiles" gravées au collet, consignées, avec bouchons en plastique encapsulés, et livrées dans des caisses en bois palettisées aux épiciers du quartier... Vins rouges pas chers, vins très ordinaires... le "gros rouge qui tâche", le "Picrate de cambuse"... En 1949 des pinardiers de 19000 à 20000 hectolitres alimentaient ce fructueux marché depuis les ports de Brest-Kergroise (29) et de Lorient (de la route des épices à celles du pinard, selon Pierre Mayol !!). L'habitude printanière de ma mère n'a généré chez moi aucune addiction alcoolique, et aujourd'hui, après 46 années, j'en suis "à peine" à 23, 16 litres par an, soit  1, 93 litre par mois, soit 5 litres en plus de la moyenne annuelle des hommes français de plus de 15 ans, soit 18, 4 litres d'alcool pur, et 7, 71 litres pour les femmes (Sciences et Avenir, juin 2014, n° 808, p. 98). En 1955 les Français buvaient l'équivalent de 90 kilos de lait par an !! Et ma moyenne de consommation d'alcool, principalement du vin ou de la bière, diminue encore, ou est quotidiennement régulée par une forte consommation d'eau du robinet adjuvée, selon, de Bicabornate de soude, de morceaux de bâton de Réglisse (Glycyrrhiza glabra) et de jus de ccitron, ou d'écorces de Quinquina rouge (Cinchona Sccirubra)  !!

             Certaines sources attribuent l'invention de la QUINTONINE, en 1910, au pharmacien de 1ère classe Victor HELIN (dcd en 1945), mais Jacqueline LAFARGE, fille de Jacques LAFARGE, considère, elle, que c'est un jeune pharmacien de Châteauroux (Indre, dans le Berry), Eugène CAYRON, qui a probablement jeté les bases de ce sirop. Avant sa mort, en 1910, celui-ci ayant cédé son officine de Châteauroux (36000), rue grande,  à Victor HELIN en contrepartie de son mariage avec sa fille Madeleine CAYRON... Jacques LAFARGE (1907-1997), fils d'un pharmacien du bourg de Maligny (89800), où il est né, était docteur en pharmacie et petit neveu du docteur Félix Rabé, un savant ornithologue, auteur de divers ouvrages dont "L'agriculture et les oiseaux" en 1891, "La question de l'écrevisse" en 1888, et un "Catalogue annoté des oiseaux observés dans l'Yonne : y vivant à l'état sauvage, sédentaires ou n'y étant que de passage" qui recouvrait une monographie. Le docteur Félix Rabé, très éclectique dans ses activités, était aussi forestier, agriculteur, pisciculteur et viticulteur. En 1889 il fonde la Société Protectrice des Oiseaux de l'Yonne de Maligny, Label LPO depuis 1995... Jacques Lafarge épouse la fille de Victor HELIN avant de lui succèder en 1946... Le laboratoire devient Laboratoire LAFARGE, s'agrandit et s'installe rue de la Brauderie, à Châteauroux... Des dizaines de millions de petites bouteilles de QUINTONINE seront vendues dans les officines HELIN et LAFARGE... En 1976 LAFARGE cède son affaire au groupe SANOFI, filiale d'ELF-Aquitaine... devenu aujourd'hui Labo Glaxos Mithkline, Santé Grand Public, exploitant, à Marly-le-Roi... En 1926, déjà célèbre avec la QUINTONINE, Victor HELIN (sur les bases CAYRON ??) associe le miel et le menthol dans une préparation sirupeuse à laquelle il donne le nom de Sirop PULMOLL... Ses gendres, Jacques LAFARGE et Jacques LACOUR en tireront les fameuses Pastilles PULMOLL vendues dans les cèlèbres boîtes rouges et dorées... J'en parlerais dans un prochain article sur les bombons  de mon enfance...

              De nombreuses personnes confondent la QUINTONINE avec le QUINQUINA, j'en étais avant de me plonger dans la présente investigation mémorielle familiale. Ma remémorisation de la QUINTONINE a provoqué la réapparition d'entre les bouteilles de divers vins de marques, essentiellement des spiritueux élaborés avec des écorces de QUINQUINA et divers autres composants. Ainsi le BYRRH, le SAINT-RAPHAEL, l'AMBASSADEUR, le DUBONNET. Des vins apéritifs, du latin APERTIVUS, dérivé de APERIRE, ouvrir, classés AVB (Apéritif à Base de Vin), très souvent appelés populairement "QUINQUINAS"... Il y avait également le VABE et le BANYULS, des Vins Doux Naturels (VDN), 100% de matières viniques, sans ajouts arômatiques, donc sans QUINQUINA. Pour ma famille tous ces vins signifiaient samedis, dimanches et jours de fêtes paîennes ou religieuses et autres évènements privés. La notion d'évènement est ici importante. Ces jours-là, lors des déjeuners hivernaux et automnaux, ou des déjeuners et dîners printaniers et estivals, les repas pouvaient être "arrosés" avec modération, sauf peut-être, parfois, pour mon père et mon demi-frère aîné qui exagéraient toujours un peu, et "toastés" à la mode bretonne, le verre levé pour un vibrant et sonore Yehed Mad, ou Yec'hed Mat, une "bonne santé" en français.... Il semble bien qu'alors l'allongement des journées et l'ensoleillement génèraient de l'enjouement dans le comportement consommateur de spiritueux et des vins de QUINQUINA !  Dans ma famille, ces marques étaient servies aussi bien en apéritif qu'en digestif.... En vérité tous les jours de fëte n'étaient pas ainsi arrosés, loin s'en faut, celà dépendait de la situation financière du foyer. Les seules rentrées financières régulières et garanties étaient les pensions trimestrielles de mon père... Les autres apports étaient relativement aléatoires, constitués par les revenus du travail de ma mère lavandière/ménagère, et ceux, complémentaires de ses pensions, de mon père ouvrier ostréiculteur-conchyliculteur ou journalier en agriculture, parfois aussi manoeuvre dans les Travaux Publics... Vers mes 11 ou 12 ans, en tous cas avant mes 14 ans, je contribuais également à "faire bouillir la marmitte", soit j'accompagnais mon père, soit je réalisais de petit travaux de jardinage, des livraisons de cordes de bois dans les greniers et les caves, et de multiples petites activités que l'on dit aujourd'hui "services de proximité . J'en parlerais aussi un jour prochain. Travail à la journée, à la demi-journée, à l'heure , payé "à la bonne franquette", selon l'appréciation du "client". Lorsque j'accompagnais mon père, notamment à la ferme du "Guérig", j'étais payé 8 francs par journée de 9 à 10 heures, ce qui alors était un bon salaire, à mon âge, dans le milieu agricole... A partir de mes 14 ans, et compte tenu de ma force physique, je parvenais quasiment à "faire" le salaire d'un manoeuvre adulte en conserverie ou dans le bâtiment... Je percevais alors un net mensuel moyen d'environ 440 francs, soit 67,07 euros, sur 12 mois, pour 160 heures de travail, au taux horaire de 2, 75 francs, dont une quinzaine d'heures supplémentaires à 25% et une dizaine à 50%. Et parfois plus selon les mois... fiches de paye de 1966 à l'appui... Mes salaires variaent donc suivant les saisons légumières et poissonnières et de l'embauche dans l'une des quatre conserveries pontavenistes. Seulement donc lorsque les conditions financières étaient réunies alors les jours de fête pouvaient être "honorées" des consommations spiritueueses; Nous n'avions aucune préférence pour une marque où l'autre.. 

              Vers 1860 les frères  Simon (dcd en 1891) et Palade VIOLET (dcd en 1883), bergers et fils d'un muletier de Corsavy (66150), dans les Pyrénées Orientales, descendent de leurs âpres montagnes vers la plaine du Roussillon et deviennent drapiers ambulants. En 1866 ils ouvrent un magasin d'étoffes et de vin à Thuir (66210), un village situé à une dizaine de kilomètres de Perpignan (66000). Ils profitent de la fièvre vinicole pour élaborer une boisson à partir de vins secs d'Espagne et d'écorces de QUINQUINA et obtiennent un produit si tonique et revigorant que, lors de son lancement, il fût considéré comme un médicament et vendu exclusivement en pharmacie. La marque est déposée le 10 février 1873, c'est alors le premier apéritif français. Le nom de cette boisson viendrait du choix de ses inventeurs à partir du référencier des tissus, leur nuancier d'étoffes alphabétique... BYRRH, une lettre par nuance... Le BYRRH à alors une réputatiion de "boisson hygiénique", et dans les années 1930 elle atteint une réputation mondiale. Le BYRRH, titré à 11°, appartient à la catégorie des apéritifs à base de vins dits mutés, vinifiés de façon traditionnelle. Ils sont fabriqués à l'aide de Mistelles, un moût de raisins provenant de cépages nobles dont la fermentation est arrëté par l'ajout d'un alcool "neutre", d'origine vinique, afin de conserver le sucre et les arômes du fruit (le mutage). Parmi les cépages nobles on trouve  généralement des grenaches et du carignan. Tous les mistelles entrant dans la composition du BYRRH proviennent de la vallée de l'Agly, depuis le village de Montner (66720) jusqu'à Tautavel (66720), Estagel (66310), Maury (66460), Vingrau (66600). Puis se fait l'aromatisation à froid, le BYRRH n'étant pas un vin cuit, par macération lente des écorces de QUINQUINA et d'autres plantes exotiques, dont le Curaçao.  

              On dit que l'histoire du SAINT-RAPHAEL remonte à 1830. La docteur Alphonse JUPPET travaillait alors à Paris à la mise au point d'un apéritif à base de QUINQUINA. Selon la légende, à la suite de longues nuits de veille sa vue baissa, c'est alors qu'il se souvint de l'épitaphe biblique dans lequel l'archange Raphael guérit Tobias de sa cécité. Désirant retrouver la vue pour aboutir dans ses recherches il plaça son nouvel élixir sous l'invocation céleste de l'archange. Il parvint alors à élaborer la recette du SAINT-RAPHAEL et recouvrit la vue ! Le SAINT-RAPHAEL, qui titre à 17°, est élaboré à partir de mistelles, rouges ou blanches, obtenues par mutage, selon le mëme principe que pour le BYRRH et tous les autres "QUINQUINAS". Les ajouts sont des écorces de QUINQUINA, des écorces d'oranges amères, des gousses de vanille, des amandes de fèves de cacao et différentes plantes arômatiques mises à macérer lentement dans les mistelles jusqu'à l'absorption complète des arômes... René VINCENT (1879-1936 environ) est l'un des affichistes attitrés de SAINT-RAPHAEL..

              C'est en 1846 que Joseph DUBONNET (°+ ??), pharmacien, installé à Paris près de l'Opéra Garnier, élabore son vin de QUINQUINA. Un ABV (Apéritif à Base de Vin) au goût amer qu'il masque avec une décoction d'herbes et d'épices à forte saveur. Parmi les ingrédients majeurs de cet apéritif on trouve, ormis l'écorce de QUINQUINA du Pérou, de la cannelle, des zestes d'oranges amères, des grains de café verts et de la camomille. Le DUBONNET est titré à 16°... Des soldats de la Légion étrangère l'utilisèrent, médicalement, contre les piqures de moustiques dans les marécages infestés de l'Afrique du Nord et ainsi se protéger contre la MALARIA... La marque QUINQUINA-DUBONNET apparaît dès la fin du XIXème siècle sur des affiches publicitaires lithographiées par des artistes tels que le peintre Jules CHERET (1836-1932), le maïtre de l'affiche, peintre et lithographe, ou Giuseppe BOANO (1872-1938), peintre, graphiste, affichiste et graveur... Dans les années 1930 elle est connue par le slogan élaboré par le célèbre CASSANDRE, pseudonyme d'Adolphe Jean Marie MOURON (1901-1968), graphiste et affichiste - "Dubo-Dubon-Dubonnet" - que beaucoup de personnes connaissent toujours en 2014., et que l'on peut encore voir peinte sur les pignons d'immeubles... "les murs réclames", l'art des "Pignonistes"...

                  Selon Bruno Ulmer et  Thomas Plaichinger les premières affiches peintes sur mur apparaissent au début des années 1840... "Ces affiches de toutes dimensions et peintes à l'huile sont "conservées" pendant un an sur 400 emplacements les plus en vue de Paris", annonce en 1847, l'Entreprise Générale des Affiches Peintes, l'une des premières sociétés spécialisées... et une nouvelle profession voit alors le jour : les PIGNONISTES"... Je n'ai jamais entendu parler de cette profession à Pont Aven, la ville des peintres, où, pourtant, on pouvait voir, sans admirer, ces publicités murales... comme dans toutes les villes alentours et à travers la campagne bretonne...

              Le vin AMBASSADEUR inventé en 1936 par Eugène POURCHET, à Marseille est élaboré avec du vin rouge ou blanc ou mistelles arômatisées par des écorces de QUINQUINA, des écorces d'oranges, des bigarades, des bâtons de vanille, du cacao et de la gentiane... Les bigarades sont les fruits du bigaradier (citrus aurantium), appelé oranges amères et surnommés oranges de Séville... Toujours selon la technique du mutage. On dit aussi que le Curaçao entre dans cette composition arômatique ?! L'AMBASSADEUR est titré à 16°... La marque a été créée par la Société CUSENIER...  Vers 1950, cet apéritif est connu par la publicité radiophonique sur RTL, RMC, EUROPE 1, avec les voix de Maurice BIRAUD, Francis BLANCHE, Roger-Pierre et Jean-Marc THIBAUD : "L'AMBASSADEUR, quelle excellence !!. Ma famille ne cédait pas souvent à cette incitation radiophonique... d'autant que nous écoutions systématiquement France inter !!

              Le VABE, est aussi un apéritif inventé en 1948,  en Pays de Roussillon, c'est un  Vin Doux Naturel pour l'élaboration duquel seuls quatre cépages sont autorisés : muscat, grenache, maccabeo et malvoisie.... Il est titré à 16°... "Qui boit VABE va bien !"... Il n'apparaissait que de temps en temps sur notre table,..

              Le vin BANYULS, la cité "française" dénommée Bannils de Maritimo en 1074, n'est pas un vin cuit mais un Vin Doux Naturel (VDN) dit Muté sur marc, et vinifié de façon traditionnelle, élaboré selon un procédé consistant à ajouter de l'alcool vinique au jus de raisin en cours de fermentation... mais sans ajout arômatique type QUINQUINA.... Il titre au moins 15°. Les vins mutés ne doivent pas être confondus avec les mistelles dont je parle plus haut pour les ABV (apéritif à base vinique)... Les cépages concernés sont le grenache noir (90%, et 50% minimum), le carignan, le cinsault, le syrah et le mourvèdre élevés à flanc de côteaux à fortes pentes étagées en terrasses et entourées de murets en pierres locales, au sol de schiste...  Le pourcentage des cépages peut varier selon les familles... Lorsque le moût est en train de fermenter, et avant que tout le sucre soit transformé en alcool, on ajoute de l'alcool vinique dans une proportion de 5 à 10% du volume de moût, ce qui tue les levures et laisse subsister une quantité de sucre non fermenté. Le vin doit alors titrer au moins 20% vol., dont 15 acquis par la fermentation et contenir, au moins, 45 grammes de sucre non fermenté... Le vignoble concerné est situé à la frontière espagnole, le long de la Côte Vermeille appelée Côte Rocheuse. Ce vignoble a été implanté par les Grecs et les Phéniciens, et radicalement modifié au cours du Moyen-age par les Templiers qui en assurèrent le 1er essort. Seules les communes de Banyuls (66650), Colioure (66190), Port-Vendres  (66660) et Cerbère (66290) bénéficient de l'appellation... La recette du BANYULS est attribué à Arnaud de VILANOVA, ou Arnaud de VILLENEUVE (1238-1311 ou 1313) qui fut un médecin, alchimiste, théologien, philosophe et astrologue célèbre du XIIIème siècle. Certains pensent qu'il est né à Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, d'autres en Royaume de Valence (Espagne), en Catalogne, ou en Provence, des régions dans lesquelles on trouve des bourgs de ce nom. Il est considéré comme le plus éminent de son siècle, parle latin, hébreu et arabe... Quelques-unes de ses oeuvres sont écrites en Catalan... Il étudie la philosophie et la médecine à Montpellier, vers 1260, et y rencontre sa future épouse Agnès BLASI, fille de riches commerçants de la ville Occitano-Catalane, puis effectue de nombreux voyages, notamment à Cordoue (Andalousie) où il apprend la distillation. Il revient vivre et enseigner à Montpellier entre 1280 et 1308 (??). Il est Maître Régent de l'école de médecine entre 1291 et 1299, toute l'Europe y vient entendre ses cours de médecine et de chirurgie. On pense qu'il a séjourné à Paris entre 1265 et 1275 environ et qu'il a fréquenté la Sorbonne, fondée en 1257, pour y améliorer son savoir et passer le Diplome Es Arts... En 1285 il était le médecin personnel du Roi d'Aragon et de Sicile Pierre III (1276-1285). En 1286 il est à Barcelone où il professe quelques temps l'alchimie et étudie la médecine. IL fut aussi le médecin du Roi Jacques II d'Aragon Le Juste, de l'Empereur Frédéric, Roi de Sicile (1295-1337) et de Robert d'Anjou, Roi de Naples (1309-1343). On note sa présence à Palerme en 1292 (??) sous la protection de l'Empereur Frédéric. Parmi ses patients il compta également trois papes : Boniface VIII, Clément V et Benoit XI... Précurseur en matière d'hygiène Arnaud de VILANOVA compose aussi les premiers RATAFIAS. On lui doit la définition, en 1285, du  principe de mutage utilisé pour le vin, notamment les vins de QUINQUINA... Les effets excitants de l'alcool distillé lui inspirèrent le nom "'Eau de Vie" -  que l'on appela plus tard "Eau ardente de Maïtre Arnaud", un alcool médicinal qu'il introduit en médecine - et il découvrit alors que cette "Eau de Vie" stoppait la fermentation et que l'on pouvait de cette manière "retenir"" quelques-uns des principes odorants et sapides des végétaux qui y macèraient (le mutage)... d'où sont nées les diverses eaux spiritueuses employées en médecine... Cette technique de mutage sera utilisée de façon relativement empirique jusqu'au XVIIIème siècle, période à partir de laquelle elle se développe et devient plus rigoureuse grâce à la capacité des distillateurs de produire des alcools à 96° très purs et neutres... Il est le premier à utiliser l'alcool en parfumerie et à réaliser les premières huiles essentielles... Avant la ville de Grasse (06130) Montpellier fut une des capitales du Parfum... Il me semble important de rappeler ici que c'est aux Arabes que nous sommes redevables, vers l'An 1000, de l'invention de l'alambic et de la distillation. Lorsqu'ils commencèrent à distiller le vin, ils donnèrent le nom "Al-Khôl" au produit obtenu, ce qui signifie "La chose subtile". Et Arnaud de VILANOVA rédigea, au XIIIème siècle, le premier traité sur l'alcool, étape première vers la découverte de l'elixir de vie éternelle, d'où le nom "Eau de vie" qu'il lui donna... Il importe également de considérer son séjour à Cordoue où il apprit la distillerie, conquise par les Arabes en 711, siège d'un Emirat en 756 et d'un Califat en 929, puis reconquise en 1236... De l'arabe il a aussi traduit Ibn SINA, ou AVICENNE (980-1037), médecin et philosophe iranien, l'un des plus remarquables de l'Orient... Je crois donc fondé le doute qu'A. de VILANOVA fut le premier a distiller le vin !? Avec son disciple Raymond, ou Ramon, Lull (1235-1313 environ) Arnaud de VILANOVA découvre les trois acides sulfurique, muriatique et nitrique... On lui doit encore l'utilisation de l'essence de térébenthine avec laquelle sera créée, au XIVème siècle, le premier alcoolat célèbre : l'Eau de la Reine de Hongrie, préparation dans laquelle entre essentiellement une base de romarin...

                L'Eau de la Reine de Hongrie, qui n'est guère, selon certains auteurs, que de l'Esprit ou Alcoolat de romarin fut un médicament en vogue sous le règne de Louis XIV qui en fit usage  médical en décembre 1675 et en septembre 1678. Paul Dorveaux (1851-1938), médecin et historien, en donne la recette suivante : "de l'Eau de Vie distillée 4 fois, la quantité de 30 onces (environ 950gr), plus 20 onces (environ 600gr) d'essence de fleurs de romarin, que l'on mettra tout ensemble dans un vase bien bouché l'espace de 50 heures puis que l'on distillera dans un alambic au bain-marie"... Cette Eau de la Reine de Hongrie resta en vogue jusqu'au règne de Napoléon 1er, mais elle prit alors la dénomination de "Eau de Ninon"... Selon diverses sources la Reine de Hongrie était Ysabelle de Hongrie identifiée à Elisabeth, fille de Wladilav LOKIETEK, Roi de Pologne, laquelle épousa, en 1319, CHAROBERT, Roi de Hongrie, et mourut en décembre 1381, mais selon d'autres c'était Sainte Elisabeth de Hongrie, née en 1207, morte en 1231... Globalement on considère que ces deux attributions sont mensongères et plutôt l'oeuvre de quelque malin opportuniste qui, pour faire admettre son produit à la cour ou chez les grands, lui donna le nom d'une reine plus ou moins imaginaire... Mais j'ai trouvé une troisième reine dans les écrits de Marie MEURDRAC (1610-1680), une alchimiste française du XVIIème siècle qui considère qu'il s'agissait de Dona Isabelle qui règnait en Hongrie en 1652... L'Eau de la Reine de Hongrie, ou Eau de Ninon, s'utilisait autant pour les soins extérieurs (parfum, massage, etc) que pour les soins intérieurs en Phytothérapie... 

               Je ne résiste pas au plaisir malicieux de signaler ici que Maurice Edmond SAILLAND (1872-1956), journaliste  et écrivain, connu sous le pseudonyme de CURNONSKY, élu en 1927 "Prince des gastronomes",  disait du BANYULS qu'il avait "la cambrure et la chaleur sarrasines"... CURNONSKY est aussi celui qui, ardent défenseur de la cuisine de terroir, apprécçiait tant les célèbres huîtres du Bélon, la rivière qui conflue, à Port-Manech, avec l'Aven, ma rivière natale !! J'ai cîté des milliers de fois ce Prince  des gastronomes - qui a séjourné à Riec-sur-Belon (29340), chez Mélanie, son hôtesse qu'il décréta, en 1919, Grand Cordon Bleu de France - pour vanter les produits de Pont Aven et alentours... et notamment les fameuses galettes "Traou mad" de chez Penven et Le Vilain !! Rien à voir avec le fim que je ne supporte pas tant je le trouve insultant !! Il y avait aussi des parcs à huitres et à moules dans l'Aven (Sinquin, Coadou, Dervout, etc...), jusqu'au port de Kerdruc... mon père y a travaillé, mois aussi parfois.... les mêmes huitres que celles du Bélon, et aussi bonnes !! Certains dimanches, à table, mon frère Louis et moi, armé chacun d'un solide couteau Pradel, nous nous lancions dans de délirants concours d'ouvertures d'huitres plates/creuses... parfois jusqu'à 10 douzaines chacun !!... que nous avalions sans trop gouter et pourtant avec une véritable délectation... C'était jour de fête... nous étions heureux..  

             Le RATAFIA, dont on doit les premières compositions à Arnaud de VILANOVA, désigne une boisson alcoolisée, sucrée, consommée comme apéritif... L'origine du mot, parfois orthographié RATAFIAT, est controversée. L'éytmologie communément admise est RATA FIAT, sous-entendu "CONVENTIO" : "que le traité, que le marché soit ratifié". Donc il semble provenir d'un rôle, d'une fonction originelle, qui était la consommation de n'importe quelle boisson bue lors de la ratification d'un traité ou d'un accord quelconque... C'est cette origine rapportée, parmi d'autres, par LITTRE, qui semble la mieux convenir. La définition donnée par Gilles MENAGE (1613-1692), prieur grammairien, dans son "Dictionnaire Etymologique de la langue française", publié deux ans après sa mort : un mot des Indes Orientales, Tafia, Tafiat (??), est assez vaseuse. et peu explicative..  Une étymologie Créole de 1694 est aussi retenue : "Quand un indien du pays boit du brandevin (eau-de-vie de vin) à la santé d'un François, entre autres mots de sa langue, il lui dit TAFIAT, à quoi le François répond en faisant raison, RATAFIAT"... Ce qui, selon moi, peut aussi ëtre une forme détournée de la conclusion d'un marché, comme ailleurs on se tape la main. L'étymologie latine reste suspecte et peut-être bâtie à Postériori. Elle est pourtant retenue dans le "Dicionnaire étymologique" d'Albert DAUZAT (1877-1955) en 1938. Selon le pharmacien et chimiste Antoine BAUME (1728-1804) "On peut réduire à quatre classes principales tous les RATAFIAS et liqueurs de table, à savoir : Les RATAFIAS fait par infusion, soit dans l'eau, soit dans le vin, soit dans l'Eau de Vie ou dans l'Esprit de vin ; Les RATAFIAS faits par distillation ; Les RATAFIAS faits avec des sucs dépurés des fruits de certaines plantes. Ces derniers peuvent se faire aussi en faisant fermenter ces sucs ; Les RATAFIAS faits par infusion et par distillation", in "Eléments de Pharmacie", Eds Sanson, 1797... Je ne sais plus d'où je la tiens mais voici une composition d'un RATAFIA :qui titre 18° : 2/3 de jus de raisin (un vin quelconque); 1/3 de goutte (du lambig, eau-de-vie de cidre, par ex...). Le RATAFIA est donc un Vin De Liqueur, ou VDL...

             Et il y avait aussi le BARTISOL !! Ce Vin Doux Naturel (VDN) était un accoutumé de notre table familiale. Nous l'aimions bien... Un vin élaboré par Edmond BARTISSOL (1841-1916) en 1904, qui titre 14 ou 15°, et dont les seuls cépages autorisés sont le grenache, le muscat, le maccabeo et le malvoisie... Edmond BARTISSOL, fils et petit-fils de maçon, était un ingénieur des Travaux Publics auquel on doit la destruction des remparts de Perpignan (66000), datant du Moyen-âge, l'année mème où il élabore le vin qui porte son nom. Une destruction votée le 1er mai 1857, il était patron de la "Société Hydro-Electrique du Roussillon" lorsque les travaux débutèrent précisément le 16 mai 1904... En 1866 il participe au percement du canal de Suez et à la construction de chemins de fer en Espagne et au Portugal, notamment à la construction du métro de Lisbonne. Il est député des Pyrénées-Orientales de 1889 à 1893, et siège avec les Républiains  Modérés. En 1879 il acquiert de la Maison de BRAGANCE, le fameux Domaine Royal de Pinheiro qui, à l'embouchure du Sao, s'étend sur plus de 5000 hectares. Il y créera un vignoble de 5 à 600 hectares et commercialisera la première récolte de 12000 litres sous l'appellation BARTISSOL ROYAL-PINHEIRO. Cette Maison de BRAGANCE, la troisième, régnait alors sur la Portugal depuis 1853. Ce règne cessa en 1910, et 1932 fut l'année de l'extinction de cette maison Royale. Dans les Pyrénées-Orientales E. BARTISSOL possède alors également deux belles exploitations viticoles dont la production s'élève, "bon-an, mal-an", de 7 à 12000 hectolitres. Après plusieurs acquisitions dans l'Aude et l'Hérault, Edmond BARTISSOL se trouvera en 1906 à la tête d'un "Empire viticole" produisant en moyenne 45000 hectolitres. Il crée alors la "Société des vins de BANYULS" qui commercialisera environ 20000 hectolitres/an en 1905. Dans cette société on trouve 240 petits producteurs des communes de Banyuls-sur-mer (66650 ), Port-Vendres (66660) et Cerbère (66290). En 1905 il fait construire, près de la gare de BANYULS, d'importants chaix et adjoint à son patrimoine viticole une superbe propriété située aux confins de l'Aude et de l'Hérault, le Domaine de Seriège, petit village près de Cruzy (34310), un des plus beaux fleurons de la viticulture méridionnale : 350 hectares d'un seul tenant dont 250 de vignoble, une cave d'une capacité de 40000 hectolitres et un somptueux château. Bref, si l'on peut dire ainsi de cet homme aux multiples facettes qui avait la "bosse du commerce"... Dans les années 50 et 60-62 un jeu radiophonique assurait une promotion commerciale sous l'égide de la marque d'apéritif BARTISSOL. Ce jeu intitulé "L'homme des voeux BARTISSOL" était diffusé sur Radio-Luxembourg, tous les jours à 12h30, mais aussi sur Radio Andorre, Radio-Monte-Carlo, et animé par le comédien nantais Jacques LEGRAS (1923-2006). Le principe du jeu était simple. Il était indiqué à la radio dans quelle ville se trouvait "L'homme des voeux", jacques LEGRAS... lorsque, celui-ci, au hasard, "harponnait" un auditeur dans la rue il lui posait une question "farfelue"... si l'auditeur reconnaissait physiquement "L'homme des voeux" et, qu'en plus il détenait sur lui une capsule de la collection BARTISSOL alors il gagnait 100 NF (Nouveau Francs), ou un Louis d'Or (Napoléon ?) !! Et ça marchait !!! De nombreuses personnes se balladaient ainsi toute la journée à travers la ville, avec, au fond d'une poche, la fameuse capsule !!

              Entre autres, deux artistes Belges, dessinateurs et illustrateurs de BD, Francis, pseudonyme de Francis BERTRAND (1937-1994) et Maurice TILLEUX (1921-1978) ont réalisé des "oeuvres publicitaires" pour les apéritifs BANYULS et BARTISSOL... Voir "L'homme des vieux", un album BD de 44 planches, de la série "Marc Lebut et son voisin", publié en 1969... Un petit clin d'oeil au jeu radiophonique indiqué ci-dessus, "L'homme des voeux"...

              De la QUINTONINE aux Apéritifs à Base de Vin le lien que je fais est l'écorce de QUINQUINA. Je n'en savais pas grand chose il y a quelques mois. Au fil de mes "investigations mémorielles" j'ai découvert un monde de vies, un univers d'histoires dont on parle peu, tellement peu... Bien sür chacun a entendu parle de la Route des épices, de la Route de la soie...  mais pratiquement jamais de la Route des écorces de QUINQUINA, et donc pas de celle de la QUININE.  Et de l'esclavage !! Ma remémoration de la QUINTONINE a "tonifié" fortement mes recherches sur le QUINQUINA dont je livre ici quelques fragments... des épais fragments... 

              Assez bizarrement, relatuivement en fait, cette histoire de QUINQUINA, si elle me renvoie à ma mère bienveillante par la QUINTONINE me renvoie aussi à mon père mari, et à tous les autres marins de ma famille paternelle, par ce qu'on peut appeler "La conquête du QUINQUINA"... Une aventure maritime qui débute avec un Espagnol... un CONQUISTADOR... suivit d'une cohorte de religieux...          

              Francisco PIZARRO, ou François PIZARRE (Trujillo vers 1475-Lima 1541), fils naturel d'un officier Espagnol, gagne sa vie, dès l'enfance, comme gardien de porcs. Totalement illettré il s'engage dans l'armée où il restera simple soldat. Après avoir guerroyé en Italie, il part chercher fortune dans le Nouveau-Monde avec Nicolas de OVANDO (1460-1518) en 1502. D'abord lieutenant d'Alonso de OJEDA (1465-1515), ancien compagnon de Cristophe COLOMB lors du  2ème voyage en 1493 de celui-ci, PIZARRO se trouve en 1513 à San Sébastian de Uraba aux cötés de Vasco Nunêz de BALBOA (1475-1519) lorsque ce dernier, après avoir franchi l'Isthme de PANAMA, découvre la "Mar del Sur", que MAGELLAN dénommera PACIFIQUE. Resté dans la région au service des uns et des autres, PIZARRO finit par obtenir des autorités espagnoles un petit "Répartimiento", c'est-à-dire l'attribution de quelques indiens qui lui sont "concédés" pour travailler des terres. En 1522, l'un des nombreux aventuruers à la recherche de l'Or, Pascual de ANDAGOYA (1495-1548), s'est avancé vers le sud, sur le littoral du nouvel océan. Il a entendu parler d'un Grand Empire, le "Birô", ou "Pirö", dont le souverain, fabuleusement riche, règnerait sur les Hautes Terres de l'intérieur. Mais ANDAGOYA n'a pas les moyens de poursuivre l'entreprise et doit céder son navire, PIZARRO est preneur et s'associe dans ce but, au PANAMA, en 1524, avec Diego de ALMAGRO (1475-1598) et un prêtre nommé Hernando de LUQUE (né à la fin du XVème, dcd en 1532) qui figure dans l'entreprise comme prète-nom de Gaspar de ESPINOSA (né vers 1484, dcd en 1537). Les trois hommes obtiennent de Pedrarias DAVILA ou Pedro Arias DAVILA (né vers 1468, dcd en 1531), fondateur et gouverneur de la ville de PANAMA, l'autorisation de poursuivre les recherches, et leur expédition prend la mer en novembre 1524... PIZARRO quitte PANAMA avec un navire, deux canots et 8O hommes. le voyage est désastreux et se termine à TUMBES, sur la rive Méridionale de l'actuel Golfe de GUYAQUIL, c'est son premier contact avec une grande civilisation inconnue... Le Gouverneur de PANAMA est hostile à la poursuite de l'entreprise. PIZARRO est alors envoyé en Espagne pour plaider la cause des aventuriers devant Charles QUINT. Il est alors soutenu par le grand Hernan CORTES, de son vrai nom Fernando CORTES de MONROY PIZARRO ALTAMIRANO (1485-1547), au sommet de sa gloire, et reçoit le privilège de la conquète du PEROU suite aux accords signés à TOLEDE le 26 juin 1529. La même année il est fait Adelantado, Capitaine Général, par l'épouse de Charles QUINT... Il revient en Amérique avec ses trois frères, Hernando (1508-1578), Gonzalo (1502-1548) et Juan. Ce dernier, né en 1505, est blessé mortellement en 1536 à la bataille de SACSAYHUAMAN, les collines au-dessus de la ville de CUZO. Cette blessure mortelle est attestée par son cousin Pedro PIZARRO (1515-1602) qui relate la rebellion des indiens dans une chronique intitulée "Relacion del descubrimiento y conquista del Peru", rédigée en 1571... Des centaines d'indiens "rebelles" y furent aussi tués ce même jour !! En janvier 1531, PIZARRO part pour son troisième voyage avec trois navires , 183 hommes et 27 chevaux... Diego de  ALMAGRO le rejoint plus tard avec des renforts... et commence la violence  colonisatrice, déclenchée par la filouterie d'un moine Dominicain (et évèque) Vicente de VALVERDE Y ALVAREZ de TOLEDO (1498-1541), ce qui engendre la tuerie de 6 à 7OO0 indiens... Francisco PIZARRO fonde, le 18 janvier 1535, "Ciudad de los Ryes", qu'il a baptisé ainsi en l'honneur des trois mages et qui portera plus tard le nom de LIMA. Hernando, son frère, revient en Espagne pour rendre compte à l'empereur de la conquète du PEROU, lui remettre le fabuleux trésor (Or et divers...) et lui exposer les requètes de PIZARRO et d'ALMAGO... Hernando obtient pour son frère Francisco PIZARRO le titre de Marquis et le droit d'étendre le territoire qu'il gouverne, qui passe de 200 à 270 lieues. Une lieu Royale d'Espagne correspondait alors à 7, O66375 kilomètres. Pour Diego de ALMAGO il obtient le titre de Gouverneur de la Nouvelle TOLEDE, territoire à créer, s'étendant sur 200 lieues... Les régions ainsi concédées par l'empereur sont le nord de l'Empire INCA à PIZARRO et le sud à AMALGO... PIZARRO va alors  s'attacher à l'organisation de son "empire", il attire les immigrants, crée l'élevage des bovins et des moutons ainsi que la culture des céréales. Il fonde des villes et s'attache particulièrement au développement de LIMA, et c'est là, dans son palais, qu'il sera assassiné par une petite troupe dont l'action est inspirée par le propre fils de Diego de ALMAGRO, le 26 juin 1541... (source partielle : http::www.larousse.fr/encyclopédie/personnage/franciscoPizarro/138360).

              C'est aux missionnaires jésuites établis au PEROU après, ou avec, les CONQUISTADORS Espagnols, dont le ci-dessus célèbre aventurier Francisco PIZARRO, dit le "grand Marquis" et ses trois frères, Hernando, Gonzalo et Juan, que les indigènes, longtemps méfiants, confièrent d'abord leur secret. La date de cette divulgation est inconnue, mais on peut placer cette transmission aux "Jésuites de la Généralité de LIMA", si elle est vraie, vers 1530. Mais  certains écrivent aussi que ce serait Don Juan Lopez de CANIZARES (°+ ??), "fonctionnaire" Espagnol en mission au PEROU, Gouverneur de LOXA en 1630, qui aurait, après avoir été soigné d'une fièvre intermittente (PALUDISME/MALARIA) et informé, vers 1630, par le jésuite Juan LOPEZ, adressé au Vice-Roi du PEROU de l'écorce de QUINQUINA... Et c'est le Jésuite Juan LOPEZ  (°+ ??), résidant à MALACOTES, qui aurait, lui, reçu la révélation des vertus de l'écorce du cacique (chef) indien de MALACATOS (LOJA). Don juan Lopez de CANIZARES, par la suite, en étudia aussi les vertus curatives !! Une autre version explique que les conquérants Espagnols, au XVIème siècle, apprirent les étonnantes vertus non pas des habitants eux-mêmes, mais en observant certains animaux qui lëchaient "L'Arbre à fièvre". Les indiens faisaient usage de son écorce depuis un temps immémorial et l'appelaient, selon le Médecin-Général Marcel VAUVCEL (1894-1969), (breton, né à Brest, spécialiste, entre autres, du paludisme), ARACHUCCHU, soit YARA pour arbre, CARA pour écorce et CHUCCHU pour fièvre... Une autre source prétend que les indiens appelaient "L'arbre aux fièvres" QUINA-QUINA, ou KINA-KINA, pour écorce-écorce... Toujours selon VAUCEL, il y aurait eu confusion entre ces deux arbres. "Du KINA-KINA on extirpait une résine utilisée dans le traitement des ulcères, mais aussi parce qu'elle avait quelque effet fébrifuge... moins chère elle était plus répandue et c'est ce nom KINA-KINA, nom scientifique MYROXYLON PERUIFERUM, qui a prévalu" et donné QUINQUINA... alors que c'est de l'autre arbre que l'on exploite l'écorce. La dénomination QUINQUINA, scientifique, CINCHONA, a été donnée par le célèbre naturaliste Von LINNE (1707-1778) sur la base de la description de Charles Marie de LA CONDAMINE dans son mémoire sur "L'arbre du QUINQUINA" publié  par l'Académie Royale en 1737. Il semble que LINNE ait alors nommé l'Arbre des fièvres CINCHONA à partir de CHUCCHU (fièvre), de ARACHUCCHU, mais, alors qu'il voulait "en faire hommage à la fameuse Comtesse de CHINCHON, omit dans son texte le premier H et inscrivit CINCHONA. Le Congrès International de Botanique à Paris, en 1866, refusa d'opérer la correction"... De LA CONDAMINE publia a partir des notes de Joseph de JUSSIEU, suite à leur expédition au PEROU en 1735. En Europe on a d'abord découvert le QUINQUINA sous le nom populaire de "L'Herbe des jésuites"... puis ceux-ci tirèrent de l'écorce une poudre, la "Poudre des Jésuites". Vers 1620, les Jésuites, qui évangélisèrent les indiens QUECHUAS du PEROU, proposèrent la fameuse poudre à un missionnaire victime du PALUDISME qui en guérit... Mais c'est de la guérison de la Vice-Reine du PEROU, la Comtesse Espagnole de CHINCHON, Dona Francisca Henriquez de RIBERA (1576-1641), épouse de Don Luis Jéronimo Fernandez de CABRERA Y BOBADILLA Y MENDOZA (1589-1647), quatrième Comte de CHINCHON et Vice-Roi du PEROU sous le règne du Roi d'Espagne Felipe IV (1621-1665), qui, enceinte, venait d'arriver à LIMA en 1638, que date vraiment la renommée du QUINQUINA. CHINCHON est une commune d'Espagne, dans la communauté Autonome de MADRID. Souffrante alors de graves fièvres (sans doute le PALUDISME), dès après son accouchement, la Comtesse de CHINCHON, est soignée avec la "Poudre des Jésuites" et se remet rapidement. Elle décide alors de cultiver le QUINQUINA dans le jardin des Jésuites du Collège Saint Paul à LIMA.... puis, dit-on encore, ordonna des distributions qui firent appeler la poudre d'écorce "Poudre de la Comtesse". Mais cette version est critiquée par Alexandre de HUMBOLT (1769-1859), naturaliste-géographe, qui doute de son origine, ce qui semble être confirmé par les recherches de Léonardo GUTIERREZ-GOLOMER (1968). Celui-ci  constate qu' "il est étrange que le "journal officiel" du Comte, tenu par sa secrétaire, ne mentionne pas un fait aussi grave que la maladie de la Vice-Reine. D'autant plus étrange que ce journal relate au jour le jour les plus intimes activités du Comte et de la Comtesse et signale en particulier les fièvres du Comte, pour lesquelles les médecins ordonnent des saignées, mais NON pas l'écorce de QUINA. Le journal conservé aux Archives des Indes, va du 15 mai 1629 au 30 mai 1639 ; n'est-il pas extraordinaire qu'il ne souffle mot de la guérison de la Comtesse en 1638 ??"... Certains expliquent aussi que ce serait la guérison du Cardinal Jésuite Juan DI LUGO Y QUIROGA (1583-1660) qui serait à l'origine d'une nouvelle appellation "Poudre du Cardinal" pour la mëme "Poudre des jésuites" !! Il est vrai que les Jésuites du collège Saint-Paul, et plus précisément le frère Salom BRINI (°+ ??), comme tout jésuite voyageant d'Amérique du Sud, emportait de grandes quantités d'écorces de QUINQUINA en Espagne... Un autre Jésuite, P. Alonsa MESSIA BEDOYA (1655-1732), professeur de latin, provincial du PEROU, procureur du Collège de LIMA, l'introduisit en ITALIE en 1631... Barbabe de COBO ou Barnabé COBO (1582-1657), Jésuite, écrivain et naturaliste, qui a expérimenté la "poudre des Jésuites", joue également un röle dans la découverte de la QUININE par sa description méticuleuse de "L'herbe aux jésuites" qu'il rapporta en Europe lors d'un voyage en 1632. Son ouvrage fondamental "Historia del nevo mundo", de 1653, est conservé à la Bibliothèque de l'Université de SEVILLE... Ce n'est donc pas à l'Italien, Gènois, Sébastien BADO, qui a publié, en 1663 un ouvrage titré "Naaetasis Corticis Peruviae, Seu Chinae Defensio", qui mentionne les qualités fébrifuges de l'écorce, que l'on doit le premier ouvrage de référence sur le QUINQUINA et ses vertus curatives... Sebastien BALDO, que quelques biographes désignent sous le nom de BADIO ou BALDY, et qui se donna lui-même celui de BALDUS dans ses ouvrages latins, était un médecin d'une haute réputation, natif de Gënes qui après avoir exercé l'art de guérir à Rome, fut médecin des hôpitaux de sa ville natale et du Conseil de santé. Il vivait encore en 1676... Un réseau de distribution s'établit rapidement à travers toute l'Europe grace aux collèges et résidences de la Compagnie de Jésus. Après des envois en Espagne et à ROME, en 1639, ils intensifièrent l'exportation du QUINQUINA vers le Vieux Monde, où la poudre était, dit-on, distribué gratuitement aux pauvres... et aussi, notamment, Outre-Manche où elle guérit le Roi Charles II (1630-1685) et vers la France où Louis XIV (1638-1715), grand mécène et collectionneur d'art, fut aussi soigné. Certaines sources écrivent que c'est le père Jésuite François ANNAT, décédé en 1670, confesseur de Louis XIV, qui lui présenta l'écorce de QUINQUINA. Louis XIV qui, comme son fils, fut guérit d'une fièvre intermittente, acheta très cher aux jésuites la formule du "secret indien" et ordonna à Nicolas de BLEGNY (1652-1730), médecin et chirurgien de la Reine de 1678 à 1682, puis du Roi en 1682, de l'expérimenter pour en préciser les propriétés et en déterminer les modes d'administration, puis fit publier un document concernant le traitement du DAUPHIN pour qu'il soit connu de tous... Cette formule achetée par le Roi de France en 1679, pour 2000 Louis d'Or, a aussi permis la guérison des fièvres jusque là rebelles de COLBERT, et de BOSSUET que ce dernier, selon Georges VIGARELLO (1993), réutilisera "toutes les fois qu'il a la plus légère indisposition"... Un Louis d'Or longue mèche de l'année 1650, pesant 6.68 grammes, a récemment été mis aux enchères à 1980 euros !!! Le DAUPHIN, promptement rétabli lui aussi en 1679, avoua son enthousiasme à RACINE, il voulait du QUINQUINA comme boisson de sauvegarde, une potion de santé mèlée au sucre et au vin !!... C'est Robert TALBOR (1642-1681), apothicaire Anglais de l'ESSEX, qui soigna le DAUPHIN de France en 1678-1979. Pour préserver son prétendu secret, qui était bien, en vérité, du QUINQUINA, il cachait le goût sous des arômates divers... Ce secret "de commerce" fut découvert et révélé par Nicolas de BLEGNY... qui est aussi l'auteur d'un ouvrage sur le QUINQUINA intitulé "Le remède Anglais pour la guérison des fièvres", publié en 1683. On dit aussi qu'il est le créateur de la première maison privée recevant des "fous", en France, le premier hôpital psychiatrique !! Une certaine ambiguité existe donc entre les deux versions - ANNAT ou TALBOR ?? - de la transmission à la royauté !! Le Duc de CHEVREUSE aussi usa intensément du QUINQUINA... et RACINE put ainsi, vers 1689, prédire le succès du nouveau breuvage : "La chose devient à la mode !!". Mais, selon VIGARELLO, le liquide ne se banalisera pourtant pas au XVIIIème siècle, sans doute trop couteux.... "Le prix de la livre d'écorce (489 gr) s'élèvait encore a 9 livres en 1687 à BORDEAUX, l'équivalent de plus ou moins 25 jours de travail pour un ouvrier"... Le produit restait donc un produit diffusé avec une grande parcimonie, et demeurait "un remède pour les fièvres et moins un remède de précaution et de santé"...

              Avec, ou après, les aventuriers CONQUISTADORS les religieux, principalement les Jésuites, arrivés au PEROU dès 1566-1958, ont donc clairement une part importante dans la découverte de ces régions d'Amérique mais aussi dans celle de la découverte, entres autres, de l'écorce de QUINQUIINA et de ses vertus médicinales... Selon l'anthropologue Jérome THOMAS (2014), "dans les années 1570, le PEROU vit une grave crise et les différents Ordres Religieux portent un regard pessimiste sur les chances de succès d'une complète évangélisation des indigènes... c'est dans ce contexte que les Jésuites arrivent dans cette région indigène, en 1566-1568".... dont la "Compagnie de Jésus (sociétas Jesu) fondée par le Gentilhomme Basque Espagnol Ignace de LOYOLA (1491-1556) et approuvée en 1540 par le Pape Paul III". Le terme Jésuite est antérieur à la fondation de la Compagnie... En 1556, à la mort d'Ignace de LOYOLA, la Compagnie comprenait 1000 membres et administrait quelque 150 Fondations (résidences, noviciats, maisons professes et Collèges). En 1615, la Compagnie regroupe 13000 membres, 15000 en 1656 et 550 Fondations, et en 1749, 22500 Jésuites dont 15000 professeurs pour 649 Collèges créés. En 1773, 23000 répartis dans 39 Provinces, 1600 Fondations avec 800 Collèges. Pour les théologiens du Moyen-âge, le chrétien, après sa mort, deviendrait un Jésuita, c'est-à-dire un autre Jésus... Si "au début du XVIème siècle le mot avait pris dans les pays germaniques une colloration péjorative, appeler quelqu'un "Jésuita" équivalait à le traiter de "Faux jésus", donc d'hyppocrite, le mot devenu d'usage courant en Europe", s'est assez vite vidé de son intention malveillante... "En 1569, la Couronne d'Espagne désigne un nouveau Vice-Roi (de 1569 à 1581) Francisco de TOLEDO (1515-1582), Comte de OROPESA, le "créateur du PEROU Colonial" selon l'expression forte du professeur Alain MILHOU (1944-2001), afin de reprendre les rouages économiques, sociaux et religieux et de mettre définitivement en place les institutions coloniales. Ce Vice-Roi exerce son autorité de 1659 à 1581"... et "met en place une politique systématique de réductions des populations dans les villages afin de mieux les contrôler"... "Les Jésuites se voient confier, dès 1576, la charge d'une Doctrina, à Juli, petite ville sur les bords du lac TITICACA"... sont concernés plus de 17000 indiens. "Il s'agit de la première expérience Missionnaire des Compagnons d'Ignace de LOYOLA au PEROU, à la suite du Concile de Trente publié au PEROU le 18 octobre 1565"...  "La méthode adoptée par les Jésuites - Persuasion et Contrainte - s'adresse à des populations considérées comme infantiles, à surveiller constamment"... les Jésuites furent expulsés du PEROU en 1767... et rapidement remplacés par d'autres courants religieux !!

             Dès la prise de conscience de l'importance économico-médicale du QUINQUINA, l'Espagne, ses CONQUISTADORS, ses militaires, ses fonctionnaires et ses religieux, mirent une pression encore plus forte sur les indiens.. Des indiens massacrés ou asservis, évangélisés, pour que les richesses multiples de leur pays servent les intérets de tous les autres pays de l'Europe, et de quelques particuliers... Une pression qui va encore augmenter après la découverte de la QUININE...  Il n'est guère difficile d'imaginer la dureté de leurs conditions de travail et de vie. Selon Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO "les premiers à bénéficier de l'aubaine sont les patrons-cueilleurs, ou CASCARILLEROS, dont les gains, sauf dans les terres de Missions où les Pères ont le contrôle du ramassage, sont forts élevés par rapport aux capitaux investis. Ensuite on trouve les RESCATORES, ou collecteurs, qui achètent et stockent localement les productions. Certains d'entre eux créérent de véritables réseaux micro-régionaux, achetant et revendant quincaillerie, matériel de travail, vivres et pacotilles, nécessaires à l'entretien et au paiement des collecteurs "habilités", c'est-à-dire ayant un compte d'approvisionement à crédit ouvert au comptoir. Ce sont eux aussi qui consentent des prêts à des taux élevés, à décompter des futures livraisons de leurs clients"... Des troupes de cueilleurs d'écorce de QUINQUINA, qui tous étaient des indiens de la région. Les religieux, Jésuites, disposaient d'une main d'oeuvre indienne qui se satisfaisait le plus souvent de paiement en nourriture, de quelques cadeaux, des pacotilles, de verroterie, et d'actions de grâce !! Selon l'Abbé de FONTENAL (°+ ??), "la saison la plus favorable pour recueillir les écorces de QUINQUINA est, depuis le mois de septembre jusqu'à novembre. Les habitants cherchent dans un endroit où les arbres à QUINQUINA se trouvent en plus grand nombre, et là ils commencent à bâtir des cabanes pour les ouvriers qui sont occupés à cette récolte ; et ensuite ils en construisent une grande pour y renfermer le QUINQUINA, afin de le préserver de l'humidité. Ils ne les y laissent cependant que le moins qu'ils peuvent, ayant eu auparavant la précaution  de pratiquer des routes ; quelquefois de trois ou quatre lieues, à travers le bois depuis l'endroit ou croissent les arbres à QUINQUINA, jusqu'à l'habitation la plus prochaine dans le plat pays, où ils transforment sur le champ, si les pluies le permettent, l'écorce qu'ils ont ramassé, pour l'y faire sècher"... "Ces préparatifs faits, on donne à chacun des indiens qui sont occupés à cette récolte, un grand couteau et un sac qui peut contenir environ cinquante livres d'écorce verte. Deux indiens se mettent après un arbre, dont ils coupent et fendent l'écorce, aussi haut qu'ils peuvent atteindre étant sur leurs pieds ; ensuite ils prennent des bâtons, qui ont chacun une demi-verge ou un pied et demi de long, et les attachent à l'arbre à des distances convenables, avec des liens forts, en matière d'échelons, et séparent toujours l'écorce aussi haut qu'ils peuvent, avant que d'attacher un nouveau bâton. De cette manière un des indiens monte jusqu'au sommet de l'arbre, tandis que celui qui reste en bas ramasse le QUINQUINA que l'autre en détache. Ils ont soin, aautant qu'ils peuvent, de ne point séparer cette écorce lorsqu'elle est humide ; et quand celà leur arrive, il faut qu'ils descendent tout de suite dans la plaine pour la faire sècher, parce qu'autrement elle perd sa couleur, devient noire et se gâte. Celle qu'on dépose dans la cabane court le même risque , si on la laisse là qquelque temps sans l'étendre ; de sorte que, tandis que les indiens sont occupés à détacher le QUINQUINA, les mulets, si le temps est favorable, doivent transporter celui que l'on a ramassé, aux endroits de la plaine qui sont destinés pour les faire sècher ; ce qu'on fait en l'étendant en plein air, et en la retournant plusieurs fois". Lorsque, par négligence, les ESCARILLOS laissent les écorces à l'humidité,, celles-ci perdent un principe fugace très fébrifuge, il importe donc que la récolte soit transportée rapidement au soleil... puis, bien séchée, apportée sur la place du marché où les écorces sont contrölées par des officiers inspecteurs appelés CASCARILLA, à LOXA, ou ailleurs... Joseph de JUSSIEU indique dans son texte de 1737 que "les écorces de QUINQUINA peuvent être dépouillées en n'importe quelle saison, mais la période la plus propice tombe aux mois de juin et juillet car à cette époque les pluies cessent, le temps devient serein et les écorces sèchent plus facilement"... ce qui ne cadre pas tout à fait avec ce qu'en écrit l'Abbé de FONTENAL... JUSSIEU ajoute que les indiens grimpent aux arbres "en étreignant le tronc avec les jambes, une ceinture autour du corps., un couteau dans chaque main...". Le tronc est écorcé sur toute sa hauteur à l'exception des petites branches... et les écorces récoltées sont mises en sacs qu'il décrit comme "ballot de cuir de boeuf" appelé  en Espagnol "Suron de Cascarilla"... qui pèse 6 Arobas. Chaque Aroba pèse 25 livres et 14 onces... le prix de vente  d'un paquet de 6 Arobas est de 5 Piastres ou 30 livres de notre monnaie"... Selon une analyse d'Isabelle COQUILLARD "Les CASCARILLEROS chargés de le récolter, enlèvent les écorces  par bandes à l'aide de couteau et les font sècher au soleil en les forçant à rouler sur elles-mêmes de façon à former un tuyau. Leur intense activité est signalée par LA CONDAMINE dès 1738, qui met en garde contre une surexploitation : les arbrisseaux meurent après avoir été dépouillés"... "De quelques sacs arrivant au port péruvien d'ARICA, expliquent Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO, on passe rapidement à des centaines de quintaux conditionnés dans de grands sacs de cuir qui, par diverses sorties portuaires, seront vendues au HAVRE, à BORDEAUX, LIVERPOOL et NEW-YORK.... Une sorte de petite ruée se dirigea vers les bois de QUINQUINA... Certains cessèrent même leurs activités et vendirent leurs biens pour s'établir dans la région fabuleuse du nouveau commerce du siècle !!!"...  Joseph JUSSIEU rapporte en 1737 que lors de leur expédition en EQUATEUR, dirigée par l'astronome Louis GODIN (1704-1760) et avec LA CONDAMINE, ils rencontraient des arbres QUINQUINA "sous forme de peuplements plus en plus compact et plus en plus irrégulièrement distribués dans les massifs forestiers de la "Cordillère des ANDES". La région du QUINQUINA affectait la forme d'un grand arc de cercle s'étendant du dixième degré de lattitude nord au vingtième degré de lattitude Sud et suivant sur une étendue voisine de 900 lieues, sans jamais arriver au bord de la mer, la côte Nord-Ouest de l'Amérique Méridionale. Cette zone n'atteint sur aucun point plus de 200 kilomètres de longueur. Elle prend naissance au Nord dans le VENEZUELA, traverse ensuite les territoires de la COLOMBIE, de l'EQUATEUR et du PEROU, et se termine en BOLIVIE, a peu de distance des frontières Nord de la République ARGENTINE. La totalité du QUINQUINA consommé dans le monde entier provient de la Cordillère des ANDES jusque vers 1867, époque à laquelle les premières écorces tirées de cultures régulières firent leur apparition sur le marché de LONDRES"... Et bien entendu sur tous ces territoires vivaient des indiens asservis par les colonisateurs Espagnols !! Des indiens  travaillant dans les mines d'Or et d'Argent, cherchant les pierres précieuses, cultivant le Tabac, le Caacao et beaucoup d'autres richesses de toutes sortes destinées exclusivement à l'enrichissement des européens... Le CACAO, ou Théobroma Cacao (nourriture des Dieux), le cacaoyer dont les fèves, ou Cacahuatl, furent "erencontrées" pour la première fois par les Espagnols en 1495 et rapportées par CORTES en 1528... pour devenir une boisson sucrée, ancêtre du chocolat actuel... D'après Jean-claude ROUX et Fernando OVIEDO, l'exportation du QUINQUINA, "selon les experts de l'époque... aurait atteint annuellement les 500 tonnes, soit le double de la demande Européenne". Ce qui suppose  des usages ailleurs et autrement, des pertes locales et lors des transports, etc..., mais aussi la limite d'utilisation "médicale" avant la vogue QUINQUINA et la découverte de la QUININE... Surtout avant "l'époque de la colonisation des Pays d'Outre-Mer et des expéditions coloniales qui se heurtaient au problème des fièvres affectant leurs effectifs et leur disponibilité opérationnelle..."... mais également, concernant la métropole française avant la "prise de conscience" sanitaire dans les régions. Ainsi, selon G. VIGARELLO, "à la fin du XVIIIème siècle l'écorce du PEROU à clairement démontré, depuis les années 1670, son pouvoir sur les fièvres. Son action est souveraine contre les accès intermittents, le PALUDISME, rendu commun par les marais de l'ancienne FRANCE". La MALARIA tuait alors autant les paysans et les marins que les Rois... Il faut rappeler ici, en 2014, que le PALUDISME (du latin PALUDIS, marais), aussi appelé MALARIA (de l'Italien MAL'ARIA, mauvais air) fait encore un très grand nombre de victimes dans le monde, ainsi il est responsable de 1 million de morts, dont 90% en territoire Africain. !! Et, selon J. CALLOT (1947), il n'y a pas si longtemps le PALUDISME était encore une maladie commune. Non seulement sur les cötes Atlantiques ou Méditerranéennes... mais aussi en NORMANDIE, dans la Vallée de la LOIRE, la SOLOGNE, l'ALSACE, la DOMBES, le LIMOUSIN, la CAMARGUE,, les LANDES... et dans  le MORBIHAN et le Marais BRETON (Beauvoir-sur-mer, 85230)... D'après les Dictionnaires Etymologiques le mot PALUDISME n'est entré dans la langue française qu'en 1884... auparavant on ne parlait que de MALARIA, qui ne désignait alors pas la maladie mais la cause la provoquant !! Pour Roger TEYSSOU (2002) "la découverte du QUINQUINA bouleverse totalement les connaissances sur la matière et le traitement des fièvres et tout particulièrement de celles des marais"... Les enjeux économiques dans les pays cités par JUSSIEU étaient alors extrèmement forts pour les colonisateurs, les "arbres à fièvres" donnèrent la fièvre capitalistique !! Selon ROUX et OVIEDO "le marché du QUINQUINA fut d'abord détenu, à partir du XVIIIème siècle, par le PEROU et l'EQUATEUR, la BOLIVIE n'y entrant qu'à partir du premier quart du siècle suivant, avec le déclin des exportations de ces deux pays qui avaient en partie épuisé leurs ressources"... Pour ma part je considère que les pays colonisateurs européens ont toujours, à toutes les époques, maitrisé ce marché du QUINQUINA, directement et insidieusement, pernicieusement comme la fièvre mais, contrairement à elle, de manière constante !! Alcide Dessalines D'ORBIGNY (1802-1857), naturaliste, né à Coueron (44), frère de Charles-Henry D'ORBIGNY (1806-1866), botaniste, géologue et célèbre encyclopédiste, avait déjà "constaté les effets du 1er cycle du QUINQUINA, notant les changements d'habitude de la population, sa découverte de la valeur économique des biens et l'aisance qui en résultait". 

                L'épuisement des ressources en QUINQUINA, on pourrait dire la déforestaion, des territoires étudiés par jUSSIEU et LA CONDAMINE, et que celui-ci enviageait déjà à l'époque de leur expidition de 1735,  a forcé les européens  a tenter l'implantation de cet arbre dans d'autres zones géographiques... Selon Emile PRUDHOMME (1871-1963), ingénieur agronome, professeur titulaire du cours de Cultures Coloniales de 1927 à 1939, et directeur de l'INA de la FRANCE d'OUTRE-MER... "LA CONDAMINE esseya de transporter en EUROPE des pieds vivants et des graines, sa tentative ne réussit malheureusement pas et n'a été renouvelé avec succès qu'en 1845 par le docteur WEDDEL qui parvint à rapporter de BOLIVIE des graines de bonne qualité, dont les premières ont été germées dans les serres du Jardin des Plantes de Paris". Hugh d'ALGERNON WEDDEL (1819-1877) était un médecin et botaniste anglais. Il fait ses études à Boulogne-sur-mer (62200), puis au Lycée Henri IV à Paris et assiste aux leçons et aux herborisations d'Adrien de JUSSIEU (1797-1853) qui l'incite à étudier la médecine. Puis il étudie à l'Hôpital COCHIN et obtient son titre de docteur en médecine en 1842. Adrien de JUSSIEU le choisit comme naturaliste dans le cadre de l'expidition menée par Francis Louis NOMPAR de GAUMONT de LA PORTE, Comte de CASTELNAU (1812-1880), fondateur de la Société Française d'Entomologie, en Amérique du Sud. Emile DEVILLE (1824-1853), médecin, naturaliste et taxidermiste les accompagnait aussi, avec également le Vicomte Alexandre Victor Eugène HULOT d'ORSERY (1819-1846), Baron d'Empire HULOT de MAZERNY, Polytechnicien (1837), ingénieur des mînes, qui fut assassiné par des voleurs lors de l'expédition... WEDDEL, d'abord aux côtés de CASTELNAU, puis seul, explore le continent durant 6 ans et s'intéresse notamment aux QUINQUINAS ainsi qu'à la Coca (non scientifique Erythroxylum. Coca) et à l'Ipecacuanha (nom scientifique Carapichea. Ipecuanha). Il rapporte de son exploration une très belle collection de plantes, ainsi que des oiseaux, des mammifères et des minéraux... Après son retour à Paris, en 1848, il est nommé aide-naturaliste et travaille pour la Chaire de Botanique au Muséum... Suite à la suppression de la chaire d'A. JUSSIEU il est rattaché à celle d'Adolphe BRONGNIART (1801-1876)... Il publie deux volumes de "Chloris Andina : Essai d'une flore de la région Alpine des Cordillères de l'Amérique du Sud" constituant la 6ème partie du compte-rendu de l'expédition CASTELNAU... C'est lui qui rapporte les premières graines viables de QUINQUINA au Muséum de Paris. Après germination, les plantes obtenues sont distribuées à divers institutions européennes, mais leur mise en culture s'avère extrèmement difficile. Selon François TILLEQUIN (2008) il s'agit en effet "d'espèces qui ne peuvent prospérer qu'en zone Intertropicale, en région humide et à l'abri des vents forts. De plus, une altitude comprise entre 1000-3000 mètres est indispensable à la production de QIUININE. Les premiers à entreprendre avec succés la culture du QUINQUINA sont les britanniques, à partir de 1850, d'abord dans la zone Himalayenne, chaude et humide, de la région de DARJEELING en INDE, puis rapidement à CEYLAN qui aura jusque vers 1882-1883 le monopole de fait de la culture du QUINQUINA... La comparaison méthodique de la teneur en QUININE des différentes espèces hybrides conduit ensuite la HOLLANDE à introduire à JAVA des QUINQUINAS beaucoup plus riches en principe actif. Elle supplante rapidement l'ANGLETERRE et ruine en quelques années les plantations de CEYLAN, en passant à la culture du QUINQUINA Rouge (C. SUCCIRUBRA) à celle du QUINQUINA Jaune (C. CALISAYA) dont les écorces sont beaucoup plus riches en QUININE. L'ANGLETERRE palie cette catastrophe économique en substituant la culture du thé à celle du QUINQUINA à CEYLAN. La HOLLANDE garde un quasi-monopole de l'exploitation du QUINQUINA jusqu'en 1939. En 1940, les stocks sont détruits, lors du bombardement d'AMSTERDAM par l'ALLEMAGNE nazie, puis les JAPONAIS envahissent l'Ile de JAVA. Les alliés AUSTRALIENS et AMERICAINS combattent dans le PACIFIQUE et doivent traiter leurs soldats atteints de PALUDISME, mais se trouvent alors privés de leur approvisionnement en QUININE. On introduit alors les cultures de QUINQUINA en AFRIQUE de l'OUEST, dans les colonies Françaises et Belges - la GUINEE, le CAMEROUN, la COTE d'IVOIRE, le CONGO - supposées à l'abri des attaques de l'axe... Le CONGO BELGE, puis la REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE du CONGO, deviennent alors 1er producteur mondial de QUINQUINA devant l'INDONESIE...". Selon Maurice VAUCEL "la culture fut commencée avec succès à JAVA en 1854 ; échoua au jardin d'essais d'ALGER en 1849 ; avec succès à MADRAS en 1872. L'introduction d'une espèce plus riche en QUININE, aux INDES NEERLANDAISES et en INDES est due à LEDGER (1818-1906) en 1865, il s'agit de CINCHONA LEGGERIANA"... autre nom de CINCHONA CALISAYA... Charles LEDGER, est un négociant Anglais qui introduisit plusieurs kilos de semences à LONDRES, où certaines d'entre-elles furent achetées par le gouvernement Néerlandais. Ces semences produisirent 20.000 plants à JAVA... A la veille de la 2ème guerre mondiale plus de 15000 hectares étaient cultivés en QUINQUINA à JAVA et produisaient 10000 tonnes décorces par année... Pour E. PRUDHOMME le QUINQUINA fut introduit pour la 1ère fois à JAVA en 1851. Cette première introduction étant due au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris qui fit don au gouvernement Néerlandais  de plans provenant des graines rapportées, en 1848, par le Docteur WEDDEL... Le premier QUINQUINA planté par les Néerlandais fut sur les flancs du volcan GEDECH, entre BUITENZORG, Province de BATAVIA, et TJANDJOER, régence des PREANGERS. Ce plant "mourut en 1862, après avoir été largement multiplié par boutures" et il ajoute que "le tronc peut dépasser, à JAVA, 1,30 m de circonférence à 1 mètre du sol... ". Il indique aussi que "des simples boutures, ne dépassant pas quelques centimètres de hauteur, greffées ou non, trouvent couramment acquéreur à raison de 10 florins, c'est-à-dire 21 francs !!". En INDONESIE le PREANGER est une région qui correspond à 10 unités territoriales, et chaque unité à un (e, ??) KABUPATEN... Les portugais eux aussi importèrent des plants de QUINQUINA dans leurs colonies d'ANGOLA, du CAP-VERT, de SAO-TOME et du TIMOR...

              Il semble bien que la famille JUSSIEU a eu beaucoup d'importance pour Hugh d'ALGERNON WEDDEL, Adrien d'abord, son professeur, puis président de l'Académie des sciences en 1853,  et Joseph !! Celui-ci, resté près de 35 ans en Amérique du Sud, passa une partie de son temps à constituer des herbiers et à tester les propriétés des plantes médicinales.... et à se dévouer, l'autre partie du temps, à soigner les mineurs de POTOSI, haut lieu des mines d'argent... Selon certains auteurs il enseigna aussi aux indiens à fabriquer des extraits de l'écorce du QUINQUINA dont il amplifia notablement l'usage indigène... il ouvrait ainsi la voie aux travaux développés par WEDDEL qui a vraisemblablement aussi cheminé sur les mêmes terrains pendants les 6 années de son propre périple. En 1712, Francesco TORTI (1658-1741), publia un traité de thérapeutique consacré aux fièvres pernicieuses qui servira de référence à ses successeurs pendant plus d'un siècle. On dit qu'il avait été le premier à reconnaitre l'action particulière de l'écorce de QUINQUINA sur les fièvres intermittentes... ce qui, de mon point de vue, est assez douteux si l'on considère l'antécédence du savoir ancestral des indiens et des multiples observations et analyses des Jésuites et autres médecins et apothicaires !! Qu'il ait été le premier à publier ses travaux est une hypothèse plus facilement admissible... En tous cas il me semble sage ici de référer surtout l'étude des vertus et de la meilleure façon d'extraire du QUINQUINA le suc fournissant le fameux médicament développée par joseph JUSSIEU, publiée avec, en quelque sorte, la garantie de LA CONDAMINE... mais !?... Le mémoire de Joseph Jussieu sur LES QUINQUINAS ne fut découvert qu'en 1936 !! On doit aussi citer le travail d'ensemble, du moins ce qu'il en reste, selon certains auteurs, que José Célestino MURIS a commencé  en 1793... et encore, selon d'autres sources, les travaux, plus précis et connus (??) à cette époque, de Don José Antonio PAVON y Jimenez (1754-1844), botaniste. Un genre de la famille des MALVACEES a été dédié à celui-ci, le PAVONIA... Et aussi Sébastiano Hippolyte LOPEZ RUIZ de BELORADO (1754-1815), pharmacien et botaniste, spécialiste des plantes médicinales, qui indique dans sa "QUINLOGIA", publiée en 1794, que les indiens de LOJA (Malacatos) connaissaient "L'Arbre à fièvres" dont ils faisaient macérer l'écorce de longs jours dans de l'eau donnée ensuite aux malades... Ce LOPEZ RUIZ, cousin de Casimir Gomez ORTEGA (1741-1818), apothicaire et professeur de botanique au Jardin Royal de Botanique de Madrid (surnommé Le GROS ORTEGA) était le responsable d'une expédition scientifique Espagnole au PEROU de 1777 à 1788, dans laquelle se trouvaient aussi PAVON et Joseph DOMBEY (1742-1794) médecin Français naturaliste et archéologue

                      Le QUINQUINA, ou le Myroxylon Peruiferum de CASTELNAU, n'est pas la QUININE !! Selon Isabelle COQUILLARD, l'ancien docteur régent Alphonse Vincent Louis Antoine LEROY (1741-1816), professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l'Académie Royale de Madrid et de l'Académie de Médecine Pratique de Montpellier, "mène une série d'expériences dans son laboratoire de la rue de Vaugirard à Paris. Il extrait la partie active du QUINQUINA Rouge à l'aide d'un esprit de vin à 22° et obtient le Sel Essentiel de QUINQUINA indigène, non désseché, qu'il baptise "Quintessence" de QUINQUINA Français". Le QUINQUINA Rouge est alors présent en abondance en EUROPE, mais son prix est assez élevé. La Poudre est livrée dans des boites d'une demi-livre pour 5 francs de l'époque. La "Quintessence" obtenue est mise en bouteilles carrées, afin de faciliter l'empilement lors du transport, chacune de 3 onces de Sel Essentiel permettant d'obtenir un peu plus d'une livre de QUINQUINA. Chaque bouteille est vendue 8 francs. Ce remède est vendu exclusivement chez Charles-Louis CADET de GASSICOURT (1729-1821), pharmacien de Sa Majesté, écrivain, goguettier et Président de la Société de Pharmacie en 1818. Selon Isabelle COQUILLARD, Alphonse LEROY "ne divulgue son secret qu'à Jean-Baptiste PERONNE (°?-+??), seule personne à avoir fabriqué la Quintessence du QUINQUINA Français sous ses ordonnances". Le 18 juillet 1808 LEROY annonce sa découverte à l'Empereur... et "dénonce l'existence de trafics : le QUINQUINA est couramment falsifié"... Le Sel Essentiel est le nom de la substance végétale obtenue par l'évaporation ou la décoction des plantes... Une once correspond, à cette époque, en France, à 3 décagrammes et demi... Pour guérir 4 grammes de poudre étaient nécessaires... En 1808, Joseph-François BOURDIER de La MOULIERE (1757-1820), professeur de clinique à l'Hôtel-Dieu, "est choisi par la faculté pour entreprendre des expériences sur les fébrifuges indigènes"  rapporte Isabelle COQUILLARD... BOURDIER de LA MOILIRERE, docteur régent depuis 1783, issu d'une famille de médecins, mène une carrière marquée par ses liens avec le baron Jean-Nicolas CORVISART (1755-1821), médecin personnel de Napoléon, et s'active au sein de la nouvelle école qui se forme au moment de la Révolution. Disposant de larges moyens  financiers, ses expérimentations pharmaco-cliniques sur le QUINQUINA furent réalisées en liaison avec LEROY et Louis Claude CADET de GASSICOURT (1731-1789). Pour suivre ses expériences BOURDIER désigne un étudiant en médecine, le Sieur de Beaupré, Jacques--Louis CAILLAR (°?+??). Isabelle COQUILLARD indique que "les résultats sont publiés dans la thèse de CAILLARD soutenue le 27 avril 1809 à l'Ecole de médecine de Paris, sous la présidence de J-F BOURDIER... lui-mëme !! En 1820 année du décès de BOURDIER, Joseph-Bienaimé CAVENTON (1795-1877), professeur de chimie organique et de toxicologie à l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Paris, vice-président de l'Académie des sciences, et Joseph Pierre PELLETIER (1788-1842), pharmacien, professeur d'histoire naturelle, directeur adjoint, en 1822, de l'Ecole Supérieure de Pharmacie, membre de l'Académie de sciences et de médecine en 1820, découvrent les principes actifs des QUINQUINAS dont ils isolent les alcaloîdes, la QUININE et son isomère la QUINIDINE en 1817-1820 ; la CINCHONINE en 1820, et son isomère la CINCHONIDINE ; la STYCHNINE en 1818 ; la BRUCINE en 1819 ; la VERATINE en 1819... et établissent la quantité exacte de médicament à donner aux malades par rapport à leur poids... Il importe de signaler ici qu'un médecin de la marine Portugaise, un certain GOMEZ, avait signalé en 1816 la présence de CINCHONINE dans l'écorce du YARACHUCHU... 25 ALCALOIDES ont ainsi été extraites des CINCHONAS jusque 1935...  La QUININE Naturelle, fabriquée et vendue à partir de (vers) 1830, sera progressivement remplacée par  des produits de synthèse, entre autres la CHLOROQUIE...

                 PELLETIER et CAVENTON ont réalisé leurs découvertes à partir de l'écorce du CINCHONA LEGGRIANA... Le botaniste Suédois Bengt Lennart ANDERSON (1948-2005), professeur à l'université de GOLEBORG a référencé, en 1998, le genre CHINCHONA en 23 espèces d'arbres et d'arbustes de la famille des RUBIACEES originaires d'Amérique du Sud, dont évidemment : Chinchona CALISAYA, ou QUINQUINA Jaune, ou CHINCHONA LEGGERIANA, surtout rencontrée au PEROU et en BOLIVIE ; CHINCHONA SUCCIRUBRA, ou QUINQUINA Rouge, ou CHINCHONA Pubescent, du COSTA-RICA jusqu'en BOLIVIE, le long de la CORDILLERE des ANDES ; CHINCHONA OFFICINALIS, ou QUINQUINA Gris, en EQUATEUR. Et les recherches sur la QUININE ont démontré que, de ces 23 espèces, c'est C. CALISAYA qui en contenait le plus, soit 3,3 % de matière sèche ; ensuite C. SUCCIRUBRA, 1,48 % ; puis C. OFFICINALIS 0,41 % et C. MICRANTHA idem... etc, etc... C. Officinalis, pauvre en QUININE, est très utilisée pour l'élaboration des vins de QUINQUINA et des boissons amères...

                          C'est le médecin général militaire Charles Louis Alphonse LAVERAN (1845-1922), parasitologue, pionnier de la Médecine Tropicale, Prix NOBEL de Physiologie ou Médecine en 19O7 pour ses travaux sur le Protozoaire,  qui découvrit le mystère du PALUDISME. En 1880 il décrit l'hématozoaire du PALUDISME (ou MALARIA), l'Oscillara Malaria ou Haemamoeba Malaria (amibe du sang), et en 1884, dans son "Traité des fièvres palustres" (1ère réédition en 1884, puis 2ème en 1907) il imagina que le microbe se trouvait à l'état de parasite  chez les moustiques. C'est un autre Prix NOBEL de Physiologie ou Médecine en 1902, le médecin Anglais de l'Armée des Indes, Sir Ronald ROSS (1857-1932), qui confirma quelques années plus tard ce qu'imaginait LAVERAN. Et ROSS a publié son histoire de la découverte du rôle vecteur joué par le moustique "aux ailes tachetées"... qui, par la suite, a été reconnu être une ANOPHELE. Un bouquin de genre fantastique : "Le chromosome de CALCUTTA" d'Amitav GHOSH, Ed. du Seuil, coll. Cadre vert, publié en 1998, décrit la découverte de ROSS... Le médecin bactériologiste et entomologiste Italien Giovani Batista GRASSI (1854-1925), démontra, à partir des travaux de ROSS sur les oiseaux, que la transmission par le moustique était de même chez les humains. Quatre types d'ANOPHELES vectrices de transmission du PALUDISME, ou MALARIA, sont, sauf erreur, actuellement répertoriées : Plasmodium vivax ; Plasmodium folciparum ; Plasmodium malariae ; Plasmodium ovale... Mais c'est  le médecin-major Français François-Clément MAILLOT (1804-1894), qui ayant, avant LAVERAN, travaillé en ALGERIE sur les fièvres intermittentes appliqua la QUINISATION dans ce pays, méthode qui se répandit en Europe. Il publia en 1836 un "Traité des fièvres intermittentes en Corse et en Algérie" dans lequel il décrit les différents "Accès Palustres", les différencie des fièvres et propose leur traitement par le Sulfate de QUININE... qu'il prescrivait déjà, contre l'avis de beaucoup, à haute dose, jusqu'à 2 grammes par jour,  mais en démontrant ainsi l'efficacité du traitement... MAILLOT, professeur de clinique à l'Ecole d'Application du Val-de-Grâce, est le descendant d'une famille noble, les MAILLOT de la TREILLE qui possédait en 1789, la Seigneurie de SPINCOURT. Médecin de l'Armée d'Afrique son nom est associé à la création, en KABYLIE, vers les Montagnes de DJURDJURA, à 80 km au Sud-Est de TIZI-OUZOU et à 40 km à l'Est de BOUIRA, du village MAILLOT, ou IMCEDDALEN (en langue kabyle), ou M'CHEDALLAH, à Ighil Bomlil, sur le territoire des Ouled Brahim, fraction importante de la tribu des M'Chedallah. Sa femme, Catherine  Pauline CLABECQ (.1816-??), sculpteur a réalisé un buste à sa mémoire...

                      La cannette de QUINTONINE et les différents apéritifs BYRRH, SAINT RAPHAEL, DUBONNET et AMBASSADEUR qui arrivaient sur notre table familiale les jours de fëte contenaient donc aussi la formidable histoire du QUINQUINA, de la QUININE... et de la colonisation !!... et aussi de beaucoup d'hommes talentueux... mais aucun d'entre-nous n'en avait la moindre idée, sauf peut-être mon père, ce vieux bourlingueur des mers... Je suis intimement persuadé, en tous cas j'aime le croire, qu'il aurait été en mesure de raconter quelques histoires sur le QUINQUINA... Et je suis aussi persuadé qu'il a eu l'occasion de boire ce breuvage dont j'ai relevé la recette extraite du CODEX MEDICAMENTARIUS... Un vin apéritif qui était servit à l'Hôpital Maritime de ROCHEFORT-sur-MER (17300) dans les années 1952-1955... Chaque malade y avait droit à un verre. Chaque service de l'Hôpital étant tenu faire sa commande sur son cahier de Pharmacie avec les noms des malades et le nombre total de verres à servir. Ce cahier était signé par le chef de service et par le pharmacien Chef de la Pharmacie.. Un vin de QUINQUINA selon la formule suivante : du bon vin + de la teinture de QUINQUINA + de la teinture d'écorce d'oranges amères + de l'eau de fleurs d'orangers + du sirop de sucre + 1 produit à base de Calcium... c'est tout ! Dans tous les hôpitaux de la Royale, la marine militaire, ce breuvage pouvait donc ainsi être distribué aux malades. Breuvage assez proche de la QUINTONINE décrite ci-dessus, au premier paragraphe.... La recette qui suit est aussi "arisanale", c'est un autre vin de QUINQUINA tonique et astringent qui stimule l'organisme et l'appétit par augmentation des sécrétions salivaires et gastriques. Il est écrit qu'il soigne l'ANEMIE et est reconnu pour son action fébrifuge. En voici la composition : 40 grammes d'écorce de QUINQUINA (rouge ou jaune ou Officinalis) + 1 litre d'alcool à 60° + 1 litre de vin rouge ou blanc. Faire macérer l'écorce concassée dans l'alcool pendant 1 jour et 1 nuit, puis ajouter le litre de vin rouge ou blanc. Laisser ainsi pendant 10 jours et mettre en bouteille... Quelle que soit la recette utilisée il y avait un proverbe  en vogue à cette  époque : "Bois ton QUINQUINA, t'auras pas de tracas".... et on servait le breuvage au printemps... J'ai également lû que ce service de prévention était aussi assuré aux marins à bord des navires de la Royale !!

                       Et pendant que ses CONQUISTADORS et les Troupes de Jésuites déferlaient sur les terres de l'Amérique du Sud le Royaume d'Espagne menait diverses batailles pour étendre sur le continent européen ses possessions et ses titres... Ainsi mon cheminement sur la Route du QUINQUINA m'a permis de découvrir une partie infime de l'histoire patrimoniale maritime de la Bretagne où je suis né. Une histoire à laquelle quelques-uns de mes ancêtres ont vraisemblablement assisté, et peut-être même participé, sur la côte bretonne, dans le Finistère Sud, à Moélan-sur-mer, devant Lorient, dans le Morbihan... Par la lignée agnatique ma généalogie, à son stade actuel et selon les états civils, remonte à 1630, et il apparait bien que tous les mâles étaient marins et paysans nés à Kerglouanou un petit village au bord de la mer... Alors... C'est par le hazard, ce Dieu de la recherche et de mon cheminement sérendipitiste, que j'ai rencontré la Comtesse de CHINCHON, Dona Francisca Henriquez de Ribera, et surtout son époux, Don Luiz Jéronimo Fernandez de Cabrera y Bobadilla y Mendoza (1589-1647), 4ème Comte de Chinchon... un heureux hasard puisqu'il m'a conduit sur le bord de mer, près de la maison de mes grands-parents, à Kerglouanou, berceau de tous mes ancêtres mâles de la lignée agnatique, en face de Lorient et donc de Port-Louis... que l'on ne peut apercevoir de Kerglouanou parceque "caché", comme Gavres, par la Pointe de Kerroc'h, me confirme ce jour ma cousine jeannine qui y est née... Dommage... A l'époque ce sont donc surtout les marins du quartier qui étaient "concernés", en première ligne, ceux de la Royale, du commerce (la marchande) et les pêcheurs ...   

                      En effet, c'est par les Comtes de CHINCHON, que je retrouve l'histoire bretonne, en un saut du 4ème Comte, l'époux de la Contesse de CHINCHON dont je parle plus haut, au 12ème, c'est-à-dire à l'infant d'ESPAGNE Philippe 1er (1720-1765), Duc de PARME de BOURBON d'ESPAGNE, Chevalier de la Toison d'Or (679ème/1723, branche d'espagne), fils de Philippe V (1683-1746), Duc d'ANJOU, Tige des BOURBONS, Roi d'ESPAGNE, et marié avec Louise Elisabeth de BOURBON (1727-1759), Duchesse de PARME, fille de Louis XV le Bien Aimé de BOURBON (1710-1774), Roi de FRANCE... mais surtout, particulièrement, le 13ème Comte de CHINCHON, Don Luis Antoine Jacques de BOURBON d'ESPAGNE (1727-1785), Infant d'ESPAGNE, Chevalier de la Toison d'Or (699ème/1734, branche Espagnole), second fils de  Philippe V, Duc d'ANJOU. Il est Archevèque de Tolède et de Séville, Primat d'ESPAGNE, et quitte les ordres et abandonne ses dignités écclésiastiques le 18 décembre 1754... et se marie en 1776 avec Maria Térésa de VALLABRIGA y ROZAS (1750-1820), fille de Louis  de Vallabriga (°+??) et de Maria Josefa de Rojas y Melfort, Comtesse de CASTELBLANCO (°+??)... Il est créé" 13ème Comte de CHINCHON en 1776, ou plutôt s'attribue le titre !! Il importe ici de distinguer cette "création attributive" de l'héritage dit "filiatif"... J'ai lu quelque part qu'il avait acheté ce Comté à son ci-dessus frère ainé Philippe 1er, fondateur de la lignée des BOURBONS, qui lui-même l'avait acheté, en 1718, à Giuseppe, 11ème Comte de CHINCHON SFORZA... Il ne s'agit donc pas d'une succession "par le sang"... J'ai repéré, sauf erreur, 19 Comtes de CHINCHON... Environ 100 à 150 ans plus tôt,  soit à l'époque du 4ème Comte de CHINCHON, la Duchesse Anne de BRETAGNE (1476-1514) et sa fille Claude de FRANCE (1499-1524), ou Claude de BRETAGNE, luttaient pour maintenir dans leur lignée le Duché BRETON... Mais c'est par les 12ème et 13ème Comte de CHINCHON, et donc la Royauté Espagnole, que je fais le raccord avec l'histoire de BRETAGNE... Ainsi sur la route du QUINQUINA j'ai croisé ces Comtes de CHINCHON, puis les BOURBONS, les VALOIS, les HABSBOURG, les ORLEANS et quelques autres nobles européens, mais surtout découvert une histoire de succession qui a porté la guerre et le malheur sur les terres de BRETAGNE et dans les ports du FINISTERE... Les successions ne sont pas toujours faciles, chez les riches comme chez les pauvres !! Et celle, partielle, qui suit va me conduire sur des sites marins sûrement biens connus de mon père, de mes oncles et de mes cousins... Le Duché de BOURBON entra dans le domaine Royal de FRANCE pour la 1ère fois en 1531. En 1523, la succession de Suzanne de BOURBON, morte sans laisser d'enfant, fut contestée par Louise de SAVOIE, Duchesse d'ANGOULEME, mère du Roi de FRANCE François 1er, comme lui revenant en tant que plus proche héritière de la défunte. Elle gagna son procès, qui fit entrer le Connétable de BOURBON dans le camp de Charles QUINT (1500-1558), ou Charles V, petit-fils de Maximilien 1er de HABSBOURG (1459-1519), Empereur du Saint Empire de 1493 à 1519, Roi d'AUTRICHE de 1493 à 1514, chevalier de la Toison d'Or (80ème/1478), chef et souverain de l'Ordre de la Toison d'Or (3ème), chevalier de la Jarretière (239ème, vers 1490), fils de Frédéric III de STYRIE de HABSBOURG et Eléonore de PORTUGAL (1434-1467)... La STYRIE est l'AUTRICHE... Maximilien 1er de HABSBOURG fut le premier "mari" de la Duchesse Anne de BRETAGNE. Une union dite "par procuration" établie lorsqu'elle avait 12 ans, en décembre 1488... Union ensuite, le 06 décembre 1491, avec Charles VIII (1470-1498), le Bon Roi de VALOIS, Roi de FRANCE de 1483 à 1498, fils de Louis XI, l'Universelle Araignée de VALOIS (1423-1483), Roi de FRANCE, et Charlotte de SAVOIE (1441-1483)... puis 3ème union, le 08 janvier 1499, avec Louis XII, le Père du Peuple de VALOIS-ORLEANS, .Seigneur de Pierrefonds, Roi de FRANCE de 1498 à 1515, Roi de JERUSALEM et de SICILE, fils de Charles le Poète de VALOIS-ORLEANS (1426-1487), Comte de VALOIS et de la Comtesse Marie d'Asti de Clèves (1426-1487)... De cette troisième union naissent deux filles, Renée, l'aînée, puis Claude, devenue VALOIS-ORLEANS, dite Claude de FRANCE, par son mariage le O8 mai 1514 avec François 1er (1494-1547), Duc de VALOIS-ORLEANS, Comte d'ANGOULEME, Roi de FRANCE... De cette union nait François III (1518-1536), fils ainé de François 1er, et donc petit-fils de la ci-dessus Louise de SAVOIE, Duchesse d'ANGOULEME, et Henry II (1519-1559), fils cadet qui devient Dauphin de FRANCE,  en 1536, à la mort de son frère... et Duc de BRETAGNE à la mort de sa mère en 1534,  le dernier Duc couronné, puis Roi de FRANCE à la mort de son père François 1er en 1547. Devenu Duc de Bretagne par sa mère il ne gouverne pas puisque c'est son père qui a l'usufruit du Duché... mais à la mort de celui-ci, François 1er, et suite à l'établissement de l'union du Duché de BRETAGNE au Royaume de FRANCE par le fameux "Traité de 1532" tant dénoncé par les bretons, et selon, aussi, les dispositions du contrat de mariage de la Duchesse Claude signé le 10 aout 1501, la BRETAGNE est alors rattachée définitivement, "à titre perpétuel", au domaine Royal de FRANCE...  par les lignées d'Anne et de Claude de BRETAGNE... Cette dernière avait aussi été fiancée, par "contrat de mariage" signé le 10 août 1501, au duc de LUXEMBOURG, le futur Charles QUINT, petit fils de Maximilien 1er de HABSBOURDG, celui-là même qui avait été choisi comme premier mari, par procuration, d'Anne de BRETAGNE !! Par parenthèse, et dans la logique de ma thématique de départ, je rappelle que Charles QUINT meurt en 1558 de la MALARIA au monastère de Yuste, dans une région d'ESPAGNE où cette maladie est restée endémique jusqu'en 1960... Ce qui primait dans les contrats d'alliance, de fiançaille et de mariage, était l'extension des emprises territoriales, quitte à la consanguinité, ou presque !! Mais ce contrat de mariage avec Charles QUINT est annulé par les "Etats généraux de Tours" conduits par Louis XII, en 1505, au profit du jeune Duc de VALOIS, futur François 1er... Louise de SAVOIE ayant "arraché" à Louis XII la promesse secrète que Claude soit marié à son propre fils, donc à François 1er, ce qui fut donc finalement fait !!... Il importe de signaler que la soeur de Claude, Renée (1510-1575), aussi fille d'Anne, a été écartée du Trône  Ducal de BRETAGNE par son père Louis XII au profit de Claude, alors qu'elle était pourtant juridiquement l'incontestable héritière en qualité de 2ème enfant du couple royal... Epouse d'Hercule II d'ESTE (1508-1559), 4ème Duc de Ferrare, Modène et Reggio (Italie), petit fils d'Hercule 1er et du Pape Alexandre VI, et fils d'Alphonse 1er et de Lucrèce BORGIA (1480-1519), Renée de BRETAGNE était aussi la grand-tante de la ci-dessous petite-fille de Charles QUINT et d'Isabelle du PORTUGAL, à savoir, Isabelle Claire Eugénie d'ESPAGNE ou aussi Eugénie d'AUTRICHE... Anne de BRETAGNE n'a eu que 2 filles, ses autres enfants étant tous décédés très vite... Par ailleurs, il y avait d'autres prétendants aux droits à la succession du Duché de Bretagne... Un Duché très convoité compte tenu de sa position géostratégique, ainsi, notamment par la lignée d'Isabelle Claire Eugénie de HABSBOURG, ou Isabelle d'ESPAGNE (1566-1633), Archiduchesse d'AUTRICHE, donc de la Dynastie des HABSBOURG, infante d'ESPAGNE, Gouvernante des Pays-Bas Espagnol jusqu'en 1633... fille du Roi d'ESPAGNE Philippe II (1527-1598) et de sa troisième épouse Elisabeth de FRANCE, ou Isabelle de VALOIS (1545-1568), cette dernière fille ainée d'Henri II (1519-1559) et de Caterina Maria Romola Di Lorenzo del Medic dite Catherine de MEDICIS (1519-1589)... Celle-ci a donc été, par son mari,  Dûchesse de BRETAGNE de 1536 à 1547 !! Henri II étant, comme François II, Duc de BRETAGNE, l'un des 7 enfants de Claude de BRETAGNE... A la mort du dernier Roi VALOIS, Henri III (1551-1589 ), 4ème fils d'Henri II, le Roi espagnol Philippe II soutint les prétentions au Duché de BRETAGNE de sa fille, la ci-dessus Isabelle de Habsbourg, dite Isabelle d'ESPAGNE, qui se trouvait alors être la plus proche parente de la Tige héréditaire des droits des Ducs de MONTFORT de BRETAGNE par la Duchesse Anne.. Mais il est bien de se souvenir, qu'en tout état de cause, c'est à  Renée que le Duché aurait du revenir, comme le souhaitait sa mère Anne, du moins selon certains auteurs... Pour ma part, jusqu'à ce jour de 2014, à 62 ans, Breton de souche, je n'avais jamais entendu parlé ni de Claude, ni de Renée !! Assez curieusement la Duchesse Anne et le traité de 1532 ont fait écran sur le "reste" de l'histoire de Bretagne !! De nouvelles recherches universitaires semblent vouloir clarifier l'histoire de Renée de BRETAGNE, sacrifiée aux prétextes des intérêts des voisins européen !!

                      Un autre prétendant au Dûché de BRETAGNE, Philippe-Emmanuel de LORRAINE, Duc de MERCOEUR et de PENTHIEVRE (1558-1602), Marquis de NOMENY, Baron d'ANCENIS, Prince du Saint-Empire et de MARTIGUES et Pair de FRANCE, est nommé Gouverneur de BRETAGNE, de 1558 à 1602, par son beau-frère Henri III, le 05 septembre 1582. Son mariage avec Marie de LUXEMBOURG (1562-1623), Dûchesse d'ETAMPES et de PENTHIEVRE, lui procure un accès à des prétentions sur le Dûché Breton... Il se met à la tête de la Ligue Bretonne... et s'allie, en 1590, avec Philippe II Roi d'ESPAGNE, petit-fils d'Anne de BRETAGNE, qui finance la Ligue et lui envoie des troupes qui débarquent  sur 3 pointes bretonnes : CROZON-ROSCANVEL, face à BREST ; BLAVET, actuel PORT-LOUIS, face à LORIENT ; CRAC'H-LOCMARIAQUER (56950), près de la rivière AURAY... sur lesquelles il fait rapidement bâtir 3 citadelles, dont seule existe encore celle de PORT-LOUIS... mais vaincu par Henry IV  il réembarque en 1598... Ainsi donc ni Isabelle d'AUTRICHE ou d'ESPAGNE, ni MERCOEUR, ne peuvent gagner le Dûché de BRETAGNE !!... Les troupes Espagnoles de Philippe II d'ESPAGNE sont, à l'époque, commandées par Don Juan Del AQUILA ARELLANO (1545-1602), en "collaboration" avec le Duc de MERCOEUR et aussi, en 1590, avec Don Diego BROCHERO (°??-1625), Lieutenant Général des Galères de Philippe II, Chevalier de Saint Jean de Jérusalem... Face à BREST, sur la "Pointe des Espagnols", extrémité Nord-Est de la Presqu'île de ROSCANVEL, excroissance de la Presqu'île de CROZON fermant la rade, un fortin militaire existait déjà, implanté dès 1387 par les Ducs de BRETAGNE... Le capitaine Espagnol Thomas PARADES (° ??-1594 ), dont on à fait le nom PARAXEDE (??), à la tête de 400 hommes, fait ériger, en 1594, un fort triangulaire sur cette base fortifiée... Le Duc Jean VI, Maréchal d'AUMONT (1552-1595), dit le Franc Gaulois, à la tête d'une armée de 3000 Français et 2000 Anglais, fait le siège du fortin du 15 octobre 1594 jusqu'au 18 novembre 1594, soit 1 mois, avant de défaire la garnison Espagnole... Sur 400 militaires de la garnison seuls 13 survécurent !! Et plus de 3000 Français et Anglais furent tués !! Le capitaine PARADES, tué lors de cet affrontement, fut embaumé et enterré selon les ordres du Maréchal d'AUMONT après la prise du Fort de ROSCANVEL, ce qui constitue un hommage évident... De cet héroique défenseur Espagnol "on peut supposer que ce n'était pas un vieillard puisqu'il n'était qu'enseigne en 1591. L'état des troupes le donne sans "qualité" le 17 octobre 1592, et celui du 27 mai 1594 le donne pour la première fois avec le titre de capitaine"... Le Maréchal d'AUMONT est tué d'un coup de mousqueton à CAMPER, près de RENNES, en combattant le Duc de MERCOEUR... Vers 1485 PORT-LOUIS s'appelait BLAVET et était déjà un port. En 1589 une armée Espagnole de 6000 soldats sous le commandement d'AQUILLA y est débarquée... Les anciennes fortifications sont alors rapidement remises en état et complétées par une forteresse nommée "El Fuerte Del Aguila", le "Fort de l'Aigle"... BLAVET fut ainsi transformé en escale fortifiée, en face de LORIENT, sur la route maritime des FLANDRES, une position importante notamment pour le commerce. Au 30 juillet 1595 "il y avait 324 hommes de garnison à BLAVET", dont 293 embarqués sur les galères et 95 stationnés à VANNES... En juin 1597 la garnison du Château du BLAVET se révolte pour les raisons qu'elle explique dans une lettre dite des "Révoltés de BLAVET", adressée au Roi Philippe II, depuis le "Fort de l'Aigle", par la transmission de Don Mendo Rodiguez de LEDESMA (1600-1603) le 05 juin 1597. Lette explicative qui dit que "à cause du mauvais traitement de Don Juan d'AQUILA, sa dureté, de celle des autres officiers et surtout à cause de la misère, dont elle souffre depuis si longtemps. Pour tous ces motifs réunis, nous avons résolu... disent les révoltés... de nous gouverner nous-mêmes". Il y avait à cette époque deux compagnies d'infanterie et une de cavalerie à BLAVET. Selon les divisions militaires actuelles une compagnie comprend de 100 à 300 soldats... Les révoltés tiennent alors Don Juan d'AQUILA et tous les officiers en prison... Le trésorier, Pedro Bravo de VUITRAGO (°+??), et le payeur sont également prisonniers... Le chef élu des révoltés est un sergent réformé nommé GUERRERO, qui a vraisemblablement dicté la lettre à un tiers... La révolte prend fin le 27 septembre 1597, après le règlement des payes !!  La riche ESPAGNE avait du mal à désserer les cordons de sa bourse pour payer ses soldats, malgré le pillage de l'or des indiens d'Amérique du Sud !! Don Juan d'AQUILA est "débarqué" et remplacé par Vincente HERNANDEZ  (°+??). La troisième base militaire Espagnole, géographiquement située à 40 environ kilomètres de LORIENT, est aujourd'hui appelée "Fort Espagnol" à CRAC'H-LOCHMARIAQUER, sur le bord de la rivière d'AURAY qui se jette dans le Golfe du MORBIHAN, en aval du "Pont de César", aussi nommé "Pont des Espagnols". On dit que ce site est peut-être une ancienne implantation romaine... Il ne reste plus grand chose de ce fort sauf une cale... Toutes les fortifcations militaires Espagnoles furent construites ou renforcées suivant  les plans du capitaine-ingénieur Don Cristobal de ROJAS (1555-1614). C'est à travers l'Académie Royale des Sciences Exactes, Physiques et Naturelles d'ESPAGNE, aussi appelée Académie de Mathématiques, créée par Philippe II en 1583, et dirigé par Juan de HERRORA (1530-1597), que Cristobal de ROJAS et un autre célèbre ingénieur et architecte militaire, Tiburzio SPANNOCCHI (1543-1606), acquièrent une notoriété scientifique... De ROJAS y enseigna aussi son art. A cette époque c'est surtout SPANNOCCHI qui est réputé, De ROJAS en est le protégé. En 1598, il publie à MADRID un traité intitulé "Théorie et pratique de fortification selon les mesures et défense de l'époque" qu'il dédicace au Prince, le futur Philippe II d'ESPAGNE. Dans cet ouvrage, en 3 tomes, on trouve la description d'un type de compas utilisé alors par les ingénieurs et, évidemment, l'art de construire mais aussi, notamment, un traité d'artillerie... Il est également connu pour avoir réalisé les fortifications de la ville de CADIX... Le Roi Philippe II exigeait que toute décision en matière de fortification, tout déplacement ou tout acte accompli par un ingénieur soit approuvé par le Conseil de guerre... C'est pourquoi les archives de la monarchie Espagnole conservent l'historique de toutes ses forteresses, de BARCELONE a CADIX, d'ANVERS  à MILAN, de PALERME aux AçORES, d'ORAN a LA HAVANE. Ainsi tout fut  jalousement surveillé par la Cour d'ESPAGNE... Bien plus tard une "Ecole Nationale d'Art Cristobal de ROJAS" a été fondée à CARACAS, au VENEZUELA, en hommage... Beaucoup d'artistes ont été et son encore formés dans cette école, et j'ose imaginer, bien que l'écart temporel soit grand, une relation artistique avec PONT-AVEN, la cité des peintres, située entre CROZON-ROSCANVEL et PORT-LOUIS/CRAC'H-LOCMARIAQUER ??! Une liaison artistique mémorielle... Le ci-dessus Don Juan de HERRERA, géomètre, mathématicien et architecte Espagnol, très reconnu à son époque, participa à de nombreuses campagnes militaires menées par charles QUINT, et l'accompagnaa dans sa retraite à YUSTE... Honnëtement, avant de mener mes recherches sur le QUINQUINA, je ne connaissais aucun de ces ingénieurs militaires spécialistes des fortifications, jamais je n'avais entendu parler de ces experts Espagnols,  pas même chez les Compagnons du Devoir du Tour de France où j'ai opéré comme formateur en maçonnerie moderne et traditionnelle... Ils ont essaimé leurs savoirs-faire technique pendant près de 100 années sur les territoires du Royaume des ESPAGNES et des INDES... et sur quelques parties du littoral aujourd'hui Français, dont la BRETAGNE !! Je crois bien qu'un de ces prochains jours je me plongerais dans les histoires de ces bâtisseurs... 

                         Aujourd'hui, stationné à STRASBOURG, taraudé par l'espoir de la réalisation d'un retour en BRETAGNE, il me faut aussi citer, évidemment, et pour clôre mon vagabondage "Quinquiniesque", le PICON-Bière !! Le PICON, une recette originale autrefois appelée AMER ALGERIEN ou AFRICAIN, élaborée par Gaétan PICON (1809-1882), qui associait de la GENTIANE, des zestes d'orange, et des écorces de QUINQUINA macérées dans de l'Eau-de-vie... Gaétan PICON, ayant attrapé, comme nombre de ses camarades militaires stationnés en ALGERIE, une "Fièvre Maligne", inventa alors ce breuvage qui donna satisfaction et contribua à guérir les soldats... et, rapidement, il approvisionnera toute l'armée Française d'ALGERIE sur l'ordre du Général VALEE (1773-1846)... Il ouvre ensuite sa première distillerie, non pas à MARSEILLE, mais en ALGERIE, à PHILIPEVILLE, aujourd'hui SKIDA, en 1837... L'établissement de MARSEILLE n'est ouvert qu'en 1872, soit 35 ans plus tard, et cet apéritif (?!) est alors rebaptisé l'AMER PICON... Il me semble nécessaire de rappeler ici  l'action, à la même époque, en 1835-36, du Médecin-Major Français François-Clément MAILLOT, que je cite plus haut, et que devait forcément connaitrele Général VALEE... mais peut-ëtre existait-il déjà une "Discorde du QUINQUINA" en ALGERIE Française ?? En 1862, Gaétan PICON a été lauréat de l'Exposition Universelle de LONDRES pour le PICON AMER...

                               AAu fil de cette écriture je me suis souvent demandé comment j'allais retrouver la terre ferme car, je dois bien l'avouer, à certains moments je me suis laissé embarquer par la noblesse rencontrée... Je ne suis pas un habitué de ces fréquentations mais, sur les pistes de ces temps là, il n'y a pourtant, guère moyen d'y échapper lorsqu'il s'agit de relever les petites histoires qui signent la grande histoire... mais n'est-ce pas vrai aujourd'hui encore !! Comme si les petites histoires étaient attachées à dire autre chose de la vie... des petites histoires de tous les jours que tous n'entendent pourtant pas, ou peu, ou mal... que tous ne voient pas, ne veulent pas voir... Le plus souvent elles suffisent à m'ouvrir un un cheminement de  découverte. Et lorsque je parle de sérenpidité je cherche à dire que je chemine alors  "en état de réception", en "état de perception"... quelque soit le chemin emprunté, de rocaille et de terre ou de filandres mémorielles... Et cette fois encore j'ai appris... Ainsi "prendre l'apéritif" à la table familiale peut devenir l'ouverture d'une "fenêtre sur une autre cour", sur un monde de vie "en soi", un grouillement d'historiettes qui nous ont "fait" et nous façonnent encore... qui racontent le quotidien des acteurs de toutes les histoires de notre histoire, celle des petits comme celle des grands, l'histoire de tout le monde et de tous les mondes, celle de tous les quotidiens, celle des manuels et des livres d'école comme celle descriptive des encyclopédies... Ici tous les nobles rencontrés sont ceux des livres d'histoie, et je n'ai jamais eu de véritable contact, "pour de vrai", qu'avec une seule "prétendue" Baronne, dite d'Exelmans, qui "croisait" à PONT-AVEN... Et le mot "Croiseur" du vocabulaire marin est ici adapté !! Une "activiste catholique bien pensante", une "dame patronesse", une "travailleuse sociale" qui "ne voulait que mon bien et celui de ma famille" et sermonnait ma mère, la culpabilisait jusqu'à la faire pleurer, qui faisait peser sur les épaules de ma douce maman  le poids de tous les pêchés du monde... Je ne suis même pas certain qu'elle avait un titre de noblesse, mais son activisme social moralisateur, manipulateur, destructeur, et castrateur... et je pèse mes mots... auprès des familles pauvres de PONT-AVEN, ne mérite qu'un titre que je n'ai pas le courage d'écrire ici, et qui n'est vraisemblablement pas celui que sa parentèle ou ceux de son sérail peuvent ou doivent penser, en tous cas pas celui de la noblesse du coeur ou de l'âme, loin de là !     

                    Au bout de cette publication qui a commencé par des histoires de vins apéritifs voici une petite histoire de boisson rafraichissante... Vers 1860, dans les rues de PARIS et de BRUXELLES, on pouvait se désaltérer en achetant un verre d'eau à un marchand ambulant... Cette boisson appelée COCO, et aussi, à ses débuts Tisane, était une boisson résultant d'une macération de bâtons de Réglisse dans de l'eau citronnée. D'après Joseph MAINZIER (°+??), le vendeur de COCO, un "grand gaillard vêtu d'un habit écarlate galonné sur toutes les coutures, en tablier blanc, portait une fontaine en tôle peinte sur le dos et quelques gobelets à la ceinture. Il s'annonçait au son d'une clochette et criait :"COCO, COCO, COCO frais ! Qui veut du COCO ??" ou "A la fraiche ! A la fraiche ! Qui veut boire ??", ou encore "A la fraiche, qui veut boire ?? Deux coups pour un liard !!"... Cette boisson était donc vendue 1 LIARD jusqu'en 1946, puis 2 LIARDS, alors qu'en 1866 elle valait un SOU !! Un LIARD valait 1/4 de SOU, soit 3 DENIERS, et il fallait 20 SOUS ou 240 DENIERS pour faire une LIVRE Française... Donc, selon Jean FOURASTIE (1907-1990), on peut admettre un convertissement sur la base de 30 euros pour une LIVRE, soit 0,125 euro pour un DENIER, ce qui donne 1,50 euro pour un SOU et O,375 euro pour un LIARD... Donc, sauf erreur ou omission, le prix du verre baissait régulièrement !! Selon l'Encyclopédie "La fontaine se composait à l'intérieur de deux compartiments que le marchand ambulant remplissait également d'une eau limpide. Dans l'un il introduisait quelques bâtons de réglisse : voilà pour la boisson. L'autre ne demandant aucun ingrédient : l'eau qu'il renfermait n'avait d'autre destination que de s'échapper parcimonieusement 200 ou 300 fois dans la journée, pour avoir l'air de rincer des gobelets toujours essuyés au même tablier"... Chaque matin le marchand ambulant étudie le jeu de son double robinet, fixe sa fontaine sur ses épaules au moyen d'une courroie, accroche à sa ceinture ses 3 ou 4 gobelets argentés, faits en forme de coupes élégantes plus ou moins bossués, s'arme d'un bâton qu'à chaque halte il placera sous la base de son fardeau, s'en servant comme d'une troisième jambe afin de maintenir l'équilibre, et se met en marche...  A chaque halte près d'une borne-fontaine il fait le plein d'eau"... Encore selon J. MAINZIER, "l'hiver il soumet le matin sa liqueur au plus haut degré d'ébullition, et malgré le vent et la neige, alors même que le thermomètre marque le fatal degré de la congélation des liquides, vous le verrez passer triste et grelottant, mais imperturbable et fier..." On peut trouver une image de ce vendeur  dans l'encyclopédie d'ALEMBERT... 

                         Pour enfin en terminer voici une "pensée" du pharmacien et goguetier Charles Louis Cadet de GASSICOURT (1729-1821) que j'ai déjà rapidement cité plus haut : "Si tu n'as pas deviné, c'est que tu n'as pas l'esprit de vin". Voilà c'est tout pour cette fois... Ma prochaine publication portera sur les bonbons de mon enfance.

    Les signes °+ ?? placés entre parenthèses indiquent ques les dates de naissance et de décès sont introuvables...

    PETITE BIBLIOGRAPHIE

    "Le livre des vins", Arnaud de VILANOVA, traduit, préfacé et annoté par Patrick Gifreu, eds de la merci, 2011

    "Description de l'arbre à QUINQUINA", Joseph de JUSSIEU, 1737... Ed inconnu !!

    "BYRRH, petite histoire d'une grande marque", A. BLAIVILLE, Eds Equinoxe... Date inconnue !!

    "Edmond Bartissol, 1841-1916. Du canal de Suez à la bouteille d'apéritif", Jean-louis ESCUDIER, Eds du CNRS, Paris, 2000

    "Itinéraire d'un entrepreneur de travaux publics éclectique  : Edmond BARISSOL. 1841-1916", Jean-Louis ESCUDIER, in Histoire, économie et société, année 1995, Vol 4, n° 14-2,, pp. 229-2521.

    Paul DORVEAUX, année 1918, Bulletin de la Société d'Histoire de la Pharmacie, Vol.6, n°19, PP.358-36, "La chymie charitable et facile, en faveur des dames", Marie MEURDRAC, 1666, éditions du CNRS Paris, nouvelle dition présentée et anotée par Jean Jacques, CNRS, 1999

    "Confusions historiques à propos du QUINQUINA", Léonardo GUTIERREZ-GOLOMER, in Revue d'histoire de la pharmacie, Vol. 56, n° 199, pp. 187-190, 1968

    "L'évangélisation des indiens selon le jésuite Da COSTA dans le DE PROCURANDA INORUM SALUTE (1588), Jérome THOMAS, in Cahiers d'études du religieux, 2012, recherches interdisciplinaires, online... Jérome THOMAS, docteur  en Anthropologie est chargé de cours à l'Univ. de Montpellier III, équipe CRISE......... www.cerri.revues.org/942

    "Evangélisation des populations Andines au XVIème siècle. Policia cristina et conquète des corps", Jerome THOMAS, Eds Les Indes Savantes, Paaris, 2014

    "Traité thérapeutique du QUINQUINA", P. BRIQUET, Eds Victor Masson, 1853-1854 (??).... Des copies de cet ouvrage sont peut-être possibles par la Bibliothèque et Musée de l'école de Médecine Navale de ROCHEFORT

    "L'Amérique. Histoire du Christianisme", t. VIII, A. MILHOU, in "Le temps des confessions (1530-1620)", M. VENARD (dir), Paris, Eds Desclée, 1992

    "La lutte contre les religions autochtones dans le PEROU colonial. L'extirpation de l'Idolatrie entre 1532 et 1660",                P. DUVIOLS, LIMA, Institut Français d'etudes Andines, 1971

    "Quleques étapes dans l'acquisition de nos connaissances sur le Paludisme", Marcel VAUCEL...                                        http://www.Biusante.parisdescartes.fr

    "Traité des fièvres pernicieuses intermittentes", Jean Louis ALBERT, 3ème édition, Hachette, Paris, 2013

    "Journal général de la france", M. l'Abbé de FONTENAL, n°8, vendredi 8 janvier 1790, quotidien à partir de 1790...

    "La légende du QUINQUINA", GULTAR Eugène-Humbert, in Revue d'histoire de la Pharmacie, année 1966, Vol. 44, n° 148, pp. 287-288

    "Les hommes du QUINQUINA", Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO, sur http://www.horizon.documentation.ird.fr

    "Le sain et le malsain. Santé et mieux-être depuis le Moyen-âge", Gorges VIGARELLO, seuil, 199

    "Histoire de J-B BOSSUET", L-F de BAUSSET, Versaailles, T. III, 1814, p. 336... cité par G. VIGAREL

    "Mémoire sur le KINKINA Français", Alphonse Antoine LEROY, EDS Méquignon, Paris, 1808

    "De la contagion règnante sur les vaches, sur les boeufs et sur l'homme, en quelques contrées de France", Alphonse Antoine LEROY, Eds Janet et Cotelle, Paris, 1814... Dans cet ouvrage quelques recettes de QUINQUINA pour divers soins aux animaux et aux humains... Le lecteur notera ci-dessus que  certains auteurs prétendent que, déjà au XVI, les CONQUISTADORS avaient observé que les animaux lèchaient "L'arbre à fièvres"...!!

    "Manuel de la saignée", Alphonse AntoineLEROY, Eds  Buisson, Paris, 1807

    "De la saignée et du KINKINA dans le traitement de la fièvre jaune", Docteur Jean-louis-Geneviève, Eds P. Renouard, Pais, 1826

    "Joseph DOMBEY, médecin, naturaliste, archéologue, explorateur du PEROU, du CHILI et du BRESIL, 1778-1783", Edition GUILMOTO, 1905.

    "A revision of the genus CINCHONINE RUBIACEAE", Bengt Lennart ANDERSON, in Mémoires of the new York Botanical Garden, Vol. 80, 1998

    "La lutte contre le paudisme en Algérie", L. ABID, professeur à la faculté de médecine d'Alger. 14/11/06 www.santetropicale.com

    "JULI (1576-1604) et les premières expériences missionnaires des Jésuites au PEROU. Eglise et politique  en Amérique Hispanique (XVI-XVIII)", M. HEIMER, Talence, P.U de Bordeaux, 1984 

    "La médecine à la renaissance", Roger TEYSSOU, Eds L'harmattan, Paris, 20O2

    "Brève histoire des QUINQUINAS", François TILLEQUIN, pp.68-69, in "Histoire des plantes : le jardin botanique de la Marine. 1766-1890", exposition présentée au Musée BALAQUIER de la SEYNE-sur-Mer du 03/O2 au 31/12/2008

    "Le QUINQUINA, culture, préparation, commerce", E. PRUDHOMME, Ed CHALAMEL, Paris, 1902

    "Histoire naturelle des QUINQUINAS, ou monographie du genre CINCHONA"", Hugh d'ALGERNON WEDDEL.... puis "Voyage dans le nord de la BOLIVIE", 1853...

    "Un problème complexe : la régression du Paludisme en France", J. CALLOT, in Annales, économies, sociétés, civilisations, année 1947, Vol. 2, n°3, pp. 328-335

    "TREVE et le Vera-Cruz : les horizons d'un marchand de toiles de Bretagne Centrale au XVIIIème siècle", Yann LAGADEC, in Annales de BRETAGNE et des Pays de l'Ouest, 2005...... http://abpo.revues.org/1124

    "L'Amazonie en FRANCE. Production scientifique et culturelle", RENARD-CASEVITZ, Catalogue de l'expo.,  BELEM, 1989

    "Rapport sur la culture des arbres à QUINQUINA", G. PHILIPPE.... infos complémentaires  perdues !!!

    www.indibio.org.... Institut pour la biodiversité Biologique (INDIBIO)

    "Prospectus sur le KINKINA Français", Alphonse LEROY, in "Mémoires sur le KINKINA Fraançais. Mémoire lu à l'Assemblée des professeurs de l'école spéciales de médecine de Paris, le 20 mars 1808",  Mequignon, Paaris, 1808, p. 4

    "Le docteur Joseph-François BOURDIER de LA MOULIERE et ses travaux sur le QUINQUINA fébrifuge, 1809-1811", Isabelle COQUILLARD....... http://www.biusante.parisdescartes.fr/sghm/hsmx2010x044x002/hssmx2010

    "Histoire des sciences médicales", Tome XIII, n° 2, 2010

    "Histoire de la chimie", M. HOERFER.... qui dénonce les prétendues découvertes de VILANOVA, ou VILLENEUVE

    Isabelle COQUILLARD in "Histoire des sciences médicales", trimestriel, organe officiel de la Société française d'histoire de la médecine, t. XLIV, n° 2, 2010, PP. 141-151...

    "Correspondance du Duc de MERCOEUR et des Ligueurs Bretons avec l'ESPAGNE", Philippe Emmanuel de LORRAINE, Gaston Louis Michel Marie CARNE, Eds J. Pihon et L. Hervé, t. 3 (?), 1899

    CODEX MEDICAMENTARIUS PARIENSIS", publié en 1758, sous le décénat de J-B. BOYER.....                                               http://www.medarus.org/medecins/medecinstextes/arnaud_dv.html

    "CODEX MEDICAMENTARIUS, Pharmacopée Française. Décret du 13 février 1884", Ed Masson, Paris..... De cet ouvrage on peut extraire quelques formules pour fabriquer du vin de QUINQUINA...

    "Les Français peints par eux-mêmes", in "Encyclopédie Morale du 19ème siècle", T; 4, Jean MAINZIER, Eds L. Curmer, pp. 244-248... 10 volumes... Je ne retrouve plus la date de publication... Cette publication est consultable sur le site GALLICA de la B.N.F... Jean MAINZIER a signé d'autres nombreux articles technico-rigolos : "Le marchand de parapluies", "le marchand de peaux", "le porteur d'eau", "la laitière", "le vitrier peintre", le patissier", "les cris de Paris", etc, etc...

    "Le marchand de COCO", Auguste RICARD (!!), 1830...  Et "COCO, COCO, COCO frais !", nouvelle de Guy de MAUTPASSANT, parue en 1878... Et aussi un drame en 5 actes d'Adolphe DENNERY, créé au théatre l'Ambigu en 1860, intitulé "Le marchand de COCO"... 

    Voir les Annales de la Sociét Royale Académique de NANTES au sujet de don Diego BROCHERO...

    http://bibliotheque.academie-medecine.fr.... Et aussi http://www.informationhospitaliere.com/medicamentsDetailsO.php

    www.santetropicale.com

               J'invite mes lecteurs à soutenir l'action de Jeronime PASTEUR dans sa lutte de soutien aux indiens ASHANINKAS du PEROU, au fin fond de la SELVA... et à lire ses bouquins, notamment "L'appel de la forêt"... http://jeranimepasteur.com/index.php..... www.jeronimePasteur.com.... Et aussi, hhtp://.lebatondeparole.com/pages/general/histoire/les-ashaninka-du-Perou-1.html.... Et aussi les travaux de France-Marie RENARD-CASEVITZ, ethnologue, directrice de recherche au CNRS.

                Pour mes lecteurs qui ont un projet de voyage et de séjour en Bretagne, aux environs de Quimper, Concarneau et Lorient, voici l'adresse d'un gîte rural tenu par l'un de mes meilleurs amis d'enfance pontaveniste.  Il vous accueillera chaleureusement et vous guidera sur les chemins et les sentiers mystérieux de notre région natale :

    Pierre Rosot, "Le refuge de la salamandre",                                                                                                                                                lieu-dit Poultréo, 29300, Baye..., non loin de Quimperlé (Gare SNCF).                                                                                                             Tél : 06. 62. 48. 81. 10... www.lerefugedelasalamandre.com....                                                                                             Signalez lui que vous connaissez mon Blog...  

    KENAVO            SIZIG LOEIS AR GARREG

  • Bonbons Zan, Pastilles Pulmoll, Vichy et Valda, Cachous, Carambars et boisson Tang à Pont Aven

              Il y a quelques mois à Strasbourg, non loin de la place de l'Homme de Fer, j'ai osé entrer dans une toute petite boutique  de confiserie... je dis "osé" parceque "du haut" de mes  62 ans j'avais la crainte idiote de passer pour un vieux "béta", "gaga", un vieil homme décati très touché par le passage du temps... Mes quelques cheveux blancs ont fait rougir mon front et mes joues... Et au moment de franchir le pas-de-porte de la boutique parfumée j'avais les "chocottes", j'étais dans mes "petits souliers" et aussi "mal dans mes baskets" !!  En vérité, ce jour là je portais des chaussures de randonnées, mais il est bien vrai que je me sentais "très coinçé aux entournures"... Dans la petite boutique il n'y avait que moi et le commerçant, un jeune gars sympa, très souriant... Souriait-il de me voir là ??, je ne sais, mais celà a suffit pour déclencher ma logorrhée romantique et nostalgique... Mais, hélas, "trois fois hélas", les bocaux étagés sur les comptoirs ne contenaient quasiment aucun des "bonbecs" de mon enfance Pontaveniste... Le jeune cmmerçant en était tellement désolé que la rougeur d'origine presque honteuse de mon visage est devenue illumination joyeuse malgré ma relative déception. Ce qui s'est passé cet après-midi là semble bien confirmer en partie que le simple sourire d'un tiers peut contribuer à la restauration de la confiance en soi...  Et relative déception puisque dans les copies de bocaux anciens de ce commerçant strasbourgeois j'ai tout de même trouvé deux marques de "bonbecs" : le fameux "Carambar" et les rouleaux de Réglisse "Zan"...  Je n'ai pas acheté de "Carambar" mais une dizaine de petits rouleaux, ou bobinettes, de Réglisse que j'ai dégusté avec délice en flânant sur la rive droite de l'Ill, un affluent du Rhin... Avec délice, c'est peut-être beaucoup dire car j'ai le souvenir d'un goût de réglisse plus prononcé, plus fort... Pourtant, depuis, presque chaque semaine, je me fais un même petit "Trip Réglisse"...

                Les "BonBecs"... de BonBons, sans M devant le B... On retrouve les traces du mot "bonbon" dans les mémoires de Jean Héroard (1551-1628), précepteur, auquel Henri IV confie, 3 jours avant sa naissance, le Dauphin,  futur Louis XIII (1601-1643). Selon certains auteurs ce serait à cette époque que "bonbon" aurait été inventé à partir de l'observation des enfants qui répétaient  "bon... bon", un redoublement enfantin appréciateur qui aurait formé le mot... Mais il semble bien que, plus vraisemblablement, l'origine du mot soit princier... De nombreux autres précepteurs ont accompagné le Dauphin : Nicolas Vauquelin, seigneur des Yveteaux (1567-1649), poête libertin ; Nicolas Le Fevre (1554-1612) ;  David Rivault de Flurence (1571-1616), professeur de mathématiques... mais le texte-journal de 11054 pages tenu par Jean Héroard est considéré, selon Madeleine Foisil (1) "comme un trésor inestimable à la fois pour toutes les études sur le français du début du 17ème siècle, pour la linguistique historique et pour l'acquisition du langage... et intéresse les historiens et les psychologues...", et l'on peut encore ajouter la pédiatrie, l'obstétrique, l'odontologie... Ainsi, sur ce journal, précise Micheline Ruel-Kellermann (2), "dès le 1er jour, seront consignés tous les détails concernant la nature, la prise des aliments, les boissons, les exercices, les moments de repos, le sommeil, les réveils, l'état de santé (pouls, température, troubles fréquents) et ce qui n'est que trop connu : la quantité, la consistance et la couleur des évacuations de cet enfant royal"... Le Dauphin "né sain et robuste de corps, d'après la minutieuse description écrite au moment même où il vient au monde, aurait dû pourtant, dès le lendemain subir un petite opération : comme il pouvait à peine têter il lui fut regardé dans la bouche et vu que c'était le filet qui était en cause ; sur les cinq heures du soir, le 20 septembre 1601, il lui fut coupé à 3 fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi..." (3). Jacques Guillemeau (1549-1613) chirurgien d'Henri IV, père du Dauphin, était aussi pédiatre et obstétricien. Dix sept années plus tard, en 1618, l'un de ses trois enfants, son fils Charles (1588-1656), est lui aussi nommé chirurgien de Louis XIII et reçu docteur en 1627, puis devient doyen de la faculté de médecine de Montpellier en 1634-1635. Selon le texte de Jean Héroard "cette opération avait été mal faite ou l'enfant avait un défaut naturel dans la conformation de la langue, car, lorsque le Dauphin commence à prononcer quelques mots on s'aperçoit qu'il bégaye en parlant et il se fâche quand il ne peut prononcer autrement"... M. Ruel-Kellermann indique encore que le journal de Jean Héroard "témoigne par de précieuses observations des parafonctions : grincements de dents, mâchonnements de langue et de ce qui fut le handicap le plus douloureux de l'enfance de ce futur roi : le bégaiement... Ce bégaiement le rendait réellement très malheureux : ", à 3 ans il bégaye en parlant, se fache a ne taré dire !!..." En décembre 1604 Jean Héroard remarque encore que le Dauphin "bégaye fort en parlant". C'est surtout lorsqu'il est ému, qu'il s'anime, ou qu'il se met en colère, que le Dauphin mâche "sa grosse langue, comme il avait accoutumé de le faire quand il faisait une chose avec grande ardeur". Et Nicolas Le Fevre, second précepteur du futur Louis XIII, note en août 1612 "qu'un jour, ne pouvant bien sortir à son gré, je ne sais quel mot, il s'empoigna le visage de ses mains, à demi en furie de ne pouvoir prononcer comme les autres". Jean Héroard, précepteur, qui était aussi médecin qui pratiquait la phytothérapie, et vétérinaire, tiendra jour après jour, une comptabilité précise des produits divers délivrés au Dauphin. Selon Robert Labey (4), qui a potassé le journal de J. Héroard, "le sucre, denrée coloniale, à l'époque rare et chère, est dispensé largement au Dauphin par Claude Guérin : dès son sixième jour, le sucre en poudre s'associe à l'huile d'amandes douces et ensuite Sirop Violat et Julep Rosat, dragées, pastilles, tablettes, conserves viennent s'ajouter aux desserts et collations riches en "Fruictis Confis" qui sont des fruits au sirop, et aux "confitures sèches" qui sont des "Fruits Confits" (p.62). R. Labey précise que "dès le sevrage de l'enfant, apparaissent des breuvages sucrés, à commencer par la tisane (décembre 1603), venue du temps d'Hippocrate et dont le nom en Grec signifie "Concassé"... car c'est en effet une décoction de grains d'orge brisés, aromatisés au miel dont on se servait à l'origine dans les maladies aiguês (Littré) et auquel le sucre succéda" (p. 62). L'apothicaire  "Claude Guérin possède un alambic que l'enfant va voir, dans une chambre du Château-Vieux, le 3 juin 1606. Guérin prépare des pommades, des onguents, toutes sortes de médicaments, mais surtout il règne sur les balances et les mortiers et trouve dans le Dauphin une aide occasionnelle, souvent maladroit, mais toujours attentif. Ils font ensemble du lait d'amandes, du Massepain, petit gäteau aux amandes pilées, au sucre et aux blancs d'oeufs et, avec la collaboration de l'Apothicaire de la reine mère, Marie de Médicis (1573-1642), des violettes confites sèches. Dans le Journal de J. Héroard il est souvent question de dragées. Ce n'était pas les dragées de sucre dur que nous connaissons : l'inventeur mythique de cette confiserie, le romain, Julius Dragatus, ne fabriqua pas autre chose que des amandes recouvertes d'un miel plus ou moins déssèché... Les dragées d'Héroard n'étaient que des pilules roulées dans du sucre en poudre. L'enfant s'amuse à faire des tablettes de mie de pain qu'il nomme pilules et qui sentent le goüt amer des dragées de rhubarbe (septembre 1606), ce qui serait impossible avec de vraies dragées" (p.63). Je n'ai eu accès qu'à quelques extraits du journal de Jean  Heroard et, partiellement, aux travaux des auteurs cités ci-dessus, mais j'admet sans difficulté que le mot "BonBon" ait été signalé pour la première fois en 1604 par J.  Héroard selon lequel le Dauphin, alors ägé de 3 ans, aurait exprimé son plaisir de goûter une friandise de sucre en disant Bon...Bon... L'origine princière et bégayante de ce redoublement enfantin appréciateur, ainsi contextualsée, est assez plaisante, malgré tout, et me convient bien...

                 Après les BonBons et avant les Pilules voici les Pastilles aux origines séculaires... Une technique de fabrication  de médicaments et de confiseries dont on dit qu'elle fut introduite en France par un confiseur italien : le florentin Jean Pastilla (état civil introuvable), qui aurait accompagné Marie Médicis (1573-1642) lorsqu'elle vint en France en 1600 pour épouser Henry IV... Mais, comme d'autres, je me demande si ce nom Pastilla ne provient pas plutôt de l'exercice du métier de fabricant de pastilles, et ne serait donc qu'un surnom professionnel... Pline l'Ancien (23 apr. J.-C -79), grand naturaliste, écrivain latin et Amiral de la flotte de Misène quand survint l'éruption du Vésuve au cours de laquelle il périt, parle dèjà de pastilles dans son "Histoire naturelle", vaste compilation scientifique en 37 livres.... Martial, ou Marcus Valerius Martialis (Vers 40-vers 104), évoque clairement dans ses "Epigrammes" les pastilles, "ces drogues" qui "blanchissent les dents", d'un certain Cosmus dont on raconte qu'il a dû être un des premiers confiseurs de l'histoire de la confiserie... Ce Cosmus ne semble, par ailleurs, n'être connu que par les citations qu'en fait Marcellus Empiricus dans "De Médicamentis", un imposant ouvrage commencé vers 401 ou 408, sous le règne du créateur du "Code Théodosien", Théodose II (401-450), Empereur romain d'Orient (408-450), et terminé, peut-être, vers 445, dans lequel il signale aussi des pastilles... Cosmus, confiseur et apothicaire, auteur de collyres, d'antidotes et de remèdes divers, en particulier contre les maux de ventre, avait donc également mis au point des pastilles désinfectantes pour la bouche à base de myrte, de lentisque et de fenouil... Horace, ou Quintus Horatius Flaccus (65-8 av. J-C), le célèbre poète latin, évoquait lui aussi des pastilles parfumées dans ses "Satires" composées vers 30 avant J-C... Marcellus Empiricus, sans doute né vers le milieu du IVème siècle et décédé dans les dernières années du même siècle, est un auteur médical latin de l'Antiquité romaine tardive, aristocrate et haut fonctionnaire impérial à Constantinople auprès de l'Empereur romain Théodose 1er, ou Flavius Theodosius dit le Grand (v. 347-395), qui l'a nommé Maître des Offices, une charge qu'il tenait encore en 395, la première année du règne d'Arcadius (v. 377-408), Empereur romain d'Orient (395-408), père de Théodose II et fils aîné de Théodose 1er... Etre Maître des Offices faisait de Marcellus le Ministre de l'Intérieur et de la Police impériale puisqu'il supervisait les Gardes de l'Empereur et qu'il dirigeait la Poste dont les acteurs avaient pour mission de transmettre les Lois et lettres impériales tout en jouant le rôle d'agents secrets... Son ouvrage "De Médicamentis" est une longue liste de tous les remèdes qu'il avait pu recueillir dans ses lectures et dans le cours de ses voyages, il rassemble un important héritage de pratiques médicales fondées, selon la grande tradition de ces époques, à la fois sur la magie curative et l'expérimentation, c'est un "manuel d'automédication qui repose sur une médecine pratique... qui a valu à son auteur le surnom Empiricus, en raison de l'emploi fréquent des mots Expérimentum et Expériri.." (5). On donnait aussi, parfois, à Marcellus Empiricus le surnom de Burdigalensis, c'est-à-dire le Bordelais, mais il semble bien, selon M. Gayraud, que Marcellus était natif de Narbonne et donc d'origine Gauloise confirmée... Dans De Médicamentis on rencontre aussi de nombreux mots Gaulois, notamment en botanique, ainsi dans 13 cas, par exemple, il donne le nom d'une plante en Grec, en Latin et en Gaulois... Sur cette thématique spécifique de l'origine Gauloise de Marcellus j'invite mes lecteurs à lire le travail de ce chercheur référencé dans ma petite bibliographie... Entre les ouvrages "Histoire Naturelle" de Pline l'Ancien et "De Médicamentis" de Marcellus il y a des passages communs, une certaine convergence, par exemple dans le Livre VIII du "De Médicamentis" on lit, selon M. Gayraud, "des phrases sur l'usage du miel et de la salive pour adoucir l'irritation des yeux qui viennent directement des livres XXVIII et XXIX de Pline"... "Dans le Livre VIII de Marcellus, consacré aux yeux, on trouve 37 recettes de Collyres. Or l'ophtalmologie est une spécialité particulièrement développée en Gaule aux IIème et IIIème siècles, comme on le sait par les découvertes archéologiques nombreuses... des trousses d'ocultistes contenant des spatules, bistouris, pinces, mortiers et petites balances. Mais ce sont surtout des cachets d'ocultistes, sans que l'on sache expliquer cette concentration géographique... trouvés en Gaule, environ 200, suivant les grandes voies de communication dans les régions du Nord et de l'Est (Bourgogne, Champagne, Ardenne, Alsace)" (5)... Ces cachets d'ocultiste, ou cachets à Collyre, se présentent sous les formes parallélépipédiques ou rectangulaires, plats, de préférence en Stéatite, de 3 à 5 cm de côté, dont les surfaces sont plates et légèrement déprimées au centre, tandis que les côtés portent des inscriptions gravées pour imprimer, en phase molle ou pâteuse, les médicaments composés et préciser, à la fois, le nom de l'oculiste, celui du collyre, et l'indication thérapeutique... Ainsi tenter d'établir les origines des pastilles implique, "a minima poena", de considérer cet univers technique historique des ocultistes, autant que celui des apothicaires !!. Selon M. Gayraud "Dans l'Antiquité romaine il n'existait qu'une spécialité dont les médicaments furent toujours aux mains des médecins : l'ophtalmologie, dont les collyres nécessitaient des dosages précis qui furent toujours fabriqués par les ocultistes à partir souvent de formules secrètes... de cette tradition viennent les médicaments à base de plantes exotiques qui sont des produits d'importation acheminés par les Empires" (5)... Et, de mon point de vue amateur, il convient de penser au-delà même de la Rome antique et de considérer les relations de celles-ci avec le "reste du vaste monde"... D'après Danielle Gourevitch "les médicaments estampillés sont généralement des Collyrses au sens antique, petit pain ou petit boudin de remède, desquels on coupe la dose nécessaire... des pastilles à l'antique, plats et circulaires... des bâtonnets à Collyre..." (6). Ces différents cachets professionnels d'ocultiste sont considérés comme des biens relativement précieux et sont évoqués dans quelques textes de Droit romain relatif à la transmission et à l'héritage des médecins, notamment le "Code Théodosien" cité ci-dessus... Pour la fabrication des cachets d'ocultiste trois types de pierre sont le plus souvent cités, la Stéatite, la Serpentine et le Schiste ardoisier. La Stéatite, du Grec Steatos qui signifie graisse, est une pierre dont les composants principaux sont la magnésite, la dolomite, la chlorite, et le talc. Depuis des milliers d'années la Stéatite, également appelée "Pierre à savon", "Pierre Ollaire" (du latin Ola, marmite), "Craie de Briançon", "Saponite", est employée dans le Monde entier pour fabriquer des outils, des carafes, des vases, des gobelets, des sculptures, des cheminées, et donc aussi du matériel pour les médecins, apothicaires et oculistes... Pline l'Ancien confirme l'utilisation de la Stéatite (talc-micaschiste) pour la confection des vases... Elle était aussi utilisée en Asie pour la réalisation de nombreux divers objets d'art et accessoires ménagers... En Chine, la Dynastie des Ming (1368-1644) s'éprit de cette pierre... l'engouement suscité par la Stéatite gagna ensuite la Grèce Antique, notamment la Crète, l'Afrique puis l'Europe... D'une région à l'autre, d'une carrière à l'autre, la couleur de la Stéatite peut varier : blanc, gris, brun, vert, vert lichen, vert boréal, jaunâtre, anthracite, ou dégradé de vert ou de rose... C'est une pierre tendre/demi-dure, insoluble dans l'eau, imperméable, ininflammable, résistante et "molle", et donc facilement façonnable à l'aide d'outils très simples, du bois dur par exemple... La fabrication des cachets d'oculiste était relativemnt élémentaire. et l'on pouvait trouver de petites carrières un peu partout dans le monde, ainsi en France, par exemple, sur les sites de l'Oisans (Valgaudemar), du Massif de l'Esterel, du Massif de Belledonne, du Massif du Queyras, du Massif des Maures, de la Haute vallée d'Ariège, et même en Bretagne, à Poullaouen (29880), etc... mais également en Italie sur les sites du Territoire de Livourne, du Piemont, de la Ligurie à la Toscane, dans la vallée de Tore et Cerno, etc... Pour en finir ici avec l'historique partiel des origines de la pastille, et des cachets de moulage qui y sont associés, je me dois de signaler encore deux pistes d'études... La première réside dans le travail de F. Janot selon lequel il existait aussi "à l'époque Romaine, des petites pastilles en cire recouvertes d'or, façonnées à partir d'un moule préfabriqué... dans 6 formes différentes, avec une nette préférence pour les types ronds et rectangulaires... des pastilles utilisées dans les pratiques d'embaumement, les rituels, et disposées directement soit sur la peau, soit à l'intérieur des cavités thoraciques et abdominales... 19 momies découvertes dans la "Vallée des Reines"... et neuf pastilles en cire dorée retrouvées sur la momie de Sénamphiômis, disposées : deux sur chaque oeil, une sur le front, la bouche, le cou et les 2 gros orteils... dans l'Egypte ancienne..." (7) témoignent, avec quelques variantes, de la sécularité des pastilles... Ici les petits moules préfabriqués sont encore en pierre... La deuxième piste est maritime et se rapporte aux fouilles d'un navire romain naufragé entre 140 et 120 avant J-C dans la mer Tyrrhénéenne, le long de la cöte de Tosacane... Selon les déclarations d'Elio Cadelo, vulgarisateur scientifque, lors d'une conférence de presse à Bologne, elles ont permis de découvrir le matériel, quasi intact, d'un médecin : des fioles, des bandelettes, des outils chirurgicaux et des petites boites encore fermées qui contenaient, bien conservées, des pastilles !!

                Ainsi, des pastilles du monde Antique Romain à celles de mon enfance Pontaveniste des années 60-70, plus de 1800 ans d'histoire de la confiserie et du médicament !! Chacun le sait, dans l'enfance les pastilles peuvent vite être cconfondues avec les BonBons, et il importe que les parents soient vigilants... Comme mes copains, lorsque je disposais de quelques pièces nichées au fond de mes poches, sous mon mouchoir, je courais chez Marie Pichou, ma voisine de la rue des meunières, ou chez Fine Ligeour, "au quai", comme on disait alors, près de la passerelle "rustiquée" en ciment, ou encore chez la mère Gourvellec, près du Pont et de la place de l'église... toutes les trois épicières... La mère Gourvellec tenait aussi un bureau-tabac et portait la coiffe traditionnelle de l'Aven, comme Fine qui était aussi "bistrotière"... Il y avait également la boulangerie-patisserie Kauss, près du lavoir Limbourg que fréquentait ma mère lavandière, et la boulangerie-patisserie Daoudal, place de l'hötel de ville... Les pastilles, Valda, Pulmoll et Vichy étaient achetées, en général et donc pas toujours (!!), à la pharmacie Bayou, la seule de la commune, près de la boulangerie Daoudal...  Bien sur il y avait quelques autres boutiques de détail épicier, comme la Coop et Eco, des enseignes de "proximité" comme on dit aujourd'hui, mais c'était autre chose, ils manquaient de cette "intimité cachotière" particulière, un peu naphtalinée, qui régnait chez Fine et la mère Gourvellec, un peu moins chez Marie Pichou... Pour l'enfant que j'étais, dans la hiérachie de mes préférences, les boulangeries-patisseries Kauss et Daoudal étaient placées après les trois épicières mais avant les enseignes... A la belle saison ces boulangeries-patisseries proposaient également des glaces servies dans des cornets gaufrés simples ou à embouchure élargie pour 2 ou 3 boules... Des trois épicières celle qui m'attirait le plus, la mère Gourvellec, était une vieille dame, assez menue et nerveuse, un peu, voire très étrange, qui glissait dans les plis et replis de sa blouse noire et des amples manches de sa robe les billets de banque et de multiples autres petits papiers... Ces manches étaient serrées et fermées par des élastiques qu'elle devait retirer pour encaisser et décaisser... de même avec la monnaie qu'elle répartissait dans les pochettes "secrètes" de son habillement breton... c'était rigolo de la regarder faire ainsi... une façon de cérémonial qui durait "un certain temps" !!... C'était magique, et un peu inquiétant... elle était gentille... et je n'ai pas le souvenir de lui avoir "chipé" le moindre BonBec, la moindre friandise... impossible... Sa petite boutique était un véritable capharnaüm de boïtes empilées, de cartons ficelés et de bocaux aux couvercles multicolores remplis de centaines de bonbons de toutes sortes... Depuis son petit comptoir elle circulait entre les piles, disparaissant de temps en temps dans son arrière boutique... comme dans un théatre d'ombres chinoises, sa silhouette noire se faufilait entre les piles et sa petite coiffe semblait alors trottiner au sommet des cartons... comme une animation BD cinématographique avec Effet Phi, selon la description du psychologue de la forme (Gestalt) Max Wertheimer (1880-1943), assez semblable à la Praxinoscopie d'Emile Reynaud (1844-1918)... Fine Ligeour aussi était une vieille dame habillée en noir et portant la coiffe, elle  tenait un petit bistrot dans lequel on trouvait également un espace épicerie avec un rayonnage pour les BonBons, mais le choix était moins varié que chez la mère Gourvellec ou chez Marie Pichou... L'ambiance bistrotière avait un petit "fumet" de marine et de meunerie, les anciens de Pont-Aven, dont mon père, s'y retrouvaient autour d'un verre de rouge et pour jouer aux cartes... les enfants n'y stationnaient jamais, ils ne venaient évidemment là que pour s'offrir, vite fait, avant l'entrée ou à la sortie de l'école, des "Carambars", des "Malabars", et autres divines sucreries... Ce bistrot, à 250 mètres de chez moi, était sur le chemin des écoles privées Parc-Moor, pour les garçons, et Saint Guénolé pour les filles... au bord de l'Aven, on peut même dire sur l'Aven, dans l'ancien moulin du Grand Poulgouin (du breton "Trou à vin"), en face des fabriques des fameuses Galettes "Traou Mad", les maisons Penven et Le Villain... Pendant les vacances scolaires les enfants allaient plutôt ailleurs, et Fine n'y était pas pour grand chose... elle aussi était gentille avec chacun, mais l'endroit était celui des adultes... Je me souviens d'elle allant servir les tablées, se déplaçant lentement, un peu courbée, et se balançant en "trainant la savate"... Au moment de quitter son comptoir pour aller en salle elle avait toujours le même mouvement : avec sa main droite elle s'emparait de la bouteille, posait sa main gauche sur le coin du petit bar en bois, comme pour se lancer, se projeter, doucement vers les clients, le regard noir, un peu fuyant, en coin et  "par dessous"... Marie Pichou, c'était autre chose... elle tenait l'épicerie avec sa fille Geneviève, toutes les deux portaient une blouse bleue... Dans cette épicerie ma mère faisait très souvent  "croum" (crédit), c'était notre voisine... on y trouvait un peu de tout... et, bien sûr, des BonBons que je "bavais" de goûter à chaque fois que j'y allais faire des courses, les poches vides... Lorsque, de temps en temps, j'avais des sous, "mes sous à moi", alors je dépensais presque tout... petit à petit, bocal par bocal, de BonBon en BonBon... en salivant presque sans retenue, une délectation anticipée... Ecrire celà, hic et nunc, provoque encore en moi cette sensation délicieuse, cette montée salivaire sucrée, Proustienne... Les coiffes de la mère Gourvellec et de Fine Ligeour étaient à la mode de Fouesnant - Giz Fouen - celles de l'Aven, ici réduites au bonnet (boned) cylindrique, "de tous les jours", une forme de toque en toile noire, épaisse et rigide, cerclée d'un ruban, posée au sommet de l'occiput, dans laquelle le chignon était ramassé, la nuque étant dégagée... Appelée "Koef vihan", cette petite coiffe, ou coiffette, épinglée dans les cheveux, est la base sur laquelle vient se greffer, "s'emboiter", pour la complèter, la "Koef Vras", la grande coiffe avec ses deux grandes ailes brodées relevées et pliées sur le devant, typiques de Pont Aven... Je crois me souvenir que les coiffettes simples (koef vihan) que portaient ces deux vieilles dames étaient cerclées par deux rubans à motifs discrets brodés de quelques fils blancs et lilas foncés... Madame Guillerme, une autre vieille dame, portait elle aussi, tous les jours, la coiffe de Pont Aven, mais celle ccomplète des cérémonies et des sorties (koef vras), avec les deux collerettes tuyautées, flottantes, posées sur les épaules. Elle tenait un bistrot sympa, une galerie de peinture permanente, près du pont, en face de la librairie, et nous servait des petits verres de "Chouchen", toujours celui de la maison Lozachmeur à Baye... mais je n'étais plus alors un enfant !! Ma mémoire me joue peut-être un tour mail il me semble bien que Marie Thiec, une autre vieille dame de Pont Aven, portait aussi la "Koef vihan", à la mëme époque... elle tenait un bistrot à côté du pont et vendait du bois de chauffage, du charbon et des sabots de bois. Je vais vérifier, car ce lieu, où l'on ne trouvait pas de BonBons, était magnifique !! 

              Dans cet univers "Friandiso-féérique", un petit peu celui de "Charlie et la Chocolaterie" de Tim Burton, quelques "BonBons" avaient ma préférence, mais "tout" dépendait de mon argent de poche !! Je ne suis pas capable de les lister tous aujourd'hui, seuls ceux qui m'ont le plus marqué, au sens du titre commercial, du plaisir procuré, des "aventures" et "historiettes" qui y sont associées, suivent ici... Tous ne sont pas des BonBons au sens stict de la confiserie, mais ce qui les lie est bien le sens éthymologique princier bégayant  "Bon...Bon" que j'ai raconté ci-dessus... Ainsi j'aimais beaucoup les différentes formes et le goût des produits en Réglisse ZAN, dont les petites souris et les pistolets, les "Têtes de nègre", tellement critiquées, et autres caricatures visagères d'indiens, d'égyptiens, de chinois, autant de confiseries  souples, dures, coulées et dragéifiées... Où encore le "mètre roulé" comme la gaine plate ZAN enroulée en bobinette, avec une petite perle de couleur au milieu, très dure à croquer... identique aux bobinettes que j'ai retrouvé, sans perle centrale, cette année 2014 à Strasbourg. Ces "Réglisses" faisaient l'objet de trocs acharnés entre enfants...  J'appréciais aussi beaucoup les pâtes à macher, les "fudges" selon certains, "Régliss'Mint" (réglisse/menthe/sirop de glucose/lait écrèmé) de Kréma et les caramels blancs à la menthe "Mint'Ho", en forme de dés/cubes... et aussi le "Malabar", lancé par la société Kréma en 1958, un chewing-gum aromatisé dont l'emballage contenait une petite étiquette en couleurs, à décalquer, que l'on imprimait généralement sur le dos de la main, sur le bras ou sur l'épaule, façon tatouage de pirate !! Tatouage que l'on enlevait à l'eau claire, et qui, de toute manière, ne durait que quelques jours... Ces "décalcomanies" faisaient également l'objet d'échanges... Souvent on embouchait par deux les chwing-gums pour souffler de grosses bulles qui éclataient avec un bruit sec et s'étalaient sur notre nez... Comme tous les autres enfants je machonnais chaque "chewing-gum" jusqu'à épuisement total de la saveur, jusquà ce qu'il devienne farineux et insipide... Cette gomme à macher aromatisée était à base de "Chicle", un latex qui s'écoule du "Sapotier", ou "sapotiller", un arbre des Antilles dont le fruit est comestible, de la famille des Sapotacées... Un autre favori était le "Carambar" au caramel, celui qui collait si bien aux dents et qui fondait si bien au fond de mes poches, comme pour enrager ma mère lavandière... De forme carrée il mesurait environ 8 à 10 cm de long, il a été raccourci depuis... On l'achetait 5 centimes de franc dans les années 60-70... Sur la face intérieure de chaque papier d'emballage du "Carambar" il y avait une devinette ou une blague imprimée... Si mon souvenir est bon, l'une des deux oreilles du papier d'emballage portait la mention D.H... On les collectionnait pour gagner des petites voitures en plastique, et pour obtenir le cadeau on se présentait à l'épicerie avec le collectage... Ce qui était parfois très "folklo" suivant les épicières !! Un peu plus tard, dans les années 75 (j'avais 23 ans !!), il y avait aussi un super produit désaltérant, la poudre TANG, en sachet de 30 grammes. Une poudre au goût d'orange ou de citron, que l'on ajoutait généralement à 1 litre d'eau en bouteille mais que les enfants, le plus souvent, buvaient directement dans le sachet à l'aide d'une paille, en prenant garde à ne pas le déchirer lorsqu'on le remplissait à la pompe ou au robinet... Il ne fallait pas trainer pour aspirer cette boison très désaltérante car le sachet en papier, mouillé, se désagrégeait rapidement. L'été cette boisson était géniale !! J'ai un doute concernant cette marque car il se pourrait bien que la boisson que je viens de décrire soit, en fait, un ancien additif, non arômatisé, pour l'eau naturelle, le  "Lithiné du Docteur Gustin", ou équivalent comme la marque Vee, ce qui n'enlève rien au produit TANG qui a été introduit en France, en tant que friandise, vers 1970... Evidemment on trouvait dans chaque épicerie le "Mistral gagnant", un sachet de poudre sucrée, parfumée et pétillante, que l'on aspirait aussi avec une paille... mais ce n'était pas mon "truc"... et tant pis pour la chanson !... Certains anciens se souviennent encore de "Aspire frais", puis de "Fraisuc", prédécesseurs de "Mistral gagnant", des poudres dont ils racontent que "le goût sucré et acidulé procurait une sensation de fraicheur sur la langue"... Je n'ai pas connu ces produits là, mais, par contre, je me souviens bien de ces petites soucoupes, façon grosse ostie, chargées d'une poudre acide (sucre, dextose, amidon de maïs), environ 75 grammes, que l'on aspirait  aussi avec une paille... Dans chaque épicerie on trouvait les mêmes bocaux remplis de BonBons variés, certains vendus au poids, d'autres à la pièce... Le plus souvent l'épicière nous servait et remplissait les sachets en papier, et nous interdisait formellement de plonger la main dans les bocaux... Lorsque les BonBons étaient présentés dans des petites boites ouvertes en carton nous étions tous tentés d'en "chiper"... il fallait être vif, rapide, et "courageux"... mais ça c'est une autre histoire !!

               Les "Lithinés du Docteur Gustin" étaient, dit-on, mais j'ai un sérieux doute, strictement vendus en pharmacie dans des sachets de poudre en papier blanc, par boite de 12, pour minéraliser l'eau... Ils avaient la réputation d'aider à la digestion, de soigner la goutte, les rhumatismes, les maladies du foie, le diabète, les affections de la vessie, des reins, de l'estomac, de l'intestin et de la peau... La Lithine dont l'étymologie vient de "pierre" est le nom commun de l'Oxyde de Lithium qui fut découvert en 1817 par le chimiste et géologue Johaan Auguste Arfwedson (1792-1841) dans la Pétalite, un minerai tiré de la mine d'Utol, en Suède... Le Lithium est désormais aussi utilisé en psychiatrie pour combattre les dépressions (voir le psychiatre australien John Frédérick Joseph Cade, 1912-1980). La poudre Lithinée ajoutée à l'eau "naturelle" l'artificialise et la rend légèrement gazeuse, très agréable à boire et qui, selon Cavanna (1978), "explosait des bulles plein la langue"... 

               Et je crois bien que, pour moi, la consommation des Lithinés a précédé celle de la boisson TANG.  Celle-ci a été mise au point par le chimiste William A. Mitchell (1911-2004) pour le compte de la société américaine Général Food Corporation en 1957. Mitchell avait déjà déposé son brevet en 1956... L'original TANG, à la saveur d'orange, sous forme de poudre, a été commercialisée en 1959 aux Etats Unis. En 1965 elle a été utilisé par la NASA dans le cadre des vols spatiaux habités. Il s'agissait de donner meilleur goût à l'eau de récupération du système de vie de la capsule Gémini qui était destinée à être consommée par les astronautes... ce qui lui valut d'etre surnommée officiellement "la boisson des astronautes", ce qui fut sa gloire, son "décollage" américain et mondial... Mitchell avait alors un collaborateur, le chimiste William Bruce James... TANG est un sucre pétillant composé de sucrose, de lactose et de sirop de glucose dans lesquels une petite quantité de gaz carbonique a été inserée... Pour confectionner le sucre pétillant, le mélange de sucres est chauffé puis refroidi en présence de gaz carbonique sous pression de sorte que les morceaux de sucre formés emprisonnent du gaz... Lorsque les morceaux de sucre fondent ensuite sur la langue ou lorsqu'ils sont croqués, le gaz est libéré créant un effet pétillant... Le TANG a d'abord été imaginé pour faire des sodas... C'est également Mitchell qui a inventé les blancs d'oeufs en poudre !!

                  La marque ZAN, déposée en 1884 par l'entreprise fondée en 1862 par Henri Lafont à Uzès (30) est devenue Sarl Réglisse ZAN en 1927, puis fusionnée avec la Sté Riqlès en 1970, elle est finalement rachetée par Haribo en 1987... Henri Lafont était banquier à Uzès, dans le Gard et Conseiller Général du canton de Saint Chaptes (Uzès, 30190) en 1852 !! Vers 1865, 1856, il installe à Uzès-Saint Chaptes, une amidonnerie avec un moulin à céréales, puis un atelier de fabrication de suc de Réglisse... donc trente ans avant son dépot de brevet ZAN... A partir de cette implantation se développe une saga technico-industrielle et familiale "qui vaut le détour"... Saga technico-industrielle parce que la fondation de l'entreprise prend appui sur les installations traditionnelles locales de moulinerie de l'huile d'olives, de la soie, de cérélales, et à foulon, sur les rives des cours d'eau locaux et notamment de l'Alzon... Achats, ventes, locations, destructions, déconstructions, reconstructions, restaurations, rénovations de bâtiments anciens traditionnels pour établir enfin les unités de broyage des racines de Réglisse et la fabrication des produits ZAN... L'ancien formateur BTP que je suis, soucieux de la préservation du patrimoine, apprécie ce que celà implique techniquement... Saga familiale parce que, à partir de la personne Henri Lafont, banquier-entrepreneur, on rencontre en principal les familles Abauzit Henri, autre banquier et beau-fils de Lafont ; Aubrespy Paul, gendre d'Abauzit ; Teissonnière et Kreitmann, gendres d'Aubrespy, et aussi Alphonse Perdrix, toutes engagées dans le développement des produits à base de Réglisse... On peut imaginer les conditions de l'extension de ces associations familliales... "Sucez ZAN et vivez ZAN paix" dit la publicité !! L'origine de cette marque est, dit-on, la demande d'un enfant à sa maman : "Z'en veux, donne moi Z'en"... Une belle affiche, 125 x 163, créée en 1898, représentant un écolier portant un tablier noir, intitulée "Bout d'ZAN" et signée par les artistes/affichistes Bensa, Dupont, H. Laas, E. Pecaud et Cie, illustre bien, déjà à l'époque, la cible commerciale... Selon le site Haribo "L'histoire de la réglisse remonte à plusieurs siècles. On l'évoquait déjà dans les traités chinois d'herboristerie traditionnelle... On la retrouve aussi dans des papyrus égyptiens, on en aurait découvert dans le "caveau" de Toutankhamon (1347-1339 av. J.C). Ses propriétés curatives étaient aussi appréciées en Mésopotamie : elle était utilisée pour soigner les Rois Assyriens, comme les décrivent des tablettes d'argile datant du VIIème siècle avant notre ère !!... Théophraste (369-285 av. J.C), disciple d'Aristote et père de la botanique, écrit dans son "Histoire Plantarum" que la racine Scythe, la Réglisse, à la capacité d'apaiser la soif de celui qui la garde dans sa bouche. C'est pourquoi, avec celle-ci et du fromage de lait de jument, les Scythes (peuple de redoutables cavaliers) peuvent, dit-on, cheminer pendant onze ou douze jours sans boire". Les armées d'Alexandre Le Grand (356-323 av. J.C), lui aussi disciple d'Aristote (vers 384 av. J.C - 322 av. J.C), sauraient surmonté les périodes de manque d'eau de leurs longues campagnes grâce à cette même Réglisse. Dans les Légions Romaines la Réglisse faisait également toujours partie du ravitaillement quotidien... Encore selon le site Haribo "En 1760, dans la petite ville de Pontefract, un pharmacien inventif, Georges Dunhill, commença à élaborer des produits à base de réglisse qui n'étaient plus destinés à des usages médicaux... En ajoutant du sucre et d'autres ingrédients à l'extrait de la racine diluée, il inventa les "Pontefract cakes" qui sont encore aujourd'hui une sucrerie populaire"... Georges Dunhill était, en fait, un apothicaire anglais, Pontefract une ville du Yorkshire de l'ouest, au Royaume Uni... Différentes autres sources qu'Haribo confirment que la Réglisse était connue dans l'Antiquité sous le nom de Glycyrrhiza par les Grecs et Liquirita par les Romains. A Napour, capitale de l'Empire Babylonien (Mésopotamie) des fouilles ont permis de retrouver une version de la Génèse datant de 7000 ans avant notre ère... les fameuses tablettes d'argile... Elle préconisait des macérations de Réglisse, de Cannelle et d'Anis pour lutter contre la peste... A Rome, les médecins prescrivaient cette racine contre l'anémie et les soldats d'Alexandre et de César l'employaient régulièrement pour calmer les crampes d'estomac... Grecs, Romains, Théophraste (déjà cité ici) et Sainte Hildegarde utilisaient aussi la Réglisse pour s'éclaircir la voix... Certains auteurs écrivent qu'elle est éfficace contre la toux, l'asthme et les ulcères... Pour les chinois c'était un élixir de longue vie, qu'ils préconisaient également pour stimuler les facultés cérébrales... Plus près de nous, Napoléon Bonaparte avait, dit-on, une sérieuse addiction à la Réglisse, il s'en faisait livrer des caisses durant ses campagnes militaires. Il machait les racines, mangeait les graines, et suçait des cachoux !!... Globalement, dans quasiment toutes les cultures on machonnait directement la racine ou on en faisait des décoctions... Il y a quelques jours, à Strasbourg, j'ai acheté des bâtons de Réglisse à la pharmacie de "L'omme de fer" (!!), et, selon la tradition, je les ai machonné longuement, et j'ai beaucoup marché... J'ai aimé ce goût si particulier qui se répend sur la langue et dans la bouche au bout de une ou deux minutes maximum !!... J'ai même tenté une décoction "Réglisse/écorces de Quinquina", le résultat n'a pas été très concluant, mais je m'y "reprendrais" autrement... Les multiples vertus de la Réglisse ont donc ainsi traversé les âges et les frontières d'un vaste monde pour de très divers usages culturels... La Réglisse ou Réglisse Glabre - Glycyrrhiza Glabra. l -, du Grec Glycys, Glucus : doux, sucré, et Rhidzale : rhizome... et par l'intermédiaire du Bas Latin Liquirita et du vieux français Licorece, on en vient à Récolisse pour finir par Réglisse... est une plante vivace de la famille des Fabacéés, de la sous famille des Faboidaes, aux racines arômatiques qui forment des rhizomes dont, même après arrachage, le moindre fragment laissé en terre engendre un nouveau plant... Comme le Chiendent dont j'ai parlé dans un article précédent... Cette plante, qui a tendance à être invasive, est une  herbacée, vivace, mesurant entre 1 et 1,50 de haut... Originaire du Bassin Méditerranéen et du Sud de l'Asie, elle pousse naturellement dans les fossés et les prairies, ainsi que dans les terrains frais, riches et humides. En automne, à partir de la 3ème année, on récolte les racines de Réglisse, grosses comme le doigt et pouvant atteindre 9 mètres de longueur,... On la cultive intensément en Espagne, en  Italie (Côte calabraise) et dans le midi de la France, en particulier dans le Gard, à Uzès, haut lieu de la confiserie à la Réglisse, mais on la trouve également aux Etats-Unis d'Amérique, au Moyen Orient, en Afrique du Nord... Il existe un super bon BonBon, réputé, appelé "Bateau Calabrais, à la gomme arabique (ou gomme d'acacia), Réglisse et Anis", né sur la côte Calabraise, et que je conseille fortement... On doit à Jacques Coeur (1395 ou 1400-1456) l'arrivée de la Gomme Arabique dans la région de Montpellier, dès lors on a pu commencer à faire des gommes à macher grâce aux propriétés de ce produit naturel... Ce très puissant  négociant-banquier et armateur s'était installé à Montpellier (34) dès le milieu du 15ème siècle, et faisait décharger ses bateaux dans le port voisin de Lattes (34). Jacques Coeur, en tant que marchand et grand argentier du Roi Charles VII, commerçait avec différents pays autour de la Méditerrannée et ramenait des épices et autres produits venus d'Orient : Safran, Huile d'olive, Or, Coton, Alun (dont j'ai aussi parlé dans un article précédent)) et Gomme Arabique... Cette Gummi Arabicum, extraite du Gommier, parfois aussi du cerisier, est utilisée non seulement en confiserie mais également en menuiserie/ébénisterie pour faire de la colle et par les lithographes... Par exemple, actuellement, dans le Var, à Fréjus (83600), l'artiste/artisan Mario Ferreri, qui se réfère à l'illustre acteur de théatre et inventeur de la lithographie, Aloys Senefelder (1771-1834)... Sur le pourtour Méditerranéen, ou elle pousse, la Réglisse à très vite été associée à d'autres produits locaux, notamment le miel. La faculté de médecine de Montpellier, qui était la plus connue du monde occidental, la préconisait comme soin et, à la fin du Moyen âge, au XIIIème siècle, les apothicaires de cette ville ont commencé à produire des Grisettes, des BonBons de la taille d'un petit pois, à base de Réglisse et de miel... et ceux-là aussi, foi de Breton gourmand, sont des merveilles  pour le palais... un peu comme le "Comte de fées à l'usage des moyennes personnes" que raconte Boris Vian en faisant référence a ZAN !!

              Pour en terminer avec la Réglisse, que l'on appelle aussi "l'herbe aux tanneurs", et comme suite à un article précédent sur le Quinquina et autres boissons, je ne résiste pas au plaisir de livrer la recette d'une boisson dite "Coco Parisien" qui était servie dans une moitié de noix de coco : Réglisse, 50 gr ; graines de coriandre, 2 cuillérées à café ; 1 litre d'eau ; laisser macérer à froid les graines écrasées et les racines de Réglisse en morceaux pendant, au moins, 4 heures. Passer, puis servir frais ou glacé, sucrer. Eventuellement on peut ajouter une rondelle de citron ou 1 pincée de cannelle... Ne pas  confondre cette recette avec celle à base de quinquina, aussi nommée "Coco", servie autrefois par des marchands ambulants dans les rues de Paris et sur lesquels j'ai écrit un petit paragraphe dans  un texte précédent. Une autre préparation dite " Tisane Hospitalière" que l'on trouvait sur les tables de nuit de tous les hôpitaux français, et surnommée "Bonne à tout", dont voici la composition : 40 gr de Réglisse ; 20 gr d'orge ; 20 gr de racines de chiendent ; du miel ; 1 zeste de citron non traité. Faire macérer la Réglisse épluchée dans 1 litre d'eau froide. Faire bouillir le chiendent pendant 20 minutes dans 1 litre d'eau. A la fin de l'ébullition ajouter l'orge. Mélanger le tout, sucrer avec le miel. Ajouter le zeste de citron... Même remarque que pour la recette précédente, ne pas confondre avec la boisson à base de quinquina servie, autrefois, dans les hôpitaux militaires et à bord des navires de la "Royale"...

                     Vous souvenez-vous des BobBons "CACHOU" ?!  Ce nom vient du Portugais Cacho (1516), issu du Tamoul Kasu = variété d'Acacia, substance tirée de son bois et de ses gousses... Ma mère était friande de ces BonBons, je les adorais et je crois que mon marin-baroudeur de père les appréciait aussi, mais "en douce"... Notre fidèle amie "Blanchette", une vieille dame "routarde", une "anar-pocharde" que j'adorais et que j'ai déjà signalée dans un article précédent, et sur laquelle j'écrirais plus longuement un de ces prochains jours, en était quasi addict... comme du "Tabac à priser" qu'elle sniffait en permanence... Cette confiserie inventée par le pharmacien Léon Lajaunie (1841-1914) tire son nom d'un composant majeur : la poudre de Cachou. Or vers la fin du XIXème siècle, le seul Cachou Officinal utilisé dans la pharmacopée occidentale était extrait par décoction du bois de l'arbre "Acacia Catechu", puis sèchée et compactée en pains... une substance astreingeante, douce-amère, brune, cassante, autrefois connue sous divers noms commerciaux : Cachou de Pégu ou Caschuttie, ou Cachou de Bombay, provenant de Pegu, dans l'Hindoustan... afin de différencier le Cachou Officinal provenant de l'Acacia Catechu des produits des autres arbres... telle que la résine obtenue de la Noix de l'Aréquier ou Areca Catechu. L (palmiers) qui était soupçonnée d'être toxique, dopante, avec des "effets grisants sur le cerveau"... ou des feuilles de l'arbrisseau Nauclea Gambir Hunt, originaire des Indes Orientales, Asie du Sud Est et Malaisie, dont le broyat était surtout employé pour le tannage du cuir et comme teinture, mais également pour arômatiser le "Bétel à macher"... Tous les types de Cachous, y compris l'Officinal ont (avaient) un usage principalement tinctorial dans le monde entier. En Inde, au Bengale et en Asie, le Cachou servit pendant des siècles pour colorer en noir des tissus préalablement teints en Bleu de cave, un bleu profond type cobalt, nocturne ou gentiane, selon les nuanciers actuels (RAL)... En 1833 cette matière tinctoriale devint l'une des plus utilisées, pure ou mélangée, et notamment comme teinte sur bois allant du Brun vif au Brun rouge plus ou moins foncé... Et aussi pour colorer les voiles des navires, donnant alors une couleur Rouge brûnatre caractéristique, comme celles des vieux gréements restaurés que l'on voit désormais voguer au large des côtes bretonnes... Jacques-juste Barbet de Jouy (1787-1864), industriel français qui fut Consul de France à l'ïle Maurice puis à Brème (Nord-ouest de l'Allemagne), dirigea une fabrique de "Toile de Jouy" à Jouy-en-Jonas (78350), achetée en 1821 au fils de Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), et fut le le premier a utiliser le Cachou pour la teinte de ses "Indiennes", il s'en servit pendant deux ans à l'insu de ses concurrents... Il convient de souligner qu'il était le fils aîné de Jacques-Juste Bonaventure Barbet (1756-1813), fondateur lui aussi d'une manufacture d'Indiennes à Déville-lès-Rouen (76250)). Puisque je réside actuellement à Strasbourg je me dois de signaler que c'est à la famille Schlumberger que l'on doit  l'introduction en Alsace de cette technique de teinte au Cachou... L'autre Cachou, l'Officinal tire ses propriétés astringeantes, rafraichissantes et sa saveur particulière de la concentration particulièrement élevée en Catechol, dit également Catechine, ou anciennement Acide Catechique,  en divers dérivés de l'Acide Tannique et en Bio-flavanoîdes tels que la Quercetine.... Dès le XVIIème siècle le Cachou Officinal se vendait un peu partout en France et en Europe sous formes de grains, tablettes, pastilles, (Cachou de Bologne) et teinture... Il était apprécié parce qu'il parfumait l'haleine, tonifiait, et avait certaines vertus supposées médicinales pour les soins dentaires et les maux d'estomac, les diarrhées, les leucorrhées, biennorrées, les catarrhes chroniques et, en infusion, les hémorragies... Selon John Austin Kerr, physicien anglais qui travailla dans les années 1930-40 à lutter notamment contre la Malaria et la Fièvre jaune "la Cachou  de l'Acacia Catechu était autrefois préparé avec le coeur du bois de l'arbre, que l'on réduisait en copeaux et que l'on faisait bouillir dans des vases en terre jusqu'à réduction de moitié de l'eau employée. Le décocté était ensuite mis dans un vase plat, et on l'évaporait jusqu'à 1/3. On laissait reposer la matière pendant 1 jour, puis on l'exposait au soleil en le remuant de temps en temps. Quand la masse était devenue assez consistante on la roulait dans un drap, ou une natte, couvert de cendres, de bouses de vache et on la divisait en tablettes, la dessication était achevé au soleil. On choisit de préférence le bois brun qui fournit un extrait plus léger et blanchatre...". En 1880, Léon Lajaunie change la recette traditionnelle des pastilles/BonBons et commercialise sa création sous son nom dans des petites boites jaunes... Il utilisa plusieurs sortes de Réglisse qui étaient trempées, fondues et brassées. Il y ajouta quelques autres produits : sucre, lactose, gélatine aromatisée et poudre de coco. Après refroidissement il incorpora à la pâte de la Poudre d'Iris et de la Résine de Lentisque comme principes amers. Après repos, il ajouta de l'Essence de Menthe Anglaise. Par la suite il aplatit, étira et étala le mélange sur un marbre huilé sur une épaisseur qu'il voulait la plus fine possible, soit environ 1 mm... Il couvrit les deux surfaces, recto-verso, avec des feuilles d'argent, laissa sècher à l'étuve et découpa la pâte en grains carrés avant de les vernir avec un mélange de Benjoin et de grains de mastic. Le Benjoin, aussi appelé Storax, est un nom qui vient probablement, via l'italien, de l'arbre Luban Jawi ou "Encens Javanais", et possiblement à l'origine du mot Benzène. Le Benjoin est le baume, ou la résine, extrait de diverses plantes du genre Styrax originaires d'Indochine, d'Indonésie et de Turquie, et principalement utilisé en parfumerie et comme encens. Le "Benjoin de Siam" est le plus important des principes actifs du "Papier d'Arménie" que l'on trouve encore dans certaines drogueries. J'utilise ce papier "à bruler" pour désodoriser mon appartement, après une friture de poissons par exemple... La Lentisque, du latin Lentus = visqueux, provient d'un arbuste, le Pistachier Lentisque ou Pistacia Lentiscus. L, qui pousse dans les garrigues et les maquis des climats méditerrannéens, de la famille des Anacardiaceaes, à feuillage persistant et donnant des fruits d'abord rouges, puis noirs. Sa sève est utilisée pour la réalisation d'une gomme à l'odeur prononcée qui, dans l'Antiquité, était utilisée comme chewing Gum, d'où son surnom "Arbre à Mastic"... C'est ainsi que Lajaunie obtint les fameux petits BonBons carrés de couleur noire. Couleur obtenue par d'autres additifs : noir de carbone, colorant alimentaire faite de Poudre de charbon de bois de peuplier, connu aujourd'hui sous le code alimentaire E 15, à divers stades de la fabrication... La petite boite, ronde, d'une taille qui permettait de la mettre dans une poche à gousset, fut conçue par M. Caire, horloger de l'Isle-Jourdain (86), près de Toulouse... La confection fut donnée aux frères Sirven, imprimeurs et fabriquants de boîtes métalliques... Les Cachous Lajaunie étaient en principe vendus dans les bureaux de tabac, donc, à Pont Aven, chez la mère Gourvellec... et chez Prost, mais dans cet établissement je n'allais que très rarement et encore strictement pour acheter la carotte de "butun" (tabac à chiquer) pour mon père... Les cachous Lajaunie devinrent vite le produit emblématique de la ville de Toulouse... En 1905 le petit atelier lajaunie produisait 324286 boites... en 1910, 400 000 boites, en 1930,  2 000 000 et en 1987, 7 000 000... Il importe de signaler ici que Léon Lajaunie, à son départ en retraite, en 1930, céda sa formule, son procédé et sa marque aux industriels-imprimeurs Toulousains de la dysnastie Sirven, contre 1 centime de royalties par boite vendue !! En 1914, la communication des Cachous Lajaunie fut confiée au célèbre affichiste, caricaturiste Italien, naturalisé français en 1930, Cappiello Leonetto (1875-1942), et en 1922 "L'illustration" réalisa une information publicitaire... En 1930, l'agence Havas crée plusieurs dessins animés avec un jeune bambin-héros nommé "Cachounet" qui volait au secours des personnes dont le succès amoureux était menacé par leur mauvaise haleine !! Et certains se souviennent encore de l'arrangement publicitaire du refrain de l'air de  "La belle de Cadix" :  "Chi-Cachi-Cachou Lajaunie... Lajaunie... Han Han" ! Innoubliable, n'est-ce pas !

                    La Pastille Vichy est-elle un BonBon, au sens de "BonBec" ??...  Pour moi assurément non !!  Je l'ai toujours considéré comme une sorte de  médicament. Et pourtant, malgré tout, elle était généralement consommée, sans retenue, comme une friandise, par tous les gamins !! De forme octogonale et de couleur blanche, cette pastille, pesant 2,5 grammes, était un peu dure sous la dent, difficile à croquer... on la suçait en la faisant tourner dans la bouche, et elle se défaisait petit à petit jusqu'à disparaitre en glissant sur la langue... c'était frais et long en bouche... j'adorais celà !! Dans les années 1960-70 les Pastilles Vichy étaient vendues en pharmacie par paquet d'une douzaine d'unités empilées et enveloppées serrées par un papier dont la face interne était argentée... du moins je m'en souviens ainsi... Mais je crois pourtant me rappeler qu'elles étaient également commercialisées en sachets transparents dans les épiceries, en "pochons" comme disaient les enfants... De 1925 à 1950 elles étaient vendues dans de jolies petites boites rondes, ou carrées façon "boîte à sucre", par la maison Vichyssoise Moinet Rémy, confiseur et pharmacien. En 1855 les pharmacies Vichyssoises détenaient la vente exclusive. des Pastilles Vichy... Fabriquées à Vichy elles apparaissent sur le marché en 1825 comme Pastilles à l'Extrait Sec d'Eau Minérale... Auguste Lucas (dcd en 1833), médecin nommé inspecteur à Vichy le 23/01/1801, fonction qu'il tiendra 32 ans, anobli Baron et élu maire de la ville, accorde en 1825 à Joseph Darcet (1777-1844), pharmacien-chimiste parisien, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine, le droit d'extraire la Soude des eaux de Vichy qui étaient alors exploitées en Régie Directe par l'Etat... Joseph Darcet utilisait dèjà, pour son usage personnel, des pastilles au Carbonate de Soude... Dès l'obtention du droit il lui devenait alors possible d'isoler et de concentrer les principes actifs des célèbres eaux... J. Darcet découvrit d'abord les vertus digestives du Bicarbonate de Soude, principal élément des eaux de Vichy... Il en tira l'idée de fabriquer du Bicarbonate de Soude en le faisant Bicarbonater avec le gaz Carbonique qui pousse la montée naturelle de l'eau des sources locales... un débit d'environ 800 litres par heure... Une eau ensuite évaporée pour en extraire les sels à raison de 5,9 grammes par litre... Puis J. Darcet communiqua son procédé a Pierre Batilliat, pharmacien Vichyssois de l'établissement thermal, qui confectionna alors les premières célèbres Pastilles Alcalines de Vichy destinées à améliorer la digestion... Une fabrication plus intensive fut ensuite réalisée par les frères Brosson, Michel Eugène (1786-1851) notaire, et François (1792-1845), tous deux originaires de Volvic, fermiers de l'établissement thermal en 1833. Les frères Brosson ayant obtenu la ferme, c'est-à-dire l'exploitation, grâce à l'appui d'Adolphe Thiers (1797-1877) et du Ministre du commerce Laurent Cunin-Gridaine (1778-1859), développèrent les forages, créèrent un embouteillage industriel et une Pastillerie... Les premiers brevets pour extraire véritablement les sels contenus dans les eaux minérales de Vichy ne sont déposés qu'en 1853. Peu après, en 1857, François Bru, pharmacien et directeur de la Compagnie fermière de Vichy, donne à la Pastille de sa fabrication une forme ortogonale pour la différencier des autres pastilles digestives alors sur le marché.... En 1860 la Compagnie fermière dépose un brevet pour la production industrielle des sels extraits des eaux minérales... Après 1945 et jusqu'en 1960, une dizaine de fabricants diffusent la blanche pastille dont Vichy-Central, Vichy-Etat, Vichy-Lardy sont les trois principaux... En 1966 le Groupe Perrier acquiert la Compagnie fermière... Des années 1960-70 je n'ai pas le souvenir d'une Pastille Vichy arômatisée... et pourtant, en 1954, elles étaient déjà comprimées de façon mécanique à partir d'un mélange parfumé à la menthe... La découpe des pastilles était réalisée artisanalement sur des tables, à l'emporte-pièce, dans une pâte molle sèchée ensuite en étuve. Dans ce mélange, outre les sels et autres extraits de l'eau, du sucre et du glucose étaient aussi incorporés, et je ne me souviens pourtant pas non plus d'un goût sucré... Curieusement ce n'est apparemment pas son goût mais plutôt l'effet provoqué qui me faisait aimer ce produit pastillé très apprécié de l'Impératrice Eugénie (1826-1920), épouse de Napoléon III (1808-1873)... L'Impératrice Eugénie et moi, moi et l'Impératrice, une histoire de palais partagé, peut-être une manière commune de goûter la pastille pour mieux digérer !! En 1862, les Pastilles Vichy furent consacrées par un Décret Impérial en tant que produit original.

                   Dans la série "Pastillerie" je demande les "Pastilles Pulmoll"... Avant d'être Pastilles Pulmoll ce produit était vendu sous forme d'un sirop inventé en 1926 par le docteur en pharmacie Victor Helin... Un sirop énergétique à base de miel et de Menthol... Victor Hélin est aussi l'inventeur de la célèbre Quintonine dont j'ai déjà "parlé" dans une publication précédente... mais c'est son beau-fils, Jacques Lafarge (1907-1997), lui aussi pharmacien, qui invente en 1946, avec Jacques Lacour, les petites pastilles à sucer, où plutöt les pilules (pilula = petite  balle) rouges, ou vertes... Dans mon souvenir elles étaient noires mais, en fait, elles étaient de couleur "marron foncé."... Les Pastilles Pulmoll Rouges se composent essentiellement de sucres, de Terpines, de Menthol, de Chlorydrate d'Amylëine, de Glycirrhizine, ainsi que d'expédients de parfums et de colorants.... Les Vertes contiennent  du Menthol, de la Menthe poivrée en huile essentielle, de l'Eucalyptus en huile essentielle et de la saccharose... et les Marrons, de la Terpine, de l'Amylëine Chlohydrate, de l'Acide Glycyrrhizique et de la Saccharose... Il me semble que ces dernières avaient aussi, en plus, un petit goût de régllsse, et j'aimais les laisser fondre doucement dans ma bouche... Selon jacqueline Lafarge, fille de Jacques , celui qui préparait la pâte des Pastilles Pulmoll était appelé le "cuisinier"... A la différence des Pastilles Vichy les Pastilles Pulmoll n'étaient jamais consommées comme des "BonBecs"... Me concernant c'était toujours sur prescription de ma mère qui répercutait celle du médecin traitant... Mais je suppose qu'il y avait aussi souvent, après quelques ordonnances, une part d'auto-prescription familiale avec la complicité empathique des pharmaciens... une forme de "culture vivrière d'adaptation pharmaceutique" !!... Les Pastilles Pulmoll étaient vendues en pharmacie... Aujourd'hui elles sont réservées à l'adulte et à l'enfant de plus de quinze ans, et dans tous les cas, il est mieux dans parler avec un pharmacien...  Je garde le souvenir assez savoureux de traitements contre la toux, les maux de gorge et le rhume qui avaient le goût des Pastilles Pulmoll...

                  Pour terminer cette publication j'ai gardé la Pastille Valda... inventée par le pharmacien Lillois Henri-Edmond Canone (1867-1961) en 1904... Elevé dans la terreur du "mal de Poitrine", la Tuberculose faisait rage à l'époque, Canone ne jure que pas les essences Antisepiques naturelles... Et le choix du nom Valda, du latin Valetudo, santé et Dare, donné, n'est pas anodin... il résulte d'une décision de Canone après le décès de son épouse suite à une Tuberculose. Il convient aussi  de se rappeler qu'au début du XXème siècle les Antiseptiques n'existaient pas encore... C'est donc dans un contexte un peu particulier que la Pastille Valda, qui "Donne la santé", une gomme verte, de forme conique, enrobée de sucre cristallisé, et qui colle aux dents, est née !! Ses 5 constituants antiseptiques naturels sont la Menthe poivrée (molécule Menthol), l'Eucalyptus Polybractea (molécule Eucalyptol), le thym (molécule Thymol), le bois de Gaïac (molécule Gaiacol), le Pin des Landes (molécule Terpinéol) et de la gomme arabique... On trouve aussi la molécule Eucalyptol dans le romarin, l'armoise, l'absinthe, le laurier, le sauge et le basilic... Le bois de Gaiac, également appelé "Arbre de vie" ou "Bois Saint", qui est originaire d'Amérique Centrale et des Antilles, mériterait bien un petit travail de recherche... Avec ce bois très dur on tourne des Poulies pour la marine, des roulettes pour les meubles et les célèbres "Bourles" Lilloises... les disques de bois de 9 kilos, ovalisées, du "jeu de bourles"... Une petite curiosité doit etre notée ici : Henri-Edmond Canone était un pharmacien Lillois !! Jouait-il aux Bourles ?! Les pastilles Valda étaient toujours présentées dans de  jolies boites dorées rondes, décorées sur le dessus, de 160 grammes environ, on les trouvait dans toutes les épiceries et les pharmacies. Des boites métalliques, dites médicales, à la fois pratiques, et faciles à conserver dans les poches d'un vêtement... au fond desquelles ma mère lavandière trouvait souvent un peu de sucre lorsqu'elle "retournait" mes chemises, vestes et pantalons avant le lavage !! Parfois même mélangé avec du "Carambar" fondu !! Chaque boite contenait une cinquantaine de ces Pastilles coniques qui ne duraient jamais très longtemps. Dès que la boite était ouverte c'était la "curée", quasiment jusqu'à ce qu'elle soit entièrement vidée, consommées comme de simples friandises... Les Pastilles laissaient un super goût "mentholé", très frais, dans la bouche... Sur le couvercle de chaque boite dorée figurait une feuille d'Eucalyptus, qui était un peu l'emblème de la marque. Dans les collections, sur certaines autres boites, on trouve figurée une guerrière, allégorie de la pastille Valda, terrassant, sabre au clair, l'hydre des maladies infectieuses... et sur la face externe du fond de boite, de toutes les boites, était rédigé un texte de présentation avec les coordonnées du fabricant. Quelques années avant l'invention de la fameuse Pastille Henri-Edmond Canone s'installe à Paris en 1899, et "chronomètre en main, il définit son emplacement en fonction de la fréquentation de la rue. Son choix se porte sur le 49 rue de Réaumur, juste en face des magasins Félix Potin"... Son slogan est alors "Vendre bon, pour vendre beaucoup, vendre beaucoup pour vendre bon marché"... En 1920 il produit près de 10 000 boites de Pastilles Valda par jour... Le succès de la fameuse pastille est quasiment mondial... La marque Valda va même s'installer à Moscou en 1908, au Chili en 1917 et en Chine en 1932. En 1943 il crée les laboratoires ValdaFrique qui, sauf erreur existent encore aujourd'hui. Au plan publicitaire la stratégie de Canone est très efficace et variée, mais je m'en tiendrais ici à deux informations dites artistiques, qui me permettent aussi, par un autre cheminement, de faire le lien avec mon enfance et mon adolescence à Pont Aven,... et j'invite le lecteur à se référer aux dernières notes de ma Petite Bibliographie ci-dessous. La première concerne des automates publicitaires créés en 1910, grâce auxquels les vitrines des pharmacies s'animent et se transforment en petits théatres promotionnels et en particulier l'automate "Docteur Valda" immortalisé par l'affichiste Georges Grellet (1869-1959). Le "Docteur Valda" porte un haut de forme, des favoris blancs, des lunettes et une veste bleue, son pantalon est rouge et son gilet blanc, ses gants pécari... Il est décliné sur toutes sortes de supports publicitaires, des carnets d'excellence et buvards d'élèves jusqu'aux wagons de voyageurs... L'automate "Docteur Valda" (1910-1920), en carton moulé, est actionné par un moteur à mouvement mécanique, avec un système de contrepoids (Courtin), et une manivelle en guise de clé pour remonter le moteur. La tête du "Docteur Valda" bouge de haut en bas, puis de gauche à droite.... C'est une jolie machinerie... Suivront d'autres automates, quatre sur un support rectangualire, dont un en tôle lithographiée et emboutie qui reproduit le dessin créé et signé par Georges Grellet : "Pour ne pas tousser, prenez des "Pastilles Valda"... "L'avion Valda" est également un automate dont chacun pourra trouver la description détaillée dans l'un ou l'autre des ouvrages référencés ci-dessous, notamment celui de Marie Boyer... La seconde information concerne Antoine de Saint Exupéry (1900-1944) qui, durant les années folles, signe une affiche représentant un condamné au pied de l'échafaud, déclarant : "Moi je m'en fous, je suce des Pastilles Valda"... Dès les années 1930, la même communication est déclinée dans le monde entier, avec, comme égérie, Micèle Morgan, née en 1920. Et il me semble que cette publicité provoqua quelques remous dans la presse... D'autres affichistes comme Robert Falucci (1900-1989) et, plus tard, Savignas (1907-2002), réalisèrent des "oeuvres" pour Henri-Edmond Canone et les "Pastilles Valda"...

                       Voilà, j'en termine ainsi avec  mes "confiseries", celles les plus "preignantes", celles qui me  "chatouillaient"  le plus...  Et je sais bien que quelques autres "Bonbecs" sont restés collés au fond de ma mémoire, peut-être parviendront-ils un jour à s'arracher des profondeurs pour émerger dans le présent de mes cogitations mémorielles ??  Peut-être...  Mais je n'ai pas fini d'écrire... 

                   Depuis que j'ai lancé ce blog je raconte essentiellement ma famille, mon enfance à Pont Aven et  le Finistère de ma Bretagne natale... vers laquelle je retournerais bientôt, très bientôt... Au fil de ce cheminement, du chemin "emprunté", j'ai retrouvé les "traces" de quelques amis d'enfance... notamment Jean-Jacques, surnommé Dadi parcequ'il est devenu un guitariste virtuose, roi du "picking celtique", et, plus récemment, Pierre, avec lequel j'ai connu de chaleureuses aventures et commis de si pittoresques pêchés véniels, et dont je suis heureux d'être encore l'ami après de si longues années de séparation... Merci à tous les deux !!

    Et parce que je sais qu'il vous recevra les bras chargés d'amitié et de bienveillance, je vous invite toutes et tous, lectrices et lecteurs, à programmer, lors d'un indispensable voyage en Bretagne, le pays des korrigans, des fées et des Chevaliers de la "Table Ronde" du Roi Arthur, celui de la mer et de la cité d'Ys, engloutie sans doute au large de la Baie des Trépassés, un long séjour, entre Lorient et Concarneau, dans le gite rural de mon ami :                                                                                                

    Pierre Rosot, "Le refuge de la salamandre",

    lieu-dit Poultréau, 29300, Baaye. 

    Tél : 06. 62. 48. 81. 10

    Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com                                                                                                                                                                                                                                        

    KENAVO                                                               SIZIG LOEIS AR GARREG

    Petite Bibliographie

    (1Foisil Madeleine, "Journal de Jean Héroard", publication du Centre de Recherche sur la Civilisation de l'Europe Moderne, 2 volumes (Vol. 1, 1601-1608 et Vol. 2, 1609-1628), Fayard, Paris, 1989

    (2) Ruel-Kellermann Micheline, "Louis XIII enfant, sa bouche, et son médecin Jean Héroard", ............... M. Ruel-Kellermann est secrétaire générale de la société française d'histoire de l'Art dentaire et présidente de la société française d'odontologie psychosomatique

    (3) "Journal de Jean Héroard sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628), extrait des manuscrits orignaux, publié avec l'autorisation de S. Exe, Mr le ministre de l'instruction publique. Par MM. Eud. Soulté et Ed. de Barthélémy. Tome 1er (1601-1610), Librairie de Hrmin Didot Frères, fils et Cie, Paris, 1868.

    (4) Labey Robert, "Médicaments de la petite enfance à l'aube du XVIIIème siècle (à propos du journal de Jean Héroard, médecin de Louis XIII), in Revue d'histoire de la Pharmacie, année 1995, Vol. 83, n° 304, pp. 56-66

    (5) Michel Gayraud, "Un Narbonnais du IVème siècle : Marcellus et son traité De Médicamentis", Académie des Sciences et Lettres de Montpellier., 20/10/08, in Bulletin de l'Académie des Sciences et Lettres, T. 39, 2008

    (6) Danielle Gourevitch, "Fabriquer un médicament composé, solide et compact, dur et sec : formulaire et réalités", in "manus Medica", études réunies par François Gaide et Frédérique Biville, publication de l'université de Provence, Aix-en-provence, 2003, pp. 49-68)

    (7) F. Janot, "Les pastilles dorées de Rê : une étape vers l'immortalité", sur le site www.biusante.parisdescartes.fr/shm/VESALIUS/....... année 2000.... F. Janot, pensionnaire de l'Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire

    Danielle Gourevitch, "Pilules romaines. Noms et réalités", Etudes Luxembourgeoises, Vol. 3, in "La thérapeutique dans l'antiquité. Pourquoi ? Jusqu'où ?", 1999, pp. 40-60

    Danielle Gourevitch, "Archéologie et médecine romaine à Reims".... http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhad/vol10.... D. Gourevitch est Directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes...

    Marie-Hélène Marganne, "Les médicaments estampillés dans le corpus galénique", in A. Dedru Ed., "Galen on pharmacology", leyde, Brill, 1997, pp.153-174

    Voir aussi Antoine Thomas, in Journal des savants, année 1920, Vol. 18, n° 1, pp. 15-21

    Martial, ou Marcus Valerius Martialis, "Epigrammes", I-87

    A tous les "branchés" de la Rome Antique et de la Cosmétique je conseille la visite du Blog suivant : http://latogeetleglaive.blogspot.fr

    Voir http://www.ilgionale.it/........ sur le travail d'Elio Cadelo.... qui considère aussi que, selon les résultats des analyses  ADN de certaines traces archéologiques maritimes (bateau naufragé) les Romains connaissaient et échangeaient sans doute déjà avec l'Amérique, et y avaient peut-être débarqué avant les Vikings, et sûrement bien avant le célèbre Christophe Colomb !!

    "La Stéatite dans l'art mobilier du Paléolithique supérieur de Grimaldi (Ligurie. Italie) au Massif de l'Esterel (var. France) : Minéralogie, gîtes et contexte culturel", in "Du Chopper au brillant", sur le site http://precieux.mnhn.

    Concernant les coiffes de Bretagne je conseille le site : http://www.infobretagne.com/coiffe-breton.htn

    Cécile Raaynal, "Un exemple d'eaue minérale artificielle à reconstituer chez soi : les fameux "Lithinés du Dr Gustin", in Revue d'histoire de la pharmacie, année 2007, Vol. 94, n° 356, pp. 505-518

    Sur la Réglisse voir le site http://www.haribo.com/frCH/informations-consommateurs/la-réglisse.html

    Suzanne Amigues, "Histoire des plantes", Ed les belles lettres, 2006

    Sur la lithographie voir http://legrainoir.free.fe/mario-ferreri.html et www.atelier-impression.fr/legrainoir.htm L'association Le Grainoir est basée à Frejus (83600)

    Sur Henri Lafont et les produits ZAN voir les archives de la ville d'Uzès : "Monuments historiques et bâtiments protégés d'Uzès"....  et "Inventaire général du Patrimoine culturel du Gard", réf : I00128727, versement 1995/12/12, Uzès...

    "Mémoires d'un bout d'ZAN. La réglisse dans le Gard", office de la culture de la ville d'Uzès, Ed. Equinoxe... et www.museeharibo.fr

    "Vade-Mecum du pharmacien, aide-mémoire de pharmacie, à l'affaire et au laboratoire", Eusèbe Ferrand, 1891, 5ème édition, Sur le site de la BNF, "Gallica

    "Histoire du Cachou", Antoine de Jussieu, Académie royale de médecine, 1720

    "Dissertation sur l'origine du Cachou", Justin Lamoureux, Montpellier, 1812

    "Eléments de botanique médicale", Alfred Moquin-Tandon, in "Nouveaux éléments d'histoire naturelle médicale", Désiré Cauvet, Vol. 2, 1869

    "Dans la fièvre thermale : la société des eaux minérales de Chatel-Guyon. 1878-1914. Réussite et expansion d'une entreprise thermale", Jérome Penez, Institut d'études du Massif Central, Ed. Clermond-Ferrand, Vol. 1, 1994

    "Vichy et ses alentours : Pôle Pharmaceutique Historique", Cécile Raaynal et Thierry Lefebvre, in revue d'histoire de la pharmacie, n° 359, 2008

    Voir la superbe exposition temporaire "Les boites métalliques de médicaments", collection B. Bonnemain, sur http://www.shp-asso.org/index.php?page=expositionboites.... Société d'histoire de la pharmacie

    Voir "le monde Diplomatique" du 27/02/2012, Jean-Maarie Vaslin, Maitre de conférence de l'A E d'Amiens...

    "Automates publicitaires d'une collection. Réflexion sur leur restauration", Marie Boyer, Mémoire de fin d'étude, année 2001, Ecole Supérieure d'Art d'Avignon. Section Conservation-Restauration...

    "l'âge d'or des automates, 1848-1914", C. Bailly, Ed. Scala, 1987, Paris

    "L'automate et ses mobiles", J.C Beaune, Flammarion, 1980, Paaris

    "Les Automates", J Bedel, Ed. Grancher, 1987

    "Le monde des automates. Etude historique et technique", A. Capuis et E. Gelis, Eds La Rougery, Vol. 1 et 2, 1928, Paris

    "Les automates, figures artificielles d'hommes et d'animaux", A. Capuis et E. Droz, Ed du Griffon, 1949, Neuchatel

    Voir aussi le très intéressant site : http://conservationmachines.wordpress.com/2012/16/automates-publicitaires-dune-collection-memoire

    voir aussi le "Musée de l'Automate" à Souillac et la collection du grand fabricant Roullet-Descamps

  • La lessiveuse "La couronne" de ma mère lavandière à Pont Aven

         Parmi les bassines qu'utilisait ma mère, lavandière à Pont Aven, il y en avait une que je préférais... Préférer une bassine, et une bassine en plastique de surcroît ! Peut-être que je tourne pas rond ?!  Mais c'est vrai, j'étais très attaché à l'une d'entre-elles, elle était un peu jaunissante, translucide, avec des parois très épaisses, un peu lourde (relativement aux autres), elle me donnait confiance, elle avait la confiance de ma mère... Une bassine capable de supporter une chaleur de 80 à 85°... une qui rebondissait lorsqu'on la laissait tomber sur le sol... elle était un peu comme la maîtresse des bassines, c'était la doyenne usagée... Dire que j'avais de l'affection pour elle, c'est presque trop, mais pourtant pas si loin que ça de la vérité !! Pendant presque 2O ans, "fidèle", elle est "restée" au service de ma mère puis est passée au mien et je sais qu'elle sert encore ailleurs aujourd'hui... soit une carrière de bassine d'environ 50 ans !! Bassin, de l'ancien français Bacin, du latin populaire Baccinus, de Baccus, du gaulois Bacca : charge, fardeau (Gallois Baich ; Breton Bec'h). Dans les catalogues de vente actuels ma bassine jaunie est appelée Baquet !! Un baquet rond de 65,25cms de diamètre, 34 cms de haut, pesant 1,8O kg pour une contenance de 55 litres... qui trônait au milieu des cuvettes rondes de 1,5 à 25 litres, en polyéthylène haute densité, plus rigides, beaucoup moins souples... La densité de ces matières plastiques est généralement comprise entre 0,9 (plus léger que l'eau) et 1,8 (plus lourd qu l'eau), mais le plus souvent aussi lourd que l'eau, soit 1... Il y avait aussi quelques seaux de 10 litres en plastique, vert foncé/bleu foncé... 

           Ce "fidèle" baquet professionnel nous servait aussi, au plan domestique, pour la "grande toilette corporelle"... c'est là dedans que, bébé, j'ai pris mon premier bain et que, certains soirs, ma mère reposait ses pieds fatigués dans de l'eau tiède salée !! Il servait autant pour la vaisselle que pour le lavage des légumes ou le triage et l'équeutage des haricots verts.. Je raconterais prochainement la "saison" des haricots verts à Pont Aven et l'activité "vivrière" de certaines familles, les moins riches, pour les usines alimentaires Glouanec et Estival. 

         Ces multiples ustensiles Polypropylène/Plastique formaient comme une couronne autour de l'outil principal de la lavandière : une lessiveuse en tôle d'acier galvanisé posée sur un trépied en fer forgé... Inventée au XIXème siècle, commercialisée vers 1870-1880 et parvenue dans certaines campagnes vers 1900, elle fût généralement utilisée jusque dans les années 60... Elle était souvent offerte comme cadeau de mariage, dans le trousseau !!! Ma mère, qui l'avait acheté, l'utilisait encore vers 1975, c'était une lessiveuse "La Couronne", du même type que celles actuellement proposées par la société Guillouard à Nantes... une cuve à fond plat, en cône tronqué, de 75 litres, en acier galvanisé, dite n° 5, de diamètre base 37, et de diamètre ouverture 49,5, hauteur 49, avec deux poignées soudées, et un couvercle galbé avec poignée centrale soudée garnie d'un manchon fixe, rouge, en bois... Sur la paroi étaient soudés, face intérieure, 3 points d'accroche pour l'installation d'une "araignée" de retenue du linge (une chaînette en croix ou du fil de fer)... celui-ci, au point d'ébullition (100c°) d'une  "cuisson" en circuit constant d'environ 1h à 1h 30, cherchant parfois "à s'échapper" en soulevant le couvercle... Ma mère n'utilisait jamais cette "araignée", elle se contentait d'écarter la lessiveuse du feu ou de le réduire... mais, en fait, je crois que personne ne connaissait le véritable usage de ces 3 ancrages, je n'ai jamais vu cette "araignée" en service à Pont-Aven, ni ailleurs !! Parfois, afin de prévenir encore mieux le risque, j'étais placé d'astreinte près de la lessiveuse... lorsque les draps poussaient en se gonflant comme des voiles je devais les repousser avec la canne en bois de houx épluché... J'avais également la charge de remuer le linge au fil de la "cuisson", et de faire remonter le maximum de pièces du fond sur le dessus, sans démancher le "champignon"... l'exercice était délicat et le risque d'être ébouillanté par les éclaboussures et les écoulements important... c'était plus facile au lavoir qu'à la maison !! Le linge en fond de lessiveuse chauffe mais ne "bout" pas, c'est pour cette raison qu'il faut le faire "tourner"  en  cours de "cuisson"... Parfois, vers la fin de la "cuisson", ma mère extirpait quelques pièces du dessus avec la canne en bois de houx... En effet, lorsqu'elle était au lavoir, pendant que le linge "cuisait" ainsi , ma mère lavait sur la cale voisine les pièces de la "fournée" précédente où celles plus fragiles ne nécessitant pas le bouillant passage dans la lessiveuse... La "cuisson" était parfois réalisée sur la cuisinière bois/charbon de notre logement, alors, pendant ce temps là, ma mère vaquait à d'autres occupations domestiques : cuisine ; raccomodage ; pliage du linge sec et repassage ; soins des poules, lapins et pigeons ; équeutage/triage des haricots verts (pour les usines Estival et Glouanec), etc..., et parfois, simplement, elle veillait en tricotant... et de ces veilles, avec Blanchette, une vieille amie clocharde, je parlerais un de ces jours prochains... Dans les années 40 les livres d'enseignement ménager recommandaient l'usage de la lessiveuse sur fourneau bas, au charbon, au bois ou au gaz, avec un robinet de vidage (voir par ex : Augusta Moll-Weiss, 1934). De 1957 à 1975 je n'ai jamais vu un tel dispositif dans les lavoirs de Pont Aven, à ma connaissance toutes les lavandières utilisaient la même méthode que ma mère et décrite ici...    

          La Lessiveuse à pour origine un système à projection permettant une ébullition dite simple mis au point au début du XIXème pour blanchir le linge avec de la Chlorure de Chaux par Samuel Widmer (1767-1831) à la "Manufacture Royale de Jouy" (1760-1843). La "Manufacture des toiles de Jouy" a été implantée à Jouy-en-Josas, non loin de Versailles, sur les bords de la Bièvre, par l'indienneur allemand Christophe-Philippe Oberkampf (1739-1815), natif de Wisenbach, dans le Baden-Wûttenberg, aidé financièrement par le suisse du Roi au Contrôle Général des finances, Antoine Guerne, dit de Tavannes. Leur manufacture obtient de Louis XVI le titre de Manufacture Royale le 19 Juin 1783, ce qui lui permet de marquer aux armes du roi ses productions de toiles imprimées, et d'être dispensée du Contrôle de l'Inspection des Manufactures... En 1787, Oberkampf refuse la lettre de noblesse de Louis XVI, mais se fait élire maire de Jouy-en-Josas en 1790. Christophe-Philippe Oberkampf est le descendant d'une lignée de teinturiers luthériens du Wuttemberg. Il apprend le métier chez son père établi dans le canton Suisse d'Argovie (en allemand : Aargau) comme fabricant de toiles imprimées (indiennes), puis il entre comme graveur à la manufacture d'impression de Samuel Koechlin et Dolfuss, à Mulhouse. En 1758 il débarque à Paris et débute comme coloriste dans la fabrique (peut-être la Manufacture des Indes de France, voire la réserve de l'Arsenal Royal ???) du banquier (homme de banque en 1754) Jacques-Daniel Cottin, fils aïné de Daniel Cottin (1677-1756)... Son frère cadet, Frédéric Oberkampf, le rejoint dans la capitale en tant que maître graveur chez Antoine Guerne, dit de Tavannes.... En 1762 Christophe-Philippe Oberkampf, qui a alors tout juste 23 ans, est sollicité par Antoine Guerne, pour installer à Jouy une manufacture, ils s'associent donc... Au début le père Oberkampf leur apporte un important soutien logistique (dessins, planches gravées, échantillons imprimés, des plantes tinctoriales, des toiles et des recettes d'impressions codées), il vient même à jouy-en-josas... Christophe-Philippe Oberkampf fait alors évoluer les procédés habituels d'impressions : pendant les 6 premières années il utilise la technique classique de la planche de bois, puis celle de la planche de cuivre et enfin le rouleau de cuivre gravé en creux... Il adopte aussi le blanchiment des toiles au Chlore pour remplacer/éviter l'étendage sur les près. Oberkampf favorise également la mise au point d'une teinte de "Vert Solide" en 1 impression au lieu de 2. En 1770 les deux frères Oberkampf (Christophe-Philippe et Frédéric) obtiennent leurs Lettres de Naturalisation et deviennent Sujets Régnicoles (nationalité française !). Sous le Consulat (1799-1804) Christophe-Philippe crèe un cours de chimie à Jouy et y fait venir des enseignants renommés, tels Berthollet et Gay-Lussac. Samuel Widmer et son frère Gottlieb (auteur du "Mémorial de la Manufacture de Jouy") sont les neveux d'Oberkampf, les enfants du graveur Jean Widmer et de Sophie Oberkampf. Samuel Widmer (1767-1831), né en Argovie (canton Suisse), assiste son oncle Christophe-Philippe Oberkampf dans la fabrication des toiles peintes/imprimées. Il invente la machine à graver les cylindres en cuivre destinée à l'impression des toiles, une machine qui fonctionnait "en continu" et qui fût familièrement baptisée "Bastringue" par les ouvriers de la manufacture... Ce mot est incrusté dans mon vocabulaire courant : "Quel bastringue !!", pour "quel bordel !",  ou "quelle situation compliquée !"... Samuel Widmer anime le laboratoire de chimie de la manufacture et découvre, en 1808, le "Vert Solide", bon teint, cité ci-dessus... On doit aussi considérer le système de cuve à projection qu'il a développé, c'est l'ancêtre de la lessiveuse de ma mère !! Le descriptif de ce système correspond bien à celui, miniaturisé de cette lessiveuse, aussi nommée "Buanderie domestique", à savoir : le principe de la circulation de l'eau à travers le linge ; le double fond perforé et le  tube central permettant à l'eau chaude de s'élever depuis le fond et de se déverser en pluie "par le dessus", en cycle régulier constant ; la chaudière... Cette lessiveuse nous servait aussi, comme le Baquet, pour le plumage à l'eau bouillante des volailles, mais également pour la stérélisation des pots de confitures et des conserves de légumes. Pour ces  dernières les bocaux utilisés étaient "Les Parfaits"...  

         Je tiens à faire ici un petit clin d'oeil lavandier à mes anciens  profs du Département géographie de Paris 8-St Denis, et particulièrement à Thierry, mon pote Pontaveniste : j'ai découvert le plan/dessin d'une lessiveuse pédagogique pour illustrer la zone de convergence intertropicale/pot-au-noir, le contre alizés en altitude, la force de coriolis/accélération de Coriolis, le Jetstream subtropical (Canaries), l'équateur thermique... Pour plus d'infos, rendez-vous sur transquadra.pbase.com, ou http://m1.i.pbase.com/g3/83/462483/2/55907631.LESALIZES.jpg... 

         En 1783, Oberkampf choisit comme chef de son atelier de dessins un peintre très renommé à l'époque : Jean-Baptiste Huet... Avec les indienneurs, les graveurs sur bois et sur cuivre, un artiste de plus pour éclairer encore mes pérégrinations mémorielles Pontavenistes !! Jean-Baptiste Huet est né au Louvre (?!), à Paris, le 22 octobre 1745, il y décède le 22 Août 1811. Son père, Nicolas Huet, dit l'ancien (1718-après 1788), est alors peintre du Garde Meuble du Roi. Jean-Baptiste Huet, élève de Charles Dagomer (vers 1700-vers 1768) et du peintre-graveur Jean-Baptiste Le Prince (1734-1781) dont il suivra les conseils à partir de 1769, entre alors dans la mouvance de style Rococo et s'affilie avec le peintre et goguettier François Boucher (1703-1770), le maître de Le Prince...  Jean-Baptiste Huet se lie également avec le graveur Liègeois Gilles Demarteau (1722-1776) qui gravera nombre de ses oeuvres. G. Demarteau ami de Fragonard et de Van Loo... Membre de l'Académie St-Luc J-B Huet sera reçu à l'Académie Royale le 29/07/1769 comme peintre animalier. Il réalise également des cartons de tapisseries pour la Manufacture de Beauvais... Je vous invite à découvrir le cycle décoratif du  "salon des Huet" au Musée Nissim-de-Camonda, rue Monceau à Paris... Jean-Baptiste Huet excellait dans les  scènes pastorales et légères, les bergeries, et je retiens ici l'une de ses oeuvres en rapport avec mes recherches familiales actuelles, une huile sur toile 055 X 045 intitulée "Paysanne lavant près d'un pont" (id. musée du Louvre)... Selon C. Gabillot la famille Huet constitue "l'une des plus importantes dynasties de peintres du dix-huitième siècle"... Si Jean-Baptiste avait une grande notoriété celle de ses trois fils n'était pas moindre... en particulier Nicolas, dit Nicolas II (1770-1830) pour le distinguer de son grand-père cité ci-dessus... et, à un degré moindre, François "Villiers" (1772-1813) et Jean Baptiste, dit jean-Baptiste II (1772-1852)... ces deux derniers aussi peintres et graveurs.. Nicolas Huet II, peintre du Jardin du Roi, exécute pour le Muséum d'Histoire Naturelle plus de 350 vélins qui entrent dans la collection des Velins du Roi. Il excelle surtout dans les peintures d'anatomie et de zoologie. Entre 1771 et 1786 il illustre, entre autres, avec Jean-Gabriel Prêtre (1780-1845), membre de la Société Linnéenne de Paris et peintre à la ménagerie de l'Impératrice Joséphine (1763-1814) puis au Muséum, les volumes de l'"Histoire Naturelle des oiseaux" de Buffon (Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, 1707-1788). En 1804 J-B Huet est nommé peintre du Muséum d'Histoire Naturelle puis chargé du cours d'Iconographie en 1822... Il travaille lui aussi pour l'impératrice Joséphine, l'égérie de Napoléon !! Au fil de mes recherches j'ai découvert les oeuvres de ces artistes et ça a fait du bien au natif de Pont Aven que je suis !!... Le travail de ces peintres-graveurs animaliers est absolument extraordinaire, et j'ai craqué pour la précision et la beauté de leurs "re-présentations" d'oiseaux !!

         En 1837, René Duvoir (...), inventeur-constructeur parisien, perfectionne le système de Samuel Widmer... On associe aussi le nom de ce dernier au "Thermosiphon", ou "Calorifère à eau chaude", l'ancêtre du chauffage central. Un rapport publié en 1860 indique qu'à la date de publication de l'ouvrage de Louis Figuier (1819-1894) le système définitivement adopté qui fonctionnait dans tous les établissements publics de Paris (hôpitaux, dispensaires, garnisons, lavoirs/bains, manufactures, etc) était  celui de René Duvoir perfectionné par Jules Decoudun (......), aussi inventeur-constructeur d'un "Hydromètre" et d'un "Photomètre"... système Decoudun à son tour modifié par Gay (Lussac ??). On trouve aussi dans la "Description des Brevets d'Invention" publiée en 1848 et dans le "Bulletin de la Société d'Encouragement" de 1849, la description d'un système de blanchissage sous le  titre : "Système de MM Bardel, Laurie et Duvoir, perfectionné par MM Ducoudun et Gay, qui peut être considéré comme le type suivant lequel sont construits tous les lavoirs publics de la capitale". Au cours des années 1860, des fabricants miniaturisent et simplifient les procédés industriels de René Duvoir et Jules Ducoudun, donc une miniaturisation du système utilisé dans les établissements publics de Paris, et proposent "La Savonneuse à circulation", c'est à dire la lessiveuse à champignon... soit une cuve/lessiveuse comme décrite partiellement ci-dessus au 3ème paragraphe, avec un double-fond perforé de 12 trous, un "champignon" percé de 13 trous sur son pourtour et soudé sur un tuyau de diamètre 33 (mobile) encastrable dans le manchon central du double-fond... La lessiveuse type des lavandières !!

         Les lessiveuses sont donc des cuves en acier galavanisé à chaud. Les premier brevets de galvanisation à chaud, au trempé, les premiers trempages, datent des années 1840, ils ont été déposés par le Français Stanislav Sorel (1803-1871), ingénieur-mécanicien associé au négociant Hector Ledru (...). La galvanisation est un dépot de zinc sur la tôle acier, par immersion dans un bain de zinc en fusion d'environ 450°... Le revêtement de zinc est chimiquement lié à l'acier de base car il se produit une réaction chimique métallurgique de diffusion entre le zinc et l'acier ou le fer (à 450°)... Cette gavanisation à chaud est réalisée après assemblage des éléments. Après trempage le zinc, en se refroidissant, cristallise et laisse apparaître en surface un joli "Fleurage"... Et sur ce fleurage, dans le fond de la lessiveuse de ma mère j'ai souvent découvert de drôles d'images parédoliques !! Le zinc est utilisé depuis l'antiquité, des bracelets datant de 5OO ans avant J-C ont été découverts en Grèce... Si l'on doit à Stanislav Sorel la "brevétisation" de la galvanisation à chaud, on doit aussi à un autre français, Paul-Jacques Malouin (1701-1778), de multiples travaux sur la chaux, l'oxyde d'étain, les amalgames de mercure et d'antimoine, d'étain, de plomb et de zinc. Docteur en médecine (à Reims en 1724 et Paris en 1730), Professeur de médecine au Collège de France, et médecin de la reine, membre de la Société Royale, Professeur de chimie au Jardin du Roi en 1745, membre de la Royal Society en 1753, puis nommé membre de l'Académie des Sciences en 1774. Professeur au Collège Royal en 1776 il occupa la chaire de médecine jusqu'à sa mort. Il a publié, entres autres, un "Traité de chimie, contenant la manière de préparer les remèdes qui sont le plus en usage dans la pratique de la médecine ", 1734, Paris ; un mémoire de "Pharmacopée chimique ou chimie médicale", en deux volumes, 1755 et 1760, Paris ; un autre mémoire "Analyse des eaux savonneuses de Plombières" en 1746. Dans une communication à l'Académie Royale de Paris, après de nombreuses années d'expériences dans l'étamage, J-P Malouin découvre en 1741 qu'un revêtement de zinc protége l'acier de la rouille et annonce en 1743 que "le revêtement obtenu par immersion de l'acier dans le zinc fondu a une tenue plus longue et résiste mieux à la haute température"... La découverte de Malouin précédait donc de 100 ans les travaux de Sorel... Le terme Galvanisation est lié à "l'Effet Galvanique" ou "Courant Galvanique" et au nom de Luigi Galvani (1737-1798), physicien Italien qui a, en particulier, étudié la production d'électricité par le contact de deux métaux différents. Mais c'est Sir Humphry Davy qui, lors de son étude de la pile zn-cu d'Alessandra Volta (1745-1827),  après avoir constaté que dans cette pile, composée d'électrodes de zinc et de cuivre, le cuivre était toujours protégé, a, le premier, proposé l'utilisation du zinc pour la "conservation du fer". Sorel s'est donc inspiré aussi des travaux de Davy. Sir Humphry Davy (1778-1829) est un physicien-chimiste britannique. Son père, Robert Davy, était graveur sur bois ! Elève de Rumford et de Grégory Watt, fils de James Watt, il devient membre de la Société Royale de Londres en 1803, et la préside en 1820... Il donne des leçons de chimie à l'Institution Royale créée par le Comte de Rumford et est chargé d'enseigner l'application de la chimie à l'agriculture... A partir de 1810 il a comme assistant Michael Faraday... Médaille Copley en 1805, Prix Napoléon de l'Institut de France en 1807, fait Chevalier le 09/04/1812 il est Médaille d'or Rumford en 1816 (prix créé par Benjamin Thompson, Comte de Rumford, exclusivement décerné à des scientifiques travaillant en Europe). La médaile Rumford a également été décernée, entre autres, à Michael Faraday (ex assistant de Davy) en 1846 ; Louis Pasteur, en 1856 ;  Antoine-Henri Becquerel, en 1900 et à Ilya Prigogine en 1976 (dont je recommande la lecture de "La nouvelle alliance", avec I. Stengers, 1979, Gallimard). En 1818 Davy est ordonné Baronnet par Georges IV et Médaillé d'argent de la Royal Medal en 1827... En 1807 et 1808, grâce à l'électrolyse, il isole le Sodium, le Potassium, le Baryum, le Strontium et le Calcium et démontre que les terres rares ne sont pas des éléments mais des Oxydes de métaux (il s'oppose alors aux théories de Cuvier)... En 1808 il découvre l'aluminium (amuminium) puis en 1813 l'Arc Electrique, qui transforme l'histoire de la lumière artificielle... ce qui lui permet aussi l'invention de la lampe de sureté à toile métallique, dite lampe Davy, pour la prévention des explosions dues au Grisou et au Poussier dans les mines de charbon... En 1824 Davy réalise la première utilisation de la protection Cathodique sur un navire de la Royal Navy : il fixe des clous en fer à l'extérieur, au-dessous de la ligne de flotaison, sur le revêtement en cuivre de la coque... le fer se corrodant plus facilement et plus rapidement sous forme de rouille que le cuivre lorsqu'il est en contact avec la coque, l'effet résultant est la réduction considérable de la vitesse de corrosion du cuivre... La biographie d'Humphry Davy est fascinante, je n'ai rapporté ici qu'une part infime et sélective de ses travaux... une part que je considère en partie "raccord" avec ma thématique lavandière... mais également, pour une autre part, avec l'histoire de mon marin de père (par ex : la ci-dessus protection cathodique "maritime") et avec mon activité d'éducateur technique à bord du vieux gréement "Le Jean Bart" (par ex : un carénage à l'étang de Berre, près de Marseille. Association Aquasso)... Selon Robert Hunt, in "Dictionary of National Biography", publié en 1888, Humpry Davy disait de lui-même : "Je considère comme une chance pour moi qu'on m'ait laissé beaucoup à moi-même quand j'étais enfant, et qu'on ne m'ait imposé aucun plan d'études particulier... ce que je suis je le suis devenu par moi-même"... L'autodidacte que j'ai été jusqu'à mon entrée dans l'univers universitaire ne peut qu'adhérer à de tels propos qui ne devraient pas déplaire à René Barbier (Paris 8 St-Denis) et Gaston Pineau (Univ. de Tours).... Sir Humphry Davy a publié, entre autres : "Eléments de chimie agricole", 1813 ; "Eléments de philosophie chimique", 1813 ; "Traité sur l'art de fabriquer le vin et de distiller les eaux de vie", 1819 et 1825. Les deux derniers ouvrages en éditions fraçaises... La passion d'Humphry Davy pour la composition de ballades et de vers l'a conduit aussi à  publier en 1795 "Les fils de génie", puis "On the mount's bay", "St Michael's mount", ces deux ouvrages sont des vers descriptifs, puis "Consolations en voyage, ou les derniers jours d'un philosophe", publié après sa mort, et "Salmonia", qui est un traité de pêche à la ligne, notamment des salmonidés, dans lequel il recommande la technique du Crimping. Ce traité de pêche raconte aussi ses voyages en France et en Italie. On dit de Davy qu'il était un pêcheur émérite... Je fais ici un autre petit clin d'oeil à Théo Bourhis, réputé pêcheur-chasseur braconnier Pontaveniste, qui m'a appris à élever des pigeons et dont je suis fier d'avoir été l'ami des buissons... et aussi à son frère qui a été mon premier maître en maçonnerie traditionnelle chez Eugène Le Dorze... Comment ne pas admirer Humphry Davy, un brillant bonhomme que je prend le risque de dire sérendipitiste... il épata Cuvier (malgré leur opposition) par ses capacités à produire, presque à la commande, des découvertes et des inventions !!... La sérendipité est selon Pek Van Andel et Danièle Bourcier : "... le don de faire des trouvailles ou la faculté de découvrir, d'inventer ou de créer ce qui n'était pas recherché dans la science, la technique, l'art, la politique et la vie quotidienne, grâce a une observation surprenante"...

         Après avoir trié le linge, généralement en 3 ou 4 catégories : couleurs (toiles moyennes courantes) ; vêtements de travail ; blanc (draps, torchons et autres grosses et moyennes toiles) ; couleurs (tissus délicats) ; lainages divers... ma mère "aménageait" la lessiveuse : placement du double-fond ; emmanchement du "champignon" ; répartition  des morceaux de savons (usés, cassés) et de quelques verres (12, 5 cl) de lessive sur le double-fond (cette combinaison était parfois impossible ou pas souhaitable)... Puis, après avoir fouillé méthodiquement chaque vêtement et secoué/défroissé chaque pièce de linge elle disposait les éléments dans la lessiveuse selon un principe précis, toujours le même ; 1) le plus sale et le plus "gros"  au fond ; 2) draps et serviettes ; 3) linge moyennement fin ; 4) linge fin (selon)... par couche... jusqu'à 1 ou 2 cm au dessous de la couronne du "champignon"... Ici le chargement de la lessiveuse concerne un mélange de linge (grosses et moyennes toiles, blancs et couleurs)... mais parfois ma mère ne chargeait que le blanc, draps et torchons, où seulement les vêtements de travail, et, idem, parfois avec exclusivement les "couleurs"... Elle tenait donc compte systématiquement de la qualité et des types de toiles mais également des teintes... la grande crainte étant la décoloration et le rétrécissement des pièces... Le linge n'était jamais tassé, mais simplement posé autour du "champignon". Sur chaque couche elle versait encore un peu de lessive et répartissait quelques morceaux de savon (lorsqu'il y en avait)... L'habitude était de compter environ 200 à 250 grammes de savon pour 10 kilos de linge., mais ce poids variant selon le type de linge ma mère "comptait avec son coup d'oeil"... Ensuite, à l'aide d'un seau, elle ajoutait l'eau jusqu'à la couverture de la dernière couche de linge, puis elle plaçait le couvercle. Par lessiveuse de 75 litres il fallait environ 220 grammes de lessive, soit environ 30 grammes pour 10 litres d'eau... Pour le trempage à l'eau de javel Lacroix (voir mes publications précédentes) le dosage habituel était d'environ 3 cuillèrées à soupe pour 5 litres d'eau froide, pour un bain d'environ 1/4 d'heure. Pour une cuillèrée à soupe arasée compter 15 grammes, soit 1,5 cl... Avant son chargement la lessiveuse était placée sur un trépied en fer forgé. Il fallait ensuite "démarrer" le feu selon un processus lui aussi  toujours identique : 1) placement du papier froissé (impératif), généralement des journaux (Télégramme, Ouest-France, Détective !!) ; 2) placement du "petit bois" (de fagots, de cageots, de résidus de menuiserie) sur le papier, juste ce qu'il faut !! Les jours "maigres" en "petits bois" on utilisait des morceaux de cartons ; 3) allumage du papier froissé (allumettes en boîte familiale Seita) ; 4) attisement de l'allumage. Une étape cruciale et parfois extrèmement difficile les jours humides ; 4) alimentation du feu avec du gros bois (planches cassées, branches sèches, plus rarement des bûches...). Une fois le feu lancé ainsi entre les pattes du tépied il fallait l'entretenir jusqu'à ce que les 75 litres d'eau parviennent à ébullition... Le foyer du feu devait être "tenu" entre les pattes du trépied... Les jours de grand froid ce poste était mon refuge, enveloppé par la fumée et la vapeur de "lessive", au plus près possible de la lessiveuse, je pouvais poser les mains sur le couvercle... ainsi j'assurais, au chaud, mon service de "gardien du feu" suivant les directives de ma mère... Elle, pendant ce temps là, à genoux sur le coussin de sa caisse à laver, plongeait ses mains dans l'eau glacée du bief (déversoir du moulin Limbourg), savonnait, brossait, essorait encore et encore, jusqu'à ce que, vaincue par l'onglée, elle se lève enfin pour venir aussi se réchauffer... une dizaine de minutes... et se remettait à laver... Je témoigne que certains jours c'était extrèmement dur... J'ai le souvenir de journées durant lesquelles l'eau gelait dans les bassines, mais celà ne suffisait pas pour empêcher ma mère d'aller laver... Prévoyante, lorsque mon père, qui chaque soir et matin tapotait le baromètre, et la radio annonçaient le risque de grand froid, elle s'arrangeait pour qu'il y ait une "lessiveuse à faire"... "Je vais faire une lessiveuse"...  Au lavoir, après avoir mis le linge à bouillir, elle attendait le cinquième ou sixième jet du "champignon"... le 1er indiquant l'atteinte du point d'ébullition, ma mère, autodidacte, permettait ainsi plusieurs cycles complets avant d'extirper quelques pièces bouillantes de la lessiveuse et de les jeter sur la cale... elle se précipitait ensuite dans sa caisse, saisissait une des pièces de linge bouillant, la plongeait dans l'eau, savonnait, brossait, essorait, et ainsi de suite, pièce par pièce... De cette façon elle parvenait à atténuer la morsure glacée de l'eau, elle "mitigeait" le chaud et le froid...

         Notre famille n'était pas riche, aujourd'hui on la dirait Quart-mondiste, très en dessous du seuil de pauvreté... et pour la "cuisson" du linge comme pour la cuisine et le chauffage il fallait beaucoup de bois, c'était une préoccupation                                      quotidienne, nous n'avions pas les moyens de l'acheter... Par ailleurs nous ne pouvions pas en stocker suffisamment...  Chaque jour je récupérais donc des cageots cassés chez la maraîchère, Mme Loreau, qui déballait sur la place aux cochons. Chaque mardi je faisais de même sur le marché aux légumes. A la "maison" je les réduisais en petits morceaux que je mettais en sacs.... Pour le gros bois je prospectais les chemins de campagne, les bords de l'Aven, les chantiers, etc... Je ramassais aussi des cartons que j'écrasais et empilais... Je devais aussi scier le "gros bois" ou le casser par longueur d'1m environ...  Et chaque jour on transportait ce bois au lavoir, juste la quantité pour une, deux ou trois cuissons maximum, soit pour environ 3 ou 4 heures de brûlage... notamment lorsqu'il y avait beaucoup de draps ou de "vêtements de travail"... 

       Le crépitement sec du feu, la fumée s'élevant lentement dans le ciel... Les bouffées de vapeur tourbillonnantes autour de la lessiveuse noircie... L'odeur de la lessive chaude... L'ambiance sonore du frottement de la brosse "chiendent" et du savonnage du linge mouillé... un cadre Bachelardien, presque idyllique, dans lequel je me sens et me suis souvent trouvé bien mais qui ne doit pas occulter le travail harassant de ma mère... J'ai beaucoup parlé de l'aide que je lui apportais, presque trop... le plus souvent, au fil de l'année, elle était seule, toutes les tâches lui incombaient, et elle assurait... elle a toujours assuré ! Et je n'ai pas encore fini de raconter ces tâches !!! 

     

    KENAVO.     SIZIG LOEIS AR GARREG

    Petite bibliographie

    "Etat des techniques de production et de consommation dans l'agriculture et les arts ménagers d'une commune Bretonne", A. Albenque, in Cahiers du centre de recherches Anthropologiques, 1967, Vol 2, N° 2-3-4

    "Savoir laver et repasser", Elisabeth Chouquet, collection "les activités ménagères", 1944

    "L'art ménager français", P. Breton, Flammarion, 1952, Paris

    "Larousse ménager", R.E Jeanne Chancrin, Larousse, 1955, Paris

    "La mécanisation au pouvoir", S. Giedon, T. 3, "Les machines dans la maison",  éd Denoel-Gonthier, 1983, Paris

    "Le manuel du foyer domestique. Cours pratique d'économie domestique", Augusta Moll-Weiss, A. Colin, Paris. J'ai déjà cité cette dame qui fut directrice et fondatrice de l'école libre et gratuite d'économie domestique et d'hygiène. Octobre 1899, Bordeaux.

    "Histoire de la Manufacture de Jouy et de la toile imprimée au XVIIIème siècle", Henri Clouzot, 1928, Ed. Van Oest, Paris

    "La grande encyclopédie. Inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres", T. 6, Ed. H. Lamirault et Cie éditeurs, Edition 1885-1902, Paris.....  BNF, par Gallica...

    "Samuel Widmer", Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang, in "Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie", 1878.

    "Les Huet : Jean-Baptiste et ses 3 fils", C. Gabillot, Ed. L. Allison, Collect. "Les artistes célèbres", 1892, Paris.

    "La banque Protestante en France", Serge Chassagne, 1961, II, Paris

    "La toile peinte en France au XVII et au XVIII siècles", Serge Chassagne, E. Depitre, 1912, Paris

    "Les merveilles de l'industrie, 1867-69", Louis Figuier, T.2, Furne, Jouvet et Cie Editeurs, 1880, Paris. Très bel ouvrage !

    "De la sépendipité dans la science, la technique, l'art et le droit", Cathy Champanhet. Bel ouvrage ! voir www.calameo.com

    http://terresacree.org...... Association SOS Planète

    http://cbaillat.skyblog.com

    www.ecomusee-broceliande.com..... sur l'expo itinérante "Les laveuses"

    www. christies.com

    www.rtpcompany.com.... sur les coloristes de la RTP Compan             

    http://codabou.wordpress.com/textes

    Voir/visiter le musée de l'impression sur étoffes de Mulhouse

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Moelan sur Mer-Le Havre-New-York-Pont-Aven

    Ce dimanche 27 janvier 2013 j'ai assisté, depuis mon salon, à l'arrivée du "vendéeGlobe"... et je dois avouer que j'ai été saisi par une forte émotion... d'autant plus forte que depuis quelques semaines je travaille à la reconstitution de l'histoire de vie de mon marin de père... et, notamment, par l'étude de ses divers embarquements pour la pêche, dans la marchande et dans la royale - il était quartier-maitre en fin de carrière et mousse à tout juste 13 ans -... Aujourd'hui donc, assis devant la télé, bien au chaud, je me "raconte" que c'est mon père qui gagne... et, en tous cas, qu'il aurait été heureux d'être au milieu de tous ces compétiteurs... il adorait Tabarly et Kersauson... pas seulement comme glorieux marins, mais aussi comme glorieux bretons, je ne sais quel part dominait, mais j'ai quelque fois vu, brièvement, une ou deux larmes couler sur ses joues burinées... La passion de la mer jusqu'à la déraison...

    Dans l'une de mes notes précédentes j'ai indiqué que mon père avait embarqué sur le TALY le 13 septembre 1943, à Doélan... Il s'agit d'une erreur, plus exactement une difficulté de lecture de son fascicule de mobilisation... En fait il s'agit d'un bateau de pêche, le "VAS Y J'EN REVIENS", matricule 4422, quartier de Doélan (L), patron ORVOEN Louis Joseph (1916-1973), et, semble-t-il, construit en 1926 à Pont l'Abbé (29)... et je salue ici la famille ORVOEN à laquelle j'appartiens aussi...

    Toujours en  suivant les enregistrements du fascicule de mobilisation  (inscription maritime) je suis parvenu à identifier deux nouveaux navires sur lesquels mon père a navigué comme matelot: 1) Paquebot FIGUIG, ex-GRANTALA, construit en 1903, appartenant à la Compagnie Générale Transatlantique, 106.67 de long, 13.79 de large, ligne Afrique du Nord, démoli en 1934...  Embarqué le 07 novembre 1923, mon père avait alors 18 ans... 2) Paquebot GUADELOUPE, ex- CHICAGO, mais en service en 1908, appartenant à la Compagnie Générale Transatlantique, ligne Bordeaux-New-York, démoli en 1936... Embarquement le 12 janvier 1924... et débarqué au havre le 04 juin 1924 (à vérifier !!)... Mon père a beucoup navigué sur la ligne Le Havre-New-York... Je conseille  ici un site extrèmement intéressant pour les  chercheurs  " maritimes " : WWW.FRENCH LINES, dont le fonds d'archives sur la marine marchande est très riche et contient de superbes photos..

    j'ai également découvert l'existence de la  Soociété Boulonnaise d'Armement Le Garrec... évidemment je souhaite en savoir plus sur cette société qui a été reprise par Euronor  !!  !

    Ci-dessus j'indique mon lien avec la famille ORVOEN, je cherche aussi des rapports généalogiques agnatiques avec les familles TROADEC, COLOMER, PENDELIOU, DANIELOU, DAVID, SOUE, RICOUARD, LE GUDEC, MALCOSTE, BINDIN, HERVE, LE BLOA, GUERNALEC, DOZ ou LE DOZE, HATE ou HALE, TANGUY, dans la région de Lorient, Moélan sur mer, et alentours...

    Concernant ma lignée agnatique Le Garrec  j'en suis  à  Sébastien Le Garrec né en 1787 à Kerglouanou, en Moélan -sur-mer (29). C'est, à ce jour, mon plus vieil ancêtre, et aussi, peut-être (sûrement) l'un des tiens chère Jeannine... Je dis ici un morceau de mon travail de reconstitution généalogique...

    Cette année est une date anniversaire pour la France et l'Allemagne... De la lignée Le Garrec, de Kerglouanou, je ne suis plus le dernier mâle puisqu'un fils m'est  né en novembre 1996... Par Moi il est Breton et par sa mère il est Allemand, donc officiellement il est bi-national, mais, Pour Moi, il est  citoyen du monde...  et j'espère que dans les temps à venir il parviendra à se réaliser... en n'oubliant pas... la mer !!

    Sizig Loeis Ar Garreg

    Kénavo

     

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  • Au Bleu Guimet ma mère lavandière à Pont Aven azurait le linge

         Dans la cité des peintres ma mère azurait !! A genoux dans sa caisse, quotidiennement, été comme hiver, elle jonglait avec les matières colorées... des laines, des cotons, des soies, quelques fois des lins, et même des polyamides... des rouges, des bleus des verts, des jaunes, des gris, des noirs, des blancs... des familles lingères fatiguées d'avoir été portées, suppliciées, parfois déchirées, souvent souillées, chargées de sueur, les exhalations du labeur, tristes d'avoir été tachées, un peu raides et faisant grise mine, presque vexées, désabusées, chiffonnées... et dans l'attente impatiente d'être lavées... je les enttendais presque crier cette impatience et leur détresse... et je crois bien que ma mère les entendait aussi, en vérité j'en suis sûr ! Une multi-coloritée fanée que ma mère triait respectueusement en solitaire (quelquefois avec moi, petit-enfant, pré-ado, puis jeune ado)... comme pour préserver l'intimité... un peu comme en amitié... il est vrai qu'elle connaissait certains vêtements depuis longtemps, de même certaines lingeries et draperies... le pantalon de Paul, les chaussettes de Marc, le slip de Joseph, la culotte de Sylvie, le gilet de  Michel, les draps du couple Ambroise... Dans ces moments là des vies se racontaient, et que l'on veuille bien me croire : le linge sale ça parle... ça dit en un flot de mots avalants les choses de la vie, une logorrhée chuchotée pour un soulagement partagé... La profonde vérité sur les commérages au lavoir est ici... le linge parle beaucoup de sa vie au foyer, au milieu des siens... il raconte ses journées de travail, ses sorties "en solitaire", ses loisirs en famille... le linge de service et le peuple des habits, ainsi confiés pour être lavés, se confient au secret de la lavandière au coeur tendre... Et, il ne faut pas se laisser tromper, au lavoir jamais il n'est dit du mal...

          En règle générale ma mère triait le linge sale à la  maison, dans la cour arrière du 14 rue des meunières... Il y avait les jours du "blanc" et les jours de la "couleur". Les jours du "blanc" étaient ceux consacrés aux draps, aux torchons et autres linges en toile qui ne déteignaient pas et supportaient la cuisson. Les jours de la "couleur" étaient  réservés aux vêtements de travail et aux matières un peu rudes, les "couleurs" qu'elle triait aussi par "risque de déteinte". Mais pour chaque journée de travail au lavoir ma mère réservait également un temps pour le linge délicat - lainages, soieries, polyamides, etc - qui était traité différemment pendant que l'autre tri, "blanc" ou "couleur", cuisait ou trempait (pré-traitement avant cuisson, javelisation et azurage après lavage). Son triage était technique, elle répartissait les pièces sales dans de grandes bassines. Parfois le linge trié était directement "mis à tremper" ou chargé dans la lessiveuse pour une "cuisson" sur la cuisinière bois/charbon règlée "à petit feu"... Le lendemain, après avoir préparé le petit déjeuner pour ses 3 hommes (mon père, moi, et mon frère utérin Louis), ma mère chargeait sur sa brouette ce linge pré-traité, et donc mouillé, et la "roulait" jusqu'au lavoir. Elle faisait souvent deux tours... Toutefois, le plus souvent - selon les circonstances, le volume de linge et la météo -, la "cuisson" et le "trempage" étaient réalisés sur le site du lavoir, alors le linge transporté était sec, et donc moins lourd. Pour ma lavandière de mère chaque journée de travail durait, régulièrement et au minimum, 16 à 17 heures !!

         Le jour du "blanc" était aussi celui de l'eau de javel et du Bleu Guimet. Après la cuisson le linge était extrait de la lessiveuse et jeté sur la cale de lavage, devant la caisse à laver en bois (fabrication artisanale maison cette caisse est aussi appelée Agenouilloir ou Carosse dans d'autres régions). Cuit à la maison ce linge avait eu le temps de "refroidir", mais cuit sur place, au lavoir, il était jeté "bouillant" sur la pierre, ça éclaboussait... je me suis souvent légèrement brûlé ainsi... Ma mère s'agenouillait sur le coussin de son Carosse et brossait, savonnait, rinçait dans l'eau du bief, essorait par torsion, et recommençait à brosser, savonner, rinçer, essorer... et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle estime le linge décrassé, lavé, enfin propre... elle le jetait alors dans une grande bassine posée à une "portée de bras", ou le mettait en tas à proximité... Une fois la lessiveuse vidée ma mère quittait sa caisse, défroissait chaque pièce lavée en la secouant énergiquement puis la jetait dans une autre grande bassine remplie d'eau puisée avec un seau dans la rivière... A cette eau avait été préalablement ajoutée une dose de "javel Lacroix" variable selon le volume du trempage et le type de linge. La durée de ce trempage à l'eau de javel variait, ma mère n'avait pas de règle absolue, son coup d'oeil lui donnait la marche à suivre... Ensuite, après un nouveau cycle de rinçage/essorage manuel, le linge blanc passait systématiquement dans un trempage au Bleu de Guimet.

         J'ai longtemps confondu le Bleu Guimet avec le Bleu de Methylène ou Chlorhydrate de Tétraméthylthionine, dont la base est un ammonium obtenu par l'action de l'Oxyde d'Argent... base appelée Bleu Borel... C'est un colorant basique progressif dangereux pour la santé et l'environnement...

         Le Bleu d'Outre-mer était autrefois extrait exclusivement du Lapis-lazuli, une pierre semi préciieuse utilisée en bijouterie et ornementation. Ce n'est qu'à la fin du moyen-âge que la méthode d'extraction de la couleur bleue de cette belle pierre est découverte. Le nom d'Outremer provient de l'appellation Azurro Ultramarino, "le Bleu d'Au-Delà des mers". Le Lapis-Lazuli (pierre d'azur), qui provenait principalement d'Afghanistan, atteignait jadis le prix de 2OOO francs la livre (soit environ 13119 euros !!), un prix alors très voisin de celui de l'Or !! La recherche d'un produit pigmentant  "Bleu outre mer" à moindre coût trouve ses origines en 1787, quand GOETHE découvre le premier la formation d'une matière bleutée sur les parois des fours à Soude. Puis c'est au tour du sieur Tassaert, en 1814 - alors chimiste et directeur-fondateur de la Fabrique de Soude de la Manufacture de Saint Gobain, à Chaunay - de faire le même constat. Je dois indiquer ici, comme un clin d'oeil à tous les marins du monde, dont évidemment mon père, que ce chimiste, ancien élève de Nicolas Vauquelin, a aussi collaboré avec le physicien Augustin Fresnel (1787-1827), alors secrétaire de la Commission des Phares depuis 1819, pour la mise au point des coulées de verre nécessaires à la réalisation des "Lentilles à échelons" équipant les phares maritimes, et dont le premier a été allumé selon ce procédé en 1823 à Cordouan, en Gironde. On doit l'invention de ces "Lentilles à échelons" au Comte de Buffon, dès 1745. Par ailleurs, pour mémoire, et encore pour faire référence au monde de la mer, je rappelle que la Soude est obtenue par le traitement à haute température du sel marin, selon un procédé inventé en 1791 par Nicolas Leblanc (1753-1806). Nicolas  Vauquelin (1763-1829), pharmacien et chimiste, est chargé de l'analyse de la matière découverte par Goethe et confimée par Tassaert, il montre alors la grande proximité chimique avec le pigment du Lapis Lazuli. Lors de la séance du lundi 22 novembre 1813, à l'académie des Sciences, Nicolas Vauquelin présente son étude et démontre ainsi les possibilités de fabriquer artificiellement de l'Outremer. On doit aussi à Vauquelin la découverte, entre autres, de deux éléments chimiques ; le Chrome en 1797 et le Beryllium en 1798. En 1809 il isole le principe actif du tabac (nicotiana tabucum), la Nicotine (alcaloîde volatil), puis découvre la Pectine et l"Acide Malique dans les pommes. En 1824 la société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale lance un prix pour la découverte du "Bleu Outremer Artificiel". Deux conditions sont posées pour cette invention : 1) réunir toutes les qualités que l'on reconnait au Lapis Azuli ; 2) que le procédé de fabrication n'excède pas le prix de 300 frs le kilo dans le commerce. En 1825 aucune invention n'étant annoncée, le prix est reconduit. Le but est finalement atteint par Jean-Baptiste Guimet avec un composé chimique de son invention... Guimet, fils d'un architecte, est ingénieur des Ponts et Chaussées... il est né en 1795, jugé et admis à l'école Polytechnique à 17 ans, il en sort en 1816... En 1817 il intègre le Service des Poudres et Salpêtres de l'Arsenal de Paris, puis la Poudrière Bouchet, près d"Arpajon. En 1825 il est nommé commissaire adjoint aux Poudres à Toulouse. L'année suivante il épouse Rosalie (dite Zélie), fille du peintre paysager jean-Pierre Xavier Bidauld, et elle-même peintre et élève de Girode. Jean-Baptiste Guimet est nommé président de l'Académie des Sciences en 1852. Il crèe, en 1855, la Compagnie des Produits Chimiques d'Alais et de la Camargue, connue aujourd'hui sous le nom de PECHINEY. Son fils Emile (1836-1918) prend sa succession en 1860 à la tëte des usines du  Bleu Outremer créée en 1831 à Fleurieu-sur-saône, puis assure la présidence de PECHINEY de 1887 à 1918...

         Le composé chimique inventé par Guimet obtient le prix de la Société d'Encouragement pour l'industrie Nationale (6000 frs Or), le 3/11/1928, puis les médailles d'Or à Londres en 1851,  New York en 1853 et à l'Exposition de Paris en 1934. Ce composé sera livré soit sous forme de poudre, soit aggloméré en boules, cubes ou rectangles... INGRES en  fit l'essai et l'utilisa en poudre pour peindre la draperie del'une des principales figures de la Représentation de l'Apothéose d'Homère sur le plafond du musée Charles X au Louvre.

         L'Outremer Guimet a toujours été considéré comme un pigment parfaitement sûr et inoffensif pour l'organisme et à longtemps été utilisé comme coloration ou azurage de certains aliments, cosmétiques et produits pharmaceutiques (cachets et onguents contre les affections respiratoires !!)... mais également pour l'azurage du papier et la fabrication des encres d'imprimerie, les papiers peints, les revêtements de sol, les cuirs, les caoutchoucs, les matières plastiques, les savons, les apprêts... Dans le cadre de mes activités techniques professionnelles - conduite de chantier de rénovation, de restauration patrimoniale et de création, de formation et éducation technique - j'ai très souvent utilisé cette poudre bleue pour colorer des enduits à la chaux (sable/chaux blanche/Bleu Guimet) et réaliser des fresques "en plein", mais également comme marqueur pour le repérage des infiltrations d'eau et des circuits égoutiers... et encore pour le poudrage des cordeaux "à taper" ou "à tracer"... Il y a quelques années, en 2008, j'ai trouvé, sur un chantier d'insertion dont j'assurais l'encadrement, une caisse chargée de quelques centaines de boules Guimet, non enveloppées... le site était celui du Fort Joffre (rebaptisé ainsi par la France, après la guerre de 14-18 et la restitution de l'Alsace ), l'une des 13 fortifications de la ceinture de défense élaborée en 1870 autour de Strasbourg par les armées de l'Empire Allemand... Ces boules de Bleu Guimet étaient vraisemblablement destinées au service de buanderie/lingerie de la garnison... Une "trouvaille", presque magique, imprégnée de romantisme malgré le cadre martial... qui a alors agit en moi aussi sensiblement et profondément que "la madeleine de Proust",  et réactivée mes multiples sensations et perceptions vécues lorsque j'accompagnais au lavoir Limbourg, à deux pas du Pont, les dures journées de "buées" de ma mère lavandière...

         En Bretagne, à Pont Aven, dans les années 50-60-70, le Bleu Guimet utilisé par ma mère était vendu par les droguistes sous forme de petits sachets. La poudre non compactée était enveloppée dans un petit carré de tulle/mousseline ligaturé très serré, en "col", avec un fil de coton. Si je me souviens bien ces sachets étaient emballés par lot de trois ou quatre dans une boîte bleue et blanche en carton !! Dans les années 60-70 le Bleu Guimet était distribué par la société anglaise Reckitt et Colman. Les nombreux artistes qui s'activaient dans les rues et alentours de Pont Aven utilisaient peut-être cette poudre bleue ensachée, je ne sais... mais, bien sür, j'aime à penser qu'ils côtoyaient ma mère, au moins lors de leurs achats dans les drogueries !! Ma mère lavait peut-être le maigre bagage linger et vestimentaires de certains d'entre-eux, je ne sais pas non plus... Ceux que j'ai connu se débrouillaient seuls... en "célibataire" !!

        Pour réaliser l'azurage du linge blanc ma mère remplissait une ou deux grandes bassines en "plastique/caoutchouc" avec de l'eau "froide" de rivière, évidemment propre. Dans la bassine un sachet de Bleu Guimet était "ancré" par un fil coton attaché par son "col" et relié par l'autre bout à l'une des poignées, on pouvait donc le retirer facilement, il ne pouvait couler, ni marquer le linge en s'y attachant... On aidait la poudre à se délayer en remuant l'eau avec la main, et en secouant le sachet au bout du fil... Ce n'est qu'ensuite, lorsque plus aucune lignée bleue n'apparaissait dans l'eau, que ma mère y étalait le linge, propre et bien rinçé du trempage javelisé précédent... elle  brassait doucement, presque mollement, chaque pièce... la durée de ce "trempage-brassé" variait et, là encore, c'est le "coup d'oeil" expérimenté de ma mère qui décidait... en général ce trempage était assez court, une dizaine de minutes au grand maximum, en fonction de la matière et de sa texture... le coton, par exemple, est plus absorbant... de mëme que le linge blanc neuf... Chaque pièce de linge était alors rapidement essorée, défroissée par secouage, et étendue sur un chevalet voisin, en bois et de fabrication "artisanale familiale"... Dans le processus d'azurage le défroissage et l'étendage doivent être menées rapidement pour éviter le risque de l'accumulation de bleu dans les plis, le zonage ou le pointillisme bleuté... Le lavoir public Limbourg, situé au centre ville, loin des étendues d'herbe et  ne pouvant recevoir un étendoir traditionnel à linge (corde tendue entre deux points d'attache et soutenue par une perche), notre famille a créé ce type d'égouttoir mobile sur chevalet que l'on pouvait, "à la demande", coupler et relier avec des perches transversales, ce qui offrait par module, au minimum, 1 à 2 m² d'étendage à plat. De temps en temps le linge étendu ainsi était déplacé sur l'installation afin d'améliorer la "qualité" de l'égouttage et du sèchage... ce système valait autant pour les draps !! Seul le linge blanc, ou très clair, était azuré... L'azurage au bleu augmente la luminosité du linge blanc parce qu'il absorbe les ultraviolets, c'est donc un effet d'optique qui ne vaut pas pour le linge de couleur forte... Ce type d'étendage était donc adapté aux besoins localisés d'une lavandière très expérimentée... Ma mère organisait aussi ses périodes de travail au lavoir en fonction de la durée du jour, le lavoir n'étant pas éclairé... A la fin de la journée elle chargeait sa brouette et transférait la totalité du linge lavé à la maison... et l'épinglait sur l'une des cordes tendues dans l'arrière cour ou la pièce "à vivre" de la rue des meunières... le sèchage du blanc azuré continuait ainsi toute la nuit., et parfois toute la matinée selon la météo, la saison... Son travail de lavandière bouclé ma mère pouvait alors préparer et servir le diner pour ses trois hommes de retour à la maison !!

         Beaucoup de peintres ont "traité" le thème des lavandières, ainsi : Gauguin ; Octave Tasseart ; Frits Thaulow ; Henri-Emile Vollet ; Max Jacob ; Paul-Emile Pissaro ; Henri-Alphonse Barnoin ; Edwar Hopper... et vraisemblablement beaucoup d'autres encore, plus ou moins connus... il ma semblé que tous ceux-ci  traitaient cette thèmatique de loin... d'un point de vue lointain... comme s'il leur fallait garder une distance... ne pas se risquer à entrer dans l'intimité du linge... comme si les couleurs au milieu desquelles les lavandières oeuvraient étaient trop souillées... trop humaines... et ne rayonnaient plus suffisamment... Je ne sais... Je suis légèrement troublé, c'est tout. Mon vécu "Lavandier" trompe peut-être ma lecture des oeuvres artistiques et ma compréhension de l'ouvrage de l'anthropologue Mary Douglas !

         Tous les jours ma mère jonglait avec les couleurs.... une jonglerie au sens propre !

     

    Petite Bibliographie

    "Le Bleu Outremer, invention d'un pigment", Daisy Bonnard,, in La revue du marché des arts et métiers, septembre 2006, n°46-47

    "Mémoire sur l'Outremer Guimet", Daisy Bonnart, CNAM-CHDT, DEA en histoire des techniques, sous la direction de Liliane Hilaire-Perez

    www.culture.gouv.fr/public/mistra/palsssri_fr     sur Guimet

    collections.bm.lyon.fr    sur Guimet in Le Progré illustré

    http://centreartisanalbleuguimet.fr

    httpp://cuf.fournier.pages-orange.fr   sur l'exposition "Le Bleu au fil des siècles", janvier 2009

    Fond Cartolis.org sur www;culture.fr

    KENAVO                                                                                       SIZIG LOEIS AR GARREG

     

     

     

     

     

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  • Ma mère, lavandière à Pont Aven

         PONT AVEN, ville de renom, 14 moulins et 15 maisons....

         Je ne sais pas combien il y avait de lavoirs dans la ville des peintres mais, à n'en pas douter, au moins autant que de moulins... Sur les bords de l'Aven, au fil de l'eau courante, certains étaient abrités sous une toiture sommaire en tôles ondulées métalliques ou "ondulines" fibro-ciment (Eternit !!) et d'autres "à ciel ouvert", sur des pierres plates.. il suffisait alors que l'on puisse y poser une caisse à laver et y étendre le linge à savonner et brosser... et de telles pierres jalonnaient, et jalonnent encore, cette rivière.

         Je crois bien que ma mère a été la dernière lavandière de cette ville d'artistes... sûrement la dernière... En fait j'en suis persuadé !! Originaire d'Ergué Gabéric, où elle est née en 1912, elle s'est installée à Pont Aven vers 1950...  et elle y est décédée en 1978.

         Ma mère lavandière, mon père marin... deux univers de vie au fil des eaux douce et salée... et une rencontre sur les rives mouillées d'une eau composée dans le calme "alchimique" de la vallée de l'Aven... une eau saumâtre comme un étrange doublement de mondes... et des cheminements... De cette union je suis né Poisson un 1er mars !!

         A Pont Aven ma mère était connue essentiellement par son premier prénom :  Marie... elle n'était que très rarement appelée Marie Magdeleine... Le plus souvent elle était nommée Marie Garec, et donc avec effacement de l'article Le, ce qui, aujourd'hui encore, me met systématiquement en colère... j'y vois comme un déni, du moins une forme d'irrespect... Un relent de pratiques réductionnistes et d'effacement culturel identitaire... combiné avec une forme de fainéantise administrative voire, une incompétence...

         Je ne dispose d'aucune information sur les activités de ma mère depuis qu'elle est née jusqu'à son arrivée à Pont Aven, avec son maigre baluchon. Elle s'est alors installée dans une chambre de l'hôtel-restaurant Scavennec, 14 rue des meunières, où, je le suppose encore, elle a travaillé quelques temps !? Et c'est vraisemblablement durant cette période qu"elle a rencontré mon père Guillaume Joseph. Par contre, ce dont je suis certain, c'est qu'elle y a résidé de mars 1952 jusqu'au printemps 1972. Avec mes parents j'ai vécu dans cette chambre depuis ma naissance en 1952 jusque vers 1970 (ma période freakie/hippie). Parfois nous y recevions la visite de mes demi-frères Louis, Robert, et plus rarement Jean... Je raconterais dans une prochaine publication notre vie dans cet espace quartmondiste de tout juste 30 m²...

         Trois établissements constituaient alors le commerce de Mme Scavennec ; le restaurant au 14 rue des meunières ; un bâtiment hôtelier dans l'arrière-cour du restaurant ; un second bâtiment hôtelier, côteau de rozambidou... La  fenêtre de notre chambre, au rez-de-chaussée (ou rez-de-cour), donnait sur la cuisine du restaurant, en face, à tout juste 3 mètres... Cet entre-deux abrité des regards formait courette intérieur et "nous" servait de séchoir... une corde à linge y était tendue en permanence sur les 1O mètres, environ, de la façade de l'immeuble hôtelier... deux perches fourchues, en bois, ligaturées, soulageaient en trois parts le poids du linge qui était "étendu", épinglé.

          Les clients ne portaient jamais leur linge sale jusque chez nous... ainsi il fallait aller le chercher !! Ma mère se chargeait de cette  "prise en charge", 1ère étape de son travail de lavandière. Presque curieusement, jamais une telle mission ne m'était confiée ! Et pourtant, n'en déplaise au client puritain, ce linge passait souvent entre mes mains lorsque j'assistais, comme "manoeuvre", ma mère : triage du linge sale par matière et couleur; trempage puis mise à la "cuisson" dans la lessiveuse; extraction du linge "cuit" de la lessiveuse et transport sur la cale de lavage; trempage et azurage; essorage manuel; transport vers le séchoir; étendage du linge mouillé sur la corde puis dépose du linge sèché; pliage; emballage...  Et c'est encore ma mère qui assurait la livraison à domicile !!

         Ce travail de lavandière était particulièrement astreignant, et c'est peu dire !! Pendant près de 25 ans ma mère a lavé le linge de ses clients Pontavenistes... Mes souvenirs sont habités par ces longues et harassantes journées de lessive... Chaque jour, été comme hiver, quelque soit la météo, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, qu'il gèle où que le soleil fasse fondre le bitume, ma mère lavait le linge... Lorsque, "à la nuit tombante", elle rentrait à la maison, avec son "barda"  et le linge lavé encore mouillé, ce n'était jamais la fin de sa journée de travail... il lui fallait encore assurer le "service familial", "tenir son foyer", préparer le repas pour deux, trois ou quatre,  hommes, puis... épingler le linge sur la corde tendue dans la courette, parfois aussi raccommoder quelques chaussettes ou repasser nos chemises !! Il arrivait souvent, lorque le temps était mauvais, que le linge soit étendu sur une seconde corde à linge installée dans la pièce à vivre (la chambre). L'hiver, la cuisinière Bois/Charbon était alors chargée "ras la gueule" et ne tardait pas à "ronfler l'enfer", le linge sèchait ainsi rapidement. Souvent, lorsque la charge de lavage était importante, ma mére, pour se donner un peu d'avance sur le travail du lendemain, installait la lesiveuse sur la cuisinière, et mettait ainsi le linge à "cuire" pendant la soirée... qui, alors prenait un peu de longueur... jusqu'à minuit ou une heure du matin, voire plus "tard" encore... pour un lever quotidien vers 5h30/6h !! J'écrirais prochainement l'une de ces soirées...

          "Son" lavoir était situé près du pont, au centre ville... on l'appelait le lavoir Limbourg parcequ'il était accolé à un  ancien moulin, transformé en minoterie, appartenant à cette famille. Certains anciens l'appelait, en breton, Poull-Houad, le trou aux canards/la mare aux canards... d'autres disaient Poull-hoas, comme il est encore orthographié ainsi dans les guides... Cette installation, moulin-minoterie-lavoir, n'existe plus, elle a été détruite, une agence du Crédit Agricole (avec parking) est désormais implantée sur le site !!

         Ce lavoir était une petite construction en pierres, couverte d'ondulines, avec une porte d'accès en bois. Environ 5 lavandières pouvaient y tenir. Il était installé en bordure d'un bief inférieur du moulin. Une niche murale y était aménagée en cheminée dans le pignon intérieur pour le placement d'une lessiveuse sur trépied. A l'extérieur une petite cale de deux places prolongeait le lavoir abrité... Certains jours d'affluence les dernières lavandières qui se présentaient pour travailler devaient se contenter de cet emplacement "à ciel ouvert", deux caisses à laver pouvaient y être posées. Depuis la rue, un cheminement pavé permettait d'accéder, en contrebas, au lavoir et à des urinoirs publics de 6 places (me semble-t'il !), partiellement couverts et adossés au mur de soutènement. Depuis ces urinoirs un petit égout ouvert (caniveau) canalisait l'urine vers le courant, en aval de la rivière... et donc aussi du bief... La zone de lavage ne pouvait donc être polluée... Urinoirs et lavoir étaient distinctement séparés par un espace  d'environ 30 mètres carrés. Une partie de cet espace était utilisée pour stationner les brouettes, l'autre pour la "cuisson" du linge, on pouvait y allumer simultanément deux ou trois feux et placer quelques chevalets d'égouttage.

         J'ai passé beaucoup d'heures à cet endroit... De nombreux Pontavenistes, hommes et femmes, s'y croisaient, échangeaient, communiquaient, et bien sûr, comméraient...

         Et ma mère lavait, lavait, et lavait encore ! Mon père, mon frère Louis, et moi, chacun à notre façon, selon nos moyens, nos compétences et nos capacités, nous l'aidions. J'ai ainsi appris par mon père comment : fabriquer des caisses à laver (agenouilloir, baquet, carosse, triolo, selon les régions) et des chevalets d'égouttage avec du bois de récupération ; tailler des bâtons en houx, les "touilleurs", pour remuer le linge en cours de cuisson dans la lessiveuse et l'extirper de l'eau bouillante ; choisir des perches pour les cordes à linge... Avec Louis j'ai "fabriqué" le feu sous la lessiveuse... Et, pour le reste, j'ai appris de ma mère quelques gestes et techniques d'accompagnement de la lavandière... que je pratique encore aujourd'hui au "pied" de ma machine à laver arthurienne... L'entraide ne se disait pas, elle se pratiquait en famille, il n'y avait pas à se forcer...

         Dans mes prochaines publications je parlerais plus directement de l'art du métier de lavandière mais, sous l'angle "Etno-Technique FamiliaL", je raconterais aussi la brosse à chiendents et l'azurage avec la boule de bleu Guimet, les lessives Omo, Persil, Paic et ariel, l'eau de javel Lacroix, le savon de Marseille et la cuisson du linge... je dirais quelques mots des fées de la rivière et des légendes régionales... et, par là, plus encore, l'admiration portée à ma mère !!

         A bientôt... Kenavo...

         Sizig Loeis Ar Garreg.

     

     

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  • Damart, Petit Bateau ; de la casquette au Bachi de mon père

        Lorsque je pense à mon marin de père chaque image de lui est celle d'un personnage portant une casquette à visière, jamais tête nue, sauf au saut du lit, et encore !! Au saut du lit il était en caleçon long et maillot de corps molleton, blanc-, écru ou tirant sur le gris ... je ne suis par complètement sûr de la marque de ses sous-vêtements... Peut-être une fabrication Damart, société créée à Roubaix, dans les années 1950, par la famille Despature et opérant dans le tissage de laine depuis le milieu du XIXème... ou peut-être Petit Bateau, marque dont l'histoire commence en 1883 lorsque Pierre Valton crée à Troyes la bonneterie Valton-Quincarlet et fils spécialisée dans les sous-vëtements. Cette entreprise fabriquait alors des caleçons longs pour hommes, des maillots de corps, et des gilets en Jersey de coton. Mais je crois bien qu'il s'agissait de sous-vêtements de marque Damart Thermolactyl sur lesquels mon père enfilait un pantalon en toile et une épaisse chemise longue, également toilée... Jusqu'au début du XXème siècle nombre d'hommes ne portaient rien sous leur pantalon, les pans de chemise, longue, enfouies sous la ceinture servaient à protéger ce qui devait l'être. Les autres, comme mon père, portaient des caleçons dont les jambes allaient jusqu'aux chevilles, par dessus les  chaussettes, ou dessous, selon... Un type de caleçon que certains font remonter aux Braies portées par les Celtes Gaulois, les Germains et les Goths et qui n'apparait dans la mode vestimentaire "moderne" que vers 1830 !! D'autres hommes encore, depuis la révolution jusqu'aux années 1930, portaient des dessous de flanelle près du corps, et arrivant aux genoux !!. A la façon de mon père, et vraisemblablement comme de nombreux marins et cultivateurs, j'ai très souvent porté ce type de sous-vêtements Thermolactyl (mélange de rhovylon et de fibres acryliques), chaque hiver, depuis mes 11 ans jusqu'à mes 20 ans environ (1963-1972), soit pour aller à l'école où pour travailler sur les parcs à moules et à huitres de l'Aven, mais aussi dans les champs... Damart est un diminutif de Dammartin, le nom d'une rue de Roubaix où la dite société était installée... 

         Mon père n'avait plus beaucoup de cheveux, sauf épars sur le pourtour, de tempe à tempe, comme une couronne à la César... où presque !... le sommet était comme un aérodrome à mouches sur lequel les attérissages étaient impossibles parce que masqués, le plus souvent, par son inséparable casquette en drap de toile de laine... Parler de la casquette de mon père c'est parler de l'un des trois attributs qui lui conféraient une identité particulière - les deux autres étant son couteau Pradel et sa carotte à chiquer -, celle d'un marin breton, d'un marin pêcheur, pas d'un marin de la Royale (marine nationale) - bien qu'il l'ait été durant de nombreuses années !! -, car celui-là porte un Bachi, du moins le matelot... Un officier de la Royale lui, dans le langage des équipages, coiffe une "casquette à ressort", nommée ainsi parce que les galons qu'elle porte évoquent un ressort, ce qui n'est pas le cas des casquettes des officiers mariniers qui, elles, ne portent pas de galon... Mon père, le grand-père de Guillaume Albert, n'était pas de ceux-là... au cours d'une longue carrière au service de l'Etat il est passé de la qualification de matelot à celui de Crabe (quartier maître de 2ème classe, équivalent à caporal), puis à celui de Chouf (quartier maître de 1ère classe, équivalent à caporal chef dans l'armée de terre).... un point c'est tout !! Ainsi, au fil de ses navigations sur quasiment toutes les mers du monde, il a coiffé successivement : a) une casquette (pour la pêche et la marchande); b) un bachi (dans la royale);  c) à nouveau une casquette (pour la pêche, le petit cabotage, l'ostréiculture et la mytiliculture; et ce jusqu'à son décès... en milieu agricole !)

         Dans l'imagerie traditionnelle populaire un marin pêcheur breton "ça" porte une casquette à visière, un tricot rayé, une vareuse bleue ou rouge, un caban ou un kabbig... c'est du marquage social "à la parisienne" !! Mais cette imagerie ne colle pas avec la mienne ! Je n'ai jamais vu mon père porter l'un où l'autre de ces éléments vestimentaires, ormis la casquette... Des brodequins, pointure 44; des chaussettes en laine Phildar tricotée par ma mère; un pantalon de toile bleu équipé d'une ceinture en cuir de vache, et dans sa poche droite un grand mouchoir en tissu à carreaux - à ne pas confondre avec le mouchoir d'instruction - recouvrant son fameux couteau Pradel; un pull-over "marin" Armor Lux en laine; une veste également en toile; et sa casquette... formaient sa tenue quotidienne... Celle de mon oncle Pierre, différait un peu... Et sur la photo que je possède depuis quelques jours il pose en tenue typique du pêcheur moélanais : pantalon en toile bleue; vareuse courte en grosse toile de coton bleue - col fendu sur le devant et poche intérieure sur la poitrine (invisible sur la photo) - portée sur un pull-over en laine indigo; et aussi une casquette à visière rigide, coiffée légèrement différemment que son frère, mon père... Cette tenue là est plus conforme au marquage social décrit ci-dessus. Il chausse aussi des brodequins, mais l'on peut penser que tous deux, lorsqu'ils étaient mousses, utilisaient des sabots en bois... Je n'ai jamais eu l'occasion de les voir en tenue de mataf (matelot de la marine nationale), ces images là me manquent !! La seule photo de mataf que je possède est celle d'un autre de mes oncles, que je n'ai jamais renconté... il apparait fièrement coiffé du bachi traditionnel avec le pompon national règlementaire, rouge garance depuis 1871. Ce pompon à un diamètre de 8 cm, pèse environ 1 gramme et mesure 2,5 cm de hauteur. En 1901, le bonnet cesse d'ëtre tricoté pour être confectionné en drap de laine bleu foncé (indigo ?!), souple, sans baleine. Il à un diamètre de 243 à 285 mm et pèse de 160 à 190 grammes et ressemble beaucoup à un béret !! Sur son pourtour est adjoint, depuis 1872, un ruban légendé... et sur celui du bachi de mon oncle est inscrit son embarquement : "Le Mékong"... navire sur lequel je ne possède actuellement aucune information... Après son décès en mer j'ai hérité de son prénom, Francis (sizig)...

         Selon quelques spécialistes de la marine nationale, l'ancêtre du bachi était la houpette., elle apparait vers 1840 mais n'est définie par un texte qu'en 1848. Initialement, d'après eux, cette houpette était un bonnet tricoté, à deux couleurs de fils, rouge et bleu... et nécessairement, au plan technique, le fond était terminé, en "diminution", par un seul de ces fils... Le "pompon" n'était donc qu'une façon de terminer l'ouvrage qui était souvent tricoté par le marin lui-mëme. Désormais ce fameux pompon est confectionné à la main par les ouvrières d'une manufacture de la Sarthe. 

         Le mot casquette vient de Casser (180, Laveaux), qui est issu du latin pulaire Quassicare, lui-même dérivant de Cascar = briser, émanation de l'espagnol Casco = casque (fin du XVIème)...  A la restauration, dans la Marine Royale, le canonier matelot portait un casque "fait d'un feutre fort, en laine pur médoc, fin, souple, léger et brillant. Garni à l'intérieur de la forme d'une banane couleur naturelle, faisant cuir-coiffe, terminée par une coulisse percée à jour, laquelle se serre par un lacet en fil noir, plat...", selon une description de l'époque. "A l'extérieur de la forme le casque est entouré d'une courroie en cuir verni noir, sans boucle ni crochet. Le chapeau-casquette est orné d'une plaque de cuivre jaune sur laquelle le n° de l'équipage est découpé à jour et d'une cocarde en métal blanc". Ce casque en forme de champignon est à l'origine de la casquette actuelle... Cette dernière apparaissant sous Louis XVIII, de couleur bleu, fut tout d'abord la coiffure de travail des matelots puis par la suite, dans le même but, celle des officiers, pour se transformer, après de longues années, telle que nous la connaissons aujourd'hui... Une ordonnance du 28 mai 1829, sous Charles X, remplace le chapeau-casque par un casque (avant la houpette ??) d'un nouveau modèle et une casquette qui ne comporte plus qu'une visière... Le champignon s'est applati et l'on peut considérer que ce type de coiffure s'est ensuite répandu dans les différents corps de la marine : royale, marchande ou pêche... On attribue généralement au 19ème siècle les origines de la casquette...

         La casquette de marin qui me sert ici de référence est celle de mon père, elle est en toile de drap de laine - coiffe et visière - doublée de tissu, matelassée, avec galon traditionnel brodé sur le tour de tête et la visière. Cordon amovible retenu par deux boutons, pouvant former ainsi, au besoin, jugulaire (du latin jugulum = gorge) pour les temps très venteux, par exemple... mais je ne l'ai jamais vu la porter ainsi... Il convient de noter ici que la casquette de son frère, mon oncle Pierre, avait une visière rigide noire (matériau synthétique). Je n'en suis pas certain mais il me semble que mon père choisissait une casquette taille 56 ou 57...?  Ma mère était lavandière, je l'accompagnais souvent lorsque j'étais enfant mais je ne me souviens pas l'avoir vu laver la fameuse casquette, et je n'ai jamais vu non plus celle-ci sècher sur une corde à linge... mystère !!

        En Bretagne, à Paimpol, la société Dolmard, créée en 1922, était spécialisée dans la confection de vêtements de protection pour les marins qui s'embarquaient pour les campagnes de pêche à Terre-Neuve et en Islande. Au fil du temps l'utilisation du drap de laine ayant remplacé le coton huilé pour la confection et la création de modèles, cette société spécialisa son activité sur les matières naturelles de laine et de coton peigné... ainsi, en 1930, elle développa les draps de laine et les techniques de feutrage, pour la fabrication des fameux Kabbig et Caban... Ce dernier vëtement, dont le nom proviendrait du sicilien "Cabbanu", emprunté à l'Arabe Gabä pour désigner la grande veste des marins, est, depuis l'origine, un vêtement que l'on porte dans la marine par temps froid... Trois ans avant la prise de la Bastille, (14/O7/1789) le Code de Castries (Charles de la Croix, Marquis de Castries, maréchal de France et ministre de la marine de 1780 à 1787) fait, pour la première fois, état d'un vêtement appelé Caban, dans son article 38... 

       On dit que la laine foulée, ou Bure, était, à l'origine, portée par les moines pour les protéger et leur permettre d'affronter, lors de leurs déplacements, le froid et la pluie... Les troupes bonapartistes, et plus récemment celles de 14/18, étaient ainsi équipées de vareuses et tuniques en drap de laine. Dans les années 1970, durant ma période Freakie puis Hippie, j'ai porté des fripes des stocks militaires américains et, notamment, une telle longue tunique bleu foncé... j'ai "fait la route"  équipé ainsi, et je témoigne de "l'efficacité" de ce type de vêtement sous la pluie... mais aussi de sa lourdeur... La laine peut absorber jusqu'à 35% de son poids en eau tout en restant sèche au toucher... et un tel vëtement n'est mouillé au toucher que lorsqu'il est entièrement détrempé !! 

        Le feutre est le premier textile fabriqué à l'aide de la toison de moutons, chèvres ou poils de lapin, de chameaux, et autres animaux... Les techniques de foulage/feutrage (l'aspect feutré étant obtenu par foulonnage) étaient déjà connues et utilisées en Turquie, puis en Afghanistan, en Mongolie, et par les Ouîghours (je salue ici mon ancien stagiaire et ami Yusufu, réfugié politique qui à vécu les géoles chinoises et la torture)... Chacun connait les Yourtes en toile feutrée des nomades de la steppe !! Les plus anciens vestiges de laine feutrée, vraisemblablement les morceaux d'une tenture murale, datés vers 6500-6300 avant J-C, ont été trouvés dans la ville néolithique Catal Huyuk en Turquie, la première véritable agglomération connue à ce jour, située au centre Sud du plateau Anatolien, dans ce fameux "croissant fertile" où, jadis, a déjà été trouvé l'ancëtre du blé cultivé... D'autres sources datent cette aieule turque des étoffes de laine vers 9000 avant J-C !!. Maguelonne Toussaint-Samat (1) nous explique que "Des Scythes, provient aussi l'art Gaulois du feutre dont furent confectionnés leurs chapeaux originaux, des chaussons et de chauds gilets cuirassés... (p 57)". "Les Scythes, originaires des plateaux montagneux de la région orientale de la mer Caspienne, entre mer d'Aral et mer Noire, dévalèrent de tous côtés, au VIIème siècle avant notre ère, sur l'Asie Majeure et Antérieure, sur les steppes de la Russie méridionnale, le Bassin de la Volga, sur les riches terres qui deviendront l'Ukraine, la Roumanie... (p 53)". "De ces Hiong-Nou (Scythes suivis des Sarnates), les descendants dispersés donneront les Huns, les Mongols et les Turcs... (p 54)". 

         La laine, comme les cheveux, la corne ou encore les ongles et les plumes, est un matériau protéique qui appartient à la famille des Keratines dures. Frédérique Salpin (2) rapporte que  "Pour une fibre de laine sont identifiés 17 ou 18 des 20 acides animés naturels, formant plus de 170 protéines différentes réparties de façon non uniforme tout au long de la fibre et dont, à ce jour, seules 28 ont été séquencées... ". Par ailleurs, alors que l'intérieur de la fibre est hydrophile, c'est-à-dire qu'elle attire l'humidité, les écailles à l'extérieur de celle-ci rend la laine hydrophobe, c'est-à-dire qu'elle repousse l'eau.. La laine emprisonne donc dans ses fibres l'air réchauffé par le corps, ce qui en fait un matériau de choix par temps humide et pluvieux... les fibres de laine absorbent ou libèrent continuellement de la vapeur d'eau, mais ne stockent jamais l'humidité car ce sont des fibres pleines sans canaux... Cet échange permet de conserver l'équilibre entre le microclimat existant à la surface de la peau et l'environnement extérieur... On parle alors d'hygroscopie, c'est-à-dire une adaption de l'humidité interne aux conditions existantes... En passant d'un milieu chaud et sec à un environnement froid et humide, la laine libère lentement de la chaleur et protège le corps contre les chutes de température... La transpiration issue du corps n'a pas d'odeur; ce sont les bactéries qui prolifèrent dans l'humidité stockée entre les fibres de laine qui en sont responsables. Dans la laine le déplacement rapide de l'humidité empêche la formation de site de prolifération... Ainsi un vêtement de laine, y compris la casquette,  même en cas d'utilisation "sportive" n'émet pas de mauvaise odeur... ce qui ne doit pas empêcher l'hygiène quotidienne., corps et vêture... Les chaussettes et les pieds peuvent  génrérer de fortes mauvaises odeurs... mais la laine n'y est pour rien !!

         Pour améliorer encore les qualités imperméables de la laine  les anciens avaient mis au point diverses procédures de cardage, de foulage et de feutrage... Ainsi le cardage est universellement adopté au XVIIIème siècle pour la préparation des laines qui sont employées dans la draperie foulée "dont le principal mérite consiste dans un "feutre bien lié". Comme l'explique à cette époque Duhamel de Monceau (3) : "Pour avoir ce feutre, dit-il, il faut que la laine soit un peu brisé, à quoi la carde est plus propre que le peigne... Ce léger brisage multiplie les poils de la laine, rend les fils plus hérissés et plus velus, et par conséquent plus disposés à se lier et à se condenser les uns aux autres par l'opération du foulon : c'est en quoi consiste la perfection du feutre, qui est l'objet qu'on se propose, en faisant carder la laine. Il est aisé de conclure que la cardage à la grande et petite carde, sont les opérations les plus importantes de la fabrique des draps".

         Le nom mëme de cardage, dérivé du latin Cardus ou Carduus, fait référence au chardon. Il s'agit d'un chardon particulier, le chardon à foulon "Dipsacus satilus (L) honckeny", espèce cultivée, à bractées crochues et dures.... Il était utilisé dans l'industrie textile pour gratter, ou selon le terme technique français exact, "Lainer" les draps au cours de l'apprêt, afin d'en faire sortir le poil, à la fois pour rendre le tissu plus épais, moelleux et isolant mais aussi comme préparation au foulage...

         Le foulage est une partie du processus de finition des tissus de laine, c'est une opération de compactage des fibres de laine, le feutrage en résulte... Les fibres qui composent le tissu, sont baignées dans de l'eau chaude savonneuse et manipulées, battues, tordues, pressées très fortement par couche successive, à l'aide de divers procédés mécaniques et chimiques... Ces actions combinées provoquent l'entremëlement et le resserrement des fils, les petites interstices présentes aux points d'intersection entre le fil de trame et le fil de chaine se ferment, leur ligature est donnée par l'interpénétration des écailles microscopiques qui couvrent la fibre sur toute sa superficie... Ce processus, progressif, est irréversible... c'est le feutrage, étape essentielle dans le processus d'imperméabilisation des draps de laine... Il peut s'appliquer à tous les types de tissu réalisés avec de la laine ou tout autre tissu contenant des poils (Mohair, Alpaga, Cachemire, etc...). Et c'est avec ce drap de laine feutrée que l'on confectionne les casquettes de marin !!

         J'ai conscience que dans le texte ci-dessus, une fois de plus, je me suis laissé "digressivement" aller... et cette fois à partir d'une casquette en drap de laine !! Celle de mon marin de père... Je sais bien que si j'avais porté mon choix sur son caleçon j'aurais digressé pareillement, et nul doute que sa casquette et son Pradel auraient fait une apparition au milieu d'autres objets et petites histoires parallèles... Parallèles ??... Simplement parallèles ?! Pas sûr !!

         Pour moi, chaque objet, naturel ou manufacturé, est chargé des histoires qui forment son histoire d'objet propre, son histoire particulière et spécifique... le font dépositaire écologique... En chaque objet un bouillon d'histoires comme un bouillon de cultures... Entre chaque objet et moi, dans le silence d'un "entre-soi" mystérieux, je ressents presque toujours cette résonance... ce bruit de fond actif... Et j'ose alors accorder à l'objet inerte un mouvement de vies dans la diversité des univers et la multitude des mondes possibles... Ailleurs on parle aussi de l' "âme des choses"... qui ne sont alors plus des choses...

         Lorsque l'on porte la main sur un objet, et autrement le regard, on se charge de lui... il se passe quelque chose, comme une transmission.... un transfert... alors on fait "parler la pierre" ou on "écoute ce qu'elle donne", d'autres font "chanter le bois" ou la varloppe... et ainsi transmet-on aussi des savoirs-faire et des savoirs-être... Alors, lorsque je pense à mon père, lorsque je regarde mes photos de famille, je ne manque jamais de me dire : "ils ont échangé et fait des choix".. Et l'échange crée des liens, il affecte... Perdre un objet ainsi investit, ne pas le retouver à sa place, l'abimer, le briser, "devoir" sans séparer, autant de circonstances dramatiques qui signent l'attachement... mais autant la joie à  d'autres moments et dans d'autres situations différentes...

         Mon père, comme chacun, se signifiait et signifiait par les objets qu'il portait et qu'il utilisait... c'était un "taiseux" qui, au quotidien, se disait par ses actes et par ses objets affectés. Ici c'est moi, son fils, qui parle et qui dit de lui et pour lui...   

         Tout celà pour une casquette...  mais quelle casquette !! Une casquette de marin, en drap de laine...  

        

     Kenavo                     Sizig Loeis Ar Garreg

     

    Bibliographie sommaire :

    (1) "Histoire technique et morale du vêtement", Maguelonne Toussaint-Samat, 1990, bordas-cultures, Paris

    (2) "Laine et colorants : fixation, quantification, vieillissement. Etude par spectométrie Raman", Frédérique Salpin, 15:03/2008, thèse doctorale, Spécialité chimie physique, Université pierre et Marie Curie, Paris

    (3) "L'art de la draperie", H.L Duhamel de Monceau, 1765....

    "L'origine des vêtements et du tissage", Lucrèce, in De Natura Rerum, chant V, vers 1350 à 1360...

    "Pssychologie de la mode", Marc Alain Descamps, 1979, PUF, Paris

    "Modes et vëtements", Nathalie Bailleux, ..........

    "Histoire des dessous masculins", Shaun Cole, in Historia n°656, 31/07/2001,...

    www.défense.gouv.fr, site officiel de la marine nationale

    http://www.aucolbleu-brest.com, site sympa !

    http://a.c.o.m.a.r.free.fr/histo_uniforme_marin6.htm

    www.archivesnationales.cultures.gouv.fr/camt/fr/.../damard.html

            

  • La brosse "chiendent" de ma mère lavandière

     

          Le monde de mon enfance Pont Aveniste est celui des univers variès de l'eau ; l'univers de l'eau douce et claire de ma mère lavandière ; celui de l'eau salée et épaisse de mon marin de père ; celui de l'eau saumâtre chargée et de leur union à Pont Aven...(!!) et de ma venue à la vie, né Breton en Bretagne sous le signe zodiacal du Poisson... Et, si je n'ai que peu navigué dans l'univers d'eau salée de mon père, j'ai très souvent baigné dans celui de ma mère... J'ai la "mémoire" de ces univers d'eau là, ils sont contenus ancrés en moi... et ils drainent et hydratent encore ma perception du monde...  

        "C'est près de l'eau et de ses fleurs que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation..." écrit Gaston Bachelard (1). Chaque univers d'eau exhale un "souffle odorant" particulier, une athmosphère spécifique localisée...  Ainsi l'ambiance d'eau douce du lavoir différe de celle de la fontaine, comme celles d'eau salée de la cale de carènage et des canaux des parcs à  moules... sur les rives et le long des berges de l'Aven, d'amont en aval jusqu'à son embouchure sur l'Océan, entre Port Manech et Kerfany. Pour Bachelard "le pays natal est moins une étendue qu'une matière ; c'est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C'est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c'est par lui que nous demandons notre couleur fondamentale". Mais toutes les eaux "soufflent" de même leurs différences situées.. leurs nuances écosytémiques et leurs variances olfactives...

       Le nom lavandière, repéré au XIIème siècle dans la littérature étymologique, viendrait du latin "lavare", laver (980)... Ce nom est aussi donné à un petit oiseau (19 à 27grammes pour 17 à 19 cm) ; la bergeronnette - Motacilla Alba ou Motacilla Flava -, aussi appelée "hoche-queue"... facilement reconnaissable à sa tête enfoncée rythmant ses pas rapides, sa queue relativement longue animée d'un hochement caractéristique... un peu comme la gestuelle de la lavandière qui utilise un battoir... Elle fréquente typiquement les abords des eaux tranquilles, le long des routes, les parcs et jardins... c'est un insectivore sociable qui vit en bande... Le nom bergeronnette (XIIIème), venant de berger, lui est donné aussi parce qu'elle accompagne le bétail dans ses déplacements, profitant des insectes que les animaux ne manquent pas d'attirer ou de faire sortir des herbes qu'ils foulent de leurs sabots... La bergeronnette symbolise  "les enchantements de l'amour"...!

       Depuis les années 1600, dans l'Hérault, à Grabels, un petit village niché dans la garrigue, près de Montpellier, des femmes, les Bugadières - de bugada, "industrie de la lessive" -, ont consacré leur vie à laver le linge des maisons bourgeoises, administrations, écoles et hôpitaux Montpelliérains. Elles étaient organisées en véritable industrie artisanale "municipale" de lavage, une forme de compagnonnage. On peut dire que ma mère était également une artisane, une entreprise uni-personnelle dans le sens actuel d'auto-entreprise. Elle possédait en propre son matériel, ses outils et gèrait seule sa clientèle Pont Aveniste de particuliers.

        L'essentiel de son matériel et de son outillage professionnel était composé par ; une caisse à laver en bois ; un chevalet d'égouttage en bois ; deux lessiveuses en métal galvanisé ; deux trépieds en fer forgé ; des bassines et des seaux de toutes tailles, en matière plastique/caoutchouc ; un bâton "touilleur" en bois de houx ; un jeu de différentes brosses en fibres de nylon et en fibres de chiendent ; et, un stock d'épingles à linge en bois de hêtre ou de bouleau. Elle n'utilisait jamais le battoir. A ce matériel il fallait évidemment ajouter les différents produits de lavage ; des lessives ; des savons ; de l'eau de javel ; du bleu Guimet ; un détachant anti-rouille type Rubigine (sté Idéal) ; et des allumettes en boite "familiale"... De cette liste "à la Prévert"  considère au moins trois objets qui "signifient" (sémiologiquement) une  lavandière, et ici particulièrement, ma mère artisane ; 1) sa caisse à laver en bois ; 2) sa lessiveuse avec double-fond et champignon, et ; 3) l'une de ses brosses "chiendent"... La caisse à laver était une réalisation familiale, elle était fabriquée soit par mon père avec du bois de récupération, soit par moi, après avoir appris de lui et apporté quelques menus "perfectionnements"... La lessiveuse en tôle galvanisée était de marque "La couronne" ou "Léopold La couronne", son double-fond était percé de 24 trous et le champignon de 12 trous en périphérie de sa couronne... Selon le type de lin à laver ma mère choisissait ses brosses... celles en fibres de nylon blanc, plus "souples", pour les tissus réputés fragiles, et celles dites "chiendent" pour les toiles plus grossières. Mais, évidemment, dans un passé plus lointain seules les brosses à fibre de chiendent étaient disponibles pour ce travail...

         Le chiendent - Elytrigia Repens ou, anciennement, Agropyron Repens -, ou chiendent rampant, porte aussi des noms moins connus comme "herbe de charlatan", "mèche de chandelle", et même "remords de conscience". C'est une plante herbacée vivace de la grande famille des graminées, aujourd'hui dénommées poacées (d'après le genre Poa : les paturins). Il est adapté aux climats tempérés et frais. Le chiendent a de nombreux cousins qui lui ressemblent, mais c'est lui que l'on appelle aussi "Chiendent officinal", de loin le plus répandu... il doit son nom vernaculaire au fait que les chiens - mais aussi les chats et de nombreux animaux sauvages - mangent ses feuilles pour se purger. Utilisés depuis longtemps en médecine naturelle, ses rhizomes, en infusion ou en décoction, ont un effet diurétique reconnu. Le chiendent est originaire d'Europe et d'Asie Occidentale, il a suivi les hommes dans ses pérégrinations autour du monde et de ses cultures céréalières. Cette gramine pérenne de longue durée est capable de se reproduire végétativement (par ses zhizomes) et sexuellement (par ses graines). Adulte il atteint une taille d'environ 40 à 150 cm. Chaque tige porte habituellement de 25 à 40 graines, groupées dans des épis bleu-vert de 5 à 30 cm de long. Ses rhizomes sont des tiges souterraines élancées de 1,5 à 5 mm, lisses, de couleur blanche à jaune paille. Ils sont traçants, à pointe dure capables de traverser des pommes de terre de part en part ! Des noeuds d'où partent des rhizomes secondaires, ou les nouvelles pousses, sont présents sur toute la longueur de chaque rhizome. Selon certaines études, un plant de chiendent pourrait produire jusqu'à 154 mètres de rhizomes et 206 nouvelles pousses. En retournant une prairie de trois ans, on peut trouver, sous un seul mètre carré, pas moins de 3 kilos de rhizomes, d'une longueur totale de 495 mètres, munis de 25000 bourgeons !! La plupart de ces bourgeons restent dormants jusqu'à ce qui'ils soient réveillés par les travaux de sol, et un petit bout de quelques centimètres peut suffire à produire un nouveau plant.. La croissance annuelle des rhizomes peut représenter jusqu'à 3 tonnes par hectare de matière sèche ! Ce dense réseau de rhizomes et de racines fait du chiendent une plante idéale pour la retenue des sols sur les rives et sur les pentes, et donc pour diminuer les pertes dues à l'érosion. Par ailleurs il est démontré que le chiendent est très efficace pour récupérer les éléments nutritifs, comme l'azote des espaces égoutiers et d'épuration. Selon jean Duval, agronome (2), pendant la 1ère guerre mondiale, en temps de disette, le pain de chiendent était populaire dans le sud de l'Allemagne. Les graines autant que les rhizomes étaient utilisés pour produire une farine nourissante qui remplaçait le blé aussi bien que d'autres grains...

       Le défaut majeur de la brosse chiendent est la relative rapidité de l'usure de ses fibres. Je ne me souviens pas clairement de la durée de vie des brosses utilisées par ma mère, mais il me semble que certaines, malgré tout, et notamment leur utilisation quotidienne sur des tissus généralement assez grossiers, n'étaient réformées qu'au bout de deux années, voire trois... mais je n'ai aucune certitude. Parfois nous réutilisions ces brosses réformées pour des travaux de bricolage ou de jardinage. J'ai le souvenir de brosses particulièrement usées en bout, du côté extérieur, c'est-à-dire vers le "dehors du corps" si l'on considère les mouvements du bras et de la main... le truc étant alors de faire pivoter la brosse pour garder la main et retarder encore un peu la réforme, au moins jusqu'au plus près de la prochaine paye !! Ces brosses étaient très écologiques, du moins par rapport à celles en fibres de nylon...

         Selon une source Académie Française le 1er usage du mot Brosse aurait été donné en 1694, et la 2ème trace d'usage daterait de 1762... Mais le Nouveau Dictionnaire Ethymologique Larousse (1968) donne au mot Brosse le XIIème siècle, depuis "Broussaille", encore dans les noms de lieux (J. de Meug, 1265), et trouve une origine, obscure, dans le latin populaire "Bruscia"...  

         Les rhizomes du  chiendent décrit ci-avant étaient utilisés pour la fabrication des brosses-violon à laver le linge mais également pour les brosses de pont de la marine.. mon père, lorsqu'il était mousse, puis matelot, à sûrement "taté" de ces corvées de brossage !!  Capucine Cosnier du Parc Naturel du Morvan (3), rapporte le témoignage d'un ancien ouvrier en brosserie : "on arrache le chiendent, celui qui trace, pas celui qui fait des chapelets de boules... On lave les racines, on les écorce... Après on les passe dans la brosse et on les maintient avec un fond, le dos de la brosse, qu'on fixe sur le corps de la brosse". Selon le collectage ethnologique de Mlle Cosnier, il fallait percer 80 trous (8 rangs de 10) dans la monture pour enfiler les petites touffes de fibres (rhizomes)... et plus de 20 opérations manuelles étaient nécessaires pour fabriquer une brosse "chiendent"... Dans l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert on peut trouver la description suivante ; "En pliant le poil (où le rhizome) en deux et en le faisant entrer en force, par le moyen d'une ficelle qui prend le poil au milieu, dans des trous d'une petite planche de hêtre mince, sur laquelle cette ficelle se lie fortement. Quand tous les trous sont remplis, on coupe la soie égale et unie avec de gros ciseaux, ou des forces...". Cette description technique, pour la brosserie en poils, est assez proche du processus adopté pour le montage du chiendent sur les corps de brosse à laver le linge. J'ai pu observer ces montages, in situ, lors de mes visites à l'Atelier de brosserie de l'Association des Aveugles et Handicapés Visuels d'Alsace et de Lorraine, à Strasbourg. Ici la ficelle est remplacée par du fil maillechort fin, que l'on peut nouer à la main ; les trous  traversent le corps de brosse... Ce corps est façonné à partir de diverses essences de bois locaux, les plus utilisées sont principalement le hêtre, le chêne, le poirier et le frène... Le pliage en deux, en leur milieu, des petits bouquets de fibres de chiendent est appelé loquet, ce sont ces loquets qui sont enfilés par les trous pour former la garniture. Une fois la garniture montée le dos de brosse est agraphé, ou collé, au corps. La garniture de la brosse-violon (18 cm X 5 cm de large) est ensuite, comme geste final, arasée à 30 ou 45 mm... C'est ce type de brosse que ma mère lavandière utilisait...

         Comme je l'ai déjà écrit, jamais je n'ai vu ma mère battre le linge, elle ne possédait d'ailleurs pas de battoir... mais je l'ai vu brosser, brosser et brosser encore, toute la journée, à genoux sur le coussin de sa caisse... Et brosser c'est beaucoup bosser, presque une aliénation, une serviture de tous les jours, presque banale... des journées harassantes qui filent comme comme ça, tout simplement, au cours des années, sans gémissement, sans plainte... Elle ne portait jamais de gants, ses mains étaient très blanches, sans aucune callosité... comme si l'outil ne la blessait pas et ne pouvait marquer ses mains... et pourtant je l'ai compris vite, très tôt, sa souffrance était grande et ancienne.... une profonde souffrance au long-cours. Pourquoi aurait-elle battu le linge ???

         Depuis la brosse de ma mère lavandière j'ai découvert une plante envahissante, une plante de mauvaise réputation, et surtout une plante méconnue, qui se développe avec ardeur dans le secret de l'enfouissement  et qui pourtant ne se cache pas... Une graminée que j'ai pourtant détesté et souvent jeté au brûlage... une plante qui m'a donné de la peine lorsqu'il fallait que je prépare la terre pour des plantations nouvelles... et c'est encore ainsi lorsque je me plonge dans des recherches généalogiques et que je tente la reconstitution "ethno-familiale"... Un chiendent pour un "maudit chien jaune", comme dirait mon père... mais une plante que je connais mieux désormais et dont je demande à chacun de la regarder avec plus d'attention...   

         "Si on asperge d'une infusion de chiendent un lieu visité par le démon, celui-ci se retire à jamais : c'est la plante du désenvoutement".

        

    Petite bibliographie :

    (1) "L'eau et les rêves, essai sur l'imagination de la matière", Gaston Bachelard, 1942, Paris,Ed José Corti

    (2) "Moyen de lutte au chiendent en production biologique", Jean Duval, agronome.... www.organicagcentre.ca

    (3) Texte de Capucine Crosnier sur le site du Parc Naaturle Régional du Morvan

    Expo "La brosserie, un savoir-faire tabletier à découvrir", 26/10/2011 au 16/04/2012 au Musée de la Nacre et de la Tableterie, communauté des écomusées des Sablons... www.musée-nacre.com

    "Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires Rurales. Le chiendent", sur le site www.omafra.gov.ca/french/crops/facts/quackgrass.htm

    "Etudes botaniques Québécoises", Jacques Rousseau, Jardin Botanique de Montréal-Université de Montréal-Institut de Botanique, 1945.... en particulier le chapitre "Le folklore botanique de Chaughanawaga", par J. Rousseau.... une superbe étude surprenante sur une réserve Iroquoise des berges du Saint Laurent...

    "Production , commercialisation et utilisation du chiendent en brosserie", Jean Partensky, avant propos de L. Hervouet

    Voir aussi le site : http://www.terrevivante.org/468-le-chiendent.htm

    Et, comme un coup de coeur, le site de l'association des Aveugles et Handicapés Visuels d'Alsace et de Lorraine :                www.aaal-asso.com..... et téléphone 03.88.36.03.77

     

    Kenavo                                     Sizig Loeis Ar Garreg      

     

       

        

         

        

  • Comme mon père, Guillaume, je n'ai qu'une oreille de chaque côté... et pourtant je suis de Pont-Aven ??

    Pour ce premier BLOG, je lance un travail de recherches maritimes sur les navires suivants :

    Le KERSAINT, Armement n° 55, Nantes/Le Havre, avril 1922 --  L'Albert bernard, Armement n° 701, ..................................., oct 1922-- Le BOURGNEUF, Armement n° 274, Nantes, novembre 1924 -- Le SUFFREN, à Nantes, décembre 1924 -- Le MONTANA, au HAVRE, février 1925 -- Le CONDE, au Havre, août 1927 -- L'ILLINOIS, au Havre, juillet 1928 -- Le MICHIGANT, au Havre, juin 1929 -- Le DE GRASSE, au Havre, juin 1930 -- Le ZENON, au Havre, septembre 1930 -- Le SAN DIEGO, au Havre, mars 1931 -- Le MASSABULU, au Havre, juillet 1931 -- Le SAINT GERMAIN, ..........., juin 1932 -- Le MARCEL, ...................., août 1932 -- Le TOGO, à Lorient, décembre 1932 -- Le TALY (??), à Doélan, septembre 1943 -- Le PONT-AVEN, à Concarneau, mai 1951 -- La PAULETTE, à Lorient, septembre 1954 -- Le FROMRUS, à Concarneau, octobre 1959 -- .

    Ces noms de navires ont été extirpés du livret maritime, toilé "cousu main", de mon père, natif de Moélan-sur-mer, à Kergloanou.... Sur ce beau livret maritime de nombreuses informations sur les embarquements et débarquements, les armements et autres sont, malheureusement, quasiment illisibles... j'en appelle donc à la solidarité des gens de la mer pour m'aider à reconstituer son itinérance... sur mer... et sur terre... les escales... les ports d'attache, les destinations, les équipages... 

    Merci d'avance les côteries et autres passionnés de Bretagne et du Monde !!

    Kenavo, et Blaevez mad........ Signé :  SIZIG LOEIS AR GARREG

     

  • Théodore Botrel, Ludovic Huot, Le Garrec Guillaume Joseph

         Natif de Pont-Aven, la ville aux 14 moulins et aux 15 maisons dans laquelle j'ai vécu avec intensité mon enfance, mon adolescence et la première partie de ma vie d'adulte (1952-1975, environ), c'est seulement en 2012 que j'ai découvert "l'activisme" chansonnier de Théodore Botrel, célèbre auteur compositeur de "la Paimpolaise", qui, "avec sa mitrailleuse à boches..." (G. SERVAT), ne m'a jamais compté parmi ses fans... Mon jeune ami, Renaud Detressan/Soldat Louis, l'un de ses descendants, qui lui aussi a connu, et connait encore, un certain succès dans le "show Bizz" voudra bien me pardonner pour ce qui suit... !!                                                    Et quel activisme !!  Selon Solenn Hellégouach, dans son mémoire présenté en 2009 pour l'obtention du grade de Maitre Es arts musique - option musicologie - à l'Université de Montréal, Théodore Botlel était aussi connu "pour être le père du mouvement de propagande de la "Bonne Chanson"... (un) mouvement qui nait dans le contexte montmartrois, alors qu'en 1900, les chansonniers se réunissent en Congrès pour discuter de l'avenir de leur art, malmené par le flot infatigable de la chanson de café-concert... ". Pour Mme Hellégouach "ce combat pour la "saine" culture... est aussi celui de la IIIème république au nom de la moralité" !! Toujours selon elle, Th. BOTREL "s'inscrit dans un courant qui embrasse la Belle epoque : le régionalisme... Soucieuse de préserver le particularisme des "petites patries" et face au pouvoir centralisateur parisien, l'élite culturelle régionale entreprend un vaste travail de valorisation des régions. La Bretagne occupe une place particulière dans ce courant en tant que conservatoire de la tradition et principale victime des réformes d'Emile COMBES qui s'attaquent aux ferments de son identité : sa langue et sa religion". Il convient de relever ici que le répertoire de Théodore Botrel ne contient, à ma connaissance, aucun texte en langue Bretonne !! Et je ne dirais rien de plus sur l'arme religieuse des colonisateurs... Il importe également de se souvenir des pannonceaux sur les murs des écoles et des services de la République sur lesquels l'on pouvait/devait lire "Défense de parler breton et de cracher par terre". Dans ce contexte Th. BOTREL débutant dans les cabarets artistiques parisiens choisit de ne chanter que sa Bretagne "dans un répertoire exempt de grivoiseries"... Je ne suis pas certain qu'il parlait Breton, ni qu'il l'écrivait... la seule trace d'une écriture en langue bretonne que je connaisse, le concernant, est écrite sur la face arrière du socle de sa statue, en granit Breton, plantée dans un square qui porte son nom sur les quais de l'Aven... mais peut-être est-ce une phrase de lui, je ne sais....

          Dans les années 20, Théodore BOTREL (1868-1925), le barde franscisé, participe donc activement à une campagne de moralisation de la chanson française en prétendant valoriser le terroir... mais exit les pratiques linguistiques et les traditions culturelles bretonnes... Il associe son oeuvre à l'esprit catholique et au régionalisme littéraire, un régionalisme "à la Française", et surtout, selon moi, "à la parisienne", dont l'influence sera marquante de la fin des années 40 jusqu'à la fin des années 50. Th. BOTREL visite deux fois le Québec, en 1922 et en 1930, et collabore avec l'Abbé Charles-Emile GADBOIS qui fonde à son tour, le 14 octobre 1937, la "Bonne chanson" dans le but de diffuser la chanson et le folklore français en terre Québécoise et de contrer l'invasion massive de la chanson américaine... Déjà, depuis 1922, Charles MARCHAND s'était fait le promoteur de ce mouvement au Québec avec son organisme "Le carillon Canadien" ... Et a l'instigation du 1er ministre Wilfrid LAURIER les oeuvres de Th. BOTREL devinrent obligatoires dans toutes les écoles du Québec !!... Comment ne pas faire ici le rapprochement avec "l'interdiction de parler breton et de cracher par terre" affichée dans les établissements scolaires français !!.

         Et c'est dans cette mouvance politico-artistique que je retrouve Ludovic HUOT, l'auteur de "L'homme aux guenilles" (dont j'ai parlé dans une publication précédente), la chanson que mon père, Guillaume Joseph Le GARREC, avait interprèté, à Moelan sur mer, lors du repas de mariage de ma cousine... Sauf erreur, Th. BOTREL, comme Ludovic HUOT, faisait partie des artistes professionnels reconnus engagés comme chantres de l'effort de guerre (14-18/39-45)... d'où l'allusion de Gilles SERVAT dans l'une de ses chansons des années 70... De Ludovic HUOT je ne connais, en fait, que le refrain de cette chanson... un refrain resté gravé en moi depuis de si nombreuses années... le refrain d'une chanson portée par mon père .... l'unique fois que où je l'ai entendu chanter... Et je me demande encore où et  comment il s'en est emparé... "L'homme aux guenilles" est un long texte, et il le savait par coeur !! Impressionnant..., d'autant plus qu'il l'avait en lui, comme en réserve au tréfonds de son être, depuis extrèmement logtemps... car n'ayant jamais eu, à ma connaissaance, l'opportunité de le chanter, du moins durant la douzaine d'années auparavant...!! En connaissait-il d'autres ?, de cet auteur ?, de Th. Botrel ? Autant de questions qui ne trouveront probablement pas de réponses... Je crois bien que ce jour de mariage, un dimanche, non pas à Bamako... mon père avait aussi lancé un message malicieux "à tous ceux qui", une forme de plainte amicale, poétique, par la complainte...

         Mon père est inhumé dans le cimetière de Pont-Aven, comme Th. BOTREL... Ludovic. HUOT je ne sais pas...

       Au fil de mes pérégrinations dans les "milieux" artistiques j'ai travaillé avec de nombreux auteurs-compositeurs-interprètes de Bretagne... quelques-uns créaient et chantaient en Breton, et plus encore aujourd'hui... Dans les années 70-80, j'ai beaucoup tourné avec eux, et pour eux, dans les cafés-concerts et autres lieux de Bretagne... j'ai toujours apprécié l'ambiance de ces lieux et ces moments de musique... J'en témoigne aussi avec malice, n'en déplaise à TH. BOTREL et autres actuels moralistes, les grivoiseries allaient bien, elles étaient poétiquement exrèmement bien défendues...  selon moi, elles vont toujours aussi bien.. et, je l'avoue, ça me convient comme ça !!

         Chers "cousins" canadiens, cher Renaud Detressan, je vous prie d'accepter mes excuses...

         Kenavo.      Sizig Loeis Ar Garreg