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mercredi, 31 décembre 2014

Quelques-uns de mes jeux et apprentissages techniques buissonniers à Pont Aven

        Apprendre en jouant ou jouer en apprenant ?! Il y a fort longtemps j'ai repéré dans mes pratiques professionnelles et domestiques quotidiennes de nombreuses traces subtiles de mes cheminements buissonniers et de mes jeux divers de l'enfance... des "presque-rien" nichés au creux des gestes et des "manières de faire", comme incrustés... Une mémorisation incorporée, au fil du temps, "mine de rien", "sans y prendre garde", "sans y penser", sans calcul... Et celà vaut autant pour les expériences olfactives, auditives, tactiles et visuelles... Quelque chose comme un "état d'imprégnation perceptivo-motrice" (1) dans lequel un enfant peut se trouver plongé lorsqu'il assiste ou "prête attention aux objets ou aux spectacles qui l'intéressent" (1). Des traces subtiles qui ne se révèlent clairement qu'en cours d'action, lors de moments précieux d'auto-observation du corps en mouvement, d'écoute sélective et d'attention olfactive, tactile. Mais encore faut-il saisir le sens de ces signes révélés, repérer "l'invisible à travers le visible" (2). L'invisible ici est le non-présent immédiat. Un tel saisissement des traces n'est possible que par l'expérience accumulée, diversifiée. Donc, pour moi, assez tôt dans l'enfance... mais suffisamment à distance pour être autodidactiquement instruit sur le déchiffrage des signes "qui relient le visible et l'invisible" (2)... quelque chose du temps réel passé dans une reliance avec le temps réel présent qu'il importe de percevoir, voir, entendre, goûter, "vivre en son corps", pour, si possible, le faire devenir mieux encore, dans le sens de l'hexis corporelle (3) et (4)...

      Donc, il y a fort longtemps, très tôt dans l'enfance, et sans cesse depuis, j'ai attentivement commencé à m'introspecter, à "lire en moi, à m'écouter et à m'observer faire", comme un dédoublement de moi,-égo posté à mon côté, surveillant et commentant chacun de mes mouvements, empêchant ou guidant ma main et mon geste, m'engueulant parfois, me rappelant mes erreurs et mes ratages cuisants mais autant aussi mes petites et jouissives victoires, et tant de choses encore. Se voir, et se regarder, écouter et s'écouter faire ainsi, c'est, en pensées, travailler précisément sa gestuelle, presque la parfaire pour une application quasi immédiate dans l'action. C'est, toujours en pensées, articuler et désarticuler le corps, le discipliner, chercher la justesse et parvenir à composer, concrètement, une gestuelle harmonieuse pour la jouer en pratique "sur le terrain", "sur le métier". Une idéalisation. S'écouter faire et écouter ce qui se fait c'est aussi conduire la gestuelle par la discrimination des sons et des bruits, la visionner "par l'oreille" dans son rapport à l'outil et à la matière travaillée, "écouter chanter le bois et sonner la pierre", sentir et palper la matière, la jauger... Généralement alors chacun se réfère au bon geste du maître, imposé ou choisi, et au bel ouvrage, imposé ou choisi. Mais pour moi, ici et à ce stade de vie là, pas encore d'instruction par un "Maître de métier" auquel me référer... je suivais simplement, en situation, la guidance de mes intuitions et des membres de ma famille (père, mère, frères) selon les nécessités domestiques et vivrières.  Le reste du temps était celui d'une errance d'enfant, des cheminements buissonniers, bucoliques et sérendipitistes, et diverses activités ludiques dont certaines un peu plus "construites"... Et donc aussi une "imprégnation par l'ambiance" (1). Durant cette prériode de mon enfance pontaveniste, perméable et ouvert à la beauté diverse du monde j'absorbais et m'imprégnais de tout comme un buvard... et partout ailleurs qu'à l'école institutionnelle - laîque puis privée - où je ne trouvais pas de "matière pour mes pensées"... Ainsi l'école buissonnière était "mon institué à moi", le mien "perso", accolée à "mon" université familiale quart-mondiste, riche, si riche, du bouillonnement et du grouillement de cultures et de vies, dans le bruit des cris, des hurlements, des pleurs et des rires, dans la peine et la joie, le bonheur, l'amour et la haine. Un univers-foyer accélérateur de maturation résiliente et créative tous azimuts, un univers-monde générateur d'innovations frugales au sens du Jugaad développé par Navi Radjou (5); créativité, débrouillardise, adaptation, collaboration, solidarité... Après mes 14 ans (1966) ça s'est beaucoup plus "corsé", durçi, car pour gagner mon "casse-croute" il m'a fallu exercer différentes activités manuelles salariées, règlées (boulangerie, plomberie, maçonnerie, conserverie, etc, etc), et d'autres non déclarées (et pourtant légales !!). J'ai alors travaillé "sur le tas" avec différents professionnels auprès desquels j'ai beaucoup appris et validé mes premières acquisitions techniques autodidactes. Ce n'est que vers mes 25 ans que j'ai obtenu deux CAP après avoir successivement suivi, forcé, un cursus d'apprentissage accéléré de maçon puis de coffreur-boiseur, et donc appris selon les principes institués de l'enseignement "normé". Et c'est plus tard encore, en 1997, que je suis entré à l'université Paris 8-Saint Denis en sciences de l'éducation jusqu'au master de l'université de Strasbourg, après une bifurcation en ethnologie à l'université de Montpellier. Un parcours universitaire en cours d'emploi...    

         Il est difficile de lister ici toutes les imprégnations originelles qui ont durablement marqué mes "tours de main" et mes façons d'être et d'agir. Mes publications précédentes disent un peu quelques-unes d'entre-elles. Beaucoup sont encore décelables aujourd'hui dans un assez grand nombre de mes gestes quotidiens, les "habitus" d'un insoumis situationiste ! Ainsi, certaines, plus dominantes, apparaissent nettement lorsque je bricole à la maison: restauration ou montage d'un meuble; enduisages muraux et peinurage; carrelage.; menuiserie.; etc... et mëme lorsque je cuisine ! D'autres activités pourraient en révéler encore, ailleurs et autrement... A la croisée des cheminements buissonniers et des nécessités vivrières de mon enfance en voici donc quelques-unes...

         "Les galettes de Pont Aven", pour moi une très douloureuse blessure "culturelle", pour d'autres un très bon film... A Pont Aven j'habitais alors 14 rue des meunières. Dans la mëme rue, quelques maisons plus loin, étaient installées les deux célèbres fabriques de "Traou mad", les fameuses petites galettes de Pont Aven (Le Villain-Penven) dont le "fameux", ou fumeux, film ne dit rien. J'en parlerais dans une prochaine publication. A une quarantaine de mètres, dans la rue du quai, parallèle à la rue des meunières il y avait un "bistrot-crèperie" dans lequel officiait Jeanne B., une crépière au "rozell" magique... Elle fabriquait les meilleurs crèpes du monde et les servait aux enfants avec du "Laez Ribod" (petit lait de barate). J'ai beaucoup fréquenté cet endroit... Ma mère "tournait" aussi les crèpes, elles étaient évidemment excellentes, mais je préférais celles de Jeanne !. Et depuis, en tous lieux, ces crèpes là, sur le mode Proustien, ont étalonné toutes mes dégustations, jamais plus je n'en ai trouvé de meilleures... Le "Rozell" est un râteau en bois de hêtre, sans denture, utilisé pour tourner la pâte sur la Pilig (ou Bilig), une plaque métallique circulaire, en fonte d'acier. Le "Palikell" (ou Balikenn), aussi appelé Astell-Grampouez ou Sklisenn-Grampouezh dans d'autres localités bretonnes, est un couteau aussi en bois de hêtre (la spatule avec une lame en inox ne convient pas ici) utilisé pour retourner la crèpe sur elle-même,  d'une face sur l'autre, et la plier. Ce sont des outils qui ne s'usent pas beaucoup, ni vite,... mais on peut les casser ! Ainsi donc, pour ma mère, j'ai eu l'occasion d'en fabriquer quelquefois. Pour le premier "Rozell" et le premier "Palikell" j'ai appris seul d'après des modèles anciens (imitation/reproduction) et observation attentive de ceux de Jeanne, la crépière voisine. Et "mine de rien", pour l'enfant que j'étais, c'était un assez joli tour de main cognitivé. Pour ce travail il me fallait du bois de récupération et donc fouiller les décharges publiques et celles des chantiers de démolition ou de rénovation alentours. Ce qui occasionnait d'autres découvertes, diverses et très variées... Les dimensions d'un "Rozell" varient légèrement selon les crépiers; la traverse de râtissage de 18 à 22 cm de large; 4 à 5 cm de hauteur et 5 à 7 mm d'épaisseur en dos et 1 à 2 mm en fil... Le manche, rond, léger, qui à une longueur de 20 cm environ, pour un diamètre de 10 à 12 mm, est encastré à vif dans l'axial de la traverse de râtissage. Le "Palikell" est un peu plus simple à fabriquer, globalement il à l'allure d'un long poignard d'une longueur totale d'environ 3O cm, à deux tranchants avec un fil périmètrique de 1 à 2 mm maximum, hors poignée, et une âme centrale d'environ 1 cm... La poignée est façonnée, à plat ou arrondie, pour convenir le mieux possible à la main, elle est généralement trouée pour l'accrochage, en attente. Le hëtre était le bois préféré, mais, en vérité je faisais avec ce que je trouvais. Aujourd'hui l'utilisation du bois est réglementairement interdit au motif de l'hygiène alimentaire. La première opération de fabrication était généralement la découpe des bois de récupération avec une scie à bûche (aussi dite "suédoise"), au plus près des dimensions finales. Puis je travaillais au couteau, parfois aussi à la rape demi-ronde striée. La finition était réalisée au racloir ou, lorsqu'on n'en disposait pas, au fil du couteau, ou encore avec un tesson de bouteille (de cidre breton, évidemment), puis au papier abrasif pour affiner. Pour encastrer à vif le manche du "Rozell" et réaliser le trou pour "l'accroche" je devais percer le bois. A cette époque ma famille ne possédait pas les outils nécessaires (vilbrequin à cliquet, chignole manuelle, perçeuse électro-portative), je devais alors me débrouiller. Pour réaliser ces deux percements j'utilisais des pointes en fer que je chauffais "au rouge" dans la cuisinière "bois-charbon" de notre taudis. Je tenais le fer avec des tenailles et je l'appliquais fermement et rapidement sur le bois qui brulait suivant l'exacte forme de la pointe métallique. Compte tenu des dimenssionnements des pièces il me fallait ëtre précis. Une forte odeur de brûlé et un peu de fumée, variables selon la sécheresse du bois et selon  les essences, se dégageaient alors du bois. Les petites traces noires de brûlé étaient ensuite effacées avec le papier abrasif. Le manche, une branche de houx, épluchée et rapée au couteau, était alors introduit en force, "à vif" , dans le trou de la traverse de râtissage, généralement il dépassait un peu d'environ 4 ou 5 mm, soit je l'arasais, soit je le laissais ainsi. Lorsque le manche "flottait" un peu dans la traverse il suffisait de le pousser plus en force dans le trou d'encastrement et, avant usage, de mettre à tremper le "Rozell" dans de l'eau ou de le laisser baigner dans la bassinée de päte, et si nécessaire, changer le manche n'était guère difficile.

          Noêl, pour moi n'était pas le jour des cadeaux... c'était surtout le jour et la nuit des bons repas... pour les jouets je  "Jugaadais" (pardon Mr navi radjou !), je me débrouillais avec ce que j'avais sous la main... et très souvent je n'avais rien, alors je partais courrir dans les champs, les bois et sur les bords de l'Aven...  Un jour mon père m'a fabriqué une hélice avec une feuille de laurier-palme ("Prunus Laurocerasus causasica"/ou "Novita"). Il suffit de la placer devant soi, de découper, à partir de l'axe, la partie supérieure droite... puis, toujours à partir de l'axe, découper la partie inférieure gauche... planter une branchette de 3 ou 4 cm de long dans un petit carré réservé dans la partie centrale... faire un essai en courant, bras tendu, l'hélice bi-pales tenue au bout des doigts par la branchette centrale... et, selon, règler le système en découpant progressivement les parties restantes pour les équilibrer... Il faut présenter la sous face de la feuille contre le vent.  A partir de cette première il a attiré mon attention sur les girouettes et anémomètres posées sur le faîtage  des toitures, il avait cet habitus météorologique quotidien comme tous les marins. Un autre jour, c'est mon frère aîné Louis qui m'a présenté l'une de ses réalisations en bois, une girouette avec une hélice fixée sur une tige horizontale et installée librement dans un étui agrafée verticalement sur une perche. J'étais épaté... Alors j'ai tenté d'en fabriquer une, tout seul comme un grand... et je ne m'en suis pas trop mal tiré... Après cette petite victoire j'en ai fabriqué quelques autres. Et, comme pour le "Rozell" et le "Palikell", quasiment à chaque fois il me fallait récupérer du bois  de décharge, du hêtre de préférence, mais aussi bien du pin, en tous cas un bois léger. Je coupais ensuite un morceau d'environ 30 cm de long et 4 cm de large, sur lequel je réalisais un traçage au crayon à partir de l'axe, comme toujours. Au centre je délimitais l'oeil de l'hélice, un cercle de 35 mm environ de diamètre, et de part et d'autre les formes en feuilles de laurier des pales. Puis, au couteau, je taillais le bois suivant le traçage. C'était la partie la plus délicate car il fallait tailler en inversant les bords d'attaque arrondis et effiler les bords de fuite en gardant, pour chaque pale, la forme de feuille de laurier. Sur la face verso de la pale gauche la partie supérieure était arrondie progressivement en extrados pour former le bord d'attaque et la partie inférieure était effilée en "descendant", façon plage, pour former le bord de fuite. Inversement, sur la face recto de la pale droite c'était la partie inférieure qui était arrondie ainsi en extrados et la partie supérieure effilée. Pour chaque pale la face opposée restait plate en intrados (recto de la pale gauche et verso de la pale droite). Les bords de fuite étaient effilés jusqu'à environ 1 mm d'épaisseur. Un tel "façonnage" des pales permet le positionnement correct des bords d'attaque selon les lois de l'aérodynamique. Après la "grosse" taille les finitions étaient réalisées, comme pour l'outillage de crépier, au fil du couteau et au racloir ou au tesson de bouteille. Pour vérifier l'équilibrage l'hélice était posée sur la tranche de l'index, parfois, selon le "penchant", il me fallait retravailler le bois. en longueur ou en épaisseur, côté gauche ou cöté droit... Dans le centre de l'oeil il fallait ensuite percer le passage du moyeu fixe de l'hélice, j'opérais  comme pour le "Rozell" et le "Palikell", avec un fer "poussé au rouge". Ce moyeu était généralement une tige filetée de 6 ou 8 mm de diamètre pour 50 ou 60 cm de long, pliée en équerre. L'hélice était alors placée sur la branche de l'équerre formant moyeu, entre deux rondelles métalliques bloquées chacune par un écrou dont le serrage règlait la liberté de rotaion. L'autre branche de l'équerre était installée librement dans un étui fixé en hauteur sur un élément de charpente, sur une perche ou même dans un arbre. Cet étui pouvait aussi bien être un morceau de tuyau d'arrosage rigide fermé à une extrémité avec un bouchon de liège ou de bois ligaturé avec du fil de fer ou de cuivre, et mieux encore, un bout de bambou coupé juste au-dessous d'un noeud bas et juste au-dessous d'un noeud haut, la paroi interne du noeud bas fermant l'étui. Dans cet étui l'équerre pouvait tourner librement suivant le mouvement de la girouette qui dirigeait dans le vent, "face au vent", l'hélice qui lui était associée. La girouette en bois (hêtre, pin...), en forme d'avion, était également  fixée sur le moyeu, le nez plaqué contre l'écrou arrière de l'hélice. J'aimais beaucoup découper au couteau Pradel le profil de l'avion, avec une préférence pour le SpitFire du héros Anglais de bande dessinée, Battler Britton (6). Mon père, en bon marin, ancien quartier-maître chef gabier, était toujours attentif a la direction indiquée par une girouette ou par le "port en drapeau" d'un arbre, et, selon il se mettait "face au vent" pour établir ses prévisions météorologiques, en situant l'éventuelle dépression à sa main droite et l'anticyclone à sa main gauche (hémisphère nord). Chaque matin il tapotait aussi le baromètre accroché dans le couloir de la maison. Dehors, le nez en l'air, il écoutait le chant des mouettes et observait la hauteur de leur vol dans le ciel... Savez-vous que les mouettes chantent en Breton ?? .

      On dit que l'invention de l'hélice revient aux Chinois, mais il semble bien, selon divers auteurs, que c'est véritablement au mathématicien Suisse Daniel Bernouli (1700-1782) que l'on doit attribuer cette invention, car il publie, en 1738, un ouvrage "Hydrodynamica" exposant le théorème fondamental de la mécanique des fluides, ainsi qu'une solution mécanique pour propulser les navires de l'époque (voir aussi, pour la France, Frédéric Sauvage (1786-1857) et Augustin Normand (1792-1871). ). En météorologie, concernant les dépressions et les anticyclones il convient de se référer aux travaux du météorologiste Néerlandais Christoph Buys Ballot (1817-1890), et particulièrement sa note de 1857 qui a donné la "Loi de Buys-Ballot"... Et chacun connait l'echelle BeauFort et ses 13 degrés (de 0 à 12) de vitesse moyenne du vent sur une durée de 10 minutes. Elle est dûe aux travaux de l'amiral Francis BeauFort (1774-1857) publiés en 1805... Echelle que mon gabier de père connaissait bien, comme tous les marins...

            Pendant les vacances scolaires, qui pour moi n'étaient en fait que le prolongement de ma "scolarité" buissonnière, avec mes copains de la rive droite de l'Aven, nous jouions, le plus souvent, "à la petite guerre" dans la campagne environnante. Et le plus souvent aussi c'étaient des petites guerres de cow-boys et d'indiens - Kit Carson, Buck John, Davy Crockett le trappeur (7), Blek le Rock, les tuniques bleues, etc - ou de chevaliers - Thierry la Fronde, Ivanohé, Lancelot du lac et le Roi Arthur, Robin des bois -, et tous ces autres héros dont nous lisions les aventures dans les bandes dessinées et  que ceux dont les familles  possédaient les premiers postes de télévision pouvaient voir "en chair et en os". Vers 1963-1965 la majorité des enfants de ma rue des meunières pontaveniste se retrouvaient, avec ou sans leurs parents, au "Café du centre", devant le poste installé au coin du bar, pour suivre le programme de l'ORTF... Et tous les guerriers que nous étions étaient bien entendu équipés d'armes diverses et chevauchaient de splendides chevaux blancs ou noirs, que nous "habitions" et dont nous imitions physiquement, "à pied", les allures naturelles ou dressées : galop, pas, trot, arrêt, charge, piaffement, rebuffade et même chutes !...; sonorisations et bruitages bucaux/vocaux compris façon Monty Pithon ("Sacré Graal") - clataclop, clataclop, ou tagada, tagada -, et ordres divers, cris d'enthousiasmes et hennissements aussi... Une véritable pré-formation pour le théatre équestre ou pour le Cadre Noir de Saumur !... et même pour le métier de bruiteur !!... Pour mes batailles chevalières, mes armes habituelles étaient une longue et lourde épée en bois et une lance/javelot, et pour celles entre cow-boys et indiens, un arc avec ses flèches, un poignard et un révolver formé par les doigts de ma main droite : pouce levé pour le chien, index tendu pour le canon et la gächette, et les trois autres repliés pour la crosse. Mon épée, toujours ronde - une rapière façon fleuret ! -, mesurait 1 m à 1, 20 m pour un diamètre d'environ 29 ou 30 mm, elle était très lourde. Avec une telle arme je n'avais peur de rien et peu d'adversaires osaient s'aligner devant moi. J'ai taillé ainsi d'innombrales épées, soit en chätaigner pour les plus légères, mais le plus souvent en houx. Dans cette essence il était difficile de trouver des longueurs droites avec le bon diamètre, ce qui m'obligeait souvent à faire de longs parcours de recherche à travers bois. J'utilisais aussi les jeunes branches feuillues de houx pour nourrir nos lapins. Une fois la branche choisie épluchée, râpée, à la "plume" (outil ancien à deux poignées) ou  au couteau, et arrondie en bout, je la mettais au feu pour la durcir. Je réalisais ce brûlage lorsque ma mère, lavandière, cuisait le linge, je plaçais alors l'épée sous la lessiveuse, dans le feu entre les pattes du trépied. Il ne fallait pas la laisser bruler, juste dorer. Puis je la ponçais et la râclais à nouveau pour effacer le noir du brûlage. La poignée "à deux mains", sans garde ni coquille, était enveloppée de bandes de chaterton sur lesquelles j'enroulais de la ficelle pour une meilleure accroche des mains. Cette épée me servait aussi pour battre les ronces et les orties. Mon poignard était réalisé dans une planche de bois dur, presque toujours du chêne, que je trouvais facilement dans les décharges ou sur les chantiers de démolition. Sur cette planche je traçais d'abord le profil au crayon, puis je le découpais au couteau. La lame, à deux tranchants, était très pointue, et la poignée, avec une petite garde sculptée, était arrondie et, comme celle de l'épée, recouverte de chaterton (collant utilisé à l'époque pour les travaux électriques) et de ficelle. Pour les arrondis et les découpes particulières j'utilisais parfois, en complément, la râpe demi-ronde striée. Les finitions étaient réalisées au fil du couteau, au râcloir ou tesson de bouteille et au papier abrasif. En vérité je n'aimais pas trop cette arme qui m'encombrait plutöt. Ma lance/javelot mesurait 1, 50 m environ, taillée presque toujours dans une jeune perche de châtaignier. La partie basse était travaillée pour toujours se planter en bout de jet, comme les flèches. Elle était épluchée sur toute sa longueur, râpée avec le fil de mon fidèle Pradel, un vrai couteau "d'homme", et taillée en pointe. Parfois elle était décorée de rubans colorés. Mon autre arme, l'arc droit, demandait un travail plus pointu. Il mesurait généralement environ 1, 30 ou 1, 50 m pour un diamètre d'à peu près 25 à 28 mm. Je le taillais le plus souvent dans du bois de châtaignier, je l'épluchais totalement puis le râpais exclusivement sur le ventre, c'est-à-dire du côté intérieur, "face à soi". Ensuite je le mettais à sécher à la maison, très légèrement courbé par cintrage entre les barreaux de la rampe d'escalier, dans le couloir. Parfois j'accélérais le sèchage en le "flammant" au feu du lavoir. Le "flammage" est le passage rotatif du bois au-dessus des flammes, il ne doit pas brûler mais chauffer progressivement afin d'évacuer doucement l'humidité par évaporation, c'est rapide, alors qu'un bon sèchage classique, naturel, dure environ 6 mois. Les bois conseillés, entre autres, pour la fabrication d'un arc sont ceux de l'If, du frène ou de l'acacia, mais, ormis le frène, ces bois étaient rares dans le Finistère sud, en tous cas à Pont Aven. A chaque extrémité de la branche de l'arc je réalisais une petite encoche, une poupée haute et une poupée basse, pour le nouage de la corde. Ce nouage était ensuite ligaturé avec du fil de lin ou de la ficelle... La corde était une drisse d'environ 1 mm de diamètre, et parfois un fil pour la pêche "au gros", en fait je me débrouillais encore avec ce que je trouuvais alentours. Il était hors de question d'acheter quoi que ce soit pour de telles activités d'enfant. L'écart entre le "ventre" de la branche d'arc et la corde variait de 3 à 5 cm, selon la légère courbure de la branche. Pour la poignée de l'arc je procédais, comme pour les poignées de l'épée et du poignard, par enveloppage/laçage, mais seulement après divers essais de tir, réglage de la position de ma main et en fonction de mon "coup d'oeil", soit environ dans l'axe de la branche d'arc. Les flèches étaient fabriquées sur le mode de ma lance/javelot, et travaillées au couteau  pour que les pointes soient nettement plus lourdes  et puisse planter à chaque fois dans le sol. Je n'ai réussi que très rarement à réaliser et règler l'empennage plumé du talon des flèches. Si mes tirs étaient puissants, les flèches volaient  haut et loin, mais retombaient  "en cloche" toujours droites, plantées... ça impressionnait  et suffisait à ma "gloire" d'enfant... Par contre mes tirs tendus "à vue directe" étaient nuls, très courts, et quasiment jamais dans la cible !

        Après l'arc le lance-pierres... Celui-ci est arrivé un peu plus tard, vers mes 13 ou 14 ans... Comme une évolution dans l'art de jouer, de "projeter" et de fabriquer !!. Le lance-pierres n'est pas un jouet banal, il peut en fait être très dangereux... C'est en observant un copain s'en servir que j'ai décidé de fabriquer le mien. Et je me suis encore débrouillé tout seul. La première étape, comme d'habitude, était la recherche du bois. Un bois de houx évidemment ! Mais trouver une fourche en forme de Y, dont  la branche basse, verticale et droite, est adaptée à la largeur de la main de l'utilisateur, soit pour moi 10 cm, et un diamètre de 11 mm, n'est pas facile du tout..., c'est le moins que je puisse dire... La longueur de chacune des branches de la partie haute du Y varie de 6 à 8 cm selon les modèles, elles sont coupées également. Soit un lance-pierres d'une hauteur totale de 16 à 19 cm maximum. La seconde étape est l'épluchage et le ponçage-râpage du bois. Le berceau du V,  le "lit de la vallée", est large d'environ 10 mm, je le façonnais au couteau pour adoucir les angles et faciliter le passage de la pochette en cuir chargée. Puis je mettais le lance-pierres au feu pour le durcir, comme pour mon épée, mais, soit entre les pattes du trépied sous la lessiveuse de ma mère, soit dans le foyer de la cuisinière bois-charbon de notre "appartement". Puis je le ponçais une seconde fois pour effacer les traces du passage au feu. Je taillais ensuite une encoche au bout de chaque branche du V, sur 2 cm, cöté opposé extérieur, pour le "calage"-liigaturage de la gomme. Certains réalisaient l'encoche côté intérieur, "face à soi". Il fallait ensuite acheter la gomme carrée de 5x5 mm, noire, et pour réaliser cet achat  la "triche" avec les parents était obligatoire, en tous cas dans ma famille... et c'est par ma mère que je parvenais à réunir la somme nécessaire, "en douce" je transformais les bonbons en bande de gomme !! Si je me souviens bien, on la trouvait au bureau-tabac et dans les quincailleries. On pouvait l'acheter par rouleau de 5 mètres ou la faire couper, "à la demande", en fonction du type de lance-perres projeté. La longueur de la bande de gomme était établie dans le magasin, et souvent avec l'aide du commerçant, bras légèrement tendu, depuis le poing fermé jusqu'au creux du coude. La gomme devait être rangée à l'abri des UV, dans le noir, sinon elle se morcelait. Cette longueur était ensuite coupée en deux parties égales. La pochette pour le placement du projectile était réalisée dans un morceau de cuir, qu'il fallait trouver ! Alors je fouillais encore les décharges à la recherche de vieux sacs, vieilles ceintures ou chaussures abimées et diverses friperies (vestes, tabliers, coudières diverses, etc...). Le cuir adopté devait être souple, pas trop épais, plutôt de vache, mais encore une fois je faisais avec ce que je  trouvais. Un morceau de cuir de 8x4 cm, environ, parfois 6x4 cm, que je découpais en rectangle ou en ovale, et dans lequel, à chaque extrémité, je perçais à la pointe du couteau un petit trou, en croix, à 5 mm du bord, pour le passage de la bande de gomme carrée. L'une des extrémités de chaque bande de gomme, après le passage par le trou, était repliée sur le cuir, environ 3 ou 4 cm maxi, et ligaturée avec du fil de lin ou autre. Parfois, avant le ligaturage, j'enveloppais la partie plièe de la gomme avec une petite bande de tissu. La phase finale de la fabrication du lance-pierres était le montage ligaturé, sur 2 cm, et sans pliure, de chaque autre extrémité de la gomme dans l'encoche réalisée en haut de chaque branche du V. Après celà les tirs pouvaient commencer... Comme projectiles je choisissais des galets ronds, plus ou moins gros suivant la largeur et la profondeur de la pochette, mais il arrivait aussi que j'utilise (et "on" aussi !) des billes d'acier provenant des roulements de moteur et des morceaux de fonte, ce qui était nettement plus fou, plus dangereux... La puissance d'un lance-pierres est très loin d'être néglgeable, il  peut, dans une main ferme, propulser une bille ronde de 9 grammes à quasiment 75 mètres-seconde, ce qui donne une énergie d'approximativement 25 joules... Un fragment de fonte tiré par un lance-pierres pouvait pénétrer profondément dans le tronc d'un arbre ou une planche de coffrage... Pour débuter on visait des boites de conserve et des bouteilles posées en ligne sur un mur  ou un tronc d'arbre, puis sur les isolateurs en verre trempé montés sur les potences des poteaux électriques et téléphoniques (années 60-70) ou sur les vitres des maisons abandonnées... et, progressivement, sur les écureuils, les lièvres et les oiseaux... pour tuer !! J'ai aussi le souvenir de batailles durant lesquelles on se tirait dessus, heureusement sans accident, j'en suis encore étonné !! J'ai assez vite abandonné ce qui n'était plus un jouet, ce qui n'était plus du jeu... "l'espace où l'acteur expérimente et s'approprie, de façon protégée, de nouvelles façons de faire" (11)... mais les instrumentalisations et les manipulations par les plus grands, voire certains adultes (je pourrais en nommer !!)... dont j'avais heureusement pris conscience...

            Je n'ai ci-dessus raconté que quelques-uns de mes jeux et gestes techniques de l'enfance dont je considère qu'ils ont été de fortes  imprégnations buissonnières, perceptivo-motrices et d'ambiance... celles dont je constate qu'elles font encore traces dans ma vie quotidienne. Traces actives au sens où je les perçois en moi, subtilement opérantes... D'autres activités "influentes" ont été décrites dans mes précédentes publications, certaines seront encore présentées dans mes écritures à venir.... Ainsi, par exemple, l'utilisation du couteau pour couper, tailler, façonner, sculpter, percer, râper, etc..., dont chaque usage est spécifique et implique une grande variété de mouvements du corps, de "prises en main", de positions du poignet et du bras, de re-sentis tactiles, olfactifs, auditifs et visuels. La taille du bois "contient" bien qtout celà... Dans le cadre de mes travaux professionnels de maçon-coffreur-boiseur j'ai eu l'occasion, souvent, de pratiquer le coutelage pour le façonnage de pièces en bois, notamment lors de la réalisation, sur différents sites, de coffrages d'escaliers balancés et autres fabrications très spécialisées. Je pourrais encore détailler de très nombreuses autres pratiques de métier qui ont été  "inaugurées" lors de mes jeux d'enfant qui ont donc laissé leurs traces. Usages techniques outillés (manipulation de divers outils) qui résultent, à différents stades de l'enfance, d'un transfert par la guidance formelle d'un adulte, mais aussi d'un saisissement instinctif, presque inné, et de diverses imprégnations variées, directes, parfois intuitives, voire souvent accidentelles, en cours d'emploi, au fil des activités... Une "fusion avec l'objet... l'Einfühlung.... un état combiné de sensibilité et de mouvement sous la forme de l'attitude, dont c'est précisément le double caractère d'être simultanément ou alternativement préparation à l'acte et attente, prémouvement et préperception" (1). "L'Einfûhlung-l'empathie comprise comme une relation affective avec autrui, avec les animaux, avec les choses ou avec la nature" (9). Le transfert par la guidance étant corseté par les représentations et constructions sociales de l'adulte (3 et 4), il y a donc nécessairement combinaison de nature et de culture, un métissage (2), une adaptation, plutôt une accommodation ou une accordance contextuelle, une reliance situationiste, habile... et un secret  "Je-ne-sais-quoi" (8) persistant, enveloppant, impliquant un ad-venir... Ici, par "usages techniques" il faut considérer les "Habitus" (3) et les sens  éthymologiques des termes "Usage" : de l'ancien français  "Us", "se servir de"; et "Pratique" : "qui tend à l'action", du latin médiéval "Practicus"...

           Une grande partie de tout ce qui précède à un certain rapport avec cette "Protomémoire faite de "systèmes entiers de connaissances qui se réveillent automatiquement à un moment donné" (et qui) constitue le savoir et l'expérience les plus résistants et les mieux partagés par les membres d'un groupe ou d'une société... elle donne une forte vraisemblance à l'hypothèse d'une mémoire commune", dont parle Joel Candau (10), et avec ce qu'il nomme la "Métamémoire" qui "est d'une part la représentation que chacun se fait de sa propre mémoire et la connaissance qu'il en a et, d'autre part, ce qu'il en dit. Le niveau Métamémoriel est celui d'un regard réflexif sur les processus mémoriels qu'un individu est capable - ou croit être capable - de mobiliser dans l'accomplissement d'une tâche" (10)...  Mais je crois aussi en des expériences et des connaissances que l'on ne peut partager, que l'on ne peut, en conscience, transmettre ni mettre dans le pot commun d'un groupe ou d'une société... des connaissances en soi, au fond de soi, que l'on ne "sait" pas, que l'on ne "connait" pas... quelque chose de la profondeur du vécu intime, du fond diffus de l'intime, présent partout et dans toutes les directions (big bang), comme un Je-ne-sais-quoi de l'ad-venir que l'on ne peut jamais vraiment saisir mais qui, invisiblement, affecte en permanence, de différentes façons, le visible, ce que l'on voit et ce que l'on croit voir (parédolie), ce que l'on fait...  Ainsi, ce qui est partagé dans le groupe et en société est donc également cet "invisible personnel actif", avec ses qualités et ses défauts... L'en-jeu, l'en-je, l'entre-jeu, l'entre-je... jeux fonctionnels, jeux de fiction, jeux  d'acquisition, jeux de fabrication, jeux d'alternance (Wallon, 1941 et 1997)... de l'espace ludique dans les activités de l'enfance à l'espace des jeux dans les "situations professionnelles" (11) se jouent des "tours de mains et des "façons de faire, de penser, d'être et de dire"...

Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous rcommande, celui d'un ami d'enfance pontaveniste :

Pierre Rosot... "Le refuge de la Salamandre"

Lieu-dit Poultréau. 29300, Baaye.... non loin de Quimperlé (Gare SNCF)

Tél : 06. 62. 48. 81. 10      Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com

KENAVO            SIZIG LOEIS AR GARREG

Petite Bibliographie

(1) Henri Wallon, 1970, "De l'acte à la pensée", Flammarion, Paris

(2) Detienne. M et J.P Vernant, 1974, "Les ruses de l'intelligence. La métis des Grecs", Flammarion (O. Champs), Paris

(3) Pierre bourdieu, 1979 (1978), "La distinction", Coll. le sens commun, Eds de Minuit, Paris 

(4) Luc Boltanski, 1971, "Les usages sociaux du corps", Anales ESC, Volume 26.

(5) Navi Radjou, avril 2013, "Innovation Jugaad.. Redevenons ingénieux", eds Diateino, Paris... Voir aussi les artcles de presse du "Monde économie", 15/04/2013; L'Express, 11/04/2013; les Echos, 19/04/2013... Cet ouvrage a obtenu le prix "Thinkers 50 india Innovation Award"... Pour l'acquérir  : Eyrolles.com ou Amazon.fr

(6) Voir le site http://www.danslagueuleduloup.com et, aussi, les éditions Imperia. Il existe 471 numéros de cette BD petit format, de juillet 1958 à 1986...

(7) Voir le site http://www.bedetheque.com et, aussi, les éditions de la Société Parisienne ou les éditions Vaillant. Nombreux numéros de 1954-57 à 1964... et peut-ëtre plus encore.

(8) Vladimir Jankélévitch, 1980, "La manière et l'occasion", in "Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien", Vol. 1,Seuil, Paris

(9) Maurice Elie, "L'empathie, la sympathie, le "sentir"; phénoménologie, éthique et esthétique", 2012, in "temporel" n° 14, sur http://De-l-einfûhlung-a-l-empathie.par... d'après Erwin Straus, 1989, "Du sens des sens, contribution à l'étude des fondements de la psychologie", Eds J. Millon, Grenoble

(10) Joêl Candau,1998, "Mémoire et identité", Paris, PUF, p.11-14,  "Anthropologie de la mémoire", Paris, A. Colin, 2005,

(11) Winnicot, 1971; Gaussot, 2002... cités par Marion Brunet et Jacques Riff in "L'intérêt des jeux et rires pour la compréhension et la transformation des activités de travail", octobre 2010, Activités, volume 7, numéro 2. http://www.activités.org/v7n2.pdf.

Concernant les bandes de gomme, matière extraite de l'hivéa, voici une adresse : "Les trois connes" (!!), ZA sud, 5 rue de l'industrie. Guibray, 14700, Falaise. Tél : 02. 31. 90. 04.

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