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Voyage - Page 2

  • "L'homme aux guenilles", Ludovic Huot

         Dans l'une de mes précédentes publications j'ai parlé des trois seules photos de mon père que je possède. Sur l'une d'entre-elles il pose à la sortie de l'église de Moélan sur mer... a son bras une dame, qui n'est pas ma mère, en superbe tenue bretonne... je crois pouvoir dire qu'elle porte une coiffe selon la mode quimperloise, je ne suis pas certain de cette classification, les puristes voudront bien me pardonner... je n'avais jamais vu mon père aussi bien habillé, en costume de tissu rayé...  ce jour là était le mariage de l'une de mes cousines, Edith, si je ne me trompe pas... Un jour magique pour moi... un aboutissement pour ma mère qui s'était démenée durant de nombreuses semaines pour "équiper" mon père... le fameux costume, taillé sur mesure par la maison Burel à Pont-Aven, la chemise "classe", la montre à gousset, les souliers (pas des chaussures, non), le coiffeur... et même une nouvelle carotte à chiquer... elle s'est véritablement battue pour que ce jour là il soit le plus beau mec... je ne me souviens pas de la tenue que je portais, ni celle de ma mère...  Mon père était extrèmement fier, la position qu'il occupait ce jour là était pour lui un honneur véritable, c'est lui qui allait accompagner l'une de ses nièces devant le curé et devant le maire, il ne pouvait qu'être digne de la confiance accordée... et, si mes souvenirs sont bons, il a largement bien fait ce que l'on attendait de lui.

        Un mariage est toujours un évènement, mais pour moi celà a été plus fort encore... A ce jour de 2013 c'est le seul mariage auquel j'ai participé, le seul !, mais ce n'est pas ce qui importe ici... Mon père en costume, comme dans les journaux d'alors, c'était éblouissant, j'en suis ému aux larmes rien que de m'en souvenir... mais encore plus, c'est de l'avoir pour la première fois entendu chanter... Au repas de mariage les tables étaient placées en rectangle dans l'une des salles du restaurant le "Tourbillon" ... j'étais assis à côté de lui et de ma mère... brusquement il s'est levé, a annoncé sa chanson, et d'une voix puissante s'est lancé dans une complainte, une longue complainte... Depuis cette date mémorable des années 60, le refrain de cette chanson me taraude, à chaque fois que j'ai besoin de donner "un coup de collier", alors je le fredonne, c'est systématique...

        J'ai cherché pendant de nombreuses années le texte de cette chanson et, bien évidemment, son auteur... je désespérais d'aboutir un jour...  et c'est ma cousine Jeannine, avec l'aide de notre tante Marie, qui est parvenue à mettre un terme  à ce "désespoir" ! Et le vieux libertaire que je suis n'a pas été déçu... A partir de l'information de Jeannine j'ai mené quelques recherches sur l'auteur, je vous livre donc ci-dessous ce résultat. Et je fais un petit clin d'oeil aux pont-Avenistes... et à tous les auteurs compositeurs et interprètes avec lesquels j'ai "travaillé". dans les années 70 à 80... 

         L'auteur c'est Ludovic HUOT, 1897-1968, il est né à Beauharnois au Québec... et ça c'est déjà bien ! Après des études en chant à new York il participe à plusieurs opérettes au Canada et aux Etats Unis, il fait également de la scène en Amérique du Sud. Sa carrière sur disque débute en 1928, alors qu'il enregistre des refrains populaires pour les éditions HMV. Doté d'une voix de ténor à la fois puissante et particulière c'est un chanteur de charme. Il fonde, en 1928 le groupe folklorique "le Trio Lyrique" avec Lionel DAUNAIS (1902-1982) et Anna MALENTANT (1905-1988). Parallèlement à sa carrière de fokloriste au sein du trio, il connait plusieurs succès en solo. Il fonde, en 1938, "le Coeur des débutants" dans lequel chantait Pierrette ALARIE...  Ludovic HUOT a enregistré plus de 160 chansons pour la maison de disques STARR et une quinzaine d'autres pour HMV. Une autre source donne 185 enregistrements de 1928 à 1947, ce qui correspond à une moyenne de 9 par an... une autre filière d'informations donne 27 disques de variétés dans les années 40 et 61 dans les années 30 !!  Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a été créatif, même si tous les enregistrements n'ont pas été gravés sur disque

       Le titre de cette chanson qui m'a taraudé pendant de si nombreuses années est "L'homme aux guenilles", dont je vous donne ici le refrain :       "On l'appelle l'homme aux guenilles... c'est un sans-foyer, sans famille... Un rôdeur, un vaurien... Qui ne possède rien... Par bonheur on peut se défendre... Des gredins qui viennent pour prendre... Contre les mauvais citoyens... Pour protéger son bien"...

         Mon père chantait celà le jour du mariage, et pas que le refrain je vous le dis... Si  vous êtes sages je vous livrerais la chanson complète.... mais je sais qu'il est possible de la trouver sur le Net !! J'ai toujours pensé que c'était une chanson de marin, elle sonnait bien dans la bouche de mon père, comme phasée... 

         Au cours de mes recherches j'ai fait une découverte qui devrait intéresser les Pont-Avenistes et les Bretons, plus généralement, et peut-être Gilles Servat, plus particulièrement... Cette découverte, pour moi en tous cas, est Théodore Botrel, artiste "activiste" au canada !  J'en parlerais dans une prochaine publication... mais ce qui m'importe, relativement, c'est le rapport étrange entre les éléments qui constituent,  en partie, cette tranche  de mon histoire de vie : Pont-Aven comme point d'ancrage  géographique ; mon père ; une chanson que j'ose qualifier de libertaire  ; un artiste Québecois ; un artiste breton, souvent détesté, mais  célébrité Pont-Aveniste... le hazard fait drolement les choses  !

        Une partie (seulement) des informations présentées ici proviennent  d'un site canadien : "L'histoire de l'enregistrement sonore au Quebec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003, sur w.w.w.ulaval.ca/pul  

     

    A bientot.      Sizig Loeis Ar Garrec

  • LOUVOIS, le tabac et les médecins

         Pour clôre mon cheminement "tabatier" je ne résiste pas au plaisir d'écrire encore ici quelques extraits  de textes de G.A Henrieck, médecin français du XIXème siècle déjà cité dans mes précédentes petites publications. Ces extraits me "parlent", un peu comme si j'étais directement concerné, embarqué sur l'un des vaisseaux de la "royale", je ne sais écrire autrement la manière dont ces lectures me touchent.. peut-être est-ce le fantôme de mon père qui navigue archétypiquement sur la mer de mon inconscient et me "taquine" !!... mais ça me va, j'aime cette ambiance... malgré que j'en perçoive aussi l'extrème dureté... c'est ainsi.    

         Donc, selon le docteur Henrieck "... les marins et mëme presque tous les officiers de marine qui, pour l'instruction et l'éducation, ne le cèdent en rien à nos officiers de terre et à nos traîneurs de sabre d'antichambre, chiquent à bord, comme dans les villes où ils relachent. Cette prédilection, dit Mr Forget, "tire son principe : 1) de la facilité qu'elle donne de pouvoir vaquer à toutes les occupations sans interrompre l'acte sensuel ; 2) de la commodité, exempte qu'elle est de tout attirail ; 3) de la facilité avec laquelle on la dissimule, n'altérant que l'haleine et même assez légèrement, lorsqu'on n'en abuse pas ; 4) enfin, de son innocuité, n'exposant pas aux accidents d'incendie, comme la pipe, qui, de plus est fragile, difficile par conséquent à remplacer dans beaucoup de cas, et avec laquelle il n'est pas permis de paraître sur le gaillard d'arrière ou de pénétrer dans l'intérieur du vaisseau". Il est d'usage que le marin, en parlant à un officier, mette, par respect, sa chique derrière son oreille, comme le soldat porte le revers de la main à son bonnet de police". Je n'ai pas le souvenir d'un tel geste chez mon père... et je ne l'imagine pas crachant son morceau de chique dans la main puis le glisant, gluant de salive, derrière l'oreille ! L'acte sensuel dont il est question ici est celui du travail manuel. les mains sont libres pour travailler "à l'aise"...

         "Si LOUVOIS s'occupait avec insistance de l'approvisionnement de tabac, pendant la conquète de Hollande, Mr Forget ne recommande pas moins de s'en pourvoir pendant les voyages en mer : "Tel individu, dit-il, ne peut digérer le plus maigre repas s'il ne mäche une chique ou brûle une pipe immédiatement après. Cette voix impérieuse (le besoin) dicte des expédients les plus bizarres : je n'oublierai jamais ce matelot de l'ANTIGONE qui vint me trouver pour un mal de gorge. Voyant à la saillie de la joue qu'il mächait quelque chose : Comment !!, lui dis-je, vous avez mal à la gorge et vous chiquez !! - Major !!, me répondit-il, depuis trois jours je n'ai plus de tabac !! et en mëme temps il tire de sa bouche un peloton d'étoupe goudronnée... les larmes qui roulaient dans ses yeux humectèrent mes paupières, et je partageai avec lui un peu de tabac qui me restait (nous étions depuis trois mois à la mer). J'ai la conviction que, si la privation du tabac n'a pas causé son mal de gorge, c'est du moins le tabac qui l'a guéri !! ". Ce témoignage rapporté, encore, par le Docteur Henrieck, est frappant... et l'ancien l'éducateur que je suis se souvient d'un "épisode" de sa vie professionnelle, au "Sleep-in. SOS, Drogue Internationnal", à Paris, et de l'extrème détresse des personnes accueillies... Sans exagérer, je crois bien que mon père aussi était "accroc" !! Ce qui est certain c'est qu'en manque de tabac à chiquer il n'était pas à prendre avec des pincettes. Je n'ai jamais pu découvrir les stratagèmes qu'il mettait en place pour "combler le manque", mais, à n'en pas douter, ils existaient  !! En 1957 le tabac a été reconnu comme toxicomanie par l'OMS !!... Aujourd'hui encore, le non-fumeur que je suis  se questionne sur la résistance forcenée de certains...

         

         Trouvez ci-dessous quelques titres bibliographiques complémentaires :

    "Du tabac, son influence sur l'homme", Docteur G.A Henrieck, Encyclopédie de l'Agora, http://Agora.qc/documents/tabac-du-tabac. Ce site est très intéressant, comme souvent les sites du québec...

    "Du tabac ; son histoire, sa culture, sa fabrication, son commerce, ses propriétés médicales et toxiques, son influence sur l'homme", 1864, Paris, Ed. Desloges... désolé pour l'auteur, il est perdu dans la mer de documents que j'ai collecté, j'espère le retrouver un jour !!

    "Traité du Tabac", Vincent Barthélémy, Lyon, 1626... Cette fois c'est l'éditeur qui court le risque d'être noyé !!!

    kenavo.     Sizig Loeis Ar Garrec

     

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  • "véritable PRADEL", le couteau de mon père

         Dresser le portrait de mon père implique nécessairement de parler aussi de sa casquette, de sa carotte de tabac à chiquer et de son couteau PRADEL... Parler de l'un de ces trois objets c'est parler du marin Breton, le pêcheur, le navigateur, peut-être aussi l'aventurier des "hautes mers", celui des conquêtes maritimes... c'est parler de mon père, Guillaume Albert Le Garrec... Ce n'est pas réducteur, bien au contraire, et je suis persuadé que d'autres gars de mon âge, fils de marin Breton, sont extrêmement fiers de cette forme d'dentification... Je suis également persuadé que lorsqu'ils évoquent leur marin de père, qu'ils le racontent aux plus jeunes, aux autres, c'est aussi en "disant" ces objets là, la pratique de ces objets là, des objets chargés de vie quotidienne... Par objets il faut entendre ici : ustensiles, outils, matériels, pièces fabriquées, façonnées par la main de l'homme, manufacturées... pour lui servir... On peut difficilemet raconter quelqu'un en l'évinçant de son environnement quotidien, de même en excluant cet environnement, son rapport à celui-ci, les échanges, l'interaction, la confrontation... dire l'univrers de cet autre, sa manière d'être, sa façon d'agir, de se comporter... le raconter au milieu des objets de sa vie quotidienne, professionnelle et domestique... tenter de dire toutes les sortes d'ojets de sa vie et donc, par glissement de plan, y compris, éventuellement, sa "vision" de vie, son rapport à l'existence, ses projets... Le monde des objets de l'homme, est celui de l'homme... On dit que l'on peut reconnaitre la qualité d'un ouvrier selon la composition et la tenue de sa caisse à outils... on le dit encore aussi, presque sur le même mode, de la femme au foyer...

         Il y a quelques années j'ai offert ma caisse à outils de maçon-coffreur-boiseur !!... et j'ai aménagé mon appartement quasiment exclusivement avec des meubles démontables (hors ikéa !)...   

         La casquette de mon père n'était pas la même que celle de mon oncle Pierre, son frère, et la façon de la porter diffèrait aussi...  tous deux pourtant natifs du même lieu-dit moélanais et pratiquant le même métier à rsiques... Je ne suis pas sûr que mon oncle chiquait, mais je suis convaincu, en supposant que ce soit le cas, que sa pratique était, au moins pour une part, autrement... Ainsi chacun "construit" sa pratique "à sa main", élabore son style... se met en jeu, se dit JE...

        Le couteau de mon père était un "Véritable PRADEL", également appelé "couteau de marin", de "gabier" ou de "Terre Neuvas" (dans le catalogue Manufrance). Un couteau qui, à l'origine, a été diffusé, surtout, en Normandie et en Bretagne. Marin breton mon père a beaucoup navigué sur les lignes transatlantiques, depuis LE HAVRE (Seine maritime, Départ. de Haute Normandie) vers NEW YORK. La marque PRADEL a été déposée en 1873 par Etienne PRADEL et la mention "Véritable PRADEL" n'apparait qu'en 1887, après le dépôt de la marque le 25 janvier de la même année. Le couteau de marin PRADEL, désormais un nom commun, a été très inspiré d'un autre fameux couteau : le SHEFFELD.

         Le PRADEL qu'il utilisait était un couteau de poche de 10,5 cm fermé/19 cm ouvert,  noir, pliant (ou fermant), à forte lame unique anglaise, à talon carré et mentonnet fortement dimensionné, aussi appelé "pied de mouton", avec onglet (évidé par meulage, il permet de saisir la lame avec l'ongle). Le talon carré est la partie arrière de la lame qui frotte sur le ressort et qui permet de la manoeuvrer en deux mouvementss successifs, ce qui apporte une sécurité certaine. Mais, pour moi, au delà de cette sécurité, le claquement sec caractéristique de cette manoeuvre de fermeture était aussi, surtout, le marquage sonore d'un usage...  et une gestuelle particulière : Un... Deux... Clac !!, avec, parfois, une pause entre Un et Deux... Lorsque mon père utilisait son PRADEL j'attendais ce claquement comme signature de fin de täche, comme clôture d'un ouvrage... ou de la reprise du boulot après le casse-croûte !! La lame est en acier XC 75 traditionnel, un acier qui noirçit, donc un acier carbonne... Au niveau de l'onglet, je crois un peu au-dessus, était gravée une ancre de marine. Il me semble que le nom PRADEL y figurait aussi...  

         Le manche d'un tel couteau peut être en corne noire de buffle ou en corne blonde de vache, en ébène, en ivoire... mais aussi en corne artificielle ; la galalithe apparue en 1897 ; la bakélite apparue en 1865 mais utilisée réellement en 1909 ; ou encore, l'ébonite (caoutchouc durci) développé en 1855. Différentes techniques de traitement des cornes de vaches et de buffles (symcerus caffer) - redressage, ou pressage à chaud, flammage, etc.- permettent d'obtenir diverses formes et des nuances de blond uni, de beige foncé, de beige clair, transparent ou blanc. La corne pressée craint l'eau et la chaleur, qui ont tendance à la lamelliser au fil des années, elle ne convient donc pas pour les marins. La meilleure partie de la corne pour la fabrication des manches est la pointe, sa partie haute et massive, bien plus robuste que sa partie basse et creuse que l'on doit presser à chaud avant utilisation pour combler les vides qui la constituent. Ce manche est légèrement linéairement incurvé, rond, s'évasant "doucement" vers l'arrière pour assurer une meilleure prise en main, avec, à l'extrémité, un trou pour le passage d'un lacet, donc sans bélière, sans "mitre de cul", c'est à dire "plein manche". Un manche de "Véritable PRADEL" à généralement 6 clous (ou rivets) en laiton et porte une ancre de marine, en laiton, également rivée.

         Selon les couteliers de Thiers la fabrication artisanale d'un couteau requiert plus de 218 étapes... j'invite le lecteur à se rendre sur le site du musée de cette ville pour plus d'informations.

         Pour moi, nul doute, mon père choisissait toujours le couteau équipé d'un manche en corne de pointe. Le manche en matière artificielle ne permet pas vraiment une bonne sensation en main, l'appropriation de cet outil est alors rendue difficile... et donc, par extension, l'acquisition du geste efficace en contexte d'activité aussi !! Je sais celà par expérience professionnelle et domestique...  Avoir compris le truc est une chose, mais encore faut-il se donner le temps de choisir, un tel achat ne se fait pas sur catalogue, il faut pendre le couteau "en main". Mon père le savait, et, au fil du temps, j'ai appris aussi...

        Le couteau pliant, ou fermant, était déjà connu à l'époque romaine, environ 50 avant JC, puis à l'époque gallo-romaine.  Il s'agissait d'une lame pivotant autour d'un axe et venant se placer dans le manche. Il était utilisé par les Romains, les Gaulois, les Byzantins, les Celtes, les Egyptiens et les Chinois. Mais son utilisation nomade par le transport en poche est beaucoup plus tardive. Elle devra attendre l'invention de la dite poche, au XVIème siècle, a la suite de deux évènements déterminants, le premier, d'ordre mécanique, est la découverte du ressort qui maintient la lame du couteau tant en position ouverte que fermée. Encore fallait-il disposer d'un outillage "moderne" pour le fabriquer, et celui-ci n'a commencé à apparaître qu'à cette époque. Le second tient à la mode et est d'ordre "couturier", c'est l'invention de la poche intégrée au vêtement qui jusque là en était dépourvu... Auparavant les poches se portaient par paire, reliées par un cordon fixé autour de la taille... ce qui n'était guère pratique pour un outil d'usage courant comme le couteau...    

         Mon père utilisait son couteau dans de multiples circonstances extrèmement variées. Ces utilisations sont bien trop nombreuses pour être toutes citées. En réalité je pense qu'il est impossible de les répertorier toutes. Toutefois j'ai en mémoire quelques traces d'usage que je qualifie ici, dans le champ de mon histoire familiale (ethno-familial), de domestique et/ou de loisir... ainsi lorsqu'il fabriquait des paniers de pêcheur en noisetier ou qu'il taillait l'appui-main de la caisse à laver de ma mère ; lorsqu'il me fabricait des sifflets avec des jeunes branches de châtaigniers ou des fourches pour mes lance-pierres ; mais aussi, évidemment, lorsqu'il vidait des poissons ou qu'il ouvrait des huitres... Je l'ai dèjà écrit ci-avant, sur ce blog, ce couteau était "l'associé" de mon père dans un très grand nombre d'activités de sa vie de tous les jours... et les images de  toutes celles auxquelles j'ai participé sont encore très vivaces en moi... des images, mais avec aussi des sons et des odeurs... j'en raconterais quelques-unes prochainement.

         Certains couteliers préconisent d'entretenir les couteaaux, et de lutter contre les effets de lamellisation de la corne" pressée" du manche, en les "nourissant" régulièrement avec de la graisse animale, comme le saindou, la graise d'oie ou de canard. Je me rappelle que mon père passait de la couenne de porc sur les deux faces de la lame de son PRADEL, il faisait la même chose sur les lames de scie égoîne et de scie à bûches... Avant ce graissage, il l'affutait avec une pierre à faux durant de longues minutes. Parfois il terminait cet affutage par un passage sur son Paddle, l'indispensable instrument pour le rasage au "coupe-chou" et dont je parlerais aussi bientôt. Alors il promenait la lame en la poussant vers l'avant pour une face, puis en la tirant vers lui pour l'autre face, sans jamais faire de rotation sur le cuir à rasoir, il répétait ce mouvement 5 ou 6 fois rapides. De temps en temps il humidifiait le cuir par un léger jet de salive. Cette dernière opération terminée, il contrôlait le fil, fermait le couteau, un...deux...clac... et le rangeait dans la poche de son pantalon. En fait il utilisait son Paddle pour finir son couteau comme il le faisait pour son "Coupe-chou". Pendant une journée de travail, lorsque un affutage était nécessaire, il trouvait un bloc de pierre à grains fins, plat, et y frottait régulièrement la lame. Il contrôlait de temps en temps le fil avec son pouce, éventuellement crachait légèrement dessus, et, selon, reprenait le frottage aller-retour sur la pierre. Bien sur cet affutage était plus grossier que le mode précédent mais c'était rapide et efficace. Dans les champs et sur la côte il n'avait aucune difficulté pour trouver le bloc de pierre adéquat, et en ville il utilisait les embrasures, les seuils, les appuis des portes et des fenêtres, les murets, etc. La lame de son dernier couteau avait tellement été affutée qu'elle ne faisait plus qu'environ 11mm  sur environ 18 mm à l'origine !! Et il a été perdu !!! 

         Et ainsi est la fin... de cette publication... Un 1er mai...

         Et ce soir je vais regarder le film d'action sino-hongkongolais de Zhang Yimou (2002),  "HERO" programmé sur ARTE

    Petite bibliographie :

    "Manuel du coutelier", de LANDRIN, édité à Paris en 1835                                                                                                                            

     "La coutellerie à THIERS" et SAINT REMY", guide album illustré, 1922-1923, sur http://razaland55.free.fr/coutellerie.htm

    "Les métiers de nos ancêtres", D. CHATRY

    Voir le site de Jean François LALIARD, http://couteau-jfl.com

    www.musee-gourmandise.be/fr/articles-de-fond/77-articles-fond/124-couteau et notamment l'article de Gérard BIT

    www.sabatier-k.com/couteaux-de-poche

    www.lebateauphare.fr

    www;couteau-en-poche.com très bon site...

    www.macorne.fr

    Sur l'acier de DAMAS, voir le site de Georges EMERIAU, http://acier.damas.free.fr

    PS : J'ai oublié de communiquer une bibliographie succinte en clôture de ma précédente publication "Théodore Botrel, Ludovic HUOT, et Guillaume Joseph Le Garrec". Voici donc :

    "La bonne chanson : Le commerce de la tradition en France et au Québec, dans la moitié du XIXème siècle", Jean Nicolas De Surmont, Ed Tryptique, 2001, Montréal

    Solenn Hellégouach, Mémoire pour l'obtention du Grade de Maitre Es arts en musique -option musicologie-, Université de Montréal, Août 2009, consultable sur http://papyrus.bib.unmonreal.ca/jspui/bitstream/1886/4674/2/Hellegouach_Solen_2010_memoire.pdf

    "L'histoire de l'enregistrement sonore au Québec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003 www.ulaval.ca/pul.

    Kenavo.            Sizig Loeis Ar Garreg

     

        

             

             

  • Pont Aven/Moélan sur Mer, nostalgie bretonne

     

    On dit que les gars de Moélan sur Mer n'ont qu'une oreille de chaque côté...  Qui saurait me donner l'explication d'un tel dicton ?? Y-t-il, quelque part, des individus qui ont plus de deux oreilles ??  

    Depuis quelques mois je suis plongé dans des recherches diverses et variées concernant mon enfance, ma famille , ma vie buissonnière en Bretagne. Fils d'une lavandière je cherche à reconstituer son parcours de vie depuis sa naissance à Ergué Gabéric, près de Quimper, jusqu'à son arrivée à Pont Aven, dans les années 50... et je mène le même type de collectage sur mon père, quartier-maître chef, né à Kergloanou, un lieu-dit de Moélan sur Mer... Je pense que tous deux se sont rencontrés à Pont Aven... Jamais ils ne m'ont raconté... aucun de mes parents ne se laissait aller à parler ainsi, et surtout pas aux enfants !!... alors je passe beaucoup de temps à travailler sur la composition du roman familial, et je dis bien composition... Composer avec des infos probantes... faire appel à "l'imaginaire" mais justifier chaque élément collecté, plonger dans mes souvenirs d'enfance et en extirper des éléments solidement certifiés pour tenter l'écriture...

    Sur une page Blog précédente j'ai parlé de mes recherches maritimes et demandé de l'aide... j'ai obtenu quelques résultats qui parfois m'ont fichu le blues... mais autant comblé et rempli de fierté... du Havre à New York mon père, comme de nombreux autres marins, a beaucoup "Bourlingué" sur toutes les mers... et je dois avouer que je suis très impressionné par cette vie de marin...

    Pour le moment j'en sais plus sur le parcours de mon père que sur celui de ma mère. Concernant celle-ci je vais devoir centrer mes recherches sur la région Quimpéroise.. dont Ergué Gabéric, Ergué armel et... ??  Je crois savoir qu'elle a travaillé chez Bolloré... Elle était aussi lavandière, la dernière de Pont Aven, et j'espère parvenir à raconter un jour ce travail aussi très dur.

    Pont Aven, ville de renom, aux quatorze moulins et quinze maisons... semble "oublier" une grande part de son histoire...  Gauguin et autres artistes ne  s'y retrouveraient vraisemblablement plus aujourd'hui, car même la lumière naturelle a changé.. et cette part d'histoire n'est pas celle concernant le musée consacré à l'école de peinture... elle est celle qui nourrissait le quotidien des Pontavenistes...

    Kenavo

    Signé Sizig Loeis ar Garreg.

     

         

     

              

  • Les paniers en noisetier de mon père, Guillaume Joseph Le Garrec, marin breton

          Le premier embarquement de mon père, Guillaume Joseph Le Garrec, marin Breton (matricule définitif n° 16831), né à Moélan sur Mer le 14 février 1905, date du 22 avril 1918... il avait donc 13 ans !! Premier embarquement officiel, avec le consentement de son père, comme mousse (n° matricule provisoire 7070) sur un bâteau de pêche du port de Doélan (29), le "Perds pas courage !"... Et ce courage il l'a eu jusqu'à ce qu'il soit déclassé de la marine le 14 février 1953... et encore longtemps après !!  De 1918 à 1953, soit 35 années, il a donc été Quartier Maître Chef (chouf) spécialité Gabier dans la "Royale", dont 24 mois comme appelé (Etat) et 36 mois comme engagé à la Direction du Port de Toulon (Etat), soutier et matelot dans la marchande (dans une prochaine publication je parlerais des soutiers), matelot pour la pêche, et même patron de pêche durant une courte période à Lorient, et autres activités sur plusieurs périodes qu'il me faut encore éclaircir et détailler, une douzaine d'années au total... Abnégation bretonne surement puisqu'il a continué a travailler dans l'univers maritime comme ouvrier conchyliculteur sur les parcs de l'Aven (huitres, moules) et ouvrier sablier/vendeur de sable de mer (embarqué... et à terre !!), puis comme ouvrier en conserverie (j'ai un doute sur cette qualification, le patron étant un ex-officier français, Pont Aveniste, de la Royal Navy, propriétaire d'une vedette de haute mer !), ouvrier terrassier en v.r.d/assainissement (Pont Aven) et comme journalier agricole jusqu'à sa mort accidentelle, un triste jour de l'hiver 1973 le 13 novembre, écrasé sous une charretée de pommes à cidre (!!) dans une ferme de Riec sur Bélon... Je n'ai pas encore terminé la reconstitution de la carrière de mon père, mais il est déjà évident que la liste des activités ci-dessus n'est pas exhaustive... Selon les divers documents "officiels", et mon témoignage direct, ce fut une très longue carrière de 55 ans... J'ai assez souvent travaillé avec lui (agiculture et conchyliculture) avant et après l'obtention de mon Certificat d'études Primaires, à 14 ans, en 1966.. Si l'on considère les "pratiques traditionnelles" de l'époque on peut encore ajouter à ces 55 années certifiées 2 ou 3 années cumulées de travail vivrier avec ses parents, avant 1918, il avait alors moins de 13 ans !! Les pratiques vivrières familiales dans le "penty" de kerglouanou (lieu-dit de Moélan) n'étant pas répertoriées, elles ne peuvent donc qu'être appréhendées  par l'étude des archives et le collectage auprès des anciens... qui, compte tenu de l'ancienneté des faits, ne sont plus très nombreux à pouvoir témoigner, voire inexistants... Mais on peut considérer à la fois, entre autres, les travaux agricoles et jardiniers saisonniers (céréaliers, légumiers et fruitiers) et connexes (fabrication du cidre et autres jus et liqueurs, conserverie artisanale, etc), l'aviculture (élevage de toutes volailles), la cuniculture (élevage de lapins domestiques) et connexes (fabrication charchutière et bouchère, y compris conservation, etc), la petite pêche à la ligne côtière, la "pêche à pied" (oursins, crevettes, coquillages divers, etc), et la vente de ces divers produits...   

         En 1726, selon une enquète de François Le Masson du Parc (1671-1741) dans le Trégor, 53% des pêcheurs étaient également laboureurs ou journaliers agricoles... La mixité professionnelle et la Bi-agriculture se vivait au niveau de la famille et du couple...  Selon J. Danigo, le Cahier de Doléances Maritimes de Quiberon (56) indique que "les terres ne sont travaillées que par les femmes, les maris et les enfants étant obligés d'aller en mer pour se procurer le pain nécessaire pour 8 mois de l'année" (1). Morgane Vary parle de pluriactivité littorale et différencie cette pluriactivité comme mode de vie qui témoigne de la gestion des cycles saisonniers de l'offre d'opportunités de l'interface terre/mer sur le modèle paysan-pêcheur. La bi-activité associe le métier initial (marin pêcheur) au nouveau métier espéré, ou pris par nécessité, et la pluriactivité de la misère (2). Il en était ainsi jusque dans une période très proche à Moélan sur Mer comme sur toute la côte bretonne et au-delà. Beaucoup de marins alternaient ainsi des périodes agricoles, ou autres (maçonnerie, charpenterie, artisanat, commerce, etc...) avec celles maritimes. Alternance parfois choisie pour certains mais le plus souvent forcée dans la mesure où il leur fallait "trouver" des revenus complémentaires... Etre marin, avoir une famille et/ou "être" en couple, posséder des terres et des animaux, impliquait, dans un contexte littoral miséreux, du moins pas très riche, cette alternance professionnelle et la collaboration "sans faille" des femmes du foyer. Ainsi donc les "Frères de la côte", au fil de leur carrière de marin, découvraient, apprenaient, pratiquaient des techniques professionnelles diverses dans différents mondes et univers de vie... L'alternance et la mobilité dont on ne cesse de parler aujourd'hui !! Depuis 1630 quasiment tous mes ancêtres de la lignée patrilinéaire (Agnatique) apparaissent sur les documents d'état civil comme pêcheurs et agriculteurs... Je note que mon père a beaucoup "bourlingué" et que ma propre reconstitution de carrière, à un an de mon départ en retraite, semble témoigner d'un certain héritage...

         Ici, pour "saisir" l'héritage patrilinéaire et penser ce que je porte de cette ascendance, mais également pour tenter de comprendre mieux l'histoire particulière de la population littorale d'antan, je me réfère, entre autres aux travaux de Pierre Jacob qui soutient qu'une "explication développementale d'un trait phénotypique d'un individu (celui de mon fils, le mien, celui de mon père, etc) doit être complétée par une explication sélectionnelle" (3)... Selon Dretske (1988, 1990a), que cite Jacob, et sauf erreur d'interprétation, "l'explication sélectionnelle (de type darwinien)", donc génétique, "explique la distribution de traits comportementaux dans une population (une espèce, un groupe, une collection)", ici celle du littoral breton, mais il pourrait s'agir de n'importe quelle population côtière, et "une explication développementale (de type Lamarkien)", phénotypique, qui "invoque une tendance progressive" et rend compte de "l'aptitude inhérente de chacun" et explique comment chacun, pris séparément, a appris ce qu'il a appris et comment ce qu'il a appris a cheminé pour s'épanouir chez/en lui... (4). Un couplage "inné-acquis", thèse à laquelle j'adhère depuis ma lecture du fameux débat entre Jean Piaget et Noam Chomsky en octobre 1975 à l'abbaye de Royaumont !!

         J'ai toujours été impressionné par la capacité d'adaptation de mon père et par la grande variété de ses connaissances techniques, la diversité de ses "tours de mains"... Lorsque j'étais gamin il guidait souvent mes gestes et mes fabrications, je lui dois, par exemple ma première caisse à laver (pour ma mère), mon premier arc et mon premier lance-pierre, ma première épée... les armes de mes sagas chevaleresques... Mais encore, mon premier sifflet taillé dans une tige de châtaignier sur un talus de keramperchec (près du boulodrome), ma première spatule (Spanell) et mon premier rateau en bois (Rozell) pour tourner la pâte à crèpe sur la "Pilig" (ou Bilig), ma première hélice d'avion en feuille de laurier-palme/cerise (Prunus Laurocerasus "caucasica"/"Novita") et celle taillée dans une planche de pin pour un anémomètre... et la découverte de mon premier nid d'hérissons sur le plateau du bois de Kerviguèlen... et beaucoup d'autres premières de ma vie quotidienne ou en situation de travail chez divers employeurs... Et ma première grande frayeur panachée de fierté, à savoir : mon premier rasage, un dimanche matin, au printemps de l'année de mes quinze ans, torse nu dans la petite cour de la rue des meunières... moi assis, mon père debout, équipé d'un petit rasoir mécanique (ouf !!) et d'un blaireau... lui hilare, moi "flippé"... Ce jour là j'ai aussi découvert la Pierre d'Alun !!... Le rasage comme rîte de passage à l'état d'homme !! Mais quasiment rien sur la navigation et la pêche, ormis le montage des paniers en noisetier !!  Je ne raconterais pas cette fois l'art de la fabrication des jouets en bois de mon enfance (le cintrage du bois, le flammage, le ligaturage, etc), j'envisage une publication sur ce thème...  Aujourd'hui je suis persuadé qu'il avait pour moi un autre projet professionnel que celui d'un métier de la mer, mais il ne me l'a jamais dit, alors donc j'ai cheminé (ou navigué !) "à ma main", j'ai ramé, et j'ose croire qu'il aurait apprécié ce qu'est devenu sa "graîne de pucier"... On ma souvent surnommé "Le galérien" !!

         Dans les années 60 à 70 j'ai souvent observé mon père fabriquer des paniers en noisetier. Des paniers traditionnels que les marins pêcheurs utilisaient pour le transport léger de leur "godaille" de poissons et/ou de crustacés. La "godaille" est entendue ici, à la fois, comme part de pêche attribuée au marin embarqué et comme produit propre de sa pêche personnelle. Le mot panier est dérivé du mot Latin Panarium et signifie "Corbeille à pain", il est attesté depuis 1135... J'ajoute encore que le châtaignier à été surnommé "Arbre à pain" pour la qualité nutritive de ses fruits, ce qui peut sûrement être confirmé par le peuple Corse (!!?)... Le pain et le poisson !! Les dimensions de ces paniers de marin variaient, chacun devenu vannier adaptait sa fabrication à ses besoins et à sa morphologie, mais agissait aussi selon son humeur du moment en révélant parfois son âme d'artiste... Ceux de mon père allaient   généralement de 0,50cm à 0,70cm... On peut presque dire que chaque panier portait la signature de "son" marin. Mon père utilisait du châtaignier, pour le charpentage, et du noisetier pour le tressage... le premier était épluché, le second quasiment jamais, sauf, parfois, quelques brins pour "faire genre"... Pour cette construction mon père n'avait besoin que de son fameux couteau Pradel, dont j'ai parlé dans une précédente publication, de quelques bouts de ficelle, et, bien évidemment, de quelques pousses ou rejets de châtaigner et des tiges de noisetiers. Trois postes de travail "vannerie" étaient possibles : dans notre petite cour, dans le couloir de notre hôtel/pension ou dans la pièce unique de notre taudis... Ce choix était fonction de la saison, de la météo, du segment de la journée (matin, après-midi, soir), de l'activité lavandière de ma mère ou de celle, familiale et saisonnière, de l'équeutage des haricots verts (dont je parlerais bientôt) ou autres... Il n'avait pas besoin de beaucoup de place, mais il devait aussi s'accommoder de l'exiguïté de notre logement et de son encombrement. L'hiver on se serrait un peu plus... Toujours il s'installait sur une chaise autour de laquelle, droitier, il organisait son matériel à portée de main, pour n'avoir pas à se lever trop souvent. La première étape de construction était celle du façonnage des éléments de charpente, appelée "Carrée", "Anse" et "Maîtres-plans " par Jacques Roux à St-Jacut de la Mer (22). Pour ces éléments était utilisé le châtaignier (Castela Sativa). Le mot Sativa vient du Latin Sativus, "Cultivé"... Le mot Latin Castanea, lui, vient de l'adjectif Grec Kastania, dérivé de Kastanon (châtaigne), lui-même probablement emprunté à une langue d'Asie Mineure... Une ville de Thessalie (en Grèce septentrionale sur la Mer Egée, au Sud de la Macédonie) renommée dans l'Antiquité pour la qualité de ses châtaignes, aurait, de ce fait, hérité du nom Kastanon... qui parait aussi avoir été emprunté à l'Arménien Kask, le fruit, et Kasteni, l'arbre... Dans la mythologie Grecque , la châtaigne était le "Gland de Zeus"... Chaque "Anse" et chaque "Carrée" était respectivement cintrée, progressivement, "au genou", après avoir été, éventuellement, baignée dans de l'eau pour faciliter le formage, et ligaturée à la jointure avec de la ficelle. Pour réaliser celà on utilisait des tiges, de châtaignier, préalablement épluchées, de 17mm environ de diamètre, dont on taillait les extrémités en "sifflet" sur 15mm environ, pour faciliter une jonction profilée évitant une "surépaisseur". Puis on procédait à l'assemblage de ces deux élements cintrés, l'Anse étant positionnée verticalement dans l'axe de la Carrée (l'Ovale) horizontale... La pose de l'Anse impliquait le règlage de la profondeur du panier et le niveau d'élévation de la "Prise en main". Les points de croisement de l'Anse et de la Carrée, ou de préférence ici, l'Ovale qui forme la bordure du panier, étaient appelés par mon père les "Points de Groix". Ces deux points étaient ligaturés serrées avec de la ficelle, jamais avec du fil de fer !! Mon père avait l'habitude de préparer 4 ou 5 de ces carcasses d'avance, il les suspendait ensuite à un clou, assemblés en attente du montage des Maîtres-Plans et du tressage en noisetier (Corylus Avenalla)...

         Le  mot Noisetier (Corylus Avenalla) est dérivé de noisette, lui-même dérivé de noix (XIIIème s.) venant du Latin Nucis. Ce mot noisetier n'est apparu qu'au début du XVIème siècle... Avellana désigne plutôt la noisette cultivée, ce nom vient de la région montagneuse d'Avelino (Aveline), ville italienne de Campanie, célèbre pour ses noisettes... Il est aussi appelé Coudrier, d'où Coudraie, la plantation... Le nom botanique de la  noisette, Corylus, vient du Grec Korys, qui veut dire "casque" et qui renvoie à la forme de l'invoculure, l'akène, contenant le fruit, ou plutot "Drupe", généralement mûr en Septembre-octobre. Chez les Celtes les branches souples de coudrier étaient des "baguettes magiques", les sourciers s'en servent encore aujourd'hui... Le noisetier est, par excellence, l'arbre de la science, du savoir et de la sagesse, mais aussi le bois des sceptres, des bâguettes de fées et des bâtons, du latin Baculus, mais aussi du grec Baktron : le bâton des augures ; le bâton de Thor, le fils d'Odin ; le bâton qu'Hermès (Mercure) offrit aux hommes, et qui, avec les deux serpents enroulés en sens inverse devint le Caducée, ce très ancien symbole (2600 ans avant J-C) de la paix, de l'équilibre, des contraires et de spiritualité... L'axe en noisetier du Caducée est une mise en abyme de l'Arbre, axe du monde... On raconte aussi que c'est Jacques Cartier, le célèbre navigateur qui, à son arrivée au Québec au XVIème siècle, le 06/09/1535, baptisa "île aux coudres" une terre, dans le cours du Fleuve Saint Laurent (municipalité du Québec, Comté de Charleroi), sur laquelle poussait une énorme quantité de coudriers/noisetiers. Les habitants de cette île sont amicalement appelés "Les Marsouins" !! En bretagne, pays de légendes et de dictons, on dit, lorsque la récolte est bonne : "année à noisettes, année à garçons", et que "lorsqu'un gars se marie cette année là, il aura beaucoup d'enfants"... Dans la Rome Antique le noisetier est considéré comme un symbole de fécondité, et il est de tradition d'offrir des branches de cet arbuste en souhait de paix et de prospérité...

         La seconde étape de la construction, avant le tressage en noisetier, était le montage des 2 Maîtres-Plans primaires en châtaignier,  d'un diamètre équivalent à celui de l'Anse et de la Carrée (l'Ovale), soit 17mm, et de 4 ou 5 Maîtres-Plans secondaires, également en châtaignier, dont le diamètre était inférieur, environ 14 ou 15mm. Ces éléments formant la trame du tressage donnait le galbe du panier, le réglage de l'écart entre chaque élément secondaire se faisait "à l'oeil".  Pour maintenir ces écarts mon gabier de père utilisait une ficelle qu'il tirait en longueur dans l'axe de la largeur du panier,  depuis  la tige de la carrée, à droite ou à gauche, jusqu'a son opposé, en faisant une "clé" sur chaque Maître-élément... Ce système de maintien serré donnait de la souplesse à l'ensemble et  facilitait le tressage... Les Maîtres-Plans étaient tous taillés "en sifflet" aux extrémités et parfois épluchés, selon l'humeur artistique du marin-vannier... Avant le montage des Maîtres-Plans mon père tressait des tiges de noisetier, au "Point de Groix", c'est-à-dire au croisement "Anse"/"Carrée", en recouvrant le nouage en ficelle de la 1ère étape... Pour le montage des Maîtres-plans chaque extrémité "en sifflet" était progressivement, donc tige après tige, introduite dans un "jour" de ce "Point de Groix" tressé... Dans le langage de Jacques Roux, de St Jacut de la Mer, le "Point de Groix" est "l'oreille"... Le montage des Maîtres-Plans terminé mon père tressait 3 ou 4 tiges supplémentaires, ce qui avait pour effet d'élargir le "Point de Groix" et d'améliorer la tenue, l'ancrage, des extrémités des Maîtres-Plans... Ce travail de formage terminé le tressage du fond pouvait commencer... Les tiges de noisetier/ccoudrier étaient  stockées liées en fagots de 1,70 à 2 m, 5 ou 6 fagots, guère plus... Encore ici les ligatures des fagots étaient faites avec de la ficelle ou de longues lamelles d'écorce, aussi avec du jonc ou des petites brassées d'herbe, jamais avec du fil de fer !! En général ces tiges étaient mises à tremper la veille pour qu'elles soient plus souples encore lors du tressage... Une petite heure avant de les utiliser mon père les mettait à égoutter...  Lorsque l'on stocke les tiges de noisetier il importe de ne pas les laisser déssécher, du  moins de ne pas sècher, et les orienter, dit-on, au Nord... Mais chez nous, chez moi, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest c'était le même souffle !!! Parfois mon père stockait dans une bassine,, les pieds dans l'eau,, les fagots de noisetier... La progression de ce tressage allait donc du "Point de Groix" vers le fond, mon père alternait, toutes les 10 tiges environ, du côté gauche au côté droit, la clôture étant faite dans le fond du panier... Cette clôture réalisée mon père inspectait son panier, dedans-dehors, resserrait quelques tiges, éboutait quelques autres avec son Pradel, puis satisfait, rangeait les déchets de bois en conservation pour le feu de la cuisinière ou celui de la lessiveuse, claquait son couteau, crachait sa chique usagée dans sa main gauche, saisissait sa casquette avec sa main droite, rangeait le marceau de chique, en attente, dans le revers de la casquette, et... plongeait sa main gauche dans sa poche gauche, sortait "Ar garotez" (carotte de tabac à chiquer enveloppé dans du papier sulfurisé), en coupait une rondelle "neuve", l'embouchait, la calait contre la gencive, côté gauche, et s'en allait promener sur le quai de l'Aven... Globalement, le temps passé pour réaliser un panier variait de 7 à 9 heures, par séquences plus ou moins longues... J 'ai toujours été très fier des paniers en noisetier de mon père...

         Jusqu'ici je n'ai traité que la fabrication de ces paniers de marin, il me faut maintenant dire la "récolte" des tiges de châtaignier et de noisetier, une opération fondamentale... Vers la fin septembre à début novembre, j'accompagnais mon père, on allait presque toujours sur les mêmes terrains pour faire nos fagots : pour le châtaignier c'était, le plus souvent, sur les côteaux du Domaine de Kéramperchec (fondé avant le VIème siècle, autrefois appelé Lantutocan puis Landedugan et, enfin rebaptisé Kéramperchec au VIIIème siècle) et dans le bois de Kerviguelen. A Kéramperchec près du vénérable "penty" de "Jos pomme pute" (dans le sens de bled/très mure), il y avait deux boulodromes, deux allées en terre caillouteuse dont les talus étaient couverts de "cépées" de châtaigniers.  J'ai le souvenir de "parties de boules" en bois (buis, frêne, chêne, orme, hêtre) fabriquées par la Touurnerie, route de Bannalec, comme les sabots. Je dois ici un clin d'oeil à Mr Gourlaouen, l'un des tourneurs-sabotiers de l'atelier, toujours souriant et de bonne humeur !! Ces "parties de boules" se déroulaient sur une distance min/maxi de 15 à 30 mètres... Au bout de l'une des allées il y avait un large taillis clôturé dans lequel on trouvait quasiment à chaque fois le bois nécessaire. Le taillis de châtaigniers est une forme de gestion pratiquée depuis des siècles, souvent décrite par les auteurs Romains... Il s'agit d'une intervention simple à réaliser, que tous les paysans et  les Castanéïculteurs connaissent bien. Les souches des arbres abattus sont en mesure de renouveler les racines, ce qui favorise une importante production de rejets, très vigoureux. Une souche de chataignier de 4 ans, par exemple, peut produire des perches d'une hauteur moyenne de 6 à 8 mètres avec des diamètres de 8 à 10 centimètres... et des pousses annuelles de 1,5 à 2 m... En fait les châtaigniers, dont il est dit qu'ils peuvent vivre 1000 ans, ont une propension "naturelle" à la "Cépée", c'est-à-dire à faire des rejets... que l'on peut même marcotter !!  Alentours de ces souches on trouve souvent des cèpes, ils aiment ce terrain !! Ces cépées sont recoupées au ras de souche tous les trois ans, et de ce recépage résulte une "Tassée", c'est-à-dire une touffe de nouvelles pousses ou de rejets qui apparaissent au printemps... Dans ces châtaigneraies mon père et moi cherchions, au milieu des taillis et des cépées, des tiges de 2 ou 3 ans, bien droites, de 2 mètres maxi, sans noeud, avec le minimum de ramifications, d'environ 17mm de diamètre (Anse, Carrée, Maître-plans primaires), soit 2 longueurs par panier, et une autre brassée, de diamètre 14 ou 15mm pour les Maîtres-plans secondaires, soit 4 ou 5 longueurs par panier. Parfois nous les épluchions sur place avant de les "fagoter"...  Dans le bois de Kerviguelen nous cherchions de même, mais plus largement depuis le plateau, autour du manoir jusqu'à la route de Névez et de Kerdruc, et nous poussions parfois jusqu'au Hénan pour revenir par les bordures de kerscaff... En règle générale il est conseillé de de ne récolter ces tiges "rejetées" qu'à la vieille lune et, en tous cas, jamais le bois d'Août, le bois aoûté...

         Pour récolter les tiges de noisetier nous allions au Bois d'amour, sur la rive droite de l'Aven, en amont, au delà du barrage du moulin neuf/plessis, vers la pisciculture. Nous trouvions, sous les frondaisons, dans cette zone humide, assez sombre, des cépées de noisetier favorables au développement des meilleurs rejets et pousses. C'était, à quelques dizaines de mètres près, le site saisit par Paul Gauguin pour ses toiles mondialement connues : "La baignade au moulin du bois d'amour', 1886 ; "Les baigneurs", 1888 ; "Les lutteurs", 1888... mais également le site de son fameux cours à Paul Sérusier, en septembre 1888, qui a inspiré à celui-ci sa célèbre huile sur bois "Le Talisman"... Concernant la période de coupe, trois approches existent : 1) De novembre à janvier/février, à cette période la sève ne circule plus, elle est dite idéale par certains ; 2) Lors de la "lune vieille" car alors elle est décroissante et la sève ne circule  qu'au ralenti ; 3) Des mois de juin à août, donc au printemp et en été, le noisetier étant en pleine végétation, les tiges se plient facilement, presque "toutes seules", car le bois est un peu vert et mouillé par la sève, mais il se déchire très facilement lorsqu'on le cintre "serré"... c'est celà aussi l'effet négatif de l'aoûtage !! Chaque "Défendeur" à ainsi ses propres arguments ! Mais, en vérité, j'ai le souvenir que lors de nos tournées dans les bois Pontavenistes pour récolter les tiges de châtaignier nous en profitions pour collecter aussi celles de noisetier, soit en novembre, voire  jusqu'en janvier, donc plutôt selon l'approche 1). Compte tenu de la qualité et de la durée de vie des paniers proposés par mon père... je maintiens fermement ici son choix hivernal... Le noisetier/coudrier est un arbuste touffu, multi-gaules, c'est-à-dire composé de multiples troncs fins, dressés droits, pouvant atteindre 12 mètres de hauteur mais habituellement 2 à 7 mètres, le plus souvent rassemblés en "Trochées", issues d'un même rhizome... chaque année de nouvelles pousses se forment, elles ne fleurissent qu'au bout d'une dizaine d'années... L'allure de cette "Trochée" ressemble à celle de la "Cépée"... Mon père choisissait des tiges de 3 à 4mm de diamètre, au maximum de 5mm, brillantes et de couleur marron-gris/marron-foncé, voire gris-jaune... celles de couleur marron-clair étaient écartées car trop jeunes ou ayant poussé trop vite, donc avec peu de bois et facilement cassantes...  L'écorce, couverte de lentilles brunes, devient plus claire avec l'âge... IL écartait également celles trop riches en ramifications... Pour la mise en fagots on pratiquait de la même manière que pour les tiges de châtaignier. Les tiges de noisetier sont généralement maculées de petits points clairs typiques, et lorqu'on les épluche elles dégagent une odeur particulière, un peu "verte," et la sève est un peu poisseuse, mais elles étaient peu souvent épluchées... J'ai quand même le souvenir de soirées d'hiver  "embaumées" par les effluves vertes et "noisetées" de cet épluchage... Les épluchures avaient (ont) un petit gout amer sous la langue... Pour la mise en fagots on pratiquait de la même manière que pour les tiges de châtaignier. Dans notre taudis nous ne disposions pas de la place suffisante pour stocker de grosses quantités de fagots alors nous ne coupions que les  quantités nécessaires pour fabriquer 4 ou 5 paniers, où réparer les anciens... Mon père en vendait quelquefois, mais "sa fabrique" était essentiellement destinée à notre famille...

          Le noisetier/coudrier a une grande affinité avec l'eau, il était liè aux pratiques magiques chez les Celtes comme chez les Germains... J'ai découvert récemment un instrument météorologique  "naturel" d'origine Amérindienne, un peu façon "Boule de pin", dont les écailles se referment lorsqu'il pleut où lorsqu'il va pleuvoir !!   Je viens, ces derniers jours, de refaire le test, et ça marche !! La technique Amérindienne est simple : On choisit une tige de 15mm environ, avec une seule forte ramification,  longue de 60cm environ, on coupe proprement la tige de part et d'autre de la ramification, à environ 2cm de chaque côté ce qui donne la forme d'un T majuscule... On épluche la partie tige et la ramification... Puis on installe l'instrument  à l'extérieur, à l'air libre, la tige fixée par pointage  (clou zingué) sur la façade d'un mur, à plat, façon T couché... La ramification étant laissée libre... Et, alors, la ramification, réagissant à la pression atmosphérique, fonctionne un peu comme un baromètre "annonçant" la pluie ou le beau temps... elle se courbe vers le bas, ce qui indique le beau temps ou elle se redresse en se courbant vers le haut, ce qui indique le mauvais temps... Des indications qui valent pour une période de 24 heures...On le consulte le soir pour le lendemain, et ce, été comme hiver  !!! L'observation quotidienne permet l'éventuel traçage de repères sur cette ramification épluchée, selon... Cette application rappelle un peu la baguette de sourcier !! En fait cet instrument météorologique/barométrique naturel est, semble-t'il, originaire de l'île découverte par Jacques Cartier, "l'île aux coudres" dont j'ai parlé ci-dessus... Je fais l'hypothèse que la population Amérindienne de cette île connaissait aussi l'art de la vannerie... 

         Le noisetier/coudrier est une des rares espèces de l'ère secondaire (-70 ) à avoir survécu jusqu'à nos jours, il "mérite" bien qu'on lui fasse honneur par le biais d'un panier de marin Breton... 

    KENAVO  ..                            SIZIG LOEIS AR GARREG

    Petite bibliographie

    La littérature de François Le Masson du Parc (1671-1741), commissaire du Roi Louis XV, et inspecteur général des pëches, est une véritable mine d'informations. Sa bibliographie thématique, centrée sur le monde maritime, est importante.  Voir Gallica (site de la BNF) et aussi l'Université de Caen : www.univcaen.fr........  Voici un titre utile pour le chercheur  : "Huitres et huitrières sur les côtes de Normandie au XVIIIème siècle d'après les rapports de Le Masson du Parc", 2011, André Zysberg, professeur émérite d'histoire moderne, spécialiste de l'histoire maritime, conférence MRSH du 21/04/2011, université de Caen. 

    (1) Danigo. J, "Les Doléances maritimes des paroisses de la Bretagne Méridionale de la Vilaine à l'Elorn en 1789", J. Danigo, 1997, Mémoire de la société historique et archéologique de bretagne, p.149.

    (2) Morgane Vary, "Intégration sociale des populations marginales sur le littoral breton au XVIIIème siècle", 2007, Thése d'histoire, Université Bretagne Sud.

    (3) et (4)  Pierre Jacob, "Pourquoi les choses ont-elles un sens ?", 1997, O. Jacob, Paris. P.288 et P. 295

    Massimo Piatelli-Palmarini, "Théorie du langage, Théories de l'apprentissage", 1979, Paris, Essais, ed. du seuil. Sur le débat Chomsky/Piaget.

    http://patrimoine.region-bretagne.fr   Ce site a référencé le travail de Jacques Roux. Voir aussi la publication "Les amis de St Jacut" , n° 28, p.3, 1995, "l'article  "Le panier jaguen".

    Roger Herisset, "Ethnologie des techniques de tressage en Bretagne : matériaux pour une nouvelle approche classificatoire de la vannerie", Thèse doctorale, université de bretagne occidentale. Ecole doctorale Sciences humaines et sociales. 4 décembre 2012. Sous la direction de Jean-François Simon. 

    Jacques Brousse, "Mythologie  des arbres", 1989, Petite bibliothèque Payot, Paris.

    Pierre Edouard Lamy de la Chapelle, botaniste (1804-1886), "Essai monographique sur le châtaignier", 1860, Impr. De Chapoulaud frères, Limoges.

           

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