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lundi, 19 janvier 2015

La caisse à laver de ma mère lavandière à Pont Aven

      Au fil de mes pérégrinations sur les réseaux sociaux et de mes lectures diverses j'ai appris que cette caisse à laver en bois dans laquelle ma mère lavandière s'agenouillait était aussi appelée, dans d'autres régions de France ; Carrosse ; Baquet ; Triolo ; Agenouilloir... A Pont Aven je n'ai jamais entendu nommer cet indispensable "matériel" ainsi, on disait simplement "la caisse"... Triolo me plait bien, l'humour grinçant porté par Carrosse aussi... mais Agenouilloir me convient mieux compte tenu de sa charge sémantique "multidirectionnelle"... servir dans et par la contrainte (vivre/survivre et subvenir aux besoins, être "l'obligé" d'autrui), en terre légendaire Celtique, religieuse (catholique) Bretonne... Hygiénisme et religiosité... Colonisation, christianisation, socialisation et surf-riding sur la mer celtique des croyances légendaires... Pour signifier mieux cette approche de ce que j'ose appeler ici "la symbolique de la Caisse à laver-Agenouilloir" j'écrirais dans quelques temps une petite note sur le monde mythique des lavandières... Je puiserais alors, entre autres, dans les collectages et publications de Georges Sand, Paul Sébillot, Stéphanie Bayle, Françoise Le Roux, Christian Guyonvarc'h, Emile Souvestre, Jean Cuisenier, Guy Betchel, Carlo Ginzburg, et aussi, forcément, le vicomte Hersart de la Villemarqué ("Barzaz Breiz"). En attendant, pour mettre l'eau (de mer/mère) à la bouche du lecteur, notez que selon une tradition "croyante" Bretonne ; "Qen na zui kristen salver, rede goêlc'hi hou licer, didan an earc'h ag an aêr", "jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur, il nous faut blanchir notre linceul, sous la neige et le vent"... Et ma mère lavandière à Pont Aven a beaucoup blanchi le sien pour blanchir les toiles et tissus des autres... et comme sauveur c'est l'Ankou (oberour ar vro, ouvrier de la mort) qui est trop tôt venu la chercher, vaincue par la tuberculose (la noirceur)... Historiquement la lavandière est devenue la blanchisseuse, et aujourd'hui la blanchisserie est le lieu du feu de la chimie, celui du nettoyage à sec au Pressing du coin de la rue...

    On peut désormais trouver des exemplaires de caisses à laver dans de nombreux écomusées français, mais j'aime préférer celle qu'utilisait ma mère ! Rien d'étonnant... et, humblement, je vais expliquer pourquoi ci-dessous.

      Des années 50 aux années 70 ma mère n'a utilisé que 4 ou 5 caisses à laver, et les  2 dernières ont été "fabriquées" par moi, selon un modèle réalisé par mon marin de père. Si donc on considère cette période de 25 années  la "carrière" d'une caisse à laver pouvait durer de 5 à 6,25 ans,,  environ... ce qui, compte tenu de l'usage, est une belle "vie" pour un matériel en bois de récupération... et encore, le changement de caisse à laver, sa réforme, n'était pas nécessairement dû au fait de l'usure, de la dégradation, de la casse... Je me souviens que celles que j'ai fabriqué l'ont été pour améliorer le "confort" en situation de travail de ma mère... Améliorations réalisées selon ses indications et d'après les observations de mon père ou les miennes, en principal celles concernant : A) le confort d'agenouillement ; B) la protection contre les projections d'eau et l'étanchéiité ; C) la prise d'appui des mains et la pose de travail des avants bras. Et aussi, complémentairement : la réduction (abattage) des angles aigus sortants, la résistance aux chocs et le poids. Ainsi, le descriptif qui suit révèle non seulement la charge de travail que nécessitait la fabrication de cette caisse mais aussi, autant, un art de vivre, une histoire de vie. Pour moi c'était bien plus qu'un simple assemblage de vieilles pièces de bois... Elle était l'expression matérialisée d'une collaboration familiale attentive, une présentation d'un "soi" familial symbiotique fort capabe au fil d'une simple vie de labeur et de misère, de barrer toutes les agressions. La première  "sortie" de la nouvelle caisse à laver était un évènement largement commenté au lavoir, une analyse critique, in situ, entre femmes de métier, admiratives, "louangeuses", jalouses et parfois aussi très "fielleuses"... La caisse à laver était en quelque sorte la vitrine d'un savoir-faire familia et, surtout, elle disait quelque chose des hommes de la maison ! Mon père et moi le savions bien, alors on soignait le mieux possible la construction... Et plus encore, au-delà de notre habileté technique, on s'appliquait pour que ma mère puisse être fière au milieu des autres... La fierté des "petits riens", celle qui nait des petits gestes domestiques quotidiens... une fierté "de niche" que les sociologues ont beaucoup de mal à appréhender... La fierté occasionnelle du pauvre, une fierté situationniste !! Je ne possède aucune photo de la caisse à laver de ma mère et celles que j'ai vu dans les Ecomusées, des "cousines" régionales, diffèrent en quelques points.  Le principe de montage est le même partout, et les différences sont plutôt dans les finitions et les dimensionnements. La caisse à laver, objet de la représentation familiale, était aussi "ergonomiquement personnalisée", adaptée à la morphologie de la lavandière... elle disait donc aussi quelque chose du physique de la personne... Tout celà était assez facile à constater par une observation postée attentive... Chaque caisse était donc facilement identifiable, et pourtant je me souviens avoir "signé" celle de ma mère avec un poinçon rougit au feu !! Mais il ne s'agissait là, vraisemblablement, que de l'expression de ma part de "frime" adolescente, en rapport Piagétien/Vygostkien avec ma quête de "Moi" et mon besoin de reconnaissance !!

     Je présente ci-dessous un descriptif de fabrication de la caisse à laver, il résulte de la plongée dans la marée de mes souvenirs d'enfance. En fait je ne crois plus que le mot souvenir convienne tant ces faits là sont ancrés vivants en moi, "au fond de mon äme, au bord de mes lèvres et aux bouts de mes doigts"... Si aujourd'hui on ne rencontre plus aucune lavandière professionnelle, on croise toujours des pauvres dans les rues des villes et sur les chemins de campagne, et ceux-là doivent aussi se débrouiller pour vivre un peu plus, et un peu mieux... le système vivrier du monde de la misère... Ainsi chaque bidonville, chaque camp de Roms, chaque cabane "bricolée" dans les  jardins familiaux, me rappelle un peu, beaucoup, presque passionnément, l'univers Pont Aveniste dans lequel j'ai été élevé, initié, éduqué... et humilié... "Au bord de mes lèvres il n'y a pas que des mots fleuris, des mots gentils, il y aussi de la rage et de la colère, un cri inachevé"... Et peut-être aussi un peu de vomissure !! Mais c'est par là que je suis devenu... par l'écorchure et le tourment... Et le Pont-Aveniste empathique que je suis se retrouve alors dans l'impressionnante oeuvre de l'artiste peintre Edvard Munch (1863-1944). et particulièrement dans ses tableaux de la série "La frise de la vie", entre autres : "Désespoir" (1892 et 1894) ; "Anxiété" (1894) ;  et le célèbrissime "Cri" de 1893 et 1895 (il en a peint 5 versions). Munch avait l'habitude de légender chacune de ses oeuvres en gravant sur chaque cadre en bois un poème, je m'autorise ici a extirper de celui écrit en lettres rouges pour la version 1895 du "Cri" la phrase suivante : "Et j'ai entendu un cri infini déchirer la nature"... Et aussi, extraite ailleurs de la prose lyrique Munchéenne, cette autre phrase : "Et j'ai senti la nature traversée par un long cri infini"... entendre et sentir... Tous ces extraits, dans la subtilité de leur sémantique spécifique, me touchent "personnellement", je m'empare de ce cri comme il s'empare de moi... et plus encore, tant ils me paraissent signifier l'état écologique problématique du monde...   permissif et perversif... En 2012, la version 1895 du "Cri" a été vendue aux enchères 119,9 millions de dollars (frais compris) chez Sotheby's, New York !!

      De 1889 à 1892 Edward Munch réside à Neeuilly puis à St-Cloud. Il découvre alors les oeuvres de Van Gogh et de Gauguin. Munch est considéré comme l'un des pionniers de l'expressionnisme dans la peinture moderne...

     En général, au terme d'un "quinquenat" il convenait d'envisager le renouvellement de la caisse à laver.... On en discutait alors familialement, le plus souvent à table, entre deux cuillérées de Yod Kerc'h (bouillie d'avoine) et de Laezh Ribod (lait baratté)... cette discussion déclenchait généralement la mise en chantier de la fabrication... Le principe de montage de la caisse était a peu près le même dans toutes les régions de France. Dans certaines les caisses étaient équipées, ainsi, par exemple, dans la vallée de la Creuse, une planche striée était fixée diagonalement sur la façade, un prolongement sur lequel la lavandière pouvait ainsi frotter et savonner directement le linge sans qu'une cale soit nécessaire. Pour la caisse de ma mère rien de tel, mon père et moi n'apportions que de menues modifications adaptées à sa manière de travailler et à sa morphologie. Voici donc les dimensionnements normalisés in situ de chaque élément en bois, avec quelques spécificités "maison" : 1) la largeur intérieure, qui devait permettre le passage de chaque main, entre chaque hanche et chaque face intérieure des "parois" latérales, soit 43 centimètres, environ ; 2) la longueur intérieure des parois voussées qui devait être prise depuis le devant des genoux jusqu'aux malléoles, de manière à ce que les pieds soient libres en dehors de la caisse, soit, au minimum, 45 centimètres. Le point de naissance de chaque voussure était placé à 30 ou 35 centimètres depuis le point angulaire intérieur de la façade ; 3) la hauteur de la façade, soit environ 30 centimètres, non compris l'appui-mains de 1,6 centimètres d'épaisseur ; 4) la hauteur des parois latérales, soit 30 centimètres, avec une réduction voussée jusqu'à l'extrémité arrière du fond de caisse ; 5) l'étanchéité du fond de caisse, soit 2 ou 3 planches de 46 centimètres de long montées parallèlement à la façade, donc perpendiculairement au fil de l'eau du canal de fuite. Il importait d'utiliser de larges planches afin de limiter le nombre de jointures et ainsi les pénétrations d'eau. En sous face du fond étaient fixés, au droit des parois latérales et perpendiculairement aux planches, deux liteaux rectangulaires (18mm x 35mm ou 30mm x 40mm). Ce liteaunage permettait la circulation d'eau sous la caisse ainsi surélevée et limitait les remontées par les jointures... Ce montage est une de mes trouvailles des années 1965 ou 1966, j'avais alors 14 ou 15 ans... j'en suis ému et encore fier aujourd'hui... 6) la longueur de la barre d'appui, soit 63 centimètres, y compris deux oreilles (9cm X 2). Appui constitué par une planche de 9 centimètres de large posée à plat sur le chant de la planche formant façade, arasée sur sur le devant et avec un retrait intérieur de 7,5 centimètres. Par oreille il faut comprendre deux formes que je dis ici "volutées à plat", rentrantes vers l'extérieur des parois latérales. Le point de naissance de chaque oreille étant l'aplomb extérieur angulaire de chaque paroi latérale. 

     Le lavoir du moulin  "Limbourg" que "fréquentait" ma mère, et que j'ai déjà partiellement décrit dans mes précédentes publications, était couvert, fermé sur trois côtés et placé au bord d'un bief, où, plutôt, du canal de fuite du moulin, donc à l'écart du courant de l'Aven, soit une zone d'eau calme, régulée par le dispositif technique de la meunerie... Ce canal de fuite, d'environ 2 mètres de large sur environ 30 mètres de long jusqu'à son affluence avec la, rivière, était régulièrement purgé, de nuit, par un "lacher" de trop plein d'eau. Les "lachers d'eau" étaient strictement règlementés selon, me semble t-il, une loi du 16/10/1919, qui, je crois, permettait des aménagements adaptés aux contextes locaux. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à cette opération de décharge hydraulique. Ce lavoir public couvert, qui pouvait accueillir cinq lavandières sur environ 9 mètres de long, était prolongé à l'extérieur, vers l'aval, par une cale non abritée, de 3 mètres linéaires à peu près, sur laquelle deux autres caisses à laver pouvaient être posées. Sept femmes, presque toujours les mêmes, souvent avec leurs enfants, pouvaient donc se retrouver là et travailler de "concert" (!!). Lorsque deux lavandières travaillaient face à face, l'écart entre elles était, au minima, de 1, 50 mètre, bras tendus elles pouvaient se toucher le bout des doigts...  La cale, ou surface de lavage, sur toute sa longueur, soit une douzaine de mètres, était maçonnée en pierres plates appareillées en légère pente (1%), à 10 centimètres au-dessus de l'eau, et scellées au mortier de ciment. La surface de lavage, ou cale, d'environ 60 à 70 centimètres de large, était surmontée sur toute sa longueur par une marche palière. Sous abri ce palier avait également 60 à 70 centimètres de large, on y accédait directement, depuis la courette pavée, par une porte à écharpes en bois, montée sur 3 gonds à pattes de scellement... Ce palier "intérieur" permettait la circulation technique des lavandières, la pose des paniers de linge et des bassines... et le stationnement surveillé des plus petits enfants !... A l'extérieur, c'est la courette qui formait, à la même altimétrie, ce palier... Chaque caisse à laver pouvait donc être posée bien à plat sur la cale, parallèlement au fil d'eau du canal de fuite...

     Pour la fabrication de cette caisse à laver il fallait évidemment des planches et des clous... Notre famille n'était pas riche du tout, alors on faisait de la récupération... On prospectait les décharges et les chantiers de démolition locaux à la recherche de planches en bois d'oeuvre de 15 mm d'épaisseur. On espérait trouver du chêne, du hêtre, du frène ou encore du châtaignier, les résineux étant exclus pour la caisse à laver, mais on n'avait pas toujours le choix, on se débrouillait avec ce que l'on trouvait... Chaque planche subissait une "inspection" rigoureuse, elle ne devait pas vriller et être sans noeud mort, sans "flashe", sans gerçure ni pourriture excessive. Pour récupérer des clous on extrayait ceux encore en place dans les planches usagées démontées, on les faisait "reculer" au marteau pour les sortir ensuite avec des tenailles ou un pied de biche... Plus tard on les redressait en utilisant comme enclume de fortune la surface plane d'un morceau de fer ou celle cimentée d'une marche ou d'un appui de fenetre, ou autre encore... On récoltait ainsi une multitude de clous de toutes longueurs et de diamètres variés. Les plus forts et les moins rouillés étaient stockés dans des boites métalliques, et arrosés d'un peu d'essence ou de gasoil. Losqu'on clouait les planches, il y avait une certaine "perte" car les clous usagés, écrouis (échauffés) par le redressement, se tordaient facilement... il fallait doser les coups de marteau, notamment les deux ou trois premières frapppes... Et celà pouvait s'avérer particulièrement difficile selon les essences de bois !! L'assembblage des divers éléments était réalisé, pour l'essentiel avec des clous de 60mm de long et 2,5 ou 2,7 de diamètre... quand la "récolte" permettait ce choix !! Lorsque l'on avait un peu de "monnaie" on achetait quelques livres de cloux neufs. 

     Les planches récupérées étaient nettoyées, éventuellement décapées, avant d'être débitées. Le débitage était réalisé avec une scie égoïne ou avec une scie à bûches, aussi appelée scie rouennaise ou scie savoyarde... Nous ne disposions pas toujours d'une scie égoïne. La coupe avec la scie à bûches n'était pas facile, notamment lorsqu'il fallait suivre un tracé. Les voussures des parois latérales étaient préalablement traçées, le plus souvent suivant notre "coup d'oeil", jamais au compas, parfois à l'aide d'un clou et d'une ficelle selon la technique dite "compas du jardinier"... Puis, suivant le trait de coupe voussé, on réalisait des "amorces", c'est-à-dire des coups de scie tous les 4 ou 5 mm environ, qu'il fallait ensuite découper perpendiculairement, au plus près du tracé... Le façonnage de la  voussure était effectué à la "plume", ou plane creuse de 37 centimètres... J'aimais travailler avec ce vieil outil de charpentier, idéal pour les parties courbes ou les arrondis. Autrefois il était très utilisé pour éplucher et former les manches d'outil... Pour parfaire la finition on utilisait une rape demi-ronde, piqûre moyenne d'abord puis piqûre fine... Selon l'état du bois nous remplacions parfois la rape par des morceaux de verre, des tessons de bouteilles par exemple, on s'en servait un peu à la manière des racloirs en métal... C'était une technique très efficace pour finir les affleurements... je me souviens aussi avoir utilisé mon couteau Pradel (le même que celui de mon père. Voir ma publication précédente sur ce thème) pour "éplucher" le chant des planches et les "rabattre en arrondi". Tous les angles sortants des planches et de la caisse à laver étaient ainsi rabattus. La  caisse était "adoucie", et ce n'était pas par souci d'esthétique... Un ponçage au papier de verre terminait l'ouvrage (grains P30, P40, P50, P1OO, P120, selon la nomenclature Iso 6344 actuelle). L'histoire de ce papier abrasif, dont le 1er exemple connu remonte à la Chine du XIIIème siècle, mériterait une publication prochaine. Il s'agissait d'un parchemin sur lequel des fragments de coquillages, de graines et/ou de sable étaient collés avec de la gomme naturelle, et c'est bien ce procédé qui a été amélioré jusqu'a la fabrication des bandes pour les ponçeuses électriques actuelles... L'appui-mains de la caisse à laver, droit avec ses deux oreilles, était façonné de la même manière. Travailler cette  pièce de bois était un gand bonheur pour moi, elle "demandait" un traitement soigneux, un travail "à façon", avec la "plume"... une gestuelle technique presque artistique, un "toucher" et un "coup d'oeil"... c'était la pièce sur laquelle ma mère allait poser ses mains, il y avait de la "préciosité" dans ce travail là... un amour de travail... "l'un des temps" de mes premiers "émois techniques", de mes premières sensations manuelles... le début de ma prise de conscience de mes 5 sens au travail, de mon corps actif, en activité, en mouvement... Ma prise de conscience de "mon pouvoir de faire des choses"...  Mon Lebenswelt (le monde vécu) et mon Umwelt (le monde environnant) au sens de Husserl... et ainsi la caisse à laver de ma mère devient aussi  le bel objet qui "parle" ces deux mondes...

     L'étape suivante était l'assemblage par clouage... et avec des clous rouillés ce n'était guère facile... un long chemin de clous !! Lorque l'on utilise des clous neufs il est conseillé de les "moucher" avant de les utiliser, il s'agit de donner un léger coup de marteau sur la pointe afin de limiter le risque de fendage du bois, notamment lorsqu'il est sec... Mais moucher un clou rouillé, écroui de surcroît, ne sert a rien, on l'utilisait donc tel quel. Pour l'enfoncer dans le bois c'est le "coup de patte" qui importe, poignet léger, frappe précise et retenue, sans précépitation... La tëte du clou doit être frappée pile par la partie axiale de l'enclume de la tête du marteau... Aucun clouage tordu ou dépassant n'était toléré dans le bois de la caisse à laver ! Nous n'utilisions que les clous acier à tête plate... Lorsque nous n'avions que des planches de chêne pour fabriquer la caisse, ce qui en vérité était rare, le clouage était une vraie galère, pour un clou enfoncé 5 ou 6 pliés, foirés, voire plus !! Les clous neufs "flambent" aussi lorsqu'ils ne sont pas frappés de la bonne manière, mais bien moins facilement et moins vite !! Le chëne est un très bon bois, chacun connait sa dureté. Compte tenu du mode d'assemblage des différents éléments toutes les planches devaient ëtre clouées sur le chant d'une autre... celles du fond sur le chant inférieur des parois latérales et de la façade, la façade elle-même contre les chants verticaux avant des parois latérales, l'appui-mains sur le chant de la façade et des parois latérales, il avait ainsi aussi une fonction de raidisseur...

    Autrefois, dans les campagnes bretonnes étaient organisés des concours, généralement dans le cadre de "Jeux Celtiques"... je me souviens de l'un d'entre eux qui faisait appel à la dextérité et à "l'expertise" de tous... Il s'agissait d'enfoncer un gros clou de 140 x 5,5 ; 150 x 5,5 ; 160 x 6,0 ; et même 180 x 6,5 dans une grosse bille de bois en un minimum de frappes... J'ai tenté ce jeu, mais, honnêtement je ne me souviens pas du résultat, et il me semble que c'était lors d'une kermesse au terrain de foot municipal... Il y a quelques jours j'ai découvert une recherche sur la modélisation d'un coup de marteau intitulée "Savez-vous planter des clous ??". Un travail de terminale S2, mené au lycée E. Branly de Boulogne-sur-Mer par 4 jeunes filles de 17 ans dans le cadre des "Olympiades de Physique" au Palais de la découverte à Paris. C'est bluffant !! Ces 4 étudiantes, Marjorie, Laurie, Pauline et Lucie, sont parvenues en finale le vendredi 2 février 2007. Le début de leur aventure est né de leur découverte d'un jeu idem à celui décrit ci-dessus, mais cette fois lors d'une émission TV de divertissement : "Fort Boyard" !! 

     Le ponçage intérieur/extérieur signait le terme de la fabrication de la caisse à laver. Il convenait ensuite de la tester au lavoir... Ma mère n'a jamais "réformée" une caisse fabriquée par l'un ou l'autre des deux hommes de sa maison, elle en était très fière, ça se voyait et ça s'entendait... au lavoir tout était dit !!... et bien dit !! L'ouverture d'un nouveau quinquennat...

     Le ON impersonnel que j'ai beaucoup utilisé dans ce texte  est un ON chargé de l'amour d'un père et de son fils pour  la petite dame de leur vie... la femme et la mère... la dernière lavandière de Pont Aven... Un ON impersonnel pour ne pas distinguer le père du fils... Le "JE" n'avait là sa place que subordonnée à l'expression technique familiale d'un savoir partagé...

      La prochaine fois j'écrirais sur les épingles à linge en bois...

      Et, pour la lectrice, ou le lecteur, qui souhaite en savoir plus et découvrir la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère, je conseille un séjour chez mon ami d'enfance Pierre Rosot... Il saura vous accueillir et vous guider dans la région de l'Aven et du Belon... 

Pierre Rosot                                                                                                                                                                                            "Le Refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                                Lieu-dit Poultréau, 29300, Baye (non loin de Quimperlé, et donc de la gare SNCF)                                                                         Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                                                                        Site Web : lerefugedelasalamandre.com

KENAVO.                                                      SIZIG LOEIS AR GARREG

 

Petite Bibliographie

 Je conseille une superbe exposition réalisée par les élèves de CE2 et CM2 de l'école primaire de Plestin-Les-Grèves. Elle a été présentée par l'inspection Académique du 06/11/2005 au 13/11/2005. Un bel exemple à suivre.................................. http://bro-plistin.pagesperso-orange.fr/lavoirs.htm 

Musée de la Vallée de la Creuse à Eguzon.......... Ce musée présente une belle caisse à laver équipée d'un prolongement strié..... www.musee.regioncentre.fr.............. et http://webmuseo.ccom/ws/musee-eguzon

www.moulindefrance.org 

      

 

            

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