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lundi, 17 février 2014

"L'homme aux guenilles", Ludovic Huot

     Dans l'une de mes précédentes publications j'ai parlé des trois seules photos de mon père que je possède. Sur l'une d'entre-elles il pose à la sortie de l'église de Moélan sur mer... a son bras une dame, qui n'est pas ma mère, en superbe tenue bretonne... je crois pouvoir dire qu'elle porte une coiffe selon la mode quimperloise, je ne suis pas certain de cette classification, les puristes voudront bien me pardonner... je n'avais jamais vu mon père aussi bien habillé, en costume de tissu rayé...  ce jour là était le mariage de l'une de mes cousines, Edith, si je ne me trompe pas... Un jour magique pour moi... un aboutissement pour ma mère qui s'était démenée durant de nombreuses semaines pour "équiper" mon père... le fameux costume, taillé sur mesure par la maison Burel à Pont-Aven, la chemise "classe", la montre à gousset, les souliers (pas des chaussures, non), le coiffeur... et même une nouvelle carotte à chiquer... elle s'est véritablement battue pour que ce jour là il soit le plus beau mec... je ne me souviens pas de la tenue que je portais, ni celle de ma mère...  Mon père était extrèmement fier, la position qu'il occupait ce jour là était pour lui un honneur véritable, c'est lui qui allait accompagner l'une de ses nièces devant le curé et devant le maire, il ne pouvait qu'être digne de la confiance accordée... et, si mes souvenirs sont bons, il a largement bien fait ce que l'on attendait de lui.

    Un mariage est toujours un évènement, mais pour moi celà a été plus fort encore... A ce jour de 2013 c'est le seul mariage auquel j'ai participé, le seul !, mais ce n'est pas ce qui importe ici... Mon père en costume, comme dans les journaux d'alors, c'était éblouissant, j'en suis ému aux larmes rien que de m'en souvenir... mais encore plus, c'est de l'avoir pour la première fois entendu chanter... Au repas de mariage les tables étaient placées en rectangle dans l'une des salles du restaurant le "Tourbillon" ... j'étais assis à côté de lui et de ma mère... brusquement il s'est levé, a annoncé sa chanson, et d'une voix puissante s'est lancé dans une complainte, une longue complainte... Depuis cette date mémorable des années 60, le refrain de cette chanson me taraude, à chaque fois que j'ai besoin de donner "un coup de collier", alors je le fredonne, c'est systématique...

    J'ai cherché pendant de nombreuses années le texte de cette chanson et, bien évidemment, son auteur... je désespérais d'aboutir un jour...  et c'est ma cousine Jeannine, avec l'aide de notre tante Marie, qui est parvenue à mettre un terme  à ce "désespoir" ! Et le vieux libertaire que je suis n'a pas été déçu... A partir de l'information de Jeannine j'ai mené quelques recherches sur l'auteur, je vous livre donc ci-dessous ce résultat. Et je fais un petit clin d'oeil aux pont-Avenistes... et à tous les auteurs compositeurs et interprètes avec lesquels j'ai "travaillé". dans les années 70 à 80... 

     L'auteur c'est Ludovic HUOT, 1897-1968, il est né à Beauharnois au Québec... et ça c'est déjà bien ! Après des études en chant à new York il participe à plusieurs opérettes au Canada et aux Etats Unis, il fait également de la scène en Amérique du Sud. Sa carrière sur disque débute en 1928, alors qu'il enregistre des refrains populaires pour les éditions HMV. Doté d'une voix de ténor à la fois puissante et particulière c'est un chanteur de charme. Il fonde, en 1928 le groupe folklorique "le Trio Lyrique" avec Lionel DAUNAIS (1902-1982) et Anna MALENTANT (1905-1988). Parallèlement à sa carrière de fokloriste au sein du trio, il connait plusieurs succès en solo. Il fonde, en 1938, "le Coeur des débutants" dans lequel chantait Pierrette ALARIE...  Ludovic HUOT a enregistré plus de 160 chansons pour la maison de disques STARR et une quinzaine d'autres pour HMV. Une autre source donne 185 enregistrements de 1928 à 1947, ce qui correspond à une moyenne de 9 par an... une autre filière d'informations donne 27 disques de variétés dans les années 40 et 61 dans les années 30 !!  Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a été créatif, même si tous les enregistrements n'ont pas été gravés sur disque

   Le titre de cette chanson qui m'a taraudé pendant de si nombreuses années est "L'homme aux guenilles", dont je vous donne ici le refrain :       "On l'appelle l'homme aux guenilles... c'est un sans-foyer, sans famille... Un rôdeur, un vaurien... Qui ne possède rien... Par bonheur on peut se défendre... Des gredins qui viennent pour prendre... Contre les mauvais citoyens... Pour protéger son bien"...

     Mon père chantait celà le jour du mariage, et pas que le refrain je vous le dis... Si  vous êtes sages je vous livrerais la chanson complète.... mais je sais qu'il est possible de la trouver sur le Net !! J'ai toujours pensé que c'était une chanson de marin, elle sonnait bien dans la bouche de mon père, comme phasée... 

     Au cours de mes recherches j'ai fait une découverte qui devrait intéresser les Pont-Avenistes et les Bretons, plus généralement, et peut-être Gilles Servat, plus particulièrement... Cette découverte, pour moi en tous cas, est Théodore Botrel, artiste "activiste" au canada !  J'en parlerais dans une prochaine publication... mais ce qui m'importe, relativement, c'est le rapport étrange entre les éléments qui constituent,  en partie, cette tranche  de mon histoire de vie : Pont-Aven comme point d'ancrage  géographique ; mon père ; une chanson que j'ose qualifier de libertaire  ; un artiste Québecois ; un artiste breton, souvent détesté, mais  célébrité Pont-Aveniste... le hazard fait drolement les choses  !

    Une partie (seulement) des informations présentées ici proviennent  d'un site canadien : "L'histoire de l'enregistrement sonore au Quebec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003, sur w.w.w.ulaval.ca/pul  

 

A bientot.      Sizig Loeis Ar Garrec

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LOUVOIS, le tabac et les médecins

     Pour clôre mon cheminement "tabatier" je ne résiste pas au plaisir d'écrire encore ici quelques extraits  de textes de G.A Henrieck, médecin français du XIXème siècle déjà cité dans mes précédentes petites publications. Ces extraits me "parlent", un peu comme si j'étais directement concerné, embarqué sur l'un des vaisseaux de la "royale", je ne sais écrire autrement la manière dont ces lectures me touchent.. peut-être est-ce le fantôme de mon père qui navigue archétypiquement sur la mer de mon inconscient et me "taquine" !!... mais ça me va, j'aime cette ambiance... malgré que j'en perçoive aussi l'extrème dureté... c'est ainsi.    

     Donc, selon le docteur Henrieck "... les marins et mëme presque tous les officiers de marine qui, pour l'instruction et l'éducation, ne le cèdent en rien à nos officiers de terre et à nos traîneurs de sabre d'antichambre, chiquent à bord, comme dans les villes où ils relachent. Cette prédilection, dit Mr Forget, "tire son principe : 1) de la facilité qu'elle donne de pouvoir vaquer à toutes les occupations sans interrompre l'acte sensuel ; 2) de la commodité, exempte qu'elle est de tout attirail ; 3) de la facilité avec laquelle on la dissimule, n'altérant que l'haleine et même assez légèrement, lorsqu'on n'en abuse pas ; 4) enfin, de son innocuité, n'exposant pas aux accidents d'incendie, comme la pipe, qui, de plus est fragile, difficile par conséquent à remplacer dans beaucoup de cas, et avec laquelle il n'est pas permis de paraître sur le gaillard d'arrière ou de pénétrer dans l'intérieur du vaisseau". Il est d'usage que le marin, en parlant à un officier, mette, par respect, sa chique derrière son oreille, comme le soldat porte le revers de la main à son bonnet de police". Je n'ai pas le souvenir d'un tel geste chez mon père... et je ne l'imagine pas crachant son morceau de chique dans la main puis le glisant, gluant de salive, derrière l'oreille ! L'acte sensuel dont il est question ici est celui du travail manuel. les mains sont libres pour travailler "à l'aise"...

     "Si LOUVOIS s'occupait avec insistance de l'approvisionnement de tabac, pendant la conquète de Hollande, Mr Forget ne recommande pas moins de s'en pourvoir pendant les voyages en mer : "Tel individu, dit-il, ne peut digérer le plus maigre repas s'il ne mäche une chique ou brûle une pipe immédiatement après. Cette voix impérieuse (le besoin) dicte des expédients les plus bizarres : je n'oublierai jamais ce matelot de l'ANTIGONE qui vint me trouver pour un mal de gorge. Voyant à la saillie de la joue qu'il mächait quelque chose : Comment !!, lui dis-je, vous avez mal à la gorge et vous chiquez !! - Major !!, me répondit-il, depuis trois jours je n'ai plus de tabac !! et en mëme temps il tire de sa bouche un peloton d'étoupe goudronnée... les larmes qui roulaient dans ses yeux humectèrent mes paupières, et je partageai avec lui un peu de tabac qui me restait (nous étions depuis trois mois à la mer). J'ai la conviction que, si la privation du tabac n'a pas causé son mal de gorge, c'est du moins le tabac qui l'a guéri !! ". Ce témoignage rapporté, encore, par le Docteur Henrieck, est frappant... et l'ancien l'éducateur que je suis se souvient d'un "épisode" de sa vie professionnelle, au "Sleep-in. SOS, Drogue Internationnal", à Paris, et de l'extrème détresse des personnes accueillies... Sans exagérer, je crois bien que mon père aussi était "accroc" !! Ce qui est certain c'est qu'en manque de tabac à chiquer il n'était pas à prendre avec des pincettes. Je n'ai jamais pu découvrir les stratagèmes qu'il mettait en place pour "combler le manque", mais, à n'en pas douter, ils existaient  !! En 1957 le tabac a été reconnu comme toxicomanie par l'OMS !!... Aujourd'hui encore, le non-fumeur que je suis  se questionne sur la résistance forcenée de certains...

     

     Trouvez ci-dessous quelques titres bibliographiques complémentaires :

"Du tabac, son influence sur l'homme", Docteur G.A Henrieck, Encyclopédie de l'Agora, http://Agora.qc/documents/tabac-du-tabac. Ce site est très intéressant, comme souvent les sites du québec...

"Du tabac ; son histoire, sa culture, sa fabrication, son commerce, ses propriétés médicales et toxiques, son influence sur l'homme", 1864, Paris, Ed. Desloges... désolé pour l'auteur, il est perdu dans la mer de documents que j'ai collecté, j'espère le retrouver un jour !!

"Traité du Tabac", Vincent Barthélémy, Lyon, 1626... Cette fois c'est l'éditeur qui court le risque d'être noyé !!!

kenavo.     Sizig Loeis Ar Garrec

 

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