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lundi, 17 février 2014

LOUVOIS, le tabac et les médecins

     Pour clôre mon cheminement "tabatier" je ne résiste pas au plaisir d'écrire encore ici quelques extraits  de textes de G.A Henrieck, médecin français du XIXème siècle déjà cité dans mes précédentes petites publications. Ces extraits me "parlent", un peu comme si j'étais directement concerné, embarqué sur l'un des vaisseaux de la "royale", je ne sais écrire autrement la manière dont ces lectures me touchent.. peut-être est-ce le fantôme de mon père qui navigue archétypiquement sur la mer de mon inconscient et me "taquine" !!... mais ça me va, j'aime cette ambiance... malgré que j'en perçoive aussi l'extrème dureté... c'est ainsi.    

     Donc, selon le docteur Henrieck "... les marins et mëme presque tous les officiers de marine qui, pour l'instruction et l'éducation, ne le cèdent en rien à nos officiers de terre et à nos traîneurs de sabre d'antichambre, chiquent à bord, comme dans les villes où ils relachent. Cette prédilection, dit Mr Forget, "tire son principe : 1) de la facilité qu'elle donne de pouvoir vaquer à toutes les occupations sans interrompre l'acte sensuel ; 2) de la commodité, exempte qu'elle est de tout attirail ; 3) de la facilité avec laquelle on la dissimule, n'altérant que l'haleine et même assez légèrement, lorsqu'on n'en abuse pas ; 4) enfin, de son innocuité, n'exposant pas aux accidents d'incendie, comme la pipe, qui, de plus est fragile, difficile par conséquent à remplacer dans beaucoup de cas, et avec laquelle il n'est pas permis de paraître sur le gaillard d'arrière ou de pénétrer dans l'intérieur du vaisseau". Il est d'usage que le marin, en parlant à un officier, mette, par respect, sa chique derrière son oreille, comme le soldat porte le revers de la main à son bonnet de police". Je n'ai pas le souvenir d'un tel geste chez mon père... et je ne l'imagine pas crachant son morceau de chique dans la main puis le glisant, gluant de salive, derrière l'oreille ! L'acte sensuel dont il est question ici est celui du travail manuel. les mains sont libres pour travailler "à l'aise"...

     "Si LOUVOIS s'occupait avec insistance de l'approvisionnement de tabac, pendant la conquète de Hollande, Mr Forget ne recommande pas moins de s'en pourvoir pendant les voyages en mer : "Tel individu, dit-il, ne peut digérer le plus maigre repas s'il ne mäche une chique ou brûle une pipe immédiatement après. Cette voix impérieuse (le besoin) dicte des expédients les plus bizarres : je n'oublierai jamais ce matelot de l'ANTIGONE qui vint me trouver pour un mal de gorge. Voyant à la saillie de la joue qu'il mächait quelque chose : Comment !!, lui dis-je, vous avez mal à la gorge et vous chiquez !! - Major !!, me répondit-il, depuis trois jours je n'ai plus de tabac !! et en mëme temps il tire de sa bouche un peloton d'étoupe goudronnée... les larmes qui roulaient dans ses yeux humectèrent mes paupières, et je partageai avec lui un peu de tabac qui me restait (nous étions depuis trois mois à la mer). J'ai la conviction que, si la privation du tabac n'a pas causé son mal de gorge, c'est du moins le tabac qui l'a guéri !! ". Ce témoignage rapporté, encore, par le Docteur Henrieck, est frappant... et l'ancien l'éducateur que je suis se souvient d'un "épisode" de sa vie professionnelle, au "Sleep-in. SOS, Drogue Internationnal", à Paris, et de l'extrème détresse des personnes accueillies... Sans exagérer, je crois bien que mon père aussi était "accroc" !! Ce qui est certain c'est qu'en manque de tabac à chiquer il n'était pas à prendre avec des pincettes. Je n'ai jamais pu découvrir les stratagèmes qu'il mettait en place pour "combler le manque", mais, à n'en pas douter, ils existaient  !! En 1957 le tabac a été reconnu comme toxicomanie par l'OMS !!... Aujourd'hui encore, le non-fumeur que je suis  se questionne sur la résistance forcenée de certains...

     

     Trouvez ci-dessous quelques titres bibliographiques complémentaires :

"Du tabac, son influence sur l'homme", Docteur G.A Henrieck, Encyclopédie de l'Agora, http://Agora.qc/documents/tabac-du-tabac. Ce site est très intéressant, comme souvent les sites du québec...

"Du tabac ; son histoire, sa culture, sa fabrication, son commerce, ses propriétés médicales et toxiques, son influence sur l'homme", 1864, Paris, Ed. Desloges... désolé pour l'auteur, il est perdu dans la mer de documents que j'ai collecté, j'espère le retrouver un jour !!

"Traité du Tabac", Vincent Barthélémy, Lyon, 1626... Cette fois c'est l'éditeur qui court le risque d'être noyé !!!

kenavo.     Sizig Loeis Ar Garrec

 

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"véritable PRADEL", le couteau de mon père

     Dresser le portrait de mon père implique nécessairement de parler aussi de sa casquette, de sa carotte de tabac à chiquer et de son couteau PRADEL... Parler de l'un de ces trois objets c'est parler du marin Breton, le pêcheur, le navigateur, peut-être aussi l'aventurier des "hautes mers", celui des conquêtes maritimes... c'est parler de mon père, Guillaume Albert Le Garrec... Ce n'est pas réducteur, bien au contraire, et je suis persuadé que d'autres gars de mon âge, fils de marin Breton, sont extrêmement fiers de cette forme d'dentification... Je suis également persuadé que lorsqu'ils évoquent leur marin de père, qu'ils le racontent aux plus jeunes, aux autres, c'est aussi en "disant" ces objets là, la pratique de ces objets là, des objets chargés de vie quotidienne... Par objets il faut entendre ici : ustensiles, outils, matériels, pièces fabriquées, façonnées par la main de l'homme, manufacturées... pour lui servir... On peut difficilemet raconter quelqu'un en l'évinçant de son environnement quotidien, de même en excluant cet environnement, son rapport à celui-ci, les échanges, l'interaction, la confrontation... dire l'univrers de cet autre, sa manière d'être, sa façon d'agir, de se comporter... le raconter au milieu des objets de sa vie quotidienne, professionnelle et domestique... tenter de dire toutes les sortes d'ojets de sa vie et donc, par glissement de plan, y compris, éventuellement, sa "vision" de vie, son rapport à l'existence, ses projets... Le monde des objets de l'homme, est celui de l'homme... On dit que l'on peut reconnaitre la qualité d'un ouvrier selon la composition et la tenue de sa caisse à outils... on le dit encore aussi, presque sur le même mode, de la femme au foyer...

     Il y a quelques années j'ai offert ma caisse à outils de maçon-coffreur-boiseur !!... et j'ai aménagé mon appartement quasiment exclusivement avec des meubles démontables (hors ikéa !)...   

     La casquette de mon père n'était pas la même que celle de mon oncle Pierre, son frère, et la façon de la porter diffèrait aussi...  tous deux pourtant natifs du même lieu-dit moélanais et pratiquant le même métier à rsiques... Je ne suis pas sûr que mon oncle chiquait, mais je suis convaincu, en supposant que ce soit le cas, que sa pratique était, au moins pour une part, autrement... Ainsi chacun "construit" sa pratique "à sa main", élabore son style... se met en jeu, se dit JE...

    Le couteau de mon père était un "Véritable PRADEL", également appelé "couteau de marin", de "gabier" ou de "Terre Neuvas" (dans le catalogue Manufrance). Un couteau qui, à l'origine, a été diffusé, surtout, en Normandie et en Bretagne. Marin breton mon père a beaucoup navigué sur les lignes transatlantiques, depuis LE HAVRE (Seine maritime, Départ. de Haute Normandie) vers NEW YORK. La marque PRADEL a été déposée en 1873 par Etienne PRADEL et la mention "Véritable PRADEL" n'apparait qu'en 1887, après le dépôt de la marque le 25 janvier de la même année. Le couteau de marin PRADEL, désormais un nom commun, a été très inspiré d'un autre fameux couteau : le SHEFFELD.

     Le PRADEL qu'il utilisait était un couteau de poche de 10,5 cm fermé/19 cm ouvert,  noir, pliant (ou fermant), à forte lame unique anglaise, à talon carré et mentonnet fortement dimensionné, aussi appelé "pied de mouton", avec onglet (évidé par meulage, il permet de saisir la lame avec l'ongle). Le talon carré est la partie arrière de la lame qui frotte sur le ressort et qui permet de la manoeuvrer en deux mouvementss successifs, ce qui apporte une sécurité certaine. Mais, pour moi, au delà de cette sécurité, le claquement sec caractéristique de cette manoeuvre de fermeture était aussi, surtout, le marquage sonore d'un usage...  et une gestuelle particulière : Un... Deux... Clac !!, avec, parfois, une pause entre Un et Deux... Lorsque mon père utilisait son PRADEL j'attendais ce claquement comme signature de fin de täche, comme clôture d'un ouvrage... ou de la reprise du boulot après le casse-croûte !! La lame est en acier XC 75 traditionnel, un acier qui noirçit, donc un acier carbonne... Au niveau de l'onglet, je crois un peu au-dessus, était gravée une ancre de marine. Il me semble que le nom PRADEL y figurait aussi...  

     Le manche d'un tel couteau peut être en corne noire de buffle ou en corne blonde de vache, en ébène, en ivoire... mais aussi en corne artificielle ; la galalithe apparue en 1897 ; la bakélite apparue en 1865 mais utilisée réellement en 1909 ; ou encore, l'ébonite (caoutchouc durci) développé en 1855. Différentes techniques de traitement des cornes de vaches et de buffles (symcerus caffer) - redressage, ou pressage à chaud, flammage, etc.- permettent d'obtenir diverses formes et des nuances de blond uni, de beige foncé, de beige clair, transparent ou blanc. La corne pressée craint l'eau et la chaleur, qui ont tendance à la lamelliser au fil des années, elle ne convient donc pas pour les marins. La meilleure partie de la corne pour la fabrication des manches est la pointe, sa partie haute et massive, bien plus robuste que sa partie basse et creuse que l'on doit presser à chaud avant utilisation pour combler les vides qui la constituent. Ce manche est légèrement linéairement incurvé, rond, s'évasant "doucement" vers l'arrière pour assurer une meilleure prise en main, avec, à l'extrémité, un trou pour le passage d'un lacet, donc sans bélière, sans "mitre de cul", c'est à dire "plein manche". Un manche de "Véritable PRADEL" à généralement 6 clous (ou rivets) en laiton et porte une ancre de marine, en laiton, également rivée.

     Selon les couteliers de Thiers la fabrication artisanale d'un couteau requiert plus de 218 étapes... j'invite le lecteur à se rendre sur le site du musée de cette ville pour plus d'informations.

     Pour moi, nul doute, mon père choisissait toujours le couteau équipé d'un manche en corne de pointe. Le manche en matière artificielle ne permet pas vraiment une bonne sensation en main, l'appropriation de cet outil est alors rendue difficile... et donc, par extension, l'acquisition du geste efficace en contexte d'activité aussi !! Je sais celà par expérience professionnelle et domestique...  Avoir compris le truc est une chose, mais encore faut-il se donner le temps de choisir, un tel achat ne se fait pas sur catalogue, il faut pendre le couteau "en main". Mon père le savait, et, au fil du temps, j'ai appris aussi...

    Le couteau pliant, ou fermant, était déjà connu à l'époque romaine, environ 50 avant JC, puis à l'époque gallo-romaine.  Il s'agissait d'une lame pivotant autour d'un axe et venant se placer dans le manche. Il était utilisé par les Romains, les Gaulois, les Byzantins, les Celtes, les Egyptiens et les Chinois. Mais son utilisation nomade par le transport en poche est beaucoup plus tardive. Elle devra attendre l'invention de la dite poche, au XVIème siècle, a la suite de deux évènements déterminants, le premier, d'ordre mécanique, est la découverte du ressort qui maintient la lame du couteau tant en position ouverte que fermée. Encore fallait-il disposer d'un outillage "moderne" pour le fabriquer, et celui-ci n'a commencé à apparaître qu'à cette époque. Le second tient à la mode et est d'ordre "couturier", c'est l'invention de la poche intégrée au vêtement qui jusque là en était dépourvu... Auparavant les poches se portaient par paire, reliées par un cordon fixé autour de la taille... ce qui n'était guère pratique pour un outil d'usage courant comme le couteau...    

     Mon père utilisait son couteau dans de multiples circonstances extrèmement variées. Ces utilisations sont bien trop nombreuses pour être toutes citées. En réalité je pense qu'il est impossible de les répertorier toutes. Toutefois j'ai en mémoire quelques traces d'usage que je qualifie ici, dans le champ de mon histoire familiale (ethno-familial), de domestique et/ou de loisir... ainsi lorsqu'il fabriquait des paniers de pêcheur en noisetier ou qu'il taillait l'appui-main de la caisse à laver de ma mère ; lorsqu'il me fabricait des sifflets avec des jeunes branches de châtaigniers ou des fourches pour mes lance-pierres ; mais aussi, évidemment, lorsqu'il vidait des poissons ou qu'il ouvrait des huitres... Je l'ai dèjà écrit ci-avant, sur ce blog, ce couteau était "l'associé" de mon père dans un très grand nombre d'activités de sa vie de tous les jours... et les images de  toutes celles auxquelles j'ai participé sont encore très vivaces en moi... des images, mais avec aussi des sons et des odeurs... j'en raconterais quelques-unes prochainement.

     Certains couteliers préconisent d'entretenir les couteaaux, et de lutter contre les effets de lamellisation de la corne" pressée" du manche, en les "nourissant" régulièrement avec de la graisse animale, comme le saindou, la graise d'oie ou de canard. Je me rappelle que mon père passait de la couenne de porc sur les deux faces de la lame de son PRADEL, il faisait la même chose sur les lames de scie égoîne et de scie à bûches... Avant ce graissage, il l'affutait avec une pierre à faux durant de longues minutes. Parfois il terminait cet affutage par un passage sur son Paddle, l'indispensable instrument pour le rasage au "coupe-chou" et dont je parlerais aussi bientôt. Alors il promenait la lame en la poussant vers l'avant pour une face, puis en la tirant vers lui pour l'autre face, sans jamais faire de rotation sur le cuir à rasoir, il répétait ce mouvement 5 ou 6 fois rapides. De temps en temps il humidifiait le cuir par un léger jet de salive. Cette dernière opération terminée, il contrôlait le fil, fermait le couteau, un...deux...clac... et le rangeait dans la poche de son pantalon. En fait il utilisait son Paddle pour finir son couteau comme il le faisait pour son "Coupe-chou". Pendant une journée de travail, lorsque un affutage était nécessaire, il trouvait un bloc de pierre à grains fins, plat, et y frottait régulièrement la lame. Il contrôlait de temps en temps le fil avec son pouce, éventuellement crachait légèrement dessus, et, selon, reprenait le frottage aller-retour sur la pierre. Bien sur cet affutage était plus grossier que le mode précédent mais c'était rapide et efficace. Dans les champs et sur la côte il n'avait aucune difficulté pour trouver le bloc de pierre adéquat, et en ville il utilisait les embrasures, les seuils, les appuis des portes et des fenêtres, les murets, etc. La lame de son dernier couteau avait tellement été affutée qu'elle ne faisait plus qu'environ 11mm  sur environ 18 mm à l'origine !! Et il a été perdu !!! 

     Et ainsi est la fin... de cette publication... Un 1er mai...

     Et ce soir je vais regarder le film d'action sino-hongkongolais de Zhang Yimou (2002),  "HERO" programmé sur ARTE

Petite bibliographie :

"Manuel du coutelier", de LANDRIN, édité à Paris en 1835                                                                                                                            

 "La coutellerie à THIERS" et SAINT REMY", guide album illustré, 1922-1923, sur http://razaland55.free.fr/coutellerie.htm

"Les métiers de nos ancêtres", D. CHATRY

Voir le site de Jean François LALIARD, http://couteau-jfl.com

www.musee-gourmandise.be/fr/articles-de-fond/77-articles-fond/124-couteau et notamment l'article de Gérard BIT

www.sabatier-k.com/couteaux-de-poche

www.lebateauphare.fr

www;couteau-en-poche.com très bon site...

www.macorne.fr

Sur l'acier de DAMAS, voir le site de Georges EMERIAU, http://acier.damas.free.fr

PS : J'ai oublié de communiquer une bibliographie succinte en clôture de ma précédente publication "Théodore Botrel, Ludovic HUOT, et Guillaume Joseph Le Garrec". Voici donc :

"La bonne chanson : Le commerce de la tradition en France et au Québec, dans la moitié du XIXème siècle", Jean Nicolas De Surmont, Ed Tryptique, 2001, Montréal

Solenn Hellégouach, Mémoire pour l'obtention du Grade de Maitre Es arts en musique -option musicologie-, Université de Montréal, Août 2009, consultable sur http://papyrus.bib.unmonreal.ca/jspui/bitstream/1886/4674/2/Hellegouach_Solen_2010_memoire.pdf

"L'histoire de l'enregistrement sonore au Québec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003 www.ulaval.ca/pul.

Kenavo.            Sizig Loeis Ar Garreg

 

    

         

         

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