ID UA-41108829-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 31 décembre 2014

Quinquina, Quintonine et apéritifs Banyuls, Byrrh, St Raphael, Dubonnet, Ambassadeur

 

               Lorsque j'étais enfant, et je crois bien dès l'âge de 5 ans, au début de chaque printemps, ma mère me servait deux fois par jour, avant chaque repas, pendant une semaine environ, un demi verre de vin rouge auquel elle adjuvait une dose de QUINTONINE, une cuillérée à café, soit environ 4 ou 5 ml (4 ou 5 gr). A l'époque, dans les années 57-60 cet adjuvant était vendu 1,26 NF (nouveau francs) par flacon en pharmacie. La QUINTONINE était présentée comme solution buvable (sirop) réservée à l'adulte, dans une petite bouteille en verre incolore (haut 14 cm, diamètre 3,5 cm), une canette de 9 cl, dont le col était gravé au nom de la marque, fermée par un bouchon aluminium, à vis, muni d'un joint. Il me semble qu'il y avait aussi une solution pour enfant, j'ai un doute. Un achat sans ordonnance mais le plus souvent conseillé par le médecin de famille, voire le pharmacien, ou quelqu'autre "bien informé" de la commune... Le traitement était limité à 4 semaines maxi. J'ai ainsi eu droit à ma dose printanière, servie dans un verre gigogne Duralex de 16 cl (haut 6,9 cm, diamètre 7,1 cm), jusqu'à mes 13 ou 14 ans !! J'avalais donc quotidiennement environ 24 ou 26 cl de ce "breuvage"... Ma mère disait que c'était un fortifiant, un tonifiant, qui donnait de l'appétit et purifiait aussi le sang, elle n'en savait guère plus et faisait comme beaucoup d'autres mamans à travers la France...  Ce "breuvage" avait un petit goût amer, pharmaceutique, que j'aimais bien... Ce moment là avait aussi un parfum maternel bienveillant... Les principes actifs de la QUINTONINE étaient, pour 100 grammes, le quinquina (teinture, 0,967gr), l'orange amère (teinture, 2, 549gr), la cannelle (teinture), la gentiane (extrait aqueux, fluide de racines, 1, 110gr), le kola (teinture, 1, 492gr) et le quassia de la Jamaîque (extrait aqueux, fluide de bois, 0, 846gr), avec un titre alcoolique de 5%, soit 0, 6gr d'éthanol par cuillèrée à soupe. La cuillèrée à soupe fait environ 15 grammes, soit environ 15 ml. La QUINTONINE était présentée sur le marché pharmaceutique comme antiasthénique, contre l'Asthénie fonctionnelle... Compte tenu de mon hyper-activité de l'époque cette forme d'"auto-médication familiale" n'était vraisemblablement pas la plus indiquée... mais pour ma mère ce n'était qu'un "coup de pouce" saisonnier, "pour mon bien", et pas du tout un soin médical ! Chez moi, en Bretagne, à Pont Aven, on ne versait pas la "gnole", le "lambig", dans le biberon de lait du bébé mais oui, plus tard, ma mère me servait la QUINTONINE dans un demi-verre de rouge ordinaire, sans doute "La Grappe fleurie", "Sénéclauze", un vin d'Algérie commercialisé par des négociants de Quimper (29), "Margnat", un autre vin d'Algérie distribué par un négociant de Lorient (56), ou "Santa Rosa, l'ami de l'estomac", tous livrés dans des bouteilles "six étoiles" gravées au collet, consignées, avec bouchons en plastique encapsulés, et livrées dans des caisses en bois palettisées aux épiciers du quartier... Vins rouges pas chers, vins très ordinaires... le "gros rouge qui tâche", le "Picrate de cambuse"... En 1949 des pinardiers de 19000 à 20000 hectolitres alimentaient ce fructueux marché depuis les ports de Brest-Kergroise (29) et de Lorient (de la route des épices à celles du pinard, selon Pierre Mayol !!). L'habitude printanière de ma mère n'a généré chez moi aucune addiction alcoolique, et aujourd'hui, après 46 années, j'en suis "à peine" à 23, 16 litres par an, soit  1, 93 litre par mois, soit 5 litres en plus de la moyenne annuelle des hommes français de plus de 15 ans, soit 18, 4 litres d'alcool pur, et 7, 71 litres pour les femmes (Sciences et Avenir, juin 2014, n° 808, p. 98). En 1955 les Français buvaient l'équivalent de 90 kilos de lait par an !! Et ma moyenne de consommation d'alcool, principalement du vin ou de la bière, diminue encore, ou est quotidiennement régulée par une forte consommation d'eau du robinet adjuvée, selon, de Bicabornate de soude, de morceaux de bâton de Réglisse (Glycyrrhiza glabra) et de jus de ccitron, ou d'écorces de Quinquina rouge (Cinchona Sccirubra)  !!

         Certaines sources attribuent l'invention de la QUINTONINE, en 1910, au pharmacien de 1ère classe Victor HELIN (dcd en 1945), mais Jacqueline LAFARGE, fille de Jacques LAFARGE, considère, elle, que c'est un jeune pharmacien de Châteauroux (Indre, dans le Berry), Eugène CAYRON, qui a probablement jeté les bases de ce sirop. Avant sa mort, en 1910, celui-ci ayant cédé son officine de Châteauroux (36000), rue grande,  à Victor HELIN en contrepartie de son mariage avec sa fille Madeleine CAYRON... Jacques LAFARGE (1907-1997), fils d'un pharmacien du bourg de Maligny (89800), où il est né, était docteur en pharmacie et petit neveu du docteur Félix Rabé, un savant ornithologue, auteur de divers ouvrages dont "L'agriculture et les oiseaux" en 1891, "La question de l'écrevisse" en 1888, et un "Catalogue annoté des oiseaux observés dans l'Yonne : y vivant à l'état sauvage, sédentaires ou n'y étant que de passage" qui recouvrait une monographie. Le docteur Félix Rabé, très éclectique dans ses activités, était aussi forestier, agriculteur, pisciculteur et viticulteur. En 1889 il fonde la Société Protectrice des Oiseaux de l'Yonne de Maligny, Label LPO depuis 1995... Jacques Lafarge épouse la fille de Victor HELIN avant de lui succèder en 1946... Le laboratoire devient Laboratoire LAFARGE, s'agrandit et s'installe rue de la Brauderie, à Châteauroux... Des dizaines de millions de petites bouteilles de QUINTONINE seront vendues dans les officines HELIN et LAFARGE... En 1976 LAFARGE cède son affaire au groupe SANOFI, filiale d'ELF-Aquitaine... devenu aujourd'hui Labo Glaxos Mithkline, Santé Grand Public, exploitant, à Marly-le-Roi... En 1926, déjà célèbre avec la QUINTONINE, Victor HELIN (sur les bases CAYRON ??) associe le miel et le menthol dans une préparation sirupeuse à laquelle il donne le nom de Sirop PULMOLL... Ses gendres, Jacques LAFARGE et Jacques LACOUR en tireront les fameuses Pastilles PULMOLL vendues dans les cèlèbres boîtes rouges et dorées... J'en parlerais dans un prochain article sur les bombons  de mon enfance...

          De nombreuses personnes confondent la QUINTONINE avec le QUINQUINA, j'en étais avant de me plonger dans la présente investigation mémorielle familiale. Ma remémorisation de la QUINTONINE a provoqué la réapparition d'entre les bouteilles de divers vins de marques, essentiellement des spiritueux élaborés avec des écorces de QUINQUINA et divers autres composants. Ainsi le BYRRH, le SAINT-RAPHAEL, l'AMBASSADEUR, le DUBONNET. Des vins apéritifs, du latin APERTIVUS, dérivé de APERIRE, ouvrir, classés AVB (Apéritif à Base de Vin), très souvent appelés populairement "QUINQUINAS"... Il y avait également le VABE et le BANYULS, des Vins Doux Naturels (VDN), 100% de matières viniques, sans ajouts arômatiques, donc sans QUINQUINA. Pour ma famille tous ces vins signifiaient samedis, dimanches et jours de fêtes paîennes ou religieuses et autres évènements privés. La notion d'évènement est ici importante. Ces jours-là, lors des déjeuners hivernaux et automnaux, ou des déjeuners et dîners printaniers et estivals, les repas pouvaient être "arrosés" avec modération, sauf peut-être, parfois, pour mon père et mon demi-frère aîné qui exagéraient toujours un peu, et "toastés" à la mode bretonne, le verre levé pour un vibrant et sonore Yehed Mad, ou Yec'hed Mat, une "bonne santé" en français.... Il semble bien qu'alors l'allongement des journées et l'ensoleillement génèraient de l'enjouement dans le comportement consommateur de spiritueux et des vins de QUINQUINA !  Dans ma famille, ces marques étaient servies aussi bien en apéritif qu'en digestif.... En vérité tous les jours de fëte n'étaient pas ainsi arrosés, loin s'en faut, celà dépendait de la situation financière du foyer. Les seules rentrées financières régulières et garanties étaient les pensions trimestrielles de mon père... Les autres apports étaient relativement aléatoires, constitués par les revenus du travail de ma mère lavandière/ménagère, et ceux, complémentaires de ses pensions, de mon père ouvrier ostréiculteur-conchyliculteur ou journalier en agriculture, parfois aussi manoeuvre dans les Travaux Publics... Vers mes 11 ou 12 ans, en tous cas avant mes 14 ans, je contribuais également à "faire bouillir la marmitte", soit j'accompagnais mon père, soit je réalisais de petit travaux de jardinage, des livraisons de cordes de bois dans les greniers et les caves, et de multiples petites activités que l'on dit aujourd'hui "services de proximité . J'en parlerais aussi un jour prochain. Travail à la journée, à la demi-journée, à l'heure , payé "à la bonne franquette", selon l'appréciation du "client". Lorsque j'accompagnais mon père, notamment à la ferme du "Guérig", j'étais payé 8 francs par journée de 9 à 10 heures, ce qui alors était un bon salaire, à mon âge, dans le milieu agricole... A partir de mes 14 ans, et compte tenu de ma force physique, je parvenais quasiment à "faire" le salaire d'un manoeuvre adulte en conserverie ou dans le bâtiment... Je percevais alors un net mensuel moyen d'environ 440 francs, soit 67,07 euros, sur 12 mois, pour 160 heures de travail, au taux horaire de 2, 75 francs, dont une quinzaine d'heures supplémentaires à 25% et une dizaine à 50%. Et parfois plus selon les mois... fiches de paye de 1966 à l'appui... Mes salaires variaent donc suivant les saisons légumières et poissonnières et de l'embauche dans l'une des quatre conserveries pontavenistes. Seulement donc lorsque les conditions financières étaient réunies alors les jours de fête pouvaient être "honorées" des consommations spiritueueses; Nous n'avions aucune préférence pour une marque où l'autre.. 

          Vers 1860 les frères  Simon (dcd en 1891) et Palade VIOLET (dcd en 1883), bergers et fils d'un muletier de Corsavy (66150), dans les Pyrénées Orientales, descendent de leurs âpres montagnes vers la plaine du Roussillon et deviennent drapiers ambulants. En 1866 ils ouvrent un magasin d'étoffes et de vin à Thuir (66210), un village situé à une dizaine de kilomètres de Perpignan (66000). Ils profitent de la fièvre vinicole pour élaborer une boisson à partir de vins secs d'Espagne et d'écorces de QUINQUINA et obtiennent un produit si tonique et revigorant que, lors de son lancement, il fût considéré comme un médicament et vendu exclusivement en pharmacie. La marque est déposée le 10 février 1873, c'est alors le premier apéritif français. Le nom de cette boisson viendrait du choix de ses inventeurs à partir du référencier des tissus, leur nuancier d'étoffes alphabétique... BYRRH, une lettre par nuance... Le BYRRH à alors une réputatiion de "boisson hygiénique", et dans les années 1930 elle atteint une réputation mondiale. Le BYRRH, titré à 11°, appartient à la catégorie des apéritifs à base de vins dits mutés, vinifiés de façon traditionnelle. Ils sont fabriqués à l'aide de Mistelles, un moût de raisins provenant de cépages nobles dont la fermentation est arrëté par l'ajout d'un alcool "neutre", d'origine vinique, afin de conserver le sucre et les arômes du fruit (le mutage). Parmi les cépages nobles on trouve  généralement des grenaches et du carignan. Tous les mistelles entrant dans la composition du BYRRH proviennent de la vallée de l'Agly, depuis le village de Montner (66720) jusqu'à Tautavel (66720), Estagel (66310), Maury (66460), Vingrau (66600). Puis se fait l'aromatisation à froid, le BYRRH n'étant pas un vin cuit, par macération lente des écorces de QUINQUINA et d'autres plantes exotiques, dont le Curaçao.  

          On dit que l'histoire du SAINT-RAPHAEL remonte à 1830. La docteur Alphonse JUPPET travaillait alors à Paris à la mise au point d'un apéritif à base de QUINQUINA. Selon la légende, à la suite de longues nuits de veille sa vue baissa, c'est alors qu'il se souvint de l'épitaphe biblique dans lequel l'archange Raphael guérit Tobias de sa cécité. Désirant retrouver la vue pour aboutir dans ses recherches il plaça son nouvel élixir sous l'invocation céleste de l'archange. Il parvint alors à élaborer la recette du SAINT-RAPHAEL et recouvrit la vue ! Le SAINT-RAPHAEL, qui titre à 17°, est élaboré à partir de mistelles, rouges ou blanches, obtenues par mutage, selon le mëme principe que pour le BYRRH et tous les autres "QUINQUINAS". Les ajouts sont des écorces de QUINQUINA, des écorces d'oranges amères, des gousses de vanille, des amandes de fèves de cacao et différentes plantes arômatiques mises à macérer lentement dans les mistelles jusqu'à l'absorption complète des arômes... René VINCENT (1879-1936 environ) est l'un des affichistes attitrés de SAINT-RAPHAEL..

          C'est en 1846 que Joseph DUBONNET (°+ ??), pharmacien, installé à Paris près de l'Opéra Garnier, élabore son vin de QUINQUINA. Un ABV (Apéritif à Base de Vin) au goût amer qu'il masque avec une décoction d'herbes et d'épices à forte saveur. Parmi les ingrédients majeurs de cet apéritif on trouve, ormis l'écorce de QUINQUINA du Pérou, de la cannelle, des zestes d'oranges amères, des grains de café verts et de la camomille. Le DUBONNET est titré à 16°... Des soldats de la Légion étrangère l'utilisèrent, médicalement, contre les piqures de moustiques dans les marécages infestés de l'Afrique du Nord et ainsi se protéger contre la MALARIA... La marque QUINQUINA-DUBONNET apparaît dès la fin du XIXème siècle sur des affiches publicitaires lithographiées par des artistes tels que le peintre Jules CHERET (1836-1932), le maïtre de l'affiche, peintre et lithographe, ou Giuseppe BOANO (1872-1938), peintre, graphiste, affichiste et graveur... Dans les années 1930 elle est connue par le slogan élaboré par le célèbre CASSANDRE, pseudonyme d'Adolphe Jean Marie MOURON (1901-1968), graphiste et affichiste - "Dubo-Dubon-Dubonnet" - que beaucoup de personnes connaissent toujours en 2014., et que l'on peut encore voir peinte sur les pignons d'immeubles... "les murs réclames", l'art des "Pignonistes"...

              Selon Bruno Ulmer et  Thomas Plaichinger les premières affiches peintes sur mur apparaissent au début des années 1840... "Ces affiches de toutes dimensions et peintes à l'huile sont "conservées" pendant un an sur 400 emplacements les plus en vue de Paris", annonce en 1847, l'Entreprise Générale des Affiches Peintes, l'une des premières sociétés spécialisées... et une nouvelle profession voit alors le jour : les PIGNONISTES"... Je n'ai jamais entendu parler de cette profession à Pont Aven, la ville des peintres, où, pourtant, on pouvait voir, sans admirer, ces publicités murales... comme dans toutes les villes alentours et à travers la campagne bretonne...

          Le vin AMBASSADEUR inventé en 1936 par Eugène POURCHET, à Marseille est élaboré avec du vin rouge ou blanc ou mistelles arômatisées par des écorces de QUINQUINA, des écorces d'oranges, des bigarades, des bâtons de vanille, du cacao et de la gentiane... Les bigarades sont les fruits du bigaradier (citrus aurantium), appelé oranges amères et surnommés oranges de Séville... Toujours selon la technique du mutage. On dit aussi que le Curaçao entre dans cette composition arômatique ?! L'AMBASSADEUR est titré à 16°... La marque a été créée par la Société CUSENIER...  Vers 1950, cet apéritif est connu par la publicité radiophonique sur RTL, RMC, EUROPE 1, avec les voix de Maurice BIRAUD, Francis BLANCHE, Roger-Pierre et Jean-Marc THIBAUD : "L'AMBASSADEUR, quelle excellence !!. Ma famille ne cédait pas souvent à cette incitation radiophonique... d'autant que nous écoutions systématiquement France inter !!

          Le VABE, est aussi un apéritif inventé en 1948,  en Pays de Roussillon, c'est un  Vin Doux Naturel pour l'élaboration duquel seuls quatre cépages sont autorisés : muscat, grenache, maccabeo et malvoisie.... Il est titré à 16°... "Qui boit VABE va bien !"... Il n'apparaissait que de temps en temps sur notre table,..

          Le vin BANYULS, la cité "française" dénommée Bannils de Maritimo en 1074, n'est pas un vin cuit mais un Vin Doux Naturel (VDN) dit Muté sur marc, et vinifié de façon traditionnelle, élaboré selon un procédé consistant à ajouter de l'alcool vinique au jus de raisin en cours de fermentation... mais sans ajout arômatique type QUINQUINA.... Il titre au moins 15°. Les vins mutés ne doivent pas être confondus avec les mistelles dont je parle plus haut pour les ABV (apéritif à base vinique)... Les cépages concernés sont le grenache noir (90%, et 50% minimum), le carignan, le cinsault, le syrah et le mourvèdre élevés à flanc de côteaux à fortes pentes étagées en terrasses et entourées de murets en pierres locales, au sol de schiste...  Le pourcentage des cépages peut varier selon les familles... Lorsque le moût est en train de fermenter, et avant que tout le sucre soit transformé en alcool, on ajoute de l'alcool vinique dans une proportion de 5 à 10% du volume de moût, ce qui tue les levures et laisse subsister une quantité de sucre non fermenté. Le vin doit alors titrer au moins 20% vol., dont 15 acquis par la fermentation et contenir, au moins, 45 grammes de sucre non fermenté... Le vignoble concerné est situé à la frontière espagnole, le long de la Côte Vermeille appelée Côte Rocheuse. Ce vignoble a été implanté par les Grecs et les Phéniciens, et radicalement modifié au cours du Moyen-age par les Templiers qui en assurèrent le 1er essort. Seules les communes de Banyuls (66650), Colioure (66190), Port-Vendres  (66660) et Cerbère (66290) bénéficient de l'appellation... La recette du BANYULS est attribué à Arnaud de VILANOVA, ou Arnaud de VILLENEUVE (1238-1311 ou 1313) qui fut un médecin, alchimiste, théologien, philosophe et astrologue célèbre du XIIIème siècle. Certains pensent qu'il est né à Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, d'autres en Royaume de Valence (Espagne), en Catalogne, ou en Provence, des régions dans lesquelles on trouve des bourgs de ce nom. Il est considéré comme le plus éminent de son siècle, parle latin, hébreu et arabe... Quelques-unes de ses oeuvres sont écrites en Catalan... Il étudie la philosophie et la médecine à Montpellier, vers 1260, et y rencontre sa future épouse Agnès BLASI, fille de riches commerçants de la ville Occitano-Catalane, puis effectue de nombreux voyages, notamment à Cordoue (Andalousie) où il apprend la distillation. Il revient vivre et enseigner à Montpellier entre 1280 et 1308 (??). Il est Maître Régent de l'école de médecine entre 1291 et 1299, toute l'Europe y vient entendre ses cours de médecine et de chirurgie. On pense qu'il a séjourné à Paris entre 1265 et 1275 environ et qu'il a fréquenté la Sorbonne, fondée en 1257, pour y améliorer son savoir et passer le Diplome Es Arts... En 1285 il était le médecin personnel du Roi d'Aragon et de Sicile Pierre III (1276-1285). En 1286 il est à Barcelone où il professe quelques temps l'alchimie et étudie la médecine. IL fut aussi le médecin du Roi Jacques II d'Aragon Le Juste, de l'Empereur Frédéric, Roi de Sicile (1295-1337) et de Robert d'Anjou, Roi de Naples (1309-1343). On note sa présence à Palerme en 1292 (??) sous la protection de l'Empereur Frédéric. Parmi ses patients il compta également trois papes : Boniface VIII, Clément V et Benoit XI... Précurseur en matière d'hygiène Arnaud de VILANOVA compose aussi les premiers RATAFIAS. On lui doit la définition, en 1285, du  principe de mutage utilisé pour le vin, notamment les vins de QUINQUINA... Les effets excitants de l'alcool distillé lui inspirèrent le nom "'Eau de Vie" -  que l'on appela plus tard "Eau ardente de Maïtre Arnaud", un alcool médicinal qu'il introduit en médecine - et il découvrit alors que cette "Eau de Vie" stoppait la fermentation et que l'on pouvait de cette manière "retenir"" quelques-uns des principes odorants et sapides des végétaux qui y macèraient (le mutage)... d'où sont nées les diverses eaux spiritueuses employées en médecine... Cette technique de mutage sera utilisée de façon relativement empirique jusqu'au XVIIIème siècle, période à partir de laquelle elle se développe et devient plus rigoureuse grâce à la capacité des distillateurs de produire des alcools à 96° très purs et neutres... Il est le premier à utiliser l'alcool en parfumerie et à réaliser les premières huiles essentielles... Avant la ville de Grasse (06130) Montpellier fut une des capitales du Parfum... Il me semble important de rappeler ici que c'est aux Arabes que nous sommes redevables, vers l'An 1000, de l'invention de l'alambic et de la distillation. Lorsqu'ils commencèrent à distiller le vin, ils donnèrent le nom "Al-Khôl" au produit obtenu, ce qui signifie "La chose subtile". Et Arnaud de VILANOVA rédigea, au XIIIème siècle, le premier traité sur l'alcool, étape première vers la découverte de l'elixir de vie éternelle, d'où le nom "Eau de vie" qu'il lui donna... Il importe également de considérer son séjour à Cordoue où il apprit la distillerie, conquise par les Arabes en 711, siège d'un Emirat en 756 et d'un Califat en 929, puis reconquise en 1236... De l'arabe il a aussi traduit Ibn SINA, ou AVICENNE (980-1037), médecin et philosophe iranien, l'un des plus remarquables de l'Orient... Je crois donc fondé le doute qu'A. de VILANOVA fut le premier a distiller le vin !? Avec son disciple Raymond, ou Ramon, Lull (1235-1313 environ) Arnaud de VILANOVA découvre les trois acides sulfurique, muriatique et nitrique... On lui doit encore l'utilisation de l'essence de térébenthine avec laquelle sera créée, au XIVème siècle, le premier alcoolat célèbre : l'Eau de la Reine de Hongrie, préparation dans laquelle entre essentiellement une base de romarin...

            L'Eau de la Reine de Hongrie, qui n'est guère, selon certains auteurs, que de l'Esprit ou Alcoolat de romarin fut un médicament en vogue sous le règne de Louis XIV qui en fit usage  médical en décembre 1675 et en septembre 1678. Paul Dorveaux (1851-1938), médecin et historien, en donne la recette suivante : "de l'Eau de Vie distillée 4 fois, la quantité de 30 onces (environ 950gr), plus 20 onces (environ 600gr) d'essence de fleurs de romarin, que l'on mettra tout ensemble dans un vase bien bouché l'espace de 50 heures puis que l'on distillera dans un alambic au bain-marie"... Cette Eau de la Reine de Hongrie resta en vogue jusqu'au règne de Napoléon 1er, mais elle prit alors la dénomination de "Eau de Ninon"... Selon diverses sources la Reine de Hongrie était Ysabelle de Hongrie identifiée à Elisabeth, fille de Wladilav LOKIETEK, Roi de Pologne, laquelle épousa, en 1319, CHAROBERT, Roi de Hongrie, et mourut en décembre 1381, mais selon d'autres c'était Sainte Elisabeth de Hongrie, née en 1207, morte en 1231... Globalement on considère que ces deux attributions sont mensongères et plutôt l'oeuvre de quelque malin opportuniste qui, pour faire admettre son produit à la cour ou chez les grands, lui donna le nom d'une reine plus ou moins imaginaire... Mais j'ai trouvé une troisième reine dans les écrits de Marie MEURDRAC (1610-1680), une alchimiste française du XVIIème siècle qui considère qu'il s'agissait de Dona Isabelle qui règnait en Hongrie en 1652... L'Eau de la Reine de Hongrie, ou Eau de Ninon, s'utilisait autant pour les soins extérieurs (parfum, massage, etc) que pour les soins intérieurs en Phytothérapie... 

           Je ne résiste pas au plaisir malicieux de signaler ici que Maurice Edmond SAILLAND (1872-1956), journaliste  et écrivain, connu sous le pseudonyme de CURNONSKY, élu en 1927 "Prince des gastronomes",  disait du BANYULS qu'il avait "la cambrure et la chaleur sarrasines"... CURNONSKY est aussi celui qui, ardent défenseur de la cuisine de terroir, apprécçiait tant les célèbres huîtres du Bélon, la rivière qui conflue, à Port-Manech, avec l'Aven, ma rivière natale !! J'ai cîté des milliers de fois ce Prince  des gastronomes - qui a séjourné à Riec-sur-Belon (29340), chez Mélanie, son hôtesse qu'il décréta, en 1919, Grand Cordon Bleu de France - pour vanter les produits de Pont Aven et alentours... et notamment les fameuses galettes "Traou mad" de chez Penven et Le Vilain !! Rien à voir avec le fim que je ne supporte pas tant je le trouve insultant !! Il y avait aussi des parcs à huitres et à moules dans l'Aven (Sinquin, Coadou, Dervout, etc...), jusqu'au port de Kerdruc... mon père y a travaillé, mois aussi parfois.... les mêmes huitres que celles du Bélon, et aussi bonnes !! Certains dimanches, à table, mon frère Louis et moi, armé chacun d'un solide couteau Pradel, nous nous lancions dans de délirants concours d'ouvertures d'huitres plates/creuses... parfois jusqu'à 10 douzaines chacun !!... que nous avalions sans trop gouter et pourtant avec une véritable délectation... C'était jour de fête... nous étions heureux..  

         Le RATAFIA, dont on doit les premières compositions à Arnaud de VILANOVA, désigne une boisson alcoolisée, sucrée, consommée comme apéritif... L'origine du mot, parfois orthographié RATAFIAT, est controversée. L'éytmologie communément admise est RATA FIAT, sous-entendu "CONVENTIO" : "que le traité, que le marché soit ratifié". Donc il semble provenir d'un rôle, d'une fonction originelle, qui était la consommation de n'importe quelle boisson bue lors de la ratification d'un traité ou d'un accord quelconque... C'est cette origine rapportée, parmi d'autres, par LITTRE, qui semble la mieux convenir. La définition donnée par Gilles MENAGE (1613-1692), prieur grammairien, dans son "Dictionnaire Etymologique de la langue française", publié deux ans après sa mort : un mot des Indes Orientales, Tafia, Tafiat (??), est assez vaseuse. et peu explicative..  Une étymologie Créole de 1694 est aussi retenue : "Quand un indien du pays boit du brandevin (eau-de-vie de vin) à la santé d'un François, entre autres mots de sa langue, il lui dit TAFIAT, à quoi le François répond en faisant raison, RATAFIAT"... Ce qui, selon moi, peut aussi ëtre une forme détournée de la conclusion d'un marché, comme ailleurs on se tape la main. L'étymologie latine reste suspecte et peut-être bâtie à Postériori. Elle est pourtant retenue dans le "Dicionnaire étymologique" d'Albert DAUZAT (1877-1955) en 1938. Selon le pharmacien et chimiste Antoine BAUME (1728-1804) "On peut réduire à quatre classes principales tous les RATAFIAS et liqueurs de table, à savoir : Les RATAFIAS fait par infusion, soit dans l'eau, soit dans le vin, soit dans l'Eau de Vie ou dans l'Esprit de vin ; Les RATAFIAS faits par distillation ; Les RATAFIAS faits avec des sucs dépurés des fruits de certaines plantes. Ces derniers peuvent se faire aussi en faisant fermenter ces sucs ; Les RATAFIAS faits par infusion et par distillation", in "Eléments de Pharmacie", Eds Sanson, 1797... Je ne sais plus d'où je la tiens mais voici une composition d'un RATAFIA :qui titre 18° : 2/3 de jus de raisin (un vin quelconque); 1/3 de goutte (du lambig, eau-de-vie de cidre, par ex...). Le RATAFIA est donc un Vin De Liqueur, ou VDL...

         Et il y avait aussi le BARTISOL !! Ce Vin Doux Naturel (VDN) était un accoutumé de notre table familiale. Nous l'aimions bien... Un vin élaboré par Edmond BARTISSOL (1841-1916) en 1904, qui titre 14 ou 15°, et dont les seuls cépages autorisés sont le grenache, le muscat, le maccabeo et le malvoisie... Edmond BARTISSOL, fils et petit-fils de maçon, était un ingénieur des Travaux Publics auquel on doit la destruction des remparts de Perpignan (66000), datant du Moyen-âge, l'année mème où il élabore le vin qui porte son nom. Une destruction votée le 1er mai 1857, il était patron de la "Société Hydro-Electrique du Roussillon" lorsque les travaux débutèrent précisément le 16 mai 1904... En 1866 il participe au percement du canal de Suez et à la construction de chemins de fer en Espagne et au Portugal, notamment à la construction du métro de Lisbonne. Il est député des Pyrénées-Orientales de 1889 à 1893, et siège avec les Républiains  Modérés. En 1879 il acquiert de la Maison de BRAGANCE, le fameux Domaine Royal de Pinheiro qui, à l'embouchure du Sao, s'étend sur plus de 5000 hectares. Il y créera un vignoble de 5 à 600 hectares et commercialisera la première récolte de 12000 litres sous l'appellation BARTISSOL ROYAL-PINHEIRO. Cette Maison de BRAGANCE, la troisième, régnait alors sur la Portugal depuis 1853. Ce règne cessa en 1910, et 1932 fut l'année de l'extinction de cette maison Royale. Dans les Pyrénées-Orientales E. BARTISSOL possède alors également deux belles exploitations viticoles dont la production s'élève, "bon-an, mal-an", de 7 à 12000 hectolitres. Après plusieurs acquisitions dans l'Aude et l'Hérault, Edmond BARTISSOL se trouvera en 1906 à la tête d'un "Empire viticole" produisant en moyenne 45000 hectolitres. Il crée alors la "Société des vins de BANYULS" qui commercialisera environ 20000 hectolitres/an en 1905. Dans cette société on trouve 240 petits producteurs des communes de Banyuls-sur-mer (66650 ), Port-Vendres (66660) et Cerbère (66290). En 1905 il fait construire, près de la gare de BANYULS, d'importants chaix et adjoint à son patrimoine viticole une superbe propriété située aux confins de l'Aude et de l'Hérault, le Domaine de Seriège, petit village près de Cruzy (34310), un des plus beaux fleurons de la viticulture méridionnale : 350 hectares d'un seul tenant dont 250 de vignoble, une cave d'une capacité de 40000 hectolitres et un somptueux château. Bref, si l'on peut dire ainsi de cet homme aux multiples facettes qui avait la "bosse du commerce"... Dans les années 50 et 60-62 un jeu radiophonique assurait une promotion commerciale sous l'égide de la marque d'apéritif BARTISSOL. Ce jeu intitulé "L'homme des voeux BARTISSOL" était diffusé sur Radio-Luxembourg, tous les jours à 12h30, mais aussi sur Radio Andorre, Radio-Monte-Carlo, et animé par le comédien nantais Jacques LEGRAS (1923-2006). Le principe du jeu était simple. Il était indiqué à la radio dans quelle ville se trouvait "L'homme des voeux", jacques LEGRAS... lorsque, celui-ci, au hasard, "harponnait" un auditeur dans la rue il lui posait une question "farfelue"... si l'auditeur reconnaissait physiquement "L'homme des voeux" et, qu'en plus il détenait sur lui une capsule de la collection BARTISSOL alors il gagnait 100 NF (Nouveau Francs), ou un Louis d'Or (Napoléon ?) !! Et ça marchait !!! De nombreuses personnes se balladaient ainsi toute la journée à travers la ville, avec, au fond d'une poche, la fameuse capsule !!

          Entre autres, deux artistes Belges, dessinateurs et illustrateurs de BD, Francis, pseudonyme de Francis BERTRAND (1937-1994) et Maurice TILLEUX (1921-1978) ont réalisé des "oeuvres publicitaires" pour les apéritifs BANYULS et BARTISSOL... Voir "L'homme des vieux", un album BD de 44 planches, de la série "Marc Lebut et son voisin", publié en 1969... Un petit clin d'oeil au jeu radiophonique indiqué ci-dessus, "L'homme des voeux"...

          De la QUINTONINE aux Apéritifs à Base de Vin le lien que je fais est l'écorce de QUINQUINA. Je n'en savais pas grand chose il y a quelques mois. Au fil de mes "investigations mémorielles" j'ai découvert un monde de vies, un univers d'histoires dont on parle peu, tellement peu... Bien sür chacun a entendu parle de la Route des épices, de la Route de la soie...  mais pratiquement jamais de la Route des écorces de QUINQUINA, et donc pas de celle de la QUININE.  Et de l'esclavage !! Ma remémoration de la QUINTONINE a "tonifié" fortement mes recherches sur le QUINQUINA dont je livre ici quelques fragments... des épais fragments... 

          Assez bizarrement, relatuivement en fait, cette histoire de QUINQUINA, si elle me renvoie à ma mère bienveillante par la QUINTONINE me renvoie aussi à mon père mari, et à tous les autres marins de ma famille paternelle, par ce qu'on peut appeler "La conquête du QUINQUINA"... Une aventure maritime qui débute avec un Espagnol... un CONQUISTADOR... suivit d'une cohorte de religieux...          

          Francisco PIZARRO, ou François PIZARRE (Trujillo vers 1475-Lima 1541), fils naturel d'un officier Espagnol, gagne sa vie, dès l'enfance, comme gardien de porcs. Totalement illettré il s'engage dans l'armée où il restera simple soldat. Après avoir guerroyé en Italie, il part chercher fortune dans le Nouveau-Monde avec Nicolas de OVANDO (1460-1518) en 1502. D'abord lieutenant d'Alonso de OJEDA (1465-1515), ancien compagnon de Cristophe COLOMB lors du  2ème voyage en 1493 de celui-ci, PIZARRO se trouve en 1513 à San Sébastian de Uraba aux cötés de Vasco Nunêz de BALBOA (1475-1519) lorsque ce dernier, après avoir franchi l'Isthme de PANAMA, découvre la "Mar del Sur", que MAGELLAN dénommera PACIFIQUE. Resté dans la région au service des uns et des autres, PIZARRO finit par obtenir des autorités espagnoles un petit "Répartimiento", c'est-à-dire l'attribution de quelques indiens qui lui sont "concédés" pour travailler des terres. En 1522, l'un des nombreux aventuruers à la recherche de l'Or, Pascual de ANDAGOYA (1495-1548), s'est avancé vers le sud, sur le littoral du nouvel océan. Il a entendu parler d'un Grand Empire, le "Birô", ou "Pirö", dont le souverain, fabuleusement riche, règnerait sur les Hautes Terres de l'intérieur. Mais ANDAGOYA n'a pas les moyens de poursuivre l'entreprise et doit céder son navire, PIZARRO est preneur et s'associe dans ce but, au PANAMA, en 1524, avec Diego de ALMAGRO (1475-1598) et un prêtre nommé Hernando de LUQUE (né à la fin du XVème, dcd en 1532) qui figure dans l'entreprise comme prète-nom de Gaspar de ESPINOSA (né vers 1484, dcd en 1537). Les trois hommes obtiennent de Pedrarias DAVILA ou Pedro Arias DAVILA (né vers 1468, dcd en 1531), fondateur et gouverneur de la ville de PANAMA, l'autorisation de poursuivre les recherches, et leur expédition prend la mer en novembre 1524... PIZARRO quitte PANAMA avec un navire, deux canots et 8O hommes. le voyage est désastreux et se termine à TUMBES, sur la rive Méridionale de l'actuel Golfe de GUYAQUIL, c'est son premier contact avec une grande civilisation inconnue... Le Gouverneur de PANAMA est hostile à la poursuite de l'entreprise. PIZARRO est alors envoyé en Espagne pour plaider la cause des aventuriers devant Charles QUINT. Il est alors soutenu par le grand Hernan CORTES, de son vrai nom Fernando CORTES de MONROY PIZARRO ALTAMIRANO (1485-1547), au sommet de sa gloire, et reçoit le privilège de la conquète du PEROU suite aux accords signés à TOLEDE le 26 juin 1529. La même année il est fait Adelantado, Capitaine Général, par l'épouse de Charles QUINT... Il revient en Amérique avec ses trois frères, Hernando (1508-1578), Gonzalo (1502-1548) et Juan. Ce dernier, né en 1505, est blessé mortellement en 1536 à la bataille de SACSAYHUAMAN, les collines au-dessus de la ville de CUZO. Cette blessure mortelle est attestée par son cousin Pedro PIZARRO (1515-1602) qui relate la rebellion des indiens dans une chronique intitulée "Relacion del descubrimiento y conquista del Peru", rédigée en 1571... Des centaines d'indiens "rebelles" y furent aussi tués ce même jour !! En janvier 1531, PIZARRO part pour son troisième voyage avec trois navires , 183 hommes et 27 chevaux... Diego de  ALMAGRO le rejoint plus tard avec des renforts... et commence la violence  colonisatrice, déclenchée par la filouterie d'un moine Dominicain (et évèque) Vicente de VALVERDE Y ALVAREZ de TOLEDO (1498-1541), ce qui engendre la tuerie de 6 à 7OO0 indiens... Francisco PIZARRO fonde, le 18 janvier 1535, "Ciudad de los Ryes", qu'il a baptisé ainsi en l'honneur des trois mages et qui portera plus tard le nom de LIMA. Hernando, son frère, revient en Espagne pour rendre compte à l'empereur de la conquète du PEROU, lui remettre le fabuleux trésor (Or et divers...) et lui exposer les requètes de PIZARRO et d'ALMAGO... Hernando obtient pour son frère Francisco PIZARRO le titre de Marquis et le droit d'étendre le territoire qu'il gouverne, qui passe de 200 à 270 lieues. Une lieu Royale d'Espagne correspondait alors à 7, O66375 kilomètres. Pour Diego de ALMAGO il obtient le titre de Gouverneur de la Nouvelle TOLEDE, territoire à créer, s'étendant sur 200 lieues... Les régions ainsi concédées par l'empereur sont le nord de l'Empire INCA à PIZARRO et le sud à AMALGO... PIZARRO va alors  s'attacher à l'organisation de son "empire", il attire les immigrants, crée l'élevage des bovins et des moutons ainsi que la culture des céréales. Il fonde des villes et s'attache particulièrement au développement de LIMA, et c'est là, dans son palais, qu'il sera assassiné par une petite troupe dont l'action est inspirée par le propre fils de Diego de ALMAGRO, le 26 juin 1541... (source partielle : http::www.larousse.fr/encyclopédie/personnage/franciscoPizarro/138360).

          C'est aux missionnaires jésuites établis au PEROU après, ou avec, les CONQUISTADORS Espagnols, dont le ci-dessus célèbre aventurier Francisco PIZARRO, dit le "grand Marquis" et ses trois frères, Hernando, Gonzalo et Juan, que les indigènes, longtemps méfiants, confièrent d'abord leur secret. La date de cette divulgation est inconnue, mais on peut placer cette transmission aux "Jésuites de la Généralité de LIMA", si elle est vraie, vers 1530. Mais  certains écrivent aussi que ce serait Don Juan Lopez de CANIZARES (°+ ??), "fonctionnaire" Espagnol en mission au PEROU, Gouverneur de LOXA en 1630, qui aurait, après avoir été soigné d'une fièvre intermittente (PALUDISME/MALARIA) et informé, vers 1630, par le jésuite Juan LOPEZ, adressé au Vice-Roi du PEROU de l'écorce de QUINQUINA... Et c'est le Jésuite Juan LOPEZ  (°+ ??), résidant à MALACOTES, qui aurait, lui, reçu la révélation des vertus de l'écorce du cacique (chef) indien de MALACATOS (LOJA). Don juan Lopez de CANIZARES, par la suite, en étudia aussi les vertus curatives !! Une autre version explique que les conquérants Espagnols, au XVIème siècle, apprirent les étonnantes vertus non pas des habitants eux-mêmes, mais en observant certains animaux qui lëchaient "L'Arbre à fièvre". Les indiens faisaient usage de son écorce depuis un temps immémorial et l'appelaient, selon le Médecin-Général Marcel VAUVCEL (1894-1969), (breton, né à Brest, spécialiste, entre autres, du paludisme), ARACHUCCHU, soit YARA pour arbre, CARA pour écorce et CHUCCHU pour fièvre... Une autre source prétend que les indiens appelaient "L'arbre aux fièvres" QUINA-QUINA, ou KINA-KINA, pour écorce-écorce... Toujours selon VAUCEL, il y aurait eu confusion entre ces deux arbres. "Du KINA-KINA on extirpait une résine utilisée dans le traitement des ulcères, mais aussi parce qu'elle avait quelque effet fébrifuge... moins chère elle était plus répandue et c'est ce nom KINA-KINA, nom scientifique MYROXYLON PERUIFERUM, qui a prévalu" et donné QUINQUINA... alors que c'est de l'autre arbre que l'on exploite l'écorce. La dénomination QUINQUINA, scientifique, CINCHONA, a été donnée par le célèbre naturaliste Von LINNE (1707-1778) sur la base de la description de Charles Marie de LA CONDAMINE dans son mémoire sur "L'arbre du QUINQUINA" publié  par l'Académie Royale en 1737. Il semble que LINNE ait alors nommé l'Arbre des fièvres CINCHONA à partir de CHUCCHU (fièvre), de ARACHUCCHU, mais, alors qu'il voulait "en faire hommage à la fameuse Comtesse de CHINCHON, omit dans son texte le premier H et inscrivit CINCHONA. Le Congrès International de Botanique à Paris, en 1866, refusa d'opérer la correction"... De LA CONDAMINE publia a partir des notes de Joseph de JUSSIEU, suite à leur expédition au PEROU en 1735. En Europe on a d'abord découvert le QUINQUINA sous le nom populaire de "L'Herbe des jésuites"... puis ceux-ci tirèrent de l'écorce une poudre, la "Poudre des Jésuites". Vers 1620, les Jésuites, qui évangélisèrent les indiens QUECHUAS du PEROU, proposèrent la fameuse poudre à un missionnaire victime du PALUDISME qui en guérit... Mais c'est de la guérison de la Vice-Reine du PEROU, la Comtesse Espagnole de CHINCHON, Dona Francisca Henriquez de RIBERA (1576-1641), épouse de Don Luis Jéronimo Fernandez de CABRERA Y BOBADILLA Y MENDOZA (1589-1647), quatrième Comte de CHINCHON et Vice-Roi du PEROU sous le règne du Roi d'Espagne Felipe IV (1621-1665), qui, enceinte, venait d'arriver à LIMA en 1638, que date vraiment la renommée du QUINQUINA. CHINCHON est une commune d'Espagne, dans la communauté Autonome de MADRID. Souffrante alors de graves fièvres (sans doute le PALUDISME), dès après son accouchement, la Comtesse de CHINCHON, est soignée avec la "Poudre des Jésuites" et se remet rapidement. Elle décide alors de cultiver le QUINQUINA dans le jardin des Jésuites du Collège Saint Paul à LIMA.... puis, dit-on encore, ordonna des distributions qui firent appeler la poudre d'écorce "Poudre de la Comtesse". Mais cette version est critiquée par Alexandre de HUMBOLT (1769-1859), naturaliste-géographe, qui doute de son origine, ce qui semble être confirmé par les recherches de Léonardo GUTIERREZ-GOLOMER (1968). Celui-ci  constate qu' "il est étrange que le "journal officiel" du Comte, tenu par sa secrétaire, ne mentionne pas un fait aussi grave que la maladie de la Vice-Reine. D'autant plus étrange que ce journal relate au jour le jour les plus intimes activités du Comte et de la Comtesse et signale en particulier les fièvres du Comte, pour lesquelles les médecins ordonnent des saignées, mais NON pas l'écorce de QUINA. Le journal conservé aux Archives des Indes, va du 15 mai 1629 au 30 mai 1639 ; n'est-il pas extraordinaire qu'il ne souffle mot de la guérison de la Comtesse en 1638 ??"... Certains expliquent aussi que ce serait la guérison du Cardinal Jésuite Juan DI LUGO Y QUIROGA (1583-1660) qui serait à l'origine d'une nouvelle appellation "Poudre du Cardinal" pour la mëme "Poudre des jésuites" !! Il est vrai que les Jésuites du collège Saint-Paul, et plus précisément le frère Salom BRINI (°+ ??), comme tout jésuite voyageant d'Amérique du Sud, emportait de grandes quantités d'écorces de QUINQUINA en Espagne... Un autre Jésuite, P. Alonsa MESSIA BEDOYA (1655-1732), professeur de latin, provincial du PEROU, procureur du Collège de LIMA, l'introduisit en ITALIE en 1631... Barbabe de COBO ou Barnabé COBO (1582-1657), Jésuite, écrivain et naturaliste, qui a expérimenté la "poudre des Jésuites", joue également un röle dans la découverte de la QUININE par sa description méticuleuse de "L'herbe aux jésuites" qu'il rapporta en Europe lors d'un voyage en 1632. Son ouvrage fondamental "Historia del nevo mundo", de 1653, est conservé à la Bibliothèque de l'Université de SEVILLE... Ce n'est donc pas à l'Italien, Gènois, Sébastien BADO, qui a publié, en 1663 un ouvrage titré "Naaetasis Corticis Peruviae, Seu Chinae Defensio", qui mentionne les qualités fébrifuges de l'écorce, que l'on doit le premier ouvrage de référence sur le QUINQUINA et ses vertus curatives... Sebastien BALDO, que quelques biographes désignent sous le nom de BADIO ou BALDY, et qui se donna lui-même celui de BALDUS dans ses ouvrages latins, était un médecin d'une haute réputation, natif de Gënes qui après avoir exercé l'art de guérir à Rome, fut médecin des hôpitaux de sa ville natale et du Conseil de santé. Il vivait encore en 1676... Un réseau de distribution s'établit rapidement à travers toute l'Europe grace aux collèges et résidences de la Compagnie de Jésus. Après des envois en Espagne et à ROME, en 1639, ils intensifièrent l'exportation du QUINQUINA vers le Vieux Monde, où la poudre était, dit-on, distribué gratuitement aux pauvres... et aussi, notamment, Outre-Manche où elle guérit le Roi Charles II (1630-1685) et vers la France où Louis XIV (1638-1715), grand mécène et collectionneur d'art, fut aussi soigné. Certaines sources écrivent que c'est le père Jésuite François ANNAT, décédé en 1670, confesseur de Louis XIV, qui lui présenta l'écorce de QUINQUINA. Louis XIV qui, comme son fils, fut guérit d'une fièvre intermittente, acheta très cher aux jésuites la formule du "secret indien" et ordonna à Nicolas de BLEGNY (1652-1730), médecin et chirurgien de la Reine de 1678 à 1682, puis du Roi en 1682, de l'expérimenter pour en préciser les propriétés et en déterminer les modes d'administration, puis fit publier un document concernant le traitement du DAUPHIN pour qu'il soit connu de tous... Cette formule achetée par le Roi de France en 1679, pour 2000 Louis d'Or, a aussi permis la guérison des fièvres jusque là rebelles de COLBERT, et de BOSSUET que ce dernier, selon Georges VIGARELLO (1993), réutilisera "toutes les fois qu'il a la plus légère indisposition"... Un Louis d'Or longue mèche de l'année 1650, pesant 6.68 grammes, a récemment été mis aux enchères à 1980 euros !!! Le DAUPHIN, promptement rétabli lui aussi en 1679, avoua son enthousiasme à RACINE, il voulait du QUINQUINA comme boisson de sauvegarde, une potion de santé mèlée au sucre et au vin !!... C'est Robert TALBOR (1642-1681), apothicaire Anglais de l'ESSEX, qui soigna le DAUPHIN de France en 1678-1979. Pour préserver son prétendu secret, qui était bien, en vérité, du QUINQUINA, il cachait le goût sous des arômates divers... Ce secret "de commerce" fut découvert et révélé par Nicolas de BLEGNY... qui est aussi l'auteur d'un ouvrage sur le QUINQUINA intitulé "Le remède Anglais pour la guérison des fièvres", publié en 1683. On dit aussi qu'il est le créateur de la première maison privée recevant des "fous", en France, le premier hôpital psychiatrique !! Une certaine ambiguité existe donc entre les deux versions - ANNAT ou TALBOR ?? - de la transmission à la royauté !! Le Duc de CHEVREUSE aussi usa intensément du QUINQUINA... et RACINE put ainsi, vers 1689, prédire le succès du nouveau breuvage : "La chose devient à la mode !!". Mais, selon VIGARELLO, le liquide ne se banalisera pourtant pas au XVIIIème siècle, sans doute trop couteux.... "Le prix de la livre d'écorce (489 gr) s'élèvait encore a 9 livres en 1687 à BORDEAUX, l'équivalent de plus ou moins 25 jours de travail pour un ouvrier"... Le produit restait donc un produit diffusé avec une grande parcimonie, et demeurait "un remède pour les fièvres et moins un remède de précaution et de santé"...

          Avec, ou après, les aventuriers CONQUISTADORS les religieux, principalement les Jésuites, arrivés au PEROU dès 1566-1958, ont donc clairement une part importante dans la découverte de ces régions d'Amérique mais aussi dans celle de la découverte, entres autres, de l'écorce de QUINQUIINA et de ses vertus médicinales... Selon l'anthropologue Jérome THOMAS (2014), "dans les années 1570, le PEROU vit une grave crise et les différents Ordres Religieux portent un regard pessimiste sur les chances de succès d'une complète évangélisation des indigènes... c'est dans ce contexte que les Jésuites arrivent dans cette région indigène, en 1566-1568".... dont la "Compagnie de Jésus (sociétas Jesu) fondée par le Gentilhomme Basque Espagnol Ignace de LOYOLA (1491-1556) et approuvée en 1540 par le Pape Paul III". Le terme Jésuite est antérieur à la fondation de la Compagnie... En 1556, à la mort d'Ignace de LOYOLA, la Compagnie comprenait 1000 membres et administrait quelque 150 Fondations (résidences, noviciats, maisons professes et Collèges). En 1615, la Compagnie regroupe 13000 membres, 15000 en 1656 et 550 Fondations, et en 1749, 22500 Jésuites dont 15000 professeurs pour 649 Collèges créés. En 1773, 23000 répartis dans 39 Provinces, 1600 Fondations avec 800 Collèges. Pour les théologiens du Moyen-âge, le chrétien, après sa mort, deviendrait un Jésuita, c'est-à-dire un autre Jésus... Si "au début du XVIème siècle le mot avait pris dans les pays germaniques une colloration péjorative, appeler quelqu'un "Jésuita" équivalait à le traiter de "Faux jésus", donc d'hyppocrite, le mot devenu d'usage courant en Europe", s'est assez vite vidé de son intention malveillante... "En 1569, la Couronne d'Espagne désigne un nouveau Vice-Roi (de 1569 à 1581) Francisco de TOLEDO (1515-1582), Comte de OROPESA, le "créateur du PEROU Colonial" selon l'expression forte du professeur Alain MILHOU (1944-2001), afin de reprendre les rouages économiques, sociaux et religieux et de mettre définitivement en place les institutions coloniales. Ce Vice-Roi exerce son autorité de 1659 à 1581"... et "met en place une politique systématique de réductions des populations dans les villages afin de mieux les contrôler"... "Les Jésuites se voient confier, dès 1576, la charge d'une Doctrina, à Juli, petite ville sur les bords du lac TITICACA"... sont concernés plus de 17000 indiens. "Il s'agit de la première expérience Missionnaire des Compagnons d'Ignace de LOYOLA au PEROU, à la suite du Concile de Trente publié au PEROU le 18 octobre 1565"...  "La méthode adoptée par les Jésuites - Persuasion et Contrainte - s'adresse à des populations considérées comme infantiles, à surveiller constamment"... les Jésuites furent expulsés du PEROU en 1767... et rapidement remplacés par d'autres courants religieux !!

         Dès la prise de conscience de l'importance économico-médicale du QUINQUINA, l'Espagne, ses CONQUISTADORS, ses militaires, ses fonctionnaires et ses religieux, mirent une pression encore plus forte sur les indiens.. Des indiens massacrés ou asservis, évangélisés, pour que les richesses multiples de leur pays servent les intérets de tous les autres pays de l'Europe, et de quelques particuliers... Une pression qui va encore augmenter après la découverte de la QUININE...  Il n'est guère difficile d'imaginer la dureté de leurs conditions de travail et de vie. Selon Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO "les premiers à bénéficier de l'aubaine sont les patrons-cueilleurs, ou CASCARILLEROS, dont les gains, sauf dans les terres de Missions où les Pères ont le contrôle du ramassage, sont forts élevés par rapport aux capitaux investis. Ensuite on trouve les RESCATORES, ou collecteurs, qui achètent et stockent localement les productions. Certains d'entre eux créérent de véritables réseaux micro-régionaux, achetant et revendant quincaillerie, matériel de travail, vivres et pacotilles, nécessaires à l'entretien et au paiement des collecteurs "habilités", c'est-à-dire ayant un compte d'approvisionement à crédit ouvert au comptoir. Ce sont eux aussi qui consentent des prêts à des taux élevés, à décompter des futures livraisons de leurs clients"... Des troupes de cueilleurs d'écorce de QUINQUINA, qui tous étaient des indiens de la région. Les religieux, Jésuites, disposaient d'une main d'oeuvre indienne qui se satisfaisait le plus souvent de paiement en nourriture, de quelques cadeaux, des pacotilles, de verroterie, et d'actions de grâce !! Selon l'Abbé de FONTENAL (°+ ??), "la saison la plus favorable pour recueillir les écorces de QUINQUINA est, depuis le mois de septembre jusqu'à novembre. Les habitants cherchent dans un endroit où les arbres à QUINQUINA se trouvent en plus grand nombre, et là ils commencent à bâtir des cabanes pour les ouvriers qui sont occupés à cette récolte ; et ensuite ils en construisent une grande pour y renfermer le QUINQUINA, afin de le préserver de l'humidité. Ils ne les y laissent cependant que le moins qu'ils peuvent, ayant eu auparavant la précaution  de pratiquer des routes ; quelquefois de trois ou quatre lieues, à travers le bois depuis l'endroit ou croissent les arbres à QUINQUINA, jusqu'à l'habitation la plus prochaine dans le plat pays, où ils transforment sur le champ, si les pluies le permettent, l'écorce qu'ils ont ramassé, pour l'y faire sècher"... "Ces préparatifs faits, on donne à chacun des indiens qui sont occupés à cette récolte, un grand couteau et un sac qui peut contenir environ cinquante livres d'écorce verte. Deux indiens se mettent après un arbre, dont ils coupent et fendent l'écorce, aussi haut qu'ils peuvent atteindre étant sur leurs pieds ; ensuite ils prennent des bâtons, qui ont chacun une demi-verge ou un pied et demi de long, et les attachent à l'arbre à des distances convenables, avec des liens forts, en matière d'échelons, et séparent toujours l'écorce aussi haut qu'ils peuvent, avant que d'attacher un nouveau bâton. De cette manière un des indiens monte jusqu'au sommet de l'arbre, tandis que celui qui reste en bas ramasse le QUINQUINA que l'autre en détache. Ils ont soin, aautant qu'ils peuvent, de ne point séparer cette écorce lorsqu'elle est humide ; et quand celà leur arrive, il faut qu'ils descendent tout de suite dans la plaine pour la faire sècher, parce qu'autrement elle perd sa couleur, devient noire et se gâte. Celle qu'on dépose dans la cabane court le même risque , si on la laisse là qquelque temps sans l'étendre ; de sorte que, tandis que les indiens sont occupés à détacher le QUINQUINA, les mulets, si le temps est favorable, doivent transporter celui que l'on a ramassé, aux endroits de la plaine qui sont destinés pour les faire sècher ; ce qu'on fait en l'étendant en plein air, et en la retournant plusieurs fois". Lorsque, par négligence, les ESCARILLOS laissent les écorces à l'humidité,, celles-ci perdent un principe fugace très fébrifuge, il importe donc que la récolte soit transportée rapidement au soleil... puis, bien séchée, apportée sur la place du marché où les écorces sont contrölées par des officiers inspecteurs appelés CASCARILLA, à LOXA, ou ailleurs... Joseph de JUSSIEU indique dans son texte de 1737 que "les écorces de QUINQUINA peuvent être dépouillées en n'importe quelle saison, mais la période la plus propice tombe aux mois de juin et juillet car à cette époque les pluies cessent, le temps devient serein et les écorces sèchent plus facilement"... ce qui ne cadre pas tout à fait avec ce qu'en écrit l'Abbé de FONTENAL... JUSSIEU ajoute que les indiens grimpent aux arbres "en étreignant le tronc avec les jambes, une ceinture autour du corps., un couteau dans chaque main...". Le tronc est écorcé sur toute sa hauteur à l'exception des petites branches... et les écorces récoltées sont mises en sacs qu'il décrit comme "ballot de cuir de boeuf" appelé  en Espagnol "Suron de Cascarilla"... qui pèse 6 Arobas. Chaque Aroba pèse 25 livres et 14 onces... le prix de vente  d'un paquet de 6 Arobas est de 5 Piastres ou 30 livres de notre monnaie"... Selon une analyse d'Isabelle COQUILLARD "Les CASCARILLEROS chargés de le récolter, enlèvent les écorces  par bandes à l'aide de couteau et les font sècher au soleil en les forçant à rouler sur elles-mêmes de façon à former un tuyau. Leur intense activité est signalée par LA CONDAMINE dès 1738, qui met en garde contre une surexploitation : les arbrisseaux meurent après avoir été dépouillés"... "De quelques sacs arrivant au port péruvien d'ARICA, expliquent Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO, on passe rapidement à des centaines de quintaux conditionnés dans de grands sacs de cuir qui, par diverses sorties portuaires, seront vendues au HAVRE, à BORDEAUX, LIVERPOOL et NEW-YORK.... Une sorte de petite ruée se dirigea vers les bois de QUINQUINA... Certains cessèrent même leurs activités et vendirent leurs biens pour s'établir dans la région fabuleuse du nouveau commerce du siècle !!!"...  Joseph JUSSIEU rapporte en 1737 que lors de leur expédition en EQUATEUR, dirigée par l'astronome Louis GODIN (1704-1760) et avec LA CONDAMINE, ils rencontraient des arbres QUINQUINA "sous forme de peuplements plus en plus compact et plus en plus irrégulièrement distribués dans les massifs forestiers de la "Cordillère des ANDES". La région du QUINQUINA affectait la forme d'un grand arc de cercle s'étendant du dixième degré de lattitude nord au vingtième degré de lattitude Sud et suivant sur une étendue voisine de 900 lieues, sans jamais arriver au bord de la mer, la côte Nord-Ouest de l'Amérique Méridionale. Cette zone n'atteint sur aucun point plus de 200 kilomètres de longueur. Elle prend naissance au Nord dans le VENEZUELA, traverse ensuite les territoires de la COLOMBIE, de l'EQUATEUR et du PEROU, et se termine en BOLIVIE, a peu de distance des frontières Nord de la République ARGENTINE. La totalité du QUINQUINA consommé dans le monde entier provient de la Cordillère des ANDES jusque vers 1867, époque à laquelle les premières écorces tirées de cultures régulières firent leur apparition sur le marché de LONDRES"... Et bien entendu sur tous ces territoires vivaient des indiens asservis par les colonisateurs Espagnols !! Des indiens  travaillant dans les mines d'Or et d'Argent, cherchant les pierres précieuses, cultivant le Tabac, le Caacao et beaucoup d'autres richesses de toutes sortes destinées exclusivement à l'enrichissement des européens... Le CACAO, ou Théobroma Cacao (nourriture des Dieux), le cacaoyer dont les fèves, ou Cacahuatl, furent "erencontrées" pour la première fois par les Espagnols en 1495 et rapportées par CORTES en 1528... pour devenir une boisson sucrée, ancêtre du chocolat actuel... D'après Jean-claude ROUX et Fernando OVIEDO, l'exportation du QUINQUINA, "selon les experts de l'époque... aurait atteint annuellement les 500 tonnes, soit le double de la demande Européenne". Ce qui suppose  des usages ailleurs et autrement, des pertes locales et lors des transports, etc..., mais aussi la limite d'utilisation "médicale" avant la vogue QUINQUINA et la découverte de la QUININE... Surtout avant "l'époque de la colonisation des Pays d'Outre-Mer et des expéditions coloniales qui se heurtaient au problème des fièvres affectant leurs effectifs et leur disponibilité opérationnelle..."... mais également, concernant la métropole française avant la "prise de conscience" sanitaire dans les régions. Ainsi, selon G. VIGARELLO, "à la fin du XVIIIème siècle l'écorce du PEROU à clairement démontré, depuis les années 1670, son pouvoir sur les fièvres. Son action est souveraine contre les accès intermittents, le PALUDISME, rendu commun par les marais de l'ancienne FRANCE". La MALARIA tuait alors autant les paysans et les marins que les Rois... Il faut rappeler ici, en 2014, que le PALUDISME (du latin PALUDIS, marais), aussi appelé MALARIA (de l'Italien MAL'ARIA, mauvais air) fait encore un très grand nombre de victimes dans le monde, ainsi il est responsable de 1 million de morts, dont 90% en territoire Africain. !! Et, selon J. CALLOT (1947), il n'y a pas si longtemps le PALUDISME était encore une maladie commune. Non seulement sur les cötes Atlantiques ou Méditerranéennes... mais aussi en NORMANDIE, dans la Vallée de la LOIRE, la SOLOGNE, l'ALSACE, la DOMBES, le LIMOUSIN, la CAMARGUE,, les LANDES... et dans  le MORBIHAN et le Marais BRETON (Beauvoir-sur-mer, 85230)... D'après les Dictionnaires Etymologiques le mot PALUDISME n'est entré dans la langue française qu'en 1884... auparavant on ne parlait que de MALARIA, qui ne désignait alors pas la maladie mais la cause la provoquant !! Pour Roger TEYSSOU (2002) "la découverte du QUINQUINA bouleverse totalement les connaissances sur la matière et le traitement des fièvres et tout particulièrement de celles des marais"... Les enjeux économiques dans les pays cités par JUSSIEU étaient alors extrèmement forts pour les colonisateurs, les "arbres à fièvres" donnèrent la fièvre capitalistique !! Selon ROUX et OVIEDO "le marché du QUINQUINA fut d'abord détenu, à partir du XVIIIème siècle, par le PEROU et l'EQUATEUR, la BOLIVIE n'y entrant qu'à partir du premier quart du siècle suivant, avec le déclin des exportations de ces deux pays qui avaient en partie épuisé leurs ressources"... Pour ma part je considère que les pays colonisateurs européens ont toujours, à toutes les époques, maitrisé ce marché du QUINQUINA, directement et insidieusement, pernicieusement comme la fièvre mais, contrairement à elle, de manière constante !! Alcide Dessalines D'ORBIGNY (1802-1857), naturaliste, né à Coueron (44), frère de Charles-Henry D'ORBIGNY (1806-1866), botaniste, géologue et célèbre encyclopédiste, avait déjà "constaté les effets du 1er cycle du QUINQUINA, notant les changements d'habitude de la population, sa découverte de la valeur économique des biens et l'aisance qui en résultait". 

            L'épuisement des ressources en QUINQUINA, on pourrait dire la déforestaion, des territoires étudiés par jUSSIEU et LA CONDAMINE, et que celui-ci enviageait déjà à l'époque de leur expidition de 1735,  a forcé les européens  a tenter l'implantation de cet arbre dans d'autres zones géographiques... Selon Emile PRUDHOMME (1871-1963), ingénieur agronome, professeur titulaire du cours de Cultures Coloniales de 1927 à 1939, et directeur de l'INA de la FRANCE d'OUTRE-MER... "LA CONDAMINE esseya de transporter en EUROPE des pieds vivants et des graines, sa tentative ne réussit malheureusement pas et n'a été renouvelé avec succès qu'en 1845 par le docteur WEDDEL qui parvint à rapporter de BOLIVIE des graines de bonne qualité, dont les premières ont été germées dans les serres du Jardin des Plantes de Paris". Hugh d'ALGERNON WEDDEL (1819-1877) était un médecin et botaniste anglais. Il fait ses études à Boulogne-sur-mer (62200), puis au Lycée Henri IV à Paris et assiste aux leçons et aux herborisations d'Adrien de JUSSIEU (1797-1853) qui l'incite à étudier la médecine. Puis il étudie à l'Hôpital COCHIN et obtient son titre de docteur en médecine en 1842. Adrien de JUSSIEU le choisit comme naturaliste dans le cadre de l'expidition menée par Francis Louis NOMPAR de GAUMONT de LA PORTE, Comte de CASTELNAU (1812-1880), fondateur de la Société Française d'Entomologie, en Amérique du Sud. Emile DEVILLE (1824-1853), médecin, naturaliste et taxidermiste les accompagnait aussi, avec également le Vicomte Alexandre Victor Eugène HULOT d'ORSERY (1819-1846), Baron d'Empire HULOT de MAZERNY, Polytechnicien (1837), ingénieur des mînes, qui fut assassiné par des voleurs lors de l'expédition... WEDDEL, d'abord aux côtés de CASTELNAU, puis seul, explore le continent durant 6 ans et s'intéresse notamment aux QUINQUINAS ainsi qu'à la Coca (non scientifique Erythroxylum. Coca) et à l'Ipecacuanha (nom scientifique Carapichea. Ipecuanha). Il rapporte de son exploration une très belle collection de plantes, ainsi que des oiseaux, des mammifères et des minéraux... Après son retour à Paris, en 1848, il est nommé aide-naturaliste et travaille pour la Chaire de Botanique au Muséum... Suite à la suppression de la chaire d'A. JUSSIEU il est rattaché à celle d'Adolphe BRONGNIART (1801-1876)... Il publie deux volumes de "Chloris Andina : Essai d'une flore de la région Alpine des Cordillères de l'Amérique du Sud" constituant la 6ème partie du compte-rendu de l'expédition CASTELNAU... C'est lui qui rapporte les premières graines viables de QUINQUINA au Muséum de Paris. Après germination, les plantes obtenues sont distribuées à divers institutions européennes, mais leur mise en culture s'avère extrèmement difficile. Selon François TILLEQUIN (2008) il s'agit en effet "d'espèces qui ne peuvent prospérer qu'en zone Intertropicale, en région humide et à l'abri des vents forts. De plus, une altitude comprise entre 1000-3000 mètres est indispensable à la production de QIUININE. Les premiers à entreprendre avec succés la culture du QUINQUINA sont les britanniques, à partir de 1850, d'abord dans la zone Himalayenne, chaude et humide, de la région de DARJEELING en INDE, puis rapidement à CEYLAN qui aura jusque vers 1882-1883 le monopole de fait de la culture du QUINQUINA... La comparaison méthodique de la teneur en QUININE des différentes espèces hybrides conduit ensuite la HOLLANDE à introduire à JAVA des QUINQUINAS beaucoup plus riches en principe actif. Elle supplante rapidement l'ANGLETERRE et ruine en quelques années les plantations de CEYLAN, en passant à la culture du QUINQUINA Rouge (C. SUCCIRUBRA) à celle du QUINQUINA Jaune (C. CALISAYA) dont les écorces sont beaucoup plus riches en QUININE. L'ANGLETERRE palie cette catastrophe économique en substituant la culture du thé à celle du QUINQUINA à CEYLAN. La HOLLANDE garde un quasi-monopole de l'exploitation du QUINQUINA jusqu'en 1939. En 1940, les stocks sont détruits, lors du bombardement d'AMSTERDAM par l'ALLEMAGNE nazie, puis les JAPONAIS envahissent l'Ile de JAVA. Les alliés AUSTRALIENS et AMERICAINS combattent dans le PACIFIQUE et doivent traiter leurs soldats atteints de PALUDISME, mais se trouvent alors privés de leur approvisionnement en QUININE. On introduit alors les cultures de QUINQUINA en AFRIQUE de l'OUEST, dans les colonies Françaises et Belges - la GUINEE, le CAMEROUN, la COTE d'IVOIRE, le CONGO - supposées à l'abri des attaques de l'axe... Le CONGO BELGE, puis la REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE du CONGO, deviennent alors 1er producteur mondial de QUINQUINA devant l'INDONESIE...". Selon Maurice VAUCEL "la culture fut commencée avec succès à JAVA en 1854 ; échoua au jardin d'essais d'ALGER en 1849 ; avec succès à MADRAS en 1872. L'introduction d'une espèce plus riche en QUININE, aux INDES NEERLANDAISES et en INDES est due à LEDGER (1818-1906) en 1865, il s'agit de CINCHONA LEGGERIANA"... autre nom de CINCHONA CALISAYA... Charles LEDGER, est un négociant Anglais qui introduisit plusieurs kilos de semences à LONDRES, où certaines d'entre-elles furent achetées par le gouvernement Néerlandais. Ces semences produisirent 20.000 plants à JAVA... A la veille de la 2ème guerre mondiale plus de 15000 hectares étaient cultivés en QUINQUINA à JAVA et produisaient 10000 tonnes décorces par année... Pour E. PRUDHOMME le QUINQUINA fut introduit pour la 1ère fois à JAVA en 1851. Cette première introduction étant due au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris qui fit don au gouvernement Néerlandais  de plans provenant des graines rapportées, en 1848, par le Docteur WEDDEL... Le premier QUINQUINA planté par les Néerlandais fut sur les flancs du volcan GEDECH, entre BUITENZORG, Province de BATAVIA, et TJANDJOER, régence des PREANGERS. Ce plant "mourut en 1862, après avoir été largement multiplié par boutures" et il ajoute que "le tronc peut dépasser, à JAVA, 1,30 m de circonférence à 1 mètre du sol... ". Il indique aussi que "des simples boutures, ne dépassant pas quelques centimètres de hauteur, greffées ou non, trouvent couramment acquéreur à raison de 10 florins, c'est-à-dire 21 francs !!". En INDONESIE le PREANGER est une région qui correspond à 10 unités territoriales, et chaque unité à un (e, ??) KABUPATEN... Les portugais eux aussi importèrent des plants de QUINQUINA dans leurs colonies d'ANGOLA, du CAP-VERT, de SAO-TOME et du TIMOR...

          Il semble bien que la famille JUSSIEU a eu beaucoup d'importance pour Hugh d'ALGERNON WEDDEL, Adrien d'abord, son professeur, puis président de l'Académie des sciences en 1853,  et Joseph !! Celui-ci, resté près de 35 ans en Amérique du Sud, passa une partie de son temps à constituer des herbiers et à tester les propriétés des plantes médicinales.... et à se dévouer, l'autre partie du temps, à soigner les mineurs de POTOSI, haut lieu des mines d'argent... Selon certains auteurs il enseigna aussi aux indiens à fabriquer des extraits de l'écorce du QUINQUINA dont il amplifia notablement l'usage indigène... il ouvrait ainsi la voie aux travaux développés par WEDDEL qui a vraisemblablement aussi cheminé sur les mêmes terrains pendants les 6 années de son propre périple. En 1712, Francesco TORTI (1658-1741), publia un traité de thérapeutique consacré aux fièvres pernicieuses qui servira de référence à ses successeurs pendant plus d'un siècle. On dit qu'il avait été le premier à reconnaitre l'action particulière de l'écorce de QUINQUINA sur les fièvres intermittentes... ce qui, de mon point de vue, est assez douteux si l'on considère l'antécédence du savoir ancestral des indiens et des multiples observations et analyses des Jésuites et autres médecins et apothicaires !! Qu'il ait été le premier à publier ses travaux est une hypothèse plus facilement admissible... En tous cas il me semble sage ici de référer surtout l'étude des vertus et de la meilleure façon d'extraire du QUINQUINA le suc fournissant le fameux médicament développée par joseph JUSSIEU, publiée avec, en quelque sorte, la garantie de LA CONDAMINE... mais !?... Le mémoire de Joseph Jussieu sur LES QUINQUINAS ne fut découvert qu'en 1936 !! On doit aussi citer le travail d'ensemble, du moins ce qu'il en reste, selon certains auteurs, que José Célestino MURIS a commencé  en 1793... et encore, selon d'autres sources, les travaux, plus précis et connus (??) à cette époque, de Don José Antonio PAVON y Jimenez (1754-1844), botaniste. Un genre de la famille des MALVACEES a été dédié à celui-ci, le PAVONIA... Et aussi Sébastiano Hippolyte LOPEZ RUIZ de BELORADO (1754-1815), pharmacien et botaniste, spécialiste des plantes médicinales, qui indique dans sa "QUINLOGIA", publiée en 1794, que les indiens de LOJA (Malacatos) connaissaient "L'Arbre à fièvres" dont ils faisaient macérer l'écorce de longs jours dans de l'eau donnée ensuite aux malades... Ce LOPEZ RUIZ, cousin de Casimir Gomez ORTEGA (1741-1818), apothicaire et professeur de botanique au Jardin Royal de Botanique de Madrid (surnommé Le GROS ORTEGA) était le responsable d'une expédition scientifique Espagnole au PEROU de 1777 à 1788, dans laquelle se trouvaient aussi PAVON et Joseph DOMBEY (1742-1794) médecin Français naturaliste et archéologue

                  Le QUINQUINA, ou le Myroxylon Peruiferum de CASTELNAU, n'est pas la QUININE !! Selon Isabelle COQUILLARD, l'ancien docteur régent Alphonse Vincent Louis Antoine LEROY (1741-1816), professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l'Académie Royale de Madrid et de l'Académie de Médecine Pratique de Montpellier, "mène une série d'expériences dans son laboratoire de la rue de Vaugirard à Paris. Il extrait la partie active du QUINQUINA Rouge à l'aide d'un esprit de vin à 22° et obtient le Sel Essentiel de QUINQUINA indigène, non désseché, qu'il baptise "Quintessence" de QUINQUINA Français". Le QUINQUINA Rouge est alors présent en abondance en EUROPE, mais son prix est assez élevé. La Poudre est livrée dans des boites d'une demi-livre pour 5 francs de l'époque. La "Quintessence" obtenue est mise en bouteilles carrées, afin de faciliter l'empilement lors du transport, chacune de 3 onces de Sel Essentiel permettant d'obtenir un peu plus d'une livre de QUINQUINA. Chaque bouteille est vendue 8 francs. Ce remède est vendu exclusivement chez Charles-Louis CADET de GASSICOURT (1729-1821), pharmacien de Sa Majesté, écrivain, goguettier et Président de la Société de Pharmacie en 1818. Selon Isabelle COQUILLARD, Alphonse LEROY "ne divulgue son secret qu'à Jean-Baptiste PERONNE (°?-+??), seule personne à avoir fabriqué la Quintessence du QUINQUINA Français sous ses ordonnances". Le 18 juillet 1808 LEROY annonce sa découverte à l'Empereur... et "dénonce l'existence de trafics : le QUINQUINA est couramment falsifié"... Le Sel Essentiel est le nom de la substance végétale obtenue par l'évaporation ou la décoction des plantes... Une once correspond, à cette époque, en France, à 3 décagrammes et demi... Pour guérir 4 grammes de poudre étaient nécessaires... En 1808, Joseph-François BOURDIER de La MOULIERE (1757-1820), professeur de clinique à l'Hôtel-Dieu, "est choisi par la faculté pour entreprendre des expériences sur les fébrifuges indigènes"  rapporte Isabelle COQUILLARD... BOURDIER de LA MOILIRERE, docteur régent depuis 1783, issu d'une famille de médecins, mène une carrière marquée par ses liens avec le baron Jean-Nicolas CORVISART (1755-1821), médecin personnel de Napoléon, et s'active au sein de la nouvelle école qui se forme au moment de la Révolution. Disposant de larges moyens  financiers, ses expérimentations pharmaco-cliniques sur le QUINQUINA furent réalisées en liaison avec LEROY et Louis Claude CADET de GASSICOURT (1731-1789). Pour suivre ses expériences BOURDIER désigne un étudiant en médecine, le Sieur de Beaupré, Jacques--Louis CAILLAR (°?+??). Isabelle COQUILLARD indique que "les résultats sont publiés dans la thèse de CAILLARD soutenue le 27 avril 1809 à l'Ecole de médecine de Paris, sous la présidence de J-F BOURDIER... lui-mëme !! En 1820 année du décès de BOURDIER, Joseph-Bienaimé CAVENTON (1795-1877), professeur de chimie organique et de toxicologie à l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Paris, vice-président de l'Académie des sciences, et Joseph Pierre PELLETIER (1788-1842), pharmacien, professeur d'histoire naturelle, directeur adjoint, en 1822, de l'Ecole Supérieure de Pharmacie, membre de l'Académie de sciences et de médecine en 1820, découvrent les principes actifs des QUINQUINAS dont ils isolent les alcaloîdes, la QUININE et son isomère la QUINIDINE en 1817-1820 ; la CINCHONINE en 1820, et son isomère la CINCHONIDINE ; la STYCHNINE en 1818 ; la BRUCINE en 1819 ; la VERATINE en 1819... et établissent la quantité exacte de médicament à donner aux malades par rapport à leur poids... Il importe de signaler ici qu'un médecin de la marine Portugaise, un certain GOMEZ, avait signalé en 1816 la présence de CINCHONINE dans l'écorce du YARACHUCHU... 25 ALCALOIDES ont ainsi été extraites des CINCHONAS jusque 1935...  La QUININE Naturelle, fabriquée et vendue à partir de (vers) 1830, sera progressivement remplacée par  des produits de synthèse, entre autres la CHLOROQUIE...

             PELLETIER et CAVENTON ont réalisé leurs découvertes à partir de l'écorce du CINCHONA LEGGRIANA... Le botaniste Suédois Bengt Lennart ANDERSON (1948-2005), professeur à l'université de GOLEBORG a référencé, en 1998, le genre CHINCHONA en 23 espèces d'arbres et d'arbustes de la famille des RUBIACEES originaires d'Amérique du Sud, dont évidemment : Chinchona CALISAYA, ou QUINQUINA Jaune, ou CHINCHONA LEGGERIANA, surtout rencontrée au PEROU et en BOLIVIE ; CHINCHONA SUCCIRUBRA, ou QUINQUINA Rouge, ou CHINCHONA Pubescent, du COSTA-RICA jusqu'en BOLIVIE, le long de la CORDILLERE des ANDES ; CHINCHONA OFFICINALIS, ou QUINQUINA Gris, en EQUATEUR. Et les recherches sur la QUININE ont démontré que, de ces 23 espèces, c'est C. CALISAYA qui en contenait le plus, soit 3,3 % de matière sèche ; ensuite C. SUCCIRUBRA, 1,48 % ; puis C. OFFICINALIS 0,41 % et C. MICRANTHA idem... etc, etc... C. Officinalis, pauvre en QUININE, est très utilisée pour l'élaboration des vins de QUINQUINA et des boissons amères...

                      C'est le médecin général militaire Charles Louis Alphonse LAVERAN (1845-1922), parasitologue, pionnier de la Médecine Tropicale, Prix NOBEL de Physiologie ou Médecine en 19O7 pour ses travaux sur le Protozoaire,  qui découvrit le mystère du PALUDISME. En 1880 il décrit l'hématozoaire du PALUDISME (ou MALARIA), l'Oscillara Malaria ou Haemamoeba Malaria (amibe du sang), et en 1884, dans son "Traité des fièvres palustres" (1ère réédition en 1884, puis 2ème en 1907) il imagina que le microbe se trouvait à l'état de parasite  chez les moustiques. C'est un autre Prix NOBEL de Physiologie ou Médecine en 1902, le médecin Anglais de l'Armée des Indes, Sir Ronald ROSS (1857-1932), qui confirma quelques années plus tard ce qu'imaginait LAVERAN. Et ROSS a publié son histoire de la découverte du rôle vecteur joué par le moustique "aux ailes tachetées"... qui, par la suite, a été reconnu être une ANOPHELE. Un bouquin de genre fantastique : "Le chromosome de CALCUTTA" d'Amitav GHOSH, Ed. du Seuil, coll. Cadre vert, publié en 1998, décrit la découverte de ROSS... Le médecin bactériologiste et entomologiste Italien Giovani Batista GRASSI (1854-1925), démontra, à partir des travaux de ROSS sur les oiseaux, que la transmission par le moustique était de même chez les humains. Quatre types d'ANOPHELES vectrices de transmission du PALUDISME, ou MALARIA, sont, sauf erreur, actuellement répertoriées : Plasmodium vivax ; Plasmodium folciparum ; Plasmodium malariae ; Plasmodium ovale... Mais c'est  le médecin-major Français François-Clément MAILLOT (1804-1894), qui ayant, avant LAVERAN, travaillé en ALGERIE sur les fièvres intermittentes appliqua la QUINISATION dans ce pays, méthode qui se répandit en Europe. Il publia en 1836 un "Traité des fièvres intermittentes en Corse et en Algérie" dans lequel il décrit les différents "Accès Palustres", les différencie des fièvres et propose leur traitement par le Sulfate de QUININE... qu'il prescrivait déjà, contre l'avis de beaucoup, à haute dose, jusqu'à 2 grammes par jour,  mais en démontrant ainsi l'efficacité du traitement... MAILLOT, professeur de clinique à l'Ecole d'Application du Val-de-Grâce, est le descendant d'une famille noble, les MAILLOT de la TREILLE qui possédait en 1789, la Seigneurie de SPINCOURT. Médecin de l'Armée d'Afrique son nom est associé à la création, en KABYLIE, vers les Montagnes de DJURDJURA, à 80 km au Sud-Est de TIZI-OUZOU et à 40 km à l'Est de BOUIRA, du village MAILLOT, ou IMCEDDALEN (en langue kabyle), ou M'CHEDALLAH, à Ighil Bomlil, sur le territoire des Ouled Brahim, fraction importante de la tribu des M'Chedallah. Sa femme, Catherine  Pauline CLABECQ (.1816-??), sculpteur a réalisé un buste à sa mémoire...

                  La cannette de QUINTONINE et les différents apéritifs BYRRH, SAINT RAPHAEL, DUBONNET et AMBASSADEUR qui arrivaient sur notre table familiale les jours de fëte contenaient donc aussi la formidable histoire du QUINQUINA, de la QUININE... et de la colonisation !!... et aussi de beaucoup d'hommes talentueux... mais aucun d'entre-nous n'en avait la moindre idée, sauf peut-être mon père, ce vieux bourlingueur des mers... Je suis intimement persuadé, en tous cas j'aime le croire, qu'il aurait été en mesure de raconter quelques histoires sur le QUINQUINA... Et je suis aussi persuadé qu'il a eu l'occasion de boire ce breuvage dont j'ai relevé la recette extraite du CODEX MEDICAMENTARIUS... Un vin apéritif qui était servit à l'Hôpital Maritime de ROCHEFORT-sur-MER (17300) dans les années 1952-1955... Chaque malade y avait droit à un verre. Chaque service de l'Hôpital étant tenu faire sa commande sur son cahier de Pharmacie avec les noms des malades et le nombre total de verres à servir. Ce cahier était signé par le chef de service et par le pharmacien Chef de la Pharmacie.. Un vin de QUINQUINA selon la formule suivante : du bon vin + de la teinture de QUINQUINA + de la teinture d'écorce d'oranges amères + de l'eau de fleurs d'orangers + du sirop de sucre + 1 produit à base de Calcium... c'est tout ! Dans tous les hôpitaux de la Royale, la marine militaire, ce breuvage pouvait donc ainsi être distribué aux malades. Breuvage assez proche de la QUINTONINE décrite ci-dessus, au premier paragraphe.... La recette qui suit est aussi "arisanale", c'est un autre vin de QUINQUINA tonique et astringent qui stimule l'organisme et l'appétit par augmentation des sécrétions salivaires et gastriques. Il est écrit qu'il soigne l'ANEMIE et est reconnu pour son action fébrifuge. En voici la composition : 40 grammes d'écorce de QUINQUINA (rouge ou jaune ou Officinalis) + 1 litre d'alcool à 60° + 1 litre de vin rouge ou blanc. Faire macérer l'écorce concassée dans l'alcool pendant 1 jour et 1 nuit, puis ajouter le litre de vin rouge ou blanc. Laisser ainsi pendant 10 jours et mettre en bouteille... Quelle que soit la recette utilisée il y avait un proverbe  en vogue à cette  époque : "Bois ton QUINQUINA, t'auras pas de tracas".... et on servait le breuvage au printemps... J'ai également lû que ce service de prévention était aussi assuré aux marins à bord des navires de la Royale !!

                   Et pendant que ses CONQUISTADORS et les Troupes de Jésuites déferlaient sur les terres de l'Amérique du Sud le Royaume d'Espagne menait diverses batailles pour étendre sur le continent européen ses possessions et ses titres... Ainsi mon cheminement sur la Route du QUINQUINA m'a permis de découvrir une partie infime de l'histoire patrimoniale maritime de la Bretagne où je suis né. Une histoire à laquelle quelques-uns de mes ancêtres ont vraisemblablement assisté, et peut-être même participé, sur la côte bretonne, dans le Finistère Sud, à Moélan-sur-mer, devant Lorient, dans le Morbihan... Par la lignée agnatique ma généalogie, à son stade actuel et selon les états civils, remonte à 1630, et il apparait bien que tous les mâles étaient marins et paysans nés à Kerglouanou un petit village au bord de la mer... Alors... C'est par le hazard, ce Dieu de la recherche et de mon cheminement sérendipitiste, que j'ai rencontré la Comtesse de CHINCHON, Dona Francisca Henriquez de Ribera, et surtout son époux, Don Luiz Jéronimo Fernandez de Cabrera y Bobadilla y Mendoza (1589-1647), 4ème Comte de Chinchon... un heureux hasard puisqu'il m'a conduit sur le bord de mer, près de la maison de mes grands-parents, à Kerglouanou, berceau de tous mes ancêtres mâles de la lignée agnatique, en face de Lorient et donc de Port-Louis... que l'on ne peut apercevoir de Kerglouanou parceque "caché", comme Gavres, par la Pointe de Kerroc'h, me confirme ce jour ma cousine jeannine qui y est née... Dommage... A l'époque ce sont donc surtout les marins du quartier qui étaient "concernés", en première ligne, ceux de la Royale, du commerce (la marchande) et les pêcheurs ...   

                  En effet, c'est par les Comtes de CHINCHON, que je retrouve l'histoire bretonne, en un saut du 4ème Comte, l'époux de la Contesse de CHINCHON dont je parle plus haut, au 12ème, c'est-à-dire à l'infant d'ESPAGNE Philippe 1er (1720-1765), Duc de PARME de BOURBON d'ESPAGNE, Chevalier de la Toison d'Or (679ème/1723, branche d'espagne), fils de Philippe V (1683-1746), Duc d'ANJOU, Tige des BOURBONS, Roi d'ESPAGNE, et marié avec Louise Elisabeth de BOURBON (1727-1759), Duchesse de PARME, fille de Louis XV le Bien Aimé de BOURBON (1710-1774), Roi de FRANCE... mais surtout, particulièrement, le 13ème Comte de CHINCHON, Don Luis Antoine Jacques de BOURBON d'ESPAGNE (1727-1785), Infant d'ESPAGNE, Chevalier de la Toison d'Or (699ème/1734, branche Espagnole), second fils de  Philippe V, Duc d'ANJOU. Il est Archevèque de Tolède et de Séville, Primat d'ESPAGNE, et quitte les ordres et abandonne ses dignités écclésiastiques le 18 décembre 1754... et se marie en 1776 avec Maria Térésa de VALLABRIGA y ROZAS (1750-1820), fille de Louis  de Vallabriga (°+??) et de Maria Josefa de Rojas y Melfort, Comtesse de CASTELBLANCO (°+??)... Il est créé" 13ème Comte de CHINCHON en 1776, ou plutôt s'attribue le titre !! Il importe ici de distinguer cette "création attributive" de l'héritage dit "filiatif"... J'ai lu quelque part qu'il avait acheté ce Comté à son ci-dessus frère ainé Philippe 1er, fondateur de la lignée des BOURBONS, qui lui-même l'avait acheté, en 1718, à Giuseppe, 11ème Comte de CHINCHON SFORZA... Il ne s'agit donc pas d'une succession "par le sang"... J'ai repéré, sauf erreur, 19 Comtes de CHINCHON... Environ 100 à 150 ans plus tôt,  soit à l'époque du 4ème Comte de CHINCHON, la Duchesse Anne de BRETAGNE (1476-1514) et sa fille Claude de FRANCE (1499-1524), ou Claude de BRETAGNE, luttaient pour maintenir dans leur lignée le Duché BRETON... Mais c'est par les 12ème et 13ème Comte de CHINCHON, et donc la Royauté Espagnole, que je fais le raccord avec l'histoire de BRETAGNE... Ainsi sur la route du QUINQUINA j'ai croisé ces Comtes de CHINCHON, puis les BOURBONS, les VALOIS, les HABSBOURG, les ORLEANS et quelques autres nobles européens, mais surtout découvert une histoire de succession qui a porté la guerre et le malheur sur les terres de BRETAGNE et dans les ports du FINISTERE... Les successions ne sont pas toujours faciles, chez les riches comme chez les pauvres !! Et celle, partielle, qui suit va me conduire sur des sites marins sûrement biens connus de mon père, de mes oncles et de mes cousins... Le Duché de BOURBON entra dans le domaine Royal de FRANCE pour la 1ère fois en 1531. En 1523, la succession de Suzanne de BOURBON, morte sans laisser d'enfant, fut contestée par Louise de SAVOIE, Duchesse d'ANGOULEME, mère du Roi de FRANCE François 1er, comme lui revenant en tant que plus proche héritière de la défunte. Elle gagna son procès, qui fit entrer le Connétable de BOURBON dans le camp de Charles QUINT (1500-1558), ou Charles V, petit-fils de Maximilien 1er de HABSBOURG (1459-1519), Empereur du Saint Empire de 1493 à 1519, Roi d'AUTRICHE de 1493 à 1514, chevalier de la Toison d'Or (80ème/1478), chef et souverain de l'Ordre de la Toison d'Or (3ème), chevalier de la Jarretière (239ème, vers 1490), fils de Frédéric III de STYRIE de HABSBOURG et Eléonore de PORTUGAL (1434-1467)... La STYRIE est l'AUTRICHE... Maximilien 1er de HABSBOURG fut le premier "mari" de la Duchesse Anne de BRETAGNE. Une union dite "par procuration" établie lorsqu'elle avait 12 ans, en décembre 1488... Union ensuite, le 06 décembre 1491, avec Charles VIII (1470-1498), le Bon Roi de VALOIS, Roi de FRANCE de 1483 à 1498, fils de Louis XI, l'Universelle Araignée de VALOIS (1423-1483), Roi de FRANCE, et Charlotte de SAVOIE (1441-1483)... puis 3ème union, le 08 janvier 1499, avec Louis XII, le Père du Peuple de VALOIS-ORLEANS, .Seigneur de Pierrefonds, Roi de FRANCE de 1498 à 1515, Roi de JERUSALEM et de SICILE, fils de Charles le Poète de VALOIS-ORLEANS (1426-1487), Comte de VALOIS et de la Comtesse Marie d'Asti de Clèves (1426-1487)... De cette troisième union naissent deux filles, Renée, l'aînée, puis Claude, devenue VALOIS-ORLEANS, dite Claude de FRANCE, par son mariage le O8 mai 1514 avec François 1er (1494-1547), Duc de VALOIS-ORLEANS, Comte d'ANGOULEME, Roi de FRANCE... De cette union nait François III (1518-1536), fils ainé de François 1er, et donc petit-fils de la ci-dessus Louise de SAVOIE, Duchesse d'ANGOULEME, et Henry II (1519-1559), fils cadet qui devient Dauphin de FRANCE,  en 1536, à la mort de son frère... et Duc de BRETAGNE à la mort de sa mère en 1534,  le dernier Duc couronné, puis Roi de FRANCE à la mort de son père François 1er en 1547. Devenu Duc de Bretagne par sa mère il ne gouverne pas puisque c'est son père qui a l'usufruit du Duché... mais à la mort de celui-ci, François 1er, et suite à l'établissement de l'union du Duché de BRETAGNE au Royaume de FRANCE par le fameux "Traité de 1532" tant dénoncé par les bretons, et selon, aussi, les dispositions du contrat de mariage de la Duchesse Claude signé le 10 aout 1501, la BRETAGNE est alors rattachée définitivement, "à titre perpétuel", au domaine Royal de FRANCE...  par les lignées d'Anne et de Claude de BRETAGNE... Cette dernière avait aussi été fiancée, par "contrat de mariage" signé le 10 août 1501, au duc de LUXEMBOURG, le futur Charles QUINT, petit fils de Maximilien 1er de HABSBOURDG, celui-là même qui avait été choisi comme premier mari, par procuration, d'Anne de BRETAGNE !! Par parenthèse, et dans la logique de ma thématique de départ, je rappelle que Charles QUINT meurt en 1558 de la MALARIA au monastère de Yuste, dans une région d'ESPAGNE où cette maladie est restée endémique jusqu'en 1960... Ce qui primait dans les contrats d'alliance, de fiançaille et de mariage, était l'extension des emprises territoriales, quitte à la consanguinité, ou presque !! Mais ce contrat de mariage avec Charles QUINT est annulé par les "Etats généraux de Tours" conduits par Louis XII, en 1505, au profit du jeune Duc de VALOIS, futur François 1er... Louise de SAVOIE ayant "arraché" à Louis XII la promesse secrète que Claude soit marié à son propre fils, donc à François 1er, ce qui fut donc finalement fait !!... Il importe de signaler que la soeur de Claude, Renée (1510-1575), aussi fille d'Anne, a été écartée du Trône  Ducal de BRETAGNE par son père Louis XII au profit de Claude, alors qu'elle était pourtant juridiquement l'incontestable héritière en qualité de 2ème enfant du couple royal... Epouse d'Hercule II d'ESTE (1508-1559), 4ème Duc de Ferrare, Modène et Reggio (Italie), petit fils d'Hercule 1er et du Pape Alexandre VI, et fils d'Alphonse 1er et de Lucrèce BORGIA (1480-1519), Renée de BRETAGNE était aussi la grand-tante de la ci-dessous petite-fille de Charles QUINT et d'Isabelle du PORTUGAL, à savoir, Isabelle Claire Eugénie d'ESPAGNE ou aussi Eugénie d'AUTRICHE... Anne de BRETAGNE n'a eu que 2 filles, ses autres enfants étant tous décédés très vite... Par ailleurs, il y avait d'autres prétendants aux droits à la succession du Duché de Bretagne... Un Duché très convoité compte tenu de sa position géostratégique, ainsi, notamment par la lignée d'Isabelle Claire Eugénie de HABSBOURG, ou Isabelle d'ESPAGNE (1566-1633), Archiduchesse d'AUTRICHE, donc de la Dynastie des HABSBOURG, infante d'ESPAGNE, Gouvernante des Pays-Bas Espagnol jusqu'en 1633... fille du Roi d'ESPAGNE Philippe II (1527-1598) et de sa troisième épouse Elisabeth de FRANCE, ou Isabelle de VALOIS (1545-1568), cette dernière fille ainée d'Henri II (1519-1559) et de Caterina Maria Romola Di Lorenzo del Medic dite Catherine de MEDICIS (1519-1589)... Celle-ci a donc été, par son mari,  Dûchesse de BRETAGNE de 1536 à 1547 !! Henri II étant, comme François II, Duc de BRETAGNE, l'un des 7 enfants de Claude de BRETAGNE... A la mort du dernier Roi VALOIS, Henri III (1551-1589 ), 4ème fils d'Henri II, le Roi espagnol Philippe II soutint les prétentions au Duché de BRETAGNE de sa fille, la ci-dessus Isabelle de Habsbourg, dite Isabelle d'ESPAGNE, qui se trouvait alors être la plus proche parente de la Tige héréditaire des droits des Ducs de MONTFORT de BRETAGNE par la Duchesse Anne.. Mais il est bien de se souvenir, qu'en tout état de cause, c'est à  Renée que le Duché aurait du revenir, comme le souhaitait sa mère Anne, du moins selon certains auteurs... Pour ma part, jusqu'à ce jour de 2014, à 62 ans, Breton de souche, je n'avais jamais entendu parlé ni de Claude, ni de Renée !! Assez curieusement la Duchesse Anne et le traité de 1532 ont fait écran sur le "reste" de l'histoire de Bretagne !! De nouvelles recherches universitaires semblent vouloir clarifier l'histoire de Renée de BRETAGNE, sacrifiée aux prétextes des intérêts des voisins européen !!

                  Un autre prétendant au Dûché de BRETAGNE, Philippe-Emmanuel de LORRAINE, Duc de MERCOEUR et de PENTHIEVRE (1558-1602), Marquis de NOMENY, Baron d'ANCENIS, Prince du Saint-Empire et de MARTIGUES et Pair de FRANCE, est nommé Gouverneur de BRETAGNE, de 1558 à 1602, par son beau-frère Henri III, le 05 septembre 1582. Son mariage avec Marie de LUXEMBOURG (1562-1623), Dûchesse d'ETAMPES et de PENTHIEVRE, lui procure un accès à des prétentions sur le Dûché Breton... Il se met à la tête de la Ligue Bretonne... et s'allie, en 1590, avec Philippe II Roi d'ESPAGNE, petit-fils d'Anne de BRETAGNE, qui finance la Ligue et lui envoie des troupes qui débarquent  sur 3 pointes bretonnes : CROZON-ROSCANVEL, face à BREST ; BLAVET, actuel PORT-LOUIS, face à LORIENT ; CRAC'H-LOCMARIAQUER (56950), près de la rivière AURAY... sur lesquelles il fait rapidement bâtir 3 citadelles, dont seule existe encore celle de PORT-LOUIS... mais vaincu par Henry IV  il réembarque en 1598... Ainsi donc ni Isabelle d'AUTRICHE ou d'ESPAGNE, ni MERCOEUR, ne peuvent gagner le Dûché de BRETAGNE !!... Les troupes Espagnoles de Philippe II d'ESPAGNE sont, à l'époque, commandées par Don Juan Del AQUILA ARELLANO (1545-1602), en "collaboration" avec le Duc de MERCOEUR et aussi, en 1590, avec Don Diego BROCHERO (°??-1625), Lieutenant Général des Galères de Philippe II, Chevalier de Saint Jean de Jérusalem... Face à BREST, sur la "Pointe des Espagnols", extrémité Nord-Est de la Presqu'île de ROSCANVEL, excroissance de la Presqu'île de CROZON fermant la rade, un fortin militaire existait déjà, implanté dès 1387 par les Ducs de BRETAGNE... Le capitaine Espagnol Thomas PARADES (° ??-1594 ), dont on à fait le nom PARAXEDE (??), à la tête de 400 hommes, fait ériger, en 1594, un fort triangulaire sur cette base fortifiée... Le Duc Jean VI, Maréchal d'AUMONT (1552-1595), dit le Franc Gaulois, à la tête d'une armée de 3000 Français et 2000 Anglais, fait le siège du fortin du 15 octobre 1594 jusqu'au 18 novembre 1594, soit 1 mois, avant de défaire la garnison Espagnole... Sur 400 militaires de la garnison seuls 13 survécurent !! Et plus de 3000 Français et Anglais furent tués !! Le capitaine PARADES, tué lors de cet affrontement, fut embaumé et enterré selon les ordres du Maréchal d'AUMONT après la prise du Fort de ROSCANVEL, ce qui constitue un hommage évident... De cet héroique défenseur Espagnol "on peut supposer que ce n'était pas un vieillard puisqu'il n'était qu'enseigne en 1591. L'état des troupes le donne sans "qualité" le 17 octobre 1592, et celui du 27 mai 1594 le donne pour la première fois avec le titre de capitaine"... Le Maréchal d'AUMONT est tué d'un coup de mousqueton à CAMPER, près de RENNES, en combattant le Duc de MERCOEUR... Vers 1485 PORT-LOUIS s'appelait BLAVET et était déjà un port. En 1589 une armée Espagnole de 6000 soldats sous le commandement d'AQUILLA y est débarquée... Les anciennes fortifications sont alors rapidement remises en état et complétées par une forteresse nommée "El Fuerte Del Aguila", le "Fort de l'Aigle"... BLAVET fut ainsi transformé en escale fortifiée, en face de LORIENT, sur la route maritime des FLANDRES, une position importante notamment pour le commerce. Au 30 juillet 1595 "il y avait 324 hommes de garnison à BLAVET", dont 293 embarqués sur les galères et 95 stationnés à VANNES... En juin 1597 la garnison du Château du BLAVET se révolte pour les raisons qu'elle explique dans une lettre dite des "Révoltés de BLAVET", adressée au Roi Philippe II, depuis le "Fort de l'Aigle", par la transmission de Don Mendo Rodiguez de LEDESMA (1600-1603) le 05 juin 1597. Lette explicative qui dit que "à cause du mauvais traitement de Don Juan d'AQUILA, sa dureté, de celle des autres officiers et surtout à cause de la misère, dont elle souffre depuis si longtemps. Pour tous ces motifs réunis, nous avons résolu... disent les révoltés... de nous gouverner nous-mêmes". Il y avait à cette époque deux compagnies d'infanterie et une de cavalerie à BLAVET. Selon les divisions militaires actuelles une compagnie comprend de 100 à 300 soldats... Les révoltés tiennent alors Don Juan d'AQUILA et tous les officiers en prison... Le trésorier, Pedro Bravo de VUITRAGO (°+??), et le payeur sont également prisonniers... Le chef élu des révoltés est un sergent réformé nommé GUERRERO, qui a vraisemblablement dicté la lettre à un tiers... La révolte prend fin le 27 septembre 1597, après le règlement des payes !!  La riche ESPAGNE avait du mal à désserer les cordons de sa bourse pour payer ses soldats, malgré le pillage de l'or des indiens d'Amérique du Sud !! Don Juan d'AQUILA est "débarqué" et remplacé par Vincente HERNANDEZ  (°+??). La troisième base militaire Espagnole, géographiquement située à 40 environ kilomètres de LORIENT, est aujourd'hui appelée "Fort Espagnol" à CRAC'H-LOCHMARIAQUER, sur le bord de la rivière d'AURAY qui se jette dans le Golfe du MORBIHAN, en aval du "Pont de César", aussi nommé "Pont des Espagnols". On dit que ce site est peut-être une ancienne implantation romaine... Il ne reste plus grand chose de ce fort sauf une cale... Toutes les fortifcations militaires Espagnoles furent construites ou renforcées suivant  les plans du capitaine-ingénieur Don Cristobal de ROJAS (1555-1614). C'est à travers l'Académie Royale des Sciences Exactes, Physiques et Naturelles d'ESPAGNE, aussi appelée Académie de Mathématiques, créée par Philippe II en 1583, et dirigé par Juan de HERRORA (1530-1597), que Cristobal de ROJAS et un autre célèbre ingénieur et architecte militaire, Tiburzio SPANNOCCHI (1543-1606), acquièrent une notoriété scientifique... De ROJAS y enseigna aussi son art. A cette époque c'est surtout SPANNOCCHI qui est réputé, De ROJAS en est le protégé. En 1598, il publie à MADRID un traité intitulé "Théorie et pratique de fortification selon les mesures et défense de l'époque" qu'il dédicace au Prince, le futur Philippe II d'ESPAGNE. Dans cet ouvrage, en 3 tomes, on trouve la description d'un type de compas utilisé alors par les ingénieurs et, évidemment, l'art de construire mais aussi, notamment, un traité d'artillerie... Il est également connu pour avoir réalisé les fortifications de la ville de CADIX... Le Roi Philippe II exigeait que toute décision en matière de fortification, tout déplacement ou tout acte accompli par un ingénieur soit approuvé par le Conseil de guerre... C'est pourquoi les archives de la monarchie Espagnole conservent l'historique de toutes ses forteresses, de BARCELONE a CADIX, d'ANVERS  à MILAN, de PALERME aux AçORES, d'ORAN a LA HAVANE. Ainsi tout fut  jalousement surveillé par la Cour d'ESPAGNE... Bien plus tard une "Ecole Nationale d'Art Cristobal de ROJAS" a été fondée à CARACAS, au VENEZUELA, en hommage... Beaucoup d'artistes ont été et son encore formés dans cette école, et j'ose imaginer, bien que l'écart temporel soit grand, une relation artistique avec PONT-AVEN, la cité des peintres, située entre CROZON-ROSCANVEL et PORT-LOUIS/CRAC'H-LOCMARIAQUER ??! Une liaison artistique mémorielle... Le ci-dessus Don Juan de HERRERA, géomètre, mathématicien et architecte Espagnol, très reconnu à son époque, participa à de nombreuses campagnes militaires menées par charles QUINT, et l'accompagnaa dans sa retraite à YUSTE... Honnëtement, avant de mener mes recherches sur le QUINQUINA, je ne connaissais aucun de ces ingénieurs militaires spécialistes des fortifications, jamais je n'avais entendu parler de ces experts Espagnols,  pas même chez les Compagnons du Devoir du Tour de France où j'ai opéré comme formateur en maçonnerie moderne et traditionnelle... Ils ont essaimé leurs savoirs-faire technique pendant près de 100 années sur les territoires du Royaume des ESPAGNES et des INDES... et sur quelques parties du littoral aujourd'hui Français, dont la BRETAGNE !! Je crois bien qu'un de ces prochains jours je me plongerais dans les histoires de ces bâtisseurs... 

                     Aujourd'hui, stationné à STRASBOURG, taraudé par l'espoir de la réalisation d'un retour en BRETAGNE, il me faut aussi citer, évidemment, et pour clôre mon vagabondage "Quinquiniesque", le PICON-Bière !! Le PICON, une recette originale autrefois appelée AMER ALGERIEN ou AFRICAIN, élaborée par Gaétan PICON (1809-1882), qui associait de la GENTIANE, des zestes d'orange, et des écorces de QUINQUINA macérées dans de l'Eau-de-vie... Gaétan PICON, ayant attrapé, comme nombre de ses camarades militaires stationnés en ALGERIE, une "Fièvre Maligne", inventa alors ce breuvage qui donna satisfaction et contribua à guérir les soldats... et, rapidement, il approvisionnera toute l'armée Française d'ALGERIE sur l'ordre du Général VALEE (1773-1846)... Il ouvre ensuite sa première distillerie, non pas à MARSEILLE, mais en ALGERIE, à PHILIPEVILLE, aujourd'hui SKIDA, en 1837... L'établissement de MARSEILLE n'est ouvert qu'en 1872, soit 35 ans plus tard, et cet apéritif (?!) est alors rebaptisé l'AMER PICON... Il me semble nécessaire de rappeler ici  l'action, à la même époque, en 1835-36, du Médecin-Major Français François-Clément MAILLOT, que je cite plus haut, et que devait forcément connaitrele Général VALEE... mais peut-ëtre existait-il déjà une "Discorde du QUINQUINA" en ALGERIE Française ?? En 1862, Gaétan PICON a été lauréat de l'Exposition Universelle de LONDRES pour le PICON AMER...

                           AAu fil de cette écriture je me suis souvent demandé comment j'allais retrouver la terre ferme car, je dois bien l'avouer, à certains moments je me suis laissé embarquer par la noblesse rencontrée... Je ne suis pas un habitué de ces fréquentations mais, sur les pistes de ces temps là, il n'y a pourtant, guère moyen d'y échapper lorsqu'il s'agit de relever les petites histoires qui signent la grande histoire... mais n'est-ce pas vrai aujourd'hui encore !! Comme si les petites histoires étaient attachées à dire autre chose de la vie... des petites histoires de tous les jours que tous n'entendent pourtant pas, ou peu, ou mal... que tous ne voient pas, ne veulent pas voir... Le plus souvent elles suffisent à m'ouvrir un un cheminement de  découverte. Et lorsque je parle de sérenpidité je cherche à dire que je chemine alors  "en état de réception", en "état de perception"... quelque soit le chemin emprunté, de rocaille et de terre ou de filandres mémorielles... Et cette fois encore j'ai appris... Ainsi "prendre l'apéritif" à la table familiale peut devenir l'ouverture d'une "fenêtre sur une autre cour", sur un monde de vie "en soi", un grouillement d'historiettes qui nous ont "fait" et nous façonnent encore... qui racontent le quotidien des acteurs de toutes les histoires de notre histoire, celle des petits comme celle des grands, l'histoire de tout le monde et de tous les mondes, celle de tous les quotidiens, celle des manuels et des livres d'école comme celle descriptive des encyclopédies... Ici tous les nobles rencontrés sont ceux des livres d'histoie, et je n'ai jamais eu de véritable contact, "pour de vrai", qu'avec une seule "prétendue" Baronne, dite d'Exelmans, qui "croisait" à PONT-AVEN... Et le mot "Croiseur" du vocabulaire marin est ici adapté !! Une "activiste catholique bien pensante", une "dame patronesse", une "travailleuse sociale" qui "ne voulait que mon bien et celui de ma famille" et sermonnait ma mère, la culpabilisait jusqu'à la faire pleurer, qui faisait peser sur les épaules de ma douce maman  le poids de tous les pêchés du monde... Je ne suis même pas certain qu'elle avait un titre de noblesse, mais son activisme social moralisateur, manipulateur, destructeur, et castrateur... et je pèse mes mots... auprès des familles pauvres de PONT-AVEN, ne mérite qu'un titre que je n'ai pas le courage d'écrire ici, et qui n'est vraisemblablement pas celui que sa parentèle ou ceux de son sérail peuvent ou doivent penser, en tous cas pas celui de la noblesse du coeur ou de l'âme, loin de là !     

                Au bout de cette publication qui a commencé par des histoires de vins apéritifs voici une petite histoire de boisson rafraichissante... Vers 1860, dans les rues de PARIS et de BRUXELLES, on pouvait se désaltérer en achetant un verre d'eau à un marchand ambulant... Cette boisson appelée COCO, et aussi, à ses débuts Tisane, était une boisson résultant d'une macération de bâtons de Réglisse dans de l'eau citronnée. D'après Joseph MAINZIER (°+??), le vendeur de COCO, un "grand gaillard vêtu d'un habit écarlate galonné sur toutes les coutures, en tablier blanc, portait une fontaine en tôle peinte sur le dos et quelques gobelets à la ceinture. Il s'annonçait au son d'une clochette et criait :"COCO, COCO, COCO frais ! Qui veut du COCO ??" ou "A la fraiche ! A la fraiche ! Qui veut boire ??", ou encore "A la fraiche, qui veut boire ?? Deux coups pour un liard !!"... Cette boisson était donc vendue 1 LIARD jusqu'en 1946, puis 2 LIARDS, alors qu'en 1866 elle valait un SOU !! Un LIARD valait 1/4 de SOU, soit 3 DENIERS, et il fallait 20 SOUS ou 240 DENIERS pour faire une LIVRE Française... Donc, selon Jean FOURASTIE (1907-1990), on peut admettre un convertissement sur la base de 30 euros pour une LIVRE, soit 0,125 euro pour un DENIER, ce qui donne 1,50 euro pour un SOU et O,375 euro pour un LIARD... Donc, sauf erreur ou omission, le prix du verre baissait régulièrement !! Selon l'Encyclopédie "La fontaine se composait à l'intérieur de deux compartiments que le marchand ambulant remplissait également d'une eau limpide. Dans l'un il introduisait quelques bâtons de réglisse : voilà pour la boisson. L'autre ne demandant aucun ingrédient : l'eau qu'il renfermait n'avait d'autre destination que de s'échapper parcimonieusement 200 ou 300 fois dans la journée, pour avoir l'air de rincer des gobelets toujours essuyés au même tablier"... Chaque matin le marchand ambulant étudie le jeu de son double robinet, fixe sa fontaine sur ses épaules au moyen d'une courroie, accroche à sa ceinture ses 3 ou 4 gobelets argentés, faits en forme de coupes élégantes plus ou moins bossués, s'arme d'un bâton qu'à chaque halte il placera sous la base de son fardeau, s'en servant comme d'une troisième jambe afin de maintenir l'équilibre, et se met en marche...  A chaque halte près d'une borne-fontaine il fait le plein d'eau"... Encore selon J. MAINZIER, "l'hiver il soumet le matin sa liqueur au plus haut degré d'ébullition, et malgré le vent et la neige, alors même que le thermomètre marque le fatal degré de la congélation des liquides, vous le verrez passer triste et grelottant, mais imperturbable et fier..." On peut trouver une image de ce vendeur  dans l'encyclopédie d'ALEMBERT... 

                     Pour enfin en terminer voici une "pensée" du pharmacien et goguetier Charles Louis Cadet de GASSICOURT (1729-1821) que j'ai déjà rapidement cité plus haut : "Si tu n'as pas deviné, c'est que tu n'as pas l'esprit de vin". Voilà c'est tout pour cette fois... Ma prochaine publication portera sur les bonbons de mon enfance.

Les signes °+ ?? placés entre parenthèses indiquent ques les dates de naissance et de décès sont introuvables...

PETITE BIBLIOGRAPHIE

"Le livre des vins", Arnaud de VILANOVA, traduit, préfacé et annoté par Patrick Gifreu, eds de la merci, 2011

"Description de l'arbre à QUINQUINA", Joseph de JUSSIEU, 1737... Ed inconnu !!

"BYRRH, petite histoire d'une grande marque", A. BLAIVILLE, Eds Equinoxe... Date inconnue !!

"Edmond Bartissol, 1841-1916. Du canal de Suez à la bouteille d'apéritif", Jean-louis ESCUDIER, Eds du CNRS, Paris, 2000

"Itinéraire d'un entrepreneur de travaux publics éclectique  : Edmond BARISSOL. 1841-1916", Jean-Louis ESCUDIER, in Histoire, économie et société, année 1995, Vol 4, n° 14-2,, pp. 229-2521.

Paul DORVEAUX, année 1918, Bulletin de la Société d'Histoire de la Pharmacie, Vol.6, n°19, PP.358-36, "La chymie charitable et facile, en faveur des dames", Marie MEURDRAC, 1666, éditions du CNRS Paris, nouvelle dition présentée et anotée par Jean Jacques, CNRS, 1999

"Confusions historiques à propos du QUINQUINA", Léonardo GUTIERREZ-GOLOMER, in Revue d'histoire de la pharmacie, Vol. 56, n° 199, pp. 187-190, 1968

"L'évangélisation des indiens selon le jésuite Da COSTA dans le DE PROCURANDA INORUM SALUTE (1588), Jérome THOMAS, in Cahiers d'études du religieux, 2012, recherches interdisciplinaires, online... Jérome THOMAS, docteur  en Anthropologie est chargé de cours à l'Univ. de Montpellier III, équipe CRISE......... www.cerri.revues.org/942

"Evangélisation des populations Andines au XVIème siècle. Policia cristina et conquète des corps", Jerome THOMAS, Eds Les Indes Savantes, Paaris, 2014

"Traité thérapeutique du QUINQUINA", P. BRIQUET, Eds Victor Masson, 1853-1854 (??).... Des copies de cet ouvrage sont peut-être possibles par la Bibliothèque et Musée de l'école de Médecine Navale de ROCHEFORT

"L'Amérique. Histoire du Christianisme", t. VIII, A. MILHOU, in "Le temps des confessions (1530-1620)", M. VENARD (dir), Paris, Eds Desclée, 1992

"La lutte contre les religions autochtones dans le PEROU colonial. L'extirpation de l'Idolatrie entre 1532 et 1660",                P. DUVIOLS, LIMA, Institut Français d'etudes Andines, 1971

"Quleques étapes dans l'acquisition de nos connaissances sur le Paludisme", Marcel VAUCEL...                                        http://www.Biusante.parisdescartes.fr

"Traité des fièvres pernicieuses intermittentes", Jean Louis ALBERT, 3ème édition, Hachette, Paris, 2013

"Journal général de la france", M. l'Abbé de FONTENAL, n°8, vendredi 8 janvier 1790, quotidien à partir de 1790...

"La légende du QUINQUINA", GULTAR Eugène-Humbert, in Revue d'histoire de la Pharmacie, année 1966, Vol. 44, n° 148, pp. 287-288

"Les hommes du QUINQUINA", Jean-Claude ROUX et Fernando OVIEDO, sur http://www.horizon.documentation.ird.fr

"Le sain et le malsain. Santé et mieux-être depuis le Moyen-âge", Gorges VIGARELLO, seuil, 199

"Histoire de J-B BOSSUET", L-F de BAUSSET, Versaailles, T. III, 1814, p. 336... cité par G. VIGAREL

"Mémoire sur le KINKINA Français", Alphonse Antoine LEROY, EDS Méquignon, Paris, 1808

"De la contagion règnante sur les vaches, sur les boeufs et sur l'homme, en quelques contrées de France", Alphonse Antoine LEROY, Eds Janet et Cotelle, Paris, 1814... Dans cet ouvrage quelques recettes de QUINQUINA pour divers soins aux animaux et aux humains... Le lecteur notera ci-dessus que  certains auteurs prétendent que, déjà au XVI, les CONQUISTADORS avaient observé que les animaux lèchaient "L'arbre à fièvres"...!!

"Manuel de la saignée", Alphonse AntoineLEROY, Eds  Buisson, Paris, 1807

"De la saignée et du KINKINA dans le traitement de la fièvre jaune", Docteur Jean-louis-Geneviève, Eds P. Renouard, Pais, 1826

"Joseph DOMBEY, médecin, naturaliste, archéologue, explorateur du PEROU, du CHILI et du BRESIL, 1778-1783", Edition GUILMOTO, 1905.

"A revision of the genus CINCHONINE RUBIACEAE", Bengt Lennart ANDERSON, in Mémoires of the new York Botanical Garden, Vol. 80, 1998

"La lutte contre le paudisme en Algérie", L. ABID, professeur à la faculté de médecine d'Alger. 14/11/06 www.santetropicale.com

"JULI (1576-1604) et les premières expériences missionnaires des Jésuites au PEROU. Eglise et politique  en Amérique Hispanique (XVI-XVIII)", M. HEIMER, Talence, P.U de Bordeaux, 1984 

"La médecine à la renaissance", Roger TEYSSOU, Eds L'harmattan, Paris, 20O2

"Brève histoire des QUINQUINAS", François TILLEQUIN, pp.68-69, in "Histoire des plantes : le jardin botanique de la Marine. 1766-1890", exposition présentée au Musée BALAQUIER de la SEYNE-sur-Mer du 03/O2 au 31/12/2008

"Le QUINQUINA, culture, préparation, commerce", E. PRUDHOMME, Ed CHALAMEL, Paris, 1902

"Histoire naturelle des QUINQUINAS, ou monographie du genre CINCHONA"", Hugh d'ALGERNON WEDDEL.... puis "Voyage dans le nord de la BOLIVIE", 1853...

"Un problème complexe : la régression du Paludisme en France", J. CALLOT, in Annales, économies, sociétés, civilisations, année 1947, Vol. 2, n°3, pp. 328-335

"TREVE et le Vera-Cruz : les horizons d'un marchand de toiles de Bretagne Centrale au XVIIIème siècle", Yann LAGADEC, in Annales de BRETAGNE et des Pays de l'Ouest, 2005...... http://abpo.revues.org/1124

"L'Amazonie en FRANCE. Production scientifique et culturelle", RENARD-CASEVITZ, Catalogue de l'expo.,  BELEM, 1989

"Rapport sur la culture des arbres à QUINQUINA", G. PHILIPPE.... infos complémentaires  perdues !!!

www.indibio.org.... Institut pour la biodiversité Biologique (INDIBIO)

"Prospectus sur le KINKINA Français", Alphonse LEROY, in "Mémoires sur le KINKINA Fraançais. Mémoire lu à l'Assemblée des professeurs de l'école spéciales de médecine de Paris, le 20 mars 1808",  Mequignon, Paaris, 1808, p. 4

"Le docteur Joseph-François BOURDIER de LA MOULIERE et ses travaux sur le QUINQUINA fébrifuge, 1809-1811", Isabelle COQUILLARD....... http://www.biusante.parisdescartes.fr/sghm/hsmx2010x044x002/hssmx2010

"Histoire des sciences médicales", Tome XIII, n° 2, 2010

"Histoire de la chimie", M. HOERFER.... qui dénonce les prétendues découvertes de VILANOVA, ou VILLENEUVE

Isabelle COQUILLARD in "Histoire des sciences médicales", trimestriel, organe officiel de la Société française d'histoire de la médecine, t. XLIV, n° 2, 2010, PP. 141-151...

"Correspondance du Duc de MERCOEUR et des Ligueurs Bretons avec l'ESPAGNE", Philippe Emmanuel de LORRAINE, Gaston Louis Michel Marie CARNE, Eds J. Pihon et L. Hervé, t. 3 (?), 1899

CODEX MEDICAMENTARIUS PARIENSIS", publié en 1758, sous le décénat de J-B. BOYER.....                                               http://www.medarus.org/medecins/medecinstextes/arnaud_dv.html

"CODEX MEDICAMENTARIUS, Pharmacopée Française. Décret du 13 février 1884", Ed Masson, Paris..... De cet ouvrage on peut extraire quelques formules pour fabriquer du vin de QUINQUINA...

"Les Français peints par eux-mêmes", in "Encyclopédie Morale du 19ème siècle", T; 4, Jean MAINZIER, Eds L. Curmer, pp. 244-248... 10 volumes... Je ne retrouve plus la date de publication... Cette publication est consultable sur le site GALLICA de la B.N.F... Jean MAINZIER a signé d'autres nombreux articles technico-rigolos : "Le marchand de parapluies", "le marchand de peaux", "le porteur d'eau", "la laitière", "le vitrier peintre", le patissier", "les cris de Paris", etc, etc...

"Le marchand de COCO", Auguste RICARD (!!), 1830...  Et "COCO, COCO, COCO frais !", nouvelle de Guy de MAUTPASSANT, parue en 1878... Et aussi un drame en 5 actes d'Adolphe DENNERY, créé au théatre l'Ambigu en 1860, intitulé "Le marchand de COCO"... 

Voir les Annales de la Sociét Royale Académique de NANTES au sujet de don Diego BROCHERO...

http://bibliotheque.academie-medecine.fr.... Et aussi http://www.informationhospitaliere.com/medicamentsDetailsO.php

www.santetropicale.com

           J'invite mes lecteurs à soutenir l'action de Jeronime PASTEUR dans sa lutte de soutien aux indiens ASHANINKAS du PEROU, au fin fond de la SELVA... et à lire ses bouquins, notamment "L'appel de la forêt"... http://jeranimepasteur.com/index.php..... www.jeronimePasteur.com.... Et aussi, hhtp://.lebatondeparole.com/pages/general/histoire/les-ashaninka-du-Perou-1.html.... Et aussi les travaux de France-Marie RENARD-CASEVITZ, ethnologue, directrice de recherche au CNRS.

            Pour mes lecteurs qui ont un projet de voyage et de séjour en Bretagne, aux environs de Quimper, Concarneau et Lorient, voici l'adresse d'un gîte rural tenu par l'un de mes meilleurs amis d'enfance pontaveniste.  Il vous accueillera chaleureusement et vous guidera sur les chemins et les sentiers mystérieux de notre région natale :

Pierre Rosot, "Le refuge de la salamandre",                                                                                                                                                lieu-dit Poultréo, 29300, Baye..., non loin de Quimperlé (Gare SNCF).                                                                                                             Tél : 06. 62. 48. 81. 10... www.lerefugedelasalamandre.com....                                                                                             Signalez lui que vous connaissez mon Blog...  

KENAVO            SIZIG LOEIS AR GARREG

17:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

vendredi, 05 septembre 2014

Bonbons Zan, Pastilles Pulmoll, Vichy et Valda, Cachous, Carambars et boisson Tang à Pont Aven

          Il y a quelques mois à Strasbourg, non loin de la place de l'Homme de Fer, j'ai osé entrer dans une toute petite boutique  de confiserie... je dis "osé" parceque "du haut" de mes  62 ans j'avais la crainte idiote de passer pour un vieux "béta", "gaga", un vieil homme décati très touché par le passage du temps... Mes quelques cheveux blancs ont fait rougir mon front et mes joues... Et au moment de franchir le pas-de-porte de la boutique parfumée j'avais les "chocottes", j'étais dans mes "petits souliers" et aussi "mal dans mes baskets" !!  En vérité, ce jour là je portais des chaussures de randonnées, mais il est bien vrai que je me sentais "très coinçé aux entournures"... Dans la petite boutique il n'y avait que moi et le commerçant, un jeune gars sympa, très souriant... Souriait-il de me voir là ??, je ne sais, mais celà a suffit pour déclencher ma logorrhée romantique et nostalgique... Mais, hélas, "trois fois hélas", les bocaux étagés sur les comptoirs ne contenaient quasiment aucun des "bonbecs" de mon enfance Pontaveniste... Le jeune cmmerçant en était tellement désolé que la rougeur d'origine presque honteuse de mon visage est devenue illumination joyeuse malgré ma relative déception. Ce qui s'est passé cet après-midi là semble bien confirmer en partie que le simple sourire d'un tiers peut contribuer à la restauration de la confiance en soi...  Et relative déception puisque dans les copies de bocaux anciens de ce commerçant strasbourgeois j'ai tout de même trouvé deux marques de "bonbecs" : le fameux "Carambar" et les rouleaux de Réglisse "Zan"...  Je n'ai pas acheté de "Carambar" mais une dizaine de petits rouleaux, ou bobinettes, de Réglisse que j'ai dégusté avec délice en flânant sur la rive droite de l'Ill, un affluent du Rhin... Avec délice, c'est peut-être beaucoup dire car j'ai le souvenir d'un goût de réglisse plus prononcé, plus fort... Pourtant, depuis, presque chaque semaine, je me fais un même petit "Trip Réglisse"...

            Les "BonBecs"... de BonBons, sans M devant le B... On retrouve les traces du mot "bonbon" dans les mémoires de Jean Héroard (1551-1628), précepteur, auquel Henri IV confie, 3 jours avant sa naissance, le Dauphin,  futur Louis XIII (1601-1643). Selon certains auteurs ce serait à cette époque que "bonbon" aurait été inventé à partir de l'observation des enfants qui répétaient  "bon... bon", un redoublement enfantin appréciateur qui aurait formé le mot... Mais il semble bien que, plus vraisemblablement, l'origine du mot soit princier... De nombreux autres précepteurs ont accompagné le Dauphin : Nicolas Vauquelin, seigneur des Yveteaux (1567-1649), poête libertin ; Nicolas Le Fevre (1554-1612) ;  David Rivault de Flurence (1571-1616), professeur de mathématiques... mais le texte-journal de 11054 pages tenu par Jean Héroard est considéré, selon Madeleine Foisil (1) "comme un trésor inestimable à la fois pour toutes les études sur le français du début du 17ème siècle, pour la linguistique historique et pour l'acquisition du langage... et intéresse les historiens et les psychologues...", et l'on peut encore ajouter la pédiatrie, l'obstétrique, l'odontologie... Ainsi, sur ce journal, précise Micheline Ruel-Kellermann (2), "dès le 1er jour, seront consignés tous les détails concernant la nature, la prise des aliments, les boissons, les exercices, les moments de repos, le sommeil, les réveils, l'état de santé (pouls, température, troubles fréquents) et ce qui n'est que trop connu : la quantité, la consistance et la couleur des évacuations de cet enfant royal"... Le Dauphin "né sain et robuste de corps, d'après la minutieuse description écrite au moment même où il vient au monde, aurait dû pourtant, dès le lendemain subir un petite opération : comme il pouvait à peine têter il lui fut regardé dans la bouche et vu que c'était le filet qui était en cause ; sur les cinq heures du soir, le 20 septembre 1601, il lui fut coupé à 3 fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi..." (3). Jacques Guillemeau (1549-1613) chirurgien d'Henri IV, père du Dauphin, était aussi pédiatre et obstétricien. Dix sept années plus tard, en 1618, l'un de ses trois enfants, son fils Charles (1588-1656), est lui aussi nommé chirurgien de Louis XIII et reçu docteur en 1627, puis devient doyen de la faculté de médecine de Montpellier en 1634-1635. Selon le texte de Jean Héroard "cette opération avait été mal faite ou l'enfant avait un défaut naturel dans la conformation de la langue, car, lorsque le Dauphin commence à prononcer quelques mots on s'aperçoit qu'il bégaye en parlant et il se fâche quand il ne peut prononcer autrement"... M. Ruel-Kellermann indique encore que le journal de Jean Héroard "témoigne par de précieuses observations des parafonctions : grincements de dents, mâchonnements de langue et de ce qui fut le handicap le plus douloureux de l'enfance de ce futur roi : le bégaiement... Ce bégaiement le rendait réellement très malheureux : ", à 3 ans il bégaye en parlant, se fache a ne taré dire !!..." En décembre 1604 Jean Héroard remarque encore que le Dauphin "bégaye fort en parlant". C'est surtout lorsqu'il est ému, qu'il s'anime, ou qu'il se met en colère, que le Dauphin mâche "sa grosse langue, comme il avait accoutumé de le faire quand il faisait une chose avec grande ardeur". Et Nicolas Le Fevre, second précepteur du futur Louis XIII, note en août 1612 "qu'un jour, ne pouvant bien sortir à son gré, je ne sais quel mot, il s'empoigna le visage de ses mains, à demi en furie de ne pouvoir prononcer comme les autres". Jean Héroard, précepteur, qui était aussi médecin qui pratiquait la phytothérapie, et vétérinaire, tiendra jour après jour, une comptabilité précise des produits divers délivrés au Dauphin. Selon Robert Labey (4), qui a potassé le journal de J. Héroard, "le sucre, denrée coloniale, à l'époque rare et chère, est dispensé largement au Dauphin par Claude Guérin : dès son sixième jour, le sucre en poudre s'associe à l'huile d'amandes douces et ensuite Sirop Violat et Julep Rosat, dragées, pastilles, tablettes, conserves viennent s'ajouter aux desserts et collations riches en "Fruictis Confis" qui sont des fruits au sirop, et aux "confitures sèches" qui sont des "Fruits Confits" (p.62). R. Labey précise que "dès le sevrage de l'enfant, apparaissent des breuvages sucrés, à commencer par la tisane (décembre 1603), venue du temps d'Hippocrate et dont le nom en Grec signifie "Concassé"... car c'est en effet une décoction de grains d'orge brisés, aromatisés au miel dont on se servait à l'origine dans les maladies aiguês (Littré) et auquel le sucre succéda" (p. 62). L'apothicaire  "Claude Guérin possède un alambic que l'enfant va voir, dans une chambre du Château-Vieux, le 3 juin 1606. Guérin prépare des pommades, des onguents, toutes sortes de médicaments, mais surtout il règne sur les balances et les mortiers et trouve dans le Dauphin une aide occasionnelle, souvent maladroit, mais toujours attentif. Ils font ensemble du lait d'amandes, du Massepain, petit gäteau aux amandes pilées, au sucre et aux blancs d'oeufs et, avec la collaboration de l'Apothicaire de la reine mère, Marie de Médicis (1573-1642), des violettes confites sèches. Dans le Journal de J. Héroard il est souvent question de dragées. Ce n'était pas les dragées de sucre dur que nous connaissons : l'inventeur mythique de cette confiserie, le romain, Julius Dragatus, ne fabriqua pas autre chose que des amandes recouvertes d'un miel plus ou moins déssèché... Les dragées d'Héroard n'étaient que des pilules roulées dans du sucre en poudre. L'enfant s'amuse à faire des tablettes de mie de pain qu'il nomme pilules et qui sentent le goüt amer des dragées de rhubarbe (septembre 1606), ce qui serait impossible avec de vraies dragées" (p.63). Je n'ai eu accès qu'à quelques extraits du journal de Jean  Heroard et, partiellement, aux travaux des auteurs cités ci-dessus, mais j'admet sans difficulté que le mot "BonBon" ait été signalé pour la première fois en 1604 par J.  Héroard selon lequel le Dauphin, alors ägé de 3 ans, aurait exprimé son plaisir de goûter une friandise de sucre en disant Bon...Bon... L'origine princière et bégayante de ce redoublement enfantin appréciateur, ainsi contextualsée, est assez plaisante, malgré tout, et me convient bien...

             Après les BonBons et avant les Pilules voici les Pastilles aux origines séculaires... Une technique de fabrication  de médicaments et de confiseries dont on dit qu'elle fut introduite en France par un confiseur italien : le florentin Jean Pastilla (état civil introuvable), qui aurait accompagné Marie Médicis (1573-1642) lorsqu'elle vint en France en 1600 pour épouser Henry IV... Mais, comme d'autres, je me demande si ce nom Pastilla ne provient pas plutôt de l'exercice du métier de fabricant de pastilles, et ne serait donc qu'un surnom professionnel... Pline l'Ancien (23 apr. J.-C -79), grand naturaliste, écrivain latin et Amiral de la flotte de Misène quand survint l'éruption du Vésuve au cours de laquelle il périt, parle dèjà de pastilles dans son "Histoire naturelle", vaste compilation scientifique en 37 livres.... Martial, ou Marcus Valerius Martialis (Vers 40-vers 104), évoque clairement dans ses "Epigrammes" les pastilles, "ces drogues" qui "blanchissent les dents", d'un certain Cosmus dont on raconte qu'il a dû être un des premiers confiseurs de l'histoire de la confiserie... Ce Cosmus ne semble, par ailleurs, n'être connu que par les citations qu'en fait Marcellus Empiricus dans "De Médicamentis", un imposant ouvrage commencé vers 401 ou 408, sous le règne du créateur du "Code Théodosien", Théodose II (401-450), Empereur romain d'Orient (408-450), et terminé, peut-être, vers 445, dans lequel il signale aussi des pastilles... Cosmus, confiseur et apothicaire, auteur de collyres, d'antidotes et de remèdes divers, en particulier contre les maux de ventre, avait donc également mis au point des pastilles désinfectantes pour la bouche à base de myrte, de lentisque et de fenouil... Horace, ou Quintus Horatius Flaccus (65-8 av. J-C), le célèbre poète latin, évoquait lui aussi des pastilles parfumées dans ses "Satires" composées vers 30 avant J-C... Marcellus Empiricus, sans doute né vers le milieu du IVème siècle et décédé dans les dernières années du même siècle, est un auteur médical latin de l'Antiquité romaine tardive, aristocrate et haut fonctionnaire impérial à Constantinople auprès de l'Empereur romain Théodose 1er, ou Flavius Theodosius dit le Grand (v. 347-395), qui l'a nommé Maître des Offices, une charge qu'il tenait encore en 395, la première année du règne d'Arcadius (v. 377-408), Empereur romain d'Orient (395-408), père de Théodose II et fils aîné de Théodose 1er... Etre Maître des Offices faisait de Marcellus le Ministre de l'Intérieur et de la Police impériale puisqu'il supervisait les Gardes de l'Empereur et qu'il dirigeait la Poste dont les acteurs avaient pour mission de transmettre les Lois et lettres impériales tout en jouant le rôle d'agents secrets... Son ouvrage "De Médicamentis" est une longue liste de tous les remèdes qu'il avait pu recueillir dans ses lectures et dans le cours de ses voyages, il rassemble un important héritage de pratiques médicales fondées, selon la grande tradition de ces époques, à la fois sur la magie curative et l'expérimentation, c'est un "manuel d'automédication qui repose sur une médecine pratique... qui a valu à son auteur le surnom Empiricus, en raison de l'emploi fréquent des mots Expérimentum et Expériri.." (5). On donnait aussi, parfois, à Marcellus Empiricus le surnom de Burdigalensis, c'est-à-dire le Bordelais, mais il semble bien, selon M. Gayraud, que Marcellus était natif de Narbonne et donc d'origine Gauloise confirmée... Dans De Médicamentis on rencontre aussi de nombreux mots Gaulois, notamment en botanique, ainsi dans 13 cas, par exemple, il donne le nom d'une plante en Grec, en Latin et en Gaulois... Sur cette thématique spécifique de l'origine Gauloise de Marcellus j'invite mes lecteurs à lire le travail de ce chercheur référencé dans ma petite bibliographie... Entre les ouvrages "Histoire Naturelle" de Pline l'Ancien et "De Médicamentis" de Marcellus il y a des passages communs, une certaine convergence, par exemple dans le Livre VIII du "De Médicamentis" on lit, selon M. Gayraud, "des phrases sur l'usage du miel et de la salive pour adoucir l'irritation des yeux qui viennent directement des livres XXVIII et XXIX de Pline"... "Dans le Livre VIII de Marcellus, consacré aux yeux, on trouve 37 recettes de Collyres. Or l'ophtalmologie est une spécialité particulièrement développée en Gaule aux IIème et IIIème siècles, comme on le sait par les découvertes archéologiques nombreuses... des trousses d'ocultistes contenant des spatules, bistouris, pinces, mortiers et petites balances. Mais ce sont surtout des cachets d'ocultistes, sans que l'on sache expliquer cette concentration géographique... trouvés en Gaule, environ 200, suivant les grandes voies de communication dans les régions du Nord et de l'Est (Bourgogne, Champagne, Ardenne, Alsace)" (5)... Ces cachets d'ocultiste, ou cachets à Collyre, se présentent sous les formes parallélépipédiques ou rectangulaires, plats, de préférence en Stéatite, de 3 à 5 cm de côté, dont les surfaces sont plates et légèrement déprimées au centre, tandis que les côtés portent des inscriptions gravées pour imprimer, en phase molle ou pâteuse, les médicaments composés et préciser, à la fois, le nom de l'oculiste, celui du collyre, et l'indication thérapeutique... Ainsi tenter d'établir les origines des pastilles implique, "a minima poena", de considérer cet univers technique historique des ocultistes, autant que celui des apothicaires !!. Selon M. Gayraud "Dans l'Antiquité romaine il n'existait qu'une spécialité dont les médicaments furent toujours aux mains des médecins : l'ophtalmologie, dont les collyres nécessitaient des dosages précis qui furent toujours fabriqués par les ocultistes à partir souvent de formules secrètes... de cette tradition viennent les médicaments à base de plantes exotiques qui sont des produits d'importation acheminés par les Empires" (5)... Et, de mon point de vue amateur, il convient de penser au-delà même de la Rome antique et de considérer les relations de celles-ci avec le "reste du vaste monde"... D'après Danielle Gourevitch "les médicaments estampillés sont généralement des Collyrses au sens antique, petit pain ou petit boudin de remède, desquels on coupe la dose nécessaire... des pastilles à l'antique, plats et circulaires... des bâtonnets à Collyre..." (6). Ces différents cachets professionnels d'ocultiste sont considérés comme des biens relativement précieux et sont évoqués dans quelques textes de Droit romain relatif à la transmission et à l'héritage des médecins, notamment le "Code Théodosien" cité ci-dessus... Pour la fabrication des cachets d'ocultiste trois types de pierre sont le plus souvent cités, la Stéatite, la Serpentine et le Schiste ardoisier. La Stéatite, du Grec Steatos qui signifie graisse, est une pierre dont les composants principaux sont la magnésite, la dolomite, la chlorite, et le talc. Depuis des milliers d'années la Stéatite, également appelée "Pierre à savon", "Pierre Ollaire" (du latin Ola, marmite), "Craie de Briançon", "Saponite", est employée dans le Monde entier pour fabriquer des outils, des carafes, des vases, des gobelets, des sculptures, des cheminées, et donc aussi du matériel pour les médecins, apothicaires et oculistes... Pline l'Ancien confirme l'utilisation de la Stéatite (talc-micaschiste) pour la confection des vases... Elle était aussi utilisée en Asie pour la réalisation de nombreux divers objets d'art et accessoires ménagers... En Chine, la Dynastie des Ming (1368-1644) s'éprit de cette pierre... l'engouement suscité par la Stéatite gagna ensuite la Grèce Antique, notamment la Crète, l'Afrique puis l'Europe... D'une région à l'autre, d'une carrière à l'autre, la couleur de la Stéatite peut varier : blanc, gris, brun, vert, vert lichen, vert boréal, jaunâtre, anthracite, ou dégradé de vert ou de rose... C'est une pierre tendre/demi-dure, insoluble dans l'eau, imperméable, ininflammable, résistante et "molle", et donc facilement façonnable à l'aide d'outils très simples, du bois dur par exemple... La fabrication des cachets d'oculiste était relativemnt élémentaire. et l'on pouvait trouver de petites carrières un peu partout dans le monde, ainsi en France, par exemple, sur les sites de l'Oisans (Valgaudemar), du Massif de l'Esterel, du Massif de Belledonne, du Massif du Queyras, du Massif des Maures, de la Haute vallée d'Ariège, et même en Bretagne, à Poullaouen (29880), etc... mais également en Italie sur les sites du Territoire de Livourne, du Piemont, de la Ligurie à la Toscane, dans la vallée de Tore et Cerno, etc... Pour en finir ici avec l'historique partiel des origines de la pastille, et des cachets de moulage qui y sont associés, je me dois de signaler encore deux pistes d'études... La première réside dans le travail de F. Janot selon lequel il existait aussi "à l'époque Romaine, des petites pastilles en cire recouvertes d'or, façonnées à partir d'un moule préfabriqué... dans 6 formes différentes, avec une nette préférence pour les types ronds et rectangulaires... des pastilles utilisées dans les pratiques d'embaumement, les rituels, et disposées directement soit sur la peau, soit à l'intérieur des cavités thoraciques et abdominales... 19 momies découvertes dans la "Vallée des Reines"... et neuf pastilles en cire dorée retrouvées sur la momie de Sénamphiômis, disposées : deux sur chaque oeil, une sur le front, la bouche, le cou et les 2 gros orteils... dans l'Egypte ancienne..." (7) témoignent, avec quelques variantes, de la sécularité des pastilles... Ici les petits moules préfabriqués sont encore en pierre... La deuxième piste est maritime et se rapporte aux fouilles d'un navire romain naufragé entre 140 et 120 avant J-C dans la mer Tyrrhénéenne, le long de la cöte de Tosacane... Selon les déclarations d'Elio Cadelo, vulgarisateur scientifque, lors d'une conférence de presse à Bologne, elles ont permis de découvrir le matériel, quasi intact, d'un médecin : des fioles, des bandelettes, des outils chirurgicaux et des petites boites encore fermées qui contenaient, bien conservées, des pastilles !!

            Ainsi, des pastilles du monde Antique Romain à celles de mon enfance Pontaveniste des années 60-70, plus de 1800 ans d'histoire de la confiserie et du médicament !! Chacun le sait, dans l'enfance les pastilles peuvent vite être cconfondues avec les BonBons, et il importe que les parents soient vigilants... Comme mes copains, lorsque je disposais de quelques pièces nichées au fond de mes poches, sous mon mouchoir, je courais chez Marie Pichou, ma voisine de la rue des meunières, ou chez Fine Ligeour, "au quai", comme on disait alors, près de la passerelle "rustiquée" en ciment, ou encore chez la mère Gourvellec, près du Pont et de la place de l'église... toutes les trois épicières... La mère Gourvellec tenait aussi un bureau-tabac et portait la coiffe traditionnelle de l'Aven, comme Fine qui était aussi "bistrotière"... Il y avait également la boulangerie-patisserie Kauss, près du lavoir Limbourg que fréquentait ma mère lavandière, et la boulangerie-patisserie Daoudal, place de l'hötel de ville... Les pastilles, Valda, Pulmoll et Vichy étaient achetées, en général et donc pas toujours (!!), à la pharmacie Bayou, la seule de la commune, près de la boulangerie Daoudal...  Bien sur il y avait quelques autres boutiques de détail épicier, comme la Coop et Eco, des enseignes de "proximité" comme on dit aujourd'hui, mais c'était autre chose, ils manquaient de cette "intimité cachotière" particulière, un peu naphtalinée, qui régnait chez Fine et la mère Gourvellec, un peu moins chez Marie Pichou... Pour l'enfant que j'étais, dans la hiérachie de mes préférences, les boulangeries-patisseries Kauss et Daoudal étaient placées après les trois épicières mais avant les enseignes... A la belle saison ces boulangeries-patisseries proposaient également des glaces servies dans des cornets gaufrés simples ou à embouchure élargie pour 2 ou 3 boules... Des trois épicières celle qui m'attirait le plus, la mère Gourvellec, était une vieille dame, assez menue et nerveuse, un peu, voire très étrange, qui glissait dans les plis et replis de sa blouse noire et des amples manches de sa robe les billets de banque et de multiples autres petits papiers... Ces manches étaient serrées et fermées par des élastiques qu'elle devait retirer pour encaisser et décaisser... de même avec la monnaie qu'elle répartissait dans les pochettes "secrètes" de son habillement breton... c'était rigolo de la regarder faire ainsi... une façon de cérémonial qui durait "un certain temps" !!... C'était magique, et un peu inquiétant... elle était gentille... et je n'ai pas le souvenir de lui avoir "chipé" le moindre BonBec, la moindre friandise... impossible... Sa petite boutique était un véritable capharnaüm de boïtes empilées, de cartons ficelés et de bocaux aux couvercles multicolores remplis de centaines de bonbons de toutes sortes... Depuis son petit comptoir elle circulait entre les piles, disparaissant de temps en temps dans son arrière boutique... comme dans un théatre d'ombres chinoises, sa silhouette noire se faufilait entre les piles et sa petite coiffe semblait alors trottiner au sommet des cartons... comme une animation BD cinématographique avec Effet Phi, selon la description du psychologue de la forme (Gestalt) Max Wertheimer (1880-1943), assez semblable à la Praxinoscopie d'Emile Reynaud (1844-1918)... Fine Ligeour aussi était une vieille dame habillée en noir et portant la coiffe, elle  tenait un petit bistrot dans lequel on trouvait également un espace épicerie avec un rayonnage pour les BonBons, mais le choix était moins varié que chez la mère Gourvellec ou chez Marie Pichou... L'ambiance bistrotière avait un petit "fumet" de marine et de meunerie, les anciens de Pont-Aven, dont mon père, s'y retrouvaient autour d'un verre de rouge et pour jouer aux cartes... les enfants n'y stationnaient jamais, ils ne venaient évidemment là que pour s'offrir, vite fait, avant l'entrée ou à la sortie de l'école, des "Carambars", des "Malabars", et autres divines sucreries... Ce bistrot, à 250 mètres de chez moi, était sur le chemin des écoles privées Parc-Moor, pour les garçons, et Saint Guénolé pour les filles... au bord de l'Aven, on peut même dire sur l'Aven, dans l'ancien moulin du Grand Poulgouin (du breton "Trou à vin"), en face des fabriques des fameuses Galettes "Traou Mad", les maisons Penven et Le Villain... Pendant les vacances scolaires les enfants allaient plutôt ailleurs, et Fine n'y était pas pour grand chose... elle aussi était gentille avec chacun, mais l'endroit était celui des adultes... Je me souviens d'elle allant servir les tablées, se déplaçant lentement, un peu courbée, et se balançant en "trainant la savate"... Au moment de quitter son comptoir pour aller en salle elle avait toujours le même mouvement : avec sa main droite elle s'emparait de la bouteille, posait sa main gauche sur le coin du petit bar en bois, comme pour se lancer, se projeter, doucement vers les clients, le regard noir, un peu fuyant, en coin et  "par dessous"... Marie Pichou, c'était autre chose... elle tenait l'épicerie avec sa fille Geneviève, toutes les deux portaient une blouse bleue... Dans cette épicerie ma mère faisait très souvent  "croum" (crédit), c'était notre voisine... on y trouvait un peu de tout... et, bien sûr, des BonBons que je "bavais" de goûter à chaque fois que j'y allais faire des courses, les poches vides... Lorsque, de temps en temps, j'avais des sous, "mes sous à moi", alors je dépensais presque tout... petit à petit, bocal par bocal, de BonBon en BonBon... en salivant presque sans retenue, une délectation anticipée... Ecrire celà, hic et nunc, provoque encore en moi cette sensation délicieuse, cette montée salivaire sucrée, Proustienne... Les coiffes de la mère Gourvellec et de Fine Ligeour étaient à la mode de Fouesnant - Giz Fouen - celles de l'Aven, ici réduites au bonnet (boned) cylindrique, "de tous les jours", une forme de toque en toile noire, épaisse et rigide, cerclée d'un ruban, posée au sommet de l'occiput, dans laquelle le chignon était ramassé, la nuque étant dégagée... Appelée "Koef vihan", cette petite coiffe, ou coiffette, épinglée dans les cheveux, est la base sur laquelle vient se greffer, "s'emboiter", pour la complèter, la "Koef Vras", la grande coiffe avec ses deux grandes ailes brodées relevées et pliées sur le devant, typiques de Pont Aven... Je crois me souvenir que les coiffettes simples (koef vihan) que portaient ces deux vieilles dames étaient cerclées par deux rubans à motifs discrets brodés de quelques fils blancs et lilas foncés... Madame Guillerme, une autre vieille dame, portait elle aussi, tous les jours, la coiffe de Pont Aven, mais celle ccomplète des cérémonies et des sorties (koef vras), avec les deux collerettes tuyautées, flottantes, posées sur les épaules. Elle tenait un bistrot sympa, une galerie de peinture permanente, près du pont, en face de la librairie, et nous servait des petits verres de "Chouchen", toujours celui de la maison Lozachmeur à Baye... mais je n'étais plus alors un enfant !! Ma mémoire me joue peut-être un tour mail il me semble bien que Marie Thiec, une autre vieille dame de Pont Aven, portait aussi la "Koef vihan", à la mëme époque... elle tenait un bistrot à côté du pont et vendait du bois de chauffage, du charbon et des sabots de bois. Je vais vérifier, car ce lieu, où l'on ne trouvait pas de BonBons, était magnifique !! 

          Dans cet univers "Friandiso-féérique", un petit peu celui de "Charlie et la Chocolaterie" de Tim Burton, quelques "BonBons" avaient ma préférence, mais "tout" dépendait de mon argent de poche !! Je ne suis pas capable de les lister tous aujourd'hui, seuls ceux qui m'ont le plus marqué, au sens du titre commercial, du plaisir procuré, des "aventures" et "historiettes" qui y sont associées, suivent ici... Tous ne sont pas des BonBons au sens stict de la confiserie, mais ce qui les lie est bien le sens éthymologique princier bégayant  "Bon...Bon" que j'ai raconté ci-dessus... Ainsi j'aimais beaucoup les différentes formes et le goût des produits en Réglisse ZAN, dont les petites souris et les pistolets, les "Têtes de nègre", tellement critiquées, et autres caricatures visagères d'indiens, d'égyptiens, de chinois, autant de confiseries  souples, dures, coulées et dragéifiées... Où encore le "mètre roulé" comme la gaine plate ZAN enroulée en bobinette, avec une petite perle de couleur au milieu, très dure à croquer... identique aux bobinettes que j'ai retrouvé, sans perle centrale, cette année 2014 à Strasbourg. Ces "Réglisses" faisaient l'objet de trocs acharnés entre enfants...  J'appréciais aussi beaucoup les pâtes à macher, les "fudges" selon certains, "Régliss'Mint" (réglisse/menthe/sirop de glucose/lait écrèmé) de Kréma et les caramels blancs à la menthe "Mint'Ho", en forme de dés/cubes... et aussi le "Malabar", lancé par la société Kréma en 1958, un chewing-gum aromatisé dont l'emballage contenait une petite étiquette en couleurs, à décalquer, que l'on imprimait généralement sur le dos de la main, sur le bras ou sur l'épaule, façon tatouage de pirate !! Tatouage que l'on enlevait à l'eau claire, et qui, de toute manière, ne durait que quelques jours... Ces "décalcomanies" faisaient également l'objet d'échanges... Souvent on embouchait par deux les chwing-gums pour souffler de grosses bulles qui éclataient avec un bruit sec et s'étalaient sur notre nez... Comme tous les autres enfants je machonnais chaque "chewing-gum" jusqu'à épuisement total de la saveur, jusquà ce qu'il devienne farineux et insipide... Cette gomme à macher aromatisée était à base de "Chicle", un latex qui s'écoule du "Sapotier", ou "sapotiller", un arbre des Antilles dont le fruit est comestible, de la famille des Sapotacées... Un autre favori était le "Carambar" au caramel, celui qui collait si bien aux dents et qui fondait si bien au fond de mes poches, comme pour enrager ma mère lavandière... De forme carrée il mesurait environ 8 à 10 cm de long, il a été raccourci depuis... On l'achetait 5 centimes de franc dans les années 60-70... Sur la face intérieure de chaque papier d'emballage du "Carambar" il y avait une devinette ou une blague imprimée... Si mon souvenir est bon, l'une des deux oreilles du papier d'emballage portait la mention D.H... On les collectionnait pour gagner des petites voitures en plastique, et pour obtenir le cadeau on se présentait à l'épicerie avec le collectage... Ce qui était parfois très "folklo" suivant les épicières !! Un peu plus tard, dans les années 75 (j'avais 23 ans !!), il y avait aussi un super produit désaltérant, la poudre TANG, en sachet de 30 grammes. Une poudre au goût d'orange ou de citron, que l'on ajoutait généralement à 1 litre d'eau en bouteille mais que les enfants, le plus souvent, buvaient directement dans le sachet à l'aide d'une paille, en prenant garde à ne pas le déchirer lorsqu'on le remplissait à la pompe ou au robinet... Il ne fallait pas trainer pour aspirer cette boison très désaltérante car le sachet en papier, mouillé, se désagrégeait rapidement. L'été cette boisson était géniale !! J'ai un doute concernant cette marque car il se pourrait bien que la boisson que je viens de décrire soit, en fait, un ancien additif, non arômatisé, pour l'eau naturelle, le  "Lithiné du Docteur Gustin", ou équivalent comme la marque Vee, ce qui n'enlève rien au produit TANG qui a été introduit en France, en tant que friandise, vers 1970... Evidemment on trouvait dans chaque épicerie le "Mistral gagnant", un sachet de poudre sucrée, parfumée et pétillante, que l'on aspirait aussi avec une paille... mais ce n'était pas mon "truc"... et tant pis pour la chanson !... Certains anciens se souviennent encore de "Aspire frais", puis de "Fraisuc", prédécesseurs de "Mistral gagnant", des poudres dont ils racontent que "le goût sucré et acidulé procurait une sensation de fraicheur sur la langue"... Je n'ai pas connu ces produits là, mais, par contre, je me souviens bien de ces petites soucoupes, façon grosse ostie, chargées d'une poudre acide (sucre, dextose, amidon de maïs), environ 75 grammes, que l'on aspirait  aussi avec une paille... Dans chaque épicerie on trouvait les mêmes bocaux remplis de BonBons variés, certains vendus au poids, d'autres à la pièce... Le plus souvent l'épicière nous servait et remplissait les sachets en papier, et nous interdisait formellement de plonger la main dans les bocaux... Lorsque les BonBons étaient présentés dans des petites boites ouvertes en carton nous étions tous tentés d'en "chiper"... il fallait être vif, rapide, et "courageux"... mais ça c'est une autre histoire !!

           Les "Lithinés du Docteur Gustin" étaient, dit-on, mais j'ai un sérieux doute, strictement vendus en pharmacie dans des sachets de poudre en papier blanc, par boite de 12, pour minéraliser l'eau... Ils avaient la réputation d'aider à la digestion, de soigner la goutte, les rhumatismes, les maladies du foie, le diabète, les affections de la vessie, des reins, de l'estomac, de l'intestin et de la peau... La Lithine dont l'étymologie vient de "pierre" est le nom commun de l'Oxyde de Lithium qui fut découvert en 1817 par le chimiste et géologue Johaan Auguste Arfwedson (1792-1841) dans la Pétalite, un minerai tiré de la mine d'Utol, en Suède... Le Lithium est désormais aussi utilisé en psychiatrie pour combattre les dépressions (voir le psychiatre australien John Frédérick Joseph Cade, 1912-1980). La poudre Lithinée ajoutée à l'eau "naturelle" l'artificialise et la rend légèrement gazeuse, très agréable à boire et qui, selon Cavanna (1978), "explosait des bulles plein la langue"... 

           Et je crois bien que, pour moi, la consommation des Lithinés a précédé celle de la boisson TANG.  Celle-ci a été mise au point par le chimiste William A. Mitchell (1911-2004) pour le compte de la société américaine Général Food Corporation en 1957. Mitchell avait déjà déposé son brevet en 1956... L'original TANG, à la saveur d'orange, sous forme de poudre, a été commercialisée en 1959 aux Etats Unis. En 1965 elle a été utilisé par la NASA dans le cadre des vols spatiaux habités. Il s'agissait de donner meilleur goût à l'eau de récupération du système de vie de la capsule Gémini qui était destinée à être consommée par les astronautes... ce qui lui valut d'etre surnommée officiellement "la boisson des astronautes", ce qui fut sa gloire, son "décollage" américain et mondial... Mitchell avait alors un collaborateur, le chimiste William Bruce James... TANG est un sucre pétillant composé de sucrose, de lactose et de sirop de glucose dans lesquels une petite quantité de gaz carbonique a été inserée... Pour confectionner le sucre pétillant, le mélange de sucres est chauffé puis refroidi en présence de gaz carbonique sous pression de sorte que les morceaux de sucre formés emprisonnent du gaz... Lorsque les morceaux de sucre fondent ensuite sur la langue ou lorsqu'ils sont croqués, le gaz est libéré créant un effet pétillant... Le TANG a d'abord été imaginé pour faire des sodas... C'est également Mitchell qui a inventé les blancs d'oeufs en poudre !!

              La marque ZAN, déposée en 1884 par l'entreprise fondée en 1862 par Henri Lafont à Uzès (30) est devenue Sarl Réglisse ZAN en 1927, puis fusionnée avec la Sté Riqlès en 1970, elle est finalement rachetée par Haribo en 1987... Henri Lafont était banquier à Uzès, dans le Gard et Conseiller Général du canton de Saint Chaptes (Uzès, 30190) en 1852 !! Vers 1865, 1856, il installe à Uzès-Saint Chaptes, une amidonnerie avec un moulin à céréales, puis un atelier de fabrication de suc de Réglisse... donc trente ans avant son dépot de brevet ZAN... A partir de cette implantation se développe une saga technico-industrielle et familiale "qui vaut le détour"... Saga technico-industrielle parce que la fondation de l'entreprise prend appui sur les installations traditionnelles locales de moulinerie de l'huile d'olives, de la soie, de cérélales, et à foulon, sur les rives des cours d'eau locaux et notamment de l'Alzon... Achats, ventes, locations, destructions, déconstructions, reconstructions, restaurations, rénovations de bâtiments anciens traditionnels pour établir enfin les unités de broyage des racines de Réglisse et la fabrication des produits ZAN... L'ancien formateur BTP que je suis, soucieux de la préservation du patrimoine, apprécie ce que celà implique techniquement... Saga familiale parce que, à partir de la personne Henri Lafont, banquier-entrepreneur, on rencontre en principal les familles Abauzit Henri, autre banquier et beau-fils de Lafont ; Aubrespy Paul, gendre d'Abauzit ; Teissonnière et Kreitmann, gendres d'Aubrespy, et aussi Alphonse Perdrix, toutes engagées dans le développement des produits à base de Réglisse... On peut imaginer les conditions de l'extension de ces associations familliales... "Sucez ZAN et vivez ZAN paix" dit la publicité !! L'origine de cette marque est, dit-on, la demande d'un enfant à sa maman : "Z'en veux, donne moi Z'en"... Une belle affiche, 125 x 163, créée en 1898, représentant un écolier portant un tablier noir, intitulée "Bout d'ZAN" et signée par les artistes/affichistes Bensa, Dupont, H. Laas, E. Pecaud et Cie, illustre bien, déjà à l'époque, la cible commerciale... Selon le site Haribo "L'histoire de la réglisse remonte à plusieurs siècles. On l'évoquait déjà dans les traités chinois d'herboristerie traditionnelle... On la retrouve aussi dans des papyrus égyptiens, on en aurait découvert dans le "caveau" de Toutankhamon (1347-1339 av. J.C). Ses propriétés curatives étaient aussi appréciées en Mésopotamie : elle était utilisée pour soigner les Rois Assyriens, comme les décrivent des tablettes d'argile datant du VIIème siècle avant notre ère !!... Théophraste (369-285 av. J.C), disciple d'Aristote et père de la botanique, écrit dans son "Histoire Plantarum" que la racine Scythe, la Réglisse, à la capacité d'apaiser la soif de celui qui la garde dans sa bouche. C'est pourquoi, avec celle-ci et du fromage de lait de jument, les Scythes (peuple de redoutables cavaliers) peuvent, dit-on, cheminer pendant onze ou douze jours sans boire". Les armées d'Alexandre Le Grand (356-323 av. J.C), lui aussi disciple d'Aristote (vers 384 av. J.C - 322 av. J.C), sauraient surmonté les périodes de manque d'eau de leurs longues campagnes grâce à cette même Réglisse. Dans les Légions Romaines la Réglisse faisait également toujours partie du ravitaillement quotidien... Encore selon le site Haribo "En 1760, dans la petite ville de Pontefract, un pharmacien inventif, Georges Dunhill, commença à élaborer des produits à base de réglisse qui n'étaient plus destinés à des usages médicaux... En ajoutant du sucre et d'autres ingrédients à l'extrait de la racine diluée, il inventa les "Pontefract cakes" qui sont encore aujourd'hui une sucrerie populaire"... Georges Dunhill était, en fait, un apothicaire anglais, Pontefract une ville du Yorkshire de l'ouest, au Royaume Uni... Différentes autres sources qu'Haribo confirment que la Réglisse était connue dans l'Antiquité sous le nom de Glycyrrhiza par les Grecs et Liquirita par les Romains. A Napour, capitale de l'Empire Babylonien (Mésopotamie) des fouilles ont permis de retrouver une version de la Génèse datant de 7000 ans avant notre ère... les fameuses tablettes d'argile... Elle préconisait des macérations de Réglisse, de Cannelle et d'Anis pour lutter contre la peste... A Rome, les médecins prescrivaient cette racine contre l'anémie et les soldats d'Alexandre et de César l'employaient régulièrement pour calmer les crampes d'estomac... Grecs, Romains, Théophraste (déjà cité ici) et Sainte Hildegarde utilisaient aussi la Réglisse pour s'éclaircir la voix... Certains auteurs écrivent qu'elle est éfficace contre la toux, l'asthme et les ulcères... Pour les chinois c'était un élixir de longue vie, qu'ils préconisaient également pour stimuler les facultés cérébrales... Plus près de nous, Napoléon Bonaparte avait, dit-on, une sérieuse addiction à la Réglisse, il s'en faisait livrer des caisses durant ses campagnes militaires. Il machait les racines, mangeait les graines, et suçait des cachoux !!... Globalement, dans quasiment toutes les cultures on machonnait directement la racine ou on en faisait des décoctions... Il y a quelques jours, à Strasbourg, j'ai acheté des bâtons de Réglisse à la pharmacie de "L'omme de fer" (!!), et, selon la tradition, je les ai machonné longuement, et j'ai beaucoup marché... J'ai aimé ce goût si particulier qui se répend sur la langue et dans la bouche au bout de une ou deux minutes maximum !!... J'ai même tenté une décoction "Réglisse/écorces de Quinquina", le résultat n'a pas été très concluant, mais je m'y "reprendrais" autrement... Les multiples vertus de la Réglisse ont donc ainsi traversé les âges et les frontières d'un vaste monde pour de très divers usages culturels... La Réglisse ou Réglisse Glabre - Glycyrrhiza Glabra. l -, du Grec Glycys, Glucus : doux, sucré, et Rhidzale : rhizome... et par l'intermédiaire du Bas Latin Liquirita et du vieux français Licorece, on en vient à Récolisse pour finir par Réglisse... est une plante vivace de la famille des Fabacéés, de la sous famille des Faboidaes, aux racines arômatiques qui forment des rhizomes dont, même après arrachage, le moindre fragment laissé en terre engendre un nouveau plant... Comme le Chiendent dont j'ai parlé dans un article précédent... Cette plante, qui a tendance à être invasive, est une  herbacée, vivace, mesurant entre 1 et 1,50 de haut... Originaire du Bassin Méditerranéen et du Sud de l'Asie, elle pousse naturellement dans les fossés et les prairies, ainsi que dans les terrains frais, riches et humides. En automne, à partir de la 3ème année, on récolte les racines de Réglisse, grosses comme le doigt et pouvant atteindre 9 mètres de longueur,... On la cultive intensément en Espagne, en  Italie (Côte calabraise) et dans le midi de la France, en particulier dans le Gard, à Uzès, haut lieu de la confiserie à la Réglisse, mais on la trouve également aux Etats-Unis d'Amérique, au Moyen Orient, en Afrique du Nord... Il existe un super bon BonBon, réputé, appelé "Bateau Calabrais, à la gomme arabique (ou gomme d'acacia), Réglisse et Anis", né sur la côte Calabraise, et que je conseille fortement... On doit à Jacques Coeur (1395 ou 1400-1456) l'arrivée de la Gomme Arabique dans la région de Montpellier, dès lors on a pu commencer à faire des gommes à macher grâce aux propriétés de ce produit naturel... Ce très puissant  négociant-banquier et armateur s'était installé à Montpellier (34) dès le milieu du 15ème siècle, et faisait décharger ses bateaux dans le port voisin de Lattes (34). Jacques Coeur, en tant que marchand et grand argentier du Roi Charles VII, commerçait avec différents pays autour de la Méditerrannée et ramenait des épices et autres produits venus d'Orient : Safran, Huile d'olive, Or, Coton, Alun (dont j'ai aussi parlé dans un article précédent)) et Gomme Arabique... Cette Gummi Arabicum, extraite du Gommier, parfois aussi du cerisier, est utilisée non seulement en confiserie mais également en menuiserie/ébénisterie pour faire de la colle et par les lithographes... Par exemple, actuellement, dans le Var, à Fréjus (83600), l'artiste/artisan Mario Ferreri, qui se réfère à l'illustre acteur de théatre et inventeur de la lithographie, Aloys Senefelder (1771-1834)... Sur le pourtour Méditerranéen, ou elle pousse, la Réglisse à très vite été associée à d'autres produits locaux, notamment le miel. La faculté de médecine de Montpellier, qui était la plus connue du monde occidental, la préconisait comme soin et, à la fin du Moyen âge, au XIIIème siècle, les apothicaires de cette ville ont commencé à produire des Grisettes, des BonBons de la taille d'un petit pois, à base de Réglisse et de miel... et ceux-là aussi, foi de Breton gourmand, sont des merveilles  pour le palais... un peu comme le "Comte de fées à l'usage des moyennes personnes" que raconte Boris Vian en faisant référence a ZAN !!

          Pour en terminer avec la Réglisse, que l'on appelle aussi "l'herbe aux tanneurs", et comme suite à un article précédent sur le Quinquina et autres boissons, je ne résiste pas au plaisir de livrer la recette d'une boisson dite "Coco Parisien" qui était servie dans une moitié de noix de coco : Réglisse, 50 gr ; graines de coriandre, 2 cuillérées à café ; 1 litre d'eau ; laisser macérer à froid les graines écrasées et les racines de Réglisse en morceaux pendant, au moins, 4 heures. Passer, puis servir frais ou glacé, sucrer. Eventuellement on peut ajouter une rondelle de citron ou 1 pincée de cannelle... Ne pas  confondre cette recette avec celle à base de quinquina, aussi nommée "Coco", servie autrefois par des marchands ambulants dans les rues de Paris et sur lesquels j'ai écrit un petit paragraphe dans  un texte précédent. Une autre préparation dite " Tisane Hospitalière" que l'on trouvait sur les tables de nuit de tous les hôpitaux français, et surnommée "Bonne à tout", dont voici la composition : 40 gr de Réglisse ; 20 gr d'orge ; 20 gr de racines de chiendent ; du miel ; 1 zeste de citron non traité. Faire macérer la Réglisse épluchée dans 1 litre d'eau froide. Faire bouillir le chiendent pendant 20 minutes dans 1 litre d'eau. A la fin de l'ébullition ajouter l'orge. Mélanger le tout, sucrer avec le miel. Ajouter le zeste de citron... Même remarque que pour la recette précédente, ne pas confondre avec la boisson à base de quinquina servie, autrefois, dans les hôpitaux militaires et à bord des navires de la "Royale"...

                 Vous souvenez-vous des BobBons "CACHOU" ?!  Ce nom vient du Portugais Cacho (1516), issu du Tamoul Kasu = variété d'Acacia, substance tirée de son bois et de ses gousses... Ma mère était friande de ces BonBons, je les adorais et je crois que mon marin-baroudeur de père les appréciait aussi, mais "en douce"... Notre fidèle amie "Blanchette", une vieille dame "routarde", une "anar-pocharde" que j'adorais et que j'ai déjà signalée dans un article précédent, et sur laquelle j'écrirais plus longuement un de ces prochains jours, en était quasi addict... comme du "Tabac à priser" qu'elle sniffait en permanence... Cette confiserie inventée par le pharmacien Léon Lajaunie (1841-1914) tire son nom d'un composant majeur : la poudre de Cachou. Or vers la fin du XIXème siècle, le seul Cachou Officinal utilisé dans la pharmacopée occidentale était extrait par décoction du bois de l'arbre "Acacia Catechu", puis sèchée et compactée en pains... une substance astreingeante, douce-amère, brune, cassante, autrefois connue sous divers noms commerciaux : Cachou de Pégu ou Caschuttie, ou Cachou de Bombay, provenant de Pegu, dans l'Hindoustan... afin de différencier le Cachou Officinal provenant de l'Acacia Catechu des produits des autres arbres... telle que la résine obtenue de la Noix de l'Aréquier ou Areca Catechu. L (palmiers) qui était soupçonnée d'être toxique, dopante, avec des "effets grisants sur le cerveau"... ou des feuilles de l'arbrisseau Nauclea Gambir Hunt, originaire des Indes Orientales, Asie du Sud Est et Malaisie, dont le broyat était surtout employé pour le tannage du cuir et comme teinture, mais également pour arômatiser le "Bétel à macher"... Tous les types de Cachous, y compris l'Officinal ont (avaient) un usage principalement tinctorial dans le monde entier. En Inde, au Bengale et en Asie, le Cachou servit pendant des siècles pour colorer en noir des tissus préalablement teints en Bleu de cave, un bleu profond type cobalt, nocturne ou gentiane, selon les nuanciers actuels (RAL)... En 1833 cette matière tinctoriale devint l'une des plus utilisées, pure ou mélangée, et notamment comme teinte sur bois allant du Brun vif au Brun rouge plus ou moins foncé... Et aussi pour colorer les voiles des navires, donnant alors une couleur Rouge brûnatre caractéristique, comme celles des vieux gréements restaurés que l'on voit désormais voguer au large des côtes bretonnes... Jacques-juste Barbet de Jouy (1787-1864), industriel français qui fut Consul de France à l'ïle Maurice puis à Brème (Nord-ouest de l'Allemagne), dirigea une fabrique de "Toile de Jouy" à Jouy-en-Jonas (78350), achetée en 1821 au fils de Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), et fut le le premier a utiliser le Cachou pour la teinte de ses "Indiennes", il s'en servit pendant deux ans à l'insu de ses concurrents... Il convient de souligner qu'il était le fils aîné de Jacques-Juste Bonaventure Barbet (1756-1813), fondateur lui aussi d'une manufacture d'Indiennes à Déville-lès-Rouen (76250)). Puisque je réside actuellement à Strasbourg je me dois de signaler que c'est à la famille Schlumberger que l'on doit  l'introduction en Alsace de cette technique de teinte au Cachou... L'autre Cachou, l'Officinal tire ses propriétés astringeantes, rafraichissantes et sa saveur particulière de la concentration particulièrement élevée en Catechol, dit également Catechine, ou anciennement Acide Catechique,  en divers dérivés de l'Acide Tannique et en Bio-flavanoîdes tels que la Quercetine.... Dès le XVIIème siècle le Cachou Officinal se vendait un peu partout en France et en Europe sous formes de grains, tablettes, pastilles, (Cachou de Bologne) et teinture... Il était apprécié parce qu'il parfumait l'haleine, tonifiait, et avait certaines vertus supposées médicinales pour les soins dentaires et les maux d'estomac, les diarrhées, les leucorrhées, biennorrées, les catarrhes chroniques et, en infusion, les hémorragies... Selon John Austin Kerr, physicien anglais qui travailla dans les années 1930-40 à lutter notamment contre la Malaria et la Fièvre jaune "la Cachou  de l'Acacia Catechu était autrefois préparé avec le coeur du bois de l'arbre, que l'on réduisait en copeaux et que l'on faisait bouillir dans des vases en terre jusqu'à réduction de moitié de l'eau employée. Le décocté était ensuite mis dans un vase plat, et on l'évaporait jusqu'à 1/3. On laissait reposer la matière pendant 1 jour, puis on l'exposait au soleil en le remuant de temps en temps. Quand la masse était devenue assez consistante on la roulait dans un drap, ou une natte, couvert de cendres, de bouses de vache et on la divisait en tablettes, la dessication était achevé au soleil. On choisit de préférence le bois brun qui fournit un extrait plus léger et blanchatre...". En 1880, Léon Lajaunie change la recette traditionnelle des pastilles/BonBons et commercialise sa création sous son nom dans des petites boites jaunes... Il utilisa plusieurs sortes de Réglisse qui étaient trempées, fondues et brassées. Il y ajouta quelques autres produits : sucre, lactose, gélatine aromatisée et poudre de coco. Après refroidissement il incorpora à la pâte de la Poudre d'Iris et de la Résine de Lentisque comme principes amers. Après repos, il ajouta de l'Essence de Menthe Anglaise. Par la suite il aplatit, étira et étala le mélange sur un marbre huilé sur une épaisseur qu'il voulait la plus fine possible, soit environ 1 mm... Il couvrit les deux surfaces, recto-verso, avec des feuilles d'argent, laissa sècher à l'étuve et découpa la pâte en grains carrés avant de les vernir avec un mélange de Benjoin et de grains de mastic. Le Benjoin, aussi appelé Storax, est un nom qui vient probablement, via l'italien, de l'arbre Luban Jawi ou "Encens Javanais", et possiblement à l'origine du mot Benzène. Le Benjoin est le baume, ou la résine, extrait de diverses plantes du genre Styrax originaires d'Indochine, d'Indonésie et de Turquie, et principalement utilisé en parfumerie et comme encens. Le "Benjoin de Siam" est le plus important des principes actifs du "Papier d'Arménie" que l'on trouve encore dans certaines drogueries. J'utilise ce papier "à bruler" pour désodoriser mon appartement, après une friture de poissons par exemple... La Lentisque, du latin Lentus = visqueux, provient d'un arbuste, le Pistachier Lentisque ou Pistacia Lentiscus. L, qui pousse dans les garrigues et les maquis des climats méditerrannéens, de la famille des Anacardiaceaes, à feuillage persistant et donnant des fruits d'abord rouges, puis noirs. Sa sève est utilisée pour la réalisation d'une gomme à l'odeur prononcée qui, dans l'Antiquité, était utilisée comme chewing Gum, d'où son surnom "Arbre à Mastic"... C'est ainsi que Lajaunie obtint les fameux petits BonBons carrés de couleur noire. Couleur obtenue par d'autres additifs : noir de carbone, colorant alimentaire faite de Poudre de charbon de bois de peuplier, connu aujourd'hui sous le code alimentaire E 15, à divers stades de la fabrication... La petite boite, ronde, d'une taille qui permettait de la mettre dans une poche à gousset, fut conçue par M. Caire, horloger de l'Isle-Jourdain (86), près de Toulouse... La confection fut donnée aux frères Sirven, imprimeurs et fabriquants de boîtes métalliques... Les Cachous Lajaunie étaient en principe vendus dans les bureaux de tabac, donc, à Pont Aven, chez la mère Gourvellec... et chez Prost, mais dans cet établissement je n'allais que très rarement et encore strictement pour acheter la carotte de "butun" (tabac à chiquer) pour mon père... Les cachous Lajaunie devinrent vite le produit emblématique de la ville de Toulouse... En 1905 le petit atelier lajaunie produisait 324286 boites... en 1910, 400 000 boites, en 1930,  2 000 000 et en 1987, 7 000 000... Il importe de signaler ici que Léon Lajaunie, à son départ en retraite, en 1930, céda sa formule, son procédé et sa marque aux industriels-imprimeurs Toulousains de la dysnastie Sirven, contre 1 centime de royalties par boite vendue !! En 1914, la communication des Cachous Lajaunie fut confiée au célèbre affichiste, caricaturiste Italien, naturalisé français en 1930, Cappiello Leonetto (1875-1942), et en 1922 "L'illustration" réalisa une information publicitaire... En 1930, l'agence Havas crée plusieurs dessins animés avec un jeune bambin-héros nommé "Cachounet" qui volait au secours des personnes dont le succès amoureux était menacé par leur mauvaise haleine !! Et certains se souviennent encore de l'arrangement publicitaire du refrain de l'air de  "La belle de Cadix" :  "Chi-Cachi-Cachou Lajaunie... Lajaunie... Han Han" ! Innoubliable, n'est-ce pas !

                La Pastille Vichy est-elle un BonBon, au sens de "BonBec" ??...  Pour moi assurément non !!  Je l'ai toujours considéré comme une sorte de  médicament. Et pourtant, malgré tout, elle était généralement consommée, sans retenue, comme une friandise, par tous les gamins !! De forme octogonale et de couleur blanche, cette pastille, pesant 2,5 grammes, était un peu dure sous la dent, difficile à croquer... on la suçait en la faisant tourner dans la bouche, et elle se défaisait petit à petit jusqu'à disparaitre en glissant sur la langue... c'était frais et long en bouche... j'adorais celà !! Dans les années 1960-70 les Pastilles Vichy étaient vendues en pharmacie par paquet d'une douzaine d'unités empilées et enveloppées serrées par un papier dont la face interne était argentée... du moins je m'en souviens ainsi... Mais je crois pourtant me rappeler qu'elles étaient également commercialisées en sachets transparents dans les épiceries, en "pochons" comme disaient les enfants... De 1925 à 1950 elles étaient vendues dans de jolies petites boites rondes, ou carrées façon "boîte à sucre", par la maison Vichyssoise Moinet Rémy, confiseur et pharmacien. En 1855 les pharmacies Vichyssoises détenaient la vente exclusive. des Pastilles Vichy... Fabriquées à Vichy elles apparaissent sur le marché en 1825 comme Pastilles à l'Extrait Sec d'Eau Minérale... Auguste Lucas (dcd en 1833), médecin nommé inspecteur à Vichy le 23/01/1801, fonction qu'il tiendra 32 ans, anobli Baron et élu maire de la ville, accorde en 1825 à Joseph Darcet (1777-1844), pharmacien-chimiste parisien, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine, le droit d'extraire la Soude des eaux de Vichy qui étaient alors exploitées en Régie Directe par l'Etat... Joseph Darcet utilisait dèjà, pour son usage personnel, des pastilles au Carbonate de Soude... Dès l'obtention du droit il lui devenait alors possible d'isoler et de concentrer les principes actifs des célèbres eaux... J. Darcet découvrit d'abord les vertus digestives du Bicarbonate de Soude, principal élément des eaux de Vichy... Il en tira l'idée de fabriquer du Bicarbonate de Soude en le faisant Bicarbonater avec le gaz Carbonique qui pousse la montée naturelle de l'eau des sources locales... un débit d'environ 800 litres par heure... Une eau ensuite évaporée pour en extraire les sels à raison de 5,9 grammes par litre... Puis J. Darcet communiqua son procédé a Pierre Batilliat, pharmacien Vichyssois de l'établissement thermal, qui confectionna alors les premières célèbres Pastilles Alcalines de Vichy destinées à améliorer la digestion... Une fabrication plus intensive fut ensuite réalisée par les frères Brosson, Michel Eugène (1786-1851) notaire, et François (1792-1845), tous deux originaires de Volvic, fermiers de l'établissement thermal en 1833. Les frères Brosson ayant obtenu la ferme, c'est-à-dire l'exploitation, grâce à l'appui d'Adolphe Thiers (1797-1877) et du Ministre du commerce Laurent Cunin-Gridaine (1778-1859), développèrent les forages, créèrent un embouteillage industriel et une Pastillerie... Les premiers brevets pour extraire véritablement les sels contenus dans les eaux minérales de Vichy ne sont déposés qu'en 1853. Peu après, en 1857, François Bru, pharmacien et directeur de la Compagnie fermière de Vichy, donne à la Pastille de sa fabrication une forme ortogonale pour la différencier des autres pastilles digestives alors sur le marché.... En 1860 la Compagnie fermière dépose un brevet pour la production industrielle des sels extraits des eaux minérales... Après 1945 et jusqu'en 1960, une dizaine de fabricants diffusent la blanche pastille dont Vichy-Central, Vichy-Etat, Vichy-Lardy sont les trois principaux... En 1966 le Groupe Perrier acquiert la Compagnie fermière... Des années 1960-70 je n'ai pas le souvenir d'une Pastille Vichy arômatisée... et pourtant, en 1954, elles étaient déjà comprimées de façon mécanique à partir d'un mélange parfumé à la menthe... La découpe des pastilles était réalisée artisanalement sur des tables, à l'emporte-pièce, dans une pâte molle sèchée ensuite en étuve. Dans ce mélange, outre les sels et autres extraits de l'eau, du sucre et du glucose étaient aussi incorporés, et je ne me souviens pourtant pas non plus d'un goût sucré... Curieusement ce n'est apparemment pas son goût mais plutôt l'effet provoqué qui me faisait aimer ce produit pastillé très apprécié de l'Impératrice Eugénie (1826-1920), épouse de Napoléon III (1808-1873)... L'Impératrice Eugénie et moi, moi et l'Impératrice, une histoire de palais partagé, peut-être une manière commune de goûter la pastille pour mieux digérer !! En 1862, les Pastilles Vichy furent consacrées par un Décret Impérial en tant que produit original.

               Dans la série "Pastillerie" je demande les "Pastilles Pulmoll"... Avant d'être Pastilles Pulmoll ce produit était vendu sous forme d'un sirop inventé en 1926 par le docteur en pharmacie Victor Helin... Un sirop énergétique à base de miel et de Menthol... Victor Hélin est aussi l'inventeur de la célèbre Quintonine dont j'ai déjà "parlé" dans une publication précédente... mais c'est son beau-fils, Jacques Lafarge (1907-1997), lui aussi pharmacien, qui invente en 1946, avec Jacques Lacour, les petites pastilles à sucer, où plutöt les pilules (pilula = petite  balle) rouges, ou vertes... Dans mon souvenir elles étaient noires mais, en fait, elles étaient de couleur "marron foncé."... Les Pastilles Pulmoll Rouges se composent essentiellement de sucres, de Terpines, de Menthol, de Chlorydrate d'Amylëine, de Glycirrhizine, ainsi que d'expédients de parfums et de colorants.... Les Vertes contiennent  du Menthol, de la Menthe poivrée en huile essentielle, de l'Eucalyptus en huile essentielle et de la saccharose... et les Marrons, de la Terpine, de l'Amylëine Chlohydrate, de l'Acide Glycyrrhizique et de la Saccharose... Il me semble que ces dernières avaient aussi, en plus, un petit goût de régllsse, et j'aimais les laisser fondre doucement dans ma bouche... Selon jacqueline Lafarge, fille de Jacques , celui qui préparait la pâte des Pastilles Pulmoll était appelé le "cuisinier"... A la différence des Pastilles Vichy les Pastilles Pulmoll n'étaient jamais consommées comme des "BonBecs"... Me concernant c'était toujours sur prescription de ma mère qui répercutait celle du médecin traitant... Mais je suppose qu'il y avait aussi souvent, après quelques ordonnances, une part d'auto-prescription familiale avec la complicité empathique des pharmaciens... une forme de "culture vivrière d'adaptation pharmaceutique" !!... Les Pastilles Pulmoll étaient vendues en pharmacie... Aujourd'hui elles sont réservées à l'adulte et à l'enfant de plus de quinze ans, et dans tous les cas, il est mieux dans parler avec un pharmacien...  Je garde le souvenir assez savoureux de traitements contre la toux, les maux de gorge et le rhume qui avaient le goût des Pastilles Pulmoll...

              Pour terminer cette publication j'ai gardé la Pastille Valda... inventée par le pharmacien Lillois Henri-Edmond Canone (1867-1961) en 1904... Elevé dans la terreur du "mal de Poitrine", la Tuberculose faisait rage à l'époque, Canone ne jure que pas les essences Antisepiques naturelles... Et le choix du nom Valda, du latin Valetudo, santé et Dare, donné, n'est pas anodin... il résulte d'une décision de Canone après le décès de son épouse suite à une Tuberculose. Il convient aussi  de se rappeler qu'au début du XXème siècle les Antiseptiques n'existaient pas encore... C'est donc dans un contexte un peu particulier que la Pastille Valda, qui "Donne la santé", une gomme verte, de forme conique, enrobée de sucre cristallisé, et qui colle aux dents, est née !! Ses 5 constituants antiseptiques naturels sont la Menthe poivrée (molécule Menthol), l'Eucalyptus Polybractea (molécule Eucalyptol), le thym (molécule Thymol), le bois de Gaïac (molécule Gaiacol), le Pin des Landes (molécule Terpinéol) et de la gomme arabique... On trouve aussi la molécule Eucalyptol dans le romarin, l'armoise, l'absinthe, le laurier, le sauge et le basilic... Le bois de Gaiac, également appelé "Arbre de vie" ou "Bois Saint", qui est originaire d'Amérique Centrale et des Antilles, mériterait bien un petit travail de recherche... Avec ce bois très dur on tourne des Poulies pour la marine, des roulettes pour les meubles et les célèbres "Bourles" Lilloises... les disques de bois de 9 kilos, ovalisées, du "jeu de bourles"... Une petite curiosité doit etre notée ici : Henri-Edmond Canone était un pharmacien Lillois !! Jouait-il aux Bourles ?! Les pastilles Valda étaient toujours présentées dans de  jolies boites dorées rondes, décorées sur le dessus, de 160 grammes environ, on les trouvait dans toutes les épiceries et les pharmacies. Des boites métalliques, dites médicales, à la fois pratiques, et faciles à conserver dans les poches d'un vêtement... au fond desquelles ma mère lavandière trouvait souvent un peu de sucre lorsqu'elle "retournait" mes chemises, vestes et pantalons avant le lavage !! Parfois même mélangé avec du "Carambar" fondu !! Chaque boite contenait une cinquantaine de ces Pastilles coniques qui ne duraient jamais très longtemps. Dès que la boite était ouverte c'était la "curée", quasiment jusqu'à ce qu'elle soit entièrement vidée, consommées comme de simples friandises... Les Pastilles laissaient un super goût "mentholé", très frais, dans la bouche... Sur le couvercle de chaque boite dorée figurait une feuille d'Eucalyptus, qui était un peu l'emblème de la marque. Dans les collections, sur certaines autres boites, on trouve figurée une guerrière, allégorie de la pastille Valda, terrassant, sabre au clair, l'hydre des maladies infectieuses... et sur la face externe du fond de boite, de toutes les boites, était rédigé un texte de présentation avec les coordonnées du fabricant. Quelques années avant l'invention de la fameuse Pastille Henri-Edmond Canone s'installe à Paris en 1899, et "chronomètre en main, il définit son emplacement en fonction de la fréquentation de la rue. Son choix se porte sur le 49 rue de Réaumur, juste en face des magasins Félix Potin"... Son slogan est alors "Vendre bon, pour vendre beaucoup, vendre beaucoup pour vendre bon marché"... En 1920 il produit près de 10 000 boites de Pastilles Valda par jour... Le succès de la fameuse pastille est quasiment mondial... La marque Valda va même s'installer à Moscou en 1908, au Chili en 1917 et en Chine en 1932. En 1943 il crée les laboratoires ValdaFrique qui, sauf erreur existent encore aujourd'hui. Au plan publicitaire la stratégie de Canone est très efficace et variée, mais je m'en tiendrais ici à deux informations dites artistiques, qui me permettent aussi, par un autre cheminement, de faire le lien avec mon enfance et mon adolescence à Pont Aven,... et j'invite le lecteur à se référer aux dernières notes de ma Petite Bibliographie ci-dessous. La première concerne des automates publicitaires créés en 1910, grâce auxquels les vitrines des pharmacies s'animent et se transforment en petits théatres promotionnels et en particulier l'automate "Docteur Valda" immortalisé par l'affichiste Georges Grellet (1869-1959). Le "Docteur Valda" porte un haut de forme, des favoris blancs, des lunettes et une veste bleue, son pantalon est rouge et son gilet blanc, ses gants pécari... Il est décliné sur toutes sortes de supports publicitaires, des carnets d'excellence et buvards d'élèves jusqu'aux wagons de voyageurs... L'automate "Docteur Valda" (1910-1920), en carton moulé, est actionné par un moteur à mouvement mécanique, avec un système de contrepoids (Courtin), et une manivelle en guise de clé pour remonter le moteur. La tête du "Docteur Valda" bouge de haut en bas, puis de gauche à droite.... C'est une jolie machinerie... Suivront d'autres automates, quatre sur un support rectangualire, dont un en tôle lithographiée et emboutie qui reproduit le dessin créé et signé par Georges Grellet : "Pour ne pas tousser, prenez des "Pastilles Valda"... "L'avion Valda" est également un automate dont chacun pourra trouver la description détaillée dans l'un ou l'autre des ouvrages référencés ci-dessous, notamment celui de Marie Boyer... La seconde information concerne Antoine de Saint Exupéry (1900-1944) qui, durant les années folles, signe une affiche représentant un condamné au pied de l'échafaud, déclarant : "Moi je m'en fous, je suce des Pastilles Valda"... Dès les années 1930, la même communication est déclinée dans le monde entier, avec, comme égérie, Micèle Morgan, née en 1920. Et il me semble que cette publicité provoqua quelques remous dans la presse... D'autres affichistes comme Robert Falucci (1900-1989) et, plus tard, Savignas (1907-2002), réalisèrent des "oeuvres" pour Henri-Edmond Canone et les "Pastilles Valda"...

                   Voilà, j'en termine ainsi avec  mes "confiseries", celles les plus "preignantes", celles qui me  "chatouillaient"  le plus...  Et je sais bien que quelques autres "Bonbecs" sont restés collés au fond de ma mémoire, peut-être parviendront-ils un jour à s'arracher des profondeurs pour émerger dans le présent de mes cogitations mémorielles ??  Peut-être...  Mais je n'ai pas fini d'écrire... 

               Depuis que j'ai lancé ce blog je raconte essentiellement ma famille, mon enfance à Pont Aven et  le Finistère de ma Bretagne natale... vers laquelle je retournerais bientôt, très bientôt... Au fil de ce cheminement, du chemin "emprunté", j'ai retrouvé les "traces" de quelques amis d'enfance... notamment Jean-Jacques, surnommé Dadi parcequ'il est devenu un guitariste virtuose, roi du "picking celtique", et, plus récemment, Pierre, avec lequel j'ai connu de chaleureuses aventures et commis de si pittoresques pêchés véniels, et dont je suis heureux d'être encore l'ami après de si longues années de séparation... Merci à tous les deux !!

Et parce que je sais qu'il vous recevra les bras chargés d'amitié et de bienveillance, je vous invite toutes et tous, lectrices et lecteurs, à programmer, lors d'un indispensable voyage en Bretagne, le pays des korrigans, des fées et des Chevaliers de la "Table Ronde" du Roi Arthur, celui de la mer et de la cité d'Ys, engloutie sans doute au large de la Baie des Trépassés, un long séjour, entre Lorient et Concarneau, dans le gite rural de mon ami :                                                                                                

Pierre Rosot, "Le refuge de la salamandre",

lieu-dit Poultréau, 29300, Baaye. 

Tél : 06. 62. 48. 81. 10

Site Web : www.lerefugedelasalamandre.com                                                                                                                                                                                                                                        

KENAVO                                                               SIZIG LOEIS AR GARREG

Petite Bibliographie

(1Foisil Madeleine, "Journal de Jean Héroard", publication du Centre de Recherche sur la Civilisation de l'Europe Moderne, 2 volumes (Vol. 1, 1601-1608 et Vol. 2, 1609-1628), Fayard, Paris, 1989

(2) Ruel-Kellermann Micheline, "Louis XIII enfant, sa bouche, et son médecin Jean Héroard", ............... M. Ruel-Kellermann est secrétaire générale de la société française d'histoire de l'Art dentaire et présidente de la société française d'odontologie psychosomatique

(3) "Journal de Jean Héroard sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628), extrait des manuscrits orignaux, publié avec l'autorisation de S. Exe, Mr le ministre de l'instruction publique. Par MM. Eud. Soulté et Ed. de Barthélémy. Tome 1er (1601-1610), Librairie de Hrmin Didot Frères, fils et Cie, Paris, 1868.

(4) Labey Robert, "Médicaments de la petite enfance à l'aube du XVIIIème siècle (à propos du journal de Jean Héroard, médecin de Louis XIII), in Revue d'histoire de la Pharmacie, année 1995, Vol. 83, n° 304, pp. 56-66

(5) Michel Gayraud, "Un Narbonnais du IVème siècle : Marcellus et son traité De Médicamentis", Académie des Sciences et Lettres de Montpellier., 20/10/08, in Bulletin de l'Académie des Sciences et Lettres, T. 39, 2008

(6) Danielle Gourevitch, "Fabriquer un médicament composé, solide et compact, dur et sec : formulaire et réalités", in "manus Medica", études réunies par François Gaide et Frédérique Biville, publication de l'université de Provence, Aix-en-provence, 2003, pp. 49-68)

(7) F. Janot, "Les pastilles dorées de Rê : une étape vers l'immortalité", sur le site www.biusante.parisdescartes.fr/shm/VESALIUS/....... année 2000.... F. Janot, pensionnaire de l'Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire

Danielle Gourevitch, "Pilules romaines. Noms et réalités", Etudes Luxembourgeoises, Vol. 3, in "La thérapeutique dans l'antiquité. Pourquoi ? Jusqu'où ?", 1999, pp. 40-60

Danielle Gourevitch, "Archéologie et médecine romaine à Reims".... http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhad/vol10.... D. Gourevitch est Directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes...

Marie-Hélène Marganne, "Les médicaments estampillés dans le corpus galénique", in A. Dedru Ed., "Galen on pharmacology", leyde, Brill, 1997, pp.153-174

Voir aussi Antoine Thomas, in Journal des savants, année 1920, Vol. 18, n° 1, pp. 15-21

Martial, ou Marcus Valerius Martialis, "Epigrammes", I-87

A tous les "branchés" de la Rome Antique et de la Cosmétique je conseille la visite du Blog suivant : http://latogeetleglaive.blogspot.fr

Voir http://www.ilgionale.it/........ sur le travail d'Elio Cadelo.... qui considère aussi que, selon les résultats des analyses  ADN de certaines traces archéologiques maritimes (bateau naufragé) les Romains connaissaient et échangeaient sans doute déjà avec l'Amérique, et y avaient peut-être débarqué avant les Vikings, et sûrement bien avant le célèbre Christophe Colomb !!

"La Stéatite dans l'art mobilier du Paléolithique supérieur de Grimaldi (Ligurie. Italie) au Massif de l'Esterel (var. France) : Minéralogie, gîtes et contexte culturel", in "Du Chopper au brillant", sur le site http://precieux.mnhn.

Concernant les coiffes de Bretagne je conseille le site : http://www.infobretagne.com/coiffe-breton.htn

Cécile Raaynal, "Un exemple d'eaue minérale artificielle à reconstituer chez soi : les fameux "Lithinés du Dr Gustin", in Revue d'histoire de la pharmacie, année 2007, Vol. 94, n° 356, pp. 505-518

Sur la Réglisse voir le site http://www.haribo.com/frCH/informations-consommateurs/la-réglisse.html

Suzanne Amigues, "Histoire des plantes", Ed les belles lettres, 2006

Sur la lithographie voir http://legrainoir.free.fe/mario-ferreri.html et www.atelier-impression.fr/legrainoir.htm L'association Le Grainoir est basée à Frejus (83600)

Sur Henri Lafont et les produits ZAN voir les archives de la ville d'Uzès : "Monuments historiques et bâtiments protégés d'Uzès"....  et "Inventaire général du Patrimoine culturel du Gard", réf : I00128727, versement 1995/12/12, Uzès...

"Mémoires d'un bout d'ZAN. La réglisse dans le Gard", office de la culture de la ville d'Uzès, Ed. Equinoxe... et www.museeharibo.fr

"Vade-Mecum du pharmacien, aide-mémoire de pharmacie, à l'affaire et au laboratoire", Eusèbe Ferrand, 1891, 5ème édition, Sur le site de la BNF, "Gallica

"Histoire du Cachou", Antoine de Jussieu, Académie royale de médecine, 1720

"Dissertation sur l'origine du Cachou", Justin Lamoureux, Montpellier, 1812

"Eléments de botanique médicale", Alfred Moquin-Tandon, in "Nouveaux éléments d'histoire naturelle médicale", Désiré Cauvet, Vol. 2, 1869

"Dans la fièvre thermale : la société des eaux minérales de Chatel-Guyon. 1878-1914. Réussite et expansion d'une entreprise thermale", Jérome Penez, Institut d'études du Massif Central, Ed. Clermond-Ferrand, Vol. 1, 1994

"Vichy et ses alentours : Pôle Pharmaceutique Historique", Cécile Raaynal et Thierry Lefebvre, in revue d'histoire de la pharmacie, n° 359, 2008

Voir la superbe exposition temporaire "Les boites métalliques de médicaments", collection B. Bonnemain, sur http://www.shp-asso.org/index.php?page=expositionboites.... Société d'histoire de la pharmacie

Voir "le monde Diplomatique" du 27/02/2012, Jean-Maarie Vaslin, Maitre de conférence de l'A E d'Amiens...

"Automates publicitaires d'une collection. Réflexion sur leur restauration", Marie Boyer, Mémoire de fin d'étude, année 2001, Ecole Supérieure d'Art d'Avignon. Section Conservation-Restauration...

"l'âge d'or des automates, 1848-1914", C. Bailly, Ed. Scala, 1987, Paris

"L'automate et ses mobiles", J.C Beaune, Flammarion, 1980, Paaris

"Les Automates", J Bedel, Ed. Grancher, 1987

"Le monde des automates. Etude historique et technique", A. Capuis et E. Gelis, Eds La Rougery, Vol. 1 et 2, 1928, Paris

"Les automates, figures artificielles d'hommes et d'animaux", A. Capuis et E. Droz, Ed du Griffon, 1949, Neuchatel

Voir aussi le très intéressant site : http://conservationmachines.wordpress.com/2012/16/automates-publicitaires-dune-collection-memoire

voir aussi le "Musée de l'Automate" à Souillac et la collection du grand fabricant Roullet-Descamps

01:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)