ID UA-41108829-1 UA-175160465-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • La lessiveuse "La couronne" de ma mère lavandière à Pont Aven

         Parmi les bassines qu'utilisait ma mère, lavandière à Pont Aven, il y en avait une que je préférais... Préférer une bassine, et une bassine en plastique de surcroît ! Peut-être que je tourne pas rond ?!  Mais c'est vrai, j'étais très attaché à l'une d'entre-elles, elle était un peu jaunissante, translucide, avec des parois très épaisses, un peu lourde (relativement aux autres), elle me donnait confiance, elle avait la confiance de ma mère... Une bassine capable de supporter une chaleur de 80 à 85°... une qui rebondissait lorsqu'on la laissait tomber sur le sol... elle était un peu comme la maîtresse des bassines, c'était la doyenne usagée... Dire que j'avais de l'affection pour elle, c'est presque trop, mais pourtant pas si loin que ça de la vérité !! Pendant presque 2O ans, "fidèle", elle est "restée" au service de ma mère puis est passée au mien et je sais qu'elle sert encore ailleurs aujourd'hui... soit une carrière de bassine d'environ 50 ans !! Bassin, de l'ancien français Bacin, du latin populaire Baccinus, de Baccus, du gaulois Bacca : charge, fardeau (Gallois Baich ; Breton Bec'h). Dans les catalogues de vente actuels ma bassine jaunie est appelée Baquet !! Un baquet rond de 65,25cms de diamètre, 34 cms de haut, pesant 1,8O kg pour une contenance de 55 litres... qui trônait au milieu des cuvettes rondes de 1,5 à 25 litres, en polyéthylène haute densité, plus rigides, beaucoup moins souples... La densité de ces matières plastiques est généralement comprise entre 0,9 (plus léger que l'eau) et 1,8 (plus lourd qu l'eau), mais le plus souvent aussi lourd que l'eau, soit 1... Il y avait aussi quelques seaux de 10 litres en plastique, vert foncé/bleu foncé... 

           Ce "fidèle" baquet professionnel nous servait aussi, au plan domestique, pour la "grande toilette corporelle"... c'est là dedans que, bébé, j'ai pris mon premier bain et que, certains soirs, ma mère reposait ses pieds fatigués dans de l'eau tiède salée !! Il servait autant pour la vaisselle que pour le lavage des légumes ou le triage et l'équeutage des haricots verts.. Je raconterais prochainement la "saison" des haricots verts à Pont Aven et l'activité "vivrière" de certaines familles, les moins riches, pour les usines alimentaires Glouanec et Estival. 

         Ces multiples ustensiles Polypropylène/Plastique formaient comme une couronne autour de l'outil principal de la lavandière : une lessiveuse en tôle d'acier galvanisé posée sur un trépied en fer forgé... Inventée au XIXème siècle, commercialisée vers 1870-1880 et parvenue dans certaines campagnes vers 1900, elle fût généralement utilisée jusque dans les années 60... Elle était souvent offerte comme cadeau de mariage, dans le trousseau !!! Ma mère, qui l'avait acheté, l'utilisait encore vers 1975, c'était une lessiveuse "La Couronne", du même type que celles actuellement proposées par la société Guillouard à Nantes... une cuve à fond plat, en cône tronqué, de 75 litres, en acier galvanisé, dite n° 5, de diamètre base 37, et de diamètre ouverture 49,5, hauteur 49, avec deux poignées soudées, et un couvercle galbé avec poignée centrale soudée garnie d'un manchon fixe, rouge, en bois... Sur la paroi étaient soudés, face intérieure, 3 points d'accroche pour l'installation d'une "araignée" de retenue du linge (une chaînette en croix ou du fil de fer)... celui-ci, au point d'ébullition (100c°) d'une  "cuisson" en circuit constant d'environ 1h à 1h 30, cherchant parfois "à s'échapper" en soulevant le couvercle... Ma mère n'utilisait jamais cette "araignée", elle se contentait d'écarter la lessiveuse du feu ou de le réduire... mais, en fait, je crois que personne ne connaissait le véritable usage de ces 3 ancrages, je n'ai jamais vu cette "araignée" en service à Pont-Aven, ni ailleurs !! Parfois, afin de prévenir encore mieux le risque, j'étais placé d'astreinte près de la lessiveuse... lorsque les draps poussaient en se gonflant comme des voiles je devais les repousser avec la canne en bois de houx épluché... J'avais également la charge de remuer le linge au fil de la "cuisson", et de faire remonter le maximum de pièces du fond sur le dessus, sans démancher le "champignon"... l'exercice était délicat et le risque d'être ébouillanté par les éclaboussures et les écoulements important... c'était plus facile au lavoir qu'à la maison !! Le linge en fond de lessiveuse chauffe mais ne "bout" pas, c'est pour cette raison qu'il faut le faire "tourner"  en  cours de "cuisson"... Parfois, vers la fin de la "cuisson", ma mère extirpait quelques pièces du dessus avec la canne en bois de houx... En effet, lorsqu'elle était au lavoir, pendant que le linge "cuisait" ainsi , ma mère lavait sur la cale voisine les pièces de la "fournée" précédente où celles plus fragiles ne nécessitant pas le bouillant passage dans la lessiveuse... La "cuisson" était parfois réalisée sur la cuisinière bois/charbon de notre logement, alors, pendant ce temps là, ma mère vaquait à d'autres occupations domestiques : cuisine ; raccomodage ; pliage du linge sec et repassage ; soins des poules, lapins et pigeons ; équeutage/triage des haricots verts (pour les usines Estival et Glouanec), etc..., et parfois, simplement, elle veillait en tricotant... et de ces veilles, avec Blanchette, une vieille amie clocharde, je parlerais un de ces jours prochains... Dans les années 40 les livres d'enseignement ménager recommandaient l'usage de la lessiveuse sur fourneau bas, au charbon, au bois ou au gaz, avec un robinet de vidage (voir par ex : Augusta Moll-Weiss, 1934). De 1957 à 1975 je n'ai jamais vu un tel dispositif dans les lavoirs de Pont Aven, à ma connaissance toutes les lavandières utilisaient la même méthode que ma mère et décrite ici...    

          La Lessiveuse à pour origine un système à projection permettant une ébullition dite simple mis au point au début du XIXème pour blanchir le linge avec de la Chlorure de Chaux par Samuel Widmer (1767-1831) à la "Manufacture Royale de Jouy" (1760-1843). La "Manufacture des toiles de Jouy" a été implantée à Jouy-en-Josas, non loin de Versailles, sur les bords de la Bièvre, par l'indienneur allemand Christophe-Philippe Oberkampf (1739-1815), natif de Wisenbach, dans le Baden-Wûttenberg, aidé financièrement par le suisse du Roi au Contrôle Général des finances, Antoine Guerne, dit de Tavannes. Leur manufacture obtient de Louis XVI le titre de Manufacture Royale le 19 Juin 1783, ce qui lui permet de marquer aux armes du roi ses productions de toiles imprimées, et d'être dispensée du Contrôle de l'Inspection des Manufactures... En 1787, Oberkampf refuse la lettre de noblesse de Louis XVI, mais se fait élire maire de Jouy-en-Josas en 1790. Christophe-Philippe Oberkampf est le descendant d'une lignée de teinturiers luthériens du Wuttemberg. Il apprend le métier chez son père établi dans le canton Suisse d'Argovie (en allemand : Aargau) comme fabricant de toiles imprimées (indiennes), puis il entre comme graveur à la manufacture d'impression de Samuel Koechlin et Dolfuss, à Mulhouse. En 1758 il débarque à Paris et débute comme coloriste dans la fabrique (peut-être la Manufacture des Indes de France, voire la réserve de l'Arsenal Royal ???) du banquier (homme de banque en 1754) Jacques-Daniel Cottin, fils aïné de Daniel Cottin (1677-1756)... Son frère cadet, Frédéric Oberkampf, le rejoint dans la capitale en tant que maître graveur chez Antoine Guerne, dit de Tavannes.... En 1762 Christophe-Philippe Oberkampf, qui a alors tout juste 23 ans, est sollicité par Antoine Guerne, pour installer à Jouy une manufacture, ils s'associent donc... Au début le père Oberkampf leur apporte un important soutien logistique (dessins, planches gravées, échantillons imprimés, des plantes tinctoriales, des toiles et des recettes d'impressions codées), il vient même à jouy-en-josas... Christophe-Philippe Oberkampf fait alors évoluer les procédés habituels d'impressions : pendant les 6 premières années il utilise la technique classique de la planche de bois, puis celle de la planche de cuivre et enfin le rouleau de cuivre gravé en creux... Il adopte aussi le blanchiment des toiles au Chlore pour remplacer/éviter l'étendage sur les près. Oberkampf favorise également la mise au point d'une teinte de "Vert Solide" en 1 impression au lieu de 2. En 1770 les deux frères Oberkampf (Christophe-Philippe et Frédéric) obtiennent leurs Lettres de Naturalisation et deviennent Sujets Régnicoles (nationalité française !). Sous le Consulat (1799-1804) Christophe-Philippe crèe un cours de chimie à Jouy et y fait venir des enseignants renommés, tels Berthollet et Gay-Lussac. Samuel Widmer et son frère Gottlieb (auteur du "Mémorial de la Manufacture de Jouy") sont les neveux d'Oberkampf, les enfants du graveur Jean Widmer et de Sophie Oberkampf. Samuel Widmer (1767-1831), né en Argovie (canton Suisse), assiste son oncle Christophe-Philippe Oberkampf dans la fabrication des toiles peintes/imprimées. Il invente la machine à graver les cylindres en cuivre destinée à l'impression des toiles, une machine qui fonctionnait "en continu" et qui fût familièrement baptisée "Bastringue" par les ouvriers de la manufacture... Ce mot est incrusté dans mon vocabulaire courant : "Quel bastringue !!", pour "quel bordel !",  ou "quelle situation compliquée !"... Samuel Widmer anime le laboratoire de chimie de la manufacture et découvre, en 1808, le "Vert Solide", bon teint, cité ci-dessus... On doit aussi considérer le système de cuve à projection qu'il a développé, c'est l'ancêtre de la lessiveuse de ma mère !! Le descriptif de ce système correspond bien à celui, miniaturisé de cette lessiveuse, aussi nommée "Buanderie domestique", à savoir : le principe de la circulation de l'eau à travers le linge ; le double fond perforé et le  tube central permettant à l'eau chaude de s'élever depuis le fond et de se déverser en pluie "par le dessus", en cycle régulier constant ; la chaudière... Cette lessiveuse nous servait aussi, comme le Baquet, pour le plumage à l'eau bouillante des volailles, mais également pour la stérélisation des pots de confitures et des conserves de légumes. Pour ces  dernières les bocaux utilisés étaient "Les Parfaits"...  

         Je tiens à faire ici un petit clin d'oeil lavandier à mes anciens  profs du Département géographie de Paris 8-St Denis, et particulièrement à Thierry, mon pote Pontaveniste : j'ai découvert le plan/dessin d'une lessiveuse pédagogique pour illustrer la zone de convergence intertropicale/pot-au-noir, le contre alizés en altitude, la force de coriolis/accélération de Coriolis, le Jetstream subtropical (Canaries), l'équateur thermique... Pour plus d'infos, rendez-vous sur transquadra.pbase.com, ou http://m1.i.pbase.com/g3/83/462483/2/55907631.LESALIZES.jpg... 

         En 1783, Oberkampf choisit comme chef de son atelier de dessins un peintre très renommé à l'époque : Jean-Baptiste Huet... Avec les indienneurs, les graveurs sur bois et sur cuivre, un artiste de plus pour éclairer encore mes pérégrinations mémorielles Pontavenistes !! Jean-Baptiste Huet est né au Louvre (?!), à Paris, le 22 octobre 1745, il y décède le 22 Août 1811. Son père, Nicolas Huet, dit l'ancien (1718-après 1788), est alors peintre du Garde Meuble du Roi. Jean-Baptiste Huet, élève de Charles Dagomer (vers 1700-vers 1768) et du peintre-graveur Jean-Baptiste Le Prince (1734-1781) dont il suivra les conseils à partir de 1769, entre alors dans la mouvance de style Rococo et s'affilie avec le peintre et goguettier François Boucher (1703-1770), le maître de Le Prince...  Jean-Baptiste Huet se lie également avec le graveur Liègeois Gilles Demarteau (1722-1776) qui gravera nombre de ses oeuvres. G. Demarteau ami de Fragonard et de Van Loo... Membre de l'Académie St-Luc J-B Huet sera reçu à l'Académie Royale le 29/07/1769 comme peintre animalier. Il réalise également des cartons de tapisseries pour la Manufacture de Beauvais... Je vous invite à découvrir le cycle décoratif du  "salon des Huet" au Musée Nissim-de-Camonda, rue Monceau à Paris... Jean-Baptiste Huet excellait dans les  scènes pastorales et légères, les bergeries, et je retiens ici l'une de ses oeuvres en rapport avec mes recherches familiales actuelles, une huile sur toile 055 X 045 intitulée "Paysanne lavant près d'un pont" (id. musée du Louvre)... Selon C. Gabillot la famille Huet constitue "l'une des plus importantes dynasties de peintres du dix-huitième siècle"... Si Jean-Baptiste avait une grande notoriété celle de ses trois fils n'était pas moindre... en particulier Nicolas, dit Nicolas II (1770-1830) pour le distinguer de son grand-père cité ci-dessus... et, à un degré moindre, François "Villiers" (1772-1813) et Jean Baptiste, dit jean-Baptiste II (1772-1852)... ces deux derniers aussi peintres et graveurs.. Nicolas Huet II, peintre du Jardin du Roi, exécute pour le Muséum d'Histoire Naturelle plus de 350 vélins qui entrent dans la collection des Velins du Roi. Il excelle surtout dans les peintures d'anatomie et de zoologie. Entre 1771 et 1786 il illustre, entre autres, avec Jean-Gabriel Prêtre (1780-1845), membre de la Société Linnéenne de Paris et peintre à la ménagerie de l'Impératrice Joséphine (1763-1814) puis au Muséum, les volumes de l'"Histoire Naturelle des oiseaux" de Buffon (Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, 1707-1788). En 1804 J-B Huet est nommé peintre du Muséum d'Histoire Naturelle puis chargé du cours d'Iconographie en 1822... Il travaille lui aussi pour l'impératrice Joséphine, l'égérie de Napoléon !! Au fil de mes recherches j'ai découvert les oeuvres de ces artistes et ça a fait du bien au natif de Pont Aven que je suis !!... Le travail de ces peintres-graveurs animaliers est absolument extraordinaire, et j'ai craqué pour la précision et la beauté de leurs "re-présentations" d'oiseaux !!

         En 1837, René Duvoir (...), inventeur-constructeur parisien, perfectionne le système de Samuel Widmer... On associe aussi le nom de ce dernier au "Thermosiphon", ou "Calorifère à eau chaude", l'ancêtre du chauffage central. Un rapport publié en 1860 indique qu'à la date de publication de l'ouvrage de Louis Figuier (1819-1894) le système définitivement adopté qui fonctionnait dans tous les établissements publics de Paris (hôpitaux, dispensaires, garnisons, lavoirs/bains, manufactures, etc) était  celui de René Duvoir perfectionné par Jules Decoudun (......), aussi inventeur-constructeur d'un "Hydromètre" et d'un "Photomètre"... système Decoudun à son tour modifié par Gay (Lussac ??). On trouve aussi dans la "Description des Brevets d'Invention" publiée en 1848 et dans le "Bulletin de la Société d'Encouragement" de 1849, la description d'un système de blanchissage sous le  titre : "Système de MM Bardel, Laurie et Duvoir, perfectionné par MM Ducoudun et Gay, qui peut être considéré comme le type suivant lequel sont construits tous les lavoirs publics de la capitale". Au cours des années 1860, des fabricants miniaturisent et simplifient les procédés industriels de René Duvoir et Jules Ducoudun, donc une miniaturisation du système utilisé dans les établissements publics de Paris, et proposent "La Savonneuse à circulation", c'est à dire la lessiveuse à champignon... soit une cuve/lessiveuse comme décrite partiellement ci-dessus au 3ème paragraphe, avec un double-fond perforé de 12 trous, un "champignon" percé de 13 trous sur son pourtour et soudé sur un tuyau de diamètre 33 (mobile) encastrable dans le manchon central du double-fond... La lessiveuse type des lavandières !!

         Les lessiveuses sont donc des cuves en acier galavanisé à chaud. Les premier brevets de galvanisation à chaud, au trempé, les premiers trempages, datent des années 1840, ils ont été déposés par le Français Stanislav Sorel (1803-1871), ingénieur-mécanicien associé au négociant Hector Ledru (...). La galvanisation est un dépot de zinc sur la tôle acier, par immersion dans un bain de zinc en fusion d'environ 450°... Le revêtement de zinc est chimiquement lié à l'acier de base car il se produit une réaction chimique métallurgique de diffusion entre le zinc et l'acier ou le fer (à 450°)... Cette gavanisation à chaud est réalisée après assemblage des éléments. Après trempage le zinc, en se refroidissant, cristallise et laisse apparaître en surface un joli "Fleurage"... Et sur ce fleurage, dans le fond de la lessiveuse de ma mère j'ai souvent découvert de drôles d'images parédoliques !! Le zinc est utilisé depuis l'antiquité, des bracelets datant de 5OO ans avant J-C ont été découverts en Grèce... Si l'on doit à Stanislav Sorel la "brevétisation" de la galvanisation à chaud, on doit aussi à un autre français, Paul-Jacques Malouin (1701-1778), de multiples travaux sur la chaux, l'oxyde d'étain, les amalgames de mercure et d'antimoine, d'étain, de plomb et de zinc. Docteur en médecine (à Reims en 1724 et Paris en 1730), Professeur de médecine au Collège de France, et médecin de la reine, membre de la Société Royale, Professeur de chimie au Jardin du Roi en 1745, membre de la Royal Society en 1753, puis nommé membre de l'Académie des Sciences en 1774. Professeur au Collège Royal en 1776 il occupa la chaire de médecine jusqu'à sa mort. Il a publié, entres autres, un "Traité de chimie, contenant la manière de préparer les remèdes qui sont le plus en usage dans la pratique de la médecine ", 1734, Paris ; un mémoire de "Pharmacopée chimique ou chimie médicale", en deux volumes, 1755 et 1760, Paris ; un autre mémoire "Analyse des eaux savonneuses de Plombières" en 1746. Dans une communication à l'Académie Royale de Paris, après de nombreuses années d'expériences dans l'étamage, J-P Malouin découvre en 1741 qu'un revêtement de zinc protége l'acier de la rouille et annonce en 1743 que "le revêtement obtenu par immersion de l'acier dans le zinc fondu a une tenue plus longue et résiste mieux à la haute température"... La découverte de Malouin précédait donc de 100 ans les travaux de Sorel... Le terme Galvanisation est lié à "l'Effet Galvanique" ou "Courant Galvanique" et au nom de Luigi Galvani (1737-1798), physicien Italien qui a, en particulier, étudié la production d'électricité par le contact de deux métaux différents. Mais c'est Sir Humphry Davy qui, lors de son étude de la pile zn-cu d'Alessandra Volta (1745-1827),  après avoir constaté que dans cette pile, composée d'électrodes de zinc et de cuivre, le cuivre était toujours protégé, a, le premier, proposé l'utilisation du zinc pour la "conservation du fer". Sorel s'est donc inspiré aussi des travaux de Davy. Sir Humphry Davy (1778-1829) est un physicien-chimiste britannique. Son père, Robert Davy, était graveur sur bois ! Elève de Rumford et de Grégory Watt, fils de James Watt, il devient membre de la Société Royale de Londres en 1803, et la préside en 1820... Il donne des leçons de chimie à l'Institution Royale créée par le Comte de Rumford et est chargé d'enseigner l'application de la chimie à l'agriculture... A partir de 1810 il a comme assistant Michael Faraday... Médaille Copley en 1805, Prix Napoléon de l'Institut de France en 1807, fait Chevalier le 09/04/1812 il est Médaille d'or Rumford en 1816 (prix créé par Benjamin Thompson, Comte de Rumford, exclusivement décerné à des scientifiques travaillant en Europe). La médaile Rumford a également été décernée, entre autres, à Michael Faraday (ex assistant de Davy) en 1846 ; Louis Pasteur, en 1856 ;  Antoine-Henri Becquerel, en 1900 et à Ilya Prigogine en 1976 (dont je recommande la lecture de "La nouvelle alliance", avec I. Stengers, 1979, Gallimard). En 1818 Davy est ordonné Baronnet par Georges IV et Médaillé d'argent de la Royal Medal en 1827... En 1807 et 1808, grâce à l'électrolyse, il isole le Sodium, le Potassium, le Baryum, le Strontium et le Calcium et démontre que les terres rares ne sont pas des éléments mais des Oxydes de métaux (il s'oppose alors aux théories de Cuvier)... En 1808 il découvre l'aluminium (amuminium) puis en 1813 l'Arc Electrique, qui transforme l'histoire de la lumière artificielle... ce qui lui permet aussi l'invention de la lampe de sureté à toile métallique, dite lampe Davy, pour la prévention des explosions dues au Grisou et au Poussier dans les mines de charbon... En 1824 Davy réalise la première utilisation de la protection Cathodique sur un navire de la Royal Navy : il fixe des clous en fer à l'extérieur, au-dessous de la ligne de flotaison, sur le revêtement en cuivre de la coque... le fer se corrodant plus facilement et plus rapidement sous forme de rouille que le cuivre lorsqu'il est en contact avec la coque, l'effet résultant est la réduction considérable de la vitesse de corrosion du cuivre... La biographie d'Humphry Davy est fascinante, je n'ai rapporté ici qu'une part infime et sélective de ses travaux... une part que je considère en partie "raccord" avec ma thématique lavandière... mais également, pour une autre part, avec l'histoire de mon marin de père (par ex : la ci-dessus protection cathodique "maritime") et avec mon activité d'éducateur technique à bord du vieux gréement "Le Jean Bart" (par ex : un carénage à l'étang de Berre, près de Marseille. Association Aquasso)... Selon Robert Hunt, in "Dictionary of National Biography", publié en 1888, Humpry Davy disait de lui-même : "Je considère comme une chance pour moi qu'on m'ait laissé beaucoup à moi-même quand j'étais enfant, et qu'on ne m'ait imposé aucun plan d'études particulier... ce que je suis je le suis devenu par moi-même"... L'autodidacte que j'ai été jusqu'à mon entrée dans l'univers universitaire ne peut qu'adhérer à de tels propos qui ne devraient pas déplaire à René Barbier (Paris 8 St-Denis) et Gaston Pineau (Univ. de Tours).... Sir Humphry Davy a publié, entre autres : "Eléments de chimie agricole", 1813 ; "Eléments de philosophie chimique", 1813 ; "Traité sur l'art de fabriquer le vin et de distiller les eaux de vie", 1819 et 1825. Les deux derniers ouvrages en éditions fraçaises... La passion d'Humphry Davy pour la composition de ballades et de vers l'a conduit aussi à  publier en 1795 "Les fils de génie", puis "On the mount's bay", "St Michael's mount", ces deux ouvrages sont des vers descriptifs, puis "Consolations en voyage, ou les derniers jours d'un philosophe", publié après sa mort, et "Salmonia", qui est un traité de pêche à la ligne, notamment des salmonidés, dans lequel il recommande la technique du Crimping. Ce traité de pêche raconte aussi ses voyages en France et en Italie. On dit de Davy qu'il était un pêcheur émérite... Je fais ici un autre petit clin d'oeil à Théo Bourhis, réputé pêcheur-chasseur braconnier Pontaveniste, qui m'a appris à élever des pigeons et dont je suis fier d'avoir été l'ami des buissons... et aussi à son frère qui a été mon premier maître en maçonnerie traditionnelle chez Eugène Le Dorze... Comment ne pas admirer Humphry Davy, un brillant bonhomme que je prend le risque de dire sérendipitiste... il épata Cuvier (malgré leur opposition) par ses capacités à produire, presque à la commande, des découvertes et des inventions !!... La sérendipité est selon Pek Van Andel et Danièle Bourcier : "... le don de faire des trouvailles ou la faculté de découvrir, d'inventer ou de créer ce qui n'était pas recherché dans la science, la technique, l'art, la politique et la vie quotidienne, grâce a une observation surprenante"...

         Après avoir trié le linge, généralement en 3 ou 4 catégories : couleurs (toiles moyennes courantes) ; vêtements de travail ; blanc (draps, torchons et autres grosses et moyennes toiles) ; couleurs (tissus délicats) ; lainages divers... ma mère "aménageait" la lessiveuse : placement du double-fond ; emmanchement du "champignon" ; répartition  des morceaux de savons (usés, cassés) et de quelques verres (12, 5 cl) de lessive sur le double-fond (cette combinaison était parfois impossible ou pas souhaitable)... Puis, après avoir fouillé méthodiquement chaque vêtement et secoué/défroissé chaque pièce de linge elle disposait les éléments dans la lessiveuse selon un principe précis, toujours le même ; 1) le plus sale et le plus "gros"  au fond ; 2) draps et serviettes ; 3) linge moyennement fin ; 4) linge fin (selon)... par couche... jusqu'à 1 ou 2 cm au dessous de la couronne du "champignon"... Ici le chargement de la lessiveuse concerne un mélange de linge (grosses et moyennes toiles, blancs et couleurs)... mais parfois ma mère ne chargeait que le blanc, draps et torchons, où seulement les vêtements de travail, et, idem, parfois avec exclusivement les "couleurs"... Elle tenait donc compte systématiquement de la qualité et des types de toiles mais également des teintes... la grande crainte étant la décoloration et le rétrécissement des pièces... Le linge n'était jamais tassé, mais simplement posé autour du "champignon". Sur chaque couche elle versait encore un peu de lessive et répartissait quelques morceaux de savon (lorsqu'il y en avait)... L'habitude était de compter environ 200 à 250 grammes de savon pour 10 kilos de linge., mais ce poids variant selon le type de linge ma mère "comptait avec son coup d'oeil"... Ensuite, à l'aide d'un seau, elle ajoutait l'eau jusqu'à la couverture de la dernière couche de linge, puis elle plaçait le couvercle. Par lessiveuse de 75 litres il fallait environ 220 grammes de lessive, soit environ 30 grammes pour 10 litres d'eau... Pour le trempage à l'eau de javel Lacroix (voir mes publications précédentes) le dosage habituel était d'environ 3 cuillèrées à soupe pour 5 litres d'eau froide, pour un bain d'environ 1/4 d'heure. Pour une cuillèrée à soupe arasée compter 15 grammes, soit 1,5 cl... Avant son chargement la lessiveuse était placée sur un trépied en fer forgé. Il fallait ensuite "démarrer" le feu selon un processus lui aussi  toujours identique : 1) placement du papier froissé (impératif), généralement des journaux (Télégramme, Ouest-France, Détective !!) ; 2) placement du "petit bois" (de fagots, de cageots, de résidus de menuiserie) sur le papier, juste ce qu'il faut !! Les jours "maigres" en "petits bois" on utilisait des morceaux de cartons ; 3) allumage du papier froissé (allumettes en boîte familiale Seita) ; 4) attisement de l'allumage. Une étape cruciale et parfois extrèmement difficile les jours humides ; 4) alimentation du feu avec du gros bois (planches cassées, branches sèches, plus rarement des bûches...). Une fois le feu lancé ainsi entre les pattes du tépied il fallait l'entretenir jusqu'à ce que les 75 litres d'eau parviennent à ébullition... Le foyer du feu devait être "tenu" entre les pattes du trépied... Les jours de grand froid ce poste était mon refuge, enveloppé par la fumée et la vapeur de "lessive", au plus près possible de la lessiveuse, je pouvais poser les mains sur le couvercle... ainsi j'assurais, au chaud, mon service de "gardien du feu" suivant les directives de ma mère... Elle, pendant ce temps là, à genoux sur le coussin de sa caisse à laver, plongeait ses mains dans l'eau glacée du bief (déversoir du moulin Limbourg), savonnait, brossait, essorait encore et encore, jusqu'à ce que, vaincue par l'onglée, elle se lève enfin pour venir aussi se réchauffer... une dizaine de minutes... et se remettait à laver... Je témoigne que certains jours c'était extrèmement dur... J'ai le souvenir de journées durant lesquelles l'eau gelait dans les bassines, mais celà ne suffisait pas pour empêcher ma mère d'aller laver... Prévoyante, lorsque mon père, qui chaque soir et matin tapotait le baromètre, et la radio annonçaient le risque de grand froid, elle s'arrangeait pour qu'il y ait une "lessiveuse à faire"... "Je vais faire une lessiveuse"...  Au lavoir, après avoir mis le linge à bouillir, elle attendait le cinquième ou sixième jet du "champignon"... le 1er indiquant l'atteinte du point d'ébullition, ma mère, autodidacte, permettait ainsi plusieurs cycles complets avant d'extirper quelques pièces bouillantes de la lessiveuse et de les jeter sur la cale... elle se précipitait ensuite dans sa caisse, saisissait une des pièces de linge bouillant, la plongeait dans l'eau, savonnait, brossait, essorait, et ainsi de suite, pièce par pièce... De cette façon elle parvenait à atténuer la morsure glacée de l'eau, elle "mitigeait" le chaud et le froid...

         Notre famille n'était pas riche, aujourd'hui on la dirait Quart-mondiste, très en dessous du seuil de pauvreté... et pour la "cuisson" du linge comme pour la cuisine et le chauffage il fallait beaucoup de bois, c'était une préoccupation                                      quotidienne, nous n'avions pas les moyens de l'acheter... Par ailleurs nous ne pouvions pas en stocker suffisamment...  Chaque jour je récupérais donc des cageots cassés chez la maraîchère, Mme Loreau, qui déballait sur la place aux cochons. Chaque mardi je faisais de même sur le marché aux légumes. A la "maison" je les réduisais en petits morceaux que je mettais en sacs.... Pour le gros bois je prospectais les chemins de campagne, les bords de l'Aven, les chantiers, etc... Je ramassais aussi des cartons que j'écrasais et empilais... Je devais aussi scier le "gros bois" ou le casser par longueur d'1m environ...  Et chaque jour on transportait ce bois au lavoir, juste la quantité pour une, deux ou trois cuissons maximum, soit pour environ 3 ou 4 heures de brûlage... notamment lorsqu'il y avait beaucoup de draps ou de "vêtements de travail"... 

       Le crépitement sec du feu, la fumée s'élevant lentement dans le ciel... Les bouffées de vapeur tourbillonnantes autour de la lessiveuse noircie... L'odeur de la lessive chaude... L'ambiance sonore du frottement de la brosse "chiendent" et du savonnage du linge mouillé... un cadre Bachelardien, presque idyllique, dans lequel je me sens et me suis souvent trouvé bien mais qui ne doit pas occulter le travail harassant de ma mère... J'ai beaucoup parlé de l'aide que je lui apportais, presque trop... le plus souvent, au fil de l'année, elle était seule, toutes les tâches lui incombaient, et elle assurait... elle a toujours assuré ! Et je n'ai pas encore fini de raconter ces tâches !!! 

     

    KENAVO.     SIZIG LOEIS AR GARREG

    Petite bibliographie

    "Etat des techniques de production et de consommation dans l'agriculture et les arts ménagers d'une commune Bretonne", A. Albenque, in Cahiers du centre de recherches Anthropologiques, 1967, Vol 2, N° 2-3-4

    "Savoir laver et repasser", Elisabeth Chouquet, collection "les activités ménagères", 1944

    "L'art ménager français", P. Breton, Flammarion, 1952, Paris

    "Larousse ménager", R.E Jeanne Chancrin, Larousse, 1955, Paris

    "La mécanisation au pouvoir", S. Giedon, T. 3, "Les machines dans la maison",  éd Denoel-Gonthier, 1983, Paris

    "Le manuel du foyer domestique. Cours pratique d'économie domestique", Augusta Moll-Weiss, A. Colin, Paris. J'ai déjà cité cette dame qui fut directrice et fondatrice de l'école libre et gratuite d'économie domestique et d'hygiène. Octobre 1899, Bordeaux.

    "Histoire de la Manufacture de Jouy et de la toile imprimée au XVIIIème siècle", Henri Clouzot, 1928, Ed. Van Oest, Paris

    "La grande encyclopédie. Inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres", T. 6, Ed. H. Lamirault et Cie éditeurs, Edition 1885-1902, Paris.....  BNF, par Gallica...

    "Samuel Widmer", Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang, in "Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie", 1878.

    "Les Huet : Jean-Baptiste et ses 3 fils", C. Gabillot, Ed. L. Allison, Collect. "Les artistes célèbres", 1892, Paris.

    "La banque Protestante en France", Serge Chassagne, 1961, II, Paris

    "La toile peinte en France au XVII et au XVIII siècles", Serge Chassagne, E. Depitre, 1912, Paris

    "Les merveilles de l'industrie, 1867-69", Louis Figuier, T.2, Furne, Jouvet et Cie Editeurs, 1880, Paris. Très bel ouvrage !

    "De la sépendipité dans la science, la technique, l'art et le droit", Cathy Champanhet. Bel ouvrage ! voir www.calameo.com

    http://terresacree.org...... Association SOS Planète

    http://cbaillat.skyblog.com

    www.ecomusee-broceliande.com..... sur l'expo itinérante "Les laveuses"

    www. christies.com

    www.rtpcompany.com.... sur les coloristes de la RTP Compan             

    http://codabou.wordpress.com/textes

    Voir/visiter le musée de l'impression sur étoffes de Mulhouse

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Au Bleu Guimet ma mère lavandière à Pont Aven azurait le linge

         Dans la cité des peintres ma mère azurait !! A genoux dans sa caisse, quotidiennement, été comme hiver, elle jonglait avec les matières colorées... des laines, des cotons, des soies, quelques fois des lins, et même des polyamides... des rouges, des bleus des verts, des jaunes, des gris, des noirs, des blancs... des familles lingères fatiguées d'avoir été portées, suppliciées, parfois déchirées, souvent souillées, chargées de sueur, les exhalations du labeur, tristes d'avoir été tachées, un peu raides et faisant grise mine, presque vexées, désabusées, chiffonnées... et dans l'attente impatiente d'être lavées... je les enttendais presque crier cette impatience et leur détresse... et je crois bien que ma mère les entendait aussi, en vérité j'en suis sûr ! Une multi-coloritée fanée que ma mère triait respectueusement en solitaire (quelquefois avec moi, petit-enfant, pré-ado, puis jeune ado)... comme pour préserver l'intimité... un peu comme en amitié... il est vrai qu'elle connaissait certains vêtements depuis longtemps, de même certaines lingeries et draperies... le pantalon de Paul, les chaussettes de Marc, le slip de Joseph, la culotte de Sylvie, le gilet de  Michel, les draps du couple Ambroise... Dans ces moments là des vies se racontaient, et que l'on veuille bien me croire : le linge sale ça parle... ça dit en un flot de mots avalants les choses de la vie, une logorrhée chuchotée pour un soulagement partagé... La profonde vérité sur les commérages au lavoir est ici... le linge parle beaucoup de sa vie au foyer, au milieu des siens... il raconte ses journées de travail, ses sorties "en solitaire", ses loisirs en famille... le linge de service et le peuple des habits, ainsi confiés pour être lavés, se confient au secret de la lavandière au coeur tendre... Et, il ne faut pas se laisser tromper, au lavoir jamais il n'est dit du mal...

          En règle générale ma mère triait le linge sale à la  maison, dans la cour arrière du 14 rue des meunières... Il y avait les jours du "blanc" et les jours de la "couleur". Les jours du "blanc" étaient ceux consacrés aux draps, aux torchons et autres linges en toile qui ne déteignaient pas et supportaient la cuisson. Les jours de la "couleur" étaient  réservés aux vêtements de travail et aux matières un peu rudes, les "couleurs" qu'elle triait aussi par "risque de déteinte". Mais pour chaque journée de travail au lavoir ma mère réservait également un temps pour le linge délicat - lainages, soieries, polyamides, etc - qui était traité différemment pendant que l'autre tri, "blanc" ou "couleur", cuisait ou trempait (pré-traitement avant cuisson, javelisation et azurage après lavage). Son triage était technique, elle répartissait les pièces sales dans de grandes bassines. Parfois le linge trié était directement "mis à tremper" ou chargé dans la lessiveuse pour une "cuisson" sur la cuisinière bois/charbon règlée "à petit feu"... Le lendemain, après avoir préparé le petit déjeuner pour ses 3 hommes (mon père, moi, et mon frère utérin Louis), ma mère chargeait sur sa brouette ce linge pré-traité, et donc mouillé, et la "roulait" jusqu'au lavoir. Elle faisait souvent deux tours... Toutefois, le plus souvent - selon les circonstances, le volume de linge et la météo -, la "cuisson" et le "trempage" étaient réalisés sur le site du lavoir, alors le linge transporté était sec, et donc moins lourd. Pour ma lavandière de mère chaque journée de travail durait, régulièrement et au minimum, 16 à 17 heures !!

         Le jour du "blanc" était aussi celui de l'eau de javel et du Bleu Guimet. Après la cuisson le linge était extrait de la lessiveuse et jeté sur la cale de lavage, devant la caisse à laver en bois (fabrication artisanale maison cette caisse est aussi appelée Agenouilloir ou Carosse dans d'autres régions). Cuit à la maison ce linge avait eu le temps de "refroidir", mais cuit sur place, au lavoir, il était jeté "bouillant" sur la pierre, ça éclaboussait... je me suis souvent légèrement brûlé ainsi... Ma mère s'agenouillait sur le coussin de son Carosse et brossait, savonnait, rinçait dans l'eau du bief, essorait par torsion, et recommençait à brosser, savonner, rinçer, essorer... et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle estime le linge décrassé, lavé, enfin propre... elle le jetait alors dans une grande bassine posée à une "portée de bras", ou le mettait en tas à proximité... Une fois la lessiveuse vidée ma mère quittait sa caisse, défroissait chaque pièce lavée en la secouant énergiquement puis la jetait dans une autre grande bassine remplie d'eau puisée avec un seau dans la rivière... A cette eau avait été préalablement ajoutée une dose de "javel Lacroix" variable selon le volume du trempage et le type de linge. La durée de ce trempage à l'eau de javel variait, ma mère n'avait pas de règle absolue, son coup d'oeil lui donnait la marche à suivre... Ensuite, après un nouveau cycle de rinçage/essorage manuel, le linge blanc passait systématiquement dans un trempage au Bleu de Guimet.

         J'ai longtemps confondu le Bleu Guimet avec le Bleu de Methylène ou Chlorhydrate de Tétraméthylthionine, dont la base est un ammonium obtenu par l'action de l'Oxyde d'Argent... base appelée Bleu Borel... C'est un colorant basique progressif dangereux pour la santé et l'environnement...

         Le Bleu d'Outre-mer était autrefois extrait exclusivement du Lapis-lazuli, une pierre semi préciieuse utilisée en bijouterie et ornementation. Ce n'est qu'à la fin du moyen-âge que la méthode d'extraction de la couleur bleue de cette belle pierre est découverte. Le nom d'Outremer provient de l'appellation Azurro Ultramarino, "le Bleu d'Au-Delà des mers". Le Lapis-Lazuli (pierre d'azur), qui provenait principalement d'Afghanistan, atteignait jadis le prix de 2OOO francs la livre (soit environ 13119 euros !!), un prix alors très voisin de celui de l'Or !! La recherche d'un produit pigmentant  "Bleu outre mer" à moindre coût trouve ses origines en 1787, quand GOETHE découvre le premier la formation d'une matière bleutée sur les parois des fours à Soude. Puis c'est au tour du sieur Tassaert, en 1814 - alors chimiste et directeur-fondateur de la Fabrique de Soude de la Manufacture de Saint Gobain, à Chaunay - de faire le même constat. Je dois indiquer ici, comme un clin d'oeil à tous les marins du monde, dont évidemment mon père, que ce chimiste, ancien élève de Nicolas Vauquelin, a aussi collaboré avec le physicien Augustin Fresnel (1787-1827), alors secrétaire de la Commission des Phares depuis 1819, pour la mise au point des coulées de verre nécessaires à la réalisation des "Lentilles à échelons" équipant les phares maritimes, et dont le premier a été allumé selon ce procédé en 1823 à Cordouan, en Gironde. On doit l'invention de ces "Lentilles à échelons" au Comte de Buffon, dès 1745. Par ailleurs, pour mémoire, et encore pour faire référence au monde de la mer, je rappelle que la Soude est obtenue par le traitement à haute température du sel marin, selon un procédé inventé en 1791 par Nicolas Leblanc (1753-1806). Nicolas  Vauquelin (1763-1829), pharmacien et chimiste, est chargé de l'analyse de la matière découverte par Goethe et confimée par Tassaert, il montre alors la grande proximité chimique avec le pigment du Lapis Lazuli. Lors de la séance du lundi 22 novembre 1813, à l'académie des Sciences, Nicolas Vauquelin présente son étude et démontre ainsi les possibilités de fabriquer artificiellement de l'Outremer. On doit aussi à Vauquelin la découverte, entre autres, de deux éléments chimiques ; le Chrome en 1797 et le Beryllium en 1798. En 1809 il isole le principe actif du tabac (nicotiana tabucum), la Nicotine (alcaloîde volatil), puis découvre la Pectine et l"Acide Malique dans les pommes. En 1824 la société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale lance un prix pour la découverte du "Bleu Outremer Artificiel". Deux conditions sont posées pour cette invention : 1) réunir toutes les qualités que l'on reconnait au Lapis Azuli ; 2) que le procédé de fabrication n'excède pas le prix de 300 frs le kilo dans le commerce. En 1825 aucune invention n'étant annoncée, le prix est reconduit. Le but est finalement atteint par Jean-Baptiste Guimet avec un composé chimique de son invention... Guimet, fils d'un architecte, est ingénieur des Ponts et Chaussées... il est né en 1795, jugé et admis à l'école Polytechnique à 17 ans, il en sort en 1816... En 1817 il intègre le Service des Poudres et Salpêtres de l'Arsenal de Paris, puis la Poudrière Bouchet, près d"Arpajon. En 1825 il est nommé commissaire adjoint aux Poudres à Toulouse. L'année suivante il épouse Rosalie (dite Zélie), fille du peintre paysager jean-Pierre Xavier Bidauld, et elle-même peintre et élève de Girode. Jean-Baptiste Guimet est nommé président de l'Académie des Sciences en 1852. Il crèe, en 1855, la Compagnie des Produits Chimiques d'Alais et de la Camargue, connue aujourd'hui sous le nom de PECHINEY. Son fils Emile (1836-1918) prend sa succession en 1860 à la tëte des usines du  Bleu Outremer créée en 1831 à Fleurieu-sur-saône, puis assure la présidence de PECHINEY de 1887 à 1918...

         Le composé chimique inventé par Guimet obtient le prix de la Société d'Encouragement pour l'industrie Nationale (6000 frs Or), le 3/11/1928, puis les médailles d'Or à Londres en 1851,  New York en 1853 et à l'Exposition de Paris en 1934. Ce composé sera livré soit sous forme de poudre, soit aggloméré en boules, cubes ou rectangles... INGRES en  fit l'essai et l'utilisa en poudre pour peindre la draperie del'une des principales figures de la Représentation de l'Apothéose d'Homère sur le plafond du musée Charles X au Louvre.

         L'Outremer Guimet a toujours été considéré comme un pigment parfaitement sûr et inoffensif pour l'organisme et à longtemps été utilisé comme coloration ou azurage de certains aliments, cosmétiques et produits pharmaceutiques (cachets et onguents contre les affections respiratoires !!)... mais également pour l'azurage du papier et la fabrication des encres d'imprimerie, les papiers peints, les revêtements de sol, les cuirs, les caoutchoucs, les matières plastiques, les savons, les apprêts... Dans le cadre de mes activités techniques professionnelles - conduite de chantier de rénovation, de restauration patrimoniale et de création, de formation et éducation technique - j'ai très souvent utilisé cette poudre bleue pour colorer des enduits à la chaux (sable/chaux blanche/Bleu Guimet) et réaliser des fresques "en plein", mais également comme marqueur pour le repérage des infiltrations d'eau et des circuits égoutiers... et encore pour le poudrage des cordeaux "à taper" ou "à tracer"... Il y a quelques années, en 2008, j'ai trouvé, sur un chantier d'insertion dont j'assurais l'encadrement, une caisse chargée de quelques centaines de boules Guimet, non enveloppées... le site était celui du Fort Joffre (rebaptisé ainsi par la France, après la guerre de 14-18 et la restitution de l'Alsace ), l'une des 13 fortifications de la ceinture de défense élaborée en 1870 autour de Strasbourg par les armées de l'Empire Allemand... Ces boules de Bleu Guimet étaient vraisemblablement destinées au service de buanderie/lingerie de la garnison... Une "trouvaille", presque magique, imprégnée de romantisme malgré le cadre martial... qui a alors agit en moi aussi sensiblement et profondément que "la madeleine de Proust",  et réactivée mes multiples sensations et perceptions vécues lorsque j'accompagnais au lavoir Limbourg, à deux pas du Pont, les dures journées de "buées" de ma mère lavandière...

         En Bretagne, à Pont Aven, dans les années 50-60-70, le Bleu Guimet utilisé par ma mère était vendu par les droguistes sous forme de petits sachets. La poudre non compactée était enveloppée dans un petit carré de tulle/mousseline ligaturé très serré, en "col", avec un fil de coton. Si je me souviens bien ces sachets étaient emballés par lot de trois ou quatre dans une boîte bleue et blanche en carton !! Dans les années 60-70 le Bleu Guimet était distribué par la société anglaise Reckitt et Colman. Les nombreux artistes qui s'activaient dans les rues et alentours de Pont Aven utilisaient peut-être cette poudre bleue ensachée, je ne sais... mais, bien sür, j'aime à penser qu'ils côtoyaient ma mère, au moins lors de leurs achats dans les drogueries !! Ma mère lavait peut-être le maigre bagage linger et vestimentaires de certains d'entre-eux, je ne sais pas non plus... Ceux que j'ai connu se débrouillaient seuls... en "célibataire" !!

        Pour réaliser l'azurage du linge blanc ma mère remplissait une ou deux grandes bassines en "plastique/caoutchouc" avec de l'eau "froide" de rivière, évidemment propre. Dans la bassine un sachet de Bleu Guimet était "ancré" par un fil coton attaché par son "col" et relié par l'autre bout à l'une des poignées, on pouvait donc le retirer facilement, il ne pouvait couler, ni marquer le linge en s'y attachant... On aidait la poudre à se délayer en remuant l'eau avec la main, et en secouant le sachet au bout du fil... Ce n'est qu'ensuite, lorsque plus aucune lignée bleue n'apparaissait dans l'eau, que ma mère y étalait le linge, propre et bien rinçé du trempage javelisé précédent... elle  brassait doucement, presque mollement, chaque pièce... la durée de ce "trempage-brassé" variait et, là encore, c'est le "coup d'oeil" expérimenté de ma mère qui décidait... en général ce trempage était assez court, une dizaine de minutes au grand maximum, en fonction de la matière et de sa texture... le coton, par exemple, est plus absorbant... de mëme que le linge blanc neuf... Chaque pièce de linge était alors rapidement essorée, défroissée par secouage, et étendue sur un chevalet voisin, en bois et de fabrication "artisanale familiale"... Dans le processus d'azurage le défroissage et l'étendage doivent être menées rapidement pour éviter le risque de l'accumulation de bleu dans les plis, le zonage ou le pointillisme bleuté... Le lavoir public Limbourg, situé au centre ville, loin des étendues d'herbe et  ne pouvant recevoir un étendoir traditionnel à linge (corde tendue entre deux points d'attache et soutenue par une perche), notre famille a créé ce type d'égouttoir mobile sur chevalet que l'on pouvait, "à la demande", coupler et relier avec des perches transversales, ce qui offrait par module, au minimum, 1 à 2 m² d'étendage à plat. De temps en temps le linge étendu ainsi était déplacé sur l'installation afin d'améliorer la "qualité" de l'égouttage et du sèchage... ce système valait autant pour les draps !! Seul le linge blanc, ou très clair, était azuré... L'azurage au bleu augmente la luminosité du linge blanc parce qu'il absorbe les ultraviolets, c'est donc un effet d'optique qui ne vaut pas pour le linge de couleur forte... Ce type d'étendage était donc adapté aux besoins localisés d'une lavandière très expérimentée... Ma mère organisait aussi ses périodes de travail au lavoir en fonction de la durée du jour, le lavoir n'étant pas éclairé... A la fin de la journée elle chargeait sa brouette et transférait la totalité du linge lavé à la maison... et l'épinglait sur l'une des cordes tendues dans l'arrière cour ou la pièce "à vivre" de la rue des meunières... le sèchage du blanc azuré continuait ainsi toute la nuit., et parfois toute la matinée selon la météo, la saison... Son travail de lavandière bouclé ma mère pouvait alors préparer et servir le diner pour ses trois hommes de retour à la maison !!

         Beaucoup de peintres ont "traité" le thème des lavandières, ainsi : Gauguin ; Octave Tasseart ; Frits Thaulow ; Henri-Emile Vollet ; Max Jacob ; Paul-Emile Pissaro ; Henri-Alphonse Barnoin ; Edwar Hopper... et vraisemblablement beaucoup d'autres encore, plus ou moins connus... il ma semblé que tous ceux-ci  traitaient cette thèmatique de loin... d'un point de vue lointain... comme s'il leur fallait garder une distance... ne pas se risquer à entrer dans l'intimité du linge... comme si les couleurs au milieu desquelles les lavandières oeuvraient étaient trop souillées... trop humaines... et ne rayonnaient plus suffisamment... Je ne sais... Je suis légèrement troublé, c'est tout. Mon vécu "Lavandier" trompe peut-être ma lecture des oeuvres artistiques et ma compréhension de l'ouvrage de l'anthropologue Mary Douglas !

         Tous les jours ma mère jonglait avec les couleurs.... une jonglerie au sens propre !

     

    Petite Bibliographie

    "Le Bleu Outremer, invention d'un pigment", Daisy Bonnard,, in La revue du marché des arts et métiers, septembre 2006, n°46-47

    "Mémoire sur l'Outremer Guimet", Daisy Bonnart, CNAM-CHDT, DEA en histoire des techniques, sous la direction de Liliane Hilaire-Perez

    www.culture.gouv.fr/public/mistra/palsssri_fr     sur Guimet

    collections.bm.lyon.fr    sur Guimet in Le Progré illustré

    http://centreartisanalbleuguimet.fr

    httpp://cuf.fournier.pages-orange.fr   sur l'exposition "Le Bleu au fil des siècles", janvier 2009

    Fond Cartolis.org sur www;culture.fr

    KENAVO                                                                                       SIZIG LOEIS AR GARREG

     

     

     

     

     

    ..

    ...

  • Moelan sur Mer-Le Havre-New-York-Pont-Aven

    Ce dimanche 27 janvier 2013 j'ai assisté, depuis mon salon, à l'arrivée du "vendéeGlobe"... et je dois avouer que j'ai été saisi par une forte émotion... d'autant plus forte que depuis quelques semaines je travaille à la reconstitution de l'histoire de vie de mon marin de père... et, notamment, par l'étude de ses divers embarquements pour la pêche, dans la marchande et dans la royale - il était quartier-maitre en fin de carrière et mousse à tout juste 13 ans -... Aujourd'hui donc, assis devant la télé, bien au chaud, je me "raconte" que c'est mon père qui gagne... et, en tous cas, qu'il aurait été heureux d'être au milieu de tous ces compétiteurs... il adorait Tabarly et Kersauson... pas seulement comme glorieux marins, mais aussi comme glorieux bretons, je ne sais quel part dominait, mais j'ai quelque fois vu, brièvement, une ou deux larmes couler sur ses joues burinées... La passion de la mer jusqu'à la déraison...

    Dans l'une de mes notes précédentes j'ai indiqué que mon père avait embarqué sur le TALY le 13 septembre 1943, à Doélan... Il s'agit d'une erreur, plus exactement une difficulté de lecture de son fascicule de mobilisation... En fait il s'agit d'un bateau de pêche, le "VAS Y J'EN REVIENS", matricule 4422, quartier de Doélan (L), patron ORVOEN Louis Joseph (1916-1973), et, semble-t-il, construit en 1926 à Pont l'Abbé (29)... et je salue ici la famille ORVOEN à laquelle j'appartiens aussi...

    Toujours en  suivant les enregistrements du fascicule de mobilisation  (inscription maritime) je suis parvenu à identifier deux nouveaux navires sur lesquels mon père a navigué comme matelot: 1) Paquebot FIGUIG, ex-GRANTALA, construit en 1903, appartenant à la Compagnie Générale Transatlantique, 106.67 de long, 13.79 de large, ligne Afrique du Nord, démoli en 1934...  Embarqué le 07 novembre 1923, mon père avait alors 18 ans... 2) Paquebot GUADELOUPE, ex- CHICAGO, mais en service en 1908, appartenant à la Compagnie Générale Transatlantique, ligne Bordeaux-New-York, démoli en 1936... Embarquement le 12 janvier 1924... et débarqué au havre le 04 juin 1924 (à vérifier !!)... Mon père a beucoup navigué sur la ligne Le Havre-New-York... Je conseille  ici un site extrèmement intéressant pour les  chercheurs  " maritimes " : WWW.FRENCH LINES, dont le fonds d'archives sur la marine marchande est très riche et contient de superbes photos..

    j'ai également découvert l'existence de la  Soociété Boulonnaise d'Armement Le Garrec... évidemment je souhaite en savoir plus sur cette société qui a été reprise par Euronor  !!  !

    Ci-dessus j'indique mon lien avec la famille ORVOEN, je cherche aussi des rapports généalogiques agnatiques avec les familles TROADEC, COLOMER, PENDELIOU, DANIELOU, DAVID, SOUE, RICOUARD, LE GUDEC, MALCOSTE, BINDIN, HERVE, LE BLOA, GUERNALEC, DOZ ou LE DOZE, HATE ou HALE, TANGUY, dans la région de Lorient, Moélan sur mer, et alentours...

    Concernant ma lignée agnatique Le Garrec  j'en suis  à  Sébastien Le Garrec né en 1787 à Kerglouanou, en Moélan -sur-mer (29). C'est, à ce jour, mon plus vieil ancêtre, et aussi, peut-être (sûrement) l'un des tiens chère Jeannine... Je dis ici un morceau de mon travail de reconstitution généalogique...

    Cette année est une date anniversaire pour la France et l'Allemagne... De la lignée Le Garrec, de Kerglouanou, je ne suis plus le dernier mâle puisqu'un fils m'est  né en novembre 1996... Par Moi il est Breton et par sa mère il est Allemand, donc officiellement il est bi-national, mais, Pour Moi, il est  citoyen du monde...  et j'espère que dans les temps à venir il parviendra à se réaliser... en n'oubliant pas... la mer !!

    Sizig Loeis Ar Garreg

    Kénavo

     

    ;

  • La brosse "chiendent" de ma mère lavandière

     

          Le monde de mon enfance Pont Aveniste est celui des univers variès de l'eau ; l'univers de l'eau douce et claire de ma mère lavandière ; celui de l'eau salée et épaisse de mon marin de père ; celui de l'eau saumâtre chargée et de leur union à Pont Aven...(!!) et de ma venue à la vie, né Breton en Bretagne sous le signe zodiacal du Poisson... Et, si je n'ai que peu navigué dans l'univers d'eau salée de mon père, j'ai très souvent baigné dans celui de ma mère... J'ai la "mémoire" de ces univers d'eau là, ils sont contenus ancrés en moi... et ils drainent et hydratent encore ma perception du monde...  

        "C'est près de l'eau et de ses fleurs que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation..." écrit Gaston Bachelard (1). Chaque univers d'eau exhale un "souffle odorant" particulier, une athmosphère spécifique localisée...  Ainsi l'ambiance d'eau douce du lavoir différe de celle de la fontaine, comme celles d'eau salée de la cale de carènage et des canaux des parcs à  moules... sur les rives et le long des berges de l'Aven, d'amont en aval jusqu'à son embouchure sur l'Océan, entre Port Manech et Kerfany. Pour Bachelard "le pays natal est moins une étendue qu'une matière ; c'est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C'est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c'est par lui que nous demandons notre couleur fondamentale". Mais toutes les eaux "soufflent" de même leurs différences situées.. leurs nuances écosytémiques et leurs variances olfactives...

       Le nom lavandière, repéré au XIIème siècle dans la littérature étymologique, viendrait du latin "lavare", laver (980)... Ce nom est aussi donné à un petit oiseau (19 à 27grammes pour 17 à 19 cm) ; la bergeronnette - Motacilla Alba ou Motacilla Flava -, aussi appelée "hoche-queue"... facilement reconnaissable à sa tête enfoncée rythmant ses pas rapides, sa queue relativement longue animée d'un hochement caractéristique... un peu comme la gestuelle de la lavandière qui utilise un battoir... Elle fréquente typiquement les abords des eaux tranquilles, le long des routes, les parcs et jardins... c'est un insectivore sociable qui vit en bande... Le nom bergeronnette (XIIIème), venant de berger, lui est donné aussi parce qu'elle accompagne le bétail dans ses déplacements, profitant des insectes que les animaux ne manquent pas d'attirer ou de faire sortir des herbes qu'ils foulent de leurs sabots... La bergeronnette symbolise  "les enchantements de l'amour"...!

       Depuis les années 1600, dans l'Hérault, à Grabels, un petit village niché dans la garrigue, près de Montpellier, des femmes, les Bugadières - de bugada, "industrie de la lessive" -, ont consacré leur vie à laver le linge des maisons bourgeoises, administrations, écoles et hôpitaux Montpelliérains. Elles étaient organisées en véritable industrie artisanale "municipale" de lavage, une forme de compagnonnage. On peut dire que ma mère était également une artisane, une entreprise uni-personnelle dans le sens actuel d'auto-entreprise. Elle possédait en propre son matériel, ses outils et gèrait seule sa clientèle Pont Aveniste de particuliers.

        L'essentiel de son matériel et de son outillage professionnel était composé par ; une caisse à laver en bois ; un chevalet d'égouttage en bois ; deux lessiveuses en métal galvanisé ; deux trépieds en fer forgé ; des bassines et des seaux de toutes tailles, en matière plastique/caoutchouc ; un bâton "touilleur" en bois de houx ; un jeu de différentes brosses en fibres de nylon et en fibres de chiendent ; et, un stock d'épingles à linge en bois de hêtre ou de bouleau. Elle n'utilisait jamais le battoir. A ce matériel il fallait évidemment ajouter les différents produits de lavage ; des lessives ; des savons ; de l'eau de javel ; du bleu Guimet ; un détachant anti-rouille type Rubigine (sté Idéal) ; et des allumettes en boite "familiale"... De cette liste "à la Prévert"  considère au moins trois objets qui "signifient" (sémiologiquement) une  lavandière, et ici particulièrement, ma mère artisane ; 1) sa caisse à laver en bois ; 2) sa lessiveuse avec double-fond et champignon, et ; 3) l'une de ses brosses "chiendent"... La caisse à laver était une réalisation familiale, elle était fabriquée soit par mon père avec du bois de récupération, soit par moi, après avoir appris de lui et apporté quelques menus "perfectionnements"... La lessiveuse en tôle galvanisée était de marque "La couronne" ou "Léopold La couronne", son double-fond était percé de 24 trous et le champignon de 12 trous en périphérie de sa couronne... Selon le type de lin à laver ma mère choisissait ses brosses... celles en fibres de nylon blanc, plus "souples", pour les tissus réputés fragiles, et celles dites "chiendent" pour les toiles plus grossières. Mais, évidemment, dans un passé plus lointain seules les brosses à fibre de chiendent étaient disponibles pour ce travail...

         Le chiendent - Elytrigia Repens ou, anciennement, Agropyron Repens -, ou chiendent rampant, porte aussi des noms moins connus comme "herbe de charlatan", "mèche de chandelle", et même "remords de conscience". C'est une plante herbacée vivace de la grande famille des graminées, aujourd'hui dénommées poacées (d'après le genre Poa : les paturins). Il est adapté aux climats tempérés et frais. Le chiendent a de nombreux cousins qui lui ressemblent, mais c'est lui que l'on appelle aussi "Chiendent officinal", de loin le plus répandu... il doit son nom vernaculaire au fait que les chiens - mais aussi les chats et de nombreux animaux sauvages - mangent ses feuilles pour se purger. Utilisés depuis longtemps en médecine naturelle, ses rhizomes, en infusion ou en décoction, ont un effet diurétique reconnu. Le chiendent est originaire d'Europe et d'Asie Occidentale, il a suivi les hommes dans ses pérégrinations autour du monde et de ses cultures céréalières. Cette gramine pérenne de longue durée est capable de se reproduire végétativement (par ses zhizomes) et sexuellement (par ses graines). Adulte il atteint une taille d'environ 40 à 150 cm. Chaque tige porte habituellement de 25 à 40 graines, groupées dans des épis bleu-vert de 5 à 30 cm de long. Ses rhizomes sont des tiges souterraines élancées de 1,5 à 5 mm, lisses, de couleur blanche à jaune paille. Ils sont traçants, à pointe dure capables de traverser des pommes de terre de part en part ! Des noeuds d'où partent des rhizomes secondaires, ou les nouvelles pousses, sont présents sur toute la longueur de chaque rhizome. Selon certaines études, un plant de chiendent pourrait produire jusqu'à 154 mètres de rhizomes et 206 nouvelles pousses. En retournant une prairie de trois ans, on peut trouver, sous un seul mètre carré, pas moins de 3 kilos de rhizomes, d'une longueur totale de 495 mètres, munis de 25000 bourgeons !! La plupart de ces bourgeons restent dormants jusqu'à ce qui'ils soient réveillés par les travaux de sol, et un petit bout de quelques centimètres peut suffire à produire un nouveau plant.. La croissance annuelle des rhizomes peut représenter jusqu'à 3 tonnes par hectare de matière sèche ! Ce dense réseau de rhizomes et de racines fait du chiendent une plante idéale pour la retenue des sols sur les rives et sur les pentes, et donc pour diminuer les pertes dues à l'érosion. Par ailleurs il est démontré que le chiendent est très efficace pour récupérer les éléments nutritifs, comme l'azote des espaces égoutiers et d'épuration. Selon jean Duval, agronome (2), pendant la 1ère guerre mondiale, en temps de disette, le pain de chiendent était populaire dans le sud de l'Allemagne. Les graines autant que les rhizomes étaient utilisés pour produire une farine nourissante qui remplaçait le blé aussi bien que d'autres grains...

       Le défaut majeur de la brosse chiendent est la relative rapidité de l'usure de ses fibres. Je ne me souviens pas clairement de la durée de vie des brosses utilisées par ma mère, mais il me semble que certaines, malgré tout, et notamment leur utilisation quotidienne sur des tissus généralement assez grossiers, n'étaient réformées qu'au bout de deux années, voire trois... mais je n'ai aucune certitude. Parfois nous réutilisions ces brosses réformées pour des travaux de bricolage ou de jardinage. J'ai le souvenir de brosses particulièrement usées en bout, du côté extérieur, c'est-à-dire vers le "dehors du corps" si l'on considère les mouvements du bras et de la main... le truc étant alors de faire pivoter la brosse pour garder la main et retarder encore un peu la réforme, au moins jusqu'au plus près de la prochaine paye !! Ces brosses étaient très écologiques, du moins par rapport à celles en fibres de nylon...

         Selon une source Académie Française le 1er usage du mot Brosse aurait été donné en 1694, et la 2ème trace d'usage daterait de 1762... Mais le Nouveau Dictionnaire Ethymologique Larousse (1968) donne au mot Brosse le XIIème siècle, depuis "Broussaille", encore dans les noms de lieux (J. de Meug, 1265), et trouve une origine, obscure, dans le latin populaire "Bruscia"...  

         Les rhizomes du  chiendent décrit ci-avant étaient utilisés pour la fabrication des brosses-violon à laver le linge mais également pour les brosses de pont de la marine.. mon père, lorsqu'il était mousse, puis matelot, à sûrement "taté" de ces corvées de brossage !!  Capucine Cosnier du Parc Naturel du Morvan (3), rapporte le témoignage d'un ancien ouvrier en brosserie : "on arrache le chiendent, celui qui trace, pas celui qui fait des chapelets de boules... On lave les racines, on les écorce... Après on les passe dans la brosse et on les maintient avec un fond, le dos de la brosse, qu'on fixe sur le corps de la brosse". Selon le collectage ethnologique de Mlle Cosnier, il fallait percer 80 trous (8 rangs de 10) dans la monture pour enfiler les petites touffes de fibres (rhizomes)... et plus de 20 opérations manuelles étaient nécessaires pour fabriquer une brosse "chiendent"... Dans l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert on peut trouver la description suivante ; "En pliant le poil (où le rhizome) en deux et en le faisant entrer en force, par le moyen d'une ficelle qui prend le poil au milieu, dans des trous d'une petite planche de hêtre mince, sur laquelle cette ficelle se lie fortement. Quand tous les trous sont remplis, on coupe la soie égale et unie avec de gros ciseaux, ou des forces...". Cette description technique, pour la brosserie en poils, est assez proche du processus adopté pour le montage du chiendent sur les corps de brosse à laver le linge. J'ai pu observer ces montages, in situ, lors de mes visites à l'Atelier de brosserie de l'Association des Aveugles et Handicapés Visuels d'Alsace et de Lorraine, à Strasbourg. Ici la ficelle est remplacée par du fil maillechort fin, que l'on peut nouer à la main ; les trous  traversent le corps de brosse... Ce corps est façonné à partir de diverses essences de bois locaux, les plus utilisées sont principalement le hêtre, le chêne, le poirier et le frène... Le pliage en deux, en leur milieu, des petits bouquets de fibres de chiendent est appelé loquet, ce sont ces loquets qui sont enfilés par les trous pour former la garniture. Une fois la garniture montée le dos de brosse est agraphé, ou collé, au corps. La garniture de la brosse-violon (18 cm X 5 cm de large) est ensuite, comme geste final, arasée à 30 ou 45 mm... C'est ce type de brosse que ma mère lavandière utilisait...

         Comme je l'ai déjà écrit, jamais je n'ai vu ma mère battre le linge, elle ne possédait d'ailleurs pas de battoir... mais je l'ai vu brosser, brosser et brosser encore, toute la journée, à genoux sur le coussin de sa caisse... Et brosser c'est beaucoup bosser, presque une aliénation, une serviture de tous les jours, presque banale... des journées harassantes qui filent comme comme ça, tout simplement, au cours des années, sans gémissement, sans plainte... Elle ne portait jamais de gants, ses mains étaient très blanches, sans aucune callosité... comme si l'outil ne la blessait pas et ne pouvait marquer ses mains... et pourtant je l'ai compris vite, très tôt, sa souffrance était grande et ancienne.... une profonde souffrance au long-cours. Pourquoi aurait-elle battu le linge ???

         Depuis la brosse de ma mère lavandière j'ai découvert une plante envahissante, une plante de mauvaise réputation, et surtout une plante méconnue, qui se développe avec ardeur dans le secret de l'enfouissement  et qui pourtant ne se cache pas... Une graminée que j'ai pourtant détesté et souvent jeté au brûlage... une plante qui m'a donné de la peine lorsqu'il fallait que je prépare la terre pour des plantations nouvelles... et c'est encore ainsi lorsque je me plonge dans des recherches généalogiques et que je tente la reconstitution "ethno-familiale"... Un chiendent pour un "maudit chien jaune", comme dirait mon père... mais une plante que je connais mieux désormais et dont je demande à chacun de la regarder avec plus d'attention...   

         "Si on asperge d'une infusion de chiendent un lieu visité par le démon, celui-ci se retire à jamais : c'est la plante du désenvoutement".

        

    Petite bibliographie :

    (1) "L'eau et les rêves, essai sur l'imagination de la matière", Gaston Bachelard, 1942, Paris,Ed José Corti

    (2) "Moyen de lutte au chiendent en production biologique", Jean Duval, agronome.... www.organicagcentre.ca

    (3) Texte de Capucine Crosnier sur le site du Parc Naaturle Régional du Morvan

    Expo "La brosserie, un savoir-faire tabletier à découvrir", 26/10/2011 au 16/04/2012 au Musée de la Nacre et de la Tableterie, communauté des écomusées des Sablons... www.musée-nacre.com

    "Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires Rurales. Le chiendent", sur le site www.omafra.gov.ca/french/crops/facts/quackgrass.htm

    "Etudes botaniques Québécoises", Jacques Rousseau, Jardin Botanique de Montréal-Université de Montréal-Institut de Botanique, 1945.... en particulier le chapitre "Le folklore botanique de Chaughanawaga", par J. Rousseau.... une superbe étude surprenante sur une réserve Iroquoise des berges du Saint Laurent...

    "Production , commercialisation et utilisation du chiendent en brosserie", Jean Partensky, avant propos de L. Hervouet

    Voir aussi le site : http://www.terrevivante.org/468-le-chiendent.htm

    Et, comme un coup de coeur, le site de l'association des Aveugles et Handicapés Visuels d'Alsace et de Lorraine :                www.aaal-asso.com..... et téléphone 03.88.36.03.77

     

    Kenavo                                     Sizig Loeis Ar Garreg      

     

       

        

         

        

  • Ma mère, lavandière à Pont Aven

         PONT AVEN, ville de renom, 14 moulins et 15 maisons....

         Je ne sais pas combien il y avait de lavoirs dans la ville des peintres mais, à n'en pas douter, au moins autant que de moulins... Sur les bords de l'Aven, au fil de l'eau courante, certains étaient abrités sous une toiture sommaire en tôles ondulées métalliques ou "ondulines" fibro-ciment (Eternit !!) et d'autres "à ciel ouvert", sur des pierres plates.. il suffisait alors que l'on puisse y poser une caisse à laver et y étendre le linge à savonner et brosser... et de telles pierres jalonnaient, et jalonnent encore, cette rivière.

         Je crois bien que ma mère a été la dernière lavandière de cette ville d'artistes... sûrement la dernière... En fait j'en suis persuadé !! Originaire d'Ergué Gabéric, où elle est née en 1912, elle s'est installée à Pont Aven vers 1950...  et elle y est décédée en 1978.

         Ma mère lavandière, mon père marin... deux univers de vie au fil des eaux douce et salée... et une rencontre sur les rives mouillées d'une eau composée dans le calme "alchimique" de la vallée de l'Aven... une eau saumâtre comme un étrange doublement de mondes... et des cheminements... De cette union je suis né Poisson un 1er mars !!

         A Pont Aven ma mère était connue essentiellement par son premier prénom :  Marie... elle n'était que très rarement appelée Marie Magdeleine... Le plus souvent elle était nommée Marie Garec, et donc avec effacement de l'article Le, ce qui, aujourd'hui encore, me met systématiquement en colère... j'y vois comme un déni, du moins une forme d'irrespect... Un relent de pratiques réductionnistes et d'effacement culturel identitaire... combiné avec une forme de fainéantise administrative voire, une incompétence...

         Je ne dispose d'aucune information sur les activités de ma mère depuis qu'elle est née jusqu'à son arrivée à Pont Aven, avec son maigre baluchon. Elle s'est alors installée dans une chambre de l'hôtel-restaurant Scavennec, 14 rue des meunières, où, je le suppose encore, elle a travaillé quelques temps !? Et c'est vraisemblablement durant cette période qu"elle a rencontré mon père Guillaume Joseph. Par contre, ce dont je suis certain, c'est qu'elle y a résidé de mars 1952 jusqu'au printemps 1972. Avec mes parents j'ai vécu dans cette chambre depuis ma naissance en 1952 jusque vers 1970 (ma période freakie/hippie). Parfois nous y recevions la visite de mes demi-frères Louis, Robert, et plus rarement Jean... Je raconterais dans une prochaine publication notre vie dans cet espace quartmondiste de tout juste 30 m²...

         Trois établissements constituaient alors le commerce de Mme Scavennec ; le restaurant au 14 rue des meunières ; un bâtiment hôtelier dans l'arrière-cour du restaurant ; un second bâtiment hôtelier, côteau de rozambidou... La  fenêtre de notre chambre, au rez-de-chaussée (ou rez-de-cour), donnait sur la cuisine du restaurant, en face, à tout juste 3 mètres... Cet entre-deux abrité des regards formait courette intérieur et "nous" servait de séchoir... une corde à linge y était tendue en permanence sur les 1O mètres, environ, de la façade de l'immeuble hôtelier... deux perches fourchues, en bois, ligaturées, soulageaient en trois parts le poids du linge qui était "étendu", épinglé.

          Les clients ne portaient jamais leur linge sale jusque chez nous... ainsi il fallait aller le chercher !! Ma mère se chargeait de cette  "prise en charge", 1ère étape de son travail de lavandière. Presque curieusement, jamais une telle mission ne m'était confiée ! Et pourtant, n'en déplaise au client puritain, ce linge passait souvent entre mes mains lorsque j'assistais, comme "manoeuvre", ma mère : triage du linge sale par matière et couleur; trempage puis mise à la "cuisson" dans la lessiveuse; extraction du linge "cuit" de la lessiveuse et transport sur la cale de lavage; trempage et azurage; essorage manuel; transport vers le séchoir; étendage du linge mouillé sur la corde puis dépose du linge sèché; pliage; emballage...  Et c'est encore ma mère qui assurait la livraison à domicile !!

         Ce travail de lavandière était particulièrement astreignant, et c'est peu dire !! Pendant près de 25 ans ma mère a lavé le linge de ses clients Pontavenistes... Mes souvenirs sont habités par ces longues et harassantes journées de lessive... Chaque jour, été comme hiver, quelque soit la météo, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, qu'il gèle où que le soleil fasse fondre le bitume, ma mère lavait le linge... Lorsque, "à la nuit tombante", elle rentrait à la maison, avec son "barda"  et le linge lavé encore mouillé, ce n'était jamais la fin de sa journée de travail... il lui fallait encore assurer le "service familial", "tenir son foyer", préparer le repas pour deux, trois ou quatre,  hommes, puis... épingler le linge sur la corde tendue dans la courette, parfois aussi raccommoder quelques chaussettes ou repasser nos chemises !! Il arrivait souvent, lorque le temps était mauvais, que le linge soit étendu sur une seconde corde à linge installée dans la pièce à vivre (la chambre). L'hiver, la cuisinière Bois/Charbon était alors chargée "ras la gueule" et ne tardait pas à "ronfler l'enfer", le linge sèchait ainsi rapidement. Souvent, lorsque la charge de lavage était importante, ma mére, pour se donner un peu d'avance sur le travail du lendemain, installait la lesiveuse sur la cuisinière, et mettait ainsi le linge à "cuire" pendant la soirée... qui, alors prenait un peu de longueur... jusqu'à minuit ou une heure du matin, voire plus "tard" encore... pour un lever quotidien vers 5h30/6h !! J'écrirais prochainement l'une de ces soirées...

          "Son" lavoir était situé près du pont, au centre ville... on l'appelait le lavoir Limbourg parcequ'il était accolé à un  ancien moulin, transformé en minoterie, appartenant à cette famille. Certains anciens l'appelait, en breton, Poull-Houad, le trou aux canards/la mare aux canards... d'autres disaient Poull-hoas, comme il est encore orthographié ainsi dans les guides... Cette installation, moulin-minoterie-lavoir, n'existe plus, elle a été détruite, une agence du Crédit Agricole (avec parking) est désormais implantée sur le site !!

         Ce lavoir était une petite construction en pierres, couverte d'ondulines, avec une porte d'accès en bois. Environ 5 lavandières pouvaient y tenir. Il était installé en bordure d'un bief inférieur du moulin. Une niche murale y était aménagée en cheminée dans le pignon intérieur pour le placement d'une lessiveuse sur trépied. A l'extérieur une petite cale de deux places prolongeait le lavoir abrité... Certains jours d'affluence les dernières lavandières qui se présentaient pour travailler devaient se contenter de cet emplacement "à ciel ouvert", deux caisses à laver pouvaient y être posées. Depuis la rue, un cheminement pavé permettait d'accéder, en contrebas, au lavoir et à des urinoirs publics de 6 places (me semble-t'il !), partiellement couverts et adossés au mur de soutènement. Depuis ces urinoirs un petit égout ouvert (caniveau) canalisait l'urine vers le courant, en aval de la rivière... et donc aussi du bief... La zone de lavage ne pouvait donc être polluée... Urinoirs et lavoir étaient distinctement séparés par un espace  d'environ 30 mètres carrés. Une partie de cet espace était utilisée pour stationner les brouettes, l'autre pour la "cuisson" du linge, on pouvait y allumer simultanément deux ou trois feux et placer quelques chevalets d'égouttage.

         J'ai passé beaucoup d'heures à cet endroit... De nombreux Pontavenistes, hommes et femmes, s'y croisaient, échangeaient, communiquaient, et bien sûr, comméraient...

         Et ma mère lavait, lavait, et lavait encore ! Mon père, mon frère Louis, et moi, chacun à notre façon, selon nos moyens, nos compétences et nos capacités, nous l'aidions. J'ai ainsi appris par mon père comment : fabriquer des caisses à laver (agenouilloir, baquet, carosse, triolo, selon les régions) et des chevalets d'égouttage avec du bois de récupération ; tailler des bâtons en houx, les "touilleurs", pour remuer le linge en cours de cuisson dans la lessiveuse et l'extirper de l'eau bouillante ; choisir des perches pour les cordes à linge... Avec Louis j'ai "fabriqué" le feu sous la lessiveuse... Et, pour le reste, j'ai appris de ma mère quelques gestes et techniques d'accompagnement de la lavandière... que je pratique encore aujourd'hui au "pied" de ma machine à laver arthurienne... L'entraide ne se disait pas, elle se pratiquait en famille, il n'y avait pas à se forcer...

         Dans mes prochaines publications je parlerais plus directement de l'art du métier de lavandière mais, sous l'angle "Etno-Technique FamiliaL", je raconterais aussi la brosse à chiendents et l'azurage avec la boule de bleu Guimet, les lessives Omo, Persil, Paic et ariel, l'eau de javel Lacroix, le savon de Marseille et la cuisson du linge... je dirais quelques mots des fées de la rivière et des légendes régionales... et, par là, plus encore, l'admiration portée à ma mère !!

         A bientôt... Kenavo...

         Sizig Loeis Ar Garreg.

     

     

         .

                              

  • Damart, Petit Bateau ; de la casquette au Bachi de mon père

        Lorsque je pense à mon marin de père chaque image de lui est celle d'un personnage portant une casquette à visière, jamais tête nue, sauf au saut du lit, et encore !! Au saut du lit il était en caleçon long et maillot de corps molleton, blanc-, écru ou tirant sur le gris ... je ne suis par complètement sûr de la marque de ses sous-vêtements... Peut-être une fabrication Damart, société créée à Roubaix, dans les années 1950, par la famille Despature et opérant dans le tissage de laine depuis le milieu du XIXème... ou peut-être Petit Bateau, marque dont l'histoire commence en 1883 lorsque Pierre Valton crée à Troyes la bonneterie Valton-Quincarlet et fils spécialisée dans les sous-vëtements. Cette entreprise fabriquait alors des caleçons longs pour hommes, des maillots de corps, et des gilets en Jersey de coton. Mais je crois bien qu'il s'agissait de sous-vêtements de marque Damart Thermolactyl sur lesquels mon père enfilait un pantalon en toile et une épaisse chemise longue, également toilée... Jusqu'au début du XXème siècle nombre d'hommes ne portaient rien sous leur pantalon, les pans de chemise, longue, enfouies sous la ceinture servaient à protéger ce qui devait l'être. Les autres, comme mon père, portaient des caleçons dont les jambes allaient jusqu'aux chevilles, par dessus les  chaussettes, ou dessous, selon... Un type de caleçon que certains font remonter aux Braies portées par les Celtes Gaulois, les Germains et les Goths et qui n'apparait dans la mode vestimentaire "moderne" que vers 1830 !! D'autres hommes encore, depuis la révolution jusqu'aux années 1930, portaient des dessous de flanelle près du corps, et arrivant aux genoux !!. A la façon de mon père, et vraisemblablement comme de nombreux marins et cultivateurs, j'ai très souvent porté ce type de sous-vêtements Thermolactyl (mélange de rhovylon et de fibres acryliques), chaque hiver, depuis mes 11 ans jusqu'à mes 20 ans environ (1963-1972), soit pour aller à l'école où pour travailler sur les parcs à moules et à huitres de l'Aven, mais aussi dans les champs... Damart est un diminutif de Dammartin, le nom d'une rue de Roubaix où la dite société était installée... 

         Mon père n'avait plus beaucoup de cheveux, sauf épars sur le pourtour, de tempe à tempe, comme une couronne à la César... où presque !... le sommet était comme un aérodrome à mouches sur lequel les attérissages étaient impossibles parce que masqués, le plus souvent, par son inséparable casquette en drap de toile de laine... Parler de la casquette de mon père c'est parler de l'un des trois attributs qui lui conféraient une identité particulière - les deux autres étant son couteau Pradel et sa carotte à chiquer -, celle d'un marin breton, d'un marin pêcheur, pas d'un marin de la Royale (marine nationale) - bien qu'il l'ait été durant de nombreuses années !! -, car celui-là porte un Bachi, du moins le matelot... Un officier de la Royale lui, dans le langage des équipages, coiffe une "casquette à ressort", nommée ainsi parce que les galons qu'elle porte évoquent un ressort, ce qui n'est pas le cas des casquettes des officiers mariniers qui, elles, ne portent pas de galon... Mon père, le grand-père de Guillaume Albert, n'était pas de ceux-là... au cours d'une longue carrière au service de l'Etat il est passé de la qualification de matelot à celui de Crabe (quartier maître de 2ème classe, équivalent à caporal), puis à celui de Chouf (quartier maître de 1ère classe, équivalent à caporal chef dans l'armée de terre).... un point c'est tout !! Ainsi, au fil de ses navigations sur quasiment toutes les mers du monde, il a coiffé successivement : a) une casquette (pour la pêche et la marchande); b) un bachi (dans la royale);  c) à nouveau une casquette (pour la pêche, le petit cabotage, l'ostréiculture et la mytiliculture; et ce jusqu'à son décès... en milieu agricole !)

         Dans l'imagerie traditionnelle populaire un marin pêcheur breton "ça" porte une casquette à visière, un tricot rayé, une vareuse bleue ou rouge, un caban ou un kabbig... c'est du marquage social "à la parisienne" !! Mais cette imagerie ne colle pas avec la mienne ! Je n'ai jamais vu mon père porter l'un où l'autre de ces éléments vestimentaires, ormis la casquette... Des brodequins, pointure 44; des chaussettes en laine Phildar tricotée par ma mère; un pantalon de toile bleu équipé d'une ceinture en cuir de vache, et dans sa poche droite un grand mouchoir en tissu à carreaux - à ne pas confondre avec le mouchoir d'instruction - recouvrant son fameux couteau Pradel; un pull-over "marin" Armor Lux en laine; une veste également en toile; et sa casquette... formaient sa tenue quotidienne... Celle de mon oncle Pierre, différait un peu... Et sur la photo que je possède depuis quelques jours il pose en tenue typique du pêcheur moélanais : pantalon en toile bleue; vareuse courte en grosse toile de coton bleue - col fendu sur le devant et poche intérieure sur la poitrine (invisible sur la photo) - portée sur un pull-over en laine indigo; et aussi une casquette à visière rigide, coiffée légèrement différemment que son frère, mon père... Cette tenue là est plus conforme au marquage social décrit ci-dessus. Il chausse aussi des brodequins, mais l'on peut penser que tous deux, lorsqu'ils étaient mousses, utilisaient des sabots en bois... Je n'ai jamais eu l'occasion de les voir en tenue de mataf (matelot de la marine nationale), ces images là me manquent !! La seule photo de mataf que je possède est celle d'un autre de mes oncles, que je n'ai jamais renconté... il apparait fièrement coiffé du bachi traditionnel avec le pompon national règlementaire, rouge garance depuis 1871. Ce pompon à un diamètre de 8 cm, pèse environ 1 gramme et mesure 2,5 cm de hauteur. En 1901, le bonnet cesse d'ëtre tricoté pour être confectionné en drap de laine bleu foncé (indigo ?!), souple, sans baleine. Il à un diamètre de 243 à 285 mm et pèse de 160 à 190 grammes et ressemble beaucoup à un béret !! Sur son pourtour est adjoint, depuis 1872, un ruban légendé... et sur celui du bachi de mon oncle est inscrit son embarquement : "Le Mékong"... navire sur lequel je ne possède actuellement aucune information... Après son décès en mer j'ai hérité de son prénom, Francis (sizig)...

         Selon quelques spécialistes de la marine nationale, l'ancêtre du bachi était la houpette., elle apparait vers 1840 mais n'est définie par un texte qu'en 1848. Initialement, d'après eux, cette houpette était un bonnet tricoté, à deux couleurs de fils, rouge et bleu... et nécessairement, au plan technique, le fond était terminé, en "diminution", par un seul de ces fils... Le "pompon" n'était donc qu'une façon de terminer l'ouvrage qui était souvent tricoté par le marin lui-mëme. Désormais ce fameux pompon est confectionné à la main par les ouvrières d'une manufacture de la Sarthe. 

         Le mot casquette vient de Casser (180, Laveaux), qui est issu du latin pulaire Quassicare, lui-même dérivant de Cascar = briser, émanation de l'espagnol Casco = casque (fin du XVIème)...  A la restauration, dans la Marine Royale, le canonier matelot portait un casque "fait d'un feutre fort, en laine pur médoc, fin, souple, léger et brillant. Garni à l'intérieur de la forme d'une banane couleur naturelle, faisant cuir-coiffe, terminée par une coulisse percée à jour, laquelle se serre par un lacet en fil noir, plat...", selon une description de l'époque. "A l'extérieur de la forme le casque est entouré d'une courroie en cuir verni noir, sans boucle ni crochet. Le chapeau-casquette est orné d'une plaque de cuivre jaune sur laquelle le n° de l'équipage est découpé à jour et d'une cocarde en métal blanc". Ce casque en forme de champignon est à l'origine de la casquette actuelle... Cette dernière apparaissant sous Louis XVIII, de couleur bleu, fut tout d'abord la coiffure de travail des matelots puis par la suite, dans le même but, celle des officiers, pour se transformer, après de longues années, telle que nous la connaissons aujourd'hui... Une ordonnance du 28 mai 1829, sous Charles X, remplace le chapeau-casque par un casque (avant la houpette ??) d'un nouveau modèle et une casquette qui ne comporte plus qu'une visière... Le champignon s'est applati et l'on peut considérer que ce type de coiffure s'est ensuite répandu dans les différents corps de la marine : royale, marchande ou pêche... On attribue généralement au 19ème siècle les origines de la casquette...

         La casquette de marin qui me sert ici de référence est celle de mon père, elle est en toile de drap de laine - coiffe et visière - doublée de tissu, matelassée, avec galon traditionnel brodé sur le tour de tête et la visière. Cordon amovible retenu par deux boutons, pouvant former ainsi, au besoin, jugulaire (du latin jugulum = gorge) pour les temps très venteux, par exemple... mais je ne l'ai jamais vu la porter ainsi... Il convient de noter ici que la casquette de son frère, mon oncle Pierre, avait une visière rigide noire (matériau synthétique). Je n'en suis pas certain mais il me semble que mon père choisissait une casquette taille 56 ou 57...?  Ma mère était lavandière, je l'accompagnais souvent lorsque j'étais enfant mais je ne me souviens pas l'avoir vu laver la fameuse casquette, et je n'ai jamais vu non plus celle-ci sècher sur une corde à linge... mystère !!

        En Bretagne, à Paimpol, la société Dolmard, créée en 1922, était spécialisée dans la confection de vêtements de protection pour les marins qui s'embarquaient pour les campagnes de pêche à Terre-Neuve et en Islande. Au fil du temps l'utilisation du drap de laine ayant remplacé le coton huilé pour la confection et la création de modèles, cette société spécialisa son activité sur les matières naturelles de laine et de coton peigné... ainsi, en 1930, elle développa les draps de laine et les techniques de feutrage, pour la fabrication des fameux Kabbig et Caban... Ce dernier vëtement, dont le nom proviendrait du sicilien "Cabbanu", emprunté à l'Arabe Gabä pour désigner la grande veste des marins, est, depuis l'origine, un vêtement que l'on porte dans la marine par temps froid... Trois ans avant la prise de la Bastille, (14/O7/1789) le Code de Castries (Charles de la Croix, Marquis de Castries, maréchal de France et ministre de la marine de 1780 à 1787) fait, pour la première fois, état d'un vêtement appelé Caban, dans son article 38... 

       On dit que la laine foulée, ou Bure, était, à l'origine, portée par les moines pour les protéger et leur permettre d'affronter, lors de leurs déplacements, le froid et la pluie... Les troupes bonapartistes, et plus récemment celles de 14/18, étaient ainsi équipées de vareuses et tuniques en drap de laine. Dans les années 1970, durant ma période Freakie puis Hippie, j'ai porté des fripes des stocks militaires américains et, notamment, une telle longue tunique bleu foncé... j'ai "fait la route"  équipé ainsi, et je témoigne de "l'efficacité" de ce type de vêtement sous la pluie... mais aussi de sa lourdeur... La laine peut absorber jusqu'à 35% de son poids en eau tout en restant sèche au toucher... et un tel vëtement n'est mouillé au toucher que lorsqu'il est entièrement détrempé !! 

        Le feutre est le premier textile fabriqué à l'aide de la toison de moutons, chèvres ou poils de lapin, de chameaux, et autres animaux... Les techniques de foulage/feutrage (l'aspect feutré étant obtenu par foulonnage) étaient déjà connues et utilisées en Turquie, puis en Afghanistan, en Mongolie, et par les Ouîghours (je salue ici mon ancien stagiaire et ami Yusufu, réfugié politique qui à vécu les géoles chinoises et la torture)... Chacun connait les Yourtes en toile feutrée des nomades de la steppe !! Les plus anciens vestiges de laine feutrée, vraisemblablement les morceaux d'une tenture murale, datés vers 6500-6300 avant J-C, ont été trouvés dans la ville néolithique Catal Huyuk en Turquie, la première véritable agglomération connue à ce jour, située au centre Sud du plateau Anatolien, dans ce fameux "croissant fertile" où, jadis, a déjà été trouvé l'ancëtre du blé cultivé... D'autres sources datent cette aieule turque des étoffes de laine vers 9000 avant J-C !!. Maguelonne Toussaint-Samat (1) nous explique que "Des Scythes, provient aussi l'art Gaulois du feutre dont furent confectionnés leurs chapeaux originaux, des chaussons et de chauds gilets cuirassés... (p 57)". "Les Scythes, originaires des plateaux montagneux de la région orientale de la mer Caspienne, entre mer d'Aral et mer Noire, dévalèrent de tous côtés, au VIIème siècle avant notre ère, sur l'Asie Majeure et Antérieure, sur les steppes de la Russie méridionnale, le Bassin de la Volga, sur les riches terres qui deviendront l'Ukraine, la Roumanie... (p 53)". "De ces Hiong-Nou (Scythes suivis des Sarnates), les descendants dispersés donneront les Huns, les Mongols et les Turcs... (p 54)". 

         La laine, comme les cheveux, la corne ou encore les ongles et les plumes, est un matériau protéique qui appartient à la famille des Keratines dures. Frédérique Salpin (2) rapporte que  "Pour une fibre de laine sont identifiés 17 ou 18 des 20 acides animés naturels, formant plus de 170 protéines différentes réparties de façon non uniforme tout au long de la fibre et dont, à ce jour, seules 28 ont été séquencées... ". Par ailleurs, alors que l'intérieur de la fibre est hydrophile, c'est-à-dire qu'elle attire l'humidité, les écailles à l'extérieur de celle-ci rend la laine hydrophobe, c'est-à-dire qu'elle repousse l'eau.. La laine emprisonne donc dans ses fibres l'air réchauffé par le corps, ce qui en fait un matériau de choix par temps humide et pluvieux... les fibres de laine absorbent ou libèrent continuellement de la vapeur d'eau, mais ne stockent jamais l'humidité car ce sont des fibres pleines sans canaux... Cet échange permet de conserver l'équilibre entre le microclimat existant à la surface de la peau et l'environnement extérieur... On parle alors d'hygroscopie, c'est-à-dire une adaption de l'humidité interne aux conditions existantes... En passant d'un milieu chaud et sec à un environnement froid et humide, la laine libère lentement de la chaleur et protège le corps contre les chutes de température... La transpiration issue du corps n'a pas d'odeur; ce sont les bactéries qui prolifèrent dans l'humidité stockée entre les fibres de laine qui en sont responsables. Dans la laine le déplacement rapide de l'humidité empêche la formation de site de prolifération... Ainsi un vêtement de laine, y compris la casquette,  même en cas d'utilisation "sportive" n'émet pas de mauvaise odeur... ce qui ne doit pas empêcher l'hygiène quotidienne., corps et vêture... Les chaussettes et les pieds peuvent  génrérer de fortes mauvaises odeurs... mais la laine n'y est pour rien !!

         Pour améliorer encore les qualités imperméables de la laine  les anciens avaient mis au point diverses procédures de cardage, de foulage et de feutrage... Ainsi le cardage est universellement adopté au XVIIIème siècle pour la préparation des laines qui sont employées dans la draperie foulée "dont le principal mérite consiste dans un "feutre bien lié". Comme l'explique à cette époque Duhamel de Monceau (3) : "Pour avoir ce feutre, dit-il, il faut que la laine soit un peu brisé, à quoi la carde est plus propre que le peigne... Ce léger brisage multiplie les poils de la laine, rend les fils plus hérissés et plus velus, et par conséquent plus disposés à se lier et à se condenser les uns aux autres par l'opération du foulon : c'est en quoi consiste la perfection du feutre, qui est l'objet qu'on se propose, en faisant carder la laine. Il est aisé de conclure que la cardage à la grande et petite carde, sont les opérations les plus importantes de la fabrique des draps".

         Le nom mëme de cardage, dérivé du latin Cardus ou Carduus, fait référence au chardon. Il s'agit d'un chardon particulier, le chardon à foulon "Dipsacus satilus (L) honckeny", espèce cultivée, à bractées crochues et dures.... Il était utilisé dans l'industrie textile pour gratter, ou selon le terme technique français exact, "Lainer" les draps au cours de l'apprêt, afin d'en faire sortir le poil, à la fois pour rendre le tissu plus épais, moelleux et isolant mais aussi comme préparation au foulage...

         Le foulage est une partie du processus de finition des tissus de laine, c'est une opération de compactage des fibres de laine, le feutrage en résulte... Les fibres qui composent le tissu, sont baignées dans de l'eau chaude savonneuse et manipulées, battues, tordues, pressées très fortement par couche successive, à l'aide de divers procédés mécaniques et chimiques... Ces actions combinées provoquent l'entremëlement et le resserrement des fils, les petites interstices présentes aux points d'intersection entre le fil de trame et le fil de chaine se ferment, leur ligature est donnée par l'interpénétration des écailles microscopiques qui couvrent la fibre sur toute sa superficie... Ce processus, progressif, est irréversible... c'est le feutrage, étape essentielle dans le processus d'imperméabilisation des draps de laine... Il peut s'appliquer à tous les types de tissu réalisés avec de la laine ou tout autre tissu contenant des poils (Mohair, Alpaga, Cachemire, etc...). Et c'est avec ce drap de laine feutrée que l'on confectionne les casquettes de marin !!

         J'ai conscience que dans le texte ci-dessus, une fois de plus, je me suis laissé "digressivement" aller... et cette fois à partir d'une casquette en drap de laine !! Celle de mon marin de père... Je sais bien que si j'avais porté mon choix sur son caleçon j'aurais digressé pareillement, et nul doute que sa casquette et son Pradel auraient fait une apparition au milieu d'autres objets et petites histoires parallèles... Parallèles ??... Simplement parallèles ?! Pas sûr !!

         Pour moi, chaque objet, naturel ou manufacturé, est chargé des histoires qui forment son histoire d'objet propre, son histoire particulière et spécifique... le font dépositaire écologique... En chaque objet un bouillon d'histoires comme un bouillon de cultures... Entre chaque objet et moi, dans le silence d'un "entre-soi" mystérieux, je ressents presque toujours cette résonance... ce bruit de fond actif... Et j'ose alors accorder à l'objet inerte un mouvement de vies dans la diversité des univers et la multitude des mondes possibles... Ailleurs on parle aussi de l' "âme des choses"... qui ne sont alors plus des choses...

         Lorsque l'on porte la main sur un objet, et autrement le regard, on se charge de lui... il se passe quelque chose, comme une transmission.... un transfert... alors on fait "parler la pierre" ou on "écoute ce qu'elle donne", d'autres font "chanter le bois" ou la varloppe... et ainsi transmet-on aussi des savoirs-faire et des savoirs-être... Alors, lorsque je pense à mon père, lorsque je regarde mes photos de famille, je ne manque jamais de me dire : "ils ont échangé et fait des choix".. Et l'échange crée des liens, il affecte... Perdre un objet ainsi investit, ne pas le retouver à sa place, l'abimer, le briser, "devoir" sans séparer, autant de circonstances dramatiques qui signent l'attachement... mais autant la joie à  d'autres moments et dans d'autres situations différentes...

         Mon père, comme chacun, se signifiait et signifiait par les objets qu'il portait et qu'il utilisait... c'était un "taiseux" qui, au quotidien, se disait par ses actes et par ses objets affectés. Ici c'est moi, son fils, qui parle et qui dit de lui et pour lui...   

         Tout celà pour une casquette...  mais quelle casquette !! Une casquette de marin, en drap de laine...  

        

     Kenavo                     Sizig Loeis Ar Garreg

     

    Bibliographie sommaire :

    (1) "Histoire technique et morale du vêtement", Maguelonne Toussaint-Samat, 1990, bordas-cultures, Paris

    (2) "Laine et colorants : fixation, quantification, vieillissement. Etude par spectométrie Raman", Frédérique Salpin, 15:03/2008, thèse doctorale, Spécialité chimie physique, Université pierre et Marie Curie, Paris

    (3) "L'art de la draperie", H.L Duhamel de Monceau, 1765....

    "L'origine des vêtements et du tissage", Lucrèce, in De Natura Rerum, chant V, vers 1350 à 1360...

    "Pssychologie de la mode", Marc Alain Descamps, 1979, PUF, Paris

    "Modes et vëtements", Nathalie Bailleux, ..........

    "Histoire des dessous masculins", Shaun Cole, in Historia n°656, 31/07/2001,...

    www.défense.gouv.fr, site officiel de la marine nationale

    http://www.aucolbleu-brest.com, site sympa !

    http://a.c.o.m.a.r.free.fr/histo_uniforme_marin6.htm

    www.archivesnationales.cultures.gouv.fr/camt/fr/.../damard.html

            

  • Théodore Botrel, Ludovic Huot, Le Garrec Guillaume Joseph

         Natif de Pont-Aven, la ville aux 14 moulins et aux 15 maisons dans laquelle j'ai vécu avec intensité mon enfance, mon adolescence et la première partie de ma vie d'adulte (1952-1975, environ), c'est seulement en 2012 que j'ai découvert "l'activisme" chansonnier de Théodore Botrel, célèbre auteur compositeur de "la Paimpolaise", qui, "avec sa mitrailleuse à boches..." (G. SERVAT), ne m'a jamais compté parmi ses fans... Mon jeune ami, Renaud Detressan/Soldat Louis, l'un de ses descendants, qui lui aussi a connu, et connait encore, un certain succès dans le "show Bizz" voudra bien me pardonner pour ce qui suit... !!                                                    Et quel activisme !!  Selon Solenn Hellégouach, dans son mémoire présenté en 2009 pour l'obtention du grade de Maitre Es arts musique - option musicologie - à l'Université de Montréal, Théodore Botlel était aussi connu "pour être le père du mouvement de propagande de la "Bonne Chanson"... (un) mouvement qui nait dans le contexte montmartrois, alors qu'en 1900, les chansonniers se réunissent en Congrès pour discuter de l'avenir de leur art, malmené par le flot infatigable de la chanson de café-concert... ". Pour Mme Hellégouach "ce combat pour la "saine" culture... est aussi celui de la IIIème république au nom de la moralité" !! Toujours selon elle, Th. BOTREL "s'inscrit dans un courant qui embrasse la Belle epoque : le régionalisme... Soucieuse de préserver le particularisme des "petites patries" et face au pouvoir centralisateur parisien, l'élite culturelle régionale entreprend un vaste travail de valorisation des régions. La Bretagne occupe une place particulière dans ce courant en tant que conservatoire de la tradition et principale victime des réformes d'Emile COMBES qui s'attaquent aux ferments de son identité : sa langue et sa religion". Il convient de relever ici que le répertoire de Théodore Botrel ne contient, à ma connaissance, aucun texte en langue Bretonne !! Et je ne dirais rien de plus sur l'arme religieuse des colonisateurs... Il importe également de se souvenir des pannonceaux sur les murs des écoles et des services de la République sur lesquels l'on pouvait/devait lire "Défense de parler breton et de cracher par terre". Dans ce contexte Th. BOTREL débutant dans les cabarets artistiques parisiens choisit de ne chanter que sa Bretagne "dans un répertoire exempt de grivoiseries"... Je ne suis pas certain qu'il parlait Breton, ni qu'il l'écrivait... la seule trace d'une écriture en langue bretonne que je connaisse, le concernant, est écrite sur la face arrière du socle de sa statue, en granit Breton, plantée dans un square qui porte son nom sur les quais de l'Aven... mais peut-être est-ce une phrase de lui, je ne sais....

          Dans les années 20, Théodore BOTREL (1868-1925), le barde franscisé, participe donc activement à une campagne de moralisation de la chanson française en prétendant valoriser le terroir... mais exit les pratiques linguistiques et les traditions culturelles bretonnes... Il associe son oeuvre à l'esprit catholique et au régionalisme littéraire, un régionalisme "à la Française", et surtout, selon moi, "à la parisienne", dont l'influence sera marquante de la fin des années 40 jusqu'à la fin des années 50. Th. BOTREL visite deux fois le Québec, en 1922 et en 1930, et collabore avec l'Abbé Charles-Emile GADBOIS qui fonde à son tour, le 14 octobre 1937, la "Bonne chanson" dans le but de diffuser la chanson et le folklore français en terre Québécoise et de contrer l'invasion massive de la chanson américaine... Déjà, depuis 1922, Charles MARCHAND s'était fait le promoteur de ce mouvement au Québec avec son organisme "Le carillon Canadien" ... Et a l'instigation du 1er ministre Wilfrid LAURIER les oeuvres de Th. BOTREL devinrent obligatoires dans toutes les écoles du Québec !!... Comment ne pas faire ici le rapprochement avec "l'interdiction de parler breton et de cracher par terre" affichée dans les établissements scolaires français !!.

         Et c'est dans cette mouvance politico-artistique que je retrouve Ludovic HUOT, l'auteur de "L'homme aux guenilles" (dont j'ai parlé dans une publication précédente), la chanson que mon père, Guillaume Joseph Le GARREC, avait interprèté, à Moelan sur mer, lors du repas de mariage de ma cousine... Sauf erreur, Th. BOTREL, comme Ludovic HUOT, faisait partie des artistes professionnels reconnus engagés comme chantres de l'effort de guerre (14-18/39-45)... d'où l'allusion de Gilles SERVAT dans l'une de ses chansons des années 70... De Ludovic HUOT je ne connais, en fait, que le refrain de cette chanson... un refrain resté gravé en moi depuis de si nombreuses années... le refrain d'une chanson portée par mon père .... l'unique fois que où je l'ai entendu chanter... Et je me demande encore où et  comment il s'en est emparé... "L'homme aux guenilles" est un long texte, et il le savait par coeur !! Impressionnant..., d'autant plus qu'il l'avait en lui, comme en réserve au tréfonds de son être, depuis extrèmement logtemps... car n'ayant jamais eu, à ma connaissaance, l'opportunité de le chanter, du moins durant la douzaine d'années auparavant...!! En connaissait-il d'autres ?, de cet auteur ?, de Th. Botrel ? Autant de questions qui ne trouveront probablement pas de réponses... Je crois bien que ce jour de mariage, un dimanche, non pas à Bamako... mon père avait aussi lancé un message malicieux "à tous ceux qui", une forme de plainte amicale, poétique, par la complainte...

         Mon père est inhumé dans le cimetière de Pont-Aven, comme Th. BOTREL... Ludovic. HUOT je ne sais pas...

       Au fil de mes pérégrinations dans les "milieux" artistiques j'ai travaillé avec de nombreux auteurs-compositeurs-interprètes de Bretagne... quelques-uns créaient et chantaient en Breton, et plus encore aujourd'hui... Dans les années 70-80, j'ai beaucoup tourné avec eux, et pour eux, dans les cafés-concerts et autres lieux de Bretagne... j'ai toujours apprécié l'ambiance de ces lieux et ces moments de musique... J'en témoigne aussi avec malice, n'en déplaise à TH. BOTREL et autres actuels moralistes, les grivoiseries allaient bien, elles étaient poétiquement exrèmement bien défendues...  selon moi, elles vont toujours aussi bien.. et, je l'avoue, ça me convient comme ça !!

         Chers "cousins" canadiens, cher Renaud Detressan, je vous prie d'accepter mes excuses...

         Kenavo.      Sizig Loeis Ar Garreg 

     

     

     

       

          

  • 1790, le Roi LOUIS et le tabac des matelots

    LOI RELATIVE à la FOURNITURE de TABAC aux MATELOTS 

    dommée à Paris, le 17 novembre  1790

     

    LOUIS, par la grâce de Dieu, et par la Loi conftitutionnelle de l'Etat, Roi des François : A tous préfens et à venir ; salut.

    L'assemblée nationale a décrété, et Nous voulons et ordonnons ce qui fuit :

    Décret de l'Affemblée Nationale, du 09 novembre 1790

    L'Affemblée Nationale, fut le rapport de fon Comité de Marine :

    Décrète qu'à compter de la date de la publication du préfent décret, il fera fourni aux matelots, formant les vaiffeaux, du moment qu'ils feront rade, du tabac comme il leur eft fourni à la mer, et au prix qu'il eft donné aux soldats ; que le prix leur en fera retenu fur leurs gages, et qu'ils n'en pourront tranfporter à terre ni dans les ports;

    Nous avons fanctionné, et par ces préfentes fignées de notre main, fanctionnons le présent Décret.

    Mandons et ordonnons à tous les tribunaux, corps administratifs et municipalités que ces préfentes ils faffent transcrire fur leurs regiftres, lire, publier et afficher dans leurs refforts et départements refpectifs, et éxecuter comme Loi du Royaume. En foi de quoi nous avons figné et fait contrefigner cef dites préfentes, auxquelles nous avons fait apposer le sceau d l'Etat. A Paris, le dix-feptième jour du mois de novembre, l'an de grace Mil fept cent quatre vingt-dix et de notre règne le dix-feptième. Signé LOUIS

    Et plus bas, l'archevèque de Bordeaux. Et fcellées du sceau de l'Etat.

    Lue, publiée, tranfcrite, ouî, ce requérant le commiffaire du roi, pour être fuivie et exécutée felon fa forme et teneur, et copies collectionnées, envoyées à fa diligence aux juges de Paix des cantons du Reffort ; le tout en exécution du jugement de ce jour. Fait à Thionville au Tribunal de Diftrict, audience publique, le .... (illisible)

    Signé MARLY

    Le texte ci-dessus est extrait d'un document en consultation libre à la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, 67000, sous la référence G.139.514.

    Puisque le tabac était fourni il serait intéressant d'en connaitre les  méthodes et règles de distribution... et de se rapporter également aux consignes de sécurité à bord des voiliers d'époque... Voir ma publication précdente... 

    Selon Ingold, 1991, le tabac a été introduit en france au milieu du XVIème siècle et une  mode du tabac à priser s'est développée à la cour de Versailles courant XVIIème siècle.

    A partir de 1700, le tabac se vend le plus souvent dans les magasins de tabac, sous forme de tresses dont le "fumeur" doit chaque fois découper un morceau pour le macher. Autrefois, il était vendu en "pharmacie", puisqu'il était considéré comme "remède".

    Après 1810 l'usage de la chique est répandu parmi les marins...

    En 1957, le tabac est reconnu comme une toxicomanie par l'OMS !!

    Sur le plan "médical G-A Henriek, médecin français du XIXème siècle, écrit ceci : "Voici un fait rapporté par M. Morin, ex-chirurgien de marine, à M. Gory, qui a la même portée en tant qu'observation. Deux bâtiments ayant manqué de tabac au bout de deux mois, tous les marins eurent le SCORBUT, sauf ceux qui, sur le bâtiment de M. Morin machèrent des ficelles servant à raccomonder les cordages. A ce propos nous croyons fort peu intéressante une dissertation ayant pour but de décider si le tabac est, ainsi que l'avance ROUPPE, une cause de SCORBUT, ou un préservatif de cette maladie, ainsi que le soutient RAMAZZINI : du reste nous examinerons à l'article Emploi Médical, quelles sont les affections que le tabac peut guérir, sous les diverses formes qu'on l'emploie"

    Toujours selon Henrieck  : "L'usage de la chique a les mêmes effets immédiats et consécutifs que celui de la pipe sur la muqueuse bucale et les glandes salivaires, c'est-à-dire stimulation et sécrétion de salive ; il faut dire en mëme temps que celle-ci est imprégnée d'une plus grande quantité de jus de tabac auquel s'adjoint de la mélasse et le jus de pruneaux employés à la fabrication ; nous ne saurions déterminer au juste si l'absorption  est plus considérable chez les fumeurs  que chez les chiqueurs..."

    Il semble bien que déjà à cette époque la conssommation de tabac posait problème. Mon père est décédé accidentellement à la campagne, dans un champ, et je ne l'ai jamais entendu parler d'une quelconque difficulté médicale en rapport avec le tabac à chiquer...  Je ne l'ai vu fumer des cigarettes qu'à de très rares occasions, et ça se voyait bien qu'il n'était pas un adepte tellement il était gauche, maladroit avec cette espèce de tubulure fumante... Mais je crois bien en l'euphorisation provoqué par la consommation du tabac à chiquer. Euphorisation ponctuelle, selon le contexte et les circonstances, et dont, si tout va bien, je vous parlerais bientot...

    Je me demande bien aussi comment le jus de pruneaux entrait dans la composition du tabac à chiquer, de mëme que la mélasse ???

    Quelques références bibliographiques complémentaires :

    Vincent Barthélémy, "Traité du tabac", lyon, 1626. 

    Didier Nourrisson, "Tabagisme et antitabagisme en France au XIXème siècle", Vol.7, revue économique et Sté, n°4, 1988. Cedocument peut-être consulté sur le  Site web PERSEE.... que je recommande !

    Suite sur une prochaine page. 

    KENAVO

    Sizig Loeis Ar Garreg

  • Comme mon père, Guillaume, je n'ai qu'une oreille de chaque côté... et pourtant je suis de Pont-Aven ??

    Pour ce premier BLOG, je lance un travail de recherches maritimes sur les navires suivants :

    Le KERSAINT, Armement n° 55, Nantes/Le Havre, avril 1922 --  L'Albert bernard, Armement n° 701, ..................................., oct 1922-- Le BOURGNEUF, Armement n° 274, Nantes, novembre 1924 -- Le SUFFREN, à Nantes, décembre 1924 -- Le MONTANA, au HAVRE, février 1925 -- Le CONDE, au Havre, août 1927 -- L'ILLINOIS, au Havre, juillet 1928 -- Le MICHIGANT, au Havre, juin 1929 -- Le DE GRASSE, au Havre, juin 1930 -- Le ZENON, au Havre, septembre 1930 -- Le SAN DIEGO, au Havre, mars 1931 -- Le MASSABULU, au Havre, juillet 1931 -- Le SAINT GERMAIN, ..........., juin 1932 -- Le MARCEL, ...................., août 1932 -- Le TOGO, à Lorient, décembre 1932 -- Le TALY (??), à Doélan, septembre 1943 -- Le PONT-AVEN, à Concarneau, mai 1951 -- La PAULETTE, à Lorient, septembre 1954 -- Le FROMRUS, à Concarneau, octobre 1959 -- .

    Ces noms de navires ont été extirpés du livret maritime, toilé "cousu main", de mon père, natif de Moélan-sur-mer, à Kergloanou.... Sur ce beau livret maritime de nombreuses informations sur les embarquements et débarquements, les armements et autres sont, malheureusement, quasiment illisibles... j'en appelle donc à la solidarité des gens de la mer pour m'aider à reconstituer son itinérance... sur mer... et sur terre... les escales... les ports d'attache, les destinations, les équipages... 

    Merci d'avance les côteries et autres passionnés de Bretagne et du Monde !!

    Kenavo, et Blaevez mad........ Signé :  SIZIG LOEIS AR GARREG

     

  • "L'homme aux guenilles", Ludovic Huot

         Dans l'une de mes précédentes publications j'ai parlé des trois seules photos de mon père que je possède. Sur l'une d'entre-elles il pose à la sortie de l'église de Moélan sur mer... a son bras une dame, qui n'est pas ma mère, en superbe tenue bretonne... je crois pouvoir dire qu'elle porte une coiffe selon la mode quimperloise, je ne suis pas certain de cette classification, les puristes voudront bien me pardonner... je n'avais jamais vu mon père aussi bien habillé, en costume de tissu rayé...  ce jour là était le mariage de l'une de mes cousines, Edith, si je ne me trompe pas... Un jour magique pour moi... un aboutissement pour ma mère qui s'était démenée durant de nombreuses semaines pour "équiper" mon père... le fameux costume, taillé sur mesure par la maison Burel à Pont-Aven, la chemise "classe", la montre à gousset, les souliers (pas des chaussures, non), le coiffeur... et même une nouvelle carotte à chiquer... elle s'est véritablement battue pour que ce jour là il soit le plus beau mec... je ne me souviens pas de la tenue que je portais, ni celle de ma mère...  Mon père était extrèmement fier, la position qu'il occupait ce jour là était pour lui un honneur véritable, c'est lui qui allait accompagner l'une de ses nièces devant le curé et devant le maire, il ne pouvait qu'être digne de la confiance accordée... et, si mes souvenirs sont bons, il a largement bien fait ce que l'on attendait de lui.

        Un mariage est toujours un évènement, mais pour moi celà a été plus fort encore... A ce jour de 2013 c'est le seul mariage auquel j'ai participé, le seul !, mais ce n'est pas ce qui importe ici... Mon père en costume, comme dans les journaux d'alors, c'était éblouissant, j'en suis ému aux larmes rien que de m'en souvenir... mais encore plus, c'est de l'avoir pour la première fois entendu chanter... Au repas de mariage les tables étaient placées en rectangle dans l'une des salles du restaurant le "Tourbillon" ... j'étais assis à côté de lui et de ma mère... brusquement il s'est levé, a annoncé sa chanson, et d'une voix puissante s'est lancé dans une complainte, une longue complainte... Depuis cette date mémorable des années 60, le refrain de cette chanson me taraude, à chaque fois que j'ai besoin de donner "un coup de collier", alors je le fredonne, c'est systématique...

        J'ai cherché pendant de nombreuses années le texte de cette chanson et, bien évidemment, son auteur... je désespérais d'aboutir un jour...  et c'est ma cousine Jeannine, avec l'aide de notre tante Marie, qui est parvenue à mettre un terme  à ce "désespoir" ! Et le vieux libertaire que je suis n'a pas été déçu... A partir de l'information de Jeannine j'ai mené quelques recherches sur l'auteur, je vous livre donc ci-dessous ce résultat. Et je fais un petit clin d'oeil aux pont-Avenistes... et à tous les auteurs compositeurs et interprètes avec lesquels j'ai "travaillé". dans les années 70 à 80... 

         L'auteur c'est Ludovic HUOT, 1897-1968, il est né à Beauharnois au Québec... et ça c'est déjà bien ! Après des études en chant à new York il participe à plusieurs opérettes au Canada et aux Etats Unis, il fait également de la scène en Amérique du Sud. Sa carrière sur disque débute en 1928, alors qu'il enregistre des refrains populaires pour les éditions HMV. Doté d'une voix de ténor à la fois puissante et particulière c'est un chanteur de charme. Il fonde, en 1928 le groupe folklorique "le Trio Lyrique" avec Lionel DAUNAIS (1902-1982) et Anna MALENTANT (1905-1988). Parallèlement à sa carrière de fokloriste au sein du trio, il connait plusieurs succès en solo. Il fonde, en 1938, "le Coeur des débutants" dans lequel chantait Pierrette ALARIE...  Ludovic HUOT a enregistré plus de 160 chansons pour la maison de disques STARR et une quinzaine d'autres pour HMV. Une autre source donne 185 enregistrements de 1928 à 1947, ce qui correspond à une moyenne de 9 par an... une autre filière d'informations donne 27 disques de variétés dans les années 40 et 61 dans les années 30 !!  Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a été créatif, même si tous les enregistrements n'ont pas été gravés sur disque

       Le titre de cette chanson qui m'a taraudé pendant de si nombreuses années est "L'homme aux guenilles", dont je vous donne ici le refrain :       "On l'appelle l'homme aux guenilles... c'est un sans-foyer, sans famille... Un rôdeur, un vaurien... Qui ne possède rien... Par bonheur on peut se défendre... Des gredins qui viennent pour prendre... Contre les mauvais citoyens... Pour protéger son bien"...

         Mon père chantait celà le jour du mariage, et pas que le refrain je vous le dis... Si  vous êtes sages je vous livrerais la chanson complète.... mais je sais qu'il est possible de la trouver sur le Net !! J'ai toujours pensé que c'était une chanson de marin, elle sonnait bien dans la bouche de mon père, comme phasée... 

         Au cours de mes recherches j'ai fait une découverte qui devrait intéresser les Pont-Avenistes et les Bretons, plus généralement, et peut-être Gilles Servat, plus particulièrement... Cette découverte, pour moi en tous cas, est Théodore Botrel, artiste "activiste" au canada !  J'en parlerais dans une prochaine publication... mais ce qui m'importe, relativement, c'est le rapport étrange entre les éléments qui constituent,  en partie, cette tranche  de mon histoire de vie : Pont-Aven comme point d'ancrage  géographique ; mon père ; une chanson que j'ose qualifier de libertaire  ; un artiste Québecois ; un artiste breton, souvent détesté, mais  célébrité Pont-Aveniste... le hazard fait drolement les choses  !

        Une partie (seulement) des informations présentées ici proviennent  d'un site canadien : "L'histoire de l'enregistrement sonore au Quebec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003, sur w.w.w.ulaval.ca/pul  

     

    A bientot.      Sizig Loeis Ar Garrec

  • LOUVOIS, le tabac et les médecins

         Pour clôre mon cheminement "tabatier" je ne résiste pas au plaisir d'écrire encore ici quelques extraits  de textes de G.A Henrieck, médecin français du XIXème siècle déjà cité dans mes précédentes petites publications. Ces extraits me "parlent", un peu comme si j'étais directement concerné, embarqué sur l'un des vaisseaux de la "royale", je ne sais écrire autrement la manière dont ces lectures me touchent.. peut-être est-ce le fantôme de mon père qui navigue archétypiquement sur la mer de mon inconscient et me "taquine" !!... mais ça me va, j'aime cette ambiance... malgré que j'en perçoive aussi l'extrème dureté... c'est ainsi.    

         Donc, selon le docteur Henrieck "... les marins et mëme presque tous les officiers de marine qui, pour l'instruction et l'éducation, ne le cèdent en rien à nos officiers de terre et à nos traîneurs de sabre d'antichambre, chiquent à bord, comme dans les villes où ils relachent. Cette prédilection, dit Mr Forget, "tire son principe : 1) de la facilité qu'elle donne de pouvoir vaquer à toutes les occupations sans interrompre l'acte sensuel ; 2) de la commodité, exempte qu'elle est de tout attirail ; 3) de la facilité avec laquelle on la dissimule, n'altérant que l'haleine et même assez légèrement, lorsqu'on n'en abuse pas ; 4) enfin, de son innocuité, n'exposant pas aux accidents d'incendie, comme la pipe, qui, de plus est fragile, difficile par conséquent à remplacer dans beaucoup de cas, et avec laquelle il n'est pas permis de paraître sur le gaillard d'arrière ou de pénétrer dans l'intérieur du vaisseau". Il est d'usage que le marin, en parlant à un officier, mette, par respect, sa chique derrière son oreille, comme le soldat porte le revers de la main à son bonnet de police". Je n'ai pas le souvenir d'un tel geste chez mon père... et je ne l'imagine pas crachant son morceau de chique dans la main puis le glisant, gluant de salive, derrière l'oreille ! L'acte sensuel dont il est question ici est celui du travail manuel. les mains sont libres pour travailler "à l'aise"...

         "Si LOUVOIS s'occupait avec insistance de l'approvisionnement de tabac, pendant la conquète de Hollande, Mr Forget ne recommande pas moins de s'en pourvoir pendant les voyages en mer : "Tel individu, dit-il, ne peut digérer le plus maigre repas s'il ne mäche une chique ou brûle une pipe immédiatement après. Cette voix impérieuse (le besoin) dicte des expédients les plus bizarres : je n'oublierai jamais ce matelot de l'ANTIGONE qui vint me trouver pour un mal de gorge. Voyant à la saillie de la joue qu'il mächait quelque chose : Comment !!, lui dis-je, vous avez mal à la gorge et vous chiquez !! - Major !!, me répondit-il, depuis trois jours je n'ai plus de tabac !! et en mëme temps il tire de sa bouche un peloton d'étoupe goudronnée... les larmes qui roulaient dans ses yeux humectèrent mes paupières, et je partageai avec lui un peu de tabac qui me restait (nous étions depuis trois mois à la mer). J'ai la conviction que, si la privation du tabac n'a pas causé son mal de gorge, c'est du moins le tabac qui l'a guéri !! ". Ce témoignage rapporté, encore, par le Docteur Henrieck, est frappant... et l'ancien l'éducateur que je suis se souvient d'un "épisode" de sa vie professionnelle, au "Sleep-in. SOS, Drogue Internationnal", à Paris, et de l'extrème détresse des personnes accueillies... Sans exagérer, je crois bien que mon père aussi était "accroc" !! Ce qui est certain c'est qu'en manque de tabac à chiquer il n'était pas à prendre avec des pincettes. Je n'ai jamais pu découvrir les stratagèmes qu'il mettait en place pour "combler le manque", mais, à n'en pas douter, ils existaient  !! En 1957 le tabac a été reconnu comme toxicomanie par l'OMS !!... Aujourd'hui encore, le non-fumeur que je suis  se questionne sur la résistance forcenée de certains...

         

         Trouvez ci-dessous quelques titres bibliographiques complémentaires :

    "Du tabac, son influence sur l'homme", Docteur G.A Henrieck, Encyclopédie de l'Agora, http://Agora.qc/documents/tabac-du-tabac. Ce site est très intéressant, comme souvent les sites du québec...

    "Du tabac ; son histoire, sa culture, sa fabrication, son commerce, ses propriétés médicales et toxiques, son influence sur l'homme", 1864, Paris, Ed. Desloges... désolé pour l'auteur, il est perdu dans la mer de documents que j'ai collecté, j'espère le retrouver un jour !!

    "Traité du Tabac", Vincent Barthélémy, Lyon, 1626... Cette fois c'est l'éditeur qui court le risque d'être noyé !!!

    kenavo.     Sizig Loeis Ar Garrec

     

    s

  • "véritable PRADEL", le couteau de mon père

         Dresser le portrait de mon père implique nécessairement de parler aussi de sa casquette, de sa carotte de tabac à chiquer et de son couteau PRADEL... Parler de l'un de ces trois objets c'est parler du marin Breton, le pêcheur, le navigateur, peut-être aussi l'aventurier des "hautes mers", celui des conquêtes maritimes... c'est parler de mon père, Guillaume Albert Le Garrec... Ce n'est pas réducteur, bien au contraire, et je suis persuadé que d'autres gars de mon âge, fils de marin Breton, sont extrêmement fiers de cette forme d'dentification... Je suis également persuadé que lorsqu'ils évoquent leur marin de père, qu'ils le racontent aux plus jeunes, aux autres, c'est aussi en "disant" ces objets là, la pratique de ces objets là, des objets chargés de vie quotidienne... Par objets il faut entendre ici : ustensiles, outils, matériels, pièces fabriquées, façonnées par la main de l'homme, manufacturées... pour lui servir... On peut difficilemet raconter quelqu'un en l'évinçant de son environnement quotidien, de même en excluant cet environnement, son rapport à celui-ci, les échanges, l'interaction, la confrontation... dire l'univrers de cet autre, sa manière d'être, sa façon d'agir, de se comporter... le raconter au milieu des objets de sa vie quotidienne, professionnelle et domestique... tenter de dire toutes les sortes d'ojets de sa vie et donc, par glissement de plan, y compris, éventuellement, sa "vision" de vie, son rapport à l'existence, ses projets... Le monde des objets de l'homme, est celui de l'homme... On dit que l'on peut reconnaitre la qualité d'un ouvrier selon la composition et la tenue de sa caisse à outils... on le dit encore aussi, presque sur le même mode, de la femme au foyer...

         Il y a quelques années j'ai offert ma caisse à outils de maçon-coffreur-boiseur !!... et j'ai aménagé mon appartement quasiment exclusivement avec des meubles démontables (hors ikéa !)...   

         La casquette de mon père n'était pas la même que celle de mon oncle Pierre, son frère, et la façon de la porter diffèrait aussi...  tous deux pourtant natifs du même lieu-dit moélanais et pratiquant le même métier à rsiques... Je ne suis pas sûr que mon oncle chiquait, mais je suis convaincu, en supposant que ce soit le cas, que sa pratique était, au moins pour une part, autrement... Ainsi chacun "construit" sa pratique "à sa main", élabore son style... se met en jeu, se dit JE...

        Le couteau de mon père était un "Véritable PRADEL", également appelé "couteau de marin", de "gabier" ou de "Terre Neuvas" (dans le catalogue Manufrance). Un couteau qui, à l'origine, a été diffusé, surtout, en Normandie et en Bretagne. Marin breton mon père a beaucoup navigué sur les lignes transatlantiques, depuis LE HAVRE (Seine maritime, Départ. de Haute Normandie) vers NEW YORK. La marque PRADEL a été déposée en 1873 par Etienne PRADEL et la mention "Véritable PRADEL" n'apparait qu'en 1887, après le dépôt de la marque le 25 janvier de la même année. Le couteau de marin PRADEL, désormais un nom commun, a été très inspiré d'un autre fameux couteau : le SHEFFELD.

         Le PRADEL qu'il utilisait était un couteau de poche de 10,5 cm fermé/19 cm ouvert,  noir, pliant (ou fermant), à forte lame unique anglaise, à talon carré et mentonnet fortement dimensionné, aussi appelé "pied de mouton", avec onglet (évidé par meulage, il permet de saisir la lame avec l'ongle). Le talon carré est la partie arrière de la lame qui frotte sur le ressort et qui permet de la manoeuvrer en deux mouvementss successifs, ce qui apporte une sécurité certaine. Mais, pour moi, au delà de cette sécurité, le claquement sec caractéristique de cette manoeuvre de fermeture était aussi, surtout, le marquage sonore d'un usage...  et une gestuelle particulière : Un... Deux... Clac !!, avec, parfois, une pause entre Un et Deux... Lorsque mon père utilisait son PRADEL j'attendais ce claquement comme signature de fin de täche, comme clôture d'un ouvrage... ou de la reprise du boulot après le casse-croûte !! La lame est en acier XC 75 traditionnel, un acier qui noirçit, donc un acier carbonne... Au niveau de l'onglet, je crois un peu au-dessus, était gravée une ancre de marine. Il me semble que le nom PRADEL y figurait aussi...  

         Le manche d'un tel couteau peut être en corne noire de buffle ou en corne blonde de vache, en ébène, en ivoire... mais aussi en corne artificielle ; la galalithe apparue en 1897 ; la bakélite apparue en 1865 mais utilisée réellement en 1909 ; ou encore, l'ébonite (caoutchouc durci) développé en 1855. Différentes techniques de traitement des cornes de vaches et de buffles (symcerus caffer) - redressage, ou pressage à chaud, flammage, etc.- permettent d'obtenir diverses formes et des nuances de blond uni, de beige foncé, de beige clair, transparent ou blanc. La corne pressée craint l'eau et la chaleur, qui ont tendance à la lamelliser au fil des années, elle ne convient donc pas pour les marins. La meilleure partie de la corne pour la fabrication des manches est la pointe, sa partie haute et massive, bien plus robuste que sa partie basse et creuse que l'on doit presser à chaud avant utilisation pour combler les vides qui la constituent. Ce manche est légèrement linéairement incurvé, rond, s'évasant "doucement" vers l'arrière pour assurer une meilleure prise en main, avec, à l'extrémité, un trou pour le passage d'un lacet, donc sans bélière, sans "mitre de cul", c'est à dire "plein manche". Un manche de "Véritable PRADEL" à généralement 6 clous (ou rivets) en laiton et porte une ancre de marine, en laiton, également rivée.

         Selon les couteliers de Thiers la fabrication artisanale d'un couteau requiert plus de 218 étapes... j'invite le lecteur à se rendre sur le site du musée de cette ville pour plus d'informations.

         Pour moi, nul doute, mon père choisissait toujours le couteau équipé d'un manche en corne de pointe. Le manche en matière artificielle ne permet pas vraiment une bonne sensation en main, l'appropriation de cet outil est alors rendue difficile... et donc, par extension, l'acquisition du geste efficace en contexte d'activité aussi !! Je sais celà par expérience professionnelle et domestique...  Avoir compris le truc est une chose, mais encore faut-il se donner le temps de choisir, un tel achat ne se fait pas sur catalogue, il faut pendre le couteau "en main". Mon père le savait, et, au fil du temps, j'ai appris aussi...

        Le couteau pliant, ou fermant, était déjà connu à l'époque romaine, environ 50 avant JC, puis à l'époque gallo-romaine.  Il s'agissait d'une lame pivotant autour d'un axe et venant se placer dans le manche. Il était utilisé par les Romains, les Gaulois, les Byzantins, les Celtes, les Egyptiens et les Chinois. Mais son utilisation nomade par le transport en poche est beaucoup plus tardive. Elle devra attendre l'invention de la dite poche, au XVIème siècle, a la suite de deux évènements déterminants, le premier, d'ordre mécanique, est la découverte du ressort qui maintient la lame du couteau tant en position ouverte que fermée. Encore fallait-il disposer d'un outillage "moderne" pour le fabriquer, et celui-ci n'a commencé à apparaître qu'à cette époque. Le second tient à la mode et est d'ordre "couturier", c'est l'invention de la poche intégrée au vêtement qui jusque là en était dépourvu... Auparavant les poches se portaient par paire, reliées par un cordon fixé autour de la taille... ce qui n'était guère pratique pour un outil d'usage courant comme le couteau...    

         Mon père utilisait son couteau dans de multiples circonstances extrèmement variées. Ces utilisations sont bien trop nombreuses pour être toutes citées. En réalité je pense qu'il est impossible de les répertorier toutes. Toutefois j'ai en mémoire quelques traces d'usage que je qualifie ici, dans le champ de mon histoire familiale (ethno-familial), de domestique et/ou de loisir... ainsi lorsqu'il fabriquait des paniers de pêcheur en noisetier ou qu'il taillait l'appui-main de la caisse à laver de ma mère ; lorsqu'il me fabricait des sifflets avec des jeunes branches de châtaigniers ou des fourches pour mes lance-pierres ; mais aussi, évidemment, lorsqu'il vidait des poissons ou qu'il ouvrait des huitres... Je l'ai dèjà écrit ci-avant, sur ce blog, ce couteau était "l'associé" de mon père dans un très grand nombre d'activités de sa vie de tous les jours... et les images de  toutes celles auxquelles j'ai participé sont encore très vivaces en moi... des images, mais avec aussi des sons et des odeurs... j'en raconterais quelques-unes prochainement.

         Certains couteliers préconisent d'entretenir les couteaaux, et de lutter contre les effets de lamellisation de la corne" pressée" du manche, en les "nourissant" régulièrement avec de la graisse animale, comme le saindou, la graise d'oie ou de canard. Je me rappelle que mon père passait de la couenne de porc sur les deux faces de la lame de son PRADEL, il faisait la même chose sur les lames de scie égoîne et de scie à bûches... Avant ce graissage, il l'affutait avec une pierre à faux durant de longues minutes. Parfois il terminait cet affutage par un passage sur son Paddle, l'indispensable instrument pour le rasage au "coupe-chou" et dont je parlerais aussi bientôt. Alors il promenait la lame en la poussant vers l'avant pour une face, puis en la tirant vers lui pour l'autre face, sans jamais faire de rotation sur le cuir à rasoir, il répétait ce mouvement 5 ou 6 fois rapides. De temps en temps il humidifiait le cuir par un léger jet de salive. Cette dernière opération terminée, il contrôlait le fil, fermait le couteau, un...deux...clac... et le rangeait dans la poche de son pantalon. En fait il utilisait son Paddle pour finir son couteau comme il le faisait pour son "Coupe-chou". Pendant une journée de travail, lorsque un affutage était nécessaire, il trouvait un bloc de pierre à grains fins, plat, et y frottait régulièrement la lame. Il contrôlait de temps en temps le fil avec son pouce, éventuellement crachait légèrement dessus, et, selon, reprenait le frottage aller-retour sur la pierre. Bien sur cet affutage était plus grossier que le mode précédent mais c'était rapide et efficace. Dans les champs et sur la côte il n'avait aucune difficulté pour trouver le bloc de pierre adéquat, et en ville il utilisait les embrasures, les seuils, les appuis des portes et des fenêtres, les murets, etc. La lame de son dernier couteau avait tellement été affutée qu'elle ne faisait plus qu'environ 11mm  sur environ 18 mm à l'origine !! Et il a été perdu !!! 

         Et ainsi est la fin... de cette publication... Un 1er mai...

         Et ce soir je vais regarder le film d'action sino-hongkongolais de Zhang Yimou (2002),  "HERO" programmé sur ARTE

    Petite bibliographie :

    "Manuel du coutelier", de LANDRIN, édité à Paris en 1835                                                                                                                            

     "La coutellerie à THIERS" et SAINT REMY", guide album illustré, 1922-1923, sur http://razaland55.free.fr/coutellerie.htm

    "Les métiers de nos ancêtres", D. CHATRY

    Voir le site de Jean François LALIARD, http://couteau-jfl.com

    www.musee-gourmandise.be/fr/articles-de-fond/77-articles-fond/124-couteau et notamment l'article de Gérard BIT

    www.sabatier-k.com/couteaux-de-poche

    www.lebateauphare.fr

    www;couteau-en-poche.com très bon site...

    www.macorne.fr

    Sur l'acier de DAMAS, voir le site de Georges EMERIAU, http://acier.damas.free.fr

    PS : J'ai oublié de communiquer une bibliographie succinte en clôture de ma précédente publication "Théodore Botrel, Ludovic HUOT, et Guillaume Joseph Le Garrec". Voici donc :

    "La bonne chanson : Le commerce de la tradition en France et au Québec, dans la moitié du XIXème siècle", Jean Nicolas De Surmont, Ed Tryptique, 2001, Montréal

    Solenn Hellégouach, Mémoire pour l'obtention du Grade de Maitre Es arts en musique -option musicologie-, Université de Montréal, Août 2009, consultable sur http://papyrus.bib.unmonreal.ca/jspui/bitstream/1886/4674/2/Hellegouach_Solen_2010_memoire.pdf

    "L'histoire de l'enregistrement sonore au Québec et dans le monde -1878-1950", Presses Universitaires de Laval, 2003 www.ulaval.ca/pul.

    Kenavo.            Sizig Loeis Ar Garreg

     

        

             

             

  • Pont Aven/Moélan sur Mer, nostalgie bretonne

     

    On dit que les gars de Moélan sur Mer n'ont qu'une oreille de chaque côté...  Qui saurait me donner l'explication d'un tel dicton ?? Y-t-il, quelque part, des individus qui ont plus de deux oreilles ??  

    Depuis quelques mois je suis plongé dans des recherches diverses et variées concernant mon enfance, ma famille , ma vie buissonnière en Bretagne. Fils d'une lavandière je cherche à reconstituer son parcours de vie depuis sa naissance à Ergué Gabéric, près de Quimper, jusqu'à son arrivée à Pont Aven, dans les années 50... et je mène le même type de collectage sur mon père, quartier-maître chef, né à Kergloanou, un lieu-dit de Moélan sur Mer... Je pense que tous deux se sont rencontrés à Pont Aven... Jamais ils ne m'ont raconté... aucun de mes parents ne se laissait aller à parler ainsi, et surtout pas aux enfants !!... alors je passe beaucoup de temps à travailler sur la composition du roman familial, et je dis bien composition... Composer avec des infos probantes... faire appel à "l'imaginaire" mais justifier chaque élément collecté, plonger dans mes souvenirs d'enfance et en extirper des éléments solidement certifiés pour tenter l'écriture...

    Sur une page Blog précédente j'ai parlé de mes recherches maritimes et demandé de l'aide... j'ai obtenu quelques résultats qui parfois m'ont fichu le blues... mais autant comblé et rempli de fierté... du Havre à New York mon père, comme de nombreux autres marins, a beaucoup "Bourlingué" sur toutes les mers... et je dois avouer que je suis très impressionné par cette vie de marin...

    Pour le moment j'en sais plus sur le parcours de mon père que sur celui de ma mère. Concernant celle-ci je vais devoir centrer mes recherches sur la région Quimpéroise.. dont Ergué Gabéric, Ergué armel et... ??  Je crois savoir qu'elle a travaillé chez Bolloré... Elle était aussi lavandière, la dernière de Pont Aven, et j'espère parvenir à raconter un jour ce travail aussi très dur.

    Pont Aven, ville de renom, aux quatorze moulins et quinze maisons... semble "oublier" une grande part de son histoire...  Gauguin et autres artistes ne  s'y retrouveraient vraisemblablement plus aujourd'hui, car même la lumière naturelle a changé.. et cette part d'histoire n'est pas celle concernant le musée consacré à l'école de peinture... elle est celle qui nourrissait le quotidien des Pontavenistes...

    Kenavo

    Signé Sizig Loeis ar Garreg.