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mardi, 06 janvier 2015

Omo,Persil, Bonux, Ariel, Paic, les lessives de ma mère lavandière à Pont Aven

     Lorsque je cite ces marques de lessive, mais autant les autres produits divers que ma mère lavandière utilisait, ce n'est évidemment pas parce qu'en retour je perçois quelques dividendes des propriétaires de ces marques... mon souci est, en vérité, la contextualisation des activités... et, à ce stade de mes publications "Ethno-Familiales" celà vaut autant pour toutes mes autres citations... Ainsi j'aurais pû aussi titrer avec la lessive SAINT MARC que ma mère utilisait parfois pour "avoir" les linges les plus sales et graisseux, les "bleus de travail" par exemple.... Cette poudre que l'on utilisait également pour "lessiver" les murs avant le "chaulage", ou pour décrasser les vieux meubles, autant de techniques que j'ai pratiqué, et encore en usage actuellement... Celles-ci formeront sans doute la thèmatique d'une prochaine publication... 

     Selon le dictionnaire éthymologique Larousse (1971 et 1988) le terme Lessive, est donné en 1970 comme "dissolution de soude" et en 1850 comme "action de laver" et "linge lavé". Le petit Larousse illustré 1990 donne ; 1) solution alcaline servant à laver et à nettoyer, produit alcalin (poudre ou liquide qui entre dans cette solution) ; 2) solution alcaline ou saline servant à la fabrication du savon, et ; 3) action de laver le linge ; linge lavé, faire la lessive... Chacune de ces définitions dérivant du latin populaire Lixiva, de lix, -icis : cendre, lessive... D'autres sources étymologiques donnent aussi : laver, en 980, du latin lacvare ; lavage, au XVème siècle ; laverie au XVIème siècle, pour lavage ; lavandière au XIIème... On trouve aussi  lavande à la fin du XIIIème, de l'italien lavanda : "qui sert à laver", parce qu'elle parfume...

    Chaque jour ma mère "faisait" sa lessive, c'était une travailleuse indépendante qui, aujourd'hui,  pourrait bénéficier du statut d'auto-entrepreneur... Après l'école et pendant les vacances scolaires je l'accompagnais au lavoir, comme "assistant-lavandier"... A partir de mes 14 ans et après l'obtention de mon Certificat d'études Primaires, en 1966, j'étais un peu moins motivé par ce travail... un véritable travail !! Cette année là marque aussi le début de mes activités salariales (conserverie, boulangerie, plomberie sanitaire, maçonnerie, etc...). Ma reconstitution de carrière CNAV en témoigne. Auprès de ma mère, à peu près systématiquement, ma mission principale était l'allumage et l'entretien du feu pour la "cuisson" du linge... j'aimais bien faire celà... Auparavant, chaque jour, il fallait collecter des cageots et du gros bois que l'on stockait dans notre cour, rue des meunières... Au lavoir, le jour de la lesssive, on posait un trépied en fer forgé  au sol, toujours au même endroit, on y installait la lessiveuse que l'on chargeait de linge, à sec et toujours selon un ordre précis... en y ajoutant progressivement la lessive, puis l'eau puisée dans la rivière... Le feu, entre les "pattes du trépied", était ensuite allumé avec du papier journal froissé et du petit bois (cageots, brindilles de fagots, etc...). Cette installation avait, par certains aspects, quelque chose du cérémonial, toujours le même, méthodique. Un cérémonial respectueux des règles de l'art et qu'il convient ici de considérer selon les travaux de Gaston Bachelard, André Leroi-Gourhan et Mary Douglas. On utilisait les allumettes d'une boîte familiale SEITA, jamais un briquet... J'ai encore en mémoire cette petite cavité en forme de niche dans le mur de soutènement en pierres, on y rangeait la boite d'allumettes... et parfois, en fin de journée, on l'oubliait là... Il y avait comme ça, alentours, des supports, des crochets, des reposoirs pour le savon de Marseille (dont je parlerais bientôt), pour les sachets de bleu Guimet, le bidon et les berlingots d'eau de Javel Lacroix, la petite burette de Rubigine (détachant anti-rouille), le bâton-touilleur en bois de houx, les brosses de chiendent, etc... Des morceaux d'espace, clairement dédiés, et qu'il convenait de ne pas "déranger"... Toutes les particularités du site lavoir étaient "exploitées" ainsi ; les trous, les bosses, les fissures, les cassures... comme une composition fonctionnelle baroque, une "domestication" des particularités, accidents et désordres matériels locaux... Un univers sémiologique a la Prieto, un "grouillement informatif", le "bavardage des lieux de vie"... La phase de cuisson du linge, dans cet environnement, sera encore développée dans une prochaine publication.

    Ma mère n'avait pas de préférence pour une lessive, elle achetait chez l'épicière Marie Pichou, parfois à crédit, le paquet de poudre le moins cher... tantôt OMO, tantôt BONUX, PERSIL, PAIC, SAINT MARC, etc... Lorsqu'elle choisissait BONUX, c'était le plus souvent pour me faire plaisir car ce paquet de lessive contenait des jouets "miniatures"... et de tels cadeaux n'étaient pas nombreux dans ma famille quart-mondiste... ces gestes là étaient "aimants", ils suffiisaient alors à mon bonheur... et aujourd'hui ma plongée dans ce passé là me rend encore heureux... J'ai souvent entendu ma mère dire qu'il n'y avait pas beaucoup de différences "techniques" entre les marques présentes sur le marché... mais je ne sais pas bien sl, ni comment elle a fait évoluer sa "façon" de laver depuis l'apparition des lessives industrielles... 

     Ce n'est qu'à partir de 1930 que la lessive "moderne" fait son apparition. Avant cela, on utilisait des lessives 100% naturelles à base de cendre de bois. Les meilleures cendres étaient celles des arbres fruitiers, des charmes ou de l'orme. Ces cendres dites "blanches", car elles contiennent des sels minéraux (Potassium et Sodium), trempées dans de l'eau chaude se transforment en Alcalis, Carbonate de Potassium - qui est aussi un fongicide -,  et Carbonate de Soude, la base des lessives actuelles... Les cendres des chênes et des châtaigners étaient évitées du fait de leur forte teneur en tanin qui pouvait tacher le linge.  Toute l'année, les lavandières recueillaient les cendres qu'elles recuisaient pour les affiner et brûler les diverses brindilles de bois qui pouvaient jaunir le linge... La veille de la journée de lessive, si la quantité de cendres était insuffisante, elles en achetaient chez les boulangers ou les tuiliers... mais le temps des cendres est passé...

     Lessiver le linge, c'est le débarrasser de toutes les matières étrangères qui y sont fixées à l'usage et c'est aussi, quand la lessive est bien faite, le stériliser, c'est-à-dire détruire tous les germes qui peuvent le souiller... Dans cette double optique la première opération est le trempage... Selon l'importance des salissures et le type de matière textile (synthétique/naturelle) ma mère faisait tremper le linge, plus ou moins longuement, soit dans de l'eau froide, soit dans de l'eau tiédie, chaque trempage étant chargé de lessive... Les plus longs trempages duraient au maximum 8 à 10 heures et enlevaient environ 40 à 50% des impuretés, une plus longue durée n'augmente pas le décrassage... Ma mère organisait les trempages pour la nuit, les lessiveuses et les bassines encombraient alors notre cour et l'unique pièce de notre logement !! L'eau froide décolle les matières qui se sont fixées à la surface du linge et détrempe les autres, le fait de la tiédir favorise une meilleure dissolution des graisses... Les opérations suivantes, la cuisson puis, le trempage à l'eau de javel Lacroix après le lavage, réalisent la stérilisation. Ma mère traitait à part le linge fin et peu sali, le trempage éventuel était plus court, et il n'était pas "cuit"... Le linge souillé par du sang ou du mucus n'était trempé qu'à l'eau froide, l'eau chaude risquant de fixer les matières sur les tissus... Les machines à laver, dont le premier modèle a été inventé par Nathaniel Briggs, en 1797, dans le New Hampshire - la première machine "moderne" a été inventée en France, en 1830 -, sont programmées pour cette succession d'opérations mais, au lavoir, ma mère devait les réaliser toutes, successivement et manuellement !!... et je témoigne de son abnégation, de son souci de réaliser méthodiquement chaque étape. Ici, le lecteur, pour ne pas perdre le fil de la procédure suivie par ma mère lavandière, devra attendre mes prochaines publications en lisant les précédentes.

     "Les détergents synthétiques n'ont fait leur apparition que pendant la Première guerre mondiale. Jusqu'à la fin du 19ème siècle, on lavait encore son linge avec du savon en paillettes. Au cours des deux guerres mondiales, et en particulier la Seconde..., les recherches dans le domaine des détergents furent accélérées en raison des pénuries de graisses animales et végétales et du besoin des armées de nettoyer les uniformes dans de l'eau froide et calcaire... Le développement des détergents à usages multiples commença en 1946, lorsque les premiers... contenant des agents de surface et des adjuvants furent introduits en Amérique. Cette combinaison d'ingrédients donnait d'excellents résultats vu que les agents de surface enlevait la saleté et que les adjuvants renforçaient les propriétés des agents de surface... Les agents de surface synthétiques étaient beaucoup plus performants que le savon, dans l'eau froide et calcaire" (1). Quelques incohérences dans les dates apparaissent ici selon les sources consultées... 

     En 1906 Jules Ronchetti dépose à Marseille la marque de la première lessive Auto-Active dont la vente ne commence pas avant 1914. Le lancement commercial national français de ce produit ne se fera qu'en 1932. En 1907, les chimistes travaillant pour le groupe Henkel révolutionnent le marché de la lessive... ils combinent du Silicate et du Perbonate de sodium... PERSIL : PER pour Perbolate et SIL pour Silicate... Le Perbolate est un agent de blanchiment et le Silicate un agent lavant...  Selon certaines sources on pouvait acheter le Perbolate en pharmacie ! La première publicité pour ce produit PERSIL est publié le 06/06/1907 dans le journal de Dusseldorf  (Allemagne)... En 1922 la marque demande au célèbre dessinateur Allemand Kurt Heiligenstaedt de concevoir une affiche, il prend alors comme modèle sa compagne âgée de 18 ans. Il lui achète une robe blanche dans un magasin de mode et l'a fait poser coiffée d'un chapeau florentin et le fameux paquet de lessive PERSIL dans la main gauche... la "Weiss Dame" ou "Blanche Dame" est née... Ce dessin sera ensuite utilisé sur des insignes en émail, des affiches, des horloges et des pignons d'immeubles et pour toutes sortes de publicités. Les lavandières ne retrouvent cette marque qu'après la deuxième guerre mondiale, en 1950...

     La lessive OMO a été créée en 1952, elle appartient au groupe Unilever. Au début des années 50 cette marque invente le premier détergent de synthèse... la poudre de savon. En 1958 OMO devient le leader incontesté du marché des lessives, après la marque LEVER mais avant PERSIL et SUNIL... Les mascottes de cette marque sont des Chimpanzés... que l'on a beaucoup vu sur les écrans de télévision ces dernières années  !! Et pourtant : OMO = Old Mother Owl pour "Vieille maman chouette"... ((un oiseau ??).

     Début 1968, la lessive ARIEL  appartenant au groupe Procter et Gamble est lancée à l'échelon national... C'est la marque qui lave sans bouillir... Ma mère ne l'utilisait que rarement et surtout pour le lavage des  pièces de linge fin, parfois aussi pour les vêtements en laine...

     Lorsque ma mère utilisait ces produits, ces multiples lessives, elle ne tenait guère compte de ce qui était inscrit sur les paquets, et je dirais presque : "surtout pas"... elle essayait et adoptait ou rejetait... son sens pratique commandait mais je sais aussi que le moteur de ces choix était aussi, et peut-être surtout, financier !

     Pour clôre cette revue de marques de lessive je citerais encore BONUX et SAINT MARC... Et peut-être pas uniquement pour leurs performances de lessivage !! BONUX est une marque de lessive créée et distribuée en France, en 1958, par le groupe Américain Procter and Gamble. Cette marque à beaucoup profité du développement de la plasturgie à partir des années 60, ce qui lui à permis de fabriquer facilement et à très faible coût des petits objets en grand nombre. BONUX était aussi appelée la marque aux 1000 cadeaux... des petits cadeaux ensachés dans des pochettes enfouies dans la poudre et que tous les enfants découvraient en criant... Des jouets miniatures mais également des objets utilitaires : sifflet à roulette, dé à coudre, mètre ruban de couturière, couteau à beurre, etc... Historiquement le premier cadeau BONUX était un petit train en plastique... puis des billes en verre, une corde à sauter, un puzzle, etc... Il y en avait presque pour tous les goûts, pour les petits et pour les grands...

     En 1959 la marque BONUS demande au dessinateur belge Joseph Gillain (1914-1980), dit JiJè, de réaliser une histoire en 4 épisodes où le héros est un jeune garçon du nom de Bonus Boy qui réalise beaucoup de choses avec tous les cadeaux qu'il trouve dans les paquets de lessive. La signature d'artiste de Joseph Gillain est alors "Benoist". L'histoire qu'il invente est intitulée "Bonus Boy joue au corsaire". En 1960, BONUS devient BONUX et une nouvelle aventure de Bonux Boy (rebaptisé), en 6 planches, est publiée dans PILOTE et TINTIN : "La chasse au trésor".

     En 1922, Raoul Saint Marc, directeur technique de la "Blanchisserie à Vapeur de la Gironde" fondée en 1877 par un groupe d'exploitants forestiers des Landes, développe une poudre pour remplacer le savon. Il donne à cette poudre le nom de "Cendre-Lessive SAINT MARC". c'est un genre de savon-résine formulé à base des dérivés des essences naturelles de la sève du pin des Landes. Les Cristaux de Sodium qui composent également la lessive en poudre assurent le pouvoir saponifiant mangeur des tâches de graisses... La résine de pin, elle, aide à la dissolution des corps gras et parfume agréablement. C'est en 1950 que la Lessive SAINT MARC prend un essor formidable grace aux artisans peintres. Comme ils faisaient laver leurs combinaisons de travail à la Cendre-Lessive SAINT MARC, ils décident de la tester pour le lessivage des murs... et ça marche !!  Ainsi, aujourd'hui encore, cette poudre de lessive est appréciée autant pour ses qualités de lavage du linge que pour celles du décrassage des murs... Mais ma  mère n'utilisait la SAINT MARC que pour les grosses toiles, et comme recours lorsque les autres lessives ne donnaient pas les résultats escomptés... Parfois, sur la base de son expérience, elle optait directement pour cette lessive, notamment lorsqu'il s'agissait de traiter certains vêtements utilisés en mécanique... J'ai le souvenir des vëtements de mon père lorsqu'il travaillait à la manoeuvre de la grue de pont du sablier La Paulette (armement Le Ny, Pont Aven) et lorsqu'il tenait le poste de soudeur au plomb en tuyauterie de réseau pour l'entreprise Central Sanit (distribution d'eau et "Tout à l'égout". Pont Aven)... Cette lessive SAINT MARC, très mordante, attaquait durement le linge, la durée du trempage était donc nettement réduite... Jamais ma mère ne l'utilisait pour "cuire" le linge... Après le lavage le rinçage à l'eau claire était beaucoup plus poussé et "insistant"...  elle brulait aussi les mains, parfois assez sévèrement, notamment lorsque l'on "frictionnait" le linge...

     Le Petit Page Blanc ailé et auréolé que l'on trouve sur tous les paquets de lessive st Marc, en hommage à son fondateur, ne date que des années 70. C'est au lancement du nettoyant ménager liquide en 1979, toujours aux extraits de pin des Landes, que cet Ange fait son apparition...

       En 1893, une autre lessive  Saint Marc, créée par Maurice Dior (1873-1946) et son cousin Lucien Dior, est produite par la Société des Usines Saint Nicolas, rebaptisée Dior Fils et Cie en 1905. La famille Dior implante alors plusieurs établissements dans l'Ouest de la france notamment en Bretagne, à Landerneau et à Saint Marc, près de Brest (29). Maurice Dior est le père du célèbre couturier parisien Christian Dior. En 1923 l'entreprise change encore de nom et devient la Société Anonyme des Usines Dior. On dit que c'est l'usine basée à Saint Marc (29) qui a donné son nom à la lessive céée par la famille Dior. Je ne sais si cette lessive Saint Marc là était encore produite et distribuée dans les années 60, 70 et 80 mais, il n'y a aucun doute pour moi, ce n'est pas celle que ma mère lavandière utilisait...  je me souviens bien que "sa" lessive SAINT MARC était contenue dans des paquets tous porteurs du Petit Page Blanc ailé et auréolé... et qu'elle sentait fort l'essence de pin !!

      Les lessives PERSIL, BONUX et SAINT MARC, mais également ARIEL et PAIC, formaient la ronde des lessives utilisées par ma mère... avec, peut-être, une prédominance des trois premières... Au fil de l'écriture de quelques-unes de mes "Apnées Mémorielles" j'ai tenté de comprendre les motivations de ma mère dans le choix de "ses" lessives... Mes impressions ici sont celles d'un fils "assistant-lavandier-intermittent"... mais l'assistant n'est pas le maitre, loin s'en faut... Pour appréhender justement de telles motivations il me faudrait en savoir encore plus sur les règles de l'art de la lavandière, et il est évident que jamais je ne possèderais son vécu "technique"...

      Je tiens à faire ici un clin d'oeil au dessinateur Jean Jacques Colin, artiste Pont Aveniste  (natif), auteur de bandes dessinées et frère de mon ancien jeune compagnon de route dans les années 70...

Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous invite à découvrir, il est tenu par un autre ami d'enfance, aussi Pontaveniste :

Pierre Rosot                                                                                                                                                                                     "Le refuge de la Salamandre"                                                                                                                                                         Lieu-dit Poultréau. 29300, Baye..... non loin de Quimperlé (Gare SNCF)                                                                                    Tél : 06. 62. 48. 81. 10                                                                                                                      www.lerefugedelasalamandre.com

 

Petite Bibliographie :

(1) "L'histoire du lavage",  http://www.scienceinthebox.com/fr.....lyc-stenhal-milan.ac-grenoble.fr (Morandin)

"Le livre du foyer", Augusta Mol-Weiss (fondatrice et directrice de l'école de mères), 1919 et 1934 (7ème réédition), Ed. Armand Colin

"Bonux, la lessive aux 1000 cadeaux", Francis ELZINGRE, 2009, Ed. du May

www.persil.fr

Voir aussi le site web de Procter And Gamble

 

KENAVO                                  SIZIG LOEIS AR GARREG

     

 

 

 

     

 

 

 

           

12:38 Écrit par l'apport du temps dans Blog, Livre, Loisirs, Science, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

mercredi, 31 décembre 2014

Nomadisme et imprégnations patrimoniales et matrimoniales bretonnes

          "Tu as deux mains en Or"... disait ma mère lorsque je lui présentais mes fabrications "Maison" où lorsque je travaillais à ses côtés... Celà me remplissait de fierté et je ne manquais évidemment pas alors de me comporter comme un coquelet... Mon père parlait peu, et ne me complimentait quasiment jamais verbalement... mais quelque chose, changeait subtilement dans son comportement, c'est tout... Au lendemain de mon 62ème anniversaire, ce 1er mars 2014, à quelques mois de mon départ en retraite, je cogite encore et toujours ces temps de mon enfance et de mon adolescence... et de cette cogitation "mémorielle" ressort d'évidence un "apprentissage" par imprégnation genrée et frayage idem. "Ce que je sais", "ce que je sais-faire" et "ce que je sais faire-faire" aujourd'hui résultent ainsi du mixage genré... Mes "coups de patte", mes "tours de main", domestiques ou professionnels, expriment, en quelque sorte, une part patrimoniale (patrilinéaire/agnatique), héritage de mon père, et une part matrimoniale (matrilinéaire/cognatique), héritage de ma mère... Ces héritages ne se limitent pas aux "savoirs-faire" techniques, et je prétend qu'il m'est possible de les décliner en partie dans tous les compartiments de ma vie d'homme... A partir de mon dossier de reconstitution de carrière (prépa. retraite) et de mes souvenirs j'ai monté un tableau de mon itinérance professionnelle et semi-professionnelle. et ainsi établi avoir exercé 29 activités différentes, dont 20 salariées, de 1966 à ce jour de 2014, et 9 non déclarées de 1963 à 1966. Et je pourrais encore affiner cette approche en déclinant chacune d'entre-elles sur le mode "Théorie de l'activité", par action, par opération et par acte... En fait, ce listage de mon itinérance ne rend compte que des activités les plus saillantes et les plus normées, celles qui surgissent immédiatement lorsque je sollicite ma mémoire... mais l'exploration en profondeur révèle aussi une multitude de "bulles" quotidiennes multicolores, multi-référetielles, chacune chargée de minutes actives, aventureuses et découvreuses... un bouillonnement de "petits-pas de vie" dont chacun n'est pas forcément joyeux... Si mes souvenirs d'avant mes 11 ans (1963) sont moins nombreux, plus épars et plus effacés, ou plus enfouis, ils sont tout autant genrés... Aussi loin et profondément que j'introspecte ainsi, aussi loin que je tente l'analyse comparative, descriptive, critique, apparaîssent systématiquement et indéniablement, les empreintes, les signatures matrimoniales/patrimoniales... un héritage mixte et égalitaire = une dose de Matrimoine + une dose de Patrimoine (Françoise Birkui, mars 2012, asso. Idem, Univ. de Perpignan/département de sociologie)... et j'en suis fort aise !!

          A ce tableau d'itinérance professionnelle et semi-professionnelle j'ai accolé un tableau  d'itinérance géographique résidentielle. Ce dernier contient 22 adresses et 21 villes, de Pont Aven à Strasbourg, où je réside actuellement avant de retrouver ma Bretagne natale pour terminer mon cheminement. Il ne répertorie pas les résidences "routardes" de ma "période" beatnik-hippie (auto-stop), ni celles de mes escapades musicales (road-management), non plus celles dans le cadre de mes missions de  formation professionnelle labellisées Europe. Je n'ai comptabilisé que les résidences locatives baillées de plus d'un mois, à une seule exception près, lorsque je travaillais pour la famille Gouin, industriel forain propriétaire de Radios-Skooters (autos-tampons). J'étais alors logé, avec deux autres ouvriers, dans une caravane et nous "faisions" les fêtes des villes et villages du Finistère et du Morbihan. Je raconterais cette période foraine dans une prochaine publication. De cette itinérance géographique résidentielle je réfère un héritage patrimonial et culturel extirpé de l'étude de ma généalogie patrilinéaire Le Garrec (mon père), élargie à Pennnanguer (grand-père maternel), et de mes recherches pour la reconstitution des carrières de mes ancêtres marins/cultivateurs/agricultueurs. Je réfère également un héritage matrimonial extrait de ma généalogie matrilinéaire (par les femmes, avec pour bases ma mère Pennanguer à (29) Ergué-Gabéric et ma grand-mère paternelle Peron à (29) Moélan sur Mer, mais il m'est bien plus difficile d'établir, au fil des générations, les carrières de mes aïeules... Rarement sont indiqués les métiers de celles-ci sur les documents d'état civil, et mëme sur les recensements... Depuis 339 ans les hommes de ma lignée patrilinéaire Le Garrec sont déclarés marins et cultivateurs, tous nés à Kerglouanou, un lieu-dit de Moélan sur Mer (29), sur le littoral Breton... Celà est vrai également pour mes lignées agnatiques de proximité. Dans la lignée Pennanguer, depuis 394 ans, quasiment tous les hommes sont agriculteurs (mon grand-père était aussi ouvrier papetier !) à Elliant et Ergué-Gabéric... mais, sauf pour mes grands-mères (paternelle/maternelle), "à portée de voix", on ne peut, le plus souvent, que supposer l'activité professionnelle des femmes des générations précédentes. Le constat est le même pour mes lignées cogatiques de proximité. Des suppositions basées sur les traditions familiales, dont le mode patrilocal (résidence de la femme chez son mari) et le système traditionnel de l'économie littorale/rurale locale. Sur le littoral, en l'absence des hommes (père, frère, fils, conjoint), les femmes "tenaient" la maison, le foyer, élevaient les enfants, travaillaient la terre, soignaient les animaux, vendaient leurs productions au marché, et parfois encore pratiquaient la pêche côtière à pied ! Et je crois bien possible encore de nombreuses autres activités vivrières, pécuniaires... Dans le monde rural, "dans les terres", c'était la même chose, les activités de pêcheries en moins, mais avec des emplois complémentaires d'ouvrières et de services domestiques (usinier, couturier, ménager, lavandier, par ex.). Le plus souvent ces emplois féminins n'étaient pas déclarés, et, en conséquence, l'analyse des dossiers "Retraite/Reconstitution de carrière" ne produit généralement pas grand-chose sur ce thème. Parfois même de tels dossiers n'existent pas. Reste l'épluchage méthodique de toutes sortes d'autres documents archivés, une recherche par hypothèse (s)... J'aimerais pourtant parvenir à établir sur trois ou quatre générations autant de tableaux individuels d'itinérance professionnelle/semi-professionnelle et d'itinérance géographique résidentielle, mais les données sont difficiles à collecter. A ce jour mes ancrages terriens ancestraux sont tous Finistériens, Moélan sur Mer (1665), Elliant (1624) et Ergué-Gabéric (1785), avec une "bifurcation" matrilocale (résidence du mari chez sa femme) par Beuzec-Conq (29) en 1781... Ancrages terriens, y compris, évidemment, pour les marins... dont on peut, pour chacun, retracer l'itinérance maritime dans leur "Relevé des états de service" officiel. Ainsi, pour mon père, je note, de 1918 à 1953, une itinérance résidentielle économiquement obligée, soit 9, peut-être 10, ports "d'embarquements" réguliers : Doélan ; Bordeaux ; Le Havre ; Toulon ; Lorient ; Groix ; Concarneau ; Lorient ; (peut-être Brest) ; et, enfin, Pont-Aven... Du côté des femmes la sédentarisation terrienne était quasi obligatoire car elles étaient interdites de travail sur les navires !! Le plus souvent, lorsqu'une femme de marin quittait sa terre natale c'était pour accompagner son conjoint en résidence locative, ou de fonction, dans son port d'attache maritime. En vérité aucune n'avait d'autre choix que de suivre son mari (patrilocalisation) jusqu'à la résidence dernière, au terme de sa vie, au bout de leur vie !! La première femme de mon père, Jeanne, originaire de Plougasnou (29), l'a ainsi suivi du port du Havre, lieu du mariage, à celui de Toulon où elle est décédée. Il en a été ainsi pour plusieurs de mes tantes, dont Emma-Marguerite et Marie Josephe, qui, mariées et devenues mères, se sont sédentarisées en terre d'émigration, à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de naissance... Pour ma mère la reconstitution de carrière et l'itinérance résidentielle, avant 1951, est extrêmement difficile à établir mais je ne désespère pas... Je sais simplement qu'elle a travaillé comme ouvrière agricole, ménagère et ouvrière d'usine dans la région Quimpéroise, puis est "descendue" à Pont Aven où elle a été employée successivement comme "femme de ménage", puis aide de cuisine, chez Nicole Corelleau, où je l'ai souvent accompagné, et au Moulin de Rosmadec, haut lieu de la gastronomie bretonne, et enfin lavandière indépendante jusqu'à son décès en 1978. Après trois mariages et autant de veuvages ma mère s'est installée en union libre avec mon père, à Pont Aven, vers 1951... De leurs diverses unions son nés neuf enfants, une soeur et 4 frères utérins, et une soeur et deux frères consanguins... dont je suis, père d'un énième Guillaume, "Patrimonial", né en 1996 en région parisienne, à Bondy (93)... 

          De là où je suis aujourd'hui j'ai le sentiment d'avoir toujours cherché à établir ce qui, dans mon comportement social et ma gestuelle technique, professionnelle, domestique ou autre, pouvait être considéré comme traces patrimoniales (patrilinéaires/agnatiques) et/ou matrimoniales (matrilinéaires/cognatiques). Ce qui, dans le jeu de mes pratiques techniques  quotidiennes, dans mes "coups de patte", mes "tours de main" où ma créativité, pouvait être attribué au frayage et à l'imprégnation de l'héritage matrimonial et/ou patrimonial... être attribué à ma mère et/ou à mon père, aux femmes et aux hommes de mes lignées généalogiques !?. Un questionnement valant autant pour mes rapports à la matière (la pierre, le bois, les métaux, etc), qu'au matériel (notamment les outils) et à l'environnement global. C'est, entre autres, dans ce sens que j'ai pensé une approche par tableaux d'itinérance. Mes recherches généalogiques vont également, pour une part, dans cette direction, et, de même, mes tentatives de reconstructions de carrières... On dit souvent "tu as hérité ça de ta mère", "tu as reçu ça  de ton père", mais ce qui est hérité ou reçu n'est jamais très éclairé, il faut alors chercher "soi-même", pour "soi-meme", de quoi il s'agit... Par gestuelle technique je signifie les mouvements de mon corps au travail, en activité dans la vie quotidienne... Saisir les traces, les empreintes de vie genrée, nécessite l'analyse de l'activité, et sa déconstruction par actions et celles-ci par opérations. Cette procédure est valide pour toutes les activités, dans toutes les configurations. Ainsi, très schématiquement, pour un maçon, réaliser un enduit de chaux implique successivement la préparation du support, la fabrication d'un mortier (eau, chaux, sable), le "jetage" de ce mortier sur le mur, le dressage à la règle, puis le talochage. La préparation du support et la fabrication du mortier génèrent plusieurs diverses opérations enchaînées, ou embrayées, de même pour le dressage, le "jetage" et le talochage de l'enduit. Un maçon n'est pas forcément de même niveau à tous les stades de l'action, il peut avoir des forces et des faiblesses gestuelles locales, ainsi, par exemple, être super en "jetage" et moins doué en talochage, ou inversement. Il, ou elle, peut aussi avoir des préférences et des "affinités techniques"... Il en est ainsi dans toute activité, chaque action, chaque opération pouvant être plus ou moins genrée, suivant l'importance et la force du rapport avec le frayage et l'imprégnation (patrilinéaire/agnatique-matrilinéaire/cognatique), différent pour chaque individu. Chaque trace, matrimoniale ou patrimoniale, dépend ainsi de l'importance et de la profondeur de l'imprégnation et du frayage. La tendance de l'ouvrier, du maçon, est le plus souvent "naturellement" orientée, lorsqu'il en a le choix et la possibilité, vers "son" activité, "son" action, "son" opération de prédilection, chacune genrée. Cette tendance vaut évidemment autant pour les hommes que pour les femmes. Et, puisqu'il y a ainsi un héritage technique, social et culturel genré, on doit considérer qu'il y a transmission, même inconsciente, de ce qui a forcément été un jour défini et révélé par quelqu'un (e), à quelqu'un (e), en cours d'activité, en cours d'action, au fil du temps... On peut donc essayer l'identification des contenus, les nuancer, les comparer au vécu actuel, au ressenti individuel hic et nunc. Parfois cette identification apparaît, simplement, de manière détaillée comme une évidence. Mais, le plus souvent, une telle tentative de compréhension, de "remontée aux sources", impose une écoute de soi plus ciblée, plus attentive, qui tient compte de la gestuelle et des "réponses" de la matière et du matériel. Une écoute affutée, située, qui révèle, ou pas, une "accordance", une "résonnance affine", la qualifie et signifie les genres. Des milliers de fois, au boulot ou lors d'activités domestiques, je me suis ainsi mis "à l'écoute" et dans un état d'observation sensible de ma gestuelle technique... Une  écoute en cours d'emploi !!... Se mettre "à l'écoute", se rendre disponible pour que puisse s'opèrer dans l'action, au fil des opérations, quelque chose comme un "transfert dialogique tripartite et trivalent" entre la part féminine ou masculine de Soi, le matériel et la matière dite "brute"... Accomplir le bon et beau geste pour que l'outil puisse oeuvrer l'expression de la matière... Choisir le bon outil pour que le geste juste puisse s'accomplir... Suivre Hegel (1805, 1982), selon lequel "il faut postuler une activité propre de l'instrument : voir en lui quelque chose d'auto-actif", en postulant de même pour la matière... Et encore et toujours chercher à établir la liaison identificatrice avec l'héritage matrimonial et patrimonial, trouver  les traces... 

          Pour l'ancien maçon traditionnel et coffreur-boiseur que je suis, devant un mur à enduire, la fabrication, à la pelle, d'un mortier est plutôt genrée au masculin, patrimonialement, avec un zeste matrimonial, alors que le talochage d'un enduit est surtout genré au féminin, matrimonialement... Le jetage traditionnel d'un enduit à la chaux compte trois "passes" : 1) le gobetis ; 2) le corps d'enduit ; 3) l'enduit de finition. Le gobetis implique des "jeters" à la truelle, amples et secs, presque violents. Je le qualifie de masculin. Le corps d'enduit implique un jetage plus court, plus lourd, velouté, un peu retenu. Il est mixte. Le jetage de finition est plus fin, plus expert, rasant, presque carressant, plus léger, plus pointilliste. Je le considère plus féminin.  Le talochage est l'action de dresser et de resserrer l'enduit, il est réalisé avec un bouclier, ou taloche... Ce mouvement technique est circulaire, à plat, sur la surface de l'enduit. La tradition veut qu'il forme des 8 qui se croisent, il ressemble fortement à l'action de godiller (terme de marine). Le geste est appuyé avec mesure, plutôt doux et ferme, glissant, presque carressant, non raclant, ample, souple et décontracté, il épouse les formes, contourne les obstacles, efface les aspérités. C'est un geste d'une forte sensualité, un geste qui chante et fait chanter. Il est, pour moi, féminin. La maçonnerie traditionnelle comportait autrefois de nombreuses spécialités, ainsi entre autres, le briquetage ou appareillages millénaires de briques en terre cuite et  le coffrage-boisage, l'une de mes expertises. Lorsque l'on décortique la technique du briquetage, comme pour l'enduisage (aujourd'hui spécialité façadier), différentes actions et opérations peuvent aussi être considérées comme genrées au féminin. Ainsi, par exemple, la pose calpinée, qui doit etre précise, soignée, respectueuse, esthétique, et impose un bon sens des proportions et des assemblages esthétiques ; la pose au "bridou" qui nécessite un bon et fin "coup d'oeil" ; le jointoyage, ou jointoiement (garnissage des joints), qui exige un sens de la finition soignée, de la patience, un goût de l'esthétique... De même, il est possible de distinguer les deux genres (m/p) dans la spécialité de coffrage-boisage, qui est la fabrication de multiples et différents types de coffres de moulage, la construction en bois de blindages et de structures de soutènement pour l'élévation d'arcs (droit, angulaire, cintré, brisé, etc) et d'arches (génie civil), le tunnelage, la protection et la préservation d'ouvrages, etc. Pour moi cette spécialisation est mixte, masculin-féminin, donc genrée matrimo-patrimonialement. La réalisation d'un coffrage est autre chose que la manipulation et le positionnement des banches métalliques, c'est le travail du bois, "à façon", au croisement de la menuiserie et de la charpenterie. L'un de mes anciens maîtres disait : "un coffrage en bois doit être conforme, indéformable, stable et étanche". Si l'on considère la conformité, ce travail exige de la méthode, de la précision, une minutie dans le mesurage, le traçage, la découpe, un sens de l'assemblage et de l'ajustement en atelier ou "en place" sur chantier, de l'adresse, de la force, de la résistance et de l'opiniâtreté. Je considère que cette conformation implique une combinaison genrée, masculin-féminin. L'étanchéité est un aspect technique fondamental du métier de coffreur, un coffrage qui fuit peut être à l'origine de désordres et de malfaçons dans l'ouvrage. Réaliser cette étanchéité  implique aussi de la précision, de la méticulosité, également un sens de l'assemblage et de la finition. Selon moi elle fonctionne au féminin. Les deux autres règles de validation d'un coffrage, indéformabilité et stabilité dans l'espace, sont plutôt masculines, plus rudes dans la pratique, ainsi  l'étaiement, le contreventement, le calage, etc... En coffrage, comme en menuiserie et en charpenterie, travailler le bois fait appel à des qualités très précieuses. Puisque "c'est le bois qui commande", alors utiliser un outil pour le travailler convenablement implique de savoir écouter la matière répondre au chant du matériel, quel que soit celui-ci : la scie égoïne comme celle à chantourner, la gouge ou la rape et le râcloir et même les différents marteaux, etc... Chantourner une pièce en bois, râcler, gouger et poncer sont des opérations  que je considère au féminin, parcequ'elles demandent un rapport sensible, léger, doux, presque précieux, avec la matière. Chaque matière travaillée est spécifique et répond "à sa façon" au geste et à l'outil, se refuse, résiste, accepte, parfois même boude... Quelle qu'elle soit -bois, pierre, métal, etc- toujours elle sonne différemment sa "guidance"", et chante sa différence, à celui où celle qui sait écouter... De même, chaque matériel, chaque outil possède "son" caractère, genré lui aussi,  avec lequel l'ouvrier doit composer. Et celà vaut pour tous les outillages à main, y compris électroportatifs et pneumatiques, pour maçonner, briqueter, coffrer, menuiser, charpenter, etc... En vérité aucun des deux genres n'est jamais dominant, il s'agit, quasiment à chaque fois, d'une combinatoire...

           Matrimoine ou Patrimoine, chacun est un héritage culturel, celui d'une lignée de femmes ou d'une lignée d'hommes... Chaque héritage est particulier, chargé du vécu spécifique de l'ancêtre et ainsi, successivement, depuis le sommet de l'ascendance, génération après génération. Cette charge est aussi imprégnée, selon chaque époque, par l'environnement humain, géographique et naturel,  de chaque lieu de résidence, et par celui des divers métiers exercés par les unes et les autres, avec leurs petites et grandes histoires... Chaque niveau générationnel cristallise l'ensemble des connaissances et des vécus divers alors disponibles, cette cristallisation hétérogène saisit symbiotiquement celle précédente. Il ne s'agit donc  pas d'un simple empilement d'héritages, comme une pyramide de blocs hérités, ni d'une sommation, mais bien d'une cristallisation hétérogène et située qui s'amplifie en se complexifiant... comme une boule de neige dévale le cheminement en escalier de la "Descendance"... Elle fait sens de la totalité des héritages successifs, mais un sens toujours et encore à déchiffrer... Et chacun fouille à sa manière, déchiffre à sa façon... ainsi mes tableaux d'itinérance, ce blog même, mes plongées dans  l'univers particulier des recherches généalogiques, mes cogitations introspectives, etc. Puisque la cristallisation hétérogène s'amplifie et se complexifie à chaque niveau générationnel, il importe aussi de considérer, à chaque fois, sa distillation fractionnée dont la diffusion génère de nouveaux fonctionnements, de nouveaux comportements, de nouvelles manières d'être, de nouveaux états, dès la naissance de la nouvelle génération (ou en permanence ?). Ce mécanisme de cristallisation hétérogène est donc, au fil des générations, auto-amplificateur, jusqu'au dernier niveau... le mien, De Cujus... Et, puisque la diffusion du distillat provoque  l'émergence de la nouveauté - et le renouvellement ! -, alors qu'il résulte de l'extraction de la cristallisation hétérogène de la totalité historique transgénérationnelle, on doit admettre que ce mécanisme auto-amplificateur est positivement rétroactif (rétroaction positive). Ne dit-on pas que "la vie est un éternel recommencement", comme le cycle des marées bretonnes !!. Ce qui fait du De Cujus le réceptacle transitoire, ou dernier (?), de la cristallisation hétérogène comprenant aussi les dimensions structurelles de la psyché (conscient-inconscient collectif et individuel) et de l'archétypisme héréditaire (réf. JUNG). Selon la théorie psychanalytique les bases de presque toutes nos connaissances essentielles sont structurellement prédéterminées par les archétypes de l'inconscient collectif. Et c'est bien cet héritage global qui me taraude constamment... Au travail, souvent, très souvent, j'ai parlé, et même chanté, avec les pierres et le bois et élaboré d'innombrables et fantastiques sagas chevaleresques pour atténuer ma souffrance, soutenir mon corps et conduire mes gestes techniques, et tant d'autres choses encore... Souvent, très souvent, en cours d'ouvrage  j'ai raconté mes espoirs et mes rêves à l'outil en fer, des rêves d'ailleurs et d'autrement... Souvent, très souvent j'ai senti à mes côtés, où voulu sentir, des ancêtres apaisants... J'ai taillé la pierre et le bois presque comme celui des temps anciens raconté par André Leroi-Gourhan... Et de mon père et de ma mère j'ai imité les gestes artisanaux et domestiques et reçu silencieusement le substantiel héritage avec lequel j'ai cheminé jusqu'ici, "le corps en question",  "le corps à l'écoute", "le corps disponible"... Mais aussi "le corps senti, le corps représenté, le corps perçu, le corps pensé" (J.M Brohm, 2001). Un corps comme médiateur de nos "conversations" avec le monde... mais également un corps dont il faut se déprendre pour être libre d'Etre... J'ai frayé mon chemin dans l'étendue ancestrale et laissé toujours advenir, et autant que possible, l'objet du chant intérieur... Je n'ai pas marché en rêvant, ce sont mes milliers de rêves transgénérationnels qui ont conduit, et conduisent encore, mes pas.

           De mes tableaux d'itinérance  ressort le nomadisme, celui de mes résidences successives et celui de mes différents emplois... De l'analyse de la carrière de mon père apparait la même tendance, et je tiens sans doute de lui ce que certains nomment péjorativement "la bougeotte"... et ce que d'autres sinistres critiques prédicteurs commentent et raillent en affirmant sentencieusement : "36 métiers, 36 misères", "Bon à tout, bon à rien" !! Mais, loin de ces misères prétendues, presque souhaitées par ces mauvaises langues acerbes, le nomadisme n'est pas instabilité ni errance sans but... Il est le cheminement expressif, curieux et parfois génialement aventureux et expérimental, vers la réalisation de "Soi"... Par ma mère je tiens l'ancrage terrien, amont et aval à la fois, celui qui salue le départ et l'arrivée, le lieu du ressourcement à la croisée des chemins, le foyer... Mais d'elle je tiens aussi l'altruisme et la profondeur de l'empathie, et, comme pour mon père, mille choses encore du distillat matri-patrimonial... Et j'ai conscience, aujourd'hui encore plus qu'hier, d'être le De Cujus, réceptacle transitoire - puisqu'un fils "m'est né", mais le fait aurait été le même si l'enfant avait été une fille - chargé d'histoires de vie à dire, à offrir, à aimer et à vivre autrement, hic et nunc... J'ai encore beaucoup à découvrir du contenu de cette charge, il me reste à trouver et à identifier les multiples traces, et tenter  de  les mettre en lumière après me les être expliquées... Je fais pour le mieux possible avec mes découvertes... pour le reste "on verra"...

Voici l'adresse d'un gîte rural que je vous recommande, il est tenu par un ami d'enfance Pontaveniste :

Pierre Rosot, "Le refuge de la Salamandre"

Lieu-dit Poultréau... 29300, Baye.... Non loin de Quimperlé (Gare SNCF)

Tél : O6. 62. 48. 81. 10      Site Weeb : lerefugedelasalamandre.com

KENAVO                                           SIZIG LOEIS AR GARREG

18:51 Écrit par l'apport du temps dans Blog, Livre, Loisirs, Science, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg