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mardi, 06 janvier 2015

Tabac à chiquer, casquette de marin drap de laine, véritable couteau Pradel

     Dans mes trois publications précédentes j'ai essentiellement parlé de mes recherches sur l'histoire maritime de mon père et, particulièrement, sur ses divers embarquements -pêche, marchande, royale-, la "matière" est riche et je suis bien loin d'en avoir exploré tous les aspects. Mon père était un "riche personnage", ma mère ne l'était pas moins, mais autrement... Ces parents là étaient des gens biens, c'étaient les miens. Le tricotage mentalisé de ma résilience, lorsque je me "retourne", je n'ai a constater que le non-dit d'un amour existant... Un amour de "taiseux", mais profondément réel... Du "su à l'insu", un cheminemeent sincère de renforcement mythopoîétique, pour que mon fils sache, et pour qu'ii puisse... se résilier aussi bien !!                                        

     De mon père je ne possède que trois photos : une photo d'identité ; une photo prise lors du mariage de l'une de mes cousines, à moélan sur mer ; et une photo prise à Pont-Aven, sur le dit pont. Sur celle-ci il pose en "tenue du dimanche", il est très souriant, la tête redressée, sa casquette en drap de laine légèrement repoussée sur la nuque... Il est fier comme "Artaban" et me tient fermement par la main, j'ai l'air renfrogné, presque boudeur... je porte un drôle de pantalon un peu bouffant, serré aux chevilles, et une paire de brodequins... Ce dimanche là était celui du Pardon de Pont-Aven... un jour de fête laîque et de pénitence chrétienne... Jour de confesse et de pochardise !!

     Je n'en suis pas trop sûr mais je crois bien qu'au fond de la poche gauche de son pantalon, enveloppée dans une sorte de papier sulfurisé, une "carotte de tabac à chiquer" était "remisée"... Lorsque l'on voulait faire plaisir à mon père il suffisait de lui offrir "ar garotez" (la carotte) ou "ar roll" (le rouleau) de tabac à chiquer. Il s'empressait alors d'en couper une rondelle avec son inséparable couteau, un "véritable Pradel", puis d'extraire discrètement de sa bouche le morceau usagé et de le ranger, "en attente", dans le revers de sa casquette, puis d' "emboucher" la rondelle en la calant entre la gencive et la joue, toujours du côté gauche...

     J'ai regardé, minitieusement, des milliers de fois, souvent même avec une loupe ! Et je les regarde encore ainsi ! A chaque plongée dans ces trois rectangles de pixels, empreintes de lumière sur une surface sensible, ce n'est plus alors simplement le "coup d'oeil" qui opère mais un flux de sensations intenses, une charge de sensorialité... Aussi une plongée dans le temps perceptif de qui se passait alors là-bas, une tentative de saisissement d'un espace perceptif localisé, presque personnalisé... J'étais là-bas avec mon père (et le photographe inconnu !), je suis ici près de mon fils...!  Cette approche résulte de mon interprétation des études sur "l'expérience sémiotique" de Jacques Fontanille (1) et de Jean-Marie Floch (2), du moins de ce que j'en ai compris, humblement...

     Le tabac à chiquer, la casquette de marin en drap de laine et le couteau "véritable Pradel" que mon père avait toujours sur lui, en toutes circonstances et en tous lieux. Sur la photo, comme le tabac à chiquer, le couteau n'apparait pas, mais il est certain qu'il se trouvait dans la poche droite de son pantalon, peut-être sous son mouchoir...

     En fait, le tabac à chiquer appelle le couteau puis  la casquette. Trois objets inséparables de mon Chouf de père (ou peut-être Crabe...). je n'ai malheureusement, pour le moment, aucun document officiel à ce sujet. Trois objets en quasi interaction. Il n'était pas rare de rencontrer mon père posté sur le bord du quai, légèrement cambré, casquette relevée, couteau main droite, carotte main gauche, le regard balayant la rivière Aven, crachant de temps en temps un long jet de salive marron dans l'eau saumatre (ou douce, selon les marées)... il tranchait un morceau de tabac à l'aide de son couteau qu'il fermait ensuite d'un claquement sec pour le ranger, puis "remisait" la vieille chique dans le revers de sa casquette qu'il calait ensuite sur sa tëte.... Satisfait il se déplaçait, les mains dans les poches, en se balançant doucement, comme en "roulis"... Cette démarche "en roulis" était toujours lente, tranquille... Sa marche pressée n'était jamais "en roulis". j'ai beaucoup marché avec mon père sur les chemins et les routes alentours de Pont-Aven, mais je n'ai jamais navigué avec lui... Marcher avec ce marin impliquait presque de "rouler" comme lui, ce n'était pas facile... et ça l'était encore moins lorsque, en plus, il "tanguait" !!

     "Le Masticatoire reste l'attribut des voiliers, à bord desquels il est interdit de fumer; la chique est aussi en usage à terre dans les usines et les ateliers où les incendies sont à craindre" (3). Je ne sais pas  quand mon père, qui a embarqué comme mousse alors qu'il avait à peine 13 ans, en 1918, a commencé à chiquer.. ni comment ! Mais selon ma cousine jeannine, qui m'a rapporté un avis de son père : dans ces années là, "les jeunes suivaient l'exemple des anciens" !. Une habitude transgénérationnelle, pour une accoutumance qui dure bien après avoir "posé la casquette" (quitter la marine/partir à la retraite).

     Avant la découverte de l'amérique par christophe Colomb, il y a un peu plus de 5 siècles, en 1492, chiquer ou fumer du tabac était totalement inconnu dans nos régions européennes. L'introduction du tabac en france date du milieu du XVI ème siècle. Il est bien connu que l'usage du tabac à priser étatit à la mode à la cour de Versailles au cours du XVIIème siècle..

     "Il paraitrait, au rapport de plusieurs auteurs anciens, que cet usage (masticatoire) fut primitivement contracté en Europe par des marins anglais qui l'auraient pris des Virginiens ou des Caroliniens. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à cette époque il fut de bon ton, à Londres, de chiquer ; pratique qui n'eut des sectaires dans le monde élégant que dans quelques parties de la Hollande et de l'Allemagne. S-G SCHULE nous assure que la princesse Caroline d'Angleterre, la patronne des arts et des Sciences, avait pris la coutume de mâcher quelques feuilles de Virginie pendant une demi-heure, le matin, en sortant du lit" (4)

     Je ne résiste pas à l'envie, presque farouche, d'écrire ici, par association d'idées, ce que chaque Breton doit, ou devrait, savoir : il n'y a pas si longtemps que celà, on trouvait au mur des écoles des pannonceaux sur lesquels était inscrit. l'ordre suivant "Il est défendu de parler Breton et de cracher par terre". Faut-il considérer qu'à l'époque on crachait beaucoup en bretagne, et plus qu'aujourd'hui ?? Et pourquoi donc alors crachait-t'on autant ?? J'ai été victime de cette tentative de liquidation de la langue bretonne...mais je n'ai jamais chiqué !!

     Dans mes publications suivantes je développerais encore ces trois thématiques : tabac-casquette-couteau... Puis je traiterais  l'histoire de ma mère... Un travail "etho-familial" en quelque sorte.

        Et je vous invite  à découvrir le gîte rural d'un ami d'enfance Pontaveniste :

Pierre Rosot                                                                                                                                                                                                        "Le refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                                                    Liieu-dit Poultréau, 29300. Baye                                                                                                                                                      Tél : 06. 62. 48. 81. 10  Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com

     Trouvez ci-dessous quelques références bibliographiques et 2 sites que je vous invite à consulter.

1) Jacques Fontanille, "Corps et sens", Puf, Paris, 2011

2) Jean-Marie Floch, "Les formes de l'empreinte", Fanlac, Périgueux, 1987

3) AFCAT, le bulletin, "Le tabac et les incendies en 1872", p.170

4) G-A Henrieck, "Du tabac. Son influence sur l'homme",  Encyclopédie de l'Agora. Henrieck était un médecin français du XIXème siècle. http://agora.qc.ca/documents/tabac-du-tabac

www.defense.gouv.fr............... pour le lexique marine (site officiel de la marine nationale)

http://a.c.O.M.A.R.free.fr/histo_uniforme_marin6.htm

Pierre Dubois, "L'étrange histoire du tabagisme", Fares, 2009

L. Laurent, "Le tabac, sa culture, sa préparation", A; Challmel, 1901

KENAVO     sizig Loeis ar Garreg              

12:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour

Pas que de la nostalgie, loin de là. De l'ethnographie à petits pas. Où l'observation participante porte la chaleur de la proximité affective. Surtout quand on aime la Bretagne (mais pourquoi, oui, pourquoi ?), on apprend beaucoup de choses avec une saveur particulière.
A l'occasion, car la Bretagne a sans doute encore beaucoup à dire : quand nous parlerez vous du goût de la pierre et du besoin d'entendre le son de la pierre pour travailler sur un chantier ?...

Écrit par : Triby | samedi, 30 mars 2013

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