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lundi, 19 janvier 2015

La caisse à laver de ma mère lavandière à Pont Aven

      Au fil de mes pérégrinations sur les réseaux sociaux et de mes lectures diverses j'ai appris que cette caisse à laver en bois dans laquelle ma mère lavandière s'agenouillait était aussi appelée, dans d'autres régions de France ; Carrosse ; Baquet ; Triolo ; Agenouilloir... A Pont Aven je n'ai jamais entendu nommer cet indispensable "matériel" ainsi, on disait simplement "la caisse"... Triolo me plait bien, l'humour grinçant porté par Carrosse aussi... mais Agenouilloir me convient mieux compte tenu de sa charge sémantique "multidirectionnelle"... servir dans et par la contrainte (vivre/survivre et subvenir aux besoins, être "l'obligé" d'autrui), en terre légendaire Celtique, religieuse (catholique) Bretonne... Hygiénisme et religiosité... Colonisation, christianisation, socialisation et surf-riding sur la mer celtique des croyances légendaires... Pour signifier mieux cette approche de ce que j'ose appeler ici "la symbolique de la Caisse à laver-Agenouilloir" j'écrirais dans quelques temps une petite note sur le monde mythique des lavandières... Je puiserais alors, entre autres, dans les collectages et publications de Georges Sand, Paul Sébillot, Stéphanie Bayle, Françoise Le Roux, Christian Guyonvarc'h, Emile Souvestre, Jean Cuisenier, Guy Betchel, Carlo Ginzburg, et aussi, forcément, le vicomte Hersart de la Villemarqué ("Barzaz Breiz"). En attendant, pour mettre l'eau (de mer/mère) à la bouche du lecteur, notez que selon une tradition "croyante" Bretonne ; "Qen na zui kristen salver, rede goêlc'hi hou licer, didan an earc'h ag an aêr", "jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur, il nous faut blanchir notre linceul, sous la neige et le vent"... Et ma mère lavandière à Pont Aven a beaucoup blanchi le sien pour blanchir les toiles et tissus des autres... et comme sauveur c'est l'Ankou (oberour ar vro, ouvrier de la mort) qui est trop tôt venu la chercher, vaincue par la tuberculose (la noirceur)... Historiquement la lavandière est devenue la blanchisseuse, et aujourd'hui la blanchisserie est le lieu du feu de la chimie, celui du nettoyage à sec au Pressing du coin de la rue...

    On peut désormais trouver des exemplaires de caisses à laver dans de nombreux écomusées français, mais j'aime préférer celle qu'utilisait ma mère ! Rien d'étonnant... et, humblement, je vais expliquer pourquoi ci-dessous.

      Des années 50 aux années 70 ma mère n'a utilisé que 4 ou 5 caisses à laver, et les  2 dernières ont été "fabriquées" par moi, selon un modèle réalisé par mon marin de père. Si donc on considère cette période de 25 années  la "carrière" d'une caisse à laver pouvait durer de 5 à 6,25 ans,,  environ... ce qui, compte tenu de l'usage, est une belle "vie" pour un matériel en bois de récupération... et encore, le changement de caisse à laver, sa réforme, n'était pas nécessairement dû au fait de l'usure, de la dégradation, de la casse... Je me souviens que celles que j'ai fabriqué l'ont été pour améliorer le "confort" en situation de travail de ma mère... Améliorations réalisées selon ses indications et d'après les observations de mon père ou les miennes, en principal celles concernant : A) le confort d'agenouillement ; B) la protection contre les projections d'eau et l'étanchéiité ; C) la prise d'appui des mains et la pose de travail des avants bras. Et aussi, complémentairement : la réduction (abattage) des angles aigus sortants, la résistance aux chocs et le poids. Ainsi, le descriptif qui suit révèle non seulement la charge de travail que nécessitait la fabrication de cette caisse mais aussi, autant, un art de vivre, une histoire de vie. Pour moi c'était bien plus qu'un simple assemblage de vieilles pièces de bois... Elle était l'expression matérialisée d'une collaboration familiale attentive, une présentation d'un "soi" familial symbiotique fort capabe au fil d'une simple vie de labeur et de misère, de barrer toutes les agressions. La première  "sortie" de la nouvelle caisse à laver était un évènement largement commenté au lavoir, une analyse critique, in situ, entre femmes de métier, admiratives, "louangeuses", jalouses et parfois aussi très "fielleuses"... La caisse à laver était en quelque sorte la vitrine d'un savoir-faire familia et, surtout, elle disait quelque chose des hommes de la maison ! Mon père et moi le savions bien, alors on soignait le mieux possible la construction... Et plus encore, au-delà de notre habileté technique, on s'appliquait pour que ma mère puisse être fière au milieu des autres... La fierté des "petits riens", celle qui nait des petits gestes domestiques quotidiens... une fierté "de niche" que les sociologues ont beaucoup de mal à appréhender... La fierté occasionnelle du pauvre, une fierté situationniste !! Je ne possède aucune photo de la caisse à laver de ma mère et celles que j'ai vu dans les Ecomusées, des "cousines" régionales, diffèrent en quelques points.  Le principe de montage est le même partout, et les différences sont plutôt dans les finitions et les dimensionnements. La caisse à laver, objet de la représentation familiale, était aussi "ergonomiquement personnalisée", adaptée à la morphologie de la lavandière... elle disait donc aussi quelque chose du physique de la personne... Tout celà était assez facile à constater par une observation postée attentive... Chaque caisse était donc facilement identifiable, et pourtant je me souviens avoir "signé" celle de ma mère avec un poinçon rougit au feu !! Mais il ne s'agissait là, vraisemblablement, que de l'expression de ma part de "frime" adolescente, en rapport Piagétien/Vygostkien avec ma quête de "Moi" et mon besoin de reconnaissance !!

     Je présente ci-dessous un descriptif de fabrication de la caisse à laver, il résulte de la plongée dans la marée de mes souvenirs d'enfance. En fait je ne crois plus que le mot souvenir convienne tant ces faits là sont ancrés vivants en moi, "au fond de mon äme, au bord de mes lèvres et aux bouts de mes doigts"... Si aujourd'hui on ne rencontre plus aucune lavandière professionnelle, on croise toujours des pauvres dans les rues des villes et sur les chemins de campagne, et ceux-là doivent aussi se débrouiller pour vivre un peu plus, et un peu mieux... le système vivrier du monde de la misère... Ainsi chaque bidonville, chaque camp de Roms, chaque cabane "bricolée" dans les  jardins familiaux, me rappelle un peu, beaucoup, presque passionnément, l'univers Pont Aveniste dans lequel j'ai été élevé, initié, éduqué... et humilié... "Au bord de mes lèvres il n'y a pas que des mots fleuris, des mots gentils, il y aussi de la rage et de la colère, un cri inachevé"... Et peut-être aussi un peu de vomissure !! Mais c'est par là que je suis devenu... par l'écorchure et le tourment... Et le Pont-Aveniste empathique que je suis se retrouve alors dans l'impressionnante oeuvre de l'artiste peintre Edvard Munch (1863-1944). et particulièrement dans ses tableaux de la série "La frise de la vie", entre autres : "Désespoir" (1892 et 1894) ; "Anxiété" (1894) ;  et le célèbrissime "Cri" de 1893 et 1895 (il en a peint 5 versions). Munch avait l'habitude de légender chacune de ses oeuvres en gravant sur chaque cadre en bois un poème, je m'autorise ici a extirper de celui écrit en lettres rouges pour la version 1895 du "Cri" la phrase suivante : "Et j'ai entendu un cri infini déchirer la nature"... Et aussi, extraite ailleurs de la prose lyrique Munchéenne, cette autre phrase : "Et j'ai senti la nature traversée par un long cri infini"... entendre et sentir... Tous ces extraits, dans la subtilité de leur sémantique spécifique, me touchent "personnellement", je m'empare de ce cri comme il s'empare de moi... et plus encore, tant ils me paraissent signifier l'état écologique problématique du monde...   permissif et perversif... En 2012, la version 1895 du "Cri" a été vendue aux enchères 119,9 millions de dollars (frais compris) chez Sotheby's, New York !!

      De 1889 à 1892 Edward Munch réside à Neeuilly puis à St-Cloud. Il découvre alors les oeuvres de Van Gogh et de Gauguin. Munch est considéré comme l'un des pionniers de l'expressionnisme dans la peinture moderne...

     En général, au terme d'un "quinquenat" il convenait d'envisager le renouvellement de la caisse à laver.... On en discutait alors familialement, le plus souvent à table, entre deux cuillérées de Yod Kerc'h (bouillie d'avoine) et de Laezh Ribod (lait baratté)... cette discussion déclenchait généralement la mise en chantier de la fabrication... Le principe de montage de la caisse était a peu près le même dans toutes les régions de France. Dans certaines les caisses étaient équipées, ainsi, par exemple, dans la vallée de la Creuse, une planche striée était fixée diagonalement sur la façade, un prolongement sur lequel la lavandière pouvait ainsi frotter et savonner directement le linge sans qu'une cale soit nécessaire. Pour la caisse de ma mère rien de tel, mon père et moi n'apportions que de menues modifications adaptées à sa manière de travailler et à sa morphologie. Voici donc les dimensionnements normalisés in situ de chaque élément en bois, avec quelques spécificités "maison" : 1) la largeur intérieure, qui devait permettre le passage de chaque main, entre chaque hanche et chaque face intérieure des "parois" latérales, soit 43 centimètres, environ ; 2) la longueur intérieure des parois voussées qui devait être prise depuis le devant des genoux jusqu'aux malléoles, de manière à ce que les pieds soient libres en dehors de la caisse, soit, au minimum, 45 centimètres. Le point de naissance de chaque voussure était placé à 30 ou 35 centimètres depuis le point angulaire intérieur de la façade ; 3) la hauteur de la façade, soit environ 30 centimètres, non compris l'appui-mains de 1,6 centimètres d'épaisseur ; 4) la hauteur des parois latérales, soit 30 centimètres, avec une réduction voussée jusqu'à l'extrémité arrière du fond de caisse ; 5) l'étanchéité du fond de caisse, soit 2 ou 3 planches de 46 centimètres de long montées parallèlement à la façade, donc perpendiculairement au fil de l'eau du canal de fuite. Il importait d'utiliser de larges planches afin de limiter le nombre de jointures et ainsi les pénétrations d'eau. En sous face du fond étaient fixés, au droit des parois latérales et perpendiculairement aux planches, deux liteaux rectangulaires (18mm x 35mm ou 30mm x 40mm). Ce liteaunage permettait la circulation d'eau sous la caisse ainsi surélevée et limitait les remontées par les jointures... Ce montage est une de mes trouvailles des années 1965 ou 1966, j'avais alors 14 ou 15 ans... j'en suis ému et encore fier aujourd'hui... 6) la longueur de la barre d'appui, soit 63 centimètres, y compris deux oreilles (9cm X 2). Appui constitué par une planche de 9 centimètres de large posée à plat sur le chant de la planche formant façade, arasée sur sur le devant et avec un retrait intérieur de 7,5 centimètres. Par oreille il faut comprendre deux formes que je dis ici "volutées à plat", rentrantes vers l'extérieur des parois latérales. Le point de naissance de chaque oreille étant l'aplomb extérieur angulaire de chaque paroi latérale. 

     Le lavoir du moulin  "Limbourg" que "fréquentait" ma mère, et que j'ai déjà partiellement décrit dans mes précédentes publications, était couvert, fermé sur trois côtés et placé au bord d'un bief, où, plutôt, du canal de fuite du moulin, donc à l'écart du courant de l'Aven, soit une zone d'eau calme, régulée par le dispositif technique de la meunerie... Ce canal de fuite, d'environ 2 mètres de large sur environ 30 mètres de long jusqu'à son affluence avec la, rivière, était régulièrement purgé, de nuit, par un "lacher" de trop plein d'eau. Les "lachers d'eau" étaient strictement règlementés selon, me semble t-il, une loi du 16/10/1919, qui, je crois, permettait des aménagements adaptés aux contextes locaux. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à cette opération de décharge hydraulique. Ce lavoir public couvert, qui pouvait accueillir cinq lavandières sur environ 9 mètres de long, était prolongé à l'extérieur, vers l'aval, par une cale non abritée, de 3 mètres linéaires à peu près, sur laquelle deux autres caisses à laver pouvaient être posées. Sept femmes, presque toujours les mêmes, souvent avec leurs enfants, pouvaient donc se retrouver là et travailler de "concert" (!!). Lorsque deux lavandières travaillaient face à face, l'écart entre elles était, au minima, de 1, 50 mètre, bras tendus elles pouvaient se toucher le bout des doigts...  La cale, ou surface de lavage, sur toute sa longueur, soit une douzaine de mètres, était maçonnée en pierres plates appareillées en légère pente (1%), à 10 centimètres au-dessus de l'eau, et scellées au mortier de ciment. La surface de lavage, ou cale, d'environ 60 à 70 centimètres de large, était surmontée sur toute sa longueur par une marche palière. Sous abri ce palier avait également 60 à 70 centimètres de large, on y accédait directement, depuis la courette pavée, par une porte à écharpes en bois, montée sur 3 gonds à pattes de scellement... Ce palier "intérieur" permettait la circulation technique des lavandières, la pose des paniers de linge et des bassines... et le stationnement surveillé des plus petits enfants !... A l'extérieur, c'est la courette qui formait, à la même altimétrie, ce palier... Chaque caisse à laver pouvait donc être posée bien à plat sur la cale, parallèlement au fil d'eau du canal de fuite...

     Pour la fabrication de cette caisse à laver il fallait évidemment des planches et des clous... Notre famille n'était pas riche du tout, alors on faisait de la récupération... On prospectait les décharges et les chantiers de démolition locaux à la recherche de planches en bois d'oeuvre de 15 mm d'épaisseur. On espérait trouver du chêne, du hêtre, du frène ou encore du châtaignier, les résineux étant exclus pour la caisse à laver, mais on n'avait pas toujours le choix, on se débrouillait avec ce que l'on trouvait... Chaque planche subissait une "inspection" rigoureuse, elle ne devait pas vriller et être sans noeud mort, sans "flashe", sans gerçure ni pourriture excessive. Pour récupérer des clous on extrayait ceux encore en place dans les planches usagées démontées, on les faisait "reculer" au marteau pour les sortir ensuite avec des tenailles ou un pied de biche... Plus tard on les redressait en utilisant comme enclume de fortune la surface plane d'un morceau de fer ou celle cimentée d'une marche ou d'un appui de fenetre, ou autre encore... On récoltait ainsi une multitude de clous de toutes longueurs et de diamètres variés. Les plus forts et les moins rouillés étaient stockés dans des boites métalliques, et arrosés d'un peu d'essence ou de gasoil. Losqu'on clouait les planches, il y avait une certaine "perte" car les clous usagés, écrouis (échauffés) par le redressement, se tordaient facilement... il fallait doser les coups de marteau, notamment les deux ou trois premières frapppes... Et celà pouvait s'avérer particulièrement difficile selon les essences de bois !! L'assembblage des divers éléments était réalisé, pour l'essentiel avec des clous de 60mm de long et 2,5 ou 2,7 de diamètre... quand la "récolte" permettait ce choix !! Lorsque l'on avait un peu de "monnaie" on achetait quelques livres de cloux neufs. 

     Les planches récupérées étaient nettoyées, éventuellement décapées, avant d'être débitées. Le débitage était réalisé avec une scie égoïne ou avec une scie à bûches, aussi appelée scie rouennaise ou scie savoyarde... Nous ne disposions pas toujours d'une scie égoïne. La coupe avec la scie à bûches n'était pas facile, notamment lorsqu'il fallait suivre un tracé. Les voussures des parois latérales étaient préalablement traçées, le plus souvent suivant notre "coup d'oeil", jamais au compas, parfois à l'aide d'un clou et d'une ficelle selon la technique dite "compas du jardinier"... Puis, suivant le trait de coupe voussé, on réalisait des "amorces", c'est-à-dire des coups de scie tous les 4 ou 5 mm environ, qu'il fallait ensuite découper perpendiculairement, au plus près du tracé... Le façonnage de la  voussure était effectué à la "plume", ou plane creuse de 37 centimètres... J'aimais travailler avec ce vieil outil de charpentier, idéal pour les parties courbes ou les arrondis. Autrefois il était très utilisé pour éplucher et former les manches d'outil... Pour parfaire la finition on utilisait une rape demi-ronde, piqûre moyenne d'abord puis piqûre fine... Selon l'état du bois nous remplacions parfois la rape par des morceaux de verre, des tessons de bouteilles par exemple, on s'en servait un peu à la manière des racloirs en métal... C'était une technique très efficace pour finir les affleurements... je me souviens aussi avoir utilisé mon couteau Pradel (le même que celui de mon père. Voir ma publication précédente sur ce thème) pour "éplucher" le chant des planches et les "rabattre en arrondi". Tous les angles sortants des planches et de la caisse à laver étaient ainsi rabattus. La  caisse était "adoucie", et ce n'était pas par souci d'esthétique... Un ponçage au papier de verre terminait l'ouvrage (grains P30, P40, P50, P1OO, P120, selon la nomenclature Iso 6344 actuelle). L'histoire de ce papier abrasif, dont le 1er exemple connu remonte à la Chine du XIIIème siècle, mériterait une publication prochaine. Il s'agissait d'un parchemin sur lequel des fragments de coquillages, de graines et/ou de sable étaient collés avec de la gomme naturelle, et c'est bien ce procédé qui a été amélioré jusqu'a la fabrication des bandes pour les ponçeuses électriques actuelles... L'appui-mains de la caisse à laver, droit avec ses deux oreilles, était façonné de la même manière. Travailler cette  pièce de bois était un gand bonheur pour moi, elle "demandait" un traitement soigneux, un travail "à façon", avec la "plume"... une gestuelle technique presque artistique, un "toucher" et un "coup d'oeil"... c'était la pièce sur laquelle ma mère allait poser ses mains, il y avait de la "préciosité" dans ce travail là... un amour de travail... "l'un des temps" de mes premiers "émois techniques", de mes premières sensations manuelles... le début de ma prise de conscience de mes 5 sens au travail, de mon corps actif, en activité, en mouvement... Ma prise de conscience de "mon pouvoir de faire des choses"...  Mon Lebenswelt (le monde vécu) et mon Umwelt (le monde environnant) au sens de Husserl... et ainsi la caisse à laver de ma mère devient aussi  le bel objet qui "parle" ces deux mondes...

     L'étape suivante était l'assemblage par clouage... et avec des clous rouillés ce n'était guère facile... un long chemin de clous !! Lorque l'on utilise des clous neufs il est conseillé de les "moucher" avant de les utiliser, il s'agit de donner un léger coup de marteau sur la pointe afin de limiter le risque de fendage du bois, notamment lorsqu'il est sec... Mais moucher un clou rouillé, écroui de surcroît, ne sert a rien, on l'utilisait donc tel quel. Pour l'enfoncer dans le bois c'est le "coup de patte" qui importe, poignet léger, frappe précise et retenue, sans précépitation... La tëte du clou doit être frappée pile par la partie axiale de l'enclume de la tête du marteau... Aucun clouage tordu ou dépassant n'était toléré dans le bois de la caisse à laver ! Nous n'utilisions que les clous acier à tête plate... Lorsque nous n'avions que des planches de chêne pour fabriquer la caisse, ce qui en vérité était rare, le clouage était une vraie galère, pour un clou enfoncé 5 ou 6 pliés, foirés, voire plus !! Les clous neufs "flambent" aussi lorsqu'ils ne sont pas frappés de la bonne manière, mais bien moins facilement et moins vite !! Le chëne est un très bon bois, chacun connait sa dureté. Compte tenu du mode d'assemblage des différents éléments toutes les planches devaient ëtre clouées sur le chant d'une autre... celles du fond sur le chant inférieur des parois latérales et de la façade, la façade elle-même contre les chants verticaux avant des parois latérales, l'appui-mains sur le chant de la façade et des parois latérales, il avait ainsi aussi une fonction de raidisseur...

    Autrefois, dans les campagnes bretonnes étaient organisés des concours, généralement dans le cadre de "Jeux Celtiques"... je me souviens de l'un d'entre eux qui faisait appel à la dextérité et à "l'expertise" de tous... Il s'agissait d'enfoncer un gros clou de 140 x 5,5 ; 150 x 5,5 ; 160 x 6,0 ; et même 180 x 6,5 dans une grosse bille de bois en un minimum de frappes... J'ai tenté ce jeu, mais, honnêtement je ne me souviens pas du résultat, et il me semble que c'était lors d'une kermesse au terrain de foot municipal... Il y a quelques jours j'ai découvert une recherche sur la modélisation d'un coup de marteau intitulée "Savez-vous planter des clous ??". Un travail de terminale S2, mené au lycée E. Branly de Boulogne-sur-Mer par 4 jeunes filles de 17 ans dans le cadre des "Olympiades de Physique" au Palais de la découverte à Paris. C'est bluffant !! Ces 4 étudiantes, Marjorie, Laurie, Pauline et Lucie, sont parvenues en finale le vendredi 2 février 2007. Le début de leur aventure est né de leur découverte d'un jeu idem à celui décrit ci-dessus, mais cette fois lors d'une émission TV de divertissement : "Fort Boyard" !! 

     Le ponçage intérieur/extérieur signait le terme de la fabrication de la caisse à laver. Il convenait ensuite de la tester au lavoir... Ma mère n'a jamais "réformée" une caisse fabriquée par l'un ou l'autre des deux hommes de sa maison, elle en était très fière, ça se voyait et ça s'entendait... au lavoir tout était dit !!... et bien dit !! L'ouverture d'un nouveau quinquennat...

     Le ON impersonnel que j'ai beaucoup utilisé dans ce texte  est un ON chargé de l'amour d'un père et de son fils pour  la petite dame de leur vie... la femme et la mère... la dernière lavandière de Pont Aven... Un ON impersonnel pour ne pas distinguer le père du fils... Le "JE" n'avait là sa place que subordonnée à l'expression technique familiale d'un savoir partagé...

      La prochaine fois j'écrirais sur les épingles à linge en bois...

      Et, pour la lectrice, ou le lecteur, qui souhaite en savoir plus et découvrir la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère, je conseille un séjour chez mon ami d'enfance Pierre Rosot... Il saura vous accueillir et vous guider dans la région de l'Aven et du Belon... 

Pierre Rosot                                                                                                                                                                                            "Le Refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                                Lieu-dit Poultréau, 29300, Baye (non loin de Quimperlé, et donc de la gare SNCF)                                                                         Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                        Site Web : lerefugedelasalamandre.com

KENAVO.                                                      SIZIG LOEIS AR GARREG

 

Petite Bibliographie

 Je conseille une superbe exposition réalisée par les élèves de CE2 et CM2 de l'école primaire de Plestin-Les-Grèves. Elle a été présentée par l'inspection Académique du 06/11/2005 au 13/11/2005. Un bel exemple à suivre.................................. http://bro-plistin.pagesperso-orange.fr/lavoirs.htm 

Musée de la Vallée de la Creuse à Eguzon.......... Ce musée présente une belle caisse à laver équipée d'un prolongement strié..... www.musee.regioncentre.fr.............. et http://webmuseo.ccom/ws/musee-eguzon

www.moulindefrance.org 

      

 

            

14:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Le Savon de Marseille de ma mère lavandière à Pont- Aven

     Dans mes précédentes publications j'ai peu parlé des baquets et des bassines dans lesquels ma mère faisait "tremper" le linge ; "trempage à la lessive", "trempage à l'eau de javel Lacroix", "trempage/azurage au Bleu Guimet"... Ormis la lessiveuse tous les récipients qu'elle utilisait alors étaient en Polyéthylène/caoutchouc/plastique (famille des polymères)... des verts, des jaunes, des bleus, des rouges, des carrés, des ronds, des rectangulaires que l'on pouvait empiler par encastrement et ainsi les ranger facilement... Je suppose qu'à ses débuts de lavandière, auprès de ma grand-mère, dans les années 25-40, à Elliant puis à Ergué-Gabéric (Finistère), elle utilisait des baquets en bois cerclé et des bassines en métal galvanisé (peut-être en zinc galvanisé !?). Ces baquets là étaient lourds et les bassines en métal, rondes ou ovales,  rouillaient malgré la galvanisation, notammnent aux jointures, aux pliures, aux points de soudure et par le dessous du fond, aux points de contact avec le sol... Les bassines en "plastique" résistantes aux produits chimiques (acides, bases, solvants), insensibles aux bactéries, champignons et parasites... et supportant l'eau très chaude, bouillante !!... légères (de moins de 1kg à 4,70kg maxi) et ne rouillant pas, ont succédé facilement, progressivement à partir des années 40, aux divers "conteneurs" en bois et en métal... Dans les années 60-70 (plus rarement aujourd'hui !!) on trouvait encore en vente dans les quincailleries ces bassines en métal galvanisé (Luigui Galvani 1737-1798). Selon différentes sources, des fiches techniques indiquent que les métaux galvanisés peuvent résister à la corrosion : 120 ans en milieu rural ; 85 ans en milieu suburbain ; 70 ans en milieu tropical et 65 ans en milieu industriel... D'autres sources précisent que la tenue dans le temps de "l'acier" galvanisé à chaud ou trempé est, en atmosphère à moyenne agressivité, en moyenne de 30 ans (en bord de mer celà peut etre différent). Je  témoigne qu'en Bretagne, dans le Finistère, à Pont-Aven... dans les années 60-70... la rouille pouvait mordre les bassines galvanisées, principalement aux points cités ci-avant !! J'ai souvent constaté, à cette époque, de telles morsures sur ce matériel qu'utilisaient encore certaines des "copines de lavoir" de ma mère... mais il m'est difficile aujourd'hui d'établir l'ancienneté de ces bassines d'alors... Quelques-unes, qui avaient été perçées, arboraient une "savante réparation bricolée" ; deux "piècettes" de zinc, l'une dedans l'autre dehors, serrées à travers le (s) trou (s) de la paroi par un  boulonnage coupé court, tête ronde en dedans... avec, parfois, des rondelles en cuir pour renforcer l'étanchéité... Le matériel des lavandières racontait ainsi, aussi, quelque chose d'autre de leur vie privée, indice par indice chacun (e) pouvait  composer, "à sa main", "dans sa langue" l'histoire de l'autre... et "commérer" ! Le lavoir comme lieu paien du baptème ! Le lieu où les surnoms sont attribués, distribués avec malice ! Commérer, Commére, du latin écclésiastique Commater , "mère avec", c'est-à-dire la seconde mère, qui renvoie à Commérage : Baptème ! Du lavoir et du lien social... Bientôt, je raconterais la lessiveuse "La Couronne" en métal galvanisé que ma mère utilisait pour "cuire le linge", effacer la "salissure" (Mary Douglas)... de Soi, des Autres... 

     Les bassines, les cuvettes, les brocs et les seaux en polyéthylène/plastique nous servaient aussi comme ustensiles de cuisine (lavage des légumes, nettoyage de la vaisselle, etc), mais également pour notre toilette (de la tête aux pieds !) et l'entretien ménager... et encore pour les travaux de "maintenance" de notre logement, dont le lessivage et le chaulage mural annuel... L'apparition du Polyéthylène, en 1933 (matière plastique résultant de la polymérisation de l'Ethylène), puis la mise au point de la première presse à injection entièrement automatisée en 1937, le développement des techniques de moulage sous vide, de soufflage ou d'extrusion, etc, générèrent une production massive d'ojets de toutes sortes ; jouets, brocs, bassines, cuvettes... On peut dire que, sur le plan technique, le "mieux être-vivre" professionnel et domestique de ma mère, comme de toutes les autres lavandières de France et de Navarre,, s'est installé au fil de l'évolution de la chimie et du développement de la mécanique industrielle.

     Les matières plastiques étant perméables aux pigments, la méthode la plus couramment utilisée par les mouleurs pour colorer chacun des objets fabriqués est celle dite du mélange "maître" ; des pigments concentrés sont dispersés dans une résine porteuse à base de polymères, et au cours du moulage ce mélange "maître" est coulé dans la résine naturelle lors de l'introduction dans la presse... et les coloristes/mouleurs obtiennent ainsi de nombreuses nuances de couleurs... A Pont-Aven, les jours de "buée", le lavoir Limbourg, aujourd'hui disparu et désormais "remplacé" par une EEEEnorrrmeeee agence du Crédit agricole, près du pont, avait une petite ressemblance, à une autre échelle évidemment, avec le souk des tanneurs de Fès et ses cuves de teintures multicolores... Bassines et cuvettes, rondes, carrées, rectangulaires, chargées de linge "couleurs" pour le trempage à la lessive, la javellisation ou l'azurage au "bleu Guimet", côte à côte, formaient comme un tableau "existentialiste"... dont je ne crois pas que beaucoup de pontavenistes aient perçu la "puissance" et l'humble beauté...

     Le mot "buée" employé ci-dessus s'appliquait à l'action de faire bouillir le linge, la "Bugata" en ancien provençal du XIIIème siècle, d'où "Bugade", puis la qualification de "Bugadière". Ainsi appelait-on les "mères courages" où buandières de Grabels, un petit village près de Montpellier... Le terme "Buée" a depuis été étendu à "journée de lessive"... En Poitou-Charentes on disait Bughée...

     Dans mes précédentes publications j'ai parlé des différents produits utilisés par ma mère lavandière : le Bleu Guimet, l'antirouille Rubigine, l'eau de javel Lacroix, les lessives Omo, Persil, Bonux, Paic et St-Marc... Un autre vient maintenant  compléter et fermer cette liste : le savon !! Ma mère utilisait essentiellement le savon de Marseille, des cubes de 300 grammes environ qu'elle achetait chez "Marie Pichou", l'épicière de la rue du quai, près de la "place royale", ou "place aux cochons" ou "place pigalle"... l'un des hauts lieux de mes jeux d'enfant sur lequel je raconterais bientôt quelques petites histoires... Les jours difficiles "Marie Pichou" et sa fille nous faisaient "kroum", c'est-à-dire qu'elles faisaient crédit à ma mère (c'est elle qui tenait les "cordons de la bourse")... parfois le paiement des factures d'achats trainaient et les relations se "tendaient" un peu, mais "nous" parvenions toujours à régulariser. J'ai vécu ce mode de fonctionnement durant de longues et nombreuses années...Et j'avoue que nous devons à "Marie Pichou" et à sa fille un grand et chaleureux merci !!

     Après sa cuisson le linge était jeté sur la cale de pierre plate du lavoir, devant la caisse à laver... Pour l'extirper bouillant de la lessiveuse ma mère utilisait un bâton en bois de houx d'environ 1m de longueur, que mon père ou moi avions taillé et épluché... Elle s'agenouillait ensuite sur le coussin de la caisse à laver (que je décrirais bientôt dans une nouvelle publication), plongeait le linge dans l'eau pour le refroidir, l'essorait puis l'étalait devant elle, le savonnait grassement et le brossait méthodiquement... le replongeait dans l'eau, l'essorait, jaugeait le travail et, selon, reprenait éventuellement le processus... Le traitement des draps était difficile et très épuisant... En fonction du dégré de salissure, les petites et moyennes pièces, tels que mouchoirs, torchons, serviettes, chemises, slips ou chaussettes, etc, en plus d'être savonnées et brossées à plat sur la pierre de la cale, étaient re-savonnées puis frottées, ou "foulées", vigoureusement entre les mains... ma mère insistait ainsi sur les cols et les poignets de chemises, sur les talons de chaussettes, sur toutes les parties fortement sollicitées par l'usage ou particulièrement exposées... Elle empilait d'un jet le linge essoré à sa gauche, un peu au-delà de la portée de son bras tendu... Ce geste, entre autres, conditionnait la placement de la caisse à laver... selon qu'elle était droitière ou gauchère chaque lavandière se devait de "fermer" sa place en arrivant la première au lavoir, ce qui générait parfois quelques bonnes et sévères  "prises de becs" ! Le linge rinçé/essoré était ainsi empilé "en attente" du trempage à l'eau de javel puis de l'azurage au bleu... Le savonnage n'a rien d'un geste anodin, il implique une bonne prise/tenue en main, un fort serrement des doigts et un poignet solide, une allonge et une souplesse de bras... L'une des maladies professionnelles de la lavandière est aussi celle des maçons-enduiseurs, des pongistes et des tennismen ; le tennis-elbow (Epicondylite) !! Je doute que des statistiques existent sur ce sujet concernant les lavandières, mais j'ai encore en mémoire les moments de vraie souffrance de ma mère... Lorsqu'elle utilisait un savon de Marseille neuf, le geste était plus lent, les doigts plus  écartés et plus "crispés" sur le cube de 300 grammes... Au fil du savonnage le cube "fond", le geste change, devient plus souple, plus rapide, les doigts se décrispent sur le savon, sont plus enveloppants, un peu plus repliés sur le dessous du morceau... alors ce sont les parties externes et les bouts des doigts qui prennent, ils frottent sur le linge, rougissent, de légères brûlures apparaissent parfois... De temps en temps  le savon "s'échappait" et tombait dans le bief, il fallait alors se mouiller pour le récupérer au fond de l'eau (1m environ). Pour éviter au mieux tout celà ma mère ne savonnait quasiment pas avec les cubes "fondus" au delà des trois quarts, elle conservait la portion restante et l'utilisait ensuite, en complément de la lessive, pour la cuisson du linge et aussi pour le lavage doux et délicat des lainages, des soies, des flanelles, etc... Parfois aussi elle composait, avec les petits morceaux et des "raclures" de savon, une bassinée d'eau tiède savonneuse dans laquelle elle faisait "tremper" ce linge délicat avant de le "fouler" doucement à la main, presque tendrement... une douceur sans Soupline !!

     Il est difficile de déterminer quel peuple a inventé le savon... autant de peuples, autant de prétentions, et une grande et longue histoire. On balance constamment entre l'origine du mot savon et l'invention du produit même. Il semble que l'on savait déjà fabriquer des savons dès 3000 ou 2800 av. J-C. Certaines sources datent de cette période, celui, fameux, du savon de la ville-citadelle d'Alep, en Syrie. Ce savon, fait avec de l'huile d'olives et de la cendre végétale, était particulièrement réputé pour ses propriétés désinfectantes, dues principalement à l'adjonction d'huile de baies de laurier (de 1% à 40%) lors de sa fabrication. Une matière ressemblant au savon a également été trouvée pendant l'excavation archéologique de la Baylone Antique (2325-2160) dont la fondation est attribuée aux Akkadiens  Selon certains le "Sabun" (al-sabun, le savon) Perse, avec ses 2000 ans d'histoire, pourrait aussi prétendre être à l'origine du savon, il s'agit d'un savon fabriqué avec de l'huile d'olives et de la Potasse. Et aussi, les fameux cylindres (A et B) de Gudea (2141-2122), souverain lettré de Lagash vers 2100 av. J-C, représentent un document littéraire et historique qui décrit la construction du temple de Ningirsu et l'intronisation du couple divin de Lagash. Le cylindre A concerne  la construction du temple et le cylindre B traite de l'installation du Dieu Enlil et de sa parèdre, la déesse Bau, dicte ses volontés et décrit sa future gloire.  Ce cylindre donne la description du rituel d'un festival annuel s'étendant sur 7 jours, et c'est dans cette description, que, selon les traducteurs, une simple petite phrase permet de comprendre qu'à cette époque déjà, les Sumériens utilisaient une préparatiion proche du savon que nous connaissons aujourd'hui : "ainsi il me purifie avec l'eau, ainsi il n'ettoie avec la potasse, ainsi se fait le mélange de l'huile pure et de la Potasse"... L'idée de mélanger des graisseset de la Potasse était donc déjà bien connue et mise en oeuvre de manière empirique par les Sumériens. Cette Potasse provenait des cendres végétales, et l'huile était sürement celle des graines de Sésame que les Sumériens importaient en grandes quantités de l'Indus au Pakistan. Le savon ainsi obtenu avait une texture molle et grasse et se présentait probablement sous la forme d'une pâte claire, riche en potasse et donc avec beaucoup de "mordant", une "dureté"... Des tablettes d'argile écrites en Sumérien ont été découvertes en Mésopotamie dans le sud de l'Irak actuel. Ces tablettes font référence à l'emploi d'une substance nettoyante pour laver la laine et sont encore plus anciennes que les cylindres de Gudéa, ils datent approximativement de 2500 av. J-C, ce qui qui conforte l'hypothèse selon laquelle les Sumériens savaient préparer le savon. Dans la version de ces tablettes le savon est préparé en mélangeant des cendres végétales, des graisses animales, de l'eau et de l'argile, et cette technique semble conduire à la préparation des premiers savons durs et notamment le savon d'Alep obtenu quelques siècles plus tard par les peuplades babyloniennes. Les sources qui donnent la naissance du savon d'Alep dès 3OOO ou 2800 av J-C semblent négliger cette possible antériorité Sumérienne !! Du fait de l'utilisation de la Potasse ce savon mou est aussi "appelé" savon noir. En Egypte Antique, sous le règne d'Amenhotep 1er (XVIème siècle) ou d'Amenhotep III (XIVème), l'un des plus anciens traités médicaux, le Papyrus d'Elbers, décrit comment on mélange des huiles animales et végétales avec des alcalins pour obtenir une espèce de savon utilisé pour le traitement des maladies cutanées, ainsi que pour se laver et laver.. La Soude, nécessaire, entre autres, à la fabrication du savon, était désignée en Egypte sous le nom de Nri, qui donnera le nom latin Natrum, puis Natron, puis le symbole Na pour désigner le Sodium. C'est un minéral que les Egyptiens tiraient des lacs salés asséchés de Basse Egypte, plus exactement le Désert de Nitrie, à l'Ouest du delta du Nil et du Caire. Pendant les périodes de sécheresse le sol se recouvrait de croûtes salines blanches (un peu comme à Guérande !), le Natron, constituées d'un mélange de sel marin et de Carbonate de Sodium dont la teneur exédait rarement 20%. L'Egypte ancienne était première productrice, utilisatrice et même exportatrice de Carbonate de Sodium (Natron), elle connaissait donc deux façons pour l'obtenir. Sous Ramses II (1284), la zone côtière "phénicienne" (le couloir phénicien) était sous contrôle Egyptien... Aujourd'hui encore de nombreux gisements de Natron sont exploités à travers le monde ; Etats-Unis, Turquie, Chine, Tanzanie, Tchad, Botswana, Kenya. La production mondiale 2012 a été de 13 millions de tonnes dont 10,9 millions aux Etats-Unis. Les principaux secteurs d'utilisation sont le verre, les produits chimiques, les savons et les lessives, le papier, la métallurgie, la désulfuration de la fonte et des minerais d'Uranium, mais également l'alimentaion animale, la pharmacie et la cosmétique, etc. Aux Etats-Unis le gisement principal est dans le Wyoming, à Big-Island, près de Green-River, il couvre près de 2600 km² sur une profondeur entre 120 et 1050 mètres. Ses réserves seraient de 22 milliards de tonnes. La technique d'extraction/production est celle inventée par le chimiste  belge Ernest Solvay. Ce type de gisement résulte de l'accumulation de sédiments, à l'Eocène, il y a 5O millions d'années... Au 1er siècle ap. J-C les Romains utilisaient un détersif mou appelé alors "Sapo", découvert, dit-on, grâce à leurs conquêtes des tribus Gauloises et Germaniques. Ainsi, selon Pline L'ancien (23-79 ap. J-C) le "Sapo" serait une invention des Celtes qui bouillaient des graisses auxquelles ils ajoutaient des cendres... Faute d'huile d'olives, ces tribus employaient de la graisse de chèvre et des cendres de hêtre (on cite aussi le bouleau) pour confectionner une sorte de pommade qu'ils employaient pour traiter leurs cheveux (on cite aussi l'urine !), ils appelaient cette pommade "Sapo" (un mot latin ?!). Selon une "légende" le mot savon -où plus précisément, la saponification- viendrait du nom d'une colline de Rome, la colline Sapo, sur laquelle des animaux étaient sacrifiés et brûlés. La graisse animale et les cendres du bûcher entrainées par la pluie qui ruisselait sur le mélange le long de la colline au sol argileux jusqu'au Tibre, formaient une espèce de suif utilisé par les femmes romaines qui constatèrent son efficacité pour le lavage de leur linge... D'après une autre version l'origine du mot savon viendrait du nom de la ville italienne de l'Etat de Gène, Savone, dans laquelle de grosses quantités de savon étaient fabriquées... Au moyen-âge (476-1453) le savon (cendre  et  graisse animale) servait essentiellement à laver les vêtements. Au 7ème siècle les commerçants Arabes firent, dit-on, découvrir les pains de savon aux peuples d'europe... Le célèbre "Savon de Marseille" tiendrait son origine du "Savon d'Alep", en Syrie, et serait arrivé à Marseille vers la fin du XVIème siècle, lors des Croisades, et en passant d'abord par l'Italie et l'Espagne... Mais il faut ici se souvenir des navigateurs et commerçants  Phéniciens (terme qui apparait au début de l'âge de fer, vers 1200 av. J-C) qui formaient un ensemble de Cités-Etats sous prédominance de Byblos, Tyr et Sidon, aujourd'hui cités Libanaises, dans une région du littoral Syro-palestinien, originellement occupée par les populations Cananéennes (du IIIème millénaire au XIIIème siècle av. J-C) qui effacèrent la tribu des Anakim, les enfants d'Anak, puis par les Araméens, les Hébreux et les Philistins... On raconte qu'en 7000 av. J-C, Byblos était déjà occupée (population néolithique) puis que sa région fût englobée dans l'Empire asiatique de l'Egypte au IIIème millénaire (Vers 2700 av. J-C). Les Phéniciens devinrent, par nécessité vitale, navigateurs et fondèrent de nombreux comptoirs et colonies sur le pourtour méditerranéen (dont Carthage, IXème siècle), qui tombèrent sous la tutelle des empires Assyriens et Babylonien, puis sous celle des Perses et des Grecs. Sur cette côte la ville-port de Phocée (aujourd'hui Foça, en Turquie) fut vraisemblablement fondée entre le Xème et le VIIIème siècle par des migrants Grecs venus des villes de Grèce continentale (2 migrations ??) d'Argolide, d'Attique et d'Eobée, et eut, dès le VIIème siècle av. J-C, une grande importance commerciale. En 546 av. J-C, après la prise de Phocée par Harpage, chef de l'armée Mède, lieutenant de Cyrus II (dit Cyrus le Grand, roi des Perses vers 559 av. J-C à 529 av. J-C) et nommé par celui-ci "Commandant des régions littorales", les Phocéens créent, au VIème siècle, le comptoir Corse d'Alalia (Aléria). En 535 av. J-C, après avoir été chassé d'Alalia par les Etrusques et les Cathaginois, ils fondent, dans le Delta du Rhône, Massalia, un nouveau comptoir... et successivement Agathe Tyché (Agde), Olbia (Hyères), Antipolis (Antibes), Nikaia (Nice), Agitna (Cannes), etc... La ville-citadelle d'Alep existait déjà au IIIème millénaire et on estime qu'elle a toujours été habitée depuis lors. Installée sur un plateau assez élevé qui sépare les deux bassins de l'Oronte (Nahir-al-asi : le fleuve rebelle) et de l'Euphrate, arrosée par le Koîk, elle était, depuis des millénaires, située sur un axe de passage des caravanes, notamment celles de la route de la soie chinoise, entre Palestine et Egypte. Les échanges commerciaux d'Alep s'effectuaient principalement par les ports d'Alexandrette et de Laodicé-sur-mer (appelé aussi Lattaquié, ou idem Lakatieh). Le 1er est éloigné d'Alep de 140 kms, le second de 160 kms. Les transports se faisaient à dos de mules et de chameaux. D'Alexandrette à Alep et sa citadelle il fallait, en hiver, 7 à 8 jours avec les chameaux et 5 à 6 seulement avec les mules. En été, la mëme course pouvait être faite en 5 à 6 jours avec les chameaux et en 4 à 5 jours avec les mules. De Laodicé-sur-mer à Alep, le voyage exigeait 3 jours de plus. Alexandrette (de Iskandar, signifiant Alexandre en Persan), dans la principauté d'Antioche (située aux flancs du Silpios, à 25 kms de la mer, à 9 kms à l'Ouest d'Alep) fut fondée par Alexandre Le Grand pour commémorer sa victoire à la bataille d'Issos en 333 av. J-C. Alep, réputée pour ses souffleurs de verre, exportait du tabac, de la soie, du coton, de la laine, des éponges, de la cire,  du savon et diverses matières d'argent et d'or. Son thym, comme son savon et son tabac, était aussi réputé. Au Moyen-âge les Vénitiens y tenaient 40 comptoirs de vente. Laodicé-sur-mer, port à 15 kms d'Ugarit (lieu de naissance de notre alphabet !!) dont il dépendait, a été fondée en 300 av. J-C par Séleucos 1er, roi de Syrie et de Babylonie, qui fut l'un des généraux d'Alexandre Le Grand. Laodicé était le prénom de la mère de Séleucos. Ses échanges commerciaux étaient pour l'essentiel les mêmes que ceux d'Alep augmentés de la fameuse résine Styrax, de son vin et de son huile d'olives. Le Styrax est une résine aromatique et médicinale récoltée par "gemmage" (encore aujourd'hui), des entailles dans le tronc d'arbre desquelles ruisselle l'Oléosine. Selon l'Encyclopédie Diderot et D'Alembert (article de Louis de Jaucourt) l'Oléorésine (ou Styrax) est "un suc résineux, d'une substance tenace et mielleuse, semblable à la Térébenthine, à demi transparent, brun, ou d'un brun rougeâtre, où d'un gris brun, d'odeur forte, qui s'approche un peu du Storax solide. Ce dernier, dans sa meilleure qualité dite Storax Calamite, est composé de grumeaux ou de miettes blanchâtres et roussâtres, d'un gout résineux, un peu âcre, agréable, et d'une odeur agréable, surtout lorsqu'on le jette au feu"; Il est utilisé en fumigation, comme l'encens. Les arbres traditionnellement "gemmés" sont les Pins (Pinus Brutia subst. Brutia), le Liquidambar d'orient (Liquidambar orientalis Miller, ou Liquidambar styraciflual), et l'Aliboufier (Styrax officinalis, dont les anciens tiraient aussi des javelots et des flêches). Les graines  de Pistachier (P. Mutica, P. Calibula et P. Kurddica), très riches en Lipides, notamment en acides gras insaturés (Oléique et Linoléique) et en Phytostérols, sont également utilisées pour la fabrication du Styrax... La cité/port maritime d'Ugarit échangeait avec Chypre, la Crète, Hattusha (capitale de l'Empire Hittites d'Anatolie) et le port de Byblos, ouvert sur l'Egypte. Certains chercheurs affirment que les ports de cette bande (ou couloir) maritime, assez naturellement équidistants, n'étaient éloignés les uns des autres que d'un jour de marche ou de navigation à la rame. Selon M.I Rostoutzeff, professeur à la Yale University New-Haven (Connecticut), les villes, "en Phénicie n'étaient que de façade, par derrière s'étendaient leurs vastes territoires, avec des centaines de villages, des jardins, des vignobles, des plantations d'oliviers. Cet hinterland s'enfonçait fort loin dans les Monts de Liban et de l'antiliban". En considérant l'importance des échanges commerciaux, la chaîne des relations commerciales, des proximités géographiques et de la chronologie des évènements et mouvements humains, il me semble fondé, en toute humilité, d'émettre l'hypothèse d'une entrée plus ancienne du fameux savon dit d'Alep en Corse, en Provence et alentours, au fil du découpage de la cöte méditerranéenne, et donc, y compris à Massilia (dès sa fondation vers le VIème siècle), soit au-delà du 7ème siècle et donc bien avant les Croisades !!  Sur ces territoires de la géographie antique de multiples civilisations se sont rencontrées, chacune a emprunté à l'autre, aux maitres de caravanes, aux navigateurs, aux négociants et aux courtiers, à l'intendance militaire...  Les Celtes aussi entretenaient, notamment pour l'étain (Bretagne insulaire, et ma Bretagne natale !!), des relations commerciales très étroites avec les Phocéens, et ont vraisemblablement appris d'eux leur savoir-faire en savonnerie... Dans le sud de la France les fabrications artisanales locales/régionales du savon se développèrent, et des fabricants se regroupèrent en guildes d'artisans pour protéger leurs secrets de fabrication... la production commença aussi à se différencier d'une zone géographique à une autre. Dans les pays méditerranéens, comme l'Italie, l'Espagne et le Sud de la France le savon était alors fabriqué avec de l'huile d'olives (+ Soude)... Dans les pays d'Europe du nord il était fabriqué avec des graisses animales, essentiellement du suif, et parfois mëme des huiles de poisson dans lesquelles on ajoutait des herbes aromatiques pour les parfumer... Au 9ème siècle, Marseille, Genève, Savone, dans l'Etat de Gène, et Venise deviennent des villes réputées pour leurs savonneries industrielles. Ces régions disposaient de grandes quantités d'huile d'olives et de soude (le Carbonate de Sodium, et non pas l'Hydroxyde de Sodium qui est la Soude caustique)... En France, au cours des 13ème et 16ème siècles la fabrication du savon commence à se spécialiser, il était jusque là encore, le plus souvent, fabriqué à partir du suif de chèvre et de cendres de bouleau (héritage Celte). En 1666 Colbert donne le monopole de la fabrication du savon à Toulon, c'est un échec... Le savon de Marseille-Alep revient à Marseille, et en octobre 1688 un Edit Royal (Roi soleil !!) donne aux savonneries marseillaises un cahier des charges très strict qui impose l'utilisation des huiles d'olives pures, sans mélange de graisse... La première fabrique marseillaise a été, dit-on, fondée en 1593 par Georges Prunemoyor... Mais une autre source attribue la production des premiers savons à Grescias Davin, alias Sabonerius, juif marseillais, qui le 1er, en 1371, les aurait fabriqué selon la tradition d'Alep et fut alors nommé 1er savonnier officiel de la ville. En 1660 Marseille compte 7 fabriques assurant la production annuelle de près de 20 000 tonnes de savon, en 1786, elle totalise 48 savonneries, en 1813, 62, voire 90 selon d'autres sources. Au 15ème siècle, dans la région de Marseille, la production de savon utilise l'huile d'olives locales et la Soude provient d'abord des cendres obtenues par la combustion des plantes Halophytes. Au 17ème siècle les savonneries Marseillaises doivent importer des matières premières de tous les pays du Bassin méditerranéen. Au début du 18ème siècle Marseille devient le centre Méditerranéen de production et de distribution de savon fabriqué avec de l'huile d'olives et de la Soude naturelle... Selon les savonniers la Soude artificielle avec de l'huile d'olives donne un savon trop dur et brisant. En 1820 de nouveaux composants exotiques sont utilisés pour la fabrication du savon : l'huile de palme, d'arachide ou de coco... et encore en 2012 !! 

    En 1877 les cylindres de Gudea furent découverts par Ernest De Sarzec alors vice-consul de France en exercice à  Bassorah en Irak. Il a été nommé à ce poste en 1875. En l'espace de 22 années De Sarzec a supervisé 11 campagnes de fouilles archéologiquess sur le site de Tello. En fait, né Gustave-Charles-Ernest Chocquin, le 11/08/1832 à Rennes, il prend le nom  De Sarzec après avoir acheté le château de Sarzec à Montamisé, dans le département de la Vienne, en Poitou-Charentes. Ingénieur civil, il a d'abord été directeur du gaz à la "Compagnie Lebon" d'Alexandrie en Egypte, entre 1864 et 1868. Diplomé de l'école Polytechnique en 1819, lieutenant d'artillerie, il a démissionné après la révolution de 1830 pour se retirer en Bretagne... Assez curieusement, alors que je "planche" sur  l'histoire du "savon de Marseille de ma mère lavandière à Pont-Aven" je découvre ce sieur de Sarzec "inventeur" des Cylindres de Gudea... qui donnent un indice, une référence Sumérienne sur la fabrication du savon !! Pour moi une découverte sérendipitiste (!!!) : 1) De sarzec est né en Bretagne, je suis Breton... ; 2) il à travaillé pour un établissement de la compagnie Lebon dans laquelle Jean Louis Le Corre, premier mari de ma mère a également travaillé comme chaudronnier à Quimper, de 1926 à 1937... Ma mère m'a souvent parlé de celà... et cette compagnie Lebon (compagnie centrale d'éclairage et de chauffage par le gaz) a été pionnière en Bretagne, dans le Finistère notamment (Morlaix, Quimper, et même Pont-Aven !!, etc). j'aime ces re-serrements, ces contractions de la petite histoire, "presque quelconque", de la vie des humains... Et raconter l'histoire de la compagnie Lebon c'est aussi raconter celle de Philippe Le Bon (1767-1804) dit Humbersin, ingénieur et chimiste, inventeur de l'éclairage et du chauffage au gaz par distillation du bois, procédé appelé Gaz Hydrogène Carburé, d'une Thermolampe et du premier moteur à exclusion !! La Compagnie Lebon avait des établissements, entre autres, en Algérie, en Espagne et en Egype : Alexandrie, Le Caire, Port Saïd. Dans les années 1860 de nombreuses bretonnes villes étaient encore éclairées par des lanternes à l'huile végétale de Colza... 

    Un chimiste Français, Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), dont les études constituent la base de la chimie des graisses et du savon, présente, en 1823, une théorie de la Saponification qui, avec le procédé Nicolas Leblanc (1742-1806), va révolutionner la fabrication du savon et favoriser son développement. 

    En 1780 Nicolas Leblanc est au service du Duc d'Orléans, le futur Philippe Egalité, en tant que médecin-chirurgien, mais dès 1784 il réfléchit à la possibilité d'extraire de la Soude à partir du sel marin. Son "patron", le Duc d'Orléans accepte de subventionner ses recherches à condition qu'il se place sous le contôle d'un expert incontestable : le chimiste Darcet. Leblanc accepte et commence ainsi son travail au Collège Royal de France, dans le labo de Jean Darcet (1724-1801), il est alors secondé par Jérôme Dizé (1764-1852). Jean Darcet est une célébrité, ancien précepteur des fils de Montesquieu, médecin en 1762, nommé professeur de chimie au Collège de France en 1774, directeur de la manufacture de Sèvres, inspecteur général des essais des monnaies, inspecteur des peintures des Gobelins, membre de l'Académie des Sciences, on lui doit l'art de fabriquer de la porcelaine et de la céramique française. Jérôme Dizé est  pharmacien en chef du 1er magasin général des pharmacies créé par la Convention en 1792 à Paris, on le dit co-concepteur du procédé Leblanc. En 1789, après une série d'expériences négatives, Leblanc trouve enfin la solution et parvient a transformer le Chlorure de Sodium (le sel de l'eau de mer) en Hydroxyde de Sodium (la soude)... En 1791 il installe la première usine de Soude artificielle sur 2 hectares environ, près du port de Saint-Denis (93), entre les rives de Seine et l'enceinte fortifiée de la ville, la Franciade à l'époque, soit sensiblement à la hauteur de la gare RER actuelle. L'un des actionnaires de Leblanc est le Duc d'Orléans. Le procédé décrit dans un acte déposé le 27 mars 1790, chez le notaire Brichard, à Paris, consiste à chauffer, dans un creuzet couvert, 100 parties de Sulfate de Soude, 50 parties de craie (Carbonate de Calcium) et 25 parties de charbon.. Lors de l'essai réussi, Leblanc, suivant les conseils de Darcet, opéra dans un creuzet réfractaire et non dans sa traditionnelle marmite en fonte... Ce n'est qu'en 1856, à titre posthume, que le titre d'inventeur de la Soude Artificielle lui sera attribué par le second Empire. Avant cette découverte le Carbonate de Sodium, en Europe, ne provenait que des cendres d'algues et de salicornes. Le Sulfure de Calcium, déchet issu du procédé Leblanc, trouve une application industrielle grâce au procédé de Claus qui permet d'en extraire le Soufre, vendu comme tel... Mais le procédé Leblanc sera détroné, à partir de 1870, par le procédé à l'Amoniac du chimiste belge (un wallon) Ernest Solvay (1838-1922). Par ce procédé Solvay invente, au milieu du XIXème siècle, la fabrication de Bicarbonate de Soude à partir d'un simple sel marin et de la craie. Procédé encore exploité en 2012. A l'époque, Solvay utilise l'ammoniac exédentaire des eaux ammoniacales des usines à gaz... Auparavant, dans les années 1790, l'ammoniac était obtenu par distillation sèche des matières animales. 

     Dès le Moyen-âge les Européens, imitant les Arabes, se mirent à fabriquer de la Soude Naturelle à partir de plantes. Les Arabes appelaient qâli, (al)qâli, un arbrisseau poussant sur les terrains salés et dont les cendres contenaient de la Soude. De là notre terme chimique Alcali, Alcalin, Alcalinité... Cet arbrisseau était aussi connu, entre autres, sur les rivages français sous le nom de Sode, qui donnera le mot Soude... Les plantes spécifiques du genre "Salsola Kali", "Soda Kali", "Salsola Tragus" sont regroupées dans la famille des Chenopodiacées, ce sont des halophytes (du Grec halos : sel et de phuton : plante) présentes sur les près salés des littoraux sablonneux, on parle aussi de plantes Sodifères. Toutes ces plantes contiennent du Sodium sous forme de sels organiques : Acetate, Oxalate et Tartrate, pour l'essentiel... et leurs cendres environ 30% de carbonate de Soude... Les plantes littorales donnent plus de Soude et les plantes continentales plus de Potasse... Le terme Potasse provient de l'anglais Pot Ash, littéralement "Cendre de pot", où du Néerlandais Potas ? "Salsola Soda", par exemple, était cultivée à grande échelle, en Espagne, dans les régions d'Alicante (très réputées), de Carthagène, de Malaga ou de Tortosa. Ces halophytes "espagnoles" étaient connues sous le nom de "Barilha", ou "Barilla"; d'où le nom de "barille" donné à la Soude que l'on en tirait. D'autres plantes venaient de Sicile... On en trouvait également sur les côtes du Languedoc-Roussillon, jusqu'en Camargue. Parmi elles la salicorne "Salicornia fructicosa", plante ligneuse qu'il ne faut pas confondre avec celle que l'on consomme... ou "Sueda Vera", toujours présente sur les rivages marins... Les Soudes se répartissent, comme les vins, en crus.. Il semble que le varech' (ou goémon) de Bretagne a surtout été utilisé pour la fabrication, entre autres, du verre....

     Deux théories de la saponification avaient été proposées à la fin du XVIIIème siècle. D'après l'une, exposée dans le "dictionnaire de Mecquer" (1778), le savon résulte de la combinaison de l'huile avec un alcali". Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), né à Angers d'une famille de médecins et chirurgiens, "monte" à Paris et devient l'élève et le préparateur de Louis-Nicolas Vauquelin (1763-1829) qui l'introduit au Muséum d'Histoire Naturelle, il lui succède comme professeur de chimie appliquée aux corps gras organiques en 1829. En 1823, il propose une théorie sur la Saponification qui démontre que les corps gras sont formés d'une combinaison entre Glycerol et Acides gras, et, avec Gay-Lussac, il fait breveter un procédé d'extraction des Acides gras du suif donnant naissance à une nouvelle matière première : l'Oléine. Les propriétés détergentes des molécules du savon sont dues à leur Amphiphilie, la molécule de savon se présente sous la forme d'une longue chaîne d'atomes dont une extrémité, polarisée négativement, est Hydrophile tandis que l'autre extrémité est Lipophile. Cette dernière se fixe donc facilement sur les graisses (Lipophiles), l'autre reste en contact avec l'eau de rinçage (Hydrophile). Le savon est donc une substance détersive qui émulsionne les corps gras, c'est-à-dire les réduits en fines goutelettes que le rinçage à l'eau entraine ensuite... Le 09/09/1824, Louis XVIII le nomme directeur de l'atelier des teintures aux Manufactures Royales de tapisseries et de tapis des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie. En 1826 il devient Membre de l'Académie des Sciences, et y demeure pendant 63 ans, il en sera président de 1839 à 1841 et de 1867 à 1869 (les présidents de cette Académie sont nommés pour deux ans). Il dirigea également le Muséum d'Histoire Naturelle de 1836 à 1879. Il est nominé à la Médaille Copley en 1857. Louis-Nicolas Vauquelin, ancien élève d'Antoine-François Fourcroy, était pharmacien/chimiste, inspecteur des mines et professeur à l'école des mines, il a découvert deux éléments chimiques ; le Chrome et le Bérylium. Michel-Eugène Chevreul est aussi reconnu comme théoricien de la couleur, de ce qu'on appelle aujourd'hui la Psychophysique des couleurs, leur métrologie... Il a beaucoup travaillé sur les phénomènes organoleptiques (couleurs et gastronomie, les propriètés odorantes, les saveurs, la compacité avec une couleur environnementale ou celle d'un objet !). Il découvre l'Indigotine, le colorant bleu de l'Indigo. En 1839, il publie un Cercle Chromatique de 72 tons qui rayonnent autour du blanc en dégradés de 10 ou 20 échelons... On lui doit aussi une "loi sur le "Contraste simultané des couleurs". A partir de 1878 ses travaux sur le "Contraste rotatif" et ceux de Joseph Plateau, qui réalisa le Phenakistiscope en 1833, ont permis la création des premières lanternes magiques, puis le cinématographe des frères Lumières... Seurat, Signac (fondateurs du néo-impressionnisme), Robert Delaunay, les "Pointillistes", ont appliqué les théories de Michel-Eugène Chevreul ... le "Pointillisme", ou "Mélange Optique par Points", est fondé sur les contrastes de ton, suivant des observations déduites de ces théories... Ainsi le tableau "Un dimanche après-midi à l'île de la grande jatte" (207 x 306), actuellement à l'Art Institute de Chicago, a été exécuté en 1833-1884 par Georges Seurat suivant les lois de Chevreul sur le "Contraste simultané des couleurs"... Selon Lionel Salem, in "La science de l'art", p.165, Chevreul se serait inspiré de Léonard de Vinci qui avait découvert que 2 couleurs placées côte à côte, en larges tâches ou aplats, se renforcent si elles sont complémentaires l'une de l'autre. Aujourd'hui, sur les gondoles des supermarchés et dans les boutiques de cosmétique on découvre une multitude de savons colorés... Il suffit de se reculer un peu pour avoir devant les yeux comme un tableau pointilliste, les points et les traits des savons alignés et empilés qui parfument les allées... du "Cercle chromatique" au "Contraste simultané des couleurs" et aux qualités "Organoleptiques" des savons... dans une mise en scène commerciale, des théories Chevreul !! Désormais on utilise aussi des pigments naturels fabriqués à partir de matières minérales, animales, végétales, ces pigments sont utilisés dans une proportion maximale de 0,3%... 

    De Sapo on tire savon, mais également Saponaire ou "herbe à savon", "herbe à foulon", "savon des fossés", "savon de fosse", et... "herbe à femme" !!. Le Saponaire ou Sabonanria Officinali L, est une plante riche en Saponine (Glucoside)  que l'on trouve à l'état sauvage, elle se rencontre en colonie au bord des talus, sur le bord des routes, des terrains vagues, des rivières, sur les sables... On utilisait tout de cette herbe, ses rhizomes blancs, mais aussi ses feuilles et ses tiges, en remplacement du savon, pour laver, dit-on, les vêtements délicats, susceptibles de se décolorer. Les rhizomes doivent être récoltées à 2 ou 3 ans et broyées, puis mise "à cuire", ou à bouillir, un peu comme le linge, et, pour finir, filtrées au travers d'une grosse toile. La Saponine, de la famille de la Ricine, de la Curcine et de l'Abrine, est une substance qui à la propriété de mousser par frottement, de  "faire mousser comme du savon", d'adoucir l'eau et de diluer les corps gras... Mélangée à de la Soude, elle pouvait dégraisser et blanchir, notamment, les laines et dentelles pâles, d'où son nom "herbe à foulon". Le Saponaire était aussi utilisé pour laver les tablier noirs (???)... Sêchées et nettoyées les racines pouvaient également servir dans la fabrication d'une poudre utilisée pour se laver les mains.

     Le savon d'Alep semble être l'ancêtre du savon de Marseille, je ne sais... et, d'une certaine façon, peu importe... Cette histoire de savon, le savon de ma mère lavandière... un petit cube de 300 grammes et presque 5000 ans d'histoire (3000 av. J-C + 2013 ap. J-C)... ça fait un drôle d'effet à l'aide lavandier que j'ai été...  et lorsque je ferme les yeux les images de ma mère affluent.... au pied du moulin Limbourg, dans le petit lavoir, elle lave le sale.... au milieu de ses bassines multicolores chargées de linge, près de sa lessiveuse fumante, elle foule manuellement des mouchoirs, ou peut-être des gants de toilette... ce qui me frappe c'est le jeu des couleurs sur le fond gris des murs du lavoir... une animation colorée sur un fond gris ciment... je suis assis, un peu en aval de la rivière, sur le parapet du pont... alentours les gens vont et viennent, vaquent à leurs habituelles occupations... mais le lavoir semble être figé, un peu en dehors du "temps des autres", seule la partie haute du corps de ma mère est doucement animée, au ralenti... j'ai une étrange impresion, une image un peu triste dans un paysage de tous les jours... une image de solitude.

   L'actualité est dure, je découvre les Phéniciens, Phocée, Alep... sur la piste du savon... mais aujourd'hui cette  piste est rouge sang... et il y a encore des chimistes qui opèrent, cette fois  ils n'honorent pas ! 

     Pour la lectrice ou le lecteur souhaitant découvrir la Bretagne, particulièrement le Finistère et, bien évidemment, en priorité Pont Aven malgré son étrange évolution "touristico-capitalistique", je conseille un séjour calme et paisible dans le gîte rural de mon ami d'enfance Pierre Rosot... Il saura vous accueillir et vous guider dans la région de l'Aven et du Belon...

Pierre Rosot                                                                                                                                                                                       "Le Refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                          Lieu-dit Poultréau. 29300, Baye (à quelques kilomètres de Quimperlé et de la gare SNCF)                                                                                                           Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                          Site Web : lerefugedelasalamandre.com

KENAVO                         SIZIG LOEIS AR GARREG 

Petite bibliographie

"L'homme et la terre", II/04, Tome II, pp.2-58, Elysée Reclus, librairie universelle, 1905... sur http://fr.wwwikissource.org         je conseille cette lecture...

"Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale", Michel-Eugène Chevreul, Ed. FG Levrault, 1823, Paris, in -8°, XVI, 48.p et Pl.

"La science dans l'art", Lionel Salem, 2000, O. Jacob, Paris.

"La fin de Phocée" dans l' "Historial" d'Hérodote. Traduit par Jacques Laccarière et Guillaume Budé...

"Le manuel du foyer domestique. Cours pratique d'économie domestique", Augusta Moll-Weiss, A. Colin, 1...., Paris;

"Les débats de la grande industrie chimique", à la bibliothèque universitaire de Strasbourg (j'ai perdu la côte !!)

"Leblanc et la soude artificielle", B. Bourdoncle, 2002... sur ours.courageux.pagesperso-orange.fr/leblanc.htm

"Le savon de Marseille. La construction d'un produit authentique", Emmanuelle Dutertre, in Cahiers d'ethnologie de la France, n°13, Carrières d'objets, innovations et relance, Ed Maison des sciences de l'homme, Paris

http://soyonssport.wordpress.com

http://webcache.googlesercontent.com.....  "la Syrie romaine"

http://fr.wikisource.org

www.phéniciens.com............. super site

www.arbre-celtique.com........... idem

www.louvre.fr................. département des Antiquités Orientales : Mésopotamie.

www.savonnerie.net

www.satoriz.fr.................. pour la recette d'un savon bio d'Alep.

 

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